dimanche 18 février 2018

La Conquête de Plassans (1874)

Tigger Lilly et moi continuons tranquillement à relire les Rougon-Macquart. En ce début d'année, retour à Plassans, la ville d'origine de la famille imaginée par Émile Zola, génie parmi les génies.


L'intrigue
La Conquête de Plassans raconte l'ascension d'un prêtre, l'abbé Faujas, fraîchement arrivé à Plassans avec sa mère. Il loge chez François et Marthe Mouret. François est un ancien commerçant grande gueule et le fils d'Ursule Macquart; Marthe est la fille de Pierre et Félicité Rougon. Les deux époux sont donc cousins. L'arrivé du prêtre va déranger leur quotidien bien réglé, notamment en sortant Marthe de son renfermement sur elle-même. Faujas n'a pas de cure et peine, dans un premier temps, à se faire apprécier en ville. Puis, coaché par Félicité Rougon, il comprend par où commencer et met progressivement en place sa conquête, qui, sous un vernis religieux, est étroitement liée à la situation politique de Plassans, ville légitimiste qui n'a pas eu le bon sens d'élire le candidat bonapartiste officiel aux dernières élections...

Ambition démesurée et folie dominatrice
Je pense que Faujas est l'un des personnages les plus froids, négatifs et destructeurs de toute la série. Il a la même soif de domination que Saccard, sans susciter la même admiration (je ne saurais vous dire en quoi précisément, mais Saccard me laisse un souvenir relativement formidable). Le fait que Faujas utilise sa soutane pour parvenir à ses fins et commence à satisfaire sa soif de domination en faisant trembler ses pénitentes au confessionnal est particulièrement révoltant et dégueulasse et réveille des ardeurs anti-cléricales violentes. En outre, il veut dominer pour dominer. Saccard, au moins, veut être riche, quelque chose de plus compréhensible. J'ai donc ricané avec une méchanceté extrême quand Faujas a commencé, à la fin du livre, à déraper et à commettre des erreurs.

La famille tarée (c'est-à-dire pleine de tares)
François et Marthe Mouret forment un couple tranquille aux habitudes bien réglées. François n'est pas quelqu'un de méchant dans le fond, mais il n'est non plus pas très sympa et râle beaucoup. Marthe subit tout avec une passivité extrême. Elle reste chez elle et regarde ses enfants grandir. Octave, l'ainé, est déjà assez malin; on le retrouvera à Paris plus tard. Serge est plus réservé. Désirée est une adolescente qui ne grandit pas. On les retrouvera aussi à l'avenir, et ce dès le prochain tome.
L'arrivée de Faujas va progressivement bouleverser le quotidien des Mouret et faire surgir l'hérédité catastrophique léguée par Adélaïde, fondatrice de la famille et grand-mère de Marthe et François (qui sont donc cousins comme je l'ai dit plus haut). Marthe va sortir de sa réserve pour se jeter à corps perdu dans une extase mystique extrême qui lui fera passer ses journées à genoux à l'église et ses nuits à hurler et à se faire du mal physiquement; François, devant la présence de plus en plus envahissante des Faujas (puis aussi des Trouche, la sœur de Faujas et son mari) et l'absence de sa femme puis de ses enfants, va devenir de plus en plus effacé et disparaître des salles communes de la maison. Il perd progressivement la tête à cause de la solitude et de son enfermement mais aussi parce ce qu'on fait de lui un fou, parce que, une fois la rumeur et le mot lancés, toute la ville le considère comme fou! Une fois expédié à l'asile, il devient encore plus fou et imite la violence de Marthe. Une déchéance totale dont nous apprécierons longuement chaque étape désolante dans des passages faisant vraiment froid dans le dos.

La famille moins tarée et la deuxième conquête de Plassans
Les Mouret ne sont pas les seuls représentants de la famille à Plassans. Félicité et Pierre Rougon sont toujours là, posés en triomphe dans leur salon depuis La Fortune des Rougon. Ils ont la même ambition que leur fils Saccard et que Faujas mais ils savent mieux intriguer. Ou plutôt Félicité sait mieux intriguer. Pierre est pratiquement absent de ce roman, je crois qu'on l'entrevoit juste dans le fond du décor lors d'une soirée. C'est, plus que jamais, Félicité qui mène la barque avec une hypocrisie et une malignité qui forcent l'admiration. C'est un très bon exemple de "méchant" réussi puisqu'elle se dégage par rapport aux autres personnages et qu'on ne souhaite pas du tout la voir trébucher dans son chemin et dans cette deuxième conquête de Plassans. Deuxième conquête parce que Félicité a déjà conquis Plassans dans La Fortune des Rougon, quand elle a fait en sorte de faire passer le coup d'État de Napoléon Bonaparte en ville. C'est sous sa direction (et celle d'Eugène Rougon à Paris) que Faujas viendra maintenant forcer la ville à voter comme il faut.
On croise aussi dans ce roman Antoine Macquart, qui reste un sacré scélérat.

La famille absente
Je me suis étonnée du fait que Silvère, protagoniste du premier tome et frère de François Mouret, soit totalement passé sous silence, et Tigger Lilly a souligné que Pascal Rougon est tout aussi absent. Je note aussi ici que François (et Silvère, donc) est le frère d'Hélène Mouret, qui n'est pas plus citée que Silvère (mais je n'ai aucun souvenir d'elle en dehors de son propre roman, Une page d'amour).

La bonne société comme il faut
Dévote et très attachée à la morale, la haute société de Plassans est un nid de mauvaises langues et d'intrigants en tout genre attachés avant tout à leur richesse et à leur image. Pour certains, travailler son image consiste à faire des œuvres de bienfaisance avec les autres dames; pour d'autres, il s'agit d'intriguer pour avoir la Légion d'honneur. (Je l'ai déjà dit dans mon billet sur La Fortune des Rougon: à en croire Zola, la Légion ne valait déjà rien au XIXe!) Bref, la haute société qui se donne bonne conscience et se fait remarquer en s'extasiant sur ses bonnes actions à la con...

Le clergé tout à fait consternant
Entre l'évêque dégonflé qui se fait dominer par ses prêtres et aspire seulement à faire des traductions de langues anciennes bien au chaud, Faujas qui écrase tout ce qu'il peut, l'abbé Fenil qui entre en guerre avec lui pour avoir plus de pouvoir à l’évêché et l'abbé Serin qui est un prêtre de salon, Zola met en scène un bel échantillon de ce clergé hypocrite dont on dirait aujourd'hui qu'il fait partie du système. Il n'est point question de divinité ici mais de pouvoir. La dévotion extatique de Marthe n'est pas plus crédible. Il n'y a que le pauvre abbé Bourrette qui soit un véritable homme bon qui souhaite le bien de son prochain. Mais il est, comme nombre de personnages zoliens, trop naïf pour être réellement positif.

La conclusion violente
Depuis le début du cycle, Zola a conclu tous ses romans sur une note négative: un décès poignant et le triomphe du salon jaune dans La Fortune des Rougon, la vie inchangée des salauds et une mort annoncée avec brutalité et froideur à la fin de La Curée, le triomphe des salauds et l'évacuation de l'élément perturbateur dans Le Ventre de Paris. La Conquête de Plassans va toutefois plus loin avec un véritable massacre puisqu'il y a pas moins de six décès dans les deux derniers chapitres, dont cinq dans des circonstances effroyables précédées par une longue préparation qui relève totalement du film d'horreur et un accompagné d'une terreur ultime.

En bref, Zola maltraite ses personnages et pourfend à cœur joie dans ce quatrième tome des Rougon-Macquart et la chose ne plaira pas à tout le monde. Il faut le lire si on n'a pas peur de voir l'horreur pour ce qu'elle est. J'avais moins aimé ce tome lors de ma première lecture et je dois dire qu'il est, cette fois-ci, celui qui m'a le moins plu des quatre: je crois qu'il me manque un sujet de fond ou un grand contexte à exploiter par la langue et donnant lieu aux descriptions-fleuve dont Zola a le secret, comme les Halles dans le tome précédent (ou plus tard les tissus dans Au Bonheur des Dames ou la locomotive dans la Bête humaine). Il n'en reste pas moins, comme toujours, un document formidable sur les intrigues du Second Empire et la seconde moitié du XIXe et je garde tout mon enthousiasme pour poursuivre notre lecture avec la Faute de l'abbé Mouret.

À noter également, la présence d'un dossier très intéressant dans l'édition du Livre de Poche, avec notamment les nouvelles les Épaules de la marquise, le Jeûne et le Lendemain de la crise qui sont très marquantes.

Allez donc voir si cette conquête est réussie!
L'avis de Tigger Lilly

mercredi 14 février 2018

Vingt ans avec mon chat (1999)

Avertissement: ce billet est rempli de divulgâcheurs!

La quatrième de couverture de ce roman de Mayumi Inaba parlait d'un chaton perdu et d'une femme qui allait devenir écrivain grâce à cette rencontre inattendue. Je l'ai donc acheté sans hésiter. C'était pendant ma semaine de vacances de janvier, quand je suis dans un cocon privilégié et que l'année qui commence à peine a encore l'air neuve et "propre" et donc potentiellement meilleure que les précédentes... La lecture semblait idéale pour penser à l'écriture, activité que je voulais reprendre en main il y a un an.


Si le roman parle bien de cette rencontre et de la vie partagée par la narratrice avec Mî, cette chatte trouvée dans la rue qui l'a accompagnée pendant vingt ans et qui l'a aidée à devenir écrivain, il s'agit avant tout du lent déclin d'un chat et du deuil qu'il faut en faire avant même sa mort. On comprend assez vite où on va et, après deux parties sur la jeunesse du chat et une partie de transition, j'ai passé les deux dernières parties à pleurer toutes les larmes de mon corps. Maladie, enfermement, vieillesse, mort, j'ai revécu toutes les étapes finales de la vie de mon Chat d'amour qui me manque; la narratrice fait même incinérer et répand ses cendres là où la chatte a été la plus heureuse!! Un déchirement complet et une tristesse sans fin...

Côté rédaction, je dois dire que je n'ai pas plus accroché que ça. Le roman est émaillé de courts poèmes que je n'ai pas trouvés très poétiques et que j'ai donc peu appréciés. Je me demande, de toute façon, dans quelle mesure il est possible de traduire de la poésie du japonais au français, les deux langues étant si éloignées l'une de l'autre et la poésie reposant autant sur la sonorité des mots et le rythme des phrases que sur le sens! Mais le ton des parties en prose est simple et direct, ce qui rend le livre, par ailleurs plutôt court, très facile à lire. C'est Elizabeth Suetsugu qui a traduit ce roman et je réalise qu'elle a aussi traduit les deux autres livres des éditions Picquier que j'ai en ma possession, Le chat qui venait du ciel (le tout premier livre chroniqué sur ce blog, il y a quasiment sept ans!) et Le Bureau des chats.

Enfin, une critique à l'égard de la narratrice, dont la grande naïveté (pour ne pas dire la bêtise totale) a fait souffrir plus d'une fois son chat, qui aurait bien mérité d'aller chez le vétérinaire plus tôt. Sans même parler de ses dernières semaines, une lente agonie qu'il était peut-être possible de lui épargner...

Malgré ces critiques, ce roman reste une déclaration passionnée à ces chats qui font partie de la famille, voire en sont le seul représentant, et une analyse du deuil entraîné par leur départ qui parlera certainement à tous ceux qui sont passés par là. À ne pas lire à la légère toutefois, étant donné qu'il brasse des émotions violentes...

"Alors dormons dormons
Pour ne pas entendre le bruit des choses qui s'en vont"
💔

samedi 10 février 2018

A Fall of Moondust (1961)

ENCORE UNE VICTOIRE DE CLARKE! 💪😍😃😜🌕🌙

Voilà en quelques mots et quelques emojis mon ressenti à l'issue de cette nouvelle lecture d'Arthur C. Clarke, qui confirme qu'il est mon écrivain de SF préféré (ce qui n'est pas difficile en réalité vu que je lis peu le genre ^^) et un immense génie. J'avais acheté le livre d'occasion à Dublin en octobre 2016 et il attendait patiemment depuis plus d'un an dans ma PAL...


De manière théorique, A Fall of Moondust relève, me semble-t-il, du roman catastrophe. Il raconte en effet l'engloutissement du seul bateau de la Lune, le Selene, dans une mer de poussière extrêmement fine, la Sea of Thirst. Si le personnel et les touristes à bord savent que leur disparition ne tardera pas à être remarquée, ils sont dans l'incapacité totale de communiquer avec l'extérieur, la poussière bloquant toutes les tentatives de communication. Dans ces conditions, comment les secours pourront-ils les localiser? Et même s'ils les localisaient, comment pourraient-ils bien les repêcher? Si les naufragés ne sont pas en danger de mort immédiat, ils ne peuvent pas attendre pour toujours, les réserves d'oxygène et de vivres étant limitées...

On retrouve bien sûr ici l'optimisme serein habituel de Clarke. On est bien dans le suspense et le triturage de méninges, pas dans la peur! C'est un peu comme un casse-tête chinois, on réfléchit avec les différents membres de secours pour sortir les 22 naufragés de leur prison de métal et surmonter les obstacles – car la science ne fait pas de cadeaux et les lois de la physique jouent parfois contre Selene... À commencer par l'immense "éboulement de poussière" dans lequel le bateau a sombré.

Outre l'optimisme habituel, on retrouve le sens de l'émerveillement qui accompagne toujours les romans de Clarke, sa façon de donner le vertige en décrivant des choses très simples (le trajet d'un signal entre la Terre et la Lune, l'échelle temporelle ahurissante des ordinateurs) ou encore très lointaines dans notre avenir (la présence de touristes sur la Lune) (haaaaaaa!! 💖🌝). J'apprécie énormément ce message rationnel et positif porté par des personnages globalement sympathiques – même le scientifique asocial est amusant –, qui n'est toutefois pas totalement béat puisque nous avons ici un passage extrêmement croustillant sur les soucoupes volantes et une théorie du complot (oui, oui!).

Le livre a plus de 50 ans et nous savons maintenant qu'il n'existe pas de mer de poussière de ce type sur la Lune. Clarke le précise lui-même dans la préface de l'édition de 1986, reprise dans cette édition Gollancz de 2002. Mais qu'importe. Le fond scientifique est solide et très bien présenté au lecteur et il pourrait y avoir une mer de ce genre quelque part dans l'univers; c'est tout ce qui compte...

Si le procédé visant à faire monter le suspense est parfois un peu trop visible, avec des annonces récurrentes du type "ils ne savaient pas encore que telle propriété jouait contre eux", il n'en est pas moins d'une grande efficacité. J'ai tourné les pages avec enthousiasme pour avoir le fin mot de l'histoire.

J'émettrai toutefois une critique quant à l'écrasante majorité de personnages masculins; les femmes sont bien peu nombreuses et n'ouvrent pas beaucoup la bouche. Il me semblait pourtant que Clarke était plus avancé que ça pour un écrivain d'une autre époque.

Mais le plus marquant, une fois la lecture finie, reste l'émerveillement face à la Lune, notre voisine dont on ne parle plus trop depuis qu'on regarde plutôt du côté de Mars. Cinquante ans ont passé depuis l'écriture de ce roman et l'humanité n'a même pas de base sur son satellite; alors un bateau qui promène les touristes sur la mer de la Soif, ça n'a pas de prix. 💖💖💖

mardi 6 février 2018

Voyage of the Basilisk (2015) + From the Editorial Page of the Falchester Weekly Review (2016)

Je continue à lire les mémoires de Lady Trent, la naturaliste spécialiste des dragons, avec grand plaisir.


Ce troisième tome est parfaitement dans la lignée des précédents, A Natural History of Dragons et The Tropic of Serpents. Isabelle Camherst, notre naturaliste, embarque à bord du Basilisk en compagnie de Tom Wilker, un scientifique avec lequel elle a déjà fait équipe pendant les deux premiers tomes, son fils et la gouvernante de celui-ci pour faire le tour du monde et étudier tous les dragons qu'elle pourra rencontrer. Des eaux gelées du nord d'Anthiope – l'équivalent du continent européen – aux récifs de corail de la Broken Sea – qui rappelle la Polynésie, Hawaï et toutes ces îles paradisiaques –, elle poursuivra sa passion, dessinera des croquis, disséquera des dragons, mettra son nez dans ce qui ne la regarde pas, portera des pantalons et se comportera comme un homme, au grand dam de la bonne société scirling (=anglaise), qui, au pays, se pâmera d'émotion sur ses aventures scandaleuses.

En parallèle, notre naturaliste se trouvera une fois de plus impliquée dans des affaires diplomatiques bien plus grandes qu'elle, tout en conservant comme fil rouge un élément révélé à la fin du premier tome (divulgâcheur: cette histoire d'os de dragons qui, une fois préservés, sont à la fois très légers et très résistants, ce qui pousse des personnes mal intentionnées à massacrer les dragons pour leurs os) ainsi que, dans une moindre mesure, une révélation du deuxième tome (divulgâcheur: les relations des Draconeans avec les dragons et la signification de la stèle qu'elle a découverte à Mouleen). J'ai feuilleté le premier et le deuxième tome pour me rafraîchir les idées et j'ai l'impression que Marie Brennan avait les idées assez claires sur l'intrigue de sa série dès le début, un certain nombre de choses étant évoquées très tôt, voire dès la préface du premier roman. J'ai donc grand hâte de lire le quatrième et le cinquième tome, d'autant plus que la série est officiellement terminée et qu'on devrait donc avoir le fin mot de l'histoire.

Les réserves que j'ai déjà émises sur le ton légèrement forcé (récurrence des remarques ironiques sur les scandales soulevés par le comportement d'Isabella, volonté marquée de faire de l'humour) sont toujours présentes, et je pense que certaines péripéties à Keonga n'étaient pas utiles (l'aventure de la cloche par exemple, ou encore le mariage que j'ai trouvé vraiment tiré par les cheveux). Néanmoins, cette série est un divertissement de qualité très réussi; c'est vraiment la preuve qu'un livre peut être léger, facile à lire, amusant et divertissant sans du tout être simpliste et décérébré! Dans ce tome, j'ai aussi beaucoup apprécié deux personnages secondaires, le capitaine du Basilisk et Suhail, un archéologue que j'espère retrouver par la suite.

Dans la foulée, j'ai lu la nouvelle From the Editorial Page of the Falchester Weekly Review, disponible gratuitement sur le site de l'éditeur, Tor. Cet échange épistolaire entre Isabella et un scientifique qui se serait procuré un cocatrix, un animal fabuleux peut-être lié aux dragons, s'insère entre le troisième et le quatrième tome. J'ai adoré ce court texte efficace et très plaisant. J'espère donc ne pas tarder à lire la suite!

vendredi 2 février 2018

La gamelle de janvier 2018

Janvier est le mois des bonnes résolutions et de tous les espoirs pour la nouvelle année. J'espère toujours être plus disciplinée et avancer plus. Pendant les premiers cours de yoga de l'année, mon sankalpa était d'ailleurs: "j'avance"! À répéter autant de fois que nécessaire jusqu'à ce qu'il devienne réalité... Ça n'a pas très bien marché pour les séances de cinéma mais on continue d'essayer!

Sur petit écran

Fargo de Joel et Ethan Coen (1996)
J'ai revu ce film très sympathique avec mon homme, qui ne l'avait jamais vu (lui qui, pourtant, apprécie les frères Cohen ^^). Mon avis ici.

Titanic: 20 ans d'un film culte
Un documentaire de TMC sur les acteurs, le succès et la musique de Titanic de James Cameron. Intéressant mais pas très approfondi non plus. Le docu français était entrecoupé d'un docu américain sur la reconstitution du naufrage, qui était erronée dans le film (James Cameron le dit lui-même), et sur la mémoire de certaines victimes. Un documentaire bien mis en scène comme les Américains les aiment, comme je l'avais déjà pensé à propos du docu de Cameron sur la fosse des Mariannes (abordé très brièvement ici)... Enfin tout ça donne envie de revoir ce film que j'aime toujours d'amour et de chanter "Neeaaaaar faaaaaaaar whereeever you aaaaare" à tue-tête. 💓🚢

La grande librairie de jeudi 18 janvier
J'ai profité de mes vacances pour regarder l'émission littéraire de France 5. Siri Hustvedt n'a pas échappé au traitement "femme de" puisqu'elle a eu trois fois moins de temps d'antenne que son mari Paul Auster et a été présentée au moins dix fois comme "la compagne de Paul Auster"... Mais c'était néanmoins super intéressant. Philippe Delerm sort un nouveau livre, il faudra que je regarde ça.

Sur grand écran

Star Wars: The Last Jedi de Rian Johnson (2017)


J'ai adoré ce nouvel opus que j'ai trouvé plus intéressant et globalement mieux fichu que le précédent. Je ne comprends pas vraiment ce qu'on lui reproche (à l'exception d'une scène décidément trop tirée par les cheveux, mais c'est une fan de Transformers qui vous parle, je suis rodée en la matière). Je fais partie des girouettes qui avaient trouvé Rylo Ken navrant et le trouvent maintenant génial. J'adore toujours autant Rey qui a deux des trois plus belles scènes du film (le miroir et le combat). J'ai super hâte de voir la suite. J'ai versé ma larme.

Kedi de Ceyda Torun (2017)

J'ai beaucoup aimé ce documentaire sur quelques chats d'Istanbul, une ville variée et méditerranéenne qui fait un parfait décor aux déambulations de ces félins des rues. Le ton est résolument optimiste et plein de fascination pour le chat et ses mystères, avec beaucoup de respect pour ce mystère justement, qu'il ne s'agit pas de percer ou de comprendre mais d'explorer à l'infini, avec des personnes qui décrivent le caractère de ses chats ou ce qu'ils leur ont apporté. À voir. J'ai versé ma larme.

Darkest Hour [Les Heures sombres] de Joe Wright (2017)


Très beau film sur quelques semaines déterminantes du printemps 1940, quand l'Allemagne envahissait l'Europe occidentale à la vitesse de l'éclair et que Churchill, à Londres, devenait premier ministre en pleine débâcle. J'ai adoré ce film que j'ai trouvé magistralement tourné et joué, avec des personnages formidables, des scènes poignantes et beaucoup de gris: car si Churchill est présenté comme le plus lucide concernant la confiance à accorder à d'éventuelles négociations avec Hitler, il sous-estime totalement l'efficacité de l'armée allemande et retient certaines informations avec une volonté qui tombe dans l'inconscience et l'irrespect de son peuple. Gary Oldman est brillant, Kristin Scott-Thomas a un vrai rôle de femme-compagne et pas juste de soutien, avec une dernière scène que j'ai trouvée très dure – même si j'aurais aimé la voir un peu plus – et j'ai vraiment apprécié qu'on nous propose un deuxième personnage féminin pertinent avec Lily James, une ancienne de Downton Abbey, la dactylo discrète qui prend de l'importance. Un film à ne pas manquer.

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 1 (2017)
Holàlà le sens du cliffhanger dans cette deuxième partie de série est tel que je suis restée deux fois bouche bée devant ma télé. J'aime décidément beaucoup.

Agatha Christie's Poirot - saison 2 (1990) et 3 (1990-1991)
Nous avons terminé la saison 2 et avons commencé la saison 3, dans laquelle la strychnine fait des ravages. J'adore. 💖

Et le reste


J'ai lu avec grand intérêt le premier hors-série de Traduire, la revue de la Société française des traducteurs, qui a été offert à tous les membres à l'occasion du soixante-dixième anniversaire de l'association. Je ne suis pas abonnée à la revue, dont il faut payer l'abonnement en plus de la cotisation, et c'était donc une première. Ce voyage à travers l'histoire de la revue, avec des articles écrits à des époques différentes, était fort intéressant. À retenir, la différence que faisait Danica Seleskovitch entre transcodage (passage d'une langue à une autre) et traduction (passage d'un message à un autre).

Et puis Cheval Mag m'a fidèlement accompagnée, comme tous les mois, avec le numéro de janvier, lu en début de mois avec un peu de retard, et celui de février lu en fin de mois. Entre l'adolescence et l'âge adulte, j'ai été abonnée à ce magazine douze ou treize ans mais je ne m'en lasse pas, même maintenant que ma pratique a atteint le rythme auquel j'aspirais et que je n'ai donc plus besoin de cette lecture pour me souvenir de ce qu'est un cheval précisément; c'est toujours passionnant et enrichissant!

Je vous souhaite à tous un bon mois de février! 😘

lundi 29 janvier 2018

Astérix et la Transitalique (2017)

Chronique express!


Cela fait pas mal d'années que je n'ai pas lu d'Astérix et ce dernier tome en date m'a fait retrouver les aventures du petit Gaulois avec grand plaisir. Après qu'une diseuse de bonne aventure lui ait prédit un brillant avenir d'aurige, Obélix s'achète un char (en le payant bien sûr en menhirs ^^) et part faire la Transitalique, une grande course de chars à travers l'Italie censée prouver la qualité des voies romaines, avec Astérix. Les concurrents proviennent de tout le monde romain mais certains espèrent bien voir gagner Coronavirus, le concurrent romain, et la course ne sera pas de tout repos. Truffé de jeux de mots et de petites références, ce nouvel opus m'a semblé fidèle à l'esprit des anciens et m'a bien fait rire. Les concurrentes koushites qui s'expriment plus ou moins en hiéroglyphes, César qui parle de lui à la troisième personne... Ça m'a donné envie de remettre un peu le nez dans les vieilles BD!  J'émets quelques réserves, toutefois, sur l'accumulation de clichés, certes drôles mais néanmoins bien caricaturaux (des concurrents hispaniques toujours en retard aux femmes séduisantes avec des grosses lèvres et des gros seins), qui ont été, je pense, présents dans Astérix de tout temps mais me semblent de moins en moins justifiables plus les années passent, et un petit manque au final, un petit goût de pas assez. Je ne sais pas si ce tome est vraiment à la hauteur de ses prédécesseurs, qui avaient peut-être plus de fond; mais ça fait tellement longtemps que je n'en ai pas lu que je m'égare peut-être, et ça reste un moment très sympathique.

jeudi 25 janvier 2018

Stephen King's The Dark Tower: The Complete Concordance. Revised And Updated (2012)

Un an après avoir lu Le Pistolero, j'ai enfin fini mon grand voyage à l'ombre de la Tour sombre avec la Concordance, l'énorme encyclopédie préparée par Robin Furth, l'assistante de Stephen King, pour que King lui-même puisse garder le fil de son œuvre et écrire les derniers tomes.


J'ai commencé ce pavé le 13 novembre et je me suis donné deux semaines pour le lire. Au final, il m'a fallu plus de deux mois! Trouvant que c'était une lecture facile à découper, qu'il n'est pas nécessaire de lire d'une traite, j'ai en effet décidé de le mettre aux toilettes. Une grave erreur. Mes séjours aux toilettes sont visiblement bien trop courts pour avoir une influence sur 683 pages grand format. Merci les vacances de janvier pour m'avoir permis d'avancer un bon coup et de commencer à en voir le bout. 😉

La Concordance réunit absolument tout ce qu'il y a à savoir sur la Tour sombre. Les entrées sont classées par ordre alphabétique dans plusieurs grandes catégories, que je vous donne en anglais par pure flemme d'aller vérifier comment Mid-World et les autres endroits s'appellent en français:
- Characters, Magical Objects, Magical Forces;
- Mid-World Places and Borderland Places;
- Our World Places and the Multiple Americas;
- Portals, Magical Places, and End-World Places.

La première catégorie est la plus importante puisqu'on y trouve tous les personnages et qu'elle permet de se rafraîchir la mémoire, de découvrir plein de choses qu'on n'avait pas relevées et d'y voir globalement plus clair dans une saga d'une complexité exceptionnelle au nombre de renvois inouï.

Les annexes sont également passionnantes, mais s'adressent vraiment aux férus de la Tour sombre: on étudiera ainsi les dialectes et l'usage particulier de l'anglais de certaines régions du monde de Roland et des versions différentes de certaines chansons rencontrées dans les livres. Robin Furth présente aussi un article sur les Yeux du dragon (j'ai été un peu déçue par ce passage car elle ne me semble pas répondre à sa propre question: dommage), des cartes et une chronologie (qui, elle, est indispensable!) de l'histoire de Mid-World. Si vous êtes vraiment motivé, comme moi, vous pouvez aussi lire les dix pages de questions proposées pour les groupes de lecture sur les huit livres (et découvrir que vous ne savez pas forcément y répondre, l'horreur!).



En bref, lire cette Concordance de la première à la dernière page revient à plonger à nouveau corps et âme dans le monde de Roland, et ce avec le même bonheur que précédemment. Bien sûr, elle peut aussi être utilisée comme une encyclopédie normale, en ne consultant que les entrées dont on a besoin, et c'est l'usage que j'en ferai la prochaine fois, quand je relirai la Tour sombre et que j'aurai juste besoin de resituer quelques éléments. (Car oui, je sais déjà que je relirai la Tour sombre un jour. Après tout, le ka est une roue qui tourne...)

Ma seule critique concerne la place considérable accordée à The Wind Through The Keyhole. Ma version date en effet de 2012 et a été mise à jour après la sortie de ce huitième roman, qui me semble un peu secondaire par rapport à la "vraie" saga mais a droit à énormément d'entrées très longues. J'ai eu l'impression de relire dix fois cette histoire. Je pense que l'entrée sur Tim Ross est deux fois plus longue que celle sur Roland, c'est fou... 😂



Et maintenant?
Bizarrement, la fin du grand voyage ne m'a pas inspiré plus de tristesse que ça. C'est bien en juillet, quand j'ai lu le dernier tome, que j'ai souffert de la séparation avec ces personnages et cet univers. Je sais, de toute façon, qu'il me reste bien des livres de Stephen King à lire, qu'ils soient liés à la Tour ou pas, à commencer par La Ligne verte qui est un de mes livres préférés. Et puis le fait d'avoir fini cette grande saga me laissera peut-être un peu de temps pour envisager d'en lire une autre... 😉

Allez donc voir ailleurs si cette Concordance y est!
Les avis de Vert sur le premier et le deuxième tome

dimanche 21 janvier 2018

Le pouvoir du moment présent. Guide d'éveil spirituel (1997)

J'ai profité de ma semaine de vacances de début d'année pour me pencher enfin sur un livre prêté par ma prof de yoga il y a deux ou trois mois: Le pouvoir du moment présent d'Eckhart Tolle. Je voulais vraiment me concentrer sur cette lecture et craignais de ne pas la lire dans de bonnes conditions si je la lisais comme je je le fais d'habitude, à savoir de manière un peu trop hachée pour mes goûts.


Un mot sur l'auteur: Eckhart Tolle a eu une sorte d'illumination quand il avait une trentaine d'années. Il serait passé d'une dépression intense et durable à un état de grande sérénité tout aussi durable. Depuis, il coache les gens pour atteindre plus de sérénité. Je ne sais pas trop quoi penser de lui. Je pense qu'on y verra une personne réellement bienveillante ou quelqu'un de plus ou moins intéressé et stratège selon la vision du monde que l'on a au préalable. Je vous renvoie vers sa page Wikipédia pour en savoir plus.

Globalement, son livre insiste sur une vérité vraie terriblement difficile à prendre en compte: l'instant présent est le seul qui existe et qui compte. Le passé est fini, l'avenir n'existe pas encore. Quand le passé existait, il n'était que présent; quand le futur existera, il ne sera lui aussi que présent. C'est d'une grande évidence mais c'est extrêmement difficile à garder à l'esprit. Tolle explique cela par une sorte de dédoublement du moi. Il y a le vrai moi, qui vit, qui est, et le mental hyperactif qui ne peut exister que dans le passé et le futur et qui passe son entière existence à se faire des films positifs (par exemple l'attente d'un évènement qui changera les choses et apportera le bonheur, comme "quand j'aurai atteint ce poste à responsabilités, on me respectera") ou négatifs (par exemple en angoissant à l'avance sur des scénarios catastrophe créés  de toutes pièces).

L'individu s'identifie à son mental (que Tolle appelle aussi ego, mais j'ai oublié quelle nuance il pose exactement entre ego et mental et je ne retrouve pas ce passage au moment de la rédaction de ce billet) plutôt qu'à sa vie, son existence, son MAINTENANT, et passe donc son temps à ignorer qu'il EST.

Par ailleurs, Tolle parle aussi du fait qu'on est parfois tellement identifié à son propre mental et à toute la souffrance qui va avec qu'on ne fait absolument rien pour se débarrasser de cette souffrance. On a beau dire qu'on aimerait être heureux, en fait on cultive son malheur, on se définit par son malheur! Cette remarque m'a vraiment fait réfléchir car je suis une grande experte de l'autodestruction de choses formidables par des choses insignifiantes (exemple: je pleurniche souvent face au "manque de succès" de ce blog auprès de certains amis proches et ça me "prouve" que je n'ai rien fait de ma vie, peu importe si la veille ou une heure avant j'étais sereine voire contente de moi, et j'ai consacré au moins deux ans de ma vie, au cours des dix dernières années, à l'espionnage sur Facebook pour me torturer face à tous les trucs géniaux que les autres font ou ont et que je ne fais ou n'ai pas. Bref, je suis constamment à la recherche de preuves de ma propre nullité) (voilà pour la séance d'épanchement). Je me suis demandé dans quelle mesure je fais exprès de souffrir, probablement dans l'espoir de me faire consoler (mais par qui, je me le demande!) ou de ne pas prendre la responsabilité du bonheur (oui, je vous promets, je crois que j'ai peur d'être quelqu'un d'épanoui dès que je me retrouve seule!).

Revenons-en à Eckhart Tolle. Tout son bouquin consiste à souligner ce dédoublement et à revenir sur l'instant présent, le maintenant. Bien sûr, il ne s'agit pas de ne pas préparer le lendemain, hein. Mais de se concentrer sur le maintenant et de ne pas s'éparpiller. C'est précisément ce que ma prof de yoga nous fait faire en cours: la pratique respiratoire et posturale détend le corps mais ralentit aussi le mental. Les idées viennent mais on devient progressivement capable de les laisser filer, de ne pas s'y accrocher pour récriminer/geindre/angoisser.

Tolle appelle ça la présence ou pleine conscience et c'est, encore une fois, exactement l'objectif du yoga et de la méditation. (Précisons toutefois qu'il y a un lâcher-prise dans l'un comme dans l'autre; il faut supprimer le mot objectif de la pratique et être dans la pratique en toute simplicité...) Ensuite, cette notion de pleine conscience tend un peu vers des considérations mystiques ou spirituelles puisqu'il est question de lien avec la source, au sens de "vie pure que je partage avec tous les êtres vivants et qui me transcende". Rien de sectaire non plus toutefois. Disons aussi que ça m'intéresse moins.

En bref, une lecture vraiment intéressante, même si elle a quelque chose de répétitif (on pourrait résumer le livre en dix pages et tout y serait) et que j'ai repéré quelques raccourcis ou tricheries de raisonnement, comme des "donc" qui à mon avis ne résumaient pas du tout un lien de cause-conséquence. J'en retiendrai surtout les éléments suivants:
- la prise de conscience de l'identification au corps de souffrance;
- la belle question "quel est mon problème maintenant?", à se poser quand on angoisse ou stresse (et à accompagner de la volonté de résoudre ce problème si cela est possible);
- ma volonté de moins récriminer cette année, de ne pas gâcher mon bonheur, aussi modeste puisse-t-il être aux yeux de certains, parce que telle personne a plus d'argent que moi ou voyage plus ou a atteint une reconnaissance qui m'échappe. C'est mon axe de progression pour 2018 disons.

Une parenthèse "tout change" pour finir
Il y a quatre ou cinq ans, la première fois que mon ostéo m'a dit qu'il travaillait sur mes chakras, j'ai pensé en même temps, et avec la même intensité, "mais de quoi il parle?!?" et "ho putain l'ostéo est un illuminé!!". Hier, je suis allée à un atelier de yoga sur les chakras, c'est-à-dire que j'ai pris le temps et l'argent de travailler sur mes chakras. Bon, je reste sceptique sur la notion traditionnelle de chakra, je pense qu'il s'agit plutôt de points musculaires stratégiques que de roues d'énergie vitale, mais vous voyez l'évolution! 😀😀 Peut-être que dans quatre ou cinq ans, j'aurai tellement évolué par rapport à maintenant que ce billet me semblera terriblement simpliste ou drôle...

Titre original: The Power of Now
Traduit de l'anglais par Annie J. Ollivier