jeudi 22 avril 2021

Schluss? (2006)

Durant l'hiver 1945, dans la province de Prusse-Orientale, la propriété du Georgenhof accueille les derniers membres de la noble famille des von Globig: Katharina, une femme quelque peu planante, son fils Peter et la tantine, qui fait tourner la maisonnée. Le père est en Italie avec la wehrmacht. Ils accueillent régulièrement des gens de passage, qui sont, à des degrés divers, en train de fuir l'avancée des Russes sur le front de l'Est.

Walter Kempowski est un écrivain allemand qui semble connu et reconnu dans son pays. En France, il est traduit par Olivier Mannoni, raison pour laquelle je me suis interessée à ce bouquin. Dans un premier temps, le roman n'a pas soulevé un enthousiasme délirant de ma part. Il se lit bien, ça coule tout seul, mais le quotidien des personnages n'est pas franchement palpitant. Ça correspond un peu à l'idée que je me fais de de la littérature blanche contemporaine: c'est sympa, c'est intéressant, mais ce n'est pas marquant.

Toutefois, mon intérêt a augmenté progressivement. D'une part, vers la moitié du roman, Katharina cache un Juif chez elle. Cet acte héroïque est traité avec un détachement et quasiment une incompréhension assez particuliers qui, je crois, ont dû réellement s'appliquer au cours de l'histoire. En tout cas, je crois que j'aurais un peu ce ressenti-là si je devais cacher un fugitif chez moi. 😅 Puis, dans le dernier quart, c'est l'exode: les combats éclatent sur le front qui était stable depuis un moment, les civils fuient vers l'Ouest et le Reich et le livre prend une tout autre dimension en basculant dans l'horreur. Pas forcément l'horreur gore, mais l'horreur de voir tant de gens sur les routes, certains encore accrochés à la conviction que la wehrmacht va renverser la situation, d'autres maintenant en place les structures de l'État nazi alors que tout s'est déjà délité. Et puis, les vols, la confusion... Et puis, les vies qui valent de moins en moins cher, les corps gelés au bord de la route...

Ces passages m'ont rappelé deux romans qui m'ont marquée.

D'abord, Suite française, dans lequel Irène Némirovsky parle de l'exode des Parisiens face à l'avancée de la wehrmacht. On retrouve la même incrédulité, la même incapacité à comprendre que le monde que l'on a connu a déjà été balayé et que plus rien ne sera comme avant. Certains s'accrochent à des objets – l'argenterie, ce précieux manuscrit – mais toi, lecteur, qui sait comment ça s'est terminé, tu as envie de leur crier de se casser de là sans tarder parce que le rouleau compresseur est lancé et n'aura pitié de personne et que des gens crèvent, putain, qu'est-ce qu'on s'en fout de ton précieux manuscrit! Et bien sûr, maintenant que 2020 est passé par là, on a tous plus ou moins vécu des contrariétés face à l'épidémie de COVID-19 qui, un, deux ou trois mois plus tard, nous ont fait penser "pfiou, j'étais tellement naïf à l'époque"....

Ensuite, Die verratene Armee, un livre d'Heinrich Gerlach que j'ai lu traduit en anglais (par qui?? Je n'en sais rien, je ne trouve pas de nom de traducteur en ligne et je n'ai pas le bouquin...) sous le titre The Forsaken Army. Gerlach était soldat dans la wehrmacht et a combattu à Stalingard, où il a subi le siège des Russes. Ce bouquin m'a dressé les cheveux sur la tête. J'étais plus jeune à l'époque, peut-être qu'il ne me ferait pas le même effet aujourd'hui. Mais c'est horrible, ce qu'ont vécu les soldats allemands à Stalingrad. On n'en parle pas parce qu'on ne peut pas rentrer dans les détails à l'école et parce qu'on a peu d'empathie envers le pays qui a provoqué la Seconde Guerre mondiale, mais ces hommes encerclés et abandonnés par leur Führer ont vécu l'enfer. Je garde un souvenir épouvanté des "renforts" promis par la radio, qui se révèlent, une fois arrivés, être les malades de l'infirmerie remis sur pieds de force et renvoyés au front! Une armée en béquilles...

Schluss? va beaucoup moins loin que ce dernier roman dans la noirceur, mais il vous plonge aussi dans ces journées de fin du monde. Il raconte d'ailleurs, bel et bien, la fin d'une certaine bourgeoisie/aristocratie pré-Seconde Guerre mondiale, qui n'a jamais retrouvé le lustre d'antan après la guerre. Une bonne manière de voir l'histoire du côté allemand, pour une fois, et de se souvenir que le jusqu'auboutisme de l'état-major allemand et son refus de la capitulation a provoqué bien des malheurs et des morts encore plus inutiles que les précédents...

samedi 17 avril 2021

Rebecca (1938)

"Last night I dreamt I went to Manderley again."

L'incipit de Rebecca de Daphne du Maurier est célébrissime. Et, dans sa simplicité même, il fait l'introduction parfaite d'un roman qui touche à la perfection.


L'intrigue: la narratrice se remémore la manière dont, alors qu'elle était une jeune femme inexpérimentée de vingt-et-un ans, elle a rencontré Maxim de Winter, un riche veuf anglais, durant un séjour à Monte-Carlo. Elle accompagnait alors une dame aisée en qualité de dame de compagnie, tandis qu'il se consacrait à de longs trajets en voiture le long de la côte. Quasiment sans un mot, l'amour éclôt, les deux se marient et, après une lune de miel en Europe, ils rentrent en Angleterre pour s'installer à Manderley, la superbe demeure familiale des de Winter. Mais dans ce luxe feutré aux habitudes bien réglées, une ombre occupe tout l'espace: bien que Rebecca, la première femme de Maxim, soit morte depuis quasiment un an, on devine encore sa présence dans le moindre détail.

Difficile de parler de Rebecca tellement ce roman est superbement bien écrit. C'est vraiment extraordinaire. Dès le premier chapitre, dans lequel la narratrice décrit le terrain entourant la demeure, ça déborde de détails et de senteurs, avec une netteté extraordinaire. La seule autre personne qui écrit comme ça, c'est Anne Rice; mais c'est quand même très différent, Anne Rice a quelque chose de plus riche et décadent.

Manderley, c'est donc une riche demeure de campagne à la Downton Abbey. Derrière la façade magnifique et le luxe tellement luxueux qu'il peut se permettre d'être discret, il y a une main de femme, reconnaissable dans le moindre détail: la décoration, les œuvres d'art, la papeterie, les repas... C'est Rebecca. Partout où notre narratrice tourne le regard, elle voit Rebecca. C'est Rebecca que le vieux chien aveugle attend. C'est Rebecca qui dicte l'horaire et le contenu des repas. C'est Rebecca que l'intendante regrette amèrement. C'est à Rebecca que tout le monde compare la nouvelle épouse. C'est Rebecca qui occupait la plus belle chambre de la maison, conservée telle quelle depuis sa mort.
"Rebecca, always Rebecca. Wherever I walked in Manderley, wherever I sat, even in my thoughts and in my dreams, I met Rebecca. [...] Rebecca, always Rebecca. I should never be rid of Rebecca."
Comme me l'a dit une amie, ce bouquin parle d'une "différente forme de hantise". Je l'ai lu pour le plaisir de la maison hantée; j'ai trouvé une obsession qui paraît à la fois incroyablement démesurée et parfaitement vraie – moi aussi, j'ai été hantée ainsi par des gens auxquels je me comparais sans cesse, généralement à mon désavantage, parfois dès que je sortais de mon lit le matin. Je connais bien cette sensation de ne pas être à sa place et de ne pas maîtriser les codes sociaux du milieu dans lequel on évolue. Je retiens, par exemple, le moment où la narratrice réfléchit à sa lingerie, imaginant ses femmes de chambre comparer le tissu de ses bas aux bas autrement plus fins que portait Rebecca... Timide, inexperte et gauche, elle ne sait où se mettre et n'ose pas creuser sa place, pas même auprès du personnel qui est censé la servir. Ainsi, la première fois que l'intendante, l'effrayante Mrs Danvers, lui demande quelle sauce servir avec le repas, elle répond: "ce que prenait Mrs de Winter". C'est la narratrice qui est devenue Mrs de Winter, mais ce titre est essentiellement utilisé en référence à l'autre Mrs Winter, celle qui s'est noyée et dont le corps a été repêché à des dizaines de kilomètres de là. Ce roman est une sorte d'illustration géante du syndrome de l'imposteur. Il illustre aussi combien le mythe de Cendrillon est trompeur. Pour une jeune femme pauvre, trouver l'amour en la personne d'un homme riche et le suivre dans sa demeure enchantée n'est pas forcément une bonne chose, et cela peut même tourner au cauchemar dans un milieu réglé jusque dans les moindres détails où les convenances sont reines. Et je pense que du Maurier a voulu montrer que ce carcan social est bien plus étouffant pour les femmes que pour les hommes...

Bien sûr, Rebecca, elle, était la maîtresse de maison parfaite, aussi belle, envoûtante et charmante qu'attachante. Tout le monde en garde un souvenir extraordinaire et certains peinent à accepter sa disparition. Sa fidèle Mrs Danvers pousse la chose jusqu'au morbide. La grand-mère de Maxim, dont l'esprit est embrouillé par l'âge, ne comprend pas qui est cette nouvelle épouse et demande, en pleurnichant, qu'on lui amène Rebecca...

Au-delà de sa rédaction superbe et de sa double ambiance de fous (Manderley, la maison superbe, et Rebecca, la morte qu'on devine encore partout), Rebecca est aussi haletant à lire à partir d'une certaine révélation. Le rythme s'accélère, le piège se referme. J'avais deviné cet élément-là, même si je n'avais pas identifié le pourquoi ([divulgâcheur] je pensais que Maxim avait tué sa femme à cause d'un adultère, alors que c'est à cause de sa grossesse [fin du divulgâcheur]). Mais, à la fin, boum, je suis restée scotchée: [divulgâcheur] le dernier coup de bluff de Rebecca, quel truc de fous. J'ai cru JUSQU'AU BOUT qu'elle était enceinte [fin du divulgâcheur]).

Le seul reproche qu'on pourrait faire à Rebecca, c'est que la narratrice effacée est, justement, trop effacée. Difficile d'imaginer une personnalité aussi discrète, aussi incapable de formuler la moindre exigence et allant jusqu'à cacher à ses domestiques qu'elle a cassé un objet de peur d'être réprimandée! Mais cela fait partie de la structure du livre: face à la figure titanesque de Rebecca, qui est tout simplement plus grande que nature, on ne peut que se faire tout petit.

Alfred Hitchcock a adapté ce roman au cinéma en 1940 et a remporté l'Oscar du meilleur film. Je vous en parle bientôt.

lundi 12 avril 2021

Les BD du premier trimestre 2021

Aujourd'hui, retour sur les bandes dessinées que j'ai lues en ce début d'année.

La Gameuse et son chat 1 de Wataru Natadani (2019)


Charmant manga sur une joueuse de jeux vidéo qui adopte, sans bien savoir pourquoi, un petit chaton que quelqu’un a trouvé sur son lieu de travail. La vie à deux se met en place, mais il est difficile de jouer autant qu’avant lorsqu’une boule de poils tape frénétiquement sur la manette ou passe devant l’écran… Ce manga est très mignon et parlera à tous les propriétaires de chat. Si en plus vous aimez les jeux vidéo, vous devriez vous y retrouver facilement. Je lirai la suite.
Éditeur: Bamboo

Conan le Cimmérien. La Maison aux trois bandits de Patrice Louinet et Paolo Martinello (2020)


Avec son ambiance fantastico-médiévale entre des murs de pierre, le dixième tome des adaptations des nouvelles de Robert E. Howard consacrées à Conan m’a beaucoup plu. C’est du Conan tout craché, poitrines féminines opulentes comprises. Il faut tellement que je relise Conan, ouin ouin. En revanche, les dessins sur deux pages sont assez chargés, j’ai parfois eu du mal à m’y retrouver.
Éditeur: Glénat

Conan le Cimmérien. Le Dieu dans le sarcophage de Doug Headline et Emmanuel Civiello (2020)


Le onzième tome de la collection est lui aussi tiré d’une histoire très classique, avec l’ombre d’un dieu disparu mais pas tout à fait mort qui plane sur un temple et un cadavre étranglé. Tout ce que j’aime. En revanche, j’ai trouvé le dessin inégal; certains plans sur Conan sont superbes, mais d’autres personnages sont grotesques, ce qui m’a empêchée d’adhérer totalement.
Éditeur: Glénat

John Constantine Hell Blazer – Péchés originels de Jamie Delano, John Ridgway et Alfredo Acala, traduit par Jérémy Manesse (1992 aux É.-U., 2008 en France)

Mieux vaut tard que jamais: après avoir écouté l’épisode des GG Comics consacré à ce personnage, je suis enfin passée à l’acte et j’ai attaqué les aventures de John Constantine. Ce volume de Panini paru en 2008 commence par le début en réunissant les numéros 1 à 9 de Hellblazer, parus en 1987 et 1988 chez DC Comics à raison d’un numéro par mois et réunis en volume en 1992. Jamie Delano est au scénario, John Ridgway et Alfredo Acala sont au dessin. En fait, le personnage était d’abord apparu dans une série Swamp Thing, mais c’est ici que commencent ses aventures à lui.
Ça se passe à Londres en 1982. Thatcher est au pouvoir, les inégalités se creusent et Constantine mène plus ou moins l’enquête sur des phénomènes surnaturels. Ou plutôt, disons que des ennuis surnaturels lui tombent dessus où qu’il aille. Deux sectes rivales semblent notamment œuvrer dans l’ombre, impliquant une femme avec laquelle il a noué une relation. Oh, et il est plus ou moins hanté par une ancienne bande d’amis qui sont plus ou moins tous morts à cause de lui…
Bon, je n’ai pas du tout aimé le dessin de ce volume, j’ai trouvé ça assez douloureux, mais j’ai bien adhéré au personnage désabusé et finalement assez passif. Il y a beaucoup de texte et une belle ambiance urbaine, sale et fatiguée avec le contexte dur des années Thatcher. Niveau intrigue, on est très loin de l’adaptation avec Keanu Reeves, mais en même temps Constantine a eu plus de 300 épisodes au fil des ans, peut-être que le film adapte des numéros que je lirai dans mille ans. 🤪🤪
Éditeur: Panini

John Constantine Hellblazer – Le Diable par la queue de Jamie Delano, David Lloyd, Richard Piers Rayner, Mark Buckingham et Bryan Talbot, traduit par Jérémy Manesse (1992 aux É.-U., 2008 en France)


Là, ça se complique. Ce volume publié par Panini en France en 2009 réunit les épisodes 9 à 13 de Hellblazer, parus chez DC en 1988-1989, les deux épisodes de HellBlazer Annual 1 parus jenesaisquand et les deux épisodes de The Horrorist parus en 1995-1996. Franchement, c’est tellement le bordel les comics, je ne m’y retrouverai jamais.
Hélas, j’ai beaucoup moins adhéré à ce tome: les révélations sur ce qu’il s’est passé à Newcastle, échec fondateur de la jeunesse de Constantine, m’ont laissé indifférente; l’épisode de vision d’apocalypse nucléaire sur la plage m’a perdue; le double numéro sur l’ancêtre de Constantine qui discute avec le crâne de Merlin m’a perdue aussi; et, enfin, le dernier épisode m’a plus plu, mais pas non plus emballée. Les dessins sont très variables en fonction du dessinateur. Je suis tristesse.
Panini n’a plus les droits DC pour la France et n’a donc jamais publié le troisième tome des épisodes de la série avec Jamie Delano au scénario. C’est Urban Comics qui a repris la publication à zéro avec trois beaux volumes intitulés "Jamie Delano présente". Le découpage n’étant pas le même, je ne peux pas enchaîner avec le tome 3 d’Urban Comics, sinon il me manquera des trucs qu’Urban a publiés dans les tomes 1 et 2, mais pas Panini. Je vais donc me procurer les trois et je vous en reparle le trimestre prochain.
Éditeur: Panini

mercredi 7 avril 2021

La gamelle de mars 2021

Le temps file, les mois défilent, et je ne comprends pas comment on peut être déjà en avril, sans même parler de 2021. 😄

Sur petit écran

Cendrillon de Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wilfred Jackson (1950)

Petite révision d'un classique Disney. Je vous l'ai déjà dit il y a deux ans, mais je tiens à le répéter: le chat Lucifer est tout bonnement exceptionnel. Il faut voir ce dessin animé juste pour lui. Sinon, le personnage de Cendrillon est intéressant car c'est l'incarnation de la consigne "subis et sois très gentille et tu finiras par être récompensée" – je comprends mieux pourquoi l'âge adulte m'a tant déçue quand je me dis que j'ai grandi en regardant des Disney. 😅

Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier (2013)


Je n'ai rien à ajouter à mon rapide avis d'il y a trois ans, si ce n'est que ce film me fait pisser de rire.

Sur grand écran

Toujours rien. Je me demande parfois si je reprendrai l'habitude d'aller au cinéma après une si longue coupure. 🤪

Du côté des séries

Miss Marple – saison 3 (1987-1991)
J'ai regardé les trois derniers épisodes de mon coffret DVD, réunis sous le nom de "saison 3". Bon, en fait, la page Wikipédia de la série n'indique pas du tout un découpage en saisons, et il semble manquer un épisode dans mon intégrale, donc j'ai l'impression que ce coffret a été conçu un peu n'importe comment... Quoi qu'il en soit, cette série d'une grande ringardise aura été très plaisante. Je veux vieillir comme Miss Marple.

Et le reste

Outre mon Cheval Magazine habituel, j'ai lu plusieurs anciens numéros de Livres Hebdo récupérés auprès de Vert et un ancien numéro de Internazionale, un magazine italien reprenant des articles de la presse étrangère (l'équivalent italien de Courrier International, en d'autres termes). Tous ces magazines dataient de janvier à avril 2020, soit juste avant la crise Covid-19 ou en plein dedans, et ç'a été très amusant de relire ce qu'on en disait alors. Ce qui est moins amusant, c'est que rien n'a changé et que le maître-mot est toujours "incertitude". 🤪


Bon mois d'avril, chers lecteurs!

jeudi 1 avril 2021

L'intervieweur interviewé – le Chien critique se dévoile! 🐩

Nul besoin de présenter le Chien critique, le premier blogueur canidé. 🐶 Nous avons l'habitude de le voir prendre son micro pour interviewer des blogueurs, des auteurs, des libraires... Aujourd'hui, c'est lui qui nous dit la vérité, toute la vérité, rien d'autre que la vérité!

(Ou pas.)

Et c'est long, à tel point que je n'affiche pas l'intégralité de ce billet en page d'accueil. Alors, préparez-vous une bonne boisson chaude ou un cocktail et attrapez un paquet de pop-corn! C'est parti! 🍿


Alys: Cher Chien critique, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. C’est un honneur d’échanger avec toi. Commençons par le début: peux-tu nous confirmer que tu es un humain, pas un chien?

Le Chien critique: Je confirme et loue ta perspicacité.

A: Merci. Peux-tu présenter rapidement ton identité dans la vraie vie? Qui es-tu? Quel est ton prénom? Quel âge as-tu? Es-tu de sexe masculin, comme ton pseudo le laisse entendre? Où habites-tu? Vis-tu avec un ou plusieurs humains ou autres animaux? Exerces-tu un métier pour gagner ta vie et, si oui, lequel?

LCC: Que de questions personnelles…
Je m’appelle dans la vraie vie Sadek, 42 ans et je suis agent municipal avec une spécialisation dans les mauvaises herbes. J’habite dans le nord de la France avec mon compagnon et nos deux clébards : Foulcan et Cassetoi.
Non, je déconne, je suis bien entendu un homme blanc, hétéro, dans la fleur de l’âge et de catégorie socioprofessionnelle élevée comme il se doit.
Ou je suis une femme qui se fait passer pour un homme sur le net…
Bref, on s’en fout de qui je suis. Juste une précision qui peut avoir son importance comme je tiens un blog littéraire, je ne travaille pas du tout dans le monde de l’édition, je ne connais aucunement le fandom, mis à part virtuellement depuis que le Chien critique existe.
Je garde mon identité secrète pour éviter que les auteurs viennent me casser la gueule suite à une critique négative. Le Chien critique est mon alter ego, Superman en a un, Batman aussi, alors pourquoi pas moi?

La vérité vraie: le Chien critique travaille chez les Men in Black!

A: Quand et comment a commencé ton rapport avec la lecture? Étais-tu un enfant ou un adolescent lecteur ou est-ce venu plus tard?

LCC: Dès mon plus jeune âge, si j’en crois mes souvenirs. Mais tout cela est de la faute de Karim Berrouka qui contrôle ma vie depuis toujours: j’ai commencé en effet à collectionner les livres de Oui Oui et de sa petite voiture jaune et plus grand, me voilà à lire de la SF, en ayant une période plus musicale en écoutant les Ludwig...
Après Oui Oui, je suis passé à une collection du Club des 5 et encore plus tard à me passionner pour Agatha Christie. Après une période un peu plus blanche, je trouvais que cela racontait à force toujours la même chose, qui pourrait se résumer à: regarder son trou du cul pour voir ce qu’il en sort. Et tu as sûrement une petite idée de la réponse, pas besoin que je développe.
Au lycée, on m’a forcé à lire la Guerre des mondes, le Horla et du Barjavel sans que cela me passionne. De la littérature académique dans ma tête d’ado… Seul le Maupassant m’avait bien plu.

(Remarque de l'intervieweuse a posteriori: Maupassant, c'est bien.)

A: Comment s’est imposée la SF dans tes lectures? Dans tes interviews, tu demandes toujours "t’a-t-on déjà jeté l'opprobre par rapport à tes goûts littéraires?": est-ce que cela t’est arrivé, que ce soit pour la SF ou un autre genre? As-tu l’impression que l’imaginaire est autant le paria de la littérature que les amateurs aiment le dire (et s’en plaindre)?

LCC: Je n’ai pas une bonne mémoire, je ne peux dire quand mon amour de la SF a commencé. Petit, j’étais fan de Capitaine Flam, j’avais même un poster dans ma chambre, Albator et Scooby Doo.
Alors comment j’en suis arrivé à lire de la SF, je n’en ai foutrement aucune idée. Peut-être à cause de Robert Merle et de son roman la Mort est mon métier qui m’avait fortement impressionné à l’adolescence. Et donc j’ai dû aller voir à la librairie ce qu’il y avait d’autre de l’auteur, et j’ai dû tomber sur Malevil. Une fois que tu trouves un roman qui te parle, tu essayes d’en trouver d’autres dans le même style. Donc peut-être Robert Merle, mais je n’irai pas parier ma vie là-dessus.
On ne m’a jamais jeté l’opprobre quant à mes goûts littéraires, mais pour la simple et bonne raison que c’était le livre qui faisait de moi un extraterrestre. J’ai rencontré assez peu de personnes pour qui la littérature était une chose importante. Je passais pour le petit intello, bref, pas celui qui est entouré de plein d’amis dans la cour de récré.
Sinon, lorsque je dis que je lis, que la personne ne change pas de trottoir et que la personne demande quel genre de littérature, c’est le silence. Dans le cas d’une réponse “C’est de la merde”, tu peux toujours répondre, lancer la discussion. Mais contre le silence, tu ne peux rien. Je pense que c’est assez parlant comme constat sur le genre.
Quant à la troisième question de cette question, honnêtement, je m’en fous. Je ne gagne pas ma vie grâce à la SFFF, il s’en publie plus que je pourrais lire en une seule vie, alors…
J’ai toujours eu des goûts à part de la norme établie, donc je suis plutôt satisfait de la mauvaise image de l’imaginaire, cela me va bien au teint.
Et en parlant de paria, même au sein de ce fandom, je ressens des distinctions entre le bon et le mauvais blogueur. Tu as le blogueur littéraire, qui a la culture du genre et de l’écrit, et tu as les autres. Et on te fait parfois ressentir une certaine condescendance. Pour ma part, j’écris comme je parle, je n’ai ni de culture littéraire ni de culture SF, je fais des fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe, donc je devrais me taire? Je ne suis pas d’accord avec cette conception élitiste de la culture. L’avis du bouseux est aussi important que celui de Télérama. De toute manière, c’est le populeux qui fait vivre une grande partie de la chaîne du livre, Mr Télérama et consort n’achètent pas les livres, on lui fait parvenir gracieusement (moi aussi, mais je n’ai jamais compris pourquoi).
C’est tout de même bizarre de se plaindre des chiffres de vente en SFFF et de rire des avis binaires des lecteurs qui n’ont pas compris l’Essence de la pensée de l’auteur. Vaste sujet, mais je préfère m’arrêter là, mon cardiologue va encore m’engueuler sinon.
A ce propos, j’adore cette conférence qui va dans le sens de ce que je dis: https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8
Et puis la blogosphère SFFF n’est pas que camaraderie: je remarque de temps en temps certains affrontements sur les RS ou le forum du Bélial. Je regarde cela de loin, le principal reste que les lecteurs de nos blogs savent vers lequel aller lorsqu’ils ont besoin juste d’un ressenti ou d’une analyse. Entre les post-it de Gepe et les analyses d’Apophis, il y a une infinité de nuances sur la façon de bloguer, et c’est très bien ainsi.

A: Passons maintenant à ton identité de blogueur. Comment as-tu choisi ton pseudo, le Chien critique? Faut-il y voir une prise de position animaliste? Penses-tu avoir été un canidé dans une vie précédente? Et niveau races, tu es plutôt chihuahua ou dogue argentin?

dimanche 28 mars 2021

The Collected Stories of Arthur C. Clarke (2001)

Cet hiver, je me suis attaquée à un gros pavé qui attendait dans ma pile à lire depuis fin 2018: l'intégrale des nouvelles d'Arthur C. Clarke publiée en 2001 par Gollancz, The Collected Stories. Pas moins de cent nouvelles et de 966 pages écrites dans une petite police. Je m'étais donné deux mois pour le lire, j'en ai mis quatre et demi. 😃

Bien entendu, commenter un tel pavé dignement exigerait d'écrire un autre pavé et le présent billet n'est donc pas du tout exhaustif. En outre, le fait de lire les textes sur une période aussi longue rend difficile d'en avoir une vraie vision d'ensemble.

Les nouvelles réunies ont été publiées entre 1937 et 1999, même si on constate un ralentissement considérable à partir des années 1970: seulement quatre textes durant les années 70, trois durant les années 80 et trois durant les années 90. L'énorme majorité des nouvelles a donc été publiée entre les années 30 et 60 – en plein âge d'or de la science-fiction, si je ne m'abuse. Chaque texte est précédé de quelques courtes lignes rédigées par l'auteur, ce qui permet d'en savoir un peu plus sur sa création ou son destin.

Tout commence avec Travel by Wire!, publié en 1937 dans Amateur Science Fiction Stories. Une histoire de téléportation qui ouvre très bien le bal puisqu'elle est franchement drôle avec ses techniciens qui se brouillent avec les biologistes dont il ont volé le hamster. 😂 J'ai l'impression que la chose est peu connue, mais Clarke fait toujours preuve d'un certain humour dans ses textes, et ce recueil n'est pas en reste.

"It was quite a party; the highlight, I think, was Commander Krasnin trying to do a Cossak dance in a space suit."
Venture to the Moon (1956)

Une bonne dizaine de textes provient du recueil Tales from the White Hart (1957), un ensemble de récits faits dans un pub, le White Hart, par Harry Purvis, un beau parleur qui tisse à merveille la réalité, la science et la fiction: "Tiens, sers-moi une bière, je vais vous raconter comment j'ai participé à la plus grande découverte militaire du siècle". Ils sont tous fort sympathiques, même si celui qui me reste le plus en tête est The Defenestration of Ermintrude Inch (1957), à cause de son titre fort explicite. (Avec un nom pareil, on dirait un personnage d'Amélie Nothomb, ah, ah!) Si vous avez l'occasion de lire ce recueil, n'hésitez pas. Je crois que c'est de là que provient un texte avec une chute très amusante, mais dont je ne retrouve pas le titre: [divulgâcheur] cette terrible cargaison qui fait fuir un chauffeur de camion à toutes jambes et qui évoque la menace nucléaire s'avère être en réalité... un essaim d'abeilles! [Fin du divulgâcheur]

"Yes – swordplay. Here was a civilisation which had atomic power, death rays, spaceships, television and suchlike modern conveniences, but when it came to a fight between Captain Zoom and the evil Emperor Klugg, the clock went back a couple of centuries."
Armaments Race (1954), une nouvelle qui parle du tournage d'une série – où l'on constate que Clarke avait vu venir la Guerre des étoiles avec ses vaisseaux de la taille d'une planète, ses technologies futuristes et... ses sabres laser!

Une chose qui me marque toujours chez Clarke, c'est sa capacité à exprimer le temps géologique et astronomique, à transmettre la sensation vertigineuse de ces laps de temps se calculant à une échelle tout à fait différente de celle d'une vie humaine, que ce soit pour un homme plongé dans un sommeil artificiel ou pour des êtres très différents de nous parcourant l'univers à la recherche de créatures sentientes. Un texte m'a semblé particulièrement brillant, Nightfall (1947): trois pages sur la ville de Shakespeare et une belle réussite. Clarke présente aussi notre bonne vieille Terre dans un futur éloigné, quand elle a énormément changé, à tel point qu'une civilisation extraterrestre pourrait prendre un dessin animé de Mickey pour un documentaire...

Autre caractéristique bien connue des textes de Clarke: l'émerveillement suscité par l'espace. Il y en a à revendre dans ce recueil, c'est juste dingue. Colonisation de la Lune, par exemple avec une coopération quelque peu espiègle entre Russes, Américains et Anglais, de Mars ou de planètes éloignées... Si vous aimez voyager, c'est un régal.

"For life called to life across the gulfs of space. Everything that grew or moved upon the face of any planet was a portent, a promise that Man was not alone in this universe of blazing suns and swirling nebulae. If as yet he had found no companions with whom he could speak, that was only to be expected, for the light-years and the ages still stretched before him, waiting to be explored. Meanwhile, he must guard and cherish the life he found, whether it be upon Earth or Mars or Venus."
Before Eden (1961)

"There had, after all, been a lunar civilisation – and I was the first to find it. That I had come perhaps a hundred million years too late did not distress me; it was enough to have come at all."
The Sentinel (1951)

Humour, sciences, exploration spatiale... Et fort peu d'émotion. Seuls quelques textes se détachent sur le plan émotionnel: The Songs of Distant Earth (1958), qui tourne en partie sur une histoire d'amour tristoune, et un texte dont je n'ai pas noté le titre, mais qui se termine sur une bouffée d'émotion avec le vagissement du premier bébé humain né sur la Lune. Oui, vous avez bien lu. Les scientifiques se sont installés sur la Lune, leurs familles les ont suivis, et puis, un jour, une femme a accouché... Ça, c'est le genre de truc qui me retourne le cerveau et me met une claque en même temps, ça me fait totalement voir le monde autrement.

Je ne peux pas chroniquer ce recueil sans parler des textes les plus connus de l'auteur: The Sentinel (1951) et Encounter in the Dawn (1953), qui ont donné vie à 2001 des années plus tard, The Nine Billions Names of God (1953) et sa chute toute simple mais extraordinaire, The Songs of Distant Earth (1958), que j'ai déjà cité et qui a donné un roman, A Meeting with Medusa (1971), qui m'a pas mal déçue – peut-être parce que je l'ai lu un soir où j'étais fatiguée et que je me suis endormie dessus environ vingt fois, ce qui m'a obligée à le relire le lendemain –, et Guardian Angel (1950), qui est plus tard devenue la première moitié du roman Childhood's End, que je lirai un jour et que je comparerai avec la chanson d'Iron Maiden. On voit ici que l'œuvre de Clarke se fait écho à elle-même: certains thèmes reviennent dans plusieurs textes, ou bien un texte donne naissance à un autre...

Je tiens à mentionner un texte inattendu, A Walk in the Dark (1950),  qui est foncièrement une nouvelle d'horreur ou de terreur: sur une planète éloignée, un homme rejoint son camp après la tombée de la nuit, mais l'éclairage dont il dispose tombe en panne et il se souvient brusquement des rumeurs sur l'existence de créatures autochtones ne sortant que dans l'obscurité... Bien que fort peu effrayante, elle fonctionne totalement sur le ressort du "truc qu'on ne voit pas mais dont on sait qu'il est là" et je n'attendais pas du tout ça de Clarke.

Comme dans tout recueil de nouvelles, le niveau n'est pas tout à fait constant et les cent textes réunis ici ne sont pas tous marquants. Dans certains cas, je suis bien en peine de me souvenir de ce qu'il s'y passe. Mais aucun ne m'est tombé des mains ou ne m'a semblé mauvais.

Encore une chose que je voulais mentionner: Clarke présente régulièrement des civilisations humaines plus évoluées que la nôtre, non seulement sur le plan technologique, mais aussi sur le plan politique ou relationnel. Ainsi, on croisera dans je-ne-sais-plus-quel-texte un personnage qui rappelle à son interlocuteur que, au XXIe siècle, il existait encore des États et des guerres. Ça me fait le même effet que Star Trek quand on y voit un couple d'hommes et que c'est un non-sujet tellement tous les personnages s'en foutent. J'aime cet optimisme, cette manière de montrer ce qui est souhaitable plutôt que de foncer dans le catastrophisme pour montrer combien on a conscience du monde qui nous entoure. Globalement, l'avenir que nous dépeint Clarke est tout à fait souhaitable, et ça donne de l'espoir.

Un bémol, toutefois: pour quelqu'un d'aussi visionnaire sur le plan technique et sociétal, Clarke a complètement raté l'existence des femmes. 99% de ses personnages sont des hommes, et les trois seules femmes qui me restent en tête sont l'amoureuse triste de Songs of Distant Earth, la bavarde impénitente de The Defenestration of Ermintrude Inch et la petite fille protagoniste de Holiday on the Moon (1951), un texte écrit à la demande d'une "charming lady-editor" et pour un magazine "for young ladies"... 😅

Bon, et maintenant, j'attends le Bifrost consacré à l'auteur de pied ferme!

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
Il y en a plusieurs, alors suivez le tag!

mardi 23 mars 2021

La Fille dans la tour (2018)

Enthousiasmée par l'Ours et le rossignol, je n'ai pas tardé à me procurer sa suite, la Fille dans la tour, afin de retrouver Vassia, jeune fille russe du XIVe siècle, dans la jolie trilogie de Katherine Arden, traduite en français par Jacques Collin pour Lunes d'encre.


J'ai replongé avec grand plaisir dans la Rus' médiévale. Vassia a quitté son village avec Soloveï, son merveilleux cheval pensant, et parcourt la forêt avec lui au cœur de l'hiver. Mais elle ne tarde pas à rencontrer des ennuis, puis des brigands qui mettent la campagne à feu et à sang, jusqu'à ce qu'elle tombe par hasard sur son frère Sasha, moine guerrier qui accompagne le grand-prince de Moscou, Dimitri, dans une expédition punitive contre ces mêmes brigands. Commence alors un jeu délicat, puisque Vassia s'est déguisée en garçon pour pouvoir agir à sa guise et que personne ne doit découvrir qu'elle est, en réalité, une fille.

Tous les ingrédients qui faisaient le charme du premier sont réunis ici: l'héroïne indépendante et généreuse, la Russie médiévale en proie au gel, les créatures magiques du monde d'avant qui faiblissent face à la progression du christianisme, les dieux ou démons qu'on entrevoit à la lisière du monde humain. Katherine Arden accorde toutefois un rôle beaucoup plus important à Sasha, le moine bon et humain qui est aussi un redoutable guerrier, et introduit un personnage qui, je suppose, prendra beaucoup d'importance par la suite, Maria, la nièce de Vassia et Sasha. Soloveï est très présent, ce qui est bien, évidemment, vu que c'est un cheval, et deux juments tiennent des rôles secondaires. On retrouve aussi Konstantin, le prêtre extrémiste du premier tome, même si, bon, on s'en serait bien passé.

L'intrigue semble d'abord liée aux relations entre la Rus' et les Tatars, mais implique, évidemment, de la magie ou de la sorcellerie. On peut trouver quelques redites dans ce tome, comme le fait que Konstantin se met de nouveau au service d'un être surnaturel qui le manipule (en plus d'être obscurantiste, le gars est con, c'est formidable) et l'apparition fugace de morts-vivants, et on pourrait critiquer le recours à certains stratagèmes pour faire avancer l'intrigue, comme les personnages qui ne disent jamais ce qu'ils ont sur le bout de la langue alors que ça leur éviterait bien des ennuis ultérieurs, mais ça ne gâche en rien le plaisir de lecture. Avec son folklore riche et varié et sa magie aussi discrète que puissante, Katherine Arden propose de belles aventures dépaysantes et encourageantes, où les personnages positifs ne renoncent pas à leurs valeurs malgré des difficultés réelles. Et comme Jacques Collin propose une version française aussi fluide que discrètement élégante, ça se lit tout seul. Vivement la suite!

Allez donc voir ailleurs si cette fille y est!
L'avis de Vert

jeudi 18 mars 2021

The Turn of the Screw (1898)

Chronique express!


The Turn of the Screw (Le Tour d'écrou) de Henry James est souvent cité dans les articles ou ouvrages parlant de fantastique, plus précisément dans le genre de la maison hantée. Le Bifrost sur Shirley Jackson m'ayant rappelé que c'est justement le fantastique que j'aime, j'ai profité d'un passage chez Gibert pour acheter ce roman. Une maison isolée dans la campagne anglaise, des enfants angéliques, une réputation de géant, ça semblait bien parti...

Eh bien, c'est raté. J'ai trouvé ce roman pénible à lire. J'avais vraiment du mal à déchiffrer certains phrases. En général, j'adore l'anglais du XIXe. Là, j'ai galéré. Clairement, l'utilisation de la ponctuation ne me convenait pas, par exemple quand des propositions s'enchaînaient sans aucune virgule, ce qui m'amenait à lire d'une traite une série de mots qui formaient en fait deux unités distinctes. Avec les phrasal verbs anglais (les verbes constitués d'un verbe suivi d'une particule, comme to go up ou to nod off), c'est particulièrement problématique, puisque vous risquez de coller la mauvaise particule au mauvais verbe. En outre, les dialogues sont très répétitifs – on dirait Dumas quand il tirait à la ligne en faisant répéter au personnage numéro 2 ce que le personnage numéro 1 venait de dire – et emplis de sous-entendus qui m'ont totalement échappé. Apparemment, les victoriens se prenaient la tête sur des choses qui me laissent parfaitement indifférente.

Pour vous donner tout de même une idée de l'intrigue, c'est l'histoire d'une gouvernante qui accepte un poste à Bly, une grande maison de campagne. Les deux enfants dont elle doit s'occuper sont adorables et angéliques et elle noue une belle amitié avec l'intendante de la maison. Puis elle voit un inconnu sur la terrasse et découvre que l'homme dont elle fait la description est un ancien domestique décédé...