samedi 19 septembre 2020

Oh la vache! (2015)

Chronique express!



Le jour où Elsie regarde la télévision dans la maison de son fermier, sa vie bascule. En tant que vache, elle est condamnée à être tuée et mangée! Mais la télévision lui permet aussi de découvrir qu'il existe un endroit dans le monde où les vaches sont sacrées. En Inde, elle aurait la vie sauve. Du coup, Elsie décide de tout quitter. Se joignent à elle un cochon qui veut aller en Israël, parce que les juifs ne mangent pas de porc, et un dindon qui veut aller en Turquie – parce que la Turquie s'appelle Turkey en anglais, comme la dinde.

Vous l'aurez compris, Oh la vache! (Holy Cow de son titre d'origine) est un récit à la Chicken Run – si mes souvenirs de ce dessin animé sont exacts. C'est aussi un roman truffé de jeux de mots à la con, comme "mais il y a pis" et "ces rats des villes étaient surtout des rats débiles" (celle-là, j'en ris encore). Bref, David Duchovny en roue libre – car, oui, je ne l'ai pas encore dit mais c'est David Duchovny qui a écrit ce bouquin –, en mode "ma vache et mon cochon enfilent un imperméable pour prendre l'avion en compagnie de leur dindon thérapeutique". De l'absurde et du comique, donc, et un traducteur, Claro, qui a dû à la fois bien rigoler et bien galérer; il serait passionnant de l'entendre parler de son travail sur ce roman. Malheureusement, le n'importe quoi est tellement n'importequoitesque que je n'ai pas réussi à accrocher autant que je l'espérais; c'est drôle, ok, mais c'est très vite oublié. Et le message animaliste manque terriblement de finesse, alors même que je suis moi-même végétarienne, comme l'auteur, et donc particulièrement sensible au sujet. Bref, un roman absurde à découvrir si vous êtes curieux, mais pas du tout incontournable...

lundi 14 septembre 2020

Les Armoires vides (1974)

Chronique express!

Les Armoires vides est le tout premier livre d'Annie Ernaux. La narratrice, Denise Lesur, a réalisé un avortement clandestin et attend que l'embryon sorte. Les sens aux aguets, elle se remémore toutes les étapes de sa vie: l'enfance en Normandie, le café-épicerie de ses parents, la réussite scolaire, la rencontre d'un autre milieu social. La vie d'Annie Ernaux, en bref; quand on connaît l'autrice, on la retrouve à chaque page. Les thèmes abordés sont ceux de son œuvre tout entière: le décalage et le choc entre la classe sociale de ses parents et celle dans laquelle elle est entrée grâce à son instruction, l'influence du genre sur l'éducation, les rapports homme-femme.

Et pourtant, pour la première fois, cette autrice que j'adore ne m'a pas convaincue. La rédaction, quasiment de l'écriture automatique, est assez difficile à suivre. Les pages sont denses, sans retours à la ligne, et on passe un peu du coq à l'âne. En outre, la narratrice exprime des sentiments négatifs, notamment un profond mépris de sa famille, dans lequel je me retrouve en partie mais qui m'a néanmoins mise mal à l'aise. Attention, ce livre est puissant, je ne le nie pas; il n'a pas de tabous et quelques lignes des toutes premières pages sur l'avortement donnent des frissons d'horreur – raison pour laquelle j'ai écrit que la narratrice "attend que l'embryon sorte" ci-dessus: c'est sale et sordide, mais c'est ça. Mais j'ai eu du mal à m'accrocher et je vous conseille plutôt de lire La Femme gelée si vous vous intéressez à la condition féminine, ou bien La Place, Une Femme ou Les Années si vous êtes plutôt sociologie.

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
La Femme gelée (1981)
L'Écriture comme un couteau (2003)
Les Années (2008)

mercredi 9 septembre 2020

L'Œuvre (1886)

Tigger Lilly et moi poursuivons notre relecture des Rougon-Macquart d'Émile Zola. Après les profondeurs souterraines de Germinal, nous sommes revenues à Paris avec L'Œuvre. Et en bonne compagnie... Car notre cher Baroona (inter)national nous a rejointes!


L'intrigue
Le peintre Claude Lantier, le fils de Gervaise que nous avons déjà rencontré dans Le Ventre de Paris, prévoit de révolutionner les conventions picturales de son époque. Aux côtés de son ami Sandoz, écrivain, et de plusieurs autres artistes pleins de grandes idées sur l'art, il donne naissance à un nouveau courant. Malheureusement, les portes restent closes devant ses tableaux trop subversifs. Le temps passe, il se marie et a un enfant, et le tableau qui constituera son chef d'œuvre se fait attendre...

De l'art à revendre
L'
Œuvre est empli de considérations sur l'art, notamment la peinture. Je n'y connais rien et tout cela m'est passé un peu au-dessus de la tête, mais j'imagine que c'est passionnant si on s'intéresse au sujet. Le mouvement artistique de Claude est clairement inspiré des impressionnistes, avec son tableau Plein air qui rappelle le Déjeuner sur l'herbe de Manet et provoque des réactions scandalisées auprès des experts. Tout cela permet à Zola de nous entraîner dans le Salon réunissant les grands artistes du moment, ainsi qu'au Salon des refusés lancé à la demande de Napoléon III. Les deux chapitres consacrés aux salons, à des années d'intervalle, le salon des Refusés lorsque Claude est jeune et le salon officiel bien plus tard, marquent l'évolution essentielle du roman dont je vais parler ci-dessous.

L'impétuosité et l'amitié de la jeunesse... 🙂
Claude et Sandoz et tout leur groupe d'amis artistes forment une petite bande déterminée. Chacun dans leur domaine, ils veulent faire de grandes choses. J'ai apprécié ce souffle plus grand que nature, cette volonté et cette conviction qui m'ont rappelé ma propre jeunesse sous certains aspects.

... Ravagées par le passage du temps 😕
Mais ça, c'est au début. C'est avant. C'est quand ils étaient jeunes. L'
Œuvre est essentiellement la description de la déchéance de ces personnages. Exception faite de Sandoz, qui réussit à écrire ses romans et à rencontrer le succès (et encore... J'en reparlerai), chacun de ces artistes échoue et s'enlise d'une manière différente. L'un fait un mariage d'argent, se révèle un piètre architecte et vit tristement aux crochets de sa belle-famille qui le méprise. Un autre tombe dans la misère. Un autre réussit, certes, mais en recyclant les idées de Claude sous un vernis bourgeois et convenu...
Claude, surtout, poursuit avec frénésie une vision qui l'obsède, un gigantesque tableau de Paris qui lui demandera des années de travail et qu'il recommencera à zéro de multiples fois après des périodes d'exaltation créatrice. On pourrait y voir l'agonie et l'extase que décrit Irving Stone dans son roman sur Michel-Ange portant ce titre, sauf que Claude ne passe jamais franchement par la case "extase"... Bref, le temps et les échecs artistiques aidant, les liens s'effilochent, l'amitié meurt... Et là, je me suis carrément vue dans ce roman, moi qui considère généralement ma vie amicale comme un champ de décombres...

La torture de la création artistique
La création artistique n'apparaît pas sous son meilleur jour dans ce roman. Elle est un processus douloureux qui ne va jamais de soi, qu'il faut arracher. Le cas de Claude est exemplaire: le peintre sacrifie littéralement son existence tout entière à son art. [Divulgâcheur] Il gâche la vie de sa femme, laisse son enfant mourir après quelques tristes années sans amour, se ruine et finit par se pendre devant le tableau qu'il n'arrive pas à peindre. [Fin du divulgâcheur] Plus gai, tu meurs, c'est du grand Zola. Quant à Sandoz, l'écrivain qui a "réussi", il explique dans une longue tirade combien l'écriture lui est difficile et ne lui apporte jamais la moindre satisfaction, tout en le coupant du monde et en imposant un mode de vie difficile à son épouse. Plusieurs éléments, notamment le fait qu'il écrit une saga sur une famille, ne laissent aucun doute quant au fait que Sandoz est Zola, mais je me demande si notre cher écrivain a réellement vécu l'écriture des Rougon-Macquart si mal. Espérons que non. 🤪

L'opposition entre vie sexuelle et vie artistique
Zola est surtout connu pour ses histoires super déprimantes, mais un roman de Zola ne serait pas un roman de Zola sans du sexe. Et la sexualité est présente dès le premier chapitre, au cours duquel le brave Claude recueille une jeune fille perdue dans Paris suite à un retard de train et lui propose – enfin, lui ordonne – de dormir nue chez lui pour ne pas attraper la mort dans sa robe trempée, suite à quoi il peint ses seins le lendemain avant qu'elle ne se réveille. Lalalala, mine de rien, monsieur voit ses seins et sort son crayon, lalala. Imaginez que vous vous réveillez nue chez un inconnu, les seins à l'air, avec le gars à deux mètres de votre lit en train de vous dessiner. Lalalala. La chose n'est pas sexuelle aux yeux de Claude: la jeune fille, Christine, a tout simplement exactement les seins qu'il lui faut (lalalalalala). Mais le ton est donné. Christine finit par tomber amoureuse de Claude, la chose est réciproque, ils se mettent ensemble et ont un enfant. Mais la passion des débuts s'évanouit au fil des ans, Claude étant complètement obsédé par l'œuvre qu'il veut peindre, et Christine se désole dans l'abstinence. Notons d'ailleurs que Zola parle sans voiles du fait que Christine veut coucher et qu'il aborde également la sexualité des femmes avec le personnage d'Irma, que  l'on peut qualifier de mangeuse d'hommes. Pour en revenir à la vie sexuelle de Claude et Christine: tout cela finira mal, évidemment...

Un roman bien zolien mais quand même un peu particulier
Comme à son habitude, Zola n'épargne rien à personne et dénonce la bonne société bourgeoise, hypocrite et accrochée à ses convictions. Si le tableau de Claude choque, c'est parce qu'il comprend une femme nue. Mais un tableau plus explicite et voyeur ne gênera personne si la femme est un tantinet vêtue. Quant à la sélection des tableaux, elle donne des pages à la fois drôles et tristes, avec ces juges qui font avant tout des choix politiques et personnels, le Salon étant un évènement de premier plan pour la bonne société huppée. Toutefois, le destin des personnages tient essentiellement à leurs choix et erreurs personnels, il n'y a pas d'influence majeure du milieu qui joue contre eux (comme l'alcool dans L'Assommoir ou la misère dans Germinal). Claude avait tout pour réussir à la base, même un certain confort économique. Le malheur vient de lui et de son esprit détraqué – hérité de sa famille, bien sûr; chez les Macquart, personne n'est franchement sain d'esprit...

Conclusion
L'Œuvre n'est pas mon roman préféré des Rougon-Macquart, mais je l'ai lu avec plaisir néanmoins. Il comprend de très, très belles descriptions de Paris et aborde des thèmes dans lesquels on se retrouve forcément: les rêves de la jeunesse, les désillusions du temps, l'éloignement des amis, l'expression de soi via la créativité.

Allez donc voir ailleurs si cette œuvre y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Tigger Lilly

vendredi 4 septembre 2020

La gamelle d'août 2020

Ce mois d'août aura vu s'accomplir un petit miracle: je suis allée au cinéma cinq fois. Ce n'est pas arrivé depuis fort longtemps. Et c'est d'autant plus remarquable que j'ai passé trois semaines loin de chez moi (et donc de mon cinéma). Hasard des programmations, je suis restée dans l'univers Marvel après mon visionnage d'une partie des films avec Loki en juillet.

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Captain Marvel d'Anna Boden et Ryan Fleck (2019)
 
 
J'ai revu ce film avec grand plaisir (je vous en avais déjà parlé ici). Il est bien fichu et moins formaté dans son fonctionnement que beaucoup de films présentant un nouveau super-héros du fait que Carol n'a pas besoin de découvrir et d'accepter ses pouvoirs. J'aime bien son côté audacieux et insouciant et le fait qu'elle se batte avec plaisir. ET IL Y A UN CHAT.
 
Black Panther de Ryan Coogler (2018)
 
 
Eh bien j'ai revu Black Panther avec autant de plaisir que Captain Marvel. J'avais déjà apprécié le film lors de sa sortie (ici), mais je l'ai trouvé encore plus réussi. S'il reste avant tout un film d'action, il a un fond militant qui résonne d'autant plus fort après Black Lives Matter, et j'aime ce genre de film qui réussit à faire du divertissement tout en disant quelque chose sur le monde (comme Titanic, quoi). J'aime aussi la grande égalité entre genres, les deux méchants très différents, les cinq tribus unies dans leurs différences, le bon équilibre entre de nombreux personnages et surtout la générale Okoyé que je suivrais au bout du monde. Et sinon, on signe où pour rejoindre l'armée du Wakanda? Non parce que je veux gueuler "WAKANDA FOREVER" sur le champ de bataille, moi aussi!!!!!!
PS: Je précise que Chadwick Boseman, qui interprète Black Panther, est mort plusieurs jours après ma séance. Dommage pour les UGC, ils auraient eu plus de monde s'il était mort avant la diffusion. Là, on était huit dans la salle, je crois. 🤪

Les nouveaux mutants de Josh Boone (2020)
 

Après qu'un désastre a anéanti sa réserve, Dani se réveille dans un bâtiment aussi ancien que le manoir du professeur Xavier, mais nettement moins accueillant, et rencontre de jeunes mutants suivant un programme (médical?) pour mieux contrôler leurs pouvoirs. En réalité, la chose est franchement louche. Le film détonne dans le paysage des films de super-héros car il ne se passe presque rien pendant la première moitié, que j'ai trouvée très réussie: chaque ado de l'institution traîne de sacrées horreurs et l'apparition de ses pouvoirs de mutant fait écho à la transition de l'adolescence. Le ton est résolument sombre et l'intrigue exploite les peurs les plus profondes des personnages (la scène avec le confessionnal, gloups). La fin, par contre, est très brouillone dès qu'on tombe dans les combats spectaculaires. Dans l'ensemble, j'ai bien apprécié la découverte, d'autant que, malgré des éléments simplistes qui en font un banal produit "pour ados", le film met en scène une protagoniste amérindienne, plus précisément cheyenne, et un couple lesbien. Et il assume avec fierté la référence à Buffy contre les vampires. Et il y a un dragon. Du coup, je lui pardonne allègrement de m'être réveillée en hurlant la nuit suivante, ce qui était de toute manière hautement prévisible au vu des évènements légèrement anxiogènes que vivent les personnages les uns après les autres. Le confessional, ah, ah.

Yakari. La grande aventure de Xavier Giacometti (2020)
Adaptation assez romancée du premier tome de la célèbre bande dessinée de Deris et Job (dont je vous parlais avec enthousiasme ici), ce dessin animé est fidèle à l'esprit de l'œuvre d'origine: optimiste, tolérant, plein de valeurs positives et d'animaux gentils et mignons. On est à mi-chemin entre Spirit, l'étalon sauvage et Frère des ours, deux dessins animés que j'adore. Le trait ne m'a pas entièrement séduite; j'espérais retrouver le dessin adorable de la BD et mon côté réactionnaire vivant au XIXe n'a pas accroché les visages des humains en animation numérique. Mais j'ai passé un bon moment et je recommande, bien sûr, si vous avez des enfants dans l'âge cible (huit ans maximum, je pense). Le public de ma séance était intégralement réparti entre des enfants de moins de six ans et des adultes accompagnant lesdits enfants, j'étais l'exception. 😁

Tenet de Christopher Nolan (2020)
J'ai encore plus souffert que je ne le craignais durant cette histoire de manipulation du temps. Non seulement je déteste tout ce qui a trait au temps, mais en plus j'ai trouvé toutes les scènes d'action illisibles, je ne savais jamais qui faisait quoi, et j'ai été gênée par la propension des personnages à monter des plans super complexes sur des pistes bien maigres. Le fait d'avoir fait ma séance très près de l'écran a sûrement joué contre moi, car je ne profitais pas d'une belle vue d'ensemble.

Du côté des séries

Agatha Christie's Poirot – saison 5 – 1993
Huit épisodes d'une cinquantaine de minutes. David Suchet est toujours au top et j'adore.

L'Étalon noir – saison 1 – 1990
J'ai replongé avec une grande nostalgie dans cette série qui a beaucoup marqué mon adolescence, plus précisément mon année scolaire 1997-1998. Malheureusement, j'avais oublié que c'était si dramatiquement familial, avec des intrigues relativement torturées au vu des évènements et surtout sans la moindre once de vraisemblance. 😂😂 En plus, cette édition DVD est catastrophique: il n'est écrit nulle part sur le coffret qu'il s'agit de la saison 1, il faut l'ouvrir et sortir les jaquettes individuelles pour le savoir; la fille en photo sur le coffret n'apparaît dans aucun des épisodes proposés; il n'y a pas de VO, ce qui m'a obligée à subir le doublage français douloureux; et enfin, il n'y a que neuf des 21 épisodes de cette première saison. LOL. Bon, malgré tout, j'ai apprécié de revoir ces épisodes-là et j'ai rêvé en entendant "La cloche a sonné / On va décoller / C'est comme si on se préparait à s'envoler". 😍😍
 
Et le reste
 
 J'ai lu le Mad Movies Classic sur Star Wars (très réussi, comme d'habitude) et le Bifrost n°95 consacré à la Lune (avec des dossiers répétitifs et donc décevants, quelque chose que je n'ai jamais reproché à Bifrost). Mais surtout, surtout, j'ai enfin replongé dans Cheval Magazine, ma lecture-drogue, mon magazine chéri, mon bonheur de boîte aux lettres. Je n'en avais pas lu depuis le mois de mai. Au fil des semaines, il a bien fallu se rendre à l'évidence que les numéros de juin et de juillet n'existaient pas, ou alors pour de rarissimes privilégiés, puis j'ai reçu le numéro de septembre début août, puis j'ai dû m'acheter le numéro d'août en kiosque car il était "épuisé" selon le service client avec lequel j'ai échangé six ou sept mails. Bref, j'espère qu'ils ont résolu leurs problèmes et reprendront un rythme normal à partir du numéro d'octobre.


Et vous mes petits, qu'avez-vous lu et regardé de beau ce mois-ci?

dimanche 30 août 2020

La Classe de neige (1995)

Emmanuel Carrère est sans conteste mon écrivain français contemporain préféré. (Bon, ok, il est quasiment le seul écrivain français contemporain que j'apprécie, avec Fabrice Humbert, que je n'ai cependant pas lu depuis au moins cinq ans.) Il parle toujours de ses névroses dans ses bouquins et la chose m'éclate énormément. Avec la Classe de neige, toutefois, on est dans la fiction et le roman, pas dans l'autofiction. J'avais déjà lu et apprécié la Moustache (voir ici), mais là... C'est du lourd, mes petits.


La Classe de neige est le récit d'une classe de neige, celle de Nicolas, un petit garçon de (je crois) neuf ans. La narration est à la troisième personne, mais on est dans la tête de Nicolas. Et c'est en cela que ce roman est brillant: on est dans la tête d'un enfant de neuf ans. Enfin, un enfant de neuf ans passé au prisme d'Emmanuel Carrère, qui a une vision lucide, cynique et désespérée de la vie, ok. Mais néanmoins. Je me suis TELLEMENT retrouvée dans ce récit, c'est un truc de fou. J'ai retrouvé tous les ressentis de mon enfance, toute l'interprétation permanente et quasiment instinctive du comportement des autres enfants et des adultes, et surtout cette impression constante d'être déphasée.

Car Nicolas est un peu déphasé, en effet. Un peu timide, un peu à part, un peu isolé. Pas énormément non plus. Et les choses commencent très mal pour lui puisque son père, après l'avoir déposé au chalet où aura lieu la classe de neige, repart en oubliant de lui donner son sac. Nicolas se retrouve sans pyjama, sans brosse à dent, sans tenue de ski, sans slip de rechange. Quand on a neuf ans, c'est dramatique.

"Après avoir frappé dans ses mains pour réclamer l'attention, [la maîtresse] annonça sur un ton de plaisanterie que Nicolas, comme toujours dans la lune, avait oublié son sac. Qui voulait lui prêter un pyjama ?
La liste polycopiée prévoyant que chacun en apporte trois, tout le monde était en mesure de consentir ce prêt, mais personne ne se proposa. Sans oser regarder le cercle d'enfants rassemblés autour d'eux, Nicolas [...] entendit des gloussements, puis une phrase dont il n'identifia pas l'auteur, mais que salua un éclat de rire général :
« Il va pisser dedans ! »"

Comme le dit la quatrième de couverture, "dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même il l'a toujours su." Du coup, la lecture est opprimante, la moindre action devient suspecte. Nicolas a peur de beaucoup de choses et elles nous font peur aussi. Le roman fait à peine 145 pages mais il prend aux tripes et tient en haleine. 

Carrère est aussi très fort pour décrire les films que se fait Nicolas. Une idée lui vient en tête et aussitôt son imagination déroule un scénario complexe, parfois étalé sur des années, avec les réactions de ses proches. Ça m'a parlé aussi. J'ai 35 ans mais je fais encore ça, comme quand j'avais l'âge de Nicolas.

Et la fin, est-elle à la hauteur de la tension du roman? Oui. Et elle adopte un angle que je n'avais jamais vu traité auparavant et qui m'a fait trembler d'effroi. Je ne vous dis rien, au cas où vous le liriez un jour.

Décidément, Carrère est un génie. Je vais continuer à lire ses bouquins. Il vient d'ailleurs de sortir un bouquin appélé Yoga, que j'achèterai quand il sortira en poche. Le prochain que j'ai en vue: Je suis vivant et vous êtes mort, une biographie de Philip K. Dick.

mardi 25 août 2020

Le livre d'or de la science-fiction italienne (1981)

Chronique express!

 

On ne présente plus la collection du Livre d'or de la science-fiction de Pocket (et ses couvertures... euh... splendides?). Ce numéro consacré à la science-fiction italienne est parvenu entre mes mains grâce à Vert (merci!) et réunit quatorze nouvelles. Dans l'ensemble, je n'ai pas été excessivement emballée et j'ai trouvé plusieurs textes très confus, mais j'ai pu faire de belles découvertes. Voyons ce que j'ai retenu.

Ministre de nuit d'Anna Rinonapoli, traduit par J.-P. Fontana, est le texte le plus marquant avec son capitaine exaspéré qui essaye de prévenir son ministre que la Terre est en danger mais se heurte à une bureaucratie insurmontable (du niveau d'Astérix 😂). J'ai apprécié la fin de Triptyque pour nos frères de Sandro Sandrelli, également traduit par J.-P. Fontana, mais la première partie m'a ennuyée. Trente-sept degrés centigrades de Lino Aldani, traduit par Roland Stragliati, présente un avenir médical peu reluisant et relativement plausible, j'ai grincé des dents. La fin de l'âge d'or de Piero Prosperi, traduit par Angelina Berforini, est une vraie réussite en quatre pages, un démontage en règle de certains éléments de notre civilisation, comme la voiture individuelle, mais de l'air de faire l'inverse. Bravo. Où meurt l'astragale de Livio Horrakh, également traduit par Angelina Berforini, est marquant: un narrateur anonyme y consigne son journal alors qu'il fuit l'Europe en passant par la Turquie afin d'échapper aux retombées nucléaires. Un monde ravagé et glaçant, un texte sans fioritures, et pourtant quelque chose d'humain.

Le recueil est précédé d'un historique de la fantascienza en Italie, que j'ai trouvé trop concentré sur les noms d'auteurs et de revues plutôt que sur les thèmes; je n'en ai absolument rien retenu. Il sera certainement plus parlant si vous vous y connaissez, mais reste intéressant à lire dans le cas contraire.

Allez donc voir ailleurs si ce livre d'or y est!
L'avis de Vert

jeudi 20 août 2020

Shadow Star (2000)

Hmpf. Difficile de chroniquer Shadow Star de George Lucas et Chris Claremont, troisième et dernier tome de la trilogie de romans faisant suite au film Willow.
 
 
Après Shadow Moon et Shadow Dawn, qui ont réussi à me séduire malgré un certain nombre de problèmes, ce roman est d'une confusion extrême, à tel point que j'ai dû, au bout d'une centaine de pages, chercher un résumé en ligne pour voir ce qu'il s'y passait. Dans les premiers chapitres, j'ai eu l'impression de lire une succession de visions totalement déconnectées les unes des autres n'ayant aucune influence sur l'intrigue. Le pompom, comme on dit, revient à la vision dans laquelle Elora (le bébé du film) découvre que Khory (une guerrière que j'aime beaucoup, née par magie dans le premier tome) a été trahie par son roi et jetée en pâture aux Malevoiy, des sortes de démon, des siècles auparavant – et qu'Elora n'en parle à personne mais passe aussitôt à autre chose, comme si de rien n'était

Viennent ensuite une bataille contre l'empire de Chengwei, une évasion passant par le royaume des êtres magiques, la décision de libérer Thorn (le Willow du film) prisonnier dans la capitale de Chengwei... Et un final plus confus que jamais, dans lequel Elora devient une Malevoiy, affronte son ennemie et semble se sacrifier pour sauver les deux derniers dragons existants et assurer ainsi l'avenir du monde. Il y a un éclair de lumière, les personnages principaux disparaissent, exception faite d'Anakerie et de Luc-Jon, et sont remplacés par des petites fleurs au milieu d'un cratère. Il me semble alors comprendre qu'ils ont tous disparu. Mais non: dans l'épilogue, tout le monde est bien vivant et heureux. Elora va prendre la route comme chanteuse et musicienne et laisser la politique aux rois, et on ne sait pas si les Malevoiy ont trouvé leur place dans le monde, alors que tous les problèmes magiques de la trilogie sont censés être liés au fait qu'ils n'ont pas été invités à l'Ascension d'Elora dans le premier tome.

Ajoutez à cela des temps de déplacement aléatoires entre régions (comment Ryn a-t-il pu débarquer dans la capitale de Chengwei, sérieux?) et des découvertes ou des transmissions d'information incompréhensibles (comment Thorn a-t-il pu savoir qu'il devait aller à Nockmaar, la forteresse de la sorcière Bavmorda du film? Comment a-t-il pu demander à son cousin de le rejoindre là-bas?), et vous avez un truc sensiblement imbuvable, dans lequel surnagent toutefois quelques bonnes idées ou références touchantes au film. Ainsi, j'apprécie vraiment le fait qu'Elora, la Princesse sacrée, n'ait pas vraiment de pouvoirs magiques et ne puisse pas lancer de sorts, uniquement demander aux forces de la nature de l'aider. Le bon côté de la médaille est que la magie ne prend pas sur elle, donc on ne peut pas non plus lancer de sort contre elle. Khory et Anakerie sont deux guerrières formidables, froides comme l'acier mais aussi humaines, le genre de personnage que Gemmel aurait pu écrire si ses personnages féminins n'étaient pas toujours super sexy et/ou violées à un moment donné dans leur vie. Et la fin de la trilogie fait clairement le lien avec le film, avec l'apparition fugace de Bavmorda et de son général Kael, en plus, bien sûr, du retour à Nockmaar, sa terrible forteresse. Malheureusement, ces petits plus ne suffisent pas à rattraper un récit brouillon et terriblement long au regard des évènements qu'il relate. Un vrai désastre. J'ai lu ce roman en parallèle du hors-série de Mad Movies consacré à Star Wars et je me suis demandé à maintes reprises si Georges Lucas avait envisagé des choses aussi confuses lors de l'élaboration des scripts de ses différents films...

samedi 15 août 2020

Barnum (2019)

Chronique express!

 
 
Virginie Symaniec est éditrice. Elle a fondé sa propre maison d'édition, le Ver à soie, après des années malheureuses dans le milieu de la recherche universitaire. Ce livre reprend des chroniques sur son métier qu'elle a publiées sur Facebook. Non contente de monter sa propre maison, elle a fait le choix audacieux de vendre ses livres sur les marchés, sous un parasol ou un barnum – d'où le titre de ce recueil. Difficultés administratives, problèmes de paiement (deux ans pour qu'un libraire lui règle 7,8 €.......), rencontres avec les lecteurs, coulisses des marchés: elle décrit un quotidien à la fois très riche et enrichissant et très difficile. Il n'y a pas à dire, il faut le vouloir pour exercer ce métier...

Bien qu'il ne s'agisse pas du livre du siècle, la lecture est plaisante, malgré quelques remarques que je n'ai pas comprises, comme celle sur les gens qui "regardaient leurs pieds" devant elle du temps où elle était chercheuse ou la description du métier de diffuseur-distributeur comme "je prends donc tu donnes". Il faudra que je lui pose la question la prochaine fois qu'elle viendra vendre ses livres dans ma librairie – car j'ai découvert en passant commande que cette éditrice est basée du côté de chez moi!

Barnum est publié par les éditions Signes et balises, une autre maison indépendante.