lundi 6 juillet 2020

Les BD du deuxième trimestre 2020

Malgré le confinement, je n'ai pas lu beaucoup de bandes dessinées au cours des trois derniers mois: une par mois, soit le rythme que je m'auto-impose pour avoir un minimum de régularité. Comme pour les revues, une par mois c'est bien, le reste c'est du bénèf. 😊

Félin pour l'autre de BADATANI Wataru (2016, 2019 pour l'édition française)


Euh. Alors. J'ai lu ce manga après que Baroona m'en ai signalé l'existence, mais j'ai réalisé que je l'avais déjà lu... Et que je l'avais probablement abandonné rapidement... En effet, la folie des chats va très loin ici... Le personnage principal est obsédé par les chats... Il veut devenir l'élève d'un "maître chat", un étrange jeune homme qui comprend parfaitement les chats et se déplace aussi rapidement qu'eux... Je vous assure que les poses typiques des mangas, où les personnages expriment leur enthousiasme la bouche grande ouverte par exemple, sont déstabilisantes quand le personnages est en extase devant un chat... Bref, pour la première fois, un truc de chat m'a fait peur!! 😹 Les amateurs pourront suivre notre obsédé des chats pendant plusieurs tomes supplémentaires s'ils le souhaitent.
Éditeur: Doki Doki
Traduction: Julien Pouly

Jamais de Bruno Duhamel (2018)


L'histoire d'une veille dame aveugle bien accrochée à sa maison, elle-même bien accrochée à une falaise... qui s'émiette sous l'effet de l'érosion. Ahah. Le danger est pressant et le maire aimerait bien évacuer son administrée, mais Madeleine s'obstine à rester là avec son chat Balthazar, un matou obèse qui avale avec délices de bons plats de poisson.
Une bande dessinée adorable, drôle, touchante par l'auteur de #NouveauContact et du Voyage d'Abel. J'ai eu envie de pleurer dès la première page, mais c'est vraiment léger et drole en réalité. Une réussite. Et puis ça se passe en bord de mer en Normandie. Et puis le chat vaut carrément le détour. À lire. Voir aussi l'avis de Baroona.
Éditeur: Grand Angle

La Saveur du printemps de Kevin Panetta et Savanna Ganucheau (2019)


Ce charmant comic en vert et blanc raconte la rencontre d'Ari, qui rêve de quitter sa ville natale et la boulangerie de ses parents pour percer comme musicien dans la grande ville, et d'Hector, le passionné de cuisine qu'il recrute afin de le remplacer. C'est mignon et humain, avec en plus un élément culinaire important grâce à la boulangerie. Entendons-nous: vous ne trouverez rien de révolutionnaire ici, mais j'ai apprécié [divulgâcheur léger, si léger que je ne le cache pas] que l'homosexualité ne soit pas le sujet du comic: si Ari est torturé et parfois tête à claques, ce n'est pas parce qu'il est homosexuel, mais parce qu'il cherche sa place de jeune adulte et qu'il est tiraillé entre les souhaits de ses parents, ses rêves et les rapports pas toujours faciles avec ses amis. L'homosexualité est tellement acceptée qu'elle est un non-sujet. Il n'y a pas de coming-out. Le mot "homosexualité" n'apparaît même pas. J'aime ce genre d'univers où on a tellement dépassé les sujets de société actuels qu'on n'en parle plus [fin du divulgâcheur léger]. Bonus: ce comics a été traduit avec amour par Mathilde Tamae-Bouhon. Je suis en formation avec elle cette année et c'est un gros cerveau. 😊
Éditeur: Jungle

mercredi 1 juillet 2020

La gamelle de juin 2020

Note de service: Ce billet a été publié par erreur quelques heures en avance dans une version brouillon. Désolée.

 Juin 2020, le mois du retour à la normale. Les cinémas rouvrent, l'apocalypse s'avère fort peu apocalyptique. Toutes mes belles idées pour mener une vie plus sereine après le confinement sont tombées à l'eau. Tralalalala.

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Woman d'Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand (2020)
Retour au cinéma pour voir un beau documentaire sur les femmes. Bien que je n'aime pas trop la manière de filmer et de photographier d'Yann Arthus-Bertrand, le film est saisissant et encourageant et aborde tous les aspects de la vie d'une femme, offrant une vision très plaisante d'une humanité diversifiée et déterminée. J'ai tout particulièrement apprécié la présence des langues du monde entier. Tout le monde s'en fout, mais la diversité linguistique c'est beau.

Radioactive de Marjane Satrapi (2020)
Rosamund Pike campe Marie Curie, célèbre scientifique, dans un film qui mêle parcours scientifique, vie privée et conséquences positives et néfastes de ses découvertes. J'avais peur de ne pas aimer à cause de certaines séquences oniriques dont j'avais entendu parler, mais, bien que je ne les aie effectivement pas aimées, j'ai beaucoup apprécié le film dans son ensemble et j'ai même versé une larme à la fin. Au-delà du destin individuel, que Marjane Satrapi traite sans tomber dans la mise en scène excessivement héroïque de nombreux biopics, le film parle aussi de la science et des choix qu'on fait, des thèmes très riches. Et du combat d'une femme dans un monde d'hommes, bien sûr.

Du côté des séries

Locke & Key – saison 1 (2020)
Comme je l'ai déjà indiqué dans ma gamelle de mai, cette adaptation s'est révélée décevante malgré un début plutôt alléchant. J'ai retrouvé avec grand plaisir certains éléments, comme la maison, bien sûr, et les clés magiques. Toutefois, la propension des personnages à ne jamais prendre la bonne décision, par exemple en utilisant la magie au lycée, en ne ramassant pas un revolver tombé à terre ou en se séparant constamment en petits groupes, m'a rapidement énervée. Le manque de coordination et de mouvement d'ensemble est également frustrant. Un certain nombre de problèmes pourraient être évités ou résolus plus vite si seulement les personnages se parlaient ou se coordonnaient. Quant à la mère, elle semble vivre dans une dimension différente de ses enfants, tellement son intrigue se fait sans eux, à quelques exceptions près. Enfin, la chute du dernier épisode me laisse présager une deuxième saison dotée exactement des mêmes problèmes: [divulgâcheur] les Locke vont devoir se rendre compte qu'ils ont fait traverser la porte Oméga à la mauvaise personne, puis se rendre compte que deux de leurs amis ne sont pas ou plus ce qu'ils sont censés être; ensuite, ils vont vouloir sauver cette personne, ce qui va leur faire perdre un temps fou; l'un ou l'autre va faire des conneries avec des clés, ce qui va prendre un temps fou; et la peur de Kinsey va continuer à se balader sans que personne ne songe à la rattraper pour la remettre dans la tête de sa propriétaire [fin du divulgâcheur]. Bref, je ne suis pas sûre du tout de la regarder. Je devrais plutôt relire les comics, qui sont super. Pourtant, Joe Hill, scénariste des comics, est présent à la production...

Agatha Christie's Poirot – saison 4 (1994)
Dans le fol espoir de continuer à regarder un épisode de série par semaine malgré la levée du confinement, je me suis penchée sur cette belle adaptation que j'avais laissée en plan après la saison 3 il y a deux ans. La saison 4 réunit trois épisodes d'une heure quarante très sympathiques, dont le célèbre ABC Murders. Comme toujours, on peut s'interroger sur la complexité des crimes: si vous voulez tuer une personne qui vous fait chanter, comment pouvez-vous imaginer de d'abord tuer le dentiste de cette personne puis de vous faire passer pour le dentiste pour vous trouver en présence de votre future victime? Mais il faut bien des crimes complexes pour faire travailler les cellules grises de Poirot, brillament campé par David Suchet.

Et le reste


J'ai fini l'Écran fantastique Vintage numéro 1, dont j'avais lu la première moitié en mai. La revue était consacrée pour moitié à Lovecraft et pour moitié à Star Trek. Deux univers on ne peut plus différents, mais aussi chers à mon cœur l'un que l'autre. J'ai commencé par Star Trek et sa vision optimiste d'un avenir dans lequel l'humanité a évolué, ce qui m'a donné très envie de voir toutes les séries que je n'ai pas vues (car, paradoxalement, mon amour de Star Trek repose sur les trois saisons de la série d'origine et sur les deux saisons de Discovery, ce qui représente à peine 10% de la franchise). Puis j'ai rejoint Lovecraft dans un univers sans espoir où des créatures immensément plus puissantes que nous se terrent dans les ténèbres en attendant de nous exterminer. Un imaginaire largement repris dans des films plus sanglants les uns que les autres, ce qui s'éloigne beaucoup de Lovecraft à mon avis, mais bon. Bref, c'était le grand écart, mais la revue était très intéressante et le voyage passionnant. On regrettera toutefois les nombreuses fautes de grammaire, d'orthographe, de syntaxe et de typographie...

Pas de Cheval Magazine ce mois-ci, le numéro de juin n'étant jamais arrivé. 😭 

Et voilà!
En juillet, je continue Poirot et j'essaye de me pencher sur les films Marvel!

vendredi 26 juin 2020

Anne Rice. La reine des vampires (1991)

Il y a trois ans, j'ai récupéré ce livre à un prix défiant toute concurrence (2€, je crois) lorsqu'une médiathèque du coin a vidé ses rayonnages. Je ne pouvais, bien sûr, pas laisser passer une biographie d'Anne Rice, même si elle avait 25 ans.

Impossible de prendre une photo décente, désolée.

Au final, malheureusement, la lecture de cet ouvrage de Katherine Ramsland a été mitigée.

D'une part, j'ai apprécié de découvrir la vie d'Anne Rice de plus près: enfance à la Nouvelle-Orléans, mère alcoolique, éducation à la fois très libre et créatrice (à la maison) et très stricte (dans des établissements catholiques avec messe obligatoire à 6 heures du matin), départ pour le Texas et la Californie, rencontre avec Stan Rice, mariage, naissance et mort d'une enfant, Michèle, débuts littéraires balbutiants jusqu'au succès d'Entretien avec un vampire. En outre, Katherine Ramsland détaille longuement l'intrigue de chaque roman, ce qui m'a permis de me rafraîchir la mémoire et d'en découvrir certains que je n'ai pas lus (La Momie, Exit to Eden et les tomes 2 et 3 de La Belle au bois dormant, par exemple).

D'autre part, la biographe adapte une interprétation psychanalitique fortement genrée qui m'a laissée sceptique et qui, à mon avis, ne reflète pas l'opinion d'Anne Rice, qui me semble avoir dépassé toute notion de genre depuis longtemps. Katherine Ramsland interprète toute son œuvre à l'aune du masculin/féminin et de la domination/soumission, ainsi qu'en fonction de sa vie personnelle. Bon, Anne Rice ne cache pas qu'elle a mis beaucoup d'elle dans ses romans, mais de là à en interpréter la moindre phrase comme une expression de sa situation familiale ou de ses tendances sexuelles, il y a un pas que je n'aurais pas franchi...

En outre, la version française d'Anne Fabry et de Carlo Lefèvre comprend de nombreux problèmes, comme des erreurs de sintaxe (que je peux à la limite attribuer à des belgicismes, la maison d'édition Lefrancq étant belge) et surtout des erreurs dans les références aux livres d'Anne Rice qui prouvent clairement que les traducteurs n'ont pas consulté les traductions françaises qui étaient pourtant déjà disponibles au moment de la publication de cette biographie en 1997. Parfois, les erreurs sont même internes au texte. Par exemple, un roman est appelé tout à tour par son titre anglais et par son titre français. Autre exemple qui m'a vraiment gavée: les "twins" de la Reine des damnés sont qualifiés de "jumeaux" à leur première apparition alors que le résumé du roman explique bien, deux pages plus loin, que ce sont deux femmes, et donc des "jumelles"!! Donc, même en ne consultant pas le roman d'Anne Rice, les traducteurs auraient dû parler de "jumelles". Bref, un travail bâclé, et rien ne me gave autant qu'un travail bâclé – même si mes propres déboires avec l'édition me poussent à souligner que les traducteurs n'y sont peut-être pour rien: les éditeurs imposent parfois des délais intenables qui rendent toute relecture impossible, et confient ensuite la relecture à des "correcteurs" incompétents qui vont jusqu'à insérer des erreurs de grammaires dans votre traduction, comme cela m'est arrivé... 

Bref, à part cette parenthèse véhémente, ce fut une lecture mitigée. Mais je n'ai pas boudé mon plaisir en me retrouvant un peu en présence d'Anne Rice, une écrivaine que je tiens en très haute estime.

dimanche 21 juin 2020

Traduire ou perdre pied (2019)

Corinna Gepner est traductrice de l'allemand vers le français et a été présidente de l'Association des traducteurs littéraires de France. Avec Traduire ou perdre pied, elle écrit un beau texte sur son expérience de traductrice et inaugure, de concert avec Diane Meur qui publie Entre les rives, la collection Contrebande, entièrement dédiée aux traducteurs et traductrices, de l'éditeur La Contre Allée.

Le petit marque-page de l'ATLF qui va bien. 👌

Dans ce court ouvrage très aéré, elle retrace les liens entre la traduction et son histoire familiale, marquée par la Seconde Guerre mondiale. Ses grands-parents, allemands ou polonais, ont connu l'exil. En traduisant de l'allemand, Corinna Gepner touche sans le vouloir, et sans rien y pouvoir, à une langue chargée d'un lourd héritage émotionnel et culturel. Pour elle, il ne s'agit pas seulement de rendre un texte allemand intelligible à un lecteur francophone, il s'agit de donner une voix à une langue... Son attrait pour la traduction est né de la vocation d'être "au plus près du texte". Elle évoque également les doutes et le cheminement du traducteur face à son texte, la façon dont on "l'entend" et dont on le connaît mieux que quiconque. Le tout avec une grande modestie et une grande finesse.
"Cette expérience lors d'une de mes premiètres traductions: une phrase difficile, retorse à toute compréhension. Aucun des germanophones que j'avais sollicités n'avait pu m'éclairer. J'ai lu, relu, je ne sais combien de fois. Et puis l'étincelle a jailli. J'ai compris, mais inuititivement, je n'étais pas plus capable qu'avant de déchiffrer cette phrase. J'ai compris en quelque sorte du coin de l'œil. Compris aussi que j'étais la seule à pouvoir comprendre, parce qu'à fréquenter ce texte j'en avais saisi la pensée et qu'à cet endroit, c'était ce qu'il fallait saisir: la façon dont l'auteur avait pensé."
Oui. Après dix jours, vingt jours, un mois, deux mois avec un auteur, on commence à lire entre les lignes. Je l'ai constaté à maintes reprises dans des textes dont la logique n'était pas nettement exprimée: les conjonctions de coordination manquaient (parce que je ne traduis pas de grands auteurs comme Corinna Gepner, malheureusement pour moi), mais je savais quels liens l'auteur avait voulu établir entre ses phrases.
"J'aime que le quotidien me contraigne sans cesse à abandonner toute prétention à une théorie, à des principes, tout en me confortant dans l'idée qu'il peut y avoir des directions – la justesse, notamment."
Cette phrase résume assez bien la pratique de la traduction. Au-delà des équivalences évidentes (si votre texte anglais parle d'un "black stallion", vous ne parlez pas d'une "jument verte" dans votre traduction française... 😉), il existe en traduction un champ des possibles infini pour dire la même chose d'une manière différente, ou, comme dirait Umberto Eco, pour dire presque la même chose.

Pourquoi ce livre?
Parce que je suis actuellement une formation en traduction littéraire afin de reforcer mon activité de traductrice littéraire (c'est-à-dire d'édition) par rapport à mon activité de traductrice "pragmatique" (c'est-à-dire rédactionnelle et technique) et que Corinna Gepner a animé un de nos ateliers en début d'année. J'ai eu l'impression d'un gros cerveau et d'une plume brillante réunis dans un caractère posé et modeste. Il fallait donc que je lise son bouquin...

Allez donc voir ailleurs si cette collection y est!
La présentation de l'éditeur

mardi 16 juin 2020

Alice's Adventures in Wonderland (1865) + Through the Looking-Glass, and What Alice Found There (1871)

Un jour, j'ai trouvé une jolie édition de l'intégrale des oeuvres de Lewis Carroll dans l'étagère de dons de ma médiathèque. C'était en VO, il y avait les dessins originaux de (entre autres) John Tenniel, qui sont connus dans le monde entier... Évidemment, je ne pouvais pas la laisser là...


Nous connaissons tous l'histoire d'Alice au pays des merveilles. Dans mon cas, c'est essentiellement dû au dessin animé Disney, que je n'aimais pas trop quand j'étais enfant. Je connaissais donc les grandes lignes de l'intrigue et je savais que la rédaction de ce roman est assez fofolle.

Bon, fofolle est bien le moins que l'on puisse dire. J'ai lu quelque part que c'est du nonsense, ce qui rend bien l'idée. Lewis Carroll utilise beaucoup les sonorités dans ses dialogues, un mot en appellant un autre même s'ils n'ont rien en commun. Du coup, les personnages sautent du coq à l'âne. Dans le cas des mots "tale" et "tail", cela donne même lieu à une mise en scène du texte: une souris propose à Alice de lui raconter son histoire ("tale"), Alice pense à sa queue ("tail") et, par conséquent, elle imagine son récit de la façon suivante:


Pendant les années 1860. Je croyais que ce genre de procédé était une avancée des poètes modernes du début du XXe. 🙀

Dans le drôle de monde où tombe Alice en suivant le lapin blanc, les animaux parlent et tout se passe bizarrement. Les objets vont et viennent, les décors changent sans que l'on sache comment et pourquoi... Et oui, il y a un chat du Cheshire qui disparaît à volonté, ainsi qu'une reine qui ordonne la décapitation d'à peu près tout le monde (y compris du chat, ce qui donne lieu à un débat insoluble: comment décapiter une tête si celle-ci n'a pas de corps? Mais enfin, à partir du moment où il existe un tête, la décapitation est forcément possible. Le temps que le roi, la reine et le bourreau réfléchissent à cette question épineuse, le chat du Cheshire a entièrement disparu. 😸)

D'autres animaux non présents dans le dessin animé sont aussi mis en avant, comme une souris, un loir qui ne cesse de s'enformir, une pseudo-tortue ("mock-turtle" en anglais)...

La limite de l'insensé, dans mon cas, est que je me demande toujours, quand je ne comprends pas quelque chose, si c'est normal (parce que c'est insensé, justement) ou si c'est lié à moi (parce que je manque de références ou d'intelligence ou parce que l'anglais n'est pas ma langue maternelle, ce qui implique fatalement une distance). En plus, je me suis endormie une dizaine de fois sur ce roman, ce qui n'arrange rien (et pourtant, il ne m'a occupée que deux soirs, c'est dire s'il est court) (donc je m'endors cinq fois par soir, oui oui, vous avez bien compté). Malgré ma perplexité, c'était toutefois une découverte amusante, et tous ces éléments étranges s'expliquent parfaitement à la fin, quand Alice se réveille et qu'on comprend qu'elle a rêvé...

Le deuxième roman est exactement dans le même genre. Alice passe dans un monde étrange en traversant un miroir. Le paysage étant découpé en cases, comme sur un échiquier, elle passe de case en case au fil des chapitres et rencontre de nouveaux personnages à chaque étape: Tweedledum et Tweedledde, la reine Blanche qui se souvient de l'avenir, Humpty Dumpty... Je suis restée aussi perplexe devant cette suite que devant le premier roman. À dire vrai, je suis même étonnée que de tels ouvrages soient devenus des classiques tellement je les trouve hors du commun... À noter: j'ai retrouvé ici deux éléments du dessin animé Disney, à savoir les fleurs qui parlent et la célèbre notion de non-anniversaire, qui n'a pas de relief particulier mais est juste citée par Humpty Dumpty à propos de la cravate qu'il porte.

Étant donnée ma compréhension limitée de ces deux romans, j'ai décidé de ne pas lire les cinq autres ouvrages réunis dans cette édition: Sylvie and Bruno, Sylvie and Bruno Concluded, A Tangled Tale, The Hunting of the Snark, Phantasmagoria and Other Opems et Three Sunsets and Other Poems. Bien qu'il soit très intéressant de lire ce genre d'œuvre pour savoir de quoi il en retourne exactement, tout ceci était trop insensé pour moi!

jeudi 11 juin 2020

Germinal (1885)

Tigger Lilly et moi poursuivons notre relecture des Rougon-Macquart. Après les tendances suicidaires de La Joie de vivre, nous sommes passées à Germinal. Autant vous dire que plus confiné, tu meurs!


L'intrigue
Le jeune Étienne Lantier trouve du travail comme mineur à Montsou, aux côtés de la famille Maheu. Le travail est terrible, les conditions sont déplorables et ne font qu'empirer. Suite à une réduction de la rémunération imposée par la Compagnie, les mineurs se mettent en grève. Puis la situation dégénère...

Capital contre travail
Le thème central de Germinal est évident: l'opposition entre les mineurs, le travail, et la Compagnie, le capital. Les premiers triment sous terre et ne peuvent même pas se payer de quoi manger à leur faim; la deuxième se matérialise dans les riches bourgeois qui dirigent la mine et la présence floue, à l'horizon, en direction de Paris, de la Régie qui brasse les gros sous. Mais il y a aussi une vision plus fine dans l'opposition entre le petit et le gros capital, qui avale tout sur son passage (ce qui n'est pas sans rappeller la façon dont le Bonheur des Dames détruit les petits commerces dans le roman du même nom). Citons ainsi Deneulin, propriétaire d'une mine, qui finira ruiné par les ravages provoqués par les ouvriers et verra sa mine rachetée bien en-dessous de sa véritable valeur par son puissant voisin.

Les débuts du socialisme et du syndicalisme
Étienne Lantier est plus instruit que les autres mineurs et est en contact avec un syndicaliste assez connu. Il se retrouve donc à la tête du mouvement politique de la grève. Le contexte est très intéressant. Pendant la deuxième moitié du XIXe, les mouvements ouvriers en étaient à leurs débuts et étaient à la fois peu structurés et très révolutionnaires; rien à voir avec les mastodontes bien en place et plutôt sages que nous connaissons actuellement (enfin, je crois que certains milieux sociaux ont réellement cru que l'élection de Hollande en 2012 était "une vague rouge", mais qu'ils se rassurent – à côté des mineurs de Germinal, le PS et la CGT ce n'est rien). Et ils avaient tout à revendiquer et à construire, les conditions de travail et de vie des ouvriers étant abominables. Le mot qui vient le plus à l'esprit est "révoltant": on est révolté par les horaires de travail, par l'état de santé des mineurs, par la dangerosité de la mine, par la taille des logements, par le paternalisme de la Compagnie, par la richesse des bourgeois qui mangent de la brioche en vivant de leurs rentes, par le travail des enfants, par la paye infime. Ce qui m'a déprimée à cette lecture, comme lors de ma dernière lecture en 2010, c'est de penser que rien n'a vraiment changé: en Europe, certes, nous avons des SMIC, des systèmes de santé, des systèmes de retraite, des codes du travail et des normes de sécurité (et nous y sommes tellement habitués que beaucoup de gens crachent dessus, d'ailleurs, oubliant combien les acquis sociaux, même s'ils sont toujours améliorables, sont quelque chose de précieux); mais notre prospérité repose en grande partie sur des conditions de travail tout aussi exécrables discrètement cachées à l'autre bout du monde.

Un roman moderne
Comme toujours, Zola est d'une modernité incroyable. La plupart des thèmes restent parfaitement d'actualité aujourd'hui: opposition entre travail et capital comme je l'ai dit, filet de sécurité social pour protéger tous, règles de sécurité au travail, instruction, violences conjugales (oui!), manque de perspectives des femmes en particulier, et même... la mondialisation. Oui, oui. La crise industrielle qui précipite la dégradation des conditions de rémunération des mineurs, et donc leur grève, est en effet provoquée par l'arrêt des commandes de charbon de l'Amérique! Et la Compagnie fait venir des mineurs borains, c'est-à-dire belges, pour remplacer les grévistes (qui s'écrient "pas d'étrangers chez nous! À mort!" Ça vous dit quelque chose?). En 1885, déjà, les pays étaient étroitement imbriqués. Tout le monde devrait relire les livres de Zola pour se rendre compte à quel point le monde dans lequel nous vivons, le monde de l'après Seconde Guerre mondiale, n'a fait qu'exacerber les caractéristiques du monde d'avant, qui a pris forme tout au long du XIXe.

Une descente aux enfers
Germinal est magistralement construit. Au sein des sept parties, chaque chapitre met en place des personnages pour les évènements à venir. On sent et on voit Zola préparer ses pions, c'est absolument formidable. Plusieurs fois, il fait monter la tension en laissant ses personnages en mauvaise passe pour nous montrer l'évolution de la situation grâce à d'autres personnages. La tension monte et explose dans trois évènements majeurs: la marche destructrice des grévistes, leur confrontation avec l'armée venue protéger la mine et enfin l'inondation de celle-ci. Tout est détruit dans ce roman, les machines comme les humains. La famille des Maheu est la martyre par excellence, avec une véritable hécatombe qui laisse la Maheude exangue. La fin d'Étienne et de Catherine, prisonniers dans le noir complet en compagnie d'un cadavre, vous dresse les cheveux sur la tête. Mais tout le monde souffre, même les bourgeois (Deneulin ruiné, Hennebeau désespéré par sa femme adultère, les Grégoire privés de leur fille) et LES ANIMAUX. Il y a dans Germinal quelques passages abominables, poignants, désespérants, bouleversants sur la souffrance animale: la torture d'une lapine par un gamin odieux, et surtout la mort de deux chevaux, DES TRUCS ABOMINABLES QUI M'ONT RETOURNÉE PENDANT DES HEURES. Attention, âmes sensibles, ce sont Bataille et Trompette qui risquent de vous achever ici. J'avais peur de relire ce livre à cause d'eux.

Et pourtant... Une note d'espoir
Malgré cela, j'ai toujours considéré Germinal comme un roman optimiste, chargé d'espoir pour le monde de demain. Essentiellement à cause de son titre, qui annonce un renouveau, et du dernier chapitre, mais aussi à cause d'un passage qui m'avait beaucoup marquée lors de mes lectures précédentes:
"[...] tout péterait un jour, grâce à l'instruction. On n'avait qu'à voir dans le coron même: les grands-pères n'auraient pu signer leur nom, les pères le signaient déjà, et quant aux fils, ils lisaient et écrivaient comme des professeurs."
De quoi se rappeler que la société de l'écrit dans laquelle nous vivons, où l'immense majorité des personnes est alphabétisée, est un acquis social fort récent, et que l'éducation porte des fruits bien plus durables que la violence.

Il y a bien sûr beaucoup plus à dire sur Germinal. C'est un très grand livre, un chef d'œuvre. Zola aura vraiment tout fait, allant ici jusqu'à nous donner des pages véritablement angoissantes. Quel écrivain!

Allez donc voir ailleurs si ces mineurs y sont!
L'avis de Tigger Lilly

samedi 6 juin 2020

The Left Hand of Darkness (1969)

Ouvrage chaudement recommandé par les copains blogueurs, La Main gauche de la nuit d'Ursula K. Le Guin est sorti de ma pile à lire après que j'aie écouté le très intéressant épisode du podcast C'est plus que de la SF qui lui était consacré. Et grand bien m'en a fait: c'est un très grand livre!


Le roman alterne essentiellement entre les récits de deux personnages: Gently Ai, un homme envoyé sur la planète Gethen par l'Ekumen, une sorte de confédération de planètes, et Estraven, un.e habitant.e de Gethen. J'utilise ici l'écriture inclusive pour marquer le fait qu'Estraven n'est ni une femme, ni un homme. Les habitants de Gethen sont androgynes. La plupart du temps, ils sont passifs sexuellement. Une fois par mois environ, lors de leur période de rut, appelée kemmer dans leur langue, ils adoptent les attributs sexuels de l'un ou l'autre sexe afin d'avoir des rapports sexuels. Chaque individu peut adopter l'un ou l'autre sexe à chaque fois. Rien n'est fixé.

Gently Ai est une sorte d'ambassadeur, venu parler de l'Ekumen aux habitants de Gethen afin de les convaincre de rejoindre cette organisation. Estraven lui prête son aide afin de rencontrer le roi de Karhide, dont il est le ministre. Toutefois, Estraven tombe en disgrâce et sort de scène. Gently a une entrevue désastreuse avec le roi et décide donc d'explorer le reste du pays afin de s'éloigner de la cour, puis il part rendre visite au pays voisin, Orgoreyn... Où il retrouvera Estraven, toujours désireux de permettre de premier contact entre l'Ekumen et Gethen.

Difficile de parler de ce bouquin tellement il est fin. Gethen est un monde remarquablement complet. Rien n'est décrit longuement, mais on perçoit toute la différence de ce peuple non sexué, qui ne fonctionne pas du tout de la même manière que notre humanité. En outre, des différences culturelles existent entre les différents États et religions présentes. Tout ceci est très bien peint, avec une profondeur de champ remarquable et un style aussi simple que précis. Les légendes locales qui entrecoupent les chapitres viennent renforcer le dépaysement et fournissent des informations primordiales. Rien n'est dû au hasard dans la construction du livre, tout est important. Les machinations politiques sont également bien présentes, malgré leur apparente discrétion...

Le plus marquant est toutefois cette humanité très différente. Car les habitants de Gethen sont bien des humains, malgré leurs différences; l'humanité a colonisé de nombreuses planètes des milliers d'années avant ce roman, chaque groupe ayant perdu contact avec les autres et évolué à sa manière. Cette rencontre avec l'altérité est exceptionnelle. Dans la rencontre entre Gently Ai et Estraven, Le Guin nous tend un miroir pour nous reconnaître. À tel point qu'on en viendrait à voir sa propre permanence d'attributs sexuels comme une anomalie, comme en a fugivement l'impression Gently Ai à la toute fin du roman, [divulgâcheur] quand il revoit pour la première fois depuis des mois un humain tel que lui [fin du divulgâcheur]...

Au-delà de cette réflexion de fond sur le genre (qui est d'ailleurs épatante dans un bouquin des années 1960), Le Guin parle aussi d'amitié, de liberté, de loyauté et de choix politiques, d'une part avec le fonctionnement d'Orgoreyn, une sorte d'État bureaucratique totalitaire, et d'autre part avec l'apparition d'une forme de nationalisme en Karhide.

Un livre complet, fort, qui vous marque longtemps et qui sait même tenir en haleine en raison des péripéties vécues par nos personnages, le tout avec une langue remarquable. Prix Hugo et Nebula mérités et assurément une de mes meilleures lectures de l'année.

Allez donc voir ailleurs si ces androgynes y sont!

lundi 1 juin 2020

La gamelle de mai 2020

Les mois passent, le confinement prend fin, je retrouve à regret une vie normale et... ma gamelle mensuelle est toujours aussi vide. 😜

Sur petit écran

J'ai regardé avec beaucoup de satisfaction les quatre films compris dans le coffret Les dinosaures attaquent! d'Artus Films. 😁😁 C'était beau, c'était spectaculaire. Mon avis.

Sur grand écran

Heuh bah rien. Les cinémas sont toujours fermés. 😜

Du côté des séries

J'avance Locke & Key. Il ne me reste que trois épisodes à regarder. Le mois dernier, j'ai dit que j'aimais beaucoup, mais j'ai rapidement été déçue par le manque de coordination et de mouvement d'ensemble des personnages et, surtout, par leur tendance à prendre systématiquement la mauvaise décision...

Et le reste


J'ai lu le Cheval Magazine de mai. Et c'est tout. Ou plutôt: j'ai lu la moitié de l'Écran fantastique Vintage numéro 1, revue consacrée pour moitié à Star Trek et pour moitié à Lovecraft. On peut difficilement imaginer deux univers plus éloignés, mais ça tombe bien, j'adore les deux! Je vous en reparle le mois prochain, quand j'aurais lu la deuxième moitié. Je vous laisse deviner par quel univers j'ai commencé...

Je profite de cette gamelle pour dire rapidement du bien du Guide de la SF et de la fantasy de Karine Gobled (Lhisbei), un ouvrage de présentation des littératures de l'imaginaire (science-fiction et fantasy comme le nom l'indique, mais aussi fantastique) publié par ActuSF. Il recense les différents genres et en explique les origines et les caractéristiques avant de proposer une douzaine d'ouvrages représentatifs, puis se conclut par des entretiens avec des chercheurs et des bibliothécaires. Une lecture accessible qui me semble constituer une bonne porte d'entrée dans l'imaginaire et qui reste très recommandable pour des lecteurs intermédiaires tels que moi. Pour la petite histoire, j'ai intégralement lu ce livre durant mes insomnies du confinement...