samedi 18 août 2018

Son Excellence Eugène Rougon (1876)

Tigger Lilly et moi continuons tranquillement à relire les Rougon-Macquart de Zola. J’arrive un peu après la guerre puisque Son Excellence Eugène Rougon était notre lecture de juin, mais mieux vaut tard que jamais!


Un roman qui se lit tout seul
Bon, en réalité, je trouve que Zola se lit toujours tout seul, mais j’ai trouvé que c’était particulièrement le cas pour ce sixième tome. Peut-être que les chapitres font la longueur idéale pour mon rythme de lecture? En tout cas, j’ai adoré, alors que j’avais été un peu décontenancée par l’absence d’intrigue lors de ma première lecture.

Les hauts et les bas de la politique
Je viens de parler d’absence d’intrigue, mais ce n’est pas exact; il se passe des tas de choses dans ce roman, c'est juste qu'il n’y a pas de fil conducteur aussi évident que dans les autres. En général, on comprend assez rapidement que tout va virer à la catastrophe et qui va mal finir. Ici, ce n’est pas aussi clair. Zola commence par montrer Eugène Rougon, président du corps législatif, en pleine disgrâce, notamment à cause d’un désaccord avec l’impératrice; il a démissionné de son poste et on ne sait pas ce qu’il va devenir. Le bonhomme (véritable maniaque du pouvoir en réalité) prend tout ça plutôt bien, mais la petite bande de parasites qui gravite autour de lui et qui a absolument besoin qu’il soit très puissant pour tirer des privilèges de sa position ne voit pas la chose du même œil et s’active beaucoup pour le faire rentrer en grâce. L’une d’entre eux, la belle Clorinde, est particulièrement zélée; à l’origine, elle voulait épouser Rougon; étant donné qu’il l’a refusée, elle travaille indirectement à l’avancement de son mari. Le pouvoir va et vient en fonction des alliances et du bon vouloir de l’Empereur et Rougon ne restera pas trop longtemps dans l’ombre.

Son Excellence le géant
Zola lui-même qualifie Eugène de "plus grand des Rougon" et je suis d’accord avec lui. Eugène est rusé et avide de pouvoir comme sa mère Félicité, mais il a la chance d’être à Paris, au plus près du pouvoir politique (et d’être un homme, soyons honnêtes); il n’a aucun scrupule, est impitoyable et ne recule devant rien pour arriver à ses fins (quitte à ne pas révéler un certain attentat et donc à risquer des vies!). Son rêve serait de vivre dans une ferme dont il serait le maître absolu, tous les animaux lui étant soumis. Et pourtant, il semble éprouver une affection réelle pour certaines personnes et il voue une loyauté infaillible à sa bande, même quand cela commence à jouer contre lui.

Clorinde la géante
Clorinde est un des personnages plus grands que nature que Zola sait si bien inventer. Elle est le parfait pendant de Rougon et ne recule, elle non plus, devant rien, tout en étant beaucoup plus limitée à cause de son statut de femme. Mais elle intrigue tellement et travaille tellement dans les profondeurs, tout en usant de sa grande beauté, qu’elle arrivera elle aussi à ses fins. C’est une lutteuse hors pair et j’ai aimé la voir triompher, même si j’aurais préféré la voir lutter aux côtés de Rougon – à eux deux, ils auraient dominé le monde!

Au cœur du Second Empire, l’hypocrisie règne

Après les classes nobles et richissimes de La Curée et le peuple des Halles du Ventre de Paris, ce troisième roman parisien plonge dans la haute société politique du Second Empire. On assiste même au Conseil des ministres de Napoléon III. C’est un monde richissime où l’hypocrisie règne en maîtresse: sous un vernis de respectabilité et une importance considérable accordée à la bienséance et aux manières, chacun joue pour soi et on n’hésite pas à sacrifier les autres – voir la manière magistrale dont Madame Correur fait comprendre à Rougon qu’elle aimerait vraiment qu’il arrête son frère, alors même que les mots qu’elle prononce sont en faveur de son frère! Les retournements de veste de la bande de Rougon sont les plus marquants et osés, mais n’oublions pas le comportement ambigu de l’Empereur en personne. Quant aux mœurs, elles sont plus que douteuses, comme le montrent le collier de Clorinde et le comportement des dames de charité qui lèvent des milliers de francs en vendant des objets anodins et en étalant leurs charmes sur les étals…

Ma lecture est bien trop ancienne pour aller plus loin (et encore, merci les mails de récap échangés avec Tigger Lilly!), mais je recommande ce roman. Il manque d’un souffle épique pour être un très grand Zola mais c’est palpitant – et il est toujours bon de voir les pratiques d’autrefois avec lucidité, ça permet de relativiser celles d’aujourd’hui… ^^


Allez donc voir ailleurs si son Excellence y est!
L'avis de Karine:)
L'avis de Tigger Lilly

mardi 14 août 2018

Cinq leçons sur la psychanalyse (1909) et Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique (1914)

Quand j’étais en terminale et que j’avais la chance de faire sept heures de philo par semaine, Freud était mon philosophe préféré avec Nietzsche. J’aimais leur vision lucide et sans concessions de l’être humain. Du coup, impossible de laisser passer un livre de Freud à seulement 3€… Et cette trouvaille de bouquinerie est plutôt bien tombée puisqu’elle constitue un œuvre très accessible. Malheureusement, j’ai laissé passer bien trop de temps entre ma lecture et ma chronique pour en parler de manière approfondie; je vais donc aller à l’essentiel.


Cinq leçons sur la psychanalyse est la transcription d’une série de conférences données par Freud aux États-Unis en 1909. La psychanalyse était alors très peu connue en Europe et encore moins en Amérique et Freud s’adressait à un public très peu informé sur ses recherches. Cet ouvrage est donc un texte de vulgarisation absolument parfait pour découvrir comment la psychanalyse est née et quelles sont les principales notions de cette science: le lien entre symptômes physiques et troubles psychiques, l’inconscient, le refoulement, le rôle du rêve, la prééminence du désir sexuel, le complexe d’Œdipe et la sexualité infantile (concept novateur et choquant pour l’époque). C’est vraiment par ici qu’il faut commencer si l’on veut lire Freud. C’est extrêmement facile à lire (j’ai même pu lire la première leçon à la plage en plein défilé aérien!) et c’est très court: à peine 70 pages dans cette édition de poche Payot.

Contribution à l’histoire de la psychanalyse est tout aussi intéressant mais m’a moins marquée. Au moment où je rédige ce billet, une bonne dizaine de jours après l’avoir lu, je n’en ai même plus un souvenir très précis. En gros, Freud y retrace l’histoire de la psychanalyse sans rentrer dans les détails théoriques: il parle de son travail, des collègues qui l’ont rejoint, des sociétés de psychanalyse, des journaux qui se sont créés, etc. C’est surtout passionnant pour les "crises" liées à la rupture avec Adler (dont je n’avais jamais entendu parler et qui semble encore plus obsédé par le zizi que Freud ^^) et Jung (que je connais grâce au film A Dangerous Method de David Cronenberg). Après avoir eu le point de vue de Freud, il serait d’ailleurs intéressant de connaître l’avis des messieurs en question. 😉


En deux mots, un ouvrage idéal pour se pencher sur Freud et ses théories. Presque un an après avoir essayé de me remettre à la philo (ici, ici, ici), voilà ma lecture la plus réussie sur le sujet!

vendredi 10 août 2018

Comme un roman (1992)

Chronique express!


Merveilleuse lecture que Comme un roman de Daniel Pennac! Sa réputation le précédant, je dois dire que je m'y attendais un peu... C'est un très bel hymne à la lecture et à tout ce qu'elle apporte aux lecteurs, notamment les plus jeunes, et un essai très humain sur la manière d'amener les jeunes à lire, à la maison et à l'école (Pennac est prof de français). Sans élitisme, sans ce petit air de "m'as-tu vu" si souvent présent chez les écrivains de littérature "blanche" parlant de livres – et qui souhaitent souvent qu'on reconnaisse avant tout combien ils sont cultivés et intelligents... Tout lecteur se retrouvera dans ces pages pleines de simplicité et de bon sens, avec des scènes de cours croustillantes qui rappellent bien des souvenirs de l'école... C'est une lecture indispensable, je pense, pour tout parent ou grand-parent qui est face à quelque chose de formidable, un tout jeune lecteur qui découvre les livres ou un adolescent qui "n'aime pas lire". Et c'est ici qu'on trouve les dix célèbres droits du lecteur, à commencer par celui de ne pas lire. Je recommande chaudement. 💖

Allez donc voir ailleurs si ce roman y est!
L'avis de Grominou

lundi 6 août 2018

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1927)

Chronique express!


Il y a quelques années, j'ai découvert Stefan Zweig avec sa biographie de Marie-Antoinette, que j'avais beaucoup appréciée, et j'étais bien décidée à continuer à explorer son œuvre. Comme souvent, il a fallu du temps, mais c'est enfin chose faite! Vingt-quatre heures de la vie d'une femme est un très court roman, ou une assez longue nouvelle, dans lequel une vieille dame anglaise distinguée décrit une rencontre et une journée qui ont changé sa vie, bien des années auparavant. C'est la disparition d'une jeune femme tout à fait respectable ayant pris la fuite avec un inconnu qui la pousse à se confier à l'un des autres résidents de son hôtel de la côte d'Azur, notre narrateur. J'ai beaucoup apprécié ce récit tout en finesse mais aussi brut de décoffrage, où les sentiments débordent et se succèdent à une vitesse déconcertante, portés par une plume élégante. Ce n'est pas aussi inoubliable que je le pensais, ce n'est pas forcément un chef d’œuvre, mais c'est une belle lecture de qualité qui vous emporte pendant une heure, et c'est déjà beaucoup.

Cette édition du Livre de Poche comprend aussi un dossier très intéressant sur la vie de Zweig.

Traduit de l'allemand par Alzir Hella.

Allez donc voir ailleurs si cette femme y est!

jeudi 2 août 2018

La gamelle de juillet 2018

Encore un mois passé à la vitesse de l'éclair, à tel point que ce billet est passé en ligne à mon insu. 😂

Sur petit écran

Captain America de Joe Johnston (2011)
Petite révision Marvel. J'aimerais bien revoir Captain America III, mais je voudrais d'abord me rafraîchir la mémoire sur les opus précédents. Ce film n'est pas formidable mais présente des éléments intéressants, notamment le personnage adulte et réfléchi (voir sa réponse très posée à la question "do you want to kill some nazis?") et le fait de montrer comment l'armée récupère ses gestes pour sa propagande (avec un passage croustillant sur sa tournée triomphale). Pour la cohérence de l'univers Marvel, on notera la présence du Tesseracht et la référence à Odin (si je ne me trompe pas), la disparition de Crâne Rouge qui laisse supposer qu'il soit juste parti ailleurs (et on l'a justement retrouvé dans Infinity War) et la présence de Bucky, le futur soldat d'hiver, dont j'avais totalement oublié la présence ici.

Anonymous de Roland Emmerich (2011)


Ce film sur Shakespeare (ou plutôt sur la véritable identité de Shakespeare) est très ambitieux, voire trop; on a du mal à s'y retrouver avec les nombreux flashbacks. Je l'aime toutefois beaucoup pour son côté tragique et désespéré et je vous en avais parlé à l'époque de sa sortie. À voir ne serait-ce que pour constater qu'Emmerich peut faire autre chose que de la destruction de masse... Attention toutefois, sans sous-titres, il est très difficile de suivre la VO, d'autant plus qu'on y cite beaucoup Shakespeare!

Miss Peregrine's Home for Peculiar Children de Tim Burton (2016)
Un film sympathique, pas inoubliable pour un adulte mais certainement marquant si on le voit pendant l'adolescence (je pense par contre qu'il donnerait des cauchemars à des enfants). Eva Green est absolument formidable. Tim Burton ne brille pas par sa réalisation, mais au moins il ne met pas en scène une énième fois un Johnny Deep bizarrement accoutré. ^^

The Emperor's New Groove (Kuzco, l'empereur mégalo) de Mark Dindal (2000)


Ce dessin animé provoque chez moi une grande hilarité. Mention spéciale pour Yzma, mon méchant Disney préféré de tous les temps. 😍

Sur grand écran

Love, Simon de Greg Berlanti (2018)
High School Musical sans les chansons et avec un homosexuel en personnage principal. 😂😂😂 Je vous jure, c'est tout aussi lisse et propre sur soi qu'High School Musical, avec le même type d'ado parfait, doté d'un caractère déjà très marqué et caractérisé, dix fois plus réactif et intelligent qu'un vrai ado et vivant dans une banlieue richissime! Bon, j'imagine que c'est bon signe si quelqu'un, quelque part, a décidé de produire ce film, ça doit vouloir dire que le public cible peut s'identifier à un personnage homo. Mais, passé vingt ans, je ne sais pas trop ce que le film peut vous apporter à part quelques éclats de rire. Et un peu de papillons dans le ventre à la fin, quand même, parce que l'Amour c'est bôôô.

Hotel Artemis de Drew Pearce (2018)
Drôle de film au potentiel jubilatoire mais qui pèche un peu dans sa réalisation et son envie de trop en faire. J'ai beaucoup aimé l'idée de l'hôtel réservé aux criminels et géré par une infirmière terrifiée par l'extérieur (Jodie Foster), l'ambiance sale et crépusculaire et les combats, mais l'intrigue liée à la policière est inutile, certaines séquences cumulent trop d'éléments et perdent en naturel et le tout laisse un goût de pas assez.

Et le reste

J'ai lu un hors-série de passionnant de Lire sur le Trône de fer (merci, Vert!). Je l'ai dévoré et j'ai respiré Trône de fer pendant deux jours, jusqu'à en rêver la nuit! Heureusement, je n'oublie pas pourquoi je n'ai pas fini la série et je ne risque donc pas de replonger dedans -- et de toute façon, on ne me reprendra plus à commencer une série non terminée... ^^

J'ai aussi lu un petit bouquin sur Marilyn Manson que j'ai déniché dans une bouquinerie, complètement enterré sous d'autres bouquins. C'est assez drôle de replonger dans la vie d'un artiste qui m'a énormément marquée, d'autant plus que ce livre a été publié en 2002, avant la sortie de The Golden Age of Grotesque, album qui m'a vraiment fait plonger dans l'actualité du groupe. Tout ça sent bon les années quatre-vingt-dix et m'a donné envie de ressortir mes CD...💞

En fin de mois, comme d'habitude, j'ai lu Cheval Magazine.


Bel été chers lecteurs et rendez-vous à la rentrée!

dimanche 29 juillet 2018

La Pierre et le sabre (1935)

Roman de cape et d’épée, La Pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa décrit de manière très romancée la vie de Myiamoto Musashi, célèbre escrimeur et samouraï japonais du XVIIe.


Je découvrais totalement le personnage ici et il faut bien garder à l’esprit que cette œuvre est largement fictive, mais on peut dire que c’est le d’Artagnan japonais: sûr de lui jusqu’à l’arrogance, décidé à faire ses preuves par les armes, combattant hors pair, Musashi (d’abord appelé Takezō) navigue d’ennui en ennui dans un Japon enfin pacifié après de longues luttes entre seigneurs (la bataille de Sekigahara, sur le champ de laquelle s’ouvre le roman, marqua le début de l’ère d’Edo). Comme je ne connais rien à l'histoire du Japon, je découvrais totalement cette période historique et les enjeux associés, notamment le passage de pouvoir des samouraïs aux commerçants, la classe guerrière étant beaucoup moins puissante que précédemment.

Comme chez Dumas, le roman a été publié en feuilleton et est truffé de rebondissements, à tel point que j’ai rapidement saturé. Il m’a été laborieux de lire ces 780 pages grand format dans lesquelles chaque paragraphe est susceptible de contenir un retournement de situation ou un comportement tout à fait incohérent ou irrationnel qui provoque encore plus d’ennuis aux personnages...

À part Musashi, on suit les aventures de Matahachi, le jeune homme avec lequel il a quitté son village pour partir à la guerre (et qui aura le parcours inverse, cumulant les mauvaises rencontres et se condamnant lui-même par sa paresse et son incapacité à se remettre en question), d'Osugi, la mère de Matahachi décidée à décapiter Musashi pour rétablir l’honneur de sa famille, d'Otsu, la fiancée de Matahachi qui tombe finalement amoureuse de Musashi et passe son temps à le chercher partout et à pleurer, d’Akemi, une jeune fille également amoureuse de Musashi, et de Jōtarō, grand enfant naïf et impulsif et premier disciple de Musashi.

Une lecture laborieuse, donc, dont je suis venue à bout rapidement car j'étais en vacances et pouvais donc lire longtemps. En temps normal, je l'aurais sûrement traînée pendant des semaines, vu mon manque absolu d'empathie et d'intérêt pour les personnages... Je ne lirai donc pas la suite – car, oui, il y a une suite, un deuxième tome intitulé La Splendide lumière et tout aussi long! À réserver, je pense, aux passionnés d'histoire et de culture japonaises...

Ce roman a été traduit de l'anglais (oui, de l'anglais, pas du japonais, j'ignore pourquoi; il n'y avait pas de traducteur japonais-français quand Balland l'a publié en 1983?!?) par Léo Dilé et il constitue, avec ses 780 pages, ma deuxième participation au challenge Pavé de l'été de Brize.


mardi 24 juillet 2018

Le charme discret de l'intestin (2014)

Le titre d’un livre a une importance primordiale pour son avenir. Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders en est un parfait exemple: franchement, comment peut-on résister à un titre pareil? 😂


En plus, ce livre est tout à fait intéressant et son succès est justifié. Il est vrai qu’on s’intéresse peu à l’intestin, le genre d’organe qu’on ne tient pas en grande estime et dont on ne s’occupe que quand ça va mal. On prend tous plus facilement et volontiers soin de notre coeur ou de nos poumons. Et pourtant, il est, comme tous les organes, absolument indispensable à notre survie. Et d’une complexité remarquable. Giulia Enders nous fait voyager de la bouche à l’anus avec beaucoup d’humour. De quoi prendre mieux conscience de ce qu’il se passe quand on avale quelque chose, comme le saucisson que je grignote au moment même où je rédige ce billet...

L'humour forme malheureusement aussi un défaut de ce livre. À force de faire des blagues, c’est un peu lourd; pas une page ne passe sans jeu de mots ou image rigolote. On étouffe un peu. Un autre problème: parfois, la vulgarisation est telle qu’on ne comprend plus très bien. Il y a tellement de comparaisons entre les cellules et les ouvriers d’une usine, ou entre la paroi de l’intestin et je ne sais pas quoi, que ce n’est plus très clair… Et parfois, cela introduit même de fausses idées, comme l’impression que les "bonnes bactéries" font exprès de nous aider en s’activant dans l’intestin; non, elles font ce pour quoi elles sont programmées parce qu’elles sont programmées pour, elles n’ont absolument pas conscience de vivre dans un intestin humain et de jouer un rôle positif pour leur hôte.

Si on garde ces petites réserves à l’esprit, cette lecture est tout à fait plaisante et fort enrichissante. Je recommande toutefois de le lire assez rapidement, de peur d’oublier en cours de lecture (ou de digestion ^^) ce qui a été dit précédemment. J’étais partie pour lire ce livre aux toilettes (HAHAHAHAHAHAHAHAHA) mais ça ne m’a pas réussi, j’ai complètement zappé ce que j’ai lu, tandis que j’ai mieux compris et retenu la deuxième moitié, que j’ai lue d’une traite en vacances.

Traduit de l'allemand par Isabelle Liber.

Allez donc voir ailleurs si cet intestin y est!
L'avis de Vert

jeudi 19 juillet 2018

Gagner la guerre (2009)

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski m’a été prêté il y a pas moins de trois ans. S’il est resté aussi longtemps dans ma pile à lire, c’est à cause de sa taille conséquente (982 pages dans cette édition Folio SF) et parce que j’avais lu qu’il s’agissait d’un roman au style assez recherché. Je voulais être sûre d’avoir le temps de le lire correctement, sans perdre le fil en avançant de quelques pages seulement par jour. Quand je l’ai enfin commencé, en vacances, je n’ai pas été déçue: je l’ai lu en une semaine avec un enthousiasme considérable et l’envie permanente de le retrouver!


L’intrigue est en effet extrêmement prenante. On suit Benvenuto Gesufal, un assassin missionné par son patron, le Podestat de la République de Ciudalia, pour tuer un rival politique. Ciudalia vient de gagner la guerre contre Ressine grâce à sa victoire sur les mers, mais la lutte continue en coulisses avec des intrigues politiques très fines. Tout le monde manipule tout le monde et cherche à tirer son épingle du jeu, le Podestat en tête… Quant à Benvenuto, cette mission va entraîner des ramifications fort complexes, d’abord à cause de la deuxième mission associée à celle que j’ai mentionnée et ensuite à cause des conséquences sur la ville de Ciudalia. L’assassin discret va devenir un homme public bien malgré lui et vivre des aventures absolument palpitantes pour le plus grand plaisir de son lecteur. Entre combats à l’épée, intrigues politiques, sorcellerie, trahisons, doubles jeux et missions secrètes, on ne s’ennuie pas une seconde! Le tout dans un univers extrêmement riche rappelant à la fois la Venise de la Renaissance et la Rome de Jules César.

Au-delà des évènements à proprement parler, ce roman est absolument addictif à cause de sa rédaction très particulière, avec un style extrêmement riche, à la fois érudit, parlé et vulgaire, un brin moyenâgeux et élégant. C’est très difficile de le décrire et je vais donc citer un passage trouvé quasiment au hasard: "N’empêche que dans l’immédiat, les élans compassionnels, ça relevait du luxe. Avant tout, il s’agissait de tirer ma jolie petite gueule de ce guêpier; et les consignes que j’avais reçues de mon patron me semblèrent soudain pleines de désinvolture, tandis que quinze moricauds bardés d’airain tournaient lentement leurs faciès de singe vers votre serviteur."

Dans mon enthousiasme, j’ai tout de même relevé quelques petites réserves, mais rien de très grave. J’y ai trouvé une certaine longueur, la partie à Ciudalia s’éternisant un peu; ça reste prenant mais j’ai resenti une certaine perplexité. Je pense aussi que l’auteur est allé un peu loin en mettant soudain en scène des elfes. J’ai trouvé que cet élément tellement cliché de la fantasy détonnait dans cet univers si soigné, où l’on sent que l’auteur a mis en place une histoire complexe (culturellement et politiquement). Par ailleurs, je n’ai pas du tout compris qui a commis certains meurtres à la fin; (divulgâcheur) certains membres des Mastiggia étaient morts avant que Benvenuto ne s’approche d’eux, mais qui les a refroidis?

Pour finir, je soulignerai ce qui me semble être le seul véritable problème de ce livre (les réserves que j’ai émises ci-dessus sont, justement, des réserves; elles ne ternissent pas l’ensemble): le sexisme virulent. Les femmes sont pratiquement absentes; Benvenuto les qualifie uniquement de gueuses, de pucelles ou de pestes (et aucun personnage masculin n'émet une opinion différente); elles n’ont pas d’éducation et pas de rôle politique; elles sont forcément la femme ou la fille d’un homme plus important qu’elles (et dont l’existence leur accorde leur seul intérêt); on peut leur dire en face "vous n'êtes qu'une femme"; et une scène de viol assez épouvantable passe comme une lettre à la poste, sans aucun recul de la part du narrateur ou de son auteur. Je vois d’ici qu’on me traitera de bien-pensante et qu’on me dira que l’auteur a imité le contexte historique qui l’a inspiré; mais quand on met en scène des elfes, franchement, on n’est pas dans l’historique mais dans l’imaginaire, et on n’est pas obligés de respecter le sexisme de la Rome antique ou de la Venise du XVe.…

À l’exception de ce dernier point, Gagner la guerre a été vraiment une lecture formidable, et j’ai sérieusement regretté d’avoir tardé trois ans à le lire. Je recommande!

Cette lecture marque ma première participation au challenge Pavé de l'été de Brize.


Allez donc voir ailleurs si cette guerre y est!