dimanche 29 juillet 2018

La Pierre et le sabre (1935)

Roman de cape et d’épée, La Pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa décrit de manière très romancée la vie de Myiamoto Musashi, célèbre escrimeur et samouraï japonais du XVIIe.


Je découvrais totalement le personnage ici et il faut bien garder à l’esprit que cette œuvre est largement fictive, mais on peut dire que c’est le d’Artagnan japonais: sûr de lui jusqu’à l’arrogance, décidé à faire ses preuves par les armes, combattant hors pair, Musashi (d’abord appelé Takezō) navigue d’ennui en ennui dans un Japon enfin pacifié après de longues luttes entre seigneurs (la bataille de Sekigahara, sur le champ de laquelle s’ouvre le roman, marqua le début de l’ère d’Edo). Comme je ne connais rien à l'histoire du Japon, je découvrais totalement cette période historique et les enjeux associés, notamment le passage de pouvoir des samouraïs aux commerçants, la classe guerrière étant beaucoup moins puissante que précédemment.

Comme chez Dumas, le roman a été publié en feuilleton et est truffé de rebondissements, à tel point que j’ai rapidement saturé. Il m’a été laborieux de lire ces 780 pages grand format dans lesquelles chaque paragraphe est susceptible de contenir un retournement de situation ou un comportement tout à fait incohérent ou irrationnel qui provoque encore plus d’ennuis aux personnages...

À part Musashi, on suit les aventures de Matahachi, le jeune homme avec lequel il a quitté son village pour partir à la guerre (et qui aura le parcours inverse, cumulant les mauvaises rencontres et se condamnant lui-même par sa paresse et son incapacité à se remettre en question), d'Osugi, la mère de Matahachi décidée à décapiter Musashi pour rétablir l’honneur de sa famille, d'Otsu, la fiancée de Matahachi qui tombe finalement amoureuse de Musashi et passe son temps à le chercher partout et à pleurer, d’Akemi, une jeune fille également amoureuse de Musashi, et de Jōtarō, grand enfant naïf et impulsif et premier disciple de Musashi.

Une lecture laborieuse, donc, dont je suis venue à bout rapidement car j'étais en vacances et pouvais donc lire longtemps. En temps normal, je l'aurais sûrement traînée pendant des semaines, vu mon manque absolu d'empathie et d'intérêt pour les personnages... Je ne lirai donc pas la suite – car, oui, il y a une suite, un deuxième tome intitulé La Splendide lumière et tout aussi long! À réserver, je pense, aux passionnés d'histoire et de culture japonaises...

Ce roman a été traduit de l'anglais (oui, de l'anglais, pas du japonais, j'ignore pourquoi; il n'y avait pas de traducteur japonais-français quand Balland l'a publié en 1983?!?) par Léo Dilé et il constitue, avec ses 780 pages, ma deuxième participation au challenge Pavé de l'été de Brize.

mardi 24 juillet 2018

Le charme discret de l'intestin (2014)

Le titre d’un livre a une importance primordiale pour son avenir. Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders en est un parfait exemple: franchement, comment peut-on résister à un titre pareil? 😂


En plus, ce livre est tout à fait intéressant et son succès est justifié. Il est vrai qu’on s’intéresse peu à l’intestin, le genre d’organe qu’on ne tient pas en grande estime et dont on ne s’occupe que quand ça va mal. On prend tous plus facilement et volontiers soin de notre coeur ou de nos poumons. Et pourtant, il est, comme tous les organes, absolument indispensable à notre survie. Et d’une complexité remarquable. Giulia Enders nous fait voyager de la bouche à l’anus avec beaucoup d’humour. De quoi prendre mieux conscience de ce qu’il se passe quand on avale quelque chose, comme le saucisson que je grignote au moment même où je rédige ce billet...

L'humour forme malheureusement aussi un défaut de ce livre. À force de faire des blagues, c’est un peu lourd; pas une page ne passe sans jeu de mots ou image rigolote. On étouffe un peu. Un autre problème: parfois, la vulgarisation est telle qu’on ne comprend plus très bien. Il y a tellement de comparaisons entre les cellules et les ouvriers d’une usine, ou entre la paroi de l’intestin et je ne sais pas quoi, que ce n’est plus très clair… Et parfois, cela introduit même de fausses idées, comme l’impression que les "bonnes bactéries" font exprès de nous aider en s’activant dans l’intestin; non, elles font ce pour quoi elles sont programmées parce qu’elles sont programmées pour, elles n’ont absolument pas conscience de vivre dans un intestin humain et de jouer un rôle positif pour leur hôte.

Si on garde ces petites réserves à l’esprit, cette lecture est tout à fait plaisante et fort enrichissante. Je recommande toutefois de le lire assez rapidement, de peur d’oublier en cours de lecture (ou de digestion ^^) ce qui a été dit précédemment. J’étais partie pour lire ce livre aux toilettes (HAHAHAHAHAHAHAHAHA) mais ça ne m’a pas réussi, j’ai complètement zappé ce que j’ai lu, tandis que j’ai mieux compris et retenu la deuxième moitié, que j’ai lue d’une traite en vacances.

Traduit de l'allemand par Isabelle Liber.

Allez donc voir ailleurs si cet intestin y est!
L'avis de Vert

jeudi 19 juillet 2018

Gagner la guerre (2009)

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski m’a été prêté il y a pas moins de trois ans. S’il est resté aussi longtemps dans ma pile à lire, c’est à cause de sa taille conséquente (982 pages dans cette édition Folio SF) et parce que j’avais lu qu’il s’agissait d’un roman au style assez recherché. Je voulais être sûre d’avoir le temps de le lire correctement, sans perdre le fil en avançant de quelques pages seulement par jour. Quand je l’ai enfin commencé, en vacances, je n’ai pas été déçue: je l’ai lu en une semaine avec un enthousiasme considérable et l’envie permanente de le retrouver!


L’intrigue est en effet extrêmement prenante. On suit Benvenuto Gesufal, un assassin missionné par son patron, le Podestat de la République de Ciudalia, pour tuer un rival politique. Ciudalia vient de gagner la guerre contre Ressine grâce à sa victoire sur les mers, mais la lutte continue en coulisses avec des intrigues politiques très fines. Tout le monde manipule tout le monde et cherche à tirer son épingle du jeu, le Podestat en tête… Quant à Benvenuto, cette mission va entraîner des ramifications fort complexes, d’abord à cause de la deuxième mission associée à celle que j’ai mentionnée et ensuite à cause des conséquences sur la ville de Ciudalia. L’assassin discret va devenir un homme public bien malgré lui et vivre des aventures absolument palpitantes pour le plus grand plaisir de son lecteur. Entre combats à l’épée, intrigues politiques, sorcellerie, trahisons, doubles jeux et missions secrètes, on ne s’ennuie pas une seconde! Le tout dans un univers extrêmement riche rappelant à la fois la Venise de la Renaissance et la Rome de Jules César.

Au-delà des évènements à proprement parler, ce roman est absolument addictif à cause de sa rédaction très particulière, avec un style extrêmement riche, à la fois érudit, parlé et vulgaire, un brin moyenâgeux et élégant. C’est très difficile de le décrire et je vais donc citer un passage trouvé quasiment au hasard: "N’empêche que dans l’immédiat, les élans compassionnels, ça relevait du luxe. Avant tout, il s’agissait de tirer ma jolie petite gueule de ce guêpier; et les consignes que j’avais reçues de mon patron me semblèrent soudain pleines de désinvolture, tandis que quinze moricauds bardés d’airain tournaient lentement leurs faciès de singe vers votre serviteur."

Dans mon enthousiasme, j’ai tout de même relevé quelques petites réserves, mais rien de très grave. J’y ai trouvé une certaine longueur, la partie à Ciudalia s’éternisant un peu; ça reste prenant mais j’ai resenti une certaine perplexité. Je pense aussi que l’auteur est allé un peu loin en mettant soudain en scène des elfes. J’ai trouvé que cet élément tellement cliché de la fantasy détonnait dans cet univers si soigné, où l’on sent que l’auteur a mis en place une histoire complexe (culturellement et politiquement). Par ailleurs, je n’ai pas du tout compris qui a commis certains meurtres à la fin; (divulgâcheur) certains membres des Mastiggia étaient morts avant que Benvenuto ne s’approche d’eux, mais qui les a refroidis?

Pour finir, je soulignerai ce qui me semble être le seul véritable problème de ce livre (les réserves que j’ai émises ci-dessus sont, justement, des réserves; elles ne ternissent pas l’ensemble): le sexisme virulent. Les femmes sont pratiquement absentes; Benvenuto les qualifie uniquement de gueuses, de pucelles ou de pestes (et aucun personnage masculin n'émet une opinion différente); elles n’ont pas d’éducation et pas de rôle politique; elles sont forcément la femme ou la fille d’un homme plus important qu’elles (et dont l’existence leur accorde leur seul intérêt); on peut leur dire en face "vous n'êtes qu'une femme"; et une scène de viol assez épouvantable passe comme une lettre à la poste, sans aucun recul de la part du narrateur ou de son auteur. Je vois d’ici qu’on me traitera de bien-pensante et qu’on me dira que l’auteur a imité le contexte historique qui l’a inspiré; mais quand on met en scène des elfes, franchement, on n’est pas dans l’historique mais dans l’imaginaire, et on n’est pas obligés de respecter le sexisme de la Rome antique ou de la Venise du XVe.…


À l’exception de ce dernier point, Gagner la guerre a été vraiment une lecture formidable, et j’ai sérieusement regretté d’avoir tardé trois ans à le lire. Je recommande!

Cette lecture marque ma première participation au challenge Pavé de l'été de Brize.


Allez donc voir ailleurs si cette guerre y est!

samedi 14 juillet 2018

The Woman in Black (1983)

Il y a quelques années, je ne suis pas allée voir l'adaptation cinématographique de La Dame en noir de Susan Hill, avec Daniel Radcliffe dans le premier rôle, de peur de ne pas dormir pendant quelques jours. Par contre, j'ai gardé son existence dans un coin de ma tête, et c'est avec plaisir que j'ai acheté le roman quand je l'ai trouvé d'occasion.


Si cette lecture n'était pas particulièrement marquante, elle a l'avantage de réunir tous les éléments de la bonne vieille histoire de fantômes: un jeune protagoniste plein de bonne volonté, un village reculé, une demeure inhabitée et isolée, des locaux singulièrement déterminés à ne pas en approcher, une apparition, une porte sans serrure au bout d'un couloir, un brouillard à couper au couteau, des bruits provenant de pièces vides ou de routes désertes, et même un chien qui hurle à la mort.

Héhé.

Le jeune protagoniste plein de bonne volonté, c'est Arthur Kipps, un jeune notaire qui part trier les papiers d'une cliente après son décès. C'est lui qui va voir la dame en noir à l'enterrement et passer des nuits peu reposantes dans la maison de feu sa cliente. Je dois dire que j'ai moi aussi regardé mon couloir d'un œil soupçonneux pendant ma lecture, mais je pense que c'est dû au fait que je suis une grande trouillarde, pas forcément à la qualité du roman, qui reste un peu léger ou veut caser trop d'éléments dans un format assez court (moins de 200 pages dans cette édition Vintage, une sous-maison/collection/structure de Penguin). En outre, le ton n'est pas suffisamment prenant; Susan Hill a clairement voulu reprendre le style XIXe ou lui rendre hommage mais n'a pas réussi à en réactiver l'élégance ou le pouvoir évocateur.

Je dirais donc que c'est une lecture agréable sur le coup si vous aimez les histoires de maisons hantées ou si vous découvrez le genre (si j'avais lu ça à quinze ans... ^^), mais rien de bien mémorable dans l'absolu. Je relirai Susan Hill si un autre de ses livres croise mon chemin en seconde main, mais je n'irai pas forcer le destin en achetant du neuf.

Concernant le film: la bande-annonce me laisse croire que le film a ajouté pas mal d'éléments qui n'existent pas dans le livre (dans lequel il ne se passe pas grand-chose au final) et s'inscrit dans la mouvance des films d'horreur post The Ring. Je vais continuer à ne pas le regarder de peur de ne plus dormir. 😂

dimanche 8 juillet 2018

Vacances!

À l'heure où ce message sera publié, je serai partie depuis la veille! Le rythme de publication va clairement ralentir cet été, étant donné que j'ai très peu lu ces dernières semaines, que je n'ai qu'un seul billet d'avance et que je n'aurai pas Internet pour publier de nouveaux avis. J'espère reprendre le blogging régulièrement à partir de la mi-août. (Pas que je parte un mois en vacances, hein, mais ça va un peu s'enchaîner d'ici là!)

Bel été à vous, chers lecteurs, et surtout belles lectures! 💖


mercredi 4 juillet 2018

La gamelle de juin 2018

Le mot d'ordre de ce mois de juin: regarder des films demandant peu d'attention pour avancer le déguisement qui m'occupait déjà en mai. Plongez avec moi dans le monde du cinéma d'action en costume. 😉

Sur petit écran

Last Knights de Kazuaki Kiriya (2015)


Un film inspiré des 47 ronin. Leur maître ayant été tué par un ministre corrompu, une bande de guerriers qui a tout perdu décide de se venger. Même si on est clairement dans la série B, voire C, j'ai bien aimé l'ambiance de ce film, ce royaume imprécisé qui réunit les peuples du monde entier (asiatiques, noirs et blancs cohabitent sans que ça n'étonne personne) dans un décor moyen-âgeux (le bon vieux château-fort normand) ou fortement byzantin (le palais doré de l'empereur). Bon, ce n'est pas le meilleur film de Morgan Freeman et Clive Owen, mais j'ai passé un moment sympathique.
Déçue, par contre, de voir qu'on peut imaginer la paix entre les hommes de couleurs de peau différente mais qu'on n'imagine pas une seconde un personnage féminin indépendant/intéressant: les femmes sont soit une épouse, soit une fille, soit une prostituée, ne servent à rien et n'ont, je crois, même pas de prénom... 😱

Bandslam de Todd Graff (2009)
J'adore ce film musical pour ados et la manière dont il souligne combien la musique est importante à un certain âge. C'est cousu de fil blanc, ok, mais je m'y retrouve énormément, j'adore la musique et je rigole beaucoup. "Dear David Bowie..."

Jurassic World de Colin Trevorrow (2015)
Petite révision avant d'aller voir le 2 au cinéma. Très amusant comme toujours. "Bigger, scarier, more teeth". 😉

Le Roi-scorpion de Chuck Russell (2002)
Hihihi. Très sympa, ce Conan moyen-oriental. The Rock peut vraiment tout faire! 😄 À noter: la fille a une espèce de bikini cotte de maille... 😂

Le Retour de la momie de Stephen Sommers (2001)
Divertissement familial sympathique qui vieillit plutôt bien. Mais je préfère le Roi-scorpion.

Sur grand écran

Jurassic World. Fallen Kingdom de J. A. Bayona (2018)


Que du plaisir pour la suite du reboot de Jurassic Park. Plein de dinosaures, des personnages féminins nettement plus intéressants que dans le premier, un vrai propos (pour ce type de film à très grand budget) sur l'exploitation des animaux et les risques de la génétique, des évènements plus sombres que précédemment... Mon seul regret: l'image de synthèse ne véhicule ni la même émotion ni le même réalisme que les animatronics du film d'origine et ça me manque.

The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society de Mike Newell (2018)
Une bien jolie adaptation d'un livre que j'avais beaucoup aimé (mon avis ici). L'intrigue amoureuse est un tantinet niaise, mais l'histoire est touchante et aborde plusieurs sujets graves avec beaucoup de sensibilité.

Ocean's 8 de Gary Ross (2018)
Je n'apprécie pas le moins du monde les films sur les criminels de quelque type que ce soit, mais celui-ci remplit le cahier des charges et se révèle un divertissement sympathique, sans temps morts et assez amusant.

Du côté des séries

Rien. 😂

Et le reste

J'ai terminé l'ABCdaire du cheval de Flammarion, que je lisais aux toilettes depuis des mois. Une lecture grand public très utile pour découvrir le monde du cheval ou redécouvrir certaines choses quand on connait un peu le domaine.

J'ai lu un ancien numéro du Magazine Littéraire consacré à Tolkien, sorti à l'occasion de la sortie du Hobbit au cinéma et gentiment prêté par Vert. Très intéressant également, même si je trouve que les universitaires vont parfois loin dans l'interprétation. Je considère Tolkien comme légitime sans forcément trouver de sous-texte de fou à ses récits.

En fin de mois, bien sûr, j'ai lu mon fidèle Cheval Mag.


Les pronostics de juillet: lire des pavés pour le challenge de Brize
et surtout me reposer pendant les vacances! 😊