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dimanche 15 juin 2025

The Galaxy, and the Ground Within (2021)

Retrouver Becky Chambers est toujours un plaisir pour moi, et ce roman, le quatrième de la série des Wayfarers, n'a pas fait exception! 😊😊

Au début, comme dans les romans précédents, j'ai eu un peu de mal à identifier les espèces extraterrestres en présence et à associer un prénom de personnage à une espèce donnée, mais Internet m'a été d'une grande aide. Merci aux amateurs qui dessinent les personnages de Becky Chambers, hihi! Et ce petit temps d'ajustement ne m'empêche pas de profiter de l'histoire.

Nous rencontrons cette fois cinq personnes réunies par un problème technique. Ouloo est une Laru qui tient une sorte de petit hôtel sur une minuscule planète, en compagnie de son enfant Tupo. Au début du roman, elle reçoit trois clients: une Aeluon (la seule espèce dont je me souviens d'un roman à l'autre 🤣), une Akarak et un Quelin. Malheureusement, ces clients ne vont pas pouvoir repartir comme prévu, car toute circulation est brusquement interrompue.

Comme d'habitude chez Becky Chambers, il n'y a pas énormément d'action là-dedans, mais on apprend à connaître des personnages qui ont des manières de penser et de faire très différentes, en raison tant de leurs physiques que de leurs cultures. Par exemple, les Aeluon s'expriment grâce à la couleur de leur peau, donc tout élément coloré dans leur environnement leur semble signifier quelque chose. Les Akaraks, en revanche, se déplacent systématiquement avec une combinaison, car ils ne respirent pas la même atmosphère que la plupart des autres espèces sentientes. Ouloo, que j'ai imaginée comme une espèce de gros lama dégindandé, est une hôtesse extraordinaire, qui essaye de répondre aux besoins de tous et toutes.

Inévitablement, des tensions ressortent, mais, dans l'ensemble, c'est un séjour incroyablement agréable dans un microcosme où, en gros, tout le monde est sympa et respectueux de son prochain. Peu à peu, les personnages vont faire connaissance et s'ouvrir les uns aux autres, révélant leur passé ou les choix difficiles auxquels ils sont confrontés.

En bref: j'ai adoré, comme toujours. La seule chose qui m'étonne là-dedans, comme je l'ai évoqué dans ma chronique de A Prayer for the Crown-Shy, c'est qu'il n'y ait aucune mention du végétarisme, qui est à mes yeux la brique numéro un d'un monde plus juste (à moins que les innombrables plats évoqués ne soient censés se comprendre comme étant végétaux, mais ces noms fictifs me semblent relever des deux mondes). D'autant qu'il y a une scène très drôle où les personnages poussent de grands cris horrifiés en découvrant le concept du fromage humain. Un produit à base de lait, ça manque d'hygiène, mais tuer quelqu'un et consommer sa chair après la mort, ça passe? 🤔🤔

Il ne me reste plus grand-chose à lire de Becky Chambers: un roman écrit à huit mains avec Yoon Ha Lee, Rivers Solomon et S.L. Huan, ainsi que quelques nouvelles parues isolément qui ne semblent pas avoir été reprises en recueil. Je suis un peu tristesse.

lundi 27 mai 2024

A Prayer for the Crown-Shy (2022)

Après A Psalm for the Wild Built, premier tome de la série Monk and Robot, Becky Chambers retrouve dans ce deuxième roman Dex, moine du thé qui a quitté son travail en pleine crise existentielle, et Mosscap, robot essayant de découvrir de quoi les humains ont besoin. Au fil de six chapitres constituant autant d'étapes dans un monde résolument charmant et souhaitable, nos deux protagonistes vont faire quelques rencontres sympathiques, mais surtout approfondir les liens qui les unissent.

Pour une rare fois, j'ai lu ce court roman dans de bonnes conditions, c'est-à-dire d'une traite, sans m'endormir dessus et sans perdre la mémoire entre deux séances de lecture. Cela explique donc peut-être que je l'aie encore plus aimé que le premier tome. Je comprends les critiques concernant le fait qu'il ne s'y passe pas grand-chose et que c'est gentillet. C'est absolument vrai. Il ne s'y passe pas grand-chose et tout le monde est gentil. Et j'ajouterai que la traductrice que je suis a bien relevé les innombrables références aux gestes des personnages destinées à aérer les répliques et à rythmer les dialogues (un truc qui me rend folle dans mon boulot). Mais il s'en dégage quelque chose d'assez magique qui m'a enthousiasmée quand même.

Je serai au rendez-vous pour le prochain bouquin de Becky Chambers, ça ne fait pas de doute. 😊😊

#BeckyRules

Pour finir, la minute police du net.
Je trouve dommage que Becky Chambers, avec sa vision d'un monde tellement plus collectivement sage que le nôtre, ne prône pas le végétarisme, ou tout du moins n'y insère pas le végétarisme (car, en fait, je l'apprécie aussi, entre autres nombreuses raisons, parce qu'elle ne prône rien, mais donne à voir, ce que je trouve beaucoup plus fin). J'ai mangé des animaux pendant quasiment trente ans et je me souviens très bien de l'époque où ça ne me posait aucun problème, donc j'arrive encore à prendre du recul, mais je constate que ce recul est de plus en plus difficile à prendre. Et donc, ici, la scène du poisson m'a totalement déprimée.

Allez donc voir ailleurs si ces cimes timides y sont!
L'avis de Baroona
L'avis de Yuyine

jeudi 22 février 2024

A Psalm for the Wild-Built (2021)

Une nouvelle série par Becky Chambers, c'est bien sûr un événement pour celles et ceux qui apprécient cette autrice! J'ai la chance d'avoir un ami qui a du goût et qui m'a offert les deux romans de la série Monk & Robot. (Je croyais qu'il y en avait trois en tout, mais non. Snif.)

Le premier, A Psalm for the Wild-Built, raconte l'histoire de Dex. Dex est moine de son état, mais son quotidien ne lui parait plus satisfaisant, pour qui sait quelle raison. Alors, Dex décide du jour au lendemain de se consacrer au thé. Ces moines-là vont de village en village, proposent du thé en fonction de ce que le client leur raconte et prêtent une oreille attentive à ses problèmes. En gros, leur travail est à mi-chemin entre la cérémonie du thé et la séance de psy. J'ai adoré le concept!

Dex excelle dans ce travail, mais la sérénité ne vient pas pour autant... Alors, un jour, face à l'appel d'un monde inconnu, Dex décide de quitter la route menant au prochain village et de passer dans les terres sauvages, celles que l'humanité a laissées aux autres espèces après un grand changement de civilisation.

Et là, Dex tombe sur un robot.

Ce court roman – une novella, je suppose – ou un gros Amélie Nothomb pour prendre les romans de cette autrice belge comme unité de mesure – est délicieux. Déjà, ça commence avec un personnage qui fait du thé pour remonter le moral des gens, ce qui est quand même extraordinaire. (On pourrait limite s'étonner qu'il n'y ait pas une vague de démissions et d'ouvertures de salons de thé ambulants dans la foulée de la publication!) Ensuite, Becky Chambers brasse comme toujours quantité de thèmes importants qu'elle tisse au quotidien de ses personnages: rôle de chacun dans la société, sens que l'on peut donner à sa vie, rencontre de l'autre quand il est résolument différent de soi. Et elle donne à voir un univers où les choses se passent mieux que dans notre monde. J'adore. J'adore. J'adore. J'adore les gens qui réfléchissent aux alternatives au lieu de critiquer avec aigreur. C'est tellement facile de critiquer et c'est tellement efficace pour se donner bonne conscience et prendre la pose, mais réfléchir à un monde enviable et nous prendre par la main pour nous y emmener, c'est tout à fait autre chose.

Vous avez peut-être remarqué que j'ai beaucoup écrit "Dex" dans ce billet. En effet, j'ai cité le nom du personnage de multiples fois au lieu de le remplacer par un pronom. Cela est dû au fait que ledit personnage n'est pas genré en anglais. Le pronom utilisé pour en parler est "they", un point grammatical très utile pour ne pas se prononcer précisément sur une personne. Pour ma part, j'ai clairement vu notre protagoniste comme un homme, sans doute en raison de son statut de moine et de ses robes orangées ou rouges qui m'évoquent les moines boudhistes, tous des hommes. Mais j'ai bien pris garde à tourner toute cette chronique pour ne jamais dire "Dex est content", "Dex est contente" ou (horreur à laquelle je ne m'habituerai probablement jamais) "Dex est content.e". Notez, par exemple, que je n'ai pas écrit "Dex, un moine, fait tel truc", mais "Dex, moine de son état, fait tel truc". 💡 Qu'est-ce que la traductrice française, Marie Surgers, a dû galérer pour tenir l'exercice sur tout un roman et pas juste sur une courte chronique... 😅

Je me réjouis de lire la suite. Pas tout de suite, pour faire durer le plaisir de l'attente. Mais je me réjouis.

#BeckyRules

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
Suivez le guide!

Allez donc voir ailleurs si ce psaume y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Grominou
L'avis de Yuyine

dimanche 24 septembre 2023

Record of a Spaceborn Few (2018) ⭐

Chronique express!

Quel plaisir de retrouver Becky Chambers, l'autrice-doudou par excellence! Dans Record of a Spaceborn Few, troisième roman de sa série Wayfarers, elle met en scène quelques humains vivant au sein de la Flotte de l'Exode, l'armada de gigantesques vaisseaux qui a quitté la Terre lorsque celle-ci est devenu inhabitable. Depuis, les humains, qu'ils soient restés dans leur Système solaire ou aient vogué vers les étoiles, ont rejoint une sorte d'union galactique et la Flotte s'est mise en orbite autour d'un soleil inutilisé. Mais le mode de vie à bord est resté celui du voyage interstellaire, avec un usage rigoureux des ressources dans un environnement clos – toutes les ressources, même les corps humains.

Les personnages qu'on accompagne – ces "spaceborn few", ces quelques-uns nés dans l'espace – sont Eyas, dont le travail consiste à prendre soin des corps, Kip, un ado qui déteste vivre là et ne rêve que de partir, Tessa, la mère de deux enfants facétieux (et la sœur d'un personnage de The Long Way to A Small Angry Planet), Isabel, une archiviste, et Sawyer, un humain né sur une planète venu découvrir le monde dont sont originaires ses ancêtres. Depuis le contact avec les autres espèces sentientes et l'entrée dans l'union galactique, la culture évolue à bord de la Flotte, les jeunes apprennent une langue étrangère qu'ils trouvent plus tendance que la leur, certains émigrent pour découvrir de nouveaux horizons ou faire fortune... Et la vie quotidienne continue, pleine de petites interrogations. C'est avec des événements très banals, sans grands enjeux galactiques, que Becky Chambers accompagne ces personnages dans leur progression humaine, ultra-humaine, qui ne manque pourtant pas de questions fondamentales sur la rencontre de l'autre, la préservation de sa culture, la communication entre espèces, les relations familiales... Un mélange absolument délicieux, réconfortant et émerveillant à la fois, qui donne bien du courage pour avoir des valeurs dans sa propre vie.

#BeckyRules

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
The Long Way to a Small Angry Planet (2015)
A Closed and Common Orbit (2016)
To Be Taught, if Fortunate (2019)

lundi 8 août 2022

A Closed and Common Orbit (2016)

Chronique express!

Les lecteurs assidus de ce blog savent que j’ai aimé Becky Chambers d’amour dès que je l’ai rencontrée avec The Long Way to a Small, Angry Planet. J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai retrouvé tout ce que j’ai aimé chez elle dans ce roman, son deuxième: une intrigue toute douce, centrée sur les relations humaines et les parcours personnels, avec bien peu d’action. Enfin, je parle de relations "humaines", mais, en réalité, cette histoire est principalement celle de Sidra, une intelligence artificielle consciente installée dans un androïde et contrainte de commencer une nouvelle vie loin du vaisseau dans lequel elle est née. Heureusement pour elle, elle bénéficie de l’aide de Pepper, une humaine pas comme les autres. Le roman alterne entre les chapitres consacrés au présent de Sidra et ceux consacrés au passé de Pepper, qui a vécu une enfance plus que difficile.

Ces va-et-vient entre présent et passé sont très efficaces pour stimuler l’intérêt. Autant le passé de Sidra est plutôt tranquille, autant le passé de Pepper est plein de dangers et suscite suspense, impatience et empathie. Mais l’un comme l’autre parlent d’intelligences artificielles super avancées, conscientes et capables de sentiments, et posent plein de questions fascinantes. Ci-dessus, par exemple, je vous ai dit que Sidra était "née" à bord d’un vaisseau, mais peut-on franchement dire cela d’un programme qu’on a installé dans un système informatique de bord? La question se pose, évidemment, et me donne le vertige, personnellement. En parallèle, on découvre ou retrouve d’autres espèces non humaines, dont les Aandrisks, que je visualise toujours comme Earl Sinclair et qui me font donc bien marrer (si vous ne savez pas encore qui est Earl Sinclair, qu’est-ce que vous attendez pour cliquer??), et les Aeluons, qui incarnent la fluidité de genre à l’état pur. Becky Chambers est très douée pour créer des espèces extraterrestres avec des caractéristiques physiques, des coutumes et des psychologies différentes des nôtres, c’est très agréable. Le tout avec cet optimisme confiant et simple. Je suis conquise.

mercredi 20 avril 2022

To Be Taught, If Fortunate (2019)

Chronique express!


Ayant adoré The Long Way to a Small Angry Planet de Becky Chambers, j’avais très envie de continuer avec cette autrice merveilleuse, qui avait proposé un premier roman si doux à lire. J’ai donc sauté sur To Be Taught, If Fortunate quand je l’ai vu en librairie (béni soit l’American Book Centre d’Amsterdam d’avoir du Becky Chambers en rayon, et même plusieurs bouquins de Becky Chambers en rayon 💖).

Et quel plaisir. D’une part, ce livre est très court, et j’ai donc pu le lire en un temps raisonnable (cinq jours?), ce qui m’a évité de perdre totalement le fil comme je le fais d’habitude. Il se divise en quatre parties, chacune présentant l’exploration d’une planète par une équipe de scientifiques humains, qui ont quitté la Terre au XXIIe siècle. On découvre ainsi quatre mondes différents, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et on partage le plaisir des chercheurs espérant trouver des formes de vie, puis les cataloguant. Et quand les choses se passent mal, on peine avec eux – même si, Becky Chambers oblige, le scénario du pire ne tourne pas non plus à l’horreur. (C’est comme chez Arthur C. Clarke: vous pouvez lire tranquille, a priori personne ne finira découpé en morceaux. Quel soulagement. Quel bonheur.) De manière plus générale, j’adore la vision de la science présentée ici: la science comme facteur de progrès et de connaissance, portée par une volonté partagée de gens différents les uns des autres. La fin m’a carrément donné la chair de poule. Et le titre, extrait d’un message de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations Unies, est un programme d’humilité et de foi en la science à lui tout seul. Cette édition Hodder se termine, en outre, par un échange de questions-réponses entre Becky Chambers et sa mère, Nikki Chambers, qui est prof d’astrobiologie. Formidable.

En écrivant cette chronique, je réalise qu’on peut clairement dire que Becky Chambers est la digne héritière d’Arthur C. Clarke. Je suis joie. 😍

mercredi 8 décembre 2021

The Long Way to a Small Angry Planet (2015)

Chronique express!

Cela fait un certain temps que j’entends parler de la SF optimiste de Becky Chambers, alors j’ai sauté sur l’occasion quand je suis tombée sur son premier roman (béni soit le DamnFine Bookstore de Lyon!!). Et je n’ai pas du tout regretté ce voyage d’un an à bord du Wayfarer, un vaisseau spatial qui parcourt la galaxie afin de creuser les trous de ver qui permettront des déplacements plus rapides. Bon, je n’ai RIEN compris à la description du percement d’un tunnel, mais ce n’est pas très grave: ce qui est génial dans ce bouquin, c’est le voyage, pas le travail que le vaisseau accomplit.

Avec Rosemary, nouvelle recrue, nous découvrons un équipage haut en couleurs qui réunit plusieurs espèces: des humains, mais aussi une Aandrisk (une espèce reptilienne), un Grum (dont j’ai seulement retenu qu’il a de multiples bras) et une paire Sianat (un hôte parasité par un virus qui lui offre des capacités uniques). Tout tourne autour des ressentis de ces personnages très différents, qui n’appréhendent pas le monde de la même façon et doivent composer les uns avec les autres pour vivre dans un petit espace. Par moments, je me suis dit que c’était terriblement culcul et woke (par exemple, tout le monde prend soin d'exprimer ses émotions en cas de difficulté et l’autrice utilise "xe", un pronom non genré, alors que l’anglais est, de base, une langue non genrée et dispose depuis des siècles du "they" pour désigner quelqu'un sans préciser si c'est un homme ou une femme... 🤷‍️), mais j’avais trop envie de rester dedans en même temps. C’est une sorte de roman doudou qui m’a bien fait rire en même temps, par exemple parce que la technicienne Kizzy a un débit de parole et une répartie extraordinaires. Une belle réussite pour une autrice qui n’en était là qu’à son premier roman!

Allez donc voir ailleurs si cette planète en colère y est!