lundi 28 avril 2014

L'Héritage (2011)

Je crois que Christopher Paolini et ses livres souffrent du même problème que Titanic et d'autres grands succès: face au succès démesuré qu'ils rencontrent, les personnes qui ne les aiment pas (ou pas trop) sont dégoûtées et s'acharnent à les critiquer, à tel point qu'après un certain temps, et auprès d'une certaine population, il devient à la mode de ne pas aimer tel ou tel truc. C'est en tout cas ce que j'ai pensé en lisant L'Héritage qui, s'il n'est certes pas un chef d'oeuvre, n'en est pas moins un livre valable qui ne mérite pas les critiques virulentes que j'avais lues sur Paolini à une certaine époque. Certes, on sent l'influence de la Guerre des étoiles et de Tolkien et ce n'est pas de la grande littérature... Mais ça marche!

La semaine dernière, entre mon travail en freelance qui m'a emmenée dans l'espace et mon travail salarié à base de meubles suédois, j'ai surtout pensé à Eragon et ses amis en me demandant comment ils allaient enfin affronter l'horrible Galbatorix. Comment Nasuada, un de mes personnages préférés, allait [spoiler] résister à la torture. Est-ce que j'avais bien deviné pour qui allait éclore le dernier œuf de dragon. Si Thorn et Murtagh allaient survivre. Si on allait savoir qui est vraiment Angela... Bref, vous voyez, cette espèce de primauté que prend le monde du livre sur le monde réel, et qui n'est jamais aussi forte que lorsqu'on lit de la littérature de l'imaginaire.


La principale force de Paolini, à mon avis, consiste à créer des personnages et des situations amusants. Je pense surtout à Angela, qui m'a fait éclater de rire, et aux chats-garou qui demandent un poulet, une dinde ou tout autre oiseau par jour et par chat-garou en échange de leur alliance avec l'armée des Varden. Mais aussi aux réflexions de Saphira ("Do you want me to eat him?"). Cela ne fait pas de L'Héritage un livre comique, loin de là, mais ça donne au tout un ton léger et sympathique, sans prétentions.

J'ai aussi beaucoup aimé le personnage de Roran Stronghammer, qui m'a un peu rappelé Druss la Légende (mais en moins bien parce que Druss c'est le meilleur guerrier EVER), et le roi des nains. Je suis moins fan de Arya et Eragon, mais Arya a au moins le mérite d'être un personnage féminin rationnel et une très bonne guerrière, tandis qu'Eragon évolue en bien. Il reste un peu idéaliste pour mes goûts, mais il est plus à la hauteur de sa tâche.

Enfin, j'ai apprécié la fin, [spoiler] la destruction finale de Galbatorix, qui est certes vaincu par Eragon mais surtout par les dragons, et la mort de Shruikan. Murtagh méritait quant à lui un traitement moins archétypal: ce jeune homme geignard aurait pu être un personnage ambigu et flippant super intéressant. Je l'aime quand même beaucoup parce qu'il semble relativement sombre par rapport à Eragon, et puis parce que j'aime toujours les gens torturés.

Je dirai aussi, malheureusement, que L'Héritage sent le remplissage par moments, avec des péripéties qui s'ajoutent aux péripéties quand on voudrait surtout avancer, et, inversement, qu'il pêche par sa rapidité sur la fin, qui semble du coup bâclée. Et le fait qu'Eragon soit transi d'amour pour Arya m'a arraché quelque soupirs excédés. Mais, si on garde à l'esprit qu'il s'agit de littérature jeunesse, ce livre et le cycle qu'il conclut ont vraiment du bon. J'aurais adoré les lire quand j'étais au collège, juste après avoir vu Coeur de dragon au cinéma... Vu comment j'ai aimé Eragon à 19 ans, je crois que ma vie en aurait été bouleversée si je l'avais lu à 13 ou 14...

Dix ans plus tard, maintenant que j'en ai 28, ce n'est, évidemment, pas pareil, mais on peut rajeunir dans sa tête le temps d'une lecture et apprécier un livre jeunesse si seulement on le veut bien. Je ne recommande pas la lecture du cycle de l'Héritage avec ferveur et ce n'est pas une lecture indispensable comme peut l'être Le Seigneur des Anneaux; mais si vous pensez qu'il fait pour vous, n'hésitez pas!

(Et si vous le lisez en anglais, vous verrez que Knopf fait du bon travail: beau papier épais, belle couverture rigide, belle illustration... On en a pour ses 20€ le tome!)


vendredi 25 avril 2014

Histoire des dinosaures (2012)

Chronique express!



Enfiiiin, un livre de vulgarisation scientifique sur les dinosaures POUR LES ADULTES! C'est juste merveilleux. Ca se lit tout seul, c'est clair, c'est complet, ça vous emmène aux quatre coins du monde et du Trias au Crétacé, ça vous fait redécouvrir les dinos les plus connus et vous en fait rencontrer pleins de nouveaux et il y a même un petit peu d'humour de temps en temps. Et en plus, Ronan Allain est un vrai pro du Muséum d'histoire naturelle de Paris... Une petite baignoire de bonheur dans laquelle j'ai barboté avec enthousiasme. Youpi.

mardi 22 avril 2014

Les larmes de la girafe (2000)

Chronique express!


C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Precious Ramotswe, fondatrice et directrice de the No. 1 Ladies' Detective Agency, dans ce deuxième tome de la série d'Alexander McCall Smith. Ce personnage est vraiment rafraîchissant, et ce malgré l'aridité et les températures du Bostwana! :) Il ne faut probablement pas enchaîner les tomes de cette série trop rapidement afin de ne pas tourner en rond, les enquêtes n'étant pas, comme je l'ai déjà dit, particulièrement complexes, mais au rythme d'une ou deux fois par an, c'est parfait. L'auteur croque ses personnages avec une tendresse et un humour vraiment craquants. Je lui reprocherai d'user de stéréotypes de genre un peu datés, mais cela colle somme toute assez bien avec la vision du monde de Precious. Au menu de ce deuxième épisode: une cliente américaine qui voudrait enfin apprendre la vérité sur le sort de son fils disparu dix ans plus tôt, un client boswanien qui s'interroge sur les finances de sa femme et [spoiler] un futur mari qui n'en revient pas que Precious ait accepté de l'épouser. En bref, un bon moment en toute simplicité que je conseille chaleureusement.

samedi 19 avril 2014

Un printemps à Tchernobyl (2012)

Chronique express!


Belle BD conseillée par une médiathécaire fort avisée, Un printemps à Tchernobyl est le récit du séjour que l'auteur, Emmanuel Lepage, a effectué à Tchernobyl en 2008 avec d'autres artistes. Une plongée déroutante dans un monde gris et sinistre où la couleur retrouve peu à peu sa place... Et où l'on passe de la peur et de la répulsion de la catastrophe à une sorte de joie très humaine provoquée par la vie qui continue malgré tout. Le dessin arrive vraiment à vous faire passer d'une ambiance à une autre, de paysages post-apo dans la plus pure règle de l'art (Tigger Lilly, je crois d'ailleurs que tu apprécierais!) à des moments apaisants et touchants. Je me suis sentie un meilleur être humain en lisant cette BD, d'autant plus que Lepage, comme Guy Delisle dans Chroniques de Jérusalem, nous fournit de nombreuses informations en toute simplicité. Instructif, esthétique, humain et modeste: que demander de plus?

Allez donc voir ailleurs si cette BD y est!
L'avis de Deedoux, médiathécaire avisée

Emmanuel Lepage, Un printemps à Tchernobyl
Éditions Futuropolis, 24,50€

mercredi 16 avril 2014

Anima (2012)

Chronique express!


Voilà un livre tout à fait hors du commun. Anima de Wajdi Mouawad est en effet l'histoire d'un homme qui essaye de retrouver le meurtrier de sa femme, mais racontée... par les animaux que l'homme rencontre sur son chemin. Chaque chapitre a pour titre le nom latin de l'espèce concernée. Parfois, l'animal ne s'exprime que pendant quelques lignes. Parfois, il a des choses à dire pendant plusieurs pages. Étonnant, non? Le procédé marche bien et on est tout de suite happé par le récit. Complètement sous le choc, Wahhch Debch part de Montréal, voyage dans une réserve indienne canadienne puis aux États-Unis et rencontre d'autres histoires de souffrance. La violence du meurtre de sa femme a réveillé en lui des souvenirs très anciens et, bientôt, c'est sur les traces de son passé qu'il marche. Attention, ce livre, s'il est très bon, est aussi extrêmement dur et sordide: la manière dont la femme de Wahhch a été violée est particulièrement atroce et certains passages sont presque insoutenables. En bref, il s'agit une fois de plus d'un livre à réserver aux lecteurs aguerris, maix ceux-ci ne le regretteront pas!

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Deedoux, la médiathécaire qui m'a présenté ce livre

Wajdi Mouawad, Anima
Éditions Léméa/Actes Sud, 352 pages, 23€

dimanche 13 avril 2014

Beatriz et les corps célestes (1998)

Chronique express!


Lucía Etxebarria met en scène dans son deuxième roman une jeune Espagnole, Beatriz, partie en exil à Edimbourg. Issue d'une famille plutôt dysfonctionnelle, elle a fui une mère dépressive, un père absent et les déboires sentimentaux de son dernier été passé à Madrid. Elle s'est installée avec Cat, une Écossaise, et vit désormais officiellement son homosexualité. Mais les souvenirs de sa meilleure amie Monica la hantent toujours et elle décide de revenir à Madrid, où elle se souvient des dernières semaines passées ensemble.

Moins percutant que Amour, Prozac et autres curiosités, ce Beatriz pèche un peu par sa longueur et surtout par son personnage principal. Beatriz a certes traversé des périodes difficiles, mais sa volonté farouche de rester malheureuse est vite irritante. Du coup, le propos de l'auteur et sa critique d'une certaine société bourgeoise, qui n'offre pas d'avenir à ses filles en dehors du rôle de femme et mère modèle, perd de sa force. Il reste de beaux passages sur la solitude et tout le mal que peut faire l'amour, un sentiment qui crée bien souvent bien plus de problèmes que de bonheur, mais ils ne suffisent pas à en faire une lecture inoubliable. Pour découvrir cette écrivain, mieux vaut passer par Prozac.

lundi 7 avril 2014

Danse avec les loups (1988)

Chronique express!


Petite déception pour cette relecture... Danse avec les loups de Michael Blake est un livre aussi fascinant de par son propos (la Frontière, les grandes plaines de l'Ouest des États-Unis, les Comanches tellement plus sensés que les Blancs, les galopades à bride abattue...) que creux de par sa rédaction. Un peu comme L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, en fait. On frise la littérature de gare, avec des phrases tellement simples qu'un analphabète s'y retrouverait et des procédés de "dynamisation" transparents et répétitifs. L'histoire d'amour est terriblement plate et prévisible. La fin est carrément bâclée. Et pourtant... On ne peut qu'aimer cette société guerrière pleine de dignité et de bon sens, envier la simplicité de leur style de vie auquel il ne manque rien. On s'attache aux Comanches et à leurs noms fascinants, à Cisco et à Deux Chaussettes, autant de symboles d'un monde en passe de disparaître. Un livre qui serre le coeur et qui donne envie de revoir le film, qui en est une adaptation fidélissime.

Sur le même sujet
Mon avis sur Enterre mon coeur à Wounded Knee de Dee Brown
Mon avis sur Bison de Patrick Grainville, lu dans le cadre du comité de lecture de ma médiathèque

vendredi 4 avril 2014

Le Dragon Griaule (1984-2012)

Chronique express!


C'est la chronique de Tigger Lilly qui a attiré mon attention sur ce recueil de nouvelles de fantasy d'un écrivain dont je n'avais jamais entendu parler, Lucius Shepard. Le concept étant hautement original (siècle après siècle, un gigantesque dragon pétrifié continue d'exercer son influence malfaisante sur les habitants des alentours), j'étais très intéressée. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue, même si je ne suis pas tout à fait aussi enthousiaste que Lilly. C'est un livre qui change vraiment de l'ordinaire et qui lance un défi à son lecteur en l'obligeant à s'accrocher et à réfléchir, ce qui est toujours appréciable! Mais il m'a manqué un petit quelque chose, probablement un fil conducteur, pour apprécier pleinement ces six nouvelles. Je les ai toutes appréciées individuellement, mais j'ai eu du mal à faire le lien entre elles (la fin de La Maison du menteur, notamment, m'a frustrée: [spoiler] merde, Griaule a visiblement réussi à procréer, un nouveau dragon se balade, et on s'arrête là et on n'en reparle pas dans les autres textes?!?). Peut-être est-ce dû au fait que ces textes ont été écrits sur un laps de temps très large et que le format du recueil laisse présager d'une unité que l'auteur n'a peut-être jamais recherchée... Sinon, la présence de personnages féminins pertinents et crédibles fait du bien, tout comme celle d'un dragon vraiment redoutable à la personnalité marquée, pas juste posé là pour faire joli.

(Je tiens à préciser que je ne surfe pas sur l'actualité et que je n'ai pas lu Le Dragon Griaule parce que Lucius Shepard est mort il y a deux semaines... J'avais acheté le livre en janvier et je l'ai entamé quelques jours avant sa mort! C'est donc pure coïncidence...)

mardi 1 avril 2014

En finir avec Eddy Bellegueule (2014)

Premier roman d'Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule est le récit autobiographique de l'enfance de l'auteur. Né dans une famille particulièrement pauvre dans un village picard défavorisé et coupé du monde, Eddy a très vite senti qu'il n'était pas un garçon "satisfaisant" dans ce milieu fortement machiste. Il avait la voix trop aiguë, ne jouait pas au football et n'était tout simplement pas assez "dur". Il s'est donc retrouvé exposé aux moqueries et aux violences psychologiques et physiques des membres de sa famille et de ses camarades de classe, avant même de prendre conscience que son intérêt sexuel était tourné vers les hommes plutôt que les femmes.


Constater la cruauté et la bêtise profonde de cette homophobie assumée est tout à fait révoltant, mais, plus encore que cela, c'est le milieu dans son ensemble qui m'a sidérée. Ce livre est une vraie plongée dans un monde que l'on voudrait croire disparu, anéanti par l'école obligatoire et le progrès, tellement il aurait sa place dans Germinal (livre qui a tout de même, rappelons-le, presque cent trente ans)... Le langage et l'attitude des habitants du village sont juste à des années-lumières de ce que la plupart des gens vivent au quotidien et je me suis soudain sentie terriblement privilégiée. Dans ce livre, "faire des études" signifie "passer le bac" et le seul avenir possible consiste à perdre la santé à l'usine du coin ou à faire enfant sur enfant dans un logement miteux...

Comme je le disais dans mon dernier billet à propos du Corps humain, ce livre est une lecture édifiante à réserver à certains lecteurs – ou plutôt, si cela était possible, à rendre obligatoire, car ceux qui ont justement le plus besoin de le lire sont précisément ceux qui ne le liront jamais, soit parce qu'ils en ont rien à cirer de ces histoires de pédé, soit peut-être parce qu'ils ne savent pas lire. Édouard Louis a réussi un coup de maître avec ce premier roman, qui est très bien écrit en ce qui concerne le récit lui-même et tout à fait déroutant lorsqu'il reproduit les déclarations des personnages, et qui m'a rappelé furieusement Un héros de Félicité Herzog tant il s'en dégage la même souffrance. À lire.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Sophie, la médiathécaire animant le comité de lecture dont je fais partie, sur le blog de la médiathèque
L'avis de Corinne, membre du comité, sur le blog de la médiathèque
L'avis de Séverine, autre membre du comité (qui m'a super gentiment prêté son exemplaire! merci!!!), sur son propre blog

Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule
Éditions Seuil, 219 pages, 17€