samedi 12 mars 2016

La Fille du roi des elfes (1924)

Un copain m'a prêté ce roman de Lord Dunsany un soir où on parlait séries et bouquins. Le nom de l'auteur me disait quelque chose, mais j'aurais été bien incapable de citer son œuvre; c'est réparé! Notons au passage qu'il s'agissait d'un noble irlandais vivant dans un château qui rappelle furieusement Downton Abbey... ^^


Or donc. Ce roman raconte l'histoire d'Alveric, jeune héritier de la vallée des Aulnes, qui part à la recherche du Royaume Enchanté pour trouver et épouser la belle Lirazel, la fille du Roi des Elfes, à la demande de son père (qui agit lui-même à la demande de son peuple, qui souhaite que la vallée soit un jour gouvernée par un être magique afin qu'elle devienne célèbre). Alveric parvient à atteindre le Royaume Enchanté, il rencontre Lirazel et elle décide de fuir avec lui contre la volonté de son père (à elle). Pendant les quelques heures passées dans le Royaume Enchanté, dix ans ou plus se sont écoulés sur Terre; le père d'Alveric est mort et Alveric devient le seigneur de la vallée. Il épouse Lirazel et ils ont un enfant; mais Lirazel ne s'habitue pas au royaume des hommes, elle repart chez son père, Alveric la cherche partout sans la trouver car le Roi des Elfes a caché son Royaume, et pendant ce temps-là leur fils Orion grandit et chasse le cerf, puis la licorne.

(Je précise en passant que je n'ai pas du tout apprécié qu'on tue des licornes...)

Pour tout vous dire, j'ai trouvé ce roman peu abouti. L'histoire s'éparpille entre les différents personnages et leurs espaces-temps décalés, sans qu'on n'ait l'impression que l'auteur a un but précis en tête. Il y a pas mal de répétitions bizarres, dont je n'ai pas bien compris la raison d'être (par exemple dans le cas des deux personnages illuminés qui accompagnent Alveric dans sa quête), et parfois des incohérences (qu'advient-il de la première licorne qu'Orion pourchasse à travers le village?). Beaucoup d'éléments sont posés là sans explication et sans détails, comme les choux sous lesquels la sorcière Ziroonderel trouve la foudre avec laquelle elle crée l'épée d'Alveric, ou bien des phrases tombent comme des cheveux sur la soupe (du genre "Les chiens aboyèrent longtemps" à un moment où on a déjà été informés que les chiens aboient et où cela n'a pas d'importance pour le déroulement de la scène).

En parallèle, il se dégage une certaine nostalgie et une certaine tristesse de cette quête désespérée d'un royaume magique invisible, où se sont réfugiés tous les souvenirs de notre passé et où le temps n'existe pas, et quelques passages sont vraiment jolis. Sous cet aspect-là, je pense que Dunsany avait bien réfléchi à son idée (un peu comme je pense que Michael Ende avait tout compris à la vie quand il décrivait le Néant qui détruisait Fantasia, vous voyez?). La frontière vaporeuse entre la Terre des Hommes et le Royaume Enchanté est aussi réelle que symbolique, et j'ai bien aimé qu'on nous dise que la Terre est aussi étonnante aux yeux des créatures magiques que le monde des Elfes l'est pour les humains. Les licornes étaient belles et puissantes même si elles se faisaient manger, et j'ai particulièrement aimé les renards, qui se baladent entre les deux mondes et ramènent de là-bas leur petit air mystérieux. (Mais voici un autre exemple de passage bizarres: Dunsany nous dit deux fois que les renards doivent leur air mystérieux à leurs incursions dans le Royaume Enchanté, quasiment avec les mêmes mots, comme s'il avait oublié la deuxième fois qu'il l'a déjà expliqué avant...)

Évidemment, le thème de l'elfe immortelle qui tombe amoureuse d'un humain n'est pas sans rappeler Tolkien, mais avec quelque chose de beaucoup moins "conscient"; Lirazel n'a vraiment rien en commun avec Luthien, elle est en quelque sorte une fée décérébrée qui fait tout le temps ce qu'elle veut sans avoir conscience des difficultés et des conséquences potentielles. Son père, malgré des pouvoirs magiques colossaux et ses deux grands sortilèges, est complètement passif.

En fait, les êtres magiques de ce livre, elfes et trolls, sont plus similaires au "petit peuple" de Marion Zimmer Bradley ou Susanna Clarke, des voisins très différents de nous et très dangereux mais tout à fait inconscients de cela, et je dois dire que je ne suis pas très friande de ce genre de personnage.

Du point de vue stylistique, je dois aussi préciser que je me suis demandée si la traduction française n'était pas pour quelque chose dans la lourdeur générale des phrases et de leur enchaînement; mais je ne pense pas que j'aurais un jour le temps et l'envie nécessaires pour le relire en VO, et je laisse donc cette remarque à l'état de questionnement.

Une lecture en demi-teinte, donc, mais intéressante pour ses aspects positifs et bénéfique pour la culture gé. À essayer à l'occasion.

4 commentaires:

  1. Un grand classique de la littérature fantasy... que je n'ai pas lu !
    Un jour peut-être, comme beaucoup d'autres... :D

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    1. Je vois très bien! :) Je n'y serais peut-être jamais venue si le copain en question ne me l'avait pas prêté! :)

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  2. Je l'ai lu et je me souviens l'avoir trouvé assez indigeste. Mais c'est un classique ^^. La traduction joue peut-être un peu, j'avais lu un recueil de cet auteur qui m'avait semblé bien plus aisé à lire (et j'étais au lycée je crois quand je suis tombée dessus ^^).

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    1. Ha merci de la qualifier d'indigeste! Le copain qui me l'a prêté veut plus me parler parce que je l'ai qualifié de "mitigé" :p En fait indigeste rendait mieux mon idée! Mais bon ça reste intéressant et c'est un classique comme tu dis.

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