samedi 13 octobre 2018

David Golder (1929)

Chronique express!


Après plus de deux ans de pause, j'ai repris en main Irène Mémirosvky, talentueuse écrivain découverte avec Suite française. David Golder, le roman qui a lancé sa carrière, décrit les derniers mois d'un banquier juif accablé de graves problèmes de santé et financiers, en étudiant notamment ses rapports avec sa femme Gloria et sa fille Joyce, qui ne l'aiment que pour son argent. C'est un vrai concert de plaintes et de reproches poussés par ces femmes oisives et richissimes qui n'ont jamais assez de bijoux et de billets à jeter à leurs amants! 😱 Mais David Golder n'est pas forcément mieux et crache pas mal de venin aussi... L'autre grand thème du livre, c'est la vieillesse et la mort, visiblement une constante chez cette écrivain.

Du point de vue stylistique, ce livre est une réussite, comme d'habitude, grâce à une plume très sobre mais aussi vivante et tranchante. Il n'est pas aussi élégant que Suite française, mais est tout à fait pertinent et je veux bien croire que sa publication ait été remarquée à l'époque.

J'ai précisé plus haut que le personnage principal était juif. En effet, la chose est traitée dans le roman, et pas de la meilleure des manières: c'est un peu la vision du juif avare qui vit par l'argent. J'étais curieuse d'en savoir plus car après l'arrestation d'Irène Mémirosvky, née juive (puis convertie au catholicisme) et tuée à Auschwitz, son mari a essayé de prouver qu'elle était antisémite et/ou soutenait le nazisme, je ne me souviens plus bien... Mais bref il a réuni des extraits de ses œuvres critiquant les juifs pour essayer de la faire libérer. Une tentative déchirante quand on pense qu'il a continué à essayer de la faire libérer bien après sa mort, étant donné qu'il n'avait aucune nouvelle à son sujet et ne savait donc pas qu'elle était morte, mais aussi plutôt horrible... 😕

mardi 9 octobre 2018

Hallowe'en Party (1969)

Chronique express!


Dans un village tranquille, une soirée d'Halloween tourne au drame quand une jeune fille de 13 ans est retrouvée noyée dans une bassine d'eau destinée à l'apple-bobbing (vous savez, ce jeu consistant à attraper des pommes avec les dents sans les toucher avec les mains?). Ariadne Olivier, célèbre écrivain de romans policiers présente à la soirée (et grande amatrice de pommes qui aura désormais bien du mal à en manger 😉), demande l'aide d'Hercule Poirot et lui signale un fait pour le moins étrange. Pendant les préparations de la soirée, la victime, Joyce, a prétendu avoir vu un meurtre des années auparavant. Personne ne l'a crue, mais la chose n'est-elle pas étrange? Poirot se rend sur place et interroge les habitants et les amis de la victime pour en savoir plus. Ce qui est certain, c'est que tout le monde lui répète que Joyce était une menteuse invétérée...

Un Agatha Christie classique (et donc formidable) avec son enquête feutrée où tout tient aux détails et aux relations passées dans un village où tout le monde connaît tout le monde. J'adore. C'est le premier Poirot que je lis après avoir regardé la série avec David Suchet et je dois dire que j'ai vu et entendu Suchet tout du long, même s'il ne parle pas de ses "little gray cells"! 😍 Je n'ai eu que quelques réserves quant à des répétitions un peu grossières, dont je n'ai pas compris si elles étaient délibérées ou des erreurs de relecture. Par contre, c'est un roman "fatigué", avec Poirot et d'autres personnages qui parlent beaucoup d'"avant", cette époque où les choses se passaient autrement, avec quelques remarques tristes ou désabusées qui m'ont rappelé P. D. James (chez P. D. James, il y a toujours des personnages complètement aigris pour critiquer le monde de leur époque). Christie avait presque 80 ans en 1969, peut-être était-elle fatiguée aussi...

Et oui, le thème d'Halloween est de saison, même si ce roman n'est guère halloweenesque au final. 😉

vendredi 5 octobre 2018

La gamelle de septembre 2018

Bien bien... Après un mois d'août bien rempli, la rentrée a marqué la reprise d'une vie culturelle toute relative... 😛

Sur petit écran

Rien, rien, rien.

Sur grand écran

The Meg [En eaux troubles] de Jon Turtletaub (2018)


Bon. La partie avec les humains tenait plutôt bien la route mais on ne voit presque pas le requin et quand on le voit c'est moche. 😔 Ce n'était même pas drôle. Soulignons tout de même que 1/ si ça peut faire comprendre au public asiatique (qui est clairement la cible de ce film) que tuer des requins pour manger de la soupe d'ailerons est con et barbare, ce sera une bonne chose, 2/ l'amour nait entre une Chinoise et un Américain, c'est tellement rafraîchissant par rapport aux couples blanc-blanc, noir-noir et asiatique-asiatique, et 3/ la gamine chinoise est TROP mignonne. 😍

Kin de Jonathan et Josh Baker (2018)


L'affiche promettait un film pour ados avec un élu et des néons. En fait, c'est une espèce de road trip. Le personnage principal est mal dans sa peau et ramasse des matières premières dans les bâtiments abandonnés de Chicago pour les revendre. Son grand frère, de retour de prison, a de sérieux ennuis d'argent. Leur mère est morte avant le début du film et le père se fait tuer par un truand devant le frère aîné et à cause du frère aîné. Du coup, le frère aîné prend la fuite avec notre héros, sans lui dire que leur père est mort. (Sympa.) Le fusil ultra-puissant visible sur l'affiche n'entre en action que dans la deuxième partie du film et ne forme aucunement le moteur de l'intrigue. Il faudra attendre une suite pour vraiment savoir de quoi il en retourne. Je suis très intriguée du coup.

Silence of the Lambs [Le Silence des Agneaux] de Jonathan Demme (1991)


Très contente d'avoir enfin vu "pour de vrai" ce célèbre film (je l'avais vu, certes, mais pas en entier et en papotant, donc l'expérience n'était pas optimale). J'ai beaucoup apprécié. Le film est magistral en lui-même, de par sa mise en scène et son ambiance, et Joddie Foster et Anthony Hopkins sont juste dingues. J'ai aussi beaucoup aimé qu'on parle beaucoup, bien qu'indirectement, du fait que Clarisse est la seule femme dans un monde d'hommes: la manière dont elle est constamment draguée, la perversité libidineuse des prisonniers logeant à côté d'Hannibal Lecter, c'est exactement ce que les réseaux sociaux dénoncent actuellement. Et elle ne se laisse pas démonter, continue malgré le danger et le malaise, et démontre même, au passage et avec une très grande simplicité, que son chef a son rôle à jouer dans la manière dont les autres hommes la traitent.
Pour la petite histoire, j'ai découvert que la danse de Jay sur la chanson Goodbye Horses de Q Lazzarus dans Clerks II est un hommage/clin d’œil au tueur en série adepte de la couture de ce film – qui l'aurait cru.
Il va sans dire que quand je me suis réveillée la nuit après le film et que j'ai pensé au flic éventré sur la cage d'Hannibal, j'ai mis un certain temps à me rendormir. 😂

Equalizer 2 d'Antoine Fuqua (2017)


Un film d'action plus posé et réaliste que l'affiche ne le laissait penser. Malgré quelques maladresses, j'ai plutôt apprécié. La vengeance du personnage de Denzel Washington est doublée d'une réflexion sur ce qui fait un "vrai homme" ("Man ain't spelled g-u-n, son") et du "sauvetage" d'un jeune homme sur le point d'entrer dans un gang. Note pour moi-même: il y a Orson Bean, qui jouait Loren, le commerçant, dans Dr Quinn femme médecin. 😉

Et le reste



Ayant terminé une traduction sur les supernovae avec une bonne semaine d'avance, j'ai ressorti tous mes numéros de Science & Vie parlant d'astronomie pour relire les articles concernés (je dis bien "les articles" – n'allez pas croire que j'ai relu tous les magazines ci-dessus dans leur intégralité 😂) et voir si je ne trouvais pas des formulations ou des termes utiles dans ma traduction. C'était passionnant, et, avec le recul, mes quatre ans d'abonnement à Science & Vie ont bien joué leur rôle, celui de me fournir un minimum de culture scientifique de fond. Mais je comprends très bien que le magazine ait fini par me gaver: le style est vraiment trop enthousiaste, grandiloquent et sensationnel, avec en plus pas mal d'articles rédigés de manière bancale aux yeux d'une professionnelle de la langue. Dommage...



Des sourires et des chats de Séverine Pineaux et Claudine Glot (2014)
J'adore les chats enchantés de Séverine Pineaux et je me suis offert ce livre à moi-même avec les Chèque Lire que j'avais gagnés aux Rencontres de l'imaginaire de Sèvres de 2016. C'est absolument formidable de mignonnerie, je craque complètement. À lire si vous aimez les chats mignons et les jeux de mots félins genre chananas et Matroutetombe. 😍

Une bonne raison par jour d'aimer les chats de Brigitte Bulard Cordeau (2010)
J'ai relu ce petit bouquin reçu en cadeau il y a quelques années. C'est distrayant mais sans plus, et il y a quelques répétitions bizarres qui font qu'on se demande s'il a été relu. Une lecture idéale pour les toilettes, dirais-je.

Les grands espaces de Catherine Meurisse (2018)
J'ai beaucoup aimé cette bande dessinée sur une enfance à la campagne, qui m'a beaucoup chamboulée. Je recommande chaudement. En fait, j'ai trouvé ça tellement bien que je pense l'offrir à quatre ou cinq personnes.

Du côté des revues, j'ai lu mon Cheval Mag habituel, le passionnant numéro d'Historia consacré à l'immigration italienne en France et Translittérature, la merveilleuse revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, dont je suis membre.

That's all, folks!
Rendez-vous début novembre pour la gamelle d'octobre...

lundi 1 octobre 2018

Ghostwritten (1999)

Il y a trois ans (déjà trois ans? comment ça, trois ans?!?), j'ai lu et adoré Cartographie des nuages, le livre de David Mitchell à l'origine du film Cloud Atlas. C'est donc avec enthousiasme que j'ai rejoint Vert pour une lecture commune sur le premier roman de cet auteur, Ghostwritten.

NB: Ma photo ne rend pas honneur à la couverture de Sceptre,
qui elle-même ne rend pas honneur au roman. 😏

Comme cela semble être toujours le cas chez Mitchell, ce livre suit les destins de plusieurs personnages, huit en l'occurrence, dans des chapitres dédiés. Ainsi, le premier chapitre, Okinawa, nous plonge dans l'esprit d'un terroriste japonais attendant de pouvoir refaire surface après avoir participé aux attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995. Le deuxième, Tokyo, présente quelques journées dans la vie d'un jeune disquaire spécialisé en jazz. Le troisième, Hong Kong, nous fait aborder sur le continent et rejoindre un avocat britannique qui partage son appartement avec un fantôme et traîne dans des affaires louches. Viennent ensuite les chapitres Holy Mountain, Mongolia, Petersburg, London, Clear Island, Night Train et Underground, cette dernière partie étant plus une courte conclusion qu'un chapitre à proprement parler.

Je reste délibérément floue sur l'intrigue des chapitres car l'intérêt du roman ne réside pas tant dans les actions de chaque personne (pourtant essentielles) mais dans les rappels entre différentes parties: comment les actions de quelqu'un influencent en bien ou en mal la vie d'un autre, comment un personnage en rencontre un autre, comment un personnage secondaire réapparaît dans une autre partie... et même comment des personnages de Cloud Atlas font leur apparition ici, quelques années avant d'avoir leur propre livre. Des liens jubilatoires, émouvants ou révoltants qui feront le bonheur du lecteur et que j'ai adoré traquer.

L'autre grand intérêt du roman est l'écriture de Mitchell, très sobre et imagée à la fois, un vrai bijou qui fait passer beaucoup d'émotions et d'informations en toute simplicité. Et dire que c'est son premier roman... 😱 Il arrive sans la moindre peine à nous plonger dans des esprits complètement différents les uns des autres, de l'avocat individualiste d'Hong Kong à une vieille dame chinoise terre à terre et pieuse en passant par un présentateur radio américain hilarant. Et tous sont aussi solides les uns que les autres, même si on ne les aimera pas forcément autant en fonction de nos affinités.

Ma seule critique concerne la fin de la partie Clear Island et la toute fin du roman, qui ont un côté grandiloquent qui ne m'a pas plu et qui ne m'a pas semblé coller avec le style et les évènements si fins du reste du livre. Une critique qui ne remet pas en cause la qualité de l’œuvre, toutefois: je recommande chaudement ce roman et je compte bien continuer à lire David Mitchell au fur et à mesure que ses livres croiseront mon chemin!

Allez donc voir ailleurs si ces écrits y sont!
L'avis de Vert