mercredi 24 avril 2019

Bonjour tristesse (1954)

J'entends parler de Françoise Sagan depuis longtemps par une amie qui l'apprécie beaucoup (elle en parle par exemple ici et ici). Il y a quelques années, elle m'a prêté Aimez-vous Brahms, dont quelques passages m'ont marquée mais dont j'ai largement oublié l'histoire. Avec Bonjour tristesse, j'ai découvert le roman qui a révélé et lancé Sagan, alors âgée de 18 ans.


Après son baccalauréat, qu'elle a raté, la jeune Cécile passe l'été dans une ville au bord de la Méditerranée en compagnie de son père, qu'elle ne connait réellement que depuis sa sortie de pension deux ans plus tôt, et la maîtresse de celui-ci, Elsa. Les journées sont consacrées à la paresse et au plaisir. Cécile flirte avec un voisin un peu plus âgé qu'elle, Cyril. C'est une période sans nuage, jusqu'à ce que son père invite Anne, une amie qui mène une vie bien différente de la leur: élégante, intellectuelle, Anne est bien plus mesurée dans son mode de vie et beaucoup moins "frivole". Pour Cécile, c'est le risque de voir sa belle insouciance s'évaporer.

"Je courus vers la mer, m'y enfonçai en gémissant sur les vacances que nous aurions pu avoir, que nous n'aurions pas. Nous avions tous les éléments d'un drame: un séducteur, une demi-mondaine et une femme de tête."

Commençons par quelques réserves. Je n'ai pas été tout à fait enchantée par le style de Sagan. J'ai trouvé quelques phrases lourdes ou sans queue ni tête, comme si la narratrice passait du coq à l'âne ou terminait son paragraphe par une réflexion n'ayant aucun lié avec les phrases précédentes. Par ailleurs, le roman est aussi assez fortement ancré dans son époque, avec une répartition des rôles homme-femme assez conservatrice (la narratrice va même jusqu'à dire qu'elle "s'en remet" à son amant pour ne pas tomber enceinte et que celui-ci trouve cela naturel...).

Au-delà de ces réserves, toutefois, c'est un petit livre très intéressant et  fin. Les relations humaines en général et amoureuses en particulier sont analysées avec une justesse remarquable. L'insouciance et la légèreté de la narratrice et de son père, l'amour d'Elsa, la découverte du plaisir charnel de la narratrice (plaisir charnel indépendant de l'amour au sens sentimental), la retenue presque glaciale d'Anne, l'inquiétude de la narratrice face à la fin de la vie de fête qu'elle a menée jusque-là, tout est criant de vérité et d'une grande lucidité. Et donc plutôt triste: quand on va jusqu'au bout des motivations de l'être humain, on ne trouve que rarement de jolies choses.

À l'époque, je crois que Bonjour tristesse a pas mal choqué, vu que Sagan parlait de sexualité féminine sans filtre (pas qu'il y ait des scènes érotiques, mais la narratrice parle de son plaisir sans s'en cacher). Cet aspect n'est plus aussi choquant aujourd'hui; comme me l'a dit mon amie, "ça n'empêche plus personne de dormir", mais c'est intéressant de voir ça. Ça m'a rappelé qu'il faudrait décidément que je lise L'Amant de Duras, un jour.

Pour ma part, j'y ai aussi trouvé une certaine vision de la jeunesse, une sorte de rêve d'insouciance dont on sait qu'il est impossible, comme le dit la narratrice dans la citation que j'ai mise plus haut, sur ces vacances qui auraient pu être. Tout est dans le "aurait pu". On ressent une nostalgie de quelque chose de non-existant. Je pense que j'aurais adoré lire Sagan quand j'étais au lycée, il y a quelque chose d'un peu torturé dedans, de jeunesse brûlée, qui m'aurait parlé. Une certaine nostalgie des années cinquante aussi, d'un monde où on ne parlait pas de terrorisme et de chômage, où l'Occident semblait profiter de la vie sans se poser trop de questions, le conflit mondial déjà oublié (et la guerre froide? Quand on lit ou regarde des œuvres de l'époque, c'est souvent comme si elle n'existait pas) (tout comme, un jour, les gens croiront en regardant les comédies romantiques des années 2000 et 2010 que l'Occident n'avait pas peur du terrorisme à cette période, je sais, je sais). Ce roman m'a aussi rappelé Le Mépris de Moravia, un livre qui parle également d'une relation amoureuse complexe sur un ton tristement lucide et fataliste, à la même époque et dans un contexte tout aussi ensoleillé si ma mémoire est bonne. (Je n'ai pas chroniqué Le Mépris, mais je vous ai parlé de Moravia ici et ici.)

En bref: une belle découverte, même si ce n'était pas non plus la lecture la plus marquante de l'année. Je recommande de lire Sagan au moins une fois pour connaître une des principales femmes de lettres du XXe siècle français. En plus, Bonjour tristesse est un livre court, un atout pour les plannings de lecture chargés! 😃

vendredi 19 avril 2019

La femme au carnet rouge (2014)

Il y a plusieurs années, j'ai lu Le chapeau de Mitterrand pour le comité de lecture de ma médiathèque (vous pouvez lire mon avis ici) et j'ai apprécié cette lecture légère et amusante. Du coup, je n'ai pas hésité à relire Antoine Laurain quand un autre de ses livres, La femme au carnet rouge, a croisé mon chemin.


La femme du titre est Laure. Un homme lui a volé son sac alors qu'elle rentrait chez elle après une soirée. Sans clés, sans téléphone et sans argent, elle ne peut que demander à l'hôtel voisin de son appartement de lui laisser une chambre en attendant qu'elle puisse faire les démarches nécessaires le lendemain. Malheureusement, elle tombe dans le coma pendant la nuit à cause d'une blessure à la tête, reçue quand elle a essayé de retenir son sac pendant le vol.

Le lendemain, Laurent, un libraire parisien, retrouve le sac abandonné sur une poubelle. N'ayant aucun moyen d'identifier sa propriétaire (il n'y a pas de papiers ou de nom à l'intérieur), il essaye de comprendre de qui il s'agit à partir du contenu du sac: un parfum, un roman de Patrick Modiano dédicacé par l'auteur, un porte-clés, des photos et un carnet rouge (celui qui donne son titre au roman).

Je suppose que vous l'aurez compris, on tourne autour d'une histoire d'amour un peu particulière. Laurent est plus ou moins tombé amoureux d'une femme qu'il ne connaît pas, Laure ne sait même pas que Laurent existe. Ce n'est pas, de base, mon genre de lecture, mais j'ai apprécié. Je suis rentrée dedans avec une facilité déconcertante par un jour de grillage de neurones exceptionnel où même Zola, qui est pourtant mon auteur fétiche, me tombait des mains. Tout est ancré dans le monde réel, ce qui rend l'identification très simple.

Je reprocherai à l'auteur quelques remarques bateaux sur les relations hommes-femmes (avec en outre quelque chose de vraiment flippant quand Laurent entre dans l'appartement de Laure, quelque chose de près du stalking dont je n'ai pas su quoi penser), mais sinon ça se lit avec une certaine tendresse pour ces personnages sympathiques et un peu seuls. Le fait que les dialogues ne soient pas matérialisés par des retours à la ligne est un peu surprenant mais me semble rendre les enchaînements encore plus vivants, comme dans une vraie conversation.

En bref: une lecture plaisante, certes pas inoubliable, mais plaisante. Si vous aimez Patrick Modiano, lisez ce livre, le monsieur fait une apparition. ^^

dimanche 14 avril 2019

Les BD du premier trimestre 2019

Ma lecture de bandes dessinées ayant "explosé" depuis que mon copain est libraire, j'ai décidé de parler de bandes dessinées dans un billet dédié, une fois par trimestre a priori, au lieu de les citer dans mon récapitulatif mensuel. Retour sur les lectures de ce début d'année.

(Je précise que je mets "explosé" entre guillemets parce que bon, quatre BD en trois mois, c'est pas beaucoup. Mais avant c'était quatre en un an, vous comprenez. 😉)

Crapule 2 de Jean-Luc Deglin (2018)


J'adore les strips de ce "petit chat noir, tout maigre, avec des yeux globuleux" et de sa maîtresse. C'est drôle et tendre; c'est le quotidien d'une fille qui vit seule avec son chat et je m'y retrouve beaucoup. Le dessin en noir et bleu rend très bien dans sa simplicité même. Je vous ai touché deux mots du premier tome ici. Je lirai la suite s'il y a un troisième tome.
Éditeur: Dupuis.

Mimo. Sur la trace des dinos (2011) et Mimo II. Les dinos des antipodes (2016) de Mazan, Dethan, Allain et Ournepiche


Deux adorables bandes dessinées sur Mimo, un ornithomimosaure du sud de la France. C'est mignon tout plein et très documenté; en effet, l'histoire n'occupe que la moitié du volume, le reste étant dédié à des explications sur les dinosaures, des présentations d'espèces ou de spécialistes, la descriptions de fouilles... C'est très intéressant pour un adulte et certainement irrésistible pour un enfant. J'aurais adoré lire ça quand j'étais petite.
Éditeur: Eidola.

Les dinosaures en bande dessinée 5 de Plumeri et Bloz (2019)


J'ai lu avec grand plaisir le dernier-né de la série des Dinosaures en bande dessinée, dont je vous ai déjà touché deux mots ici et ici. C'est drôle, c'est bien documenté, c'est joliment dessiné. Je suis décidément très fan. À noter: Trix, la tyrannosaure qui a été exposée au Muséum d'histoire naturelle, fait deux apparitions ici. 😊
Éditeur: Bamboo.

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu (2019)
 

Un chat, un chien, un hamster et une perruche se confient à un jeune homme, que l'on pourrait presque prendre pour un psychologue pour animaux, tout en préparant un petit baluchon. Le dessin est très beau, simple et sobre, avec des formes rondes et douces (à l'image de la couverture). Je ne peux pas vous en dire plus car l'intrigue tient en peu de mots. Sachez seulement que j'ai lu cette bande dessinée en quelques minutes tellement elle est courte et que j'ai pleuré bien plus longtemps. Ça m'a tout simplement déchiré le cœur. C'est une petite pépite d'humanité et un très beau texte qui parlera à n'importe quelle personne ayant un minimum d'amour pour les animaux. Je recommande très, très chaudement... en prévoyant quelques mouchoirs, donc.
Cette bande dessinée est coréenne, mais je ne trouve le nom du traducteur ou de la traductrice ni dans le volume papier si sur le site de l'éditeur...
Éditeur: Sarbacane (la maison qui a publié Le dieu vagabond dont je vous ai parlé ici. Décidément une maison de qualité, donc).

Rendez-vous dans quelques mois pour la suite de mes lectures, qui ont commencé en avril avec une biographie de Lovecraft.

mardi 9 avril 2019

La gamelle de mars 2019

Le mois de mars 2019 aura été celui du néant: je ne suis pas du tout allée au cinéma. Je crois que ce n'était jamais arrivé, depuis plus de dix ans que j'ai la carte UGC Illimité. Comme d'habitude, on espère faire mieux le mois prochain... 😂

Sur petit écran

Mulan de Tony Bancroft et Barry Cook (1998)


J'avais extrêmement hâte de revoir ce dessin animé que je crois n'avoir vu qu'une seule fois auparavant. (J'avais treize ans lors de sa sortie et je pense que je m'étais détournée des Disney; je ne suis même pas sûre de l'avoir vu au cinéma.) C'était très bien. On est en effet bien loin des personnages féminins tels que Blanche-Neige et Aurore et c'est plutôt chouette. Le film est drôle et a un beau souffle avec un danger qui dépasse largement l'héroïne; c'est le sort de la Chine tout entière qui est en jeu.

La Reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee (2013)


Retour sur l'immense succès Disney qui a envahi l'esprit des cinéphiles et des parents du monde entier. Je trouve que c'est une belle réussite! Histoire intéressante avec un twist imprévisible (j'ai bien regardé, il n'y a AUCUN indice avant une certaine scène sur un canapé), parcours d'une jeune femme aux prises avec un pouvoir qui la dépasse, valorisation de l'amour non-amoureux, humour, personnages secondaires croustillants. Une seule chose me déplaît dans ce film: la multitude de chansons qui, à l'exception de Let it gooooooo Let it gooooo, me semblent fades et forcées, comme celles de Raiponce et de Gothel dans Raiponce. Mais sinon j'adore. Il va sans dire que je veux un renne et que j'adoooooore Olaf. J'ai chanté. ^^

Avec ces deux films, j'ai fini la vague de Disney que j'ai dû regarder pour mon travail. L'excursion était vraiment formidable et je suis ravie de devoir faire ce genre de "recherches" professionnelles. 😄

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 2 (2019)
En cours...

Et le reste


Côté magazines et revues, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel ainsi qu'un vieux numéro de Bifrost, le n°80 d'octobre 2015, dont le dossier était consacré à Stephen King. Les quatre nouvelles proposées (deux de King, une de Ken Liu et une d'Alyssa Wong) ne m'ont pas trop emballée; celle de Ken Liu était toutefois assez triste. Le dossier, par contre, était enthousiasmant et m'a donné une envie folle de recommencer à lire Stephen King. Cet écrivain est aussi fascinant que cultivé. À noter, un article très complet et positif sur La Tour sombre. 😍

Quant aux bandes dessinées, je vous en parle dans quelques jours dans un billet dédié.

jeudi 4 avril 2019

Bienvenue à Sturkeyville / Bob Leman en VO

Dans le cadre du financement participatif de Bienvenue à Sturkeyville, un recueil de nouvelles de Bob Leman, les éditions Scylla ont offert aux blogueurs et aux journalistes la possibilité de lire l'auteur en VO. Après un peu d'hésitation, j'ai décidé de demander le fichier proposé pour découvrir, moi aussi, cet écrivain dont je n'avais jamais entendu parler. 😕 Le fait que Xavier Vernet, le librairie de Scylla, l'ait découvert assez récemment me rassure un peu sur ce point: apparemment, Bob Leman n'est vraiment pas connu.


Par manque de temps (je me suis réveillée un peu tard!), je n'ai lu que les six nouvelles qui sont actuellement traduites par Nathalie Serval et qui formeront le recueil de Scylla, Bienvenue à Sturkeyville, mais je compte bien lire les autres, ou plutôt essayer de trouver une version papier des textes de l'auteur. Parce que c'était très enthousiasmant, tout ça. C'est la première fois que je demande un service presse et c'était chouette pour commencer.

Loob (1979)
Une belle nouvelle difficile à résumer. D'emblée, le narrateur nous annonce qu'il se trouve dans un monde qui n'est pas le sien et où il n'y a aucune trace de lui. Et il a identifié le coupable de sa présence: Loob
, une sorte d'idiot du village doté de capacités très particulières. Si la ville qu'ils habitent est pauvre et défavorisée, elle n'a pas toujours été ainsi; autrefois, c'était un de ces endroits où personne ne connaît la pauvreté et où tout le monde respecte tout le monde, ces endroits "bien comme il faut" "où il fait bon vivre"...
Un texte efficace, mystérieux, qui pose des personnages très vrais en peu de mots. Il s'en dégage une certaine tristesse et quelque chose d'étourdissant.

Feesters in the Lake (1980)
La légende veut qu'un certain lac soit infesté de feesters, de dangereuses créatures. Quand il était enfant, le narrateur adorait que son oncle Caleb, un conteur hors pair, lui raconte cette histoire. Une fois adulte, il reçoit des nouvelles inquiétantes concernant son oncle, qui semble difficilement se remettre d'une déception amoureuse et finit même par s'installer dans une vieille bâtisse au bord du lac en question, tandis que la ville de Sturkeyville est frappée par une vague de meurtres.
Un texte efficace et sobre qui rappelle forcément Lovecraft, notamment The Shadow over Innsmouth, mais d'une manière résolument différente. C'est difficile à expliquer, mais Bob Leman réussit à faire parler son narrateur comme une vraie personne; parfois, il change un peu de discours pour donner des informations sur quelque chose avant de revenir à son sujet principal; c'est très prenant et facile à lire, tout en ayant une belle puissance évocatrice. Et comme dans Loob, il y a aussi une certaine émotion, quelque chose de très triste.

The Pilgrimage of Clifford M (1984)
Une histoire de vampires (je ne divulgâche rien, on le sait dès le début) plutôt réussie et partant sur un parti pris que je n'ai jamais rencontré. Dans cet univers, non seulement les vampires existent, mais la chose est reconnue officiellement et ils sont même un sujet d'étude. Ce sont d'étranges créatures très semblables à l'être humain, mais avec une espérance de vie bien plus longue et des organes génitaux différents. On commence par quelques paragraphes sur la manière dont la mère vampire élève ses petits, puis on suit le parcours de Clifford M, un vampire qui sera élevé par les humains. C'était triste, encore une fois, et Anne Rice ne renierait pas la quête identitaire de ce personnage. 😉

Olida (1987)

Afin de ne pas divulgâcher l'histoire, je ne vous dirai pas à quel texte de Lovecraft ce texte m'a fait penser. Sachez seulement que c'était hautement lovecraftien, mais sur un ton totalement différent, comme je le disais ci-dessus: le narrateur de Bob Leman s'exprime "normalement", comme une personne quelconque, sans archaïsmes et sans le style presque grandiloquent de Lovecraft. Notre narrateur, cette fois, s'inquiète non pas pour son oncle mais pour son cousin, un vieux garçon d'une soixantaine d'années, qui annonce soudain son mariage avec une femme issue d'une famille très mal vue, une sorte de clan pauvre et dégénéré qui vit dans la montagne. Sa mère ne voyant pas une telle union d'un bon oeil, elle charge le narrateur de le faire changer d'avis, mais ce qu'il découvrira sur son cousin et sur les habitants de ce hameau en ruines ne sera pas facile à avaler.
Encore un texte efficace et sobre, très plaisant, mais j'ai regretté une certaine soudaineté dans les évènements de fin; il m'aurait fallu quelques phrases de plus, je pense, pour expliquer la soudaine action du cousin Dick et la disparition de certaines personnes. Je me suis un peu demandée "mais quand est-ce qu'il a décidé ça, lui? Quand est-ce qu'elle est sortie du décor, elle?" Mais c'est une critique mineure: cette nouvelle reste très bonne. Bob Leman maîtrisait bien son format.

Come Where My Love Lies Dreaming (1987)
Un texte très différent, sans narration à la première personne et sans action particulière. C'est l'histoire d'un veuf qui achète une maison dans laquelle il se sent bien, dans laquelle il se sent aimé, et où la souffrance liée à la mort de sa femme s'estompe enfin. Mais les choses ne sont pas forcément aussi simples ou positives. Bob Leman parle de la souffrance du deuil et d'une certaine obsession qui y est attachée et j'ai adoré. Bien que n'ayant pas ressenti d'émotion forte (je n'ai pas fondu en larmes, en d'autres termes), je me suis complètement retrouvée dans ce texte.

The Time of the Worm (1988)
De l'horreur, de la vraie. Pas de sang ou de boyaux ici mais une possession épouvantable et répugnante: depuis des années, le narrateur vit avec un ver gigantesque qui peut prendre forme humaine pendant la journée et qui contrôle ses moindres faits et gestes. C'est vraiment horrible, intolérable, d'imaginer une chose pareille. Et bien sûr, le lecteur étant encore plus méfiant que le protagoniste, il ne va pas se détendre autant que celui-ci en voyant certains signes positifs... Et à juste titre. L'horreur ne se termine jamais...

Vous l'aurez compris, je sors de cette lecture assez enthousiaste. La seule critique que je pourrais faire à ces textes, c'est qu'ils n'ont pas de style particulièrement élégant/baroque/décadent, quelque chose que j'associe étroitement au fantastique; mais est-ce bien une critique, en fait? Bob Leman a un style moderne, qui va droit au but, et qui fait passer des émotions par sa modernité même. En bref, il est plus proche de la rédaction d'un Stephen King que de celle d'un Lovecraft ou d'une Anne Rice. Et ce n'est pas un problème, c'est même plutôt intéressant, le décalage étant grand entre la manière de penser et de parler de ses narrateurs et les choses auxquelles ils sont confrontés, qui semblent tout droit sorties d'un autre âge. Décidément, les Appalaches, les montagnes de l'est des États-Unis, regorgent d'horreurs... 😈

Le financement participatif de Scylla est ouvert jusqu'à lundi, si je ne me trompe pas, et je ne peux que vous recommander d'y participer pour découvrir cet écrivain, d'autant plus qu'il est traduit par une traductrice plus que chevronnée!

samedi 30 mars 2019

Art Matters (2018)

Chronique express!


Malgré mes déconvenues passées, je décide, de temps en temps, de redonner une chance à Neil Gaiman, principalement parce que tout le monde en dit du bien et que j'ai l'impression de passer à côté d'un des plus grands écrivains d'imaginaire de notre époque. Ici, c'est Vert qui a attiré mon attention sur ce petit recueil de textes écrits par Neil Gaiman et illustrés par Chris Riddell. Credo (2015) est, comme son nom l'indique, un credo, une liste de choses en laquelle Neil Gaiman croit, tournant autour de la liberté d'opinion et probablement influencé par l'attentat de Charlie Hebdo. Why Our Future Depends on Libraries, Reading and Daydreaming (2013) parle des bienfaits de la lecture et de l'imaginaire. Making a Chair (2011) parle du montage d'une chaise, comparé, je pense, à la construction d'un texte. Make Good Art (2012) est un éloge de la créativité et de la ténacité de l'artiste, ainsi qu'un appel à (justement) la ténacité; pour réussir dans l'art, il faut faire de l'art, quoi qu'en pensent les autres.

Bon. Tout cela est positif mais j'en suis sortie complètement déprimée. Ce n'était pas la lecture adaptée pour l'écrivaillonne ratée, dépitée, frustrée et aigrie que je suis (désolée, ça fait apitoiement sur soi, mais c'est vrai). Je me sens à des années-lumière de tous ces conseils de créativité et d'optimisme... 😵 À lire, je suppose, si vous aimez Neil Gaiman ou que vous êtes plus optimiste que moi. 😆

Allez donc voir ailleurs si l'art y est!

lundi 25 mars 2019

Pré-ambules (2001)

Chronique express!


Il y a bien longtemps, la même prof formidable qui m'a fait traduire du Jean-Marie Pelt m'a aussi fait traduire du Yves Coppens et j'ai mis tout aussi longtemps à lire ce monsieur qui semblait fort intéressant. Au hasard de mes achats d'occasion, je suis tombée sur ce bouquin quand la médiathèque du Chesnay a vidé ses étagères il y a deux ans.

Pré-ambules n'est probablement pas une lecture très adaptée pour découvrir Yves Coppens car il s'agit d'une succession d'extraits de préambules écrits pour d'autres livres, c'est-à-dire qu'on ne lit pas un texte unique. Pourtant, ces fragments sont classés de telle sorte qu'il en ressort un livre qui tient la route, avec certes quelques répétitions, mais surtout quantité d'informations intéressantes sur l'origine de l'espèce humaine. En effet, Yves Coppens est paléoanthropologue; son nom vous dit probablement quelque chose car il était l'un des directeurs de l'équipe qui a découvert la célèbre Lucy. Après une première partie un peu technique sur la différence entre la paléontologie et d'autres disciplines, puis une partie assez ennuyeuse sur de grands noms de la discipline (toute une liste d'illustres chercheurs que je ne connaissais pas), viennent deux parties beaucoup plus intéressantes sur l'évolution de l'espèce humaine et la diffusion du savoir scientifique. Cette dernière partie était d'ailleurs très enthousiasmante pour quelqu'un comme moi qui apprécie la vulgarisation scientifique et en vit partiellement, étant donné que je traduis des ouvrages de ce type. Visiblement, le partage de ses connaissances tient très à cœur à Yves Coppens et c'est à son honneur. J'apprécie beaucoup ce genre de scientifique qui ne prend pas le grand public de haut!

En bref, une découverte intéressante et un auteur à redécouvrir avec un livre plus "normal".

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir:
Comme les chevaux de course, ce livre est réformé! 😂

mercredi 20 mars 2019

Chats enchantés (2017)

Chronique express!

Cette couverture!! 💖 Avec les hiboux et la souris... 😍

Il y a quelques mois, je vous ai touché deux mots du livre Des sourires et des chats de Séverine Pineaux et Claudine Glot. Chats enchantés est tout aussi mignon. Je suis juste frappadingue des chats de Séverine Pineaux et de ses jeux de mots félins. Ses dessins mettent de super bonne humeur et font chaud au cœur; c'est un monde plein de douceur et d'espièglerie. Les chats vaquent à leurs occupations comme des humains; par exemple, ils jardinent ou font du tourisme. Mais c'est tellement mieux que notre triste réalité. Je vous mets quelques photos pour que vous preniez bien conscience du degré de mignonnerie de la chose... Il n'y a quasiment pas de texte à lire, c'est vraiment un livre d'illustrations; si vous n'aimez pas ces photos, passez votre chemin. ^^


Chartagnan.
 
Nosfematou. (Ohlàlà l'araignée! Les chauve-souris!! 😍😍😍)