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vendredi 7 novembre 2025

La gamelle d'octobre 2025

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois, hors lecture.

Sur petit écran

Les Sept Samouraïs de Akira Kurosawa (1954)

Dernière étape dans mon parcours "arts martiaux" de l'été, ce grand classique du cinéma japonais, que j'ai regardé parce que je ne sais plus quel bouquin sur les arts martiaux en vantait les combats au sabre, a inévitablement vieilli. Les personnages des paysans sont insupportables et le traitement de la femme est affreux. Cependant, l'ensemble passe plutôt bien. Les sept samouraïs sont hyper charismatiques et classes. L'un d'eux est même assez rigolo et original. En outre, ces personnages racontent, en filigrane, une histoire assez tragique sur leur destin de guerriers. J'y ai vu pas mal de parallèles avec Légende de Gemmell, et je comprends très bien que le film ait été adapté en western: l'histoire s'y prête à merveille. En outre, il y a un propos sur la condition des paysans pauvres (je me suis sentie super mal de me gaver de Dragibus pendant la scène des grains de riz 😭😭😭), et un vrai talent pour mettre en scène l'action sur deux plans (avant-plan, arrière-plan) dans une même scène. J'ai tardé autant que je le pouvais à le regarder, car il dure 3 h 18 et que j'ai un mal fou à regarder des films chez moi, et j'ai fini par le regarder l'avant-veille du jour où je devais le rendre à la médiathèque; mais il mérite le détour.
Les Sept Samouraïs est sorti en 1954, soit la même année que Godzilla; quelle grande année pour la société de production, la Tōhō, et pour le cinéma japonais en général!

Leila et ses frères de Saeed Roustaee (2022)

Recommandé par Tigger Lilly sous mon billet sur Iran Awakening de Shirin Ebadi, ce film iranien met en scène une famille en galère: quatre frères qui n'ont pas un rond, une sœur qui se démène, un père qui ne pense qu'à obtenir le respect de son cousin, une mère qui geint tout le temps. À l'occasion d'un projet d'achat pour monter un commerce où travailleraient les quatre frères, la situation va progressivement imploser. C'était super, très humain, avec des personnages pleins de failles, et une vision poignante de la pauvreté. Merci pour la découverte! Par contre, je n'ai pas bien compris la fin. Lol.
L'avis de Tigger Lilly.

Sur grand écran

Avatar 2: La Voie de l'Eau de James Cameron (2022)

 🕷️🥹💕

Ma liste de critiques à l'encontre de ce film est longue comme le bras. Et pourtant... J'ADORE AVATAR 2. Je l'adore autant que le premier, de manière intégrale et inconditionnelle, défauts compris. Je le VIS de la première à la dernière image et je me reprends à chaque fois un choc esthétique d'ampleur. Avatar, c'est le dernier choc esthétique majeur de ma vie, le seul film qui a tout bouleversé alors que j'étais déjà une adulte, et le 2 a réussi à encore plus tout bouleverser. 
Je l'ai vu deux fois, à six jours d'intervalle, étant donné qu'il n'était diffusé qu'une semaine, et je ne me suis pas ennuyée une seconde la deuxième fois. Au contraire, je l'ai encore plus aimé. J'adore tous ces personnages que je me réjouis de retrouver et de voir grandir; je trouve plusieurs scènes extrêmement puissantes; j'ai pleuré d'émotion devant la beauté pure du récif; Payakan est le meilleur ami que je me sois fait au cinéma depuis qui sait quand; Spider est plus que jamais mon personnage préféré; je me réjouis de voir toutes ces pistes suivre leur cours dans le 3 qui arrive bientôt. Et à en croire le bref extrait diffusé à la fin du 2, le 3 va encore nous en mettre plein la vue. J'ai déjà une liste de critiques envers cet extrait à lui tout seul, mais je sens que je vais adorer de manière intégrale et inconditionnelle. 🥹🥹

Et le reste

Suite à l'achat d'un parfum, j'ai reçu le numéro automne-hiver de la revue du parfumeur Fragonard, que j'ai lu avec grand plaisir. Bien que le style vestimentaire et l'esthétique de Fragonard ne soient pas les miens, je trouve leur univers très élégant et alléchant, et la revue est exactement comme je les aime, sobre et qualiteuse à la fois. J'adorerais avoir l'opportunité de travailler sur ce genre de support dont on peut être fier. Dans la foulée, j'ai commencé à écouter leur podcast, À fleur de nez. Une merveille, là aussi.

J'ai également lu le hors-série de Mad Movies sur les adaptations télé et ciné de Lovecraft. Passionnant, comme toujours. J'aimerais tellement avoir le temps, l'énergie et l'organisation de regarder tout ce que ces journalistes regardent. Même si, bon, tout n'est visiblement pas quali dans les lovecrafteries, lol. (Ça vous étonne? 🤣) Et j'aimerais, bien sûr, avoir le temps, l'énergie et l'organisation de replonger dans Lovecraft.

En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel (au sommaire de ce numéro: beaucoup de shopping pour préparer Equita Lyon, du tourisme dans le Dauphiné, les directionnels en cross, et des interviews), puis j'ai filé, justement, à Equita Lyon, le rendez-vous annuel qui donne quand même très envie de flinguer son épargne pour profiter de la vie en montant beaucoup durant deux ou trois ans, quitte à mettre fin à son existence de souffrance après, parce qu'on n'aura plus un rond pour affronter l'avenir. ❤️❤️

jeudi 10 juillet 2025

Les BD du deuxième trimestre 2025

Comme d'habitude, retour sur les lectures graphiques du trimestre!

Batman City of Madness de Christian Ward, traduit de l'anglais par Mathieu Auverdin (2024)

Sous la Gotham que nous connaissons s'étend une autre Gotham, la Gotham d'en bas. Entre les deux, un portail que la Cour des Hiboux garde soigneusement. Et puis, un jour, quelque chose traverse...
Cette réinterprétation lovecraftienne de Batman est très réussie. La fin laisse peut-être un peu à désirer, mais toute la mise en place prend son temps pour poser une ambiance et suggérer l'étrangeté de ce qui se passe. Et les visuels! Les visuels! L'usage de ces couleurs très vives, mais très nuancées, sur un fond noir, est magnifique. Juste pour ça, c'est probablement la lovecrafterie la plus réussie que j'aie croisée. Ajoutez-y pas mal de poses ultra cool et des Hiboux mystérieux à souhait et ça marche du tonnerre!
(Même s'il m'est d'avis que ces "Hiboux" sont plutôt des Chouettes, et que la première traduction vers le français a été faite sans que le comics d'origine ne permette de trancher de quels types de "owls" on parlait, mettant ensuite les traducteurs dans une situation délicate... 👀)
Éditeur: Urban Comics

Sous les arbres de Dav (2019-2022)

Quatre albums merveilleux dont je ne me lasserai jamais 🌼💐🌸⚽🍂❄️
Éditeur: Les Éditions de la Gouttière

Bootblack de Mikaël (2019 et 2020)


Après m'avoir fait découvrir Giant l'année dernière, Baroona m'a cette fois informée de l'existence de Bootblack, nouvelle plongée dans la New York de la première moitié du siècle, entre immigration et pauvreté. C'était absolument super. J'ai juste été un peu gênée par quelques allers-retours dans le temps, car un récit plus linéaire me convient mieux. Mais les dessins sont oufissimes et le propos me parle, bien que l'histoire soit plutôt tragique. Et on en parle, de ces couvertures? 🤩
Éditeur: Dargaud

Libres d'obéir de Johann Chapoutot (scénario) et Philippe Girard (dessin) (2025)

J'ai lu en avant-première cette bande dessinée qui paraîtra en août prochain, car mon copain est rentré absolument enthousiaste d'une présentation aux libraires. Il m'a parlé nazisme et management et, pendant dix minutes, j'ai cru qu'il était prêt pour me rejoindre dans la lecture du Monde Diplomatique. 😂😂 Moi, je n'ai pas trop aimé: j'ai trouvé que l'écriture était parfois difficile à lire et que certaines notions – ou plutôt certains liens entre notions – n'étaient pas convaincants ou pas clairs. En gros, l'auteur fait le lien entre certaines caractéristiques du nazisme et celles du management moderne à travers la figure de Reinhard Höhn, ancien nazi et fondateur d'une école de management auquel il a consacré un essai, ici adapté en BD. Le refus nazi de l'État traditionnel et de l'administration, au profit de la force des travailleurs unis par la race, serait semblable au refus des règles au profit d'employés libres d'adopter n'importe quel moyen pour atteindre leur objectif au bureau. En parallèle, on voit le quotidien d'une cadre dans une grande entreprise qui passe son temps à lui parler du bonheur au travail tout en la broyant dans la machine.
Éditeur: Casterman

mardi 19 juillet 2022

La Mort de la Terre (1888, 1912 et 1925) + Til A' the Seas (1935)

J'ai adoré J.H. Rosny aîné dans le roman préhistorique et je l’ai apprécié dans le roman fantasy. Qu’en a-t-il été en SF? Je vous dis tout!

❗ Attention, ce billet contient nombre de divulgâcheurs! 

Une femme nue, c'est toujours pertinent, quel que soit le sujet... 😶

La Mort de la Terre est un recueil de trois nouvelles totalement indépendantes, mais néanmoins savamment réunies.

Les Navigateurs de l’infini (1925)

Trois astronautes français débarquent sur Mars. Ils sont les premiers hommes à atteindre la Planète rouge. Ils inspectent soigneusement les lieux et ont le plaisir d’y découvrir LA VIE! 🤩 Y compris une forme de vie consciente, les tripèdes. La rédaction et le ton sont merveilleusement désuets, c’est formidable, et j’ai énormément apprécié que l’auteur nous donne à voir des extraterrestres très différents de nous. Tellement différents, pour être honnête, que je suis incapable de les décrire. Les tripèdes ont trois jambes et de très beaux yeux, c’est tout ce que je peux vous dire. C’est une vraie histoire de découverte de la différence dans des relations pacifiques entre espèces conscientes (avec une autre espèce, par contre, la situation est plus belliqueuse). On est à l’extrême opposé d’une créature telle que l’alien de Ridley Scott, dénuée de toute personnalité individuelle et réduite à sa dangerosité.

Le Cataclysme (1888)

"Au plateau Tornadres, depuis quelques semaines, la nature palpitait, équivoque, angoissante, tout son délicat organisme végétal parcouru d’électricités intermittentes, de signes symboliques d’un grand évènement matériel. Les bêtes libres […] prirent un parti extraordinaire, propre à épouvanter : elles émigrèrent, elles s’enfoncèrent aux vals de l’Iaraze."

Ainsi commence cette description d’une calamité mystérieuse, qui s’abat inexorablement sur un plateau où vivent, entre autres, Sévère et Luce, spectateurs apeurés et impuissants. J’ai trouvé ce texte brillant. Malgré sa brièveté, il arrive à nous faire aimer le protagoniste et à nous faire éprouver toutes ses angoisses. Et le mystère demeure jusqu’au bout.

La Mort de la Terre (1910)

Le texte qui donne son titre au recueil est le plus long et le plus abouti dans la description du contexte et le suivi du protagoniste. Nous sommes dans un futur lointain et l’être humain, sur Terre, est cantonné à quelques oasis isolées. Le reste de la planète, bouleversé par les cataclysmes et asséché, est devenu inhabitable pour nous et est colonisé par les ferromagnéteux, une nouvelle espèce que je suis incapable de décrire (je les visualise comme des lichens 🤨🤔) et qui prospère sur les fers autrefois utilisés par l’humain. Nous suivons les éventures de Targ, un homme qui quitte son oasis pour prêter secours à une autre, où il aura la chance de découvrir une nappe phréatique insoupçonnée. Mais inexorablement, sans cesse, les éléments s’allient contre l’être humain et celui-ci recule, jusqu’à une fin sans concession qui fait forcément quelque chose.

Notons que l’euthanasie est parfaitement admise et même nécessaire dans cette société. En cas de difficulté, des personnes sont mises à mort (de manière douce) pour permettre la survie du groupe. Dingue.

Ce dernier texte m’a énormément rappelé la nouvelle Till A’ the Seas de Lovecraft, que j’ai relue dans la foulée. L’histoire est foncièrement la même, celle du dernier homme sur Terre. Mais le traitement est radicalement différent, car Lovecraft ne nous donne à voir ce dernier homme que lorsqu’il est déjà seul et quitte son lieu de vie après la mort de la seule autre habitante, une femme très âgée. Son périple est plus douloureux à cause du manque d’eau, et sa fin, tragique évidemment, est aussi horriblement ironique: ayant enfin trouvé un puits dans un petit village peuplé de squelettes, il se penche pour prendre de l’eau, tombe dedans, tape la tête et meurt dans l’eau stagnante et boueuse. 👀

Chez Rosny aîné, la volonté de survivre de Targ et la présence de ses proches confèrent au récit, jusqu’au dernier moment, quelque chose d’humain et d’émotionnel. Ici, c’est tout l’inverse. La disparition de l’humanité n’a pas plus de valeur que son existence…

"All the teeming billions; the slow aeons; the empires and civilizations of mankind were summed up in this poor twisted form—and how titanically meaningless it all had been!"
(Votre propre joie de vivre vous dégoûte? Lisez Lovecraft, vous déprimerez vite fait bien fait...😅)

J’ai lu une autre histoire sur la fin de l’humanité, The Last Man de Mary Shelley, mais j’en garde un souvenir épouvantable, j’avais trouvé ça horriblement chiant, donc je ne suis pas allée le relire. Il est intéressant, en tout cas, de voir comment le thème a été traité au fil des années de bien des manières.

Allez donc voir ailleurs si cette mort y est!
L'avis de Vert

vendredi 11 juin 2021

The Horror at Red Hook (1927) + The Call of Cthulhu (1928)

De temps en temps, il est bon de revenir aux sources et de relire des textes fondateurs – soit de la littérature de manière générale, soit de ma petite personne en particulier. Comme ma pile à lire contient fort peu de livres en anglais depuis le début de l'année, je me suis offert le plaisir de relire du Lovecraft...

The Horror at Red Hook (1927)

J'avais déjà lu ce texte il y a plusieurs années, vu qu'il est présent dans un des recueils que j'ai lus, mais je n'en avais aucun souvenir. Je l'ai relu exclusivement pour des raisons politiques, à savoir que la nouvelle la Ballade de Black Tom de Victor Lavalle, publiée par le Bélial' dans la collection Une Heure-lumière, retourne le racisme que Lovecraft exprime ici. (Je n'ai pas lu le texte en question, mais tous les blogueurs qui l'ont chroniqué en ont parlé.) Je voulais voir si c'était vraiment si raciste que ça et si ça justifiait d'en écrire une autre version.

Dans le texte de Lovecraft, on accompagne Thomas F. Malone, un policier new-yorkais qui enquête sur les agissements d'un certain Robert Suydam. Ce dernier n'a pas forcément commis de crime bien identifié, mais il semble toucher à des pratiques occultes fortement douteuses importées d'Europe par des immigrés tout aussi douteux.

The Horror at Red Hook se lit bien et les chapitres mettent en place l'intrigue de manière progressive, avec cette enquête qui touche du bout du doigt des pratiques abominables (enlèvements, messes noires, usage de sang humain...). Hélas, on est un peu dans ce qui fait la limite de Lovecraft: on ne voit pas grand-chose, puisque quiconque VOIT ne veut surtout rien DIRE, donc on reste un peu sur sa faim... Je me suis donc pas étonnée d'avoir complètement oublié ce texte au fil des ans!

Côté racisme, eh bien oui, Lovecraft ne tient pas en haute estime les immigrés du quartier de Red Hook. Quand je disais "des immigrés tout aussi douteux" ci-dessus, ça voulait dire "des gens pas blancs": des noirs, des arabes, des kurdes, des gens de lieux indéfinis en Asie centrale... Ils ont des mines patibulaires et ils adorent le diable. Bon, moi je suis du clan "à l'époque, les trois quarts des gens pensaient ça" (une idée confortée par ma lecture de l'Orda, un bouquin sur l'émigration italienne), donc je ne serais pas allée réécrire le même texte du point de vue d'un noir, mais soit, toutes les raisons sont bonnes pour écrire une lovecrafterie, et je suis maintenant curieuse de voir ce qu'en a fait Victor Lavalle.

The Call of Cthulhu (1928)

Dans la foulée, j'ai relu LE texte le plus célèbre de Lovecraft. J'ai découvert au passage que j'ai dû le lire plus de fois que je ne le pensais, car je retrouvais des souvenirs de lecture assez frais au fur et à mesure, alors que je pensais ne l'avoir lu que deux fois. Bref, pas sûre qu'il y aura une énième relecture à l'avenir.

Cthulhu est super bien construit et c'est, je pense, ce qui fait sa force. On a un narrateur à la première personne, qui nous plonge d'abord dans les papiers de feu son grand-oncle, puis on remonte dans le temps, vingt ans plus tôt, pour découvrir le récit de l'inspecteur Legrasse, puis on lit le récit d'un certain marin qui a "vu des choses"... Ce procédé qui, en soi, a déjà été fait des tas de fois (coucou Maupassant et ton narrateur qui raconte l'histoire d'un autre narrateur qui raconte une histoire!), est super utile ici car il permet de faire deviner les ramifications immenses de ce culte tentaculaire (ah, ah! 🦑🐙), que l'on retrouve aussi bien au cœur du bayou aux États-Unis qu'au Groenland. Plus que les tentacules, c'est la présence insoupçonnée de choses gigantesques pendant des laps de temps complètement différents de l'échelle humaine qui fait tout le sel de Lovecraft. Et de ce point de vue, l'Appel de Cthulhu est juste exemplaire. En plus, il est raconté à la première personne, la première phrase est cultissime et la fin ([divulgâcheur] le narrateur qui annonce qu'il va forcément crever maintenant qu'il A VU [fin du divulgâcheur]) est tout à fait classique chez cet auteur. Bref, si vous devez lire un seul texte de Lovecraft dans votre vie, lisez celui-ci.

Un retour en terres lovecraftiennes fort agréable, en définitive.

mercredi 1 juillet 2020

La gamelle de juin 2020

Note de service: Ce billet a été publié par erreur quelques heures en avance dans une version brouillon. Désolée.

 Juin 2020, le mois du retour à la normale. Les cinémas rouvrent, l'apocalypse s'avère fort peu apocalyptique. Toutes mes belles idées pour mener une vie plus sereine après le confinement sont tombées à l'eau. Tralalalala.

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Woman d'Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand (2020)
Retour au cinéma pour voir un beau documentaire sur les femmes. Bien que je n'aime pas trop la manière de filmer et de photographier d'Yann Arthus-Bertrand, le film est saisissant et encourageant et aborde tous les aspects de la vie d'une femme, offrant une vision très plaisante d'une humanité diversifiée et déterminée. J'ai tout particulièrement apprécié la présence des langues du monde entier. Tout le monde s'en fout, mais la diversité linguistique c'est beau.

Radioactive de Marjane Satrapi (2020)
Rosamund Pike campe Marie Curie, célèbre scientifique, dans un film qui mêle parcours scientifique, vie privée et conséquences positives et néfastes de ses découvertes. J'avais peur de ne pas aimer à cause de certaines séquences oniriques dont j'avais entendu parler, mais, bien que je ne les aie effectivement pas aimées, j'ai beaucoup apprécié le film dans son ensemble et j'ai même versé une larme à la fin. Au-delà du destin individuel, que Marjane Satrapi traite sans tomber dans la mise en scène excessivement héroïque de nombreux biopics, le film parle aussi de la science et des choix qu'on fait, des thèmes très riches. Et du combat d'une femme dans un monde d'hommes, bien sûr.

Du côté des séries

Locke & Key – saison 1 (2020)
Comme je l'ai déjà indiqué dans ma gamelle de mai, cette adaptation s'est révélée décevante malgré un début plutôt alléchant. J'ai retrouvé avec grand plaisir certains éléments, comme la maison, bien sûr, et les clés magiques. Toutefois, la propension des personnages à ne jamais prendre la bonne décision, par exemple en utilisant la magie au lycée, en ne ramassant pas un revolver tombé à terre ou en se séparant constamment en petits groupes, m'a rapidement énervée. Le manque de coordination et de mouvement d'ensemble est également frustrant. Un certain nombre de problèmes pourraient être évités ou résolus plus vite si seulement les personnages se parlaient ou se coordonnaient. Quant à la mère, elle semble vivre dans une dimension différente de ses enfants, tellement son intrigue se fait sans eux, à quelques exceptions près. Enfin, la chute du dernier épisode me laisse présager une deuxième saison dotée exactement des mêmes problèmes: [divulgâcheur] les Locke vont devoir se rendre compte qu'ils ont fait traverser la porte Oméga à la mauvaise personne, puis se rendre compte que deux de leurs amis ne sont pas ou plus ce qu'ils sont censés être; ensuite, ils vont vouloir sauver cette personne, ce qui va leur faire perdre un temps fou; l'un ou l'autre va faire des conneries avec des clés, ce qui va prendre un temps fou; et la peur de Kinsey va continuer à se balader sans que personne ne songe à la rattraper pour la remettre dans la tête de sa propriétaire [fin du divulgâcheur]. Bref, je ne suis pas sûre du tout de la regarder. Je devrais plutôt relire les comics, qui sont super. Pourtant, Joe Hill, scénariste des comics, est présent à la production...

Agatha Christie's Poirot – saison 4 (1994)
Dans le fol espoir de continuer à regarder un épisode de série par semaine malgré la levée du confinement, je me suis penchée sur cette belle adaptation que j'avais laissée en plan après la saison 3 il y a deux ans. La saison 4 réunit trois épisodes d'une heure quarante très sympathiques, dont le célèbre ABC Murders. Comme toujours, on peut s'interroger sur la complexité des crimes: si vous voulez tuer une personne qui vous fait chanter, comment pouvez-vous imaginer de d'abord tuer le dentiste de cette personne puis de vous faire passer pour le dentiste pour vous trouver en présence de votre future victime? Mais il faut bien des crimes complexes pour faire travailler les cellules grises de Poirot, brillament campé par David Suchet.

Et le reste


J'ai fini l'Écran fantastique Vintage numéro 1, dont j'avais lu la première moitié en mai. La revue était consacrée pour moitié à Lovecraft et pour moitié à Star Trek. Deux univers on ne peut plus différents, mais aussi chers à mon cœur l'un que l'autre. J'ai commencé par Star Trek et sa vision optimiste d'un avenir dans lequel l'humanité a évolué, ce qui m'a donné très envie de voir toutes les séries que je n'ai pas vues (car, paradoxalement, mon amour de Star Trek repose sur les trois saisons de la série d'origine et sur les deux saisons de Discovery, ce qui représente à peine 10% de la franchise). Puis j'ai rejoint Lovecraft dans un univers sans espoir où des créatures immensément plus puissantes que nous se terrent dans les ténèbres en attendant de nous exterminer. Un imaginaire largement repris dans des films plus sanglants les uns que les autres, ce qui s'éloigne beaucoup de Lovecraft à mon avis, mais bon. Bref, c'était le grand écart, mais la revue était très intéressante et le voyage passionnant. On regrettera toutefois les nombreuses fautes de grammaire, d'orthographe, de syntaxe et de typographie...

Pas de Cheval Magazine ce mois-ci, le numéro de juin n'étant jamais arrivé. 😭 

Et voilà!
En juillet, je continue Poirot et j'essaye de me pencher sur les films Marvel!

lundi 10 février 2020

The Dream-Quest of Vellitt Boe (2016)

Après avoir relu The Dream-Quest of Unknown Kaddath, un texte de Lovecraft que j'ai trouvé aussi confus à la deuxième lecture qu'à la première, j'ai enchaîné avec The Dream-Quest of Vellitt Boe de Kij Johnson, un court roman qui, comme son titre l'indique, fait référence à l'œuvre du célèbre écrivain de Providence.


Dans les contrées du rêve, une élève de l'université des Femmes d'Ulthar s'est enfuie avec son amant, un homme provenant du monde de l'éveil. Une de ses enseignantes, Vellit Boe, resort ses affaires de voyages, rangées depuis vingt ans, pour partir à sa recherche. La première étape consiste à marcher jusqu'à Hatheg-Kla, où se trouve le portail que la jeune femme a probablement utilisé pour quitter le monde du rêve. Bien sûr, les choses ne sont pas aussi simples, et Bellitt devra traverser bien des contrées dans l'espoir de rejoindre le monde où s'est enfuie son élève.

Avant tout, une remarque essentielle: ce texte est immensément plus clair que celui de Lovecraft. C'est tout à fait merveilleux. J'ai compris ce que je lisais. 😍

Dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié cette lecture sympathique, portée par une plume simple et précise. La protagoniste représente un peu la force tranquille; déterminée et réfléchie, elle garde la tête sur les épaules et agit posément, sans pour autant être dénuée d'une humanité touchante. Son voyage dans les contrées du rêve est aussi très plaisant. Champignons géants, dieux déments, goules gourmandes, créatures dérangeantes, noms exotiques à tomber par terre: l'héritage de Lovecraft est bien là, mais présenté de manière bien plus fraîche et facile à appréhender que dans Kaddath. C'est peut-être là que le bât blesse, d'ailleurs: le roman est un peu trop normal, un peu trop facile à lire, pour cet univers immensément riche et tortueux. J'aurais tendance à dire qu'il est l'équivalent d'un roman de plage en littérature blanche. Ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier le voyage, précisons-le, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé la fin.

Kij Johnson a délibérément mis en scène une femme et profite de Randolph Carter, le protagoniste de Kaddath, pour critiquer l'absence de femmes dans l'œuvre de Lovecraft. Le procédé est rafraîchissant, mais je suis toujours perplexe face à ces messages politiques qui reprennent les éléments d'un univers ultrasexiste. Car si Vellitt Boe est une femme et qu'elle fait preuve d'une belle indépendance, les contrées du rêves restent un monde masculin, où les femmes n'ont pas forcément droit à une éducation, ne sont pas prises au sérieux et n'ont aucun poste important. Pourquoi ne pas féminiser et rendre équitable tout l'univers?

Mise à part cette réserve, qui reste secondaire, je vous recommande The Dream-Quest of Vellitt Boe, qui constitue une belle aventure dans un univers fantastique aux possibilités infinies. Et puis Vellitt voyage une bonne partie du temps en compagnie d'un chat noir qui, s'il n'a pas de rôle prépondérant, n'en reste pas moins un chat noir. 😍

Allez donc voir ailleurs si cette quête y est!

mercredi 1 janvier 2020

The Shuttered Room And Other Tales of Horror (1970)

Le nom d'August Derleth est connu des amateurs de Lovecraft: d'une part parce que le célèbre auteur l'a immortalisé dans ses ouvrages sous le nom de comte d'Erlette, et d'autre part parce que Derleth a fondé, avec Donald Wandrei, la maison d'édition Arkham House, justement dans le but de publier les œuvres de Lovecraft. Il serait également à l'origine de l'expression "mythe de Cthulhu", que Lovecraft n'employait pas. Pour en savoir un peu plus, je vous invite à lire mon billet sur Lovecraft. A look behind the Cthulhu mythos de Lin Carter.


Quid de ce recueil de nouvelles de Lovecraft complétées par Derleth, que m'a dégoté Vert? (Mille milliards de mercis!! 😍) Inévitablement, il y a du bon et du moins bon. Comme vous le verrez, il y a beaucoup de répétitions (la présence d'un cousin, les maisons isolées, les rumeurs et les superstitions locales...) et des structures assez classiques pour qui connaît Lovecraft. Mais c'est surtout la plume grandiloquente et archaïque de Lovecraft qui m'a manqué; je trouve qu'il exprimait quelque chose de puissant par sa manière unique d'employer des adjectifs peu usités. Ici, les choses sont plus plates.

Je dois préciser que j'ignore totalement quel genre de notes ou de brouillons avait laissés Lovecraft et dans quelle mesure chaque texte a été retravaillé par Derleth. À en croire le wiki sur Lovecraft, un de mes textes préférés se limitait à une ligne dans les notes de Lovecraft, auquel cas Derleth aurait fait tout le travail...

The Survivor (1954)
Une vielle maison qui respire le mal, un nouveau locataire, de mystérieux écrits laissés par un médecin ayant exercé là, des travaux douteux sur les reptiles et l'immortalité, un puits dans le jardin. Un texte classique et prévisible qui se termine sur un paragraphe en italique révélant la terrible vérité.

Wentworth's Day (1957)
Un narrateur perdu dans la montagne, une ferme isolée où s'abriter en attendant la fin de l'orage, un homme qui guette le moindre bruit, un mort qui a juré vengeance, des livres sur la nécromancie. Un texte classique et prévisible qui se termine sur un paragraphe en italique révélant la terrible vérité.

The Peabody Heritage (1957)
Un narrateur qui s'installe dans la vieille maison familiale isolée de tout, un caveau contenant un squelette bizarrement placé, une pièce cachée à la géométrie anormale, des rêves terrifiants, un chat noir, des locaux qui refusent d'approcher de la maison. J'ai eu un peu peur, mais surtout l'impression d'avoir déjà lu cette histoire de sabbat et de pièce cachée quelque part, même s'il m'est impossible de retrouver le texte en question... 😕 Et, oui, cette nouvelle est classique et prévisible et se termine sur un paragraphe en italique... 😉

The Gable Window (1957)
Un narrateur qui s'installe dans la vieille maison familiale isolée de tout, une fenêtre ronde au verre opaque, de mystérieuses notes laissées par un cousin, l'aperçu de mondes éloignés dans lequels s'épanouissent des créatures terrifiantes. Ce texte m'a lui aussi donné une forte impression de déjà lu. Et, oui, les dernières lignes sont en italique.

The Ancestor (1957)
Un narrateur qui s'installe chez un vieux cousin pour l'aider à mettre en ordre ses notes sur ses travaux, des recherches sur la mémoire qui remontent de plus en plus loin dans le passé, une odeur douteuse dans un laboratoire fermé de l'intérieur, un chien très calme qui se met à aboyer furieusement la nuit. Bien sûr, le dernier paragraphe est en italique. ^^

The Shadow Out of Space (1957)
Un homme qui n'est pas lui-même pendant trois ans, la vision d'un autre monde, la conviction qu'"ils sont parmi nous". Comme pour The Peabody Heritage et The Gable Window, j'ai eu la nette impression d'avoir déjà lu ce texte. Et il se termine en italique, lalalalala.

The Lamp of Alhazred (1957)
Autant les six premiers textes étaient sympathiques mais ne présentaient pas d'intérêt majeur, autant ce texte m'a capturée et émue. Les amateurs de Lovecraft savent, bien sûr, qu'Alhazred est l'auteur fou du Necronomicon. Ici, le narrateur reçoit une lampe à huile lui ayant appartenu via l'héritage d'un cousin. Mais cette lampe n'apporte pas que de la lumière: elle révèle d'autres mondes. L'homme, fasciné, couche ses visions sur le papier et finit par passer dans cet ailleurs. Hommage évident à la capacité de Lovecraft à nous faire soupçonner l'existence de mondes inconnus, ce texte est aussi un bel hommage à l'imaginaire dans une période historique qui n'a plus rien de magique. Il m'a touché et attristée.

The Fisherman of Falcon Point (1959)
Au large d'Innsmouth, ville côtière bien connue des lecteurs de Lovecraft, un vieil homme soutient avoir pris dans ses filets un poisson qui n'en était pas un – un poisson qui avait des jambes et qui parlait. Si certains se moquent de sa sirène, d'autres préfèrent ne pas commenter, sachant que les eaux d'Innsmouth ne sont pas comme les autres. Un texte nostalgique qui m'a beaucoup plu.

The Dark Brotherhood (1966)
Providence, un narrateur qui aime se promener la nuit, une rencontre étrange, un homme qui ressemble énormément à Edgar Allan Poe, sept hommes qui ressemblent énormément à Edgar Allan Poe, la vision d'un ailleurs inhumain, une machine infernale. Pas d'italique. ^^

The Shuttered Room (1959)
Retour à Dunwich (autre haut lieu des écrits lovecraftiens), un narrateur qui revient dans la vieille maison familiale, des instructions mysérieuses, une chambre fermée depuis des lustres, un crapaud caché derrière un meuble, des habitants méfiants, et bien sûr une fin en italique. Ce texte est toutefois plutôt bien mené et me semble représentatif de Lovecraft.

Au final, je n'ai pas boudé mon plaisir avec ces histoires d'horreur cosmique bien balisées, parce que j'aime les thèmes de Lovecraft et, j'en prends de plus en plus conscience, un côté "rétro" dans sa vision du monde. Même si ces textes ont été écrits durant la deuxième moitié du XXe siècle, ils m'évoquent un monde moins scientifique que le nôtre, sans numérique et sans téléphones portables, où la rencontre avec le surnaturel ou l'anormal semblait donc plus plausible. On les réservera toutefois aux grands amateurs de Lovecraft qui veulent aller au-delà de son œuvre (vu que, comme je l'ai dit, ces textes n'ont été qu'ébauchés par Lovecraft, Derleth les ayant repris après sa mort); en effet, il ne suffit pas de citer les Grands Anciens et le Livre des Goules dans un texte et de le conclure en italique pour faire du Lovecraft. Bref: si vous voulez lire Lovecraft, lisez plutôt Lovecraft. ^^

Le mot de la fin: j'attire votre attention sur l'aspect le plus horrifique de cette couverture, l'enlèvement d'un innocent cochon!!! 😱😱😜


PS: Bonne année 2020 😃

mardi 9 juillet 2019

Les BD du deuxième trimestre 2019

Retour sur les bandes dessinées lues ces derniers mois...

Howard P. Lovecraft. Celui qui écrivait dans les ténèbres de Nikolavitch, Gervasio, Aón et Lee (2018)


Une biographie d’Howard Phillips Lovecraft allant de 1925, époque à laquelle il vivait sans joie à New York, à sa mort en 1937. L’occasion de retracer les principales influences littéraires de l'écrivain, ses rencontres importantes et son incroyable correspondance. C'est autant adapté pour découvrir l'auteur si on ne le connaît pas que pour se rafraîchir la mémoire si on le connaît bien (avec ma cervelle de moineau, j'ai bien sûr oublié à peu près tout ce que j'ai lu dans le Bifrost qui lui était consacré et dans le livre de Lin Carter que j'ai lu l'année dernière). Le dessin est efficace et mélange adroitement faits réels et imaginaire.
Éditeur: 21g.

Croquettes story de Regnauld et Isadora (2017)


Une histoire de chats avec des dessins rigolos? J'ai acheté sans hésiter. Mais quelle déception. Cette bande dessinée est une métaphore non voilée de l'Occident qui refuse d'accueillir les migrants. Deux chats d'appartement voient débarquer une meute de chats des rues. Le matou s'attache à eux et partage tout avec eux. La matoune refuse de se séparer de ses croquettes et délimite soigneusement son territoire autour de son panier pour qu'on n'envahisse pas son espace vital. C'était tellement binaire que le truc m'est tombé des mains. En plus, j'étais du côté de la matoune, qui est clairement montrée comme un horrible personnage égoïste, ce qui n'est jamais très flatteur. 😂
Éditeur: Éditions du Long Bac

Broie la vie en rose (2007) et Une rose à l'amer (2008) de Maliki (Maliki, tomes 1 et 2)


J'ai récupéré ces deux bandes dessinées suite au déménagement d'une amie. C'est rose, c'est kawaï, c'est drôle et il y a des chats: c'est donc une réussite. C'est triste aussi, parfois, comme dans le strip Working Girl. Une belle découverte qui m'a donné envie de lire la suite des aventures de cette jeune fille aussi naïve que cynique.