mercredi 14 octobre 2026

Les Dames à la licorne (1974)

Après Ravage, gros coup de tonnerre dans le ciel sans nuages de mon année 2024, j'ai poursuivi ma découverte de René Barjavel avec La Nuit des temps et Le Voyageur imprudent, deux romans moins marquants mais néanmoins très solides. Idéalement, j'aurais continué avec L'Enchanteur, mais mes recherches en bouquinerie et en boîtes à livres ne m'ont pas permis de me le procurer; tandis que je suis tombée, je ne sais plus où, sur Les Dames à la Licorne, que Barjavel a écrit à quatre mains avec Olenka de Veer.

Petite anecdote: dans cette édition des Presses de la Cité, la toute première page a été arrachée. Que contenait-elle? Pourquoi a-t-elle été arrachée et par qui? Nous ne le saurons jamais. La page suivante, quant à elle, comporte, sous le titre, la dédicace des deux auteurs au feutre bleu.

Eh bien, mes amis, quel bonheur d'être tombée sur ce roman. J'ai adoré.

L'histoire s'étale sur quasiment un millénaire, de 929 aux années 1890, mais se concentre surtout sur cette dernière période.

"Foulques, premier comte d'Anjou, dit d'abord le Roux, puis le Plante-Genest, rencontra la licorne le deuxième vendredi de juin de l'année 929..."
C'est ainsi que s'ouvre le roman, dans un monde médiéval teinté d'une magie légère et discrète absolument merveilleuse – "merveilleuse" aux deux sens du terme, qui fait rêver et qui relève du merveilleux, le genre! Un monde dans lequel une licorne peut tomber amoureuse d'un humain et où un humain peut, s'il n'y prête pas attention, croire qu'il passe simplement à côté d'un buisson d'aubépine d'un blanc éclatant. 💕💕 Mais Foulques finit par la voir, cette licorne, et l'union de l'homme et de la licorne donne une lignée hors du commun, dont nous suivrons le destin au fil des siècles, jusqu'à nous concentrer sur Sir Jonathan Greene, un Anglais qui achète une île dans le Donegal, en Irlande, puis sur son fils et surtout sur les cinq filles de celui-ci.

Cette île à moitié magique, avec sa maison de rêve, ses fantômes, ses vieilles pierres et sa végétation hors de l'ordinaire au bord de l'Atlantique, constitue le deuxième aspect complètement irrésistible du roman: une vision de l'Irlande brute, sauvage, verte, fascinante, poétique, hors du temps, magique!!! Mais ça envoie du pâté d'une fooooorce!!! Je pense toujours à Méli du Bazaar de la littérature quand je touche à Barjavel: eh bien, comme je comprends que cet auteur et ce roman l'aient marquée et qu'elle soit tombée amoureuse de l'Irlande!! J'ai beau savoir que l'Irlande, la vraie, est tout autre chose que cela, j'ai adhéré corps et âme le temps de la lecture!! Je donnerais beaucoup pour vivre là, moi aussi!!

Cette magie discrète et ces décors somptueux sont portés par une plume magnifique, qui contribue pour beaucoup à l'ambiance. Je ne sais qui a le plus de mérite entre René Barjavel et Olenka de Veer, mais le résultat est d'une beauté!! J'aurais pu relire des tas de passages juste pour savourer la description de l'ambiance, de la météo, du vent, de la végétation!!
"Le grand vent de septembre, qui venait de la mer, emportait la pluie et les embruns presqu'à l'horizontale, les lui jetait au visage, lui en frottait les épaules, les lavait, lui et sa femme, à grands coups de draps d'eau claquants et ruisselants, comme s'il eût voulu ôter d'eux la moindre trace de terre ou d'air du continent. Le vent et la pluie s'étaient réchauffés pendant des jours et des nuits sur le dos du Gulf Stream, le grand dragon de mer qui vient de l'autre côté du monde ouvrir sa gueule autour de l'Irlande comme s'il voulait l'avaler. [...]
Dans la cheminée, des bûches attendaient depuis trois jours. Une petite flamme naquit entre elles et elles se mirent à flamber. Ce fut la première fois que le feu s'alluma tout seul pour annoncer l'arrivée de Sir John Green chez lui."
Même une automobile devient quelque chose d'autre!!

"Griselda, qui était descendue dans l'allée, marcha avec décision vers l'automobile. Les deux lanternes, posées au bout de longs pédoncules, la regardaient s'approcher comme des yeux d'escargot d'or. Elle s'attendit à les voir s'allonger, se diriger vers elle, puis se rétracter après l'avoir reconnue."
Griselda, c'est la sœur dont le roman s'occupe le plus. Outre son prénom Griselda, elle porte un prénom gaélique qui lui a été donné en secret par la cuisinière irlandaise. Elle est amie avec son chien et avec un renard à la queue blanche et elle a passé toute sa vie sur l'île, même si elle rêve d'un ailleurs où elle a la certitude d'aller un jour. Griselda permet aux deux auteurs de parler de l'histoire de l'Irlande, et notamment de ses tentatives de soulèvement contre l'occupant anglais, tandis que les cinq sœurs, par leurs destins divers, introduisent le thème de la condition de la femme. Leurs choix sont limités et certains personnages tiennent à ce sujet, voire tiennent au sujet d'elles-mêmes, des propos qui font frémir aujourd'hui, mais, à de rares exceptions, j'ai eu la nette impression que c'était l'opinion d'un personnage et non des auteurs. Au contraire, ce qui ressort ici, c'est l'envie d'écrire son propre destin...

Bref, une lecture merveilleuse qui m'a fait rêver. Ça n'arrive pas souvent et je suis super reconnaissante d'être tombée sur ce roman.

vendredi 9 octobre 2026

Les BD du troisième trimestre 2026

Comme d'habitude, retour sur les lectures graphiques du trimestre écoulé, avec des vieux acariâtres, un OGNI et pas mal de Davodeau! 😊

Les Vieux Fourneaux de Wilfrid Lupano (scénario), Paul Cauuet (dessin) et Jérôme Maffre (couleurs), tomes 7 et 8: Chauds comme le climat (2022) et Graines de voyou (2024)

J'ai lu les deux derniers tomes de cette série hautement recommandable, et j'ai tellement aimé que je lui ai consacré un billet dédié. "Chauds comme le climat", c'est vraiment le meilleur titre!!! 😂😂😂😂
Éditeur: Dargaud

Cave Girls, livre premier, de Greg Broadmore, traduit de l'anglais par Sylvain Savarin (2025) 


Un service presse hors du commun, sur tous les plans! À tel point que je lui ai consacré un billet dédié.
Éditeur: éditions Blueman

Les Mauvaises Gens d'Étienne Davodeau (2005)

 

Une bande dessinée très intéressante sur le parcours de deux militants syndicalistes catholiques dans une région rurale et fortement catholique au sud d'Angers, des années 1950 à 1980. Ces deux militants, ce sont les parents d'Étienne Davodeau en personne, et ils étaient, au début, tout à fait opposés à ce que leur fils raconte leur histoire. 🤭🤭 On reconnaît très bien la patte de Davodeau, tant au dessin qu'au texte, et l'histoire est très intéressante. On voit une France rurale changer progressivement et on redécouvre un monde perdu, où il y avait encore des usines en France. Eram qui fabriquait ses chaussures dans la région d'Angers, vous imaginez! Et le parcours des parents est très intéressant aussi. À leur petit niveau, ils ont, comme bien des militants, œuvré pour le collectif. Et après deux chapitres où la vision du catholicisme est fort négative, la suite de l'ouvrage est bien plus nuancée. Il y a aussi des catholiques qui militent pour la cause ouvrière, à commencer, donc, par les parents de Davodeau. Découvert chez Baroona, comme d'habitude.
Éditeur: Delcourt

Là où tu vas d'Étienne Davodeau (2025)

 

Une très belle BD sur l'accompagnement des personnes souffrant d'Alzheimer ou d'une maladie du même type, de celles qui affectent la mémoire et, à terme, l'autonomie et la vie tout entière. On suit les journées de Françoise Roy, qui se rend chez ces personnes pour les aider et qui est... la femme de Davodeau dans la vraie vie. 🤭🤭 Et comme les parents de Davodeau pour Les Mauvaises Gens, elle ne voulait ABSOLUMENT pas faire cette BD, au début! C'est une longue réflexion et de nombreux échanges qui l'ont convaincue d'essayer. Les deux ouvrages sont sortis à vingt ans d'intervalle, mais les parallèles ne manquent pas, à commencer par le fait que c'est profondément humain et qu'on parle d'aider LES AUTRES, d'œuvrer pour le collectif. Et on en sort bizarrement serein, alors que, ici, le sujet de la perte de mémoire et d'autonomie est loin d'être joyeux. Mais, vraiment, Françoise Roy réussit à rendre toute leur dignité à des gens qui affrontent des difficultés immenses.
Éditeur: Futuropolis

Chats-tchatcha, tome 1 de Chats!, de Frédéric Brrémaud (scénario), Paola Antista (dessin) et Cecilia Giumento (couleur) (2021)

Encore une série avec des chats. Oui oui oui. Ici, trois chats qui vivent avec trois ados. Tout est très sympathique et mignon, mais pas aussi mignon que la couverture le promet. Et je commence à avoir eu ma dose de BD avec les chats, quand même.
Éditeur: Paquet

L'Anomalie de Manuele Fior, traduit de l'italien par Marc Lesage, d'après l'œuvre d'Hervé Le Tellier (2026)

J'ai pu lire les épreuves non corrigées de cette bande dessinée qui sort ces jours-ci chez Gallimard, et j'ai retrouvé avec plaisir l'histoire du roman de Le Tellier, que j'avais beaucoup aimé. J'ai même replongé dans les recherches Internet pour qu'on m'explique la fin. 😂 En revanche, je n'ai pas aimé le dessin de Manuele Fior, et j'ai trouvé les deux ou trois planches représentant des scènes de sexe inutilement crues et voyeuses.
Éditeur: Gallimard

Loire d'Étienne Davodeau (2023)

Portée par mon enthousiasme pour Les Mauvaises Gens et Là où tu vas, j'ai aussi emprunté et lu Loire, dont la superbe couverture m'avait tapé dans l'œil lors de sa sortie. J'ai moins apprécié l'histoire, qui voit se réunir plusieurs exs d'une femme décédée, mais les cases et les planches sur la nature en général et sur la Loire en particulier sont de toute beauté: on aurait envie de tout encadrer pour orner ses murs d'une parenthèse de douceur et de verdure. 💕
Éditeur: Futuropolis

Une histoire des résistances noires américaines de Ben Passmore, traduit de l'anglais par Mathilde Tamaé-Bouhon (2025)

Une bande dessinée très spécialisée qui m'a complètement perdue. Je n'ai pas aimé le dessin et j'ai eu du mal à reconnaître les personnages, d'autant que je ne connaissais aucune des figures présentées ici. En outre, certaines positions radicales légitimant la violence m'ont déplu. Par exemple, des Noirs armés qui défendent les Noirs, ça me fait aussi peur que des Blancs armés qui défendent les Blancs. La lecture a toutefois été pertinente pour en retenir que les mouvements de libération et d'autonomisation des Afro-Américains aux États-Unis sont bien plus complexes que je ne le pensais!
Éditeur: Steinkis

Space Cats. Dans les griffes de l'empire de Kid Toussaint et Ced (scénario), Clarke (dessin) et Mikl (couleurs) (2026)

Une BD très rigolote sur des chats envoyés sur Terre en mission de reconnaissance afin de préparer l'invasion de la part de l'empire Chalactique (AHAHAH). Sauf que l'invasion n'a jamais eu lieu, pour diverses raisons, et que les chats en question, aujourd'hui choyés par leurs humains, n'ont aucune envie de voir enfin débarquer l'empire. Je me suis éclatée comme une gamine. C'est carrément le haut du panier des innombrables BD avec des chats et, pour une fois, les dessins intérieurs sont à la hauteur de la couverture! J'espère qu'il y aura une suite. 😻😻
Éditeur: Le Lombard

dimanche 4 octobre 2026

La gamelle de septembre 2026 🐶

Septembre: deux semaines de vacances passées trop vite et deux semaines de "travail" au chiffre d'affaires insignifiant, suite auxquelles j'ai accepté un projet de traduction qui va totalement à l'encontre de mes idées et qui a pas mal de voyants au rouge, mais qui me permettra de gagner de l'argent. Je suis mal barrée, je vous le dis. La cerise sur le gâteau La crotte sur le tas d'ordures: je n'ai même pas réussi à exploiter mon temps libre pour avancer sur le plan culturel, que ce soit en vacances ou en période d'inactivité. 🤡

Du côté du sport et du bien-être

Ça va mal. En vacances, j'ai le droit de lever le pied. Mais, au retour, j'ai eu du mal à reprendre la marche pour différentes raisons: des matins de grande fatigue, des leçons d'équitation encore tôt le matin, des activités à l'extérieur. Et ce alors que ma balance m'a annoncé que j'ai pris cinq kilos en vacances, et que j'aurais donc dû me relancer dans le sport comme une timbrée... (Oui, oui, cinq kilos en trois semaines! Alors que je n'ai même pas mangé comme je voulais! Je suis dégoûtée!) (Bon, ma balance déconne. Si je me pèse trois fois d'affilée, elle affiche trois poids différents, et il peut y avoir un kilo d'écart entre le plus bas et le plus élevé. 👀 Mais si elle dit "cinq", j'estime que la réalité est à quatre, vous voyez, et c'est déjà la catastrophe.)

  • Sept marches solo: je n'ai pratiqué la marche que la deuxième moitié du mois, ok, mais c'est tout de même bien peu.
  • Une marche en club: normal au vu des dates de mes vacances et de mon travail en interne. Au moins, j'étais très en forme ce jour-là et ça a été super; je ne m'étais pas sentie si bien depuis au moins un an, voire un an et demi! 🤩 Merci, les endorphines!
  • Quatre leçons d'équitation: mon rythme normal sur deux semaines. Retrouver les écuries a été un vrai bonheur, même si j'ai eu l'impression d'avoir perdu en stabilité et que je ne monte pas comme je le voudrais.
  • Sept séances de gainage: là aussi, c'est bien peu pour une moitié de mois. À un moment, je me suis même dit que j'arrêtais, tant ça m'a saoulée de m'y remettre au retour de vacances et tant j'en ai marre d'ajouter sans cesse des trucs à mes routines bien-être. J'essaye de me dire qu'en faire à l'occasion vaut toujours mieux que ne pas en faire du tout.
  • Trente séances de yoga: au moins une routine qui ne me saoule pas! Je peux avoir un peu la flemme de m'y mettre, mais c'est une flemme très modeste par rapport aux autres flemmes.
  • Méditation: j'ai testé Petit Bambou! J'ai fait le programme de découverte deux fois, puis j'ai utilisé les méditations du jour offertes, et cela m'a permis de tenir trois semaines. J'aime bien. Je me roule en boule sur mon lit et c'est un peu comme si je faisais une petite sieste. J'aurais continué si j'avais eu plus de contenus gratuits. L'heure étant aux restrictions budgétaires, je n'ai pas pris l'abonnement, mais j'y songe.

Sur petit écran

Rien. J'ai découvert l'existence du film Les Moutons détectives ET IL FAUT TELLEMENT QUE JE LE VOIE C'EST JUSTE FAIT POUR MOI, mais à aucun moment je n'ai envie de me mettre une heure et demi ou deux heures devant mon écran pour un truc non urgent. (Rédiger cette gamelle la veille de sa publication, par exemple, je peux faire... 👀)

Sur grand écran

Heart of the Beast de David Ayer (2026)

Un beau film sur un homme et son chien ❤️❤️❤️ À part deux fausses notes – à savoir le comportement absurdement agressif des animaux carnivores et l'irruption soudaine d'une musique très intrusive à la fin –, j'ai beaucoup aimé. Brad Pitt retrouve un film digne de son talent après Bullet Train et l'horrible F1, et le chien Odin – ou plutôt les chiens qui ont joué son rôle – est ultramégacharismatique. Le fait qu'il soit filmé en images réelles, et non doublé numériquement, est un immense atout!! D'un côté, notre couple rencontre presque trop de malheurs pour alimenter le côté survivaliste, qui ne m'intéresse que peu; mais d'un autre, c'est un film presque contemplatif, avec de longs plans où il ne se passe pas grand-chose. Et la fin est très émouvante. ❤️❤️❤️

Du côté des séries

Toujours rien. Même Shogun n'a pas réussi me motiver. (À ma décharge, mes trois semaines de vacances sont passées en à peu près trois jours. 👀)

Et le reste

J'ai lu La Croix L'Hebdo des 4-5 mars 2023, qui consacrait son dossier aux réunions en entreprise. J'y ai notamment appris que les cadres auraient dix-sept réunions par semaine en moyenne. Si une semaine dure cinq jours et donc dix demi-journées, ça fait quasiment deux réunions par demi-journée. Du coup, ils travaillent quand, en fait? 😂 Comme toujours, c'était traité avec une modération et un optimisme qui donnent un peu l'impression qu'on n'en tire pas de certitudes, mais c'était très agréable à lire.

En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, et ce avec beaucoup d'enthousiasme.

Le mois prochain, préparez-vous au pire dans cette catégorie: j'ai trouvé du LOURD dans l'entrée de mon immeuble!!! 😂😂😂