mardi 10 février 2026

Terra Humanis (2023)

Dans ce roman de Fabien Cerutti, on suit l'avenir de l'humanité sur une centaine d'années, alors qu'un nouveau parti politique, Terra Humanis, réussit à placer la lutte contre le dérèglement climatique au cœur des priorités politiques et à mettre en route la décarbonation.

Les chapitres ne suivent pas l'ordre chronologique des évènements, mais font de multiples allers-retours dans le temps, ce qui permet de faire monter le suspense, tant au sujet du plan de Terra Humanis sur le long terme qu'au sujet d'évènements de moins longue durée, mais violents ou dramatiques.

Terra Humanis est une utopie – ou, pour citer la quatrième de couverture, un "récit utopique mais vraisemblable, à rebours des drames postapocalyptiques". Du coup, je l'ai entamé avec beaucoup d'enthousiasme. Alors même que je n'en lis pas, je suis fatiguée depuis des lustres par la SF qui met en scène des futurs épouvantables, avec environnement ravagé et capitalisme triomphant. Souvent, j'ai l'impression qu'il n'y a là ni une œuvre littéraire ni une réflexion destinée à nous secouer, mais la simple satisfaction égoïste et primaire de montrer qu'on est plus lucide que le voisin... En bref, n'est pas Margaret Atwood qui veut (car, elle, elle a combiné dans La Servante écarlate une œuvre littéraire de haut vol et un futur épouvantable qui nous secoue).

Malheureusement, je n'ai pas trop aimé Terra Humanis. Parfois, l'optimisme est tel que même moi, qui cherche de l'optimisme, j'ai froncé les sourcils. Notamment, le parcours-éclair du parti Terra Humanis, qui réussit à se faire une place dans le monde entier en une poignée d'années, m'a laissée très perplexe. Il y a parfois des partis qui montent vite, certes. Un exemple récent, c'est Podemos en Espagne: fondé en 2014, il a obtenu des pourcentages dignes de ce nom en 2015. Mais bon, il n'a pas pris la direction de l'Espagne pour autant...

Mais, surtout, c'est le côté technosolutionniste qui m'a déplu. Le plan de Terra Humanis repose en grande partie sur l'usage de nouvelles technologies pour produire moins de carbone lors des activités humaines. Alors, attention, il n'y a pas que ça. Il y a aussi des techniques de stockage de carbone, à commencer par un plan de reforestation massive de la planète, et une démarche de sobriété énergétique. Les trois axes vont de pair. Sauf que l'axe "sobriété énergétique" occupe peu de place dans les conversations, tandis que les deux autres reposent sur plusieurs méthodes séparées, ce qui donne des dialogues formels complètement artificiels, avec des personnages qui, devant les caméras ou dans leur vie privée, sortent des pourcentages et des noms techniques à la pelle.

Je me rends compte que c'est un peu bizarre de dire ça, moi qui adore Arthur C. Clarke, qui a pour habitude de TRUFFER ses romans de notions techniques et scientifiques. Mais je ne sais pas, ici, ça n'a pas pris. J'ai trouvé certains éléments intéressants, mais ce n'est pas allé plus loin. En outre, je n'ai ressenti aucun attachement pour les personnages, donc je ne me suis pas passionnée pour leurs victoires et leurs malheurs. Car, bien que j'aie parlé ci-dessus d'un côté presque trop optimiste, le roman ne fait en réalité pas preuve d'un optimisme béat, et envisage au contraire plusieurs événements violents, qui entraînent parfois des tragédies pour les personnages. Bon, le coup du viol, on aurait pu s'en passer, hein. Mais les autres m'ont semblé très vraisemblables.

Donc, voilà, une lecture en demi-teinte: un sujet qui m'intéresse, un futur que j'appelle de mes vœux, mais un roman qui ne m'a pas fait vibrer.

jeudi 5 février 2026

Bilan 2025 - Perso

Et maintenant que les bilans culturels sont sortis, place au bilan perso, un truc très utile me rappeler où j'en étais à l'instant t!

En 2024, j'ai regretté d'avoir axé mon bilan de 2023 sur une approche trop positive par rapport à mon brouillon d'origine, qui était nettement plus colérique et aigri. Du coup, en 2025, j'ai décidé de ne pas tellement filtrer ma négativité cosmique dans mon bilan de 2024. Résultat: j'ai regretté aussi, car je trouve l'ensemble assez chouineur et que ça a peut-être fait flipper certaines personnes. 🤡

Nous sommes à présent en 2026 et je tente une approche quelque part entre les deux. 🤣🤣

🖥️ Pro. Le moment que je redoute depuis dix ans est arrivé. Mon chiffre d'affaire est redescendu, et nettement. Je suis plus de 10% en dessous de mon objectif, et cet écart est trop important pour être dû uniquement au hasard des calendriers de paiement de mes clients. J'en impute l'entière responsabilité au passage à la traduction automatique. Pour l'instant, j'ai toujours refusé, à de rares exceptions près, de faire de la relecture de traduction machine. Le résultat: j'ai de moins en moins de clients. Et cette année, je n'ai eu du travail pour l'édition que la moitié de l'année. L'autre moitié, j'ai été nettement en sous-régime. J'ai eu deux ou trois jours sans AUCUNE activité et des tas de jours avec très peu d'activité, du genre une relecture à vingt balles à gérer dans la journée ou pour le lendemain. Affreux. Si je ne suis pas encore en difficulté économique, c'est parce que je touche aussi des droits sur les ventes de mes traductions d'édition passées et que le montant encaissé cette année a compensé ce recul. Et aussi parce que j'ai épargné un montant ahurissant, en 2024, pour provisionner toutes mes dépenses administratives de 2025; du coup, quand les impôts et l'IRCEC et l'URSSAF artistes-auteurs m'ont réclamé des sommes faramineuses à cause de mes excellents revenus de 2024 – la meilleure année de ma carrière, souvenez-vous –, j'ai pu les régler sans me saigner.

🤖 IAG. Cette merde, c'est donc la faute de la traduction automatique et des fameuses intelligences artificielles génératives, qui n'ont d'intelligent que le nom. Le métier de traducteur est le premier à se prendre le rouleau compresseur dans la tronche. Outre l'angoisse que je ressens sur le plan personnel, je suis désolée pour la profession dans son ensemble, je suis furieuse contre la big tech et je suis consternée de voir que TOUT LE MONDE les utilise, ces merdes. Même des gens qui se disent de gauche, qui se gargarisent d'avoir une conscience sociétale! (Coucou, Mediapart! 😡) La situation est la même que pour l'environnement et la consomation d'animaux: les riches et puissants en tirent profit, les politiques ne veulent surtout pas y toucher, 95 % des gens sont très contents parce que ça les maintient dans le confort, voire ça accroît leur confort. Moi, hélas, je fais partie des gens sur le dos desquels c'est rendu possible. 😑😑 Et en même temps... quand j'ai besoin d'acheter des habits, je vais où? Dans une boutique bio et responsable? Non. Je vais chez les magasins qui produisent, au mieux, en Turquie et, au pire, en Chine. (Pour le Bangladesh, non. Je repose l'habit. Pas possible.) Donc, qui suis-je pour jeter la pierre aux gens qui privilégient le pratique pour eux au détriment des conditions de vie et de travail des autres? 😭😭😭😭 Mise à jour du lendemain: Damnation. La phrase barrée, je l'ai ajoutée au dernier moment, moins d'une heure avant la publication d'un billet que je rédigeais depuis plus d'un mois, de peur d'être trop dure dans ma condamnation de cet usage et dans la volonté d'adoucir ma critique pour ne froisser personne. Mais le problème est réel et ce n'est pas à moi d'adoucir ma position; c'est aux gens qui se servent de ces outils d'assumer ce qu'ils font, s'ils le font en connaissance de cause. Quant au fait de ne pas être irréprochable sur l'ensemble de mes actions, c'est une manière absurde de se dévaloriser. PERSONNE n'est irréprochable dans ses actions. L'expérience humaine est pleine de nuances. On a le droit de critiquer des trucs même si on peut encore évoluer sur d'autres.

💤 Repos. Stupéfaction totale au moment du décompte: seulement cent sept jours (107) de repos en 2025. C'est moins qu'en 2023 et 2024. Ironique, pour une année où je n'ai pas gagné assez et où je me suis bien fait chier devant mon ordinateur... Alors, certes, il y a eu de nombreux jours de "travail" officiels où j'ai pu me permettre de lire des blogs sur mon ordinateur pro, de faire ma vaisselle le midi, de lire quelque chose après avoir déjeuné, d'éteindre mon ordinateur pro à 17 heures, voire de faire une deuxième séance de yoga (j'y reviendrai)... On ne peut pas dire que je me sois épuisée à taper plus vite que mon ombre, cette année. Mais ça ne compte pas comme du repos, ces jours-là. Les jours de repos, c'est quand je mets mon message d'absence en semaine et que je fais autre chose, ou que je profite de mon week-end juste parce que c'est le week-end, ou que je suis en vacances. Et ça, il n'y en a eu que cent sept. 107. C'est essentiellement dû au fait que j'ai bossé tous les week-ends en début et en fin d'année, quand du travail était présent, et au fait que je n'ai pris "que" quatre semaines de vacances sur l'année. Mais quand même, je suis stupéfaite.

✨🧨 Pour un monde meilleur. Je créé cette rubrique pour essayer de valoriser mes efforts, et surtout pour ne pas les oublier. Ils ont beau être dérisoires, j'ai régulièrement l'impression qu'ils sont nettement supérieurs à ceux de 90% des gens. Et puis, les lecteurs de ce blog faisant partie des 10% restants, ça pourrait leur donner des idées! 😊😊

Greenpeace. J'ai réduit mes dons et je me suis concentrée sur le plus vital: la défense de l'environnement.

Proton. En 2022, lorsque j'ai eu besoin de créer une nouvelle adresse email, je suis allée voir chez Proton. En 2024, j'ai fait passer mon compte au niveau payant, ce qui me permet de les soutenir davantage, mais aussi de créer dix adresses. En 2025, j'ai commencé à déplacer sur mes nouvelles adresses un certain nombre de choses: la médiathèque, les impôts, la mutuelle, les banques, les échanges avec une amie avec qui nous avons décidé de délaisser Messenger... Le chantier pour quitter Gmail (sans même parler de Google dans son ensemble...) est tellement titanesque que je n'ai aucun espoir réel d'y parvenir, mais j'ai commencé quelque chose.

Société des gens de lettres. Depuis des années, je suis membre de plusieurs associations professionnelles. Ça fait un sacré budget annuel, mais elles font du travail formidable. Au printemps, j'ai rejoint la Société des Gens de lettres (SGDL) après qu'elle a attaqué Meta en justice. Il y a cinquante petits euros de ma poche qui contribuent à mettre des bâtons dans les roues de la big tech. Satisfaction.

Paypal. Un beau jour, Paypal m'a envoyé un mail. Je ne sais même plus pourquoi. Probablement pour m'informer d'un changement dans ses conditions d'utilisation, j'imagine. Bref, la chose m'a soudain rappelé que j'avais un compte PayPal. Un compte PayPal que je n'utilise pas. Un compte PayPal qui contribue, quoique de manière pratiquement nulle, à la valorisation boursière de PayPal. Je ne veux pas soutenir d'entreprise cotée en Bourse. J'ai supprimé mon compte PayPal. (Je vous l'ai dit, que mes efforts étaient dérisoires. Mais ça compte quand même!)