mercredi 12 décembre 2018

Tea Time for the Traditionally Built (2009)

Chronique express!


Les aventures de Mma Ramotswe continuent inlassablement au fil des ans. Alexander McCall Smith a trouvé une recette magique et elle fonctionne à chaque coup, comme je vous le dis dans chaque chronique. Dans ce dixième tome, Precious Ramotswe et Grace Makutsi enquêtent sur une équipe de foot dont les performances sont en chute libre, mais elles ont aussi un gros souci chacune: le petit van blanc de Mma Ramotswe, qui la menait partout depuis des années (vous savez, celui qui penche du côté de la conductrice parce qu'elle a "une constitution traditionnelle"), semble arrivé au bout de sa route; et Mma Makutsi voit une terrible rivale, Violet Sephotho, s'infiltrer dans le magasin de son fiancé Rra Radiphuti!! Si la deuxième intrigue est plutôt amusante et constitue le pendant humoristique et léger du livre, la première illustre bien ce que j'adore dans cette série: la manière dont McCall Smith met le doigt sur de toutes petites choses qui font la vie humaine, le bonheur et les sentiments. Changer de voiture, ce n'est rien de grave, mais ce sont aussi des années qui s'en vont... Par ailleurs, on retrouve rapidement les personnages secondaires habituels, comme les enfants de Mma Ramotswe, les apprentis (HAHA!! on découvre dans ce tome le prénom du plus jeune apprenti du garage, qui avait toujours été appelé "the younger apprentice" pendant les neuf tomes précédents!!) et la formidable directrice de l'orphelinat; et comme à chaque fois c'est comme retrouver de vrais amis. 💖

samedi 8 décembre 2018

Le froid et les ténèbres. Le monde après une guerre atomique (1984)

Le métier de traducteur vous amène régulièrement à découvrir des tas de choses insoupçonnées et vous impose parfois de lire des choses improbables. Il y a fort longtemps, par exemple, j'avais partagé mes emprunts sur le thème de l'astrologie. Cette année, la même traduction qui m'a fait découvrir l'histoire des botanistes de Leningrad m'a motivée à emprunter le seul ouvrage de Carl Sagan disponible dans ma médiathèque. C'était ainsi parti pour 250 pages environ de considérations glaçantes sur les conséquences d'une guerre nucléaire.

Titre complet: Le froid et les ténèbres. Le monde après une guerre atomique. Le rapport de la Conférence sur les conséquences biologiques d'un conflit nucléaire
Auteurs: Paul R. Ehrlich, Carl Sagan, Donald Kennedy, Walter Orr Roberts
Préface: Lewis Thomas
Traduction: Danielle Pacanowski et Dominique Peters


La Conférence sur le monde après une guerre nucléaire s'est tenue à l'hôtel Sheraton de Washington D.C. le 31 octobre 1983 avec plus de 500 participants et cent journalistes. Le lendemain, elle a été suivie d'une liaison satellite avec un groupe de chercheurs soviétiques réunis à Moscou ayant travaillé sur le même sujet et ayant obtenu sensiblement les mêmes résultats. C'est quelque chose que tous les intervenants soulignent à de maintes reprises: ces résultats sont partagés par les Américains et les Soviétiques et font consensus parmi des centaines de scientifiques, un fait apparemment bien rare (lol). Ce sont des données précises issues de simulations plausibles, pas une déclaration sur la politique de tel pays. C'était plutôt encourageant de lire ça, de voir tant de gens déterminés à faire avancer les connaissances humaines et à mettre de côté leurs éventuelles peurs et rivalités pour sonner l'alarme. Les risques d'une guerre nucléaire avaient apparemment été largement sous-estimés jusque-là, mais on parle bel et bien de la disparition de notre civilisation, de l'humanité telle que nous la connaissons et même de la vie telle que nous la connaissons.

Les simulations reposent sur plusieurs scénarios différents que je n'ai pas retenus avec précision; tout dépend du nombre de bombes, de leur puissance et de leur nature (certaines bombes atomiques explosent au sol, d'autres en l'air), mais aussi de leurs cibles (on n'a pas le même résultat en lançant une bombe dans la toundra et dans une grande ville) et de la période de l'année (à cause de l'incidence sur les récoltes). Dans toutes les simulations, même une petite guerre nucléaire mobilisant une faible fraction de l'arsenal existant au début des années quatre-vingt a des conséquences catastrophiques, de l'ordre de 750 millions à un milliard de morts à cause du souffle des explosions.

Puis vient l'hiver nucléaire, provoqué notamment par les particules de suie dégagées par les incendies. Une ville bombardée par un engin nucléaire brûle pendant des jours ou des semaines et regorge de matériaux provoquant des fumées noires et toxiques qui bloquent les rayons du Soleil, obscurcissant les alentours et empoisonnant les éventuels survivants. Il faut s'attendre à ce qu'il fasse nuit à midi pendant de longues périodes. Les températures chuteraient de plusieurs dizaines de degrés par rapport à la normale, la photosynthèse prendrait fin, les végétaux (dont les cultures) mourraient, l'eau douce gèlerait sur plus d'un mètre dans une bonne partie de l'hémisphère nord. Les courants atmosphériques transporteraient rapidement les particules dans l'hémisphère sud également, qui serait donc touché même s'il ne participait pas à la guerre.

Les baisses de températures seraient moins marquées au niveau des mers à cause de l'inertie thermique des océans, mais la différence de température entre les océans relativement chauds et les continents froids provoquerait des oranges très violents le long  des côtes, qui ne seraient donc pas habitables. Dans les océans comme sur terre, le manque de lumière détruirait la chaîne alimentaire en commençant par le phytoplanction.

Sur les continents, il faudrait aussi tenir compte des morts provoqués par les dégâts d'une bombe larguée sur les usines chimiques, voire une centrale nucléaire. Par ailleurs, il n'y aurait plus de structure sociale ou de soins médicaux. Un niveau d'irradiation donné ferait donc plus de dégâts sur notre santé qu'il ne le fait actuellement, quand les personnes exposées bénéficient d'une prise en charge spécifique.

Les bombes auraient aussi pour effet de réduire considérablement la couche d'ozone (à cause de l'augmentation d'un gaz que j'oublie) et les survivants seraient donc exposés à des taux d'ultraviolets plus forts que d'habitude; ils perdraient la vue, la cataracte détruite par ces rayons.

Les seuls organismes susceptibles de survivre avec une relative facilité dans cet environnement seraient les insectes, qui mangeraient les végétaux restants et transporteraient des maladies – encore un mauvais point pour nous.

Dans ce contexte, les survivants erreraient dans un monde dévasté, stérile et froid, sans plus aucun repère social et technologique – il faut imaginer la perte progressive de tout notre confort avec la désorganisation des États. (Très post-apo tout ça, Tigger Lilly.) Aujourd'hui, la notion d'hiver nucléaire est connue (même si j'ignorais les détails dont je vous ai fait part), mais ces recherches semblent avoir été les premières à en parler.

Pour la petite histoire, le sujet de l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère terrestre due aux activités humaines et de son effet sur le climat a été très rapidement abordé par un membre du public se demandant si cela pourrait compenser l'hiver nucléaire. C'était il y a trente ans et je crois qu'on en est au même stade aujourd'hui. 😕 (Et non, malheureusement, même cet effet de serre ne suffirait pas le moins du monde à compenser l'hiver nucléaire.) Toutefois, la présence des questions-réponses du public est une partie très intéressante: on voit certaines personnes demander plus de précisions sur un point, d'autres élargir vers d'autres recherches. J'aimerais beaucoup voir une vraie conférence scientifique un jour, même si je ne comprendrais pas grand-chose.

Bref bref, une lecture très anxiogène (d'autant plus qu'on se demande vraiment à quoi il sert que les scientifiques sonnent l'alarme si les politiques ne font rien derrière) mais aussi très intéressante. Je doute qu'elle me soit utile pour ma traduction (bien qu'il y ait un chapitre sur l'atome, mais mon auteure est une grande humaniste et s'attarde plutôt sur ce qui lui donne espoir que sur nos travers) mais je suis contente d'avoir trouvé cet ouvrage. Et bénies soient les médiathèques qui conservent ce genre de document antidéluvien en magasin. Je me demande depuis combien d'années il n'avait pas été emprunté. 😃😃

mardi 4 décembre 2018

La gamelle de novembre 2018

Encore un tout petit mois que ce mois de novembre. Cette fois-ci, ce n'est pas seulement faute de motivation mais aussi faute de temps; j'ai plein, plein de travail. J'essaye de dynamiser un peu ma carrière cet hiver. Et forcément, ça prend sur le reste.

Sur petit écran

Comme à peu près tout le monde, je regarde Harry Potter sur Netflix. 😊😍 J'en parlerai dans un billet dédié en janvier.

Sur grand écran

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer (2018)


Je redoutais beaucoup ce biopic car je n'aime pas Queen et ne supporte pas bien les gens qui adooorent Queen et ont besoin de le faire savoir. En fait, c'était super intéressant et à petites doses ça va, j'aime bien Queen. Le film n'a rien de remarquable en soi (il regroupe tous les poncifs du biopic et ne m'a pas semblé très bien maîtrisé dans son découpage), ce sont vraiment son histoire et sa musique qui le rendent intéressant. J'ai été contente de retrouver Rami Malek (de Mr Robot) et Allen Leech (de Downton). Bref, une belle surprise et un bon moment.

Star Trek: Le film de Robert Wise (1979)


Mon cinéma a participé à un festival du film documentaire sur le thème de l'espace. La programmation était incroyable: Apollo 13, Gravity, Wall-e, La Folle histoire de l'espace, Galaxy Quest, Une Merveilleuse histoire du temps et bien d'autres encore... J'aurais passé ma vie au cinéma si j'avais pu. C'est quand même bien tombé car j'ai pu faire la séance de ce vieux Star Trek le vendredi soir, mon cours d'équitation ayant été annulé.
Ce film est singulièrement lent, il y a un vrai "mou" au milieu quand l'Enterprise rentre dans un nuage gigantesque qui semble menacer la Terre, mais le début et la fin m'ont mise dans un état d'exaltation assez avancé. Au début, c'est parce qu'on retrouve progressivement tous les personnages de la série (joués par les acteurs d'origine) et l'Enterprise, j'étais tellement heureuse. À la fin, c'est parce que c'était de la SF comme je l'aime, qui pose des questions sur l'identité, l'humanité et la conscience, avec une résolution très clarkienne et l'apparition d'une sonde Voyager (je traduis actuellement le livre de quelqu'un qui a travaillé sur Voyager en vrai, je vous laisse imaginer l'émotion). Et puis Kirk et ses coéquipiers sont revenus dans l'Enterprise et sont repartis explorer l'univers (il n'a pas dit "where no man has gone before" mais un "over there, that way" très amusant), l'écran a affiché une phrase du genre "le voyage de l'humanité ne fait que commencer", j'ai vu "Conseiller scientifique: Isaac Asimov" dans les titres de fin et j'ai perdu connaissance, c'était TROP. 💖💖
Une seule critique: Star Trek a beau être une saga humaniste et égalitaire, les filles sont très en retrait. Dans ce film, ils auraient notamment pu éviter de mettre le personnage d'Ilia en tunique ras-des-fesses et talons aiguilles... 😒

Du côté des séries

Rien. Comme le mois dernier, je garde cette catégorie dans le billet juste pour me mettre la pression. ^^

Du côté des BD


J'ai lu les quatre volumes des Dinosaures en bande dessinée (pour rappel, je vous avais déjà parlé du premier volume ici). C'est vraiment très bien, je recommande, quel que soit votre âge. Les informations sont précises et les histoires sont amusantes (par exemple, il y a la présence récurrente du petit Compsognatus qui a tendance à se faire écraser ou manger par des dinosaures de plus grande taille ^^). Chaque tome est aussi complété par un dossier sur un chantier de fouilles ou une espèce de dinosaure, avec des interviews de spécialistes ou une description de musée. J'attends donc la sortie du cinquième volume avec enthousiasme.

Du côté des revues


J'ai lu le Mad Movies Classic sur la saga Jurassic Park. Passionnant et très complet, comme toujours. Ces magazines sont de véritables puits de culture!

J'ai aussi lu un vieux Faeries dont le dossier était consacré à David Eddings. Les nouvelles étaient très moyennes, je n'en ai aimé qu'une (Le Sommeil des héros de Fabrice Anfosso, une pièce de théâtre super efficace). Le dossier, par contre, était super intéressant et m'a presque donné envie de redonner une chance à Eddings – j'ai lu un de ses livres il y a fort longtemps et je n'ai pas aimé.

En fin de mois (ou plutôt début décembre, ce numéro étant arrivé très tardivement ^^), j'ai lu mon Cheval Mag adoré, comme d'habitude.

That's all, folks!
À dans un mois pour la dernière gamelle de 2018!

vendredi 30 novembre 2018

L'histoire des botanistes de Leningrad

Étant complètement débordée de travail en ce moment et à peu près incapable de lire plus de quinze minutes par jour, je vous propose aujourd'hui un interlude non littéraire. Est-ce que ça vous dit de découvrir le triste sort des botanistes de Leningrad, l'actuelle Saint Petersbourg?

Mes informations sur cette histoire proviennent principalement du livre que je traduis actuellement (je ne peux pas vous en parler pour des raisons de confidentialité, mais c'est une source fiable 😊), mais aussi de mes propres recherches sur le sujet.

Pendant les années vingt et trente, Nikolaï Vavilov, un botaniste soviétique, a parcouru le monde à la recherche de graines anciennes, qu'il a réunies dans l'Institut de botanique de Leningrad. Il souhaitait améliorer les cultures pour lutter contre la faim et espérait trouver les ancêtres des variétés vivrières de son époque. C'était un scientifique tout à fait sérieux. Malheureusement, Staline préférait Lyssenko, un botaniste autodidacte qui prétendait pouvoir obtenir des variétés résistantes au froid beaucoup plus vite que Vavilov, notamment en trempant les grains de blé dans l'eau froide (!). (Apparemment, il croyait que les caractères acquis se transmettent de génération en génération; si une graine de blé résiste à de l'eau glaciale, elle va modifier son patrimoine génétique et ses descendants seront d'emblée résistants au froid.)

Staline étant ce qu'il était, la pseudoscience de Lyssenko est devenue science officielle. Vavilov a été arrêté et est mort en déportation en Sibérie des suites de la dénutrition, ce qui est particulièrement triste pour quelqu'un qui essayait d'éradiquer la famine...

Avant son arrestation, Vavilov avait recommandé à ses collègues de quitter son équipe car il avait bien compris combien il était menacé. Mais certains avaient refusé, voulant continuer leurs recherches malgré le danger, et étaient restés travailler à l'institut. Et puis Leningrad a été encerclée par l'armée allemande en septembre 1941. Je crois que le siège de Stalingrad est plus connu parce qu'il a marqué le retournement de la guerre, mais celui de Leningrad a été tout aussi terrible: presque deux ans et demi de siège et presque deux millions de victimes, majoritairement des civils morts de faim!! Le jour de Noël 1941, 4000 personnes sont mortes de faim...

Barricadés dans leur institut de botanique, les collaborateurs de Vavilov étaient assis sur un tas d'or, ou plutôt un tas de bouffe, ce qui est encore plus précieux en temps de guerre: des milliers et des milliers de graines. Ils auraient pu faire cuire tous ces grains de riz et de blé et manger tous ces fruits à coque pour survivre, ou bien partager tout cela avec leurs proches. Mais ils ne l'ont pas fait. Ils ont poursuivi leur travail. Ils ont continué à cataloguer les graines et à faire des croquis dans le froid glacial pendant que Leningrad agonisait autour d'eux (apparemment, ils ont eu la chance de ne pas être bombardés car Hitler connaissait la banque de semences de Vavilov et souhaitait s'en emparer). Ils mangeaient la même ration que le reste de la population, deux tranches de pain par jour, puis il n'y a même plus eu de pain.

Et ces pauvres botanistes ont fini par mourir de faim les uns après les autres, au milieu de leurs graines... Parce qu'ils pensaient qu'il fallait conserver ce patrimoine génétique pour les générations futures, que ces graines seraient nécessaires à la fin de la guerre pour replanter.

Je trouve ça triste à pleurer et beau à redonner foi en l'humanité, un de ces actes de désintéressement qui forcent l'admiration. (Et tellement russe: tout est toujours plus grand, plus incroyable et plus surhumain en Russie.) L'institut, qui a pris le nom de Vavilov bien plus tard, quand Lyssenko a été sorti de la scène publique par des scientifiques qui ont osé dire qu'il racontait n'importe quoi (après la mort de Staline, bien sûr), existe encore et joue un rôle important dans la préservation de la diversité des variétés vivrières, un thème encore plus important aujourd'hui que pendant les années trente et quarante.

lundi 26 novembre 2018

Nous qui n'existons pas (2018)

Chronique express!


Nous qui n'existons pas est le premier livre de Mélanie Fazi que je lis. Je connais cette écrivain grâce à des articles de blog et j'ai offert un de ses livres à une amie, mais je n'avais jamais franchi le pas – alors même qu'elle écrit du fantastique, mon genre de prédilection! J'ai été très intéressée par cette publication à cause de son titre et de son sujet. Il s'agit d'une sorte d'autobiographie qui fait suite à un article de blog, Vivre sans étiquette. Mélanie Fazi y parle de la différence qui la met "à part" dans notre société et de la manière dont elle a essayé de l'apprivoiser, avec diverses évolutions au cours de sa vie et nombre de difficultés.

C'est très intéressant et très juste, avec une auto-analyse très fine et sobre. Je me suis retrouvée à de maintes reprise dans cette sensation d'isolement et ça m'a fait réfléchir à mes propres travers (un exemple pour vous donner une idée: comment je me moquais de Britney Spears, quand j'étais au collège, à cause de sa volonté affichée de rester vierge jusqu'au mariage. Ce genre de projet de vie peut sembler un peu anachronique, mais la liberté sexuelle n'est pas l'obligation du sexe. Si Britney Spears ne veut pas baiser, c'est son droit). Cet ouvrage fait réfléchir à la façon folle dont les attentes de la société, des autres, sont omniprésentes et implicites même quand les gens ne vont pas jusqu'à vous dire en face certaines choses; ça imprègne toutes les relations et les échanges qu'on a au quotidien. Il faudrait le faire lire à tout un tas de personnes convaincues qu'elles savent tout sur tout... Inversement, il faut vraiment penser à soutenir les gens mal dans leur peau; quand je pense que Mélanie Fazi (que je considère comme une auteure reconnue et une femme intelligente et indépendante, d'autant plus maintenant que je l'ai vue en vrai à une rencontre et un salon) a eu ce parcours difficile tandis que les gens pétris de convictions barbotent dans le bonheur de leurs convictions, misère mais c'est le monde à l'envers...

En bref: un court texte très bénéfique qui m'a donné envie de lire Mélanie Fazi. Du coup j'ai acheté Serpentine. 😁

Allez donc voir ailleurs si cette existence y est!

jeudi 22 novembre 2018

La Proie (1938)

Chronique express!


Dans La Proie, Irène Nemirovsky raconte l'histoire d'un ambitieux, Jean-Luc Daguerne. Jeune, amoureux, il est bien décidé, quand on le rencontre, à épouser la femme qu'il aime et à faire ses preuves dans la vie. "Il se sentait de force à soulever le monde!" Pourtant, suite à une déception amoureuse, cette femme, fille d'un banquier, ne lui semblera plus qu'un moyen de monter dans la société riche et policée qui symbolise à ses yeux le pouvoir et la réussite.

Dès le premier chapitre, j'ai adhéré à ce roman pessimiste et triste. Irène Némirovsky décortique les sentiments et les ressentis avec une lucidité frappante et sans aucun jugement de valeur. On va voir Daguerne saisir les opportunités avec une conscience terrible de ce qu'il fait et ce désir insatiable de réussir, d'arriver, une rage de vaincre que l'auteur associe étroitement à la jeunesse, au désir de vivre, à la volonté d'avoir, à son tour, accès à tout ce que la génération précédente a eu. Et pourtant, le bonheur n'est pas au rendez-vous. Le bonheur n'est jamais au rendez-vous, il fuit ailleurs. Je me suis retrouvée dans ce roman plein d'un gâchis immense. Moi aussi, je voulais réussir et j'ai l'impression que je n'arriverai jamais à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit car à chaque étape je me retrouve aussi seule et gelée qu'à l'étape précédente. À la réflexion, il y a aussi quelque chose de Gatsby ici, mais dans un genre bien différent (Gatsby, au moins, a misé sur ce qu'il fallait). Comme toujours, Irène Nemirovsky parle de la perte de la jeunesse et de l'énergie qui l'accompagnait, c'est un vrai crève-cœur (peut-être même trop d'ailleurs, je crois connaître des personnes qui ont passé la soixantaine et qui vivent ça bien). Et bien sûr ça se termine mal. Voilà.
"On passe sa vie à se battre, haletant, désespéré. On se croit vainqueur, mais toutes les humiliations, tous les échecs, toutes les déceptions, les désastres, tout cela reste en vous, attend, et, un jour, remonte et vous étouffe, comme si la faiblesse de l’enfant veillait au cœur de l’homme, prête à le vaincre, prête à l’abattre."

dimanche 18 novembre 2018

All Through the Night (1998) + He Sees You When You're Sleeping (2001)

Mary Higgins Clark est une autrice que je connais de nom depuis longtemps (forcément: d'après sa page Wikipédia, elle a vendu 80 millions de livres rien qu'aux États-Unis! 😀) mais que je n'ai jamais lue. Je dois dire que j'avais un a priori assez négatif, du type "c'est du policier-Harlequin". Quand j'ai vu ces petits livres dans la bibliothèque d'une amie, je me suis dit que c'était l'occasion d'essayer. C'est parti pour une petite excursion dans le formidable monde de Noël, un peu avant l'heure.


All Through the Night (1998)

Ce mystère de Noël réunit deux intrigues: d'une part un mystérieux testament qui prive une dame âgée de sa maison, sa sœur ayant laissé la demeure à un couple de locataires, et d'autre part la recherche d'un bébé abandonné devant une église sept ans plus tôt. Bien évidemment, les deux sont liés; après l'école, la petite fille abandonnée est gardée par une association caritative qui allait emménager dans la maison en question. Alvirah, une vieille dame à qui on ne la fait pas, mène l'enquête sur le testament, rencontre la maman à la recherche de son enfant et résout les deux intrigues entre une séance de dictaphone et une tranche de gâteau, le tout dans une ambiance résolument tournée vers Noël puisque nous sommes en décembre et que tous les personnages ou presque s'occupent du spectacle de Noël des enfants de l'association.

Alors, mon verdict? Bein c'est pas mal. C'est effectivement simple et lisse, avec plein de bons sentiments et une société très policée (la New York bien WASP de Central Park avec gala à la fin), tout le monde est beau et gentil et il n'y a guère de suspense puisqu'on comprend dès l'introduction, au vu du ton, que OUI la malheureuse maman qui abandonne son bébé finira par le retrouver et que OUI les enfants défavorisés du quartier pourront profiter de la belle maison qui leur a été léguée. Mais c'est agréable, on rentre dedans tout de suite, ça se lit tout seul et plusieurs personnages sont pas mal caractérisés du tout, notamment Alvirah (apparemment un personnage récurrent de l'auteur), ce qui fait qu'on les cerne et qu'on les aime bien tout de suite. Donc je comprends assez bien que Mary Higgins Clark vende autant, c'est un type de roman vers lequel on peut revenir très facilement.

He Sees You When You're Sleeping (2001) (écrit avec Carol Higgins Clark)

Ce deuxième roman de Noël montre comment Sterling Brooks, décédé depuis 47 ans, revient sur Terre pour aider quelqu'un. Le conseil qui valide (ou non 😂) l'entrée des âmes au paradis a en effet décidé de le mettre à l'épreuve et de vérifier s'il peut racheter le comportement dont il faisait preuve de son vivant. La personne qu'il devra aider est Marissa, une petite fille de sept-huit ans qui est très triste depuis que son père et sa grand-mère, menacés par des mafieux, ont dû la quitter pour disparaître avec l'aide du programme de protection des témoins du FBI.

Cette deuxième lecture a confirmé ce que j'avais pensé du roman précédent. Il n'y a guère d'enjeu, on sait d'emblée que OUI Marissa aura le bonheur de fêter Noël et son anniversaire (car elle est née le 25 décembre) avec son papa adoré et sa formidable grand-mère et que les horribles frères mafieux qui cherchent à les éliminer seront rattrapés par la justice. Mais le décalage entre Sterling Books, mort depuis 47 ans, et la New York des débuts des années 2000 est plutôt amusant, tout comme le caractère pleurnicheur et grotesque des deux mafieux originaires d'Europe de l'Est qui parlent tout le temps de leur "mama" restée au pays.

En bref: je ne continuerai pas avec Mary Higgins Clark, ce n'est pas une auteure que je recommande particulièrement, mais c'est plaisant et efficace dans son genre. Ça a quelque chose de rassurant, je pense, de lire ces histoires un peu "cozy" où tout est bien qui finit bien et où des sapins gigantesques clignotent joyeusement à côté de la cheminée. Le froid étant enfin arrivé quand j'ai lu ces livres, fin octobre-début novembre, c'était même plaisant de se projeter vers l'image satinée d'un Noël new-yorkais bien comme il faut.

Et vous, avez-vous déjà lu Mary Higgins Clark? Qu'en avez-vous pensé? Connaissez-vous des lecteurs qui l'apprécient?

mercredi 14 novembre 2018

La cuisinière d'Himmler (2013)

Chronique express!


Rose, cuisinière et gérante de restaurant à Marseille âgée de 105 ans, commence un jour à écrire ses mémoires. Depuis son enfance dans l'Arménie des années 1910, elle a eu une vie aventureuse marquée par certaines des grandes tragédies du XXe: le génocide arménien, la Seconde Guerre mondiale et le maoïsme. Les faits sont loin d'être drôles, mais le ton est désopilant: cette femme au caractère brut de décoffrage n'a plié face à rien, trouvant toujours sa force dans le travail (en cuisinant plus que jamais) ou... la vengeance! 😂 Elle n'hésite pas, en effet, à retrouver les coupables et à leur régler leur compte...

Franz-Olivier Giesbert réussit un vrai tour de passe-passe: faire rire avec un livre qui se lit tout seul alors même qu'il est truffé d'horreurs. C'est fou. De lui, j'avais déjà lu Un Pedigree et je n'avais pas du tout aimé; je ne chroniquais pas mes lectures à l'époque et je n'ai pas de souvenirs précis, mais je crois que j'avais trouvé ça très parisien nombriliste. Rien de cela ici, c'est vraiment plaisant, bien maîtrisé et bien documenté à la fois; je ne suis pas une experte mais j'ai eu la nette impression que l'auteur a bien préparé l'aspect historique. Il y a certes, en parallèle de faits très précis, un côté totalement invraisemblable (du genre Himmler qui emmène sa cuisinière française en Allemagne pour l'aider à retrouver sa famille déportée), mais je crois qu'on s'en fiche totalement parce que ça permet à Rose d'être aux premières loges de l'histoire. En plus, elle cite tout le temps les plats qu'elle a servis dans ses restaurants et ça met l'eau à la bouche... 😁

Allez donc voir ailleurs si cette cuisinière y est!