mercredi 24 mai 2017

La sieste assassinée (2001)

Chronique express!


Angers, une bouquinerie, un Philippe Delerm à 3€... Le bonheur.

Avec ses tout petits chapitres, La sieste assassinée est très similaire à La première gorgée de bière (et, j'imagine, à toute l’œuvre de Philippe Delerm). Mais là où La première gorgée parle de "plaisirs minuscules", de petits bonheurs, La sieste assassinée a un horizon plus large et parle d'instants de vie en général, en bien comme en mal.

Quelques souvenirs:
Le temps est comme suspendu dans Il va pleuvoir sur Roland-Garros, on est un peu gêné et honteux dans Rencontre à l'étranger (tellement vraie cette histoire, ça m'a serré le cœur), on se retrouve forcément dans Le oui oui au coiffeur. Le présent des bios m'a aidée à comprendre pourquoi les notices bibliographiques me dépriment autant, j'ai eu un cafard d'amitié et de famille violent avec Juste une omelette, comme ça, j'ai regretté avec Vous êtes bien, là! et je me suis sentie une adulte avec Correspondance.

Une belle panoplie d'émotions en à peine 96 pages qui se lisent en une heure... Et pourtant beaucoup de sérénité parce que c'est juste la vie, tout ça, et que dans les mots de Delerm ça n'a pas l'air si vain et si terrible.

Autres merveilles de l'auteur déjà chroniquées sur ce blog

dimanche 21 mai 2017

Maigret et l'indicateur (1971)

Chronique express!


Maigret est un de ces inspecteurs célèbres que je connais de nom mais n'ai jamais lu ou regardé. C'est chose faite avec ce vieux poche imprimé en 1986 (il est à peine plus jeune que moi!) jauni et odorant, récupéré grâce à une amie qui faisait du vide dans la maison familiale. C'était une lecture sympathique et facile mais pas forcément mémorable. L'enquête est assez superficielle. Un cadavre apparaît, un indicateur dénonce le coupable, Maigret cherche des preuves en fumant sa pipe. C'est l’atmosphère datée qui est intéressante, ce Paris des années soixante rempli de bistrots où les gens parlent parfois en argot. On sent que la société a changé depuis. Un exemple: aujourd'hui, plus personne ne dit que quelqu'un "a de l'instruction"... On dira qu'il "a fait des études" ou "de bonnes études". Le sexisme ambiant fait quant à lui trembler! Figurez-vous que Maigret demande à une serveuse, dont le patron a été tué, si ça ne la gêne pas trop d'avoir une patronne et pas un patron maintenant que la veuve veut reprendre le restaurant... et que la serveuse répond que ça ne fait jamais plaisir! LOL! Enfin ça ne m'empêchera pas de relire du Maigret ou du Simenon en général si l'occasion se représente, d'autant plus que ça se lit très très vite: 189 pages écrites assez gros pour ce roman.

jeudi 18 mai 2017

The Eyes of the Dragon (1984)

Entre deux pavés de la Tour sombre, retour sur le premier roman de Stephen King que j'ai lu: Les Yeux du dragon.


L'indispensable parenthèse "Ma vie, mon œuvre"

Quand j'étais en quatrième, j'ai sauté sur ce roman dans le CDI de mon collège parce que j'étais en pleine période "dragons" à cause de Cœur de dragon que j'avais vu au cinéma deux ans plus tôt. J'écrivais même une histoire de fantasy mettant en scène des licornes et des dragons (et quelques dinosaures bien entendu). Je vous parle des années 1997-2000; aimer les dragons était vraiment tordu à l'époque. Ensuite, tout le monde s'est découvert une passion pour ces grosses bêtes à cause de Harry Potter...

Quelle déception immense, donc, quand j'ai commencé le roman et réalisé que le seul dragon de l'histoire se fait tuer au bout de quelques chapitres et que sa tête empaillée finit parmi les nombreux trophées de chasse de Roland, roi de Delain! 😀

Je crois néanmoins que j'avais bien apprécié la lecture. J'ai d'ailleurs acheté le livre bien plus tard, en 2010, pour le relire en anglais. Là, je l'ai lu en deux jours; j'ai adoré la première partie et ai été assez déçue par la deuxième. Je me souviens que je suis allée me coucher enthousiaste et que je n'ai pas retrouvé le même plaisir le lendemain.

L'histoire

Delain est un royaume typique de la fantasy, clairement inspiré de l'Europe médiévale. Le roi Roland a deux fils, Peter et Thomas, et un conseiller, le magicien Flagg qui vit dans un sombre donjon. C'est un univers dans lequel on est susceptible de croiser des dragons, même si cela fait bien longtemps qu'on n'en voit plus à Delain, et où la magie est bien réelle.

Le prince Peter, le fils ainé, est intelligent, raisonnable, calme, réfléchi, poli et droit dans ses bottes. Son père l'adore et tout le monde se réjouit qu'il lui succède sur le trône car il fera un bon roi. Thomas, par contre, est plus timide et moins sûr de lui... À force de vivre dans l'ombre de Peter, il ressent de plus en plus de frustration et de jalousie. Flagg le magicien l'a bien remarqué et trouve que ce garçon ferait un roi bien plus à son goût.

Et puis un jour, brutalement, le bon et vieux roi Roland meurt dans d'atroces souffrances, on ne tarde pas à découvrir qu'il a été empoisonné et Peter, le fils chéri que tout le monde aimait, est emprisonné dans la plus haute tour du château pour le meurtre de son père!

Bien sûr, le lecteur sait très bien qui a commis le meurtre. C'est Flagg. Mais comment Peter pourra-t-il prouver son innocence du haut de sa prison? 

Mon avis

Cette fois-ci, j'ai adoré ce roman qui est super chou. Très atypique dans la bibliographie de Stephen King, il relève du conte et sert vraiment à expliquer la vie aux jeunes lecteurs, avec un narrateur anonyme qui intervient parfois pour tempérer les propos d'un personnage ou expliquer qu'on ne sait pas trop, parfois, pourquoi on fait ce que l'on fait... Ce narrateur peut même rentrer dans la tête d'un chien, c'est formidable (et ça donne un court passage très chou et rigolo).

Le fond de l'intrigue est une sorte de lutte du bien contre le mal, mais assez nuancée. Il y a certes le Mal personnifié en la personne de Flagg, mais il y a aussi le mal plus modeste voire un peu minable, qui provient de la souffrance ou de la bêtise et qui peut faire autant de dégâts. Et le bien est certes bon, mais il est plein de doutes et a peur de tout plein de choses. Et parfois le bien veut trop bien faire et finit par jouer le jeu du mal, comme dans le cas du juge Peyna qui enquête sur la mort du roi.

D'ailleurs, je vous ai dit que ce livre est super chou, et c'est vrai, mais bon ça reste Stephen King, il y a du sang et ce n'est pas du tout naïf. Je pense que c'est une bonne lecture au collège, pas quelque chose qu'on lit à de jeunes enfants pour les endormir...

La parenthèse féministe consternée

Je ne félicite pas Stephen King pour le nombre extrêmement limité de personnages féminins de ce roman. Il y a Sasha, la reine, qui meurt en couches après 50 pages, puis Naomie qui sauve heureusement l'honneur à la fin. Sinon il n'y a que des hommes dans cet univers et les deux "femmes de" entraperçues au cours du roman ont la larme facile et ne sont pas mises dans la confidence des grands faits du royaume. Grrr.

La parenthèse Flagg

Flagg, Flagg, Flagg. Flagg avec son cristal magique qui lui montre des choses. Flagg qui ne vieillit pas au fil des siècles et revient régulièrement à Delain pour y semer le chaos. Flagg qui cache son visage sous une capuche. Flagg qui conseille le roi pour mieux le perdre. Flagg dont tout le monde a un peu peur. Flagg qui sait plein de choses sur tout le monde mais fait parfois preuve d'un étrange aveuglement.

Flagg n'est pas un méchant terrifiant mais c'est un bon méchant sournois et parfois amusant.

J'ai hâte de retrouver Flagg.

Le mot de la fin

"Worlds sometimes shudder and turn inside their axes." Je ne suis pas sure de saisir ce que ça veut dire mais on ne peut pas ne pas relever ce genre de phrase quand on lit La Tour sombre. Car bien sûr ce livre est lié à La Tour sombre et je ne l'ai pas relu par hasard. Je vous laisse sur votre faim si vous n'en savez pas plus. 😈

lundi 15 mai 2017

Nymphéas noirs (2011)

Voyage à Giverny, le village de Monet en Normandie, avec ce polar de Michel Bussi. Un cadavre fait son apparition dans le ru qui alimente l'étang aux nymphéas que le célèbre impressionniste a tant peint. La police enquête. L'inspecteur chargé de l'affaire tourne d'un peu trop près autour de l'institutrice, dont le mari est le principal suspect. Son adjoint tente de suivre toutes les pistes: crime passionnel, trafic de tableaux de maîtres, vengeance d'une maîtresse abandonnée, existence potentielle d'un enfant illégitime. Une petite fille très talentueuse veut, elle aussi, peindre des nymphéas. Et une vieille dame habillée de noir surveille le tout en parcourant discrètement les rues du village avec son chien.


Caractéristique "roman de plage", Nymphéas noirs n'est pas un chef d’œuvre avec sa rédaction passe-partout et ses clichés (palme absolue pour le personnage de l'institutrice mariée à un homme qu'elle n'aime pas et qui tombe follement amoureuse, au premier regard, de l'inspecteur qui va forcément la sortir du village où elle a passé toute sa vie...). Mais bon dès qu'il y a un cadavre, on a envie de savoir qui l'a mis là, et les pages se tournent toutes seules, d'autant plus que les chapitres sont très courts et se terminent souvent en plein milieu d'une révélation. C'est un livre efficace, donc. J'ai lu 400 pages en deux jours (après avoir péniblement lu les 50 premières en trois jours par manque de temps).

Au final, je n'ai rien vu venir et je me suis bien fait avoir. On pourrait rendre hommage à Michel Bussi, mais je suis frustrée car il y a de la triche dans ce bouquin et que ce n'est pas cool. On ne peut pas voir venir la fin. Tsss tsss. J'ai l'impression qu'il n'y a pas eu de pacte avec le lecteur et je ne suis pas très contente... Certains détails auraient peut-être dû me mettre la puce à l'oreille... Après tout, je sais qu'il ne faut jamais rien laisser passer dans un polar! Mais j'ai tout de même trouvé tout cela très contrariant...

Pourquoi ce livre?
Parce que je l'ai trouvé dans mon local à poubelles un soir de février (avec Enregistrements pirates de Philippe Delerm) et parce que ma kiné a lu et m'a conseillé Un avion sans elle du même auteur il y a quatre ans.

vendredi 12 mai 2017

The Tropic of Serpents (2014)

Les mémoires de Lady Trent, naturaliste spécialiste des dragons, continuent avec ce deuxième tome aussi frais et efficace que le premier, A Natural History of Dragons (mon avis ici). La recette est la même: une jeune Lady déterminée à se consacrer à sa passion, l'étude des dragons, dans une société très portée sur les conventions et les commérages, une région exotique à explorer, des dragons à découvrir et une bonne dose d'humour et d'ironie dans la rédaction. C'est extrêmement plaisant à lire et le ton résolument XIXe est tellement réussi qu'on s'y croirait vraiment.


Cette fois-ci, Isabella part au Bayembe, un pays tropical dont elle souhaite étudier les dragons. Le contexte politique n'est pas des plus simples puisque le Bayembe accueille des soldats scirlings, c'est-à-dire de la même nationalité qu'Isabella, pour le protéger des vues expansionnistes de son voisin austral, l'Eremmo, qui est lui-même occupé par les Ikwunde. Entre les deux États, une immense région marécageuse surnommée l'Enfer vert, Mouleen. C'est là qu'Isabella et ses compagnons partiront en mission, non seulement pour leurs propres recherches mais aussi pour le compte de l'oba – disons le roi – du Bayembe, qui veut qu'ils lui rapportent des œufs de dragon.

Comme dans le tome précédent, ce roman parle beaucoup de la condition des femmes, puisqu'Isabella doit constamment se battre pour faire accepter ses choix (quant à publier un ouvrage scientifique en son nom, n'en parlons même pas). C'est intéressant même si je me demande parfois si le trait n'est pas un peu trop forcé et si on ne pourrait pas imaginer un monde alternatif très similaire au nôtre dans lequel on ne retrouverait pas d'aussi près les travers de nos sociétés...

À propos du trait un peu forcé: je vous avais déjà parlé du "ton un peu forcé" dans le premier roman et j'ai retrouvé ce défaut ici. Peut-être qu'il ne serait pas nécessaire de faire autant de remarques ironiques, d'ouvrir autant de parenthèses, de couiner dès qu'on entend le mot dragon et de s'adresser au lecteur aussi souvent...

Dans l'ensemble, toutefois, ça n'enlève rien au fait que la lecture est fort plaisante et que j'ai passé un très bon moment. C'est parfait pour se détendre ou se changer les idées entre des lectures plus dures ou exigeantes, et puis ça fait toujours plaisir de passer du temps avec une héroïne digne de ce nom. Ça m'a d'ailleurs rappelé Adèle Blanc-Sec, que j'avais beaucoup apprécié (même si, en réalité, je ne me souviens pas bien du tout du film, juste de l'ambiance début du siècle/aventure.) En plus ce tome m'a plus semblé faire référence aux autres aventures d'Isabella, ce qui donne extrêmement envie de continuer à les lire (divulgâcheur: par exemple, j'ai follement envie de savoir ce qu'il s'est passé après que des dragons aient été introduits dans les trois rivières alimentant le marécage de Mouleen et d'où vient cette stèle gravée de mystérieux caractères!) Ça tombe bien car trois autres tomes sont sortis et que j'ai donc encore quelques aventures à découvrir!

Allez donc voir ailleurs si ces dragons y sont!
Une interview de l'auteure (en anglais)

mardi 9 mai 2017

La Fortune des Rougon (1871)

En février, j'attaquais La Fortune des Rougon, le premier roman de la grande saga des Rougon-Macquart d'Émile Zola, en bonne compagnie avec Eless, Ksidraconis et Tigger Lilly. C'était une relecture pour deux d'entre nous et une première lecture pour les deux autres.

Photo un peu dégueulasse, désolée!

C'était un vrai plaisir de retrouver Zola, que je n'ai pas lu depuis... et bien plus de deux ans, puisque ma dernière lecture remonte à novembre 2014. C'était Nouveaux Contes à Ninon et pour tout vous dire j'avais oublié que je l'avais lu.

Il y a tellement de choses à dire sur les romans d'Émile Zola que cette chronique sera particulièrement en-deçà de l’œuvre dont elle parle. Ce qui est positif pour moi, toutefois, c'est que j'ai tous les mails que nous avons échangés au fur et à mesure de notre lecture pour me remémorer les évènements et nos impressions en détail. Je n'avais jamais fait de lecture commune auparavant et j'ai trouvé ces échanges au fil des parties extrêmement enrichissants. C'est un peu le stade ultime de la chronique, tu n'as pas juste des avis sur le livre mais sur chaque partie du livre! 😍

Voyons donc voir ce que je retiens de cette lecture...

Le roman des origines
Zola le dit lui-même dans sa préface, dans laquelle il annonce tout son grand projet d'étude, L'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire: le nom scientifique de ce roman est Les Origines. Il pose Plassans, la ville où est apparue la famille, et présente Adelaïde, la matriarche qui aimera deux hommes dans sa vie et fondera ainsi les deux branches: les Rougon, la branche légitime, et les Macquart, la branche illégitime.
C'est aussi le début du Second Empire, puisque ce roman se déroule en décembre 1851, lors du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République au suffrage universel direct en 1848.

Zola est un génie.
Bon ça je le savais déjà, ça fait environ sept ans que je lui voue un culte (j'avais déjà lu et aimé plusieurs de ses romans avant, mais en 2010 j'ai eu une espère de révélation absolue en relisant Germinal), mais je le redis: personne n'écrit comme Zola, il est vraiment trop fort et chacune de ses phrases est parfaite! Il peut décrire des choses très variées, allant ici de la bassesse la plus absolue à l'amour le plus innocent, et tout est parfait!

Zola a quand même des idées bizarres.
Bon ça aussi je le savais déjà, et puis c'est certainement dû, en bonne partie, au fait que son époque avait des idées bizarres. Ici, c'est le poids écrasant de l'hérédité; l'ADN n'est pas encore connu mais toutes les tares mentales possibles et imaginables se transmettent par le sang. Il y a aussi la maladie super cheloue d'Adelaïde, ce "dérèglement du sang et des nerfs" qui la jette dans des torpeurs de cadavre ou au contraire l'assujettit corps et âme à l'homme qu'elle aime. Notez aussi que son mari, Rougon, est mort "d'un coup de soleil [...] en sarclant un plant de carotte". Lol.

Cœurs sensibles, accrochez-vous.
Je ne suis pas d'accord avec les gens qui accusent Zola de "misérabilisme social": je ne trouve pas qu'il se complait dans la misère mais qu'il a la lucidité de la voir et le courage de la dénoncer. Il est vrai, en revanche, que l'échantillon d'humanité présenté ici n'est pas des plus encourageants: entre l'aïeule folle, les deux fils égoïstes, cruels, ambitieux et prêts à tout (je ne sais qui est le plus exécrable entre Antoine Maquart et Pierre Rougon mais je crois que je préfère quand même Rougon, qui est au moins capable de travailler), les soldats barbares, les bourgeois poltrons, Aristide qui retourne sans cesse sa veste, le prêtre qui vend des images pornographiques en douce, il y a de quoi désespérer un peu. Mais il y a surtout de quoi être révolté me semble-t-il.
En outre, il y a ici des éléments sanglants puisque le roman suit l'insurrection des républicains contre le coup d'État, qui a été réprimée dans le sang dans le sud.

Miette et Silvère, l'Amour autour du puits
Miette et Silvère sont deux de mes personnages préférés de toute la série des Rougon-Macquart. La première fois que j'ai gribouillé l'arbre généalogique de la famille pour m'y retrouver pendant mes lectures, j'avais même fait un petit cœur à côté du nom de Silvère. Ils représentent l'innocence pure, la bonté, l'amour et la liberté. Leur histoire est tendre et touchante et leurs retrouvailles autour du puits entre leurs deux propriétés (un puits un peu particulier) sont une des plus jolies choses que j'ai jamais lues.

Félicité, une Force de la Nature
Je ne suis pas persuadée que Zola ait eu une très belle opinion des femmes, qu'il décrit souvent comme détraquées et victimes de leurs nerfs, mais il a néanmoins brossé des portraits de femme assez spectaculaires et Félicité en fait partie. Cette petite et veille femme résolue est bien déterminée à se venger de Plassans, la ville où elle a trimé toute sa vie sans réussir à s'élever dans la société, et à profiter de l'opportunité du coup d'État pour faire la fortune des Rougon. C'est elle qui va tirer les ficelles des évènements et piloter son mari Pierre pour qu'il saisisse l'opportunité ouverte par le passage de la troupe des insurgés.

Les intrigues politiques
La France de 1851 se divise en trois camps: les républicains, les bonapartistes et les légitimistes. Zola présente cette lutte pour le pouvoir avec beaucoup de détails et de finesse. La politique, c'est parfois poignarder dans le dos ou utiliser à bon escient des informations reçues en avant-première... Et sachez qu'à en croire Zola la Légion d'honneur ne valait déjà pas grand-chose en 1851!

Le souffle de la conclusion
Après la révélation progressive d'une mort qu'on voit venir mais qui n'en est pas moins révoltante, puis un passage poignant plein d'émotion, les tout derniers paragraphes du roman décrivent le triomphe du salon jaune et annoncent le roman suivant et l'âme même du Second empire, qui jubile et se goinfre sur le cadavre de la République. Un passage à la fois grandiose et macabre, parce que le sang a coulé et que rien ne pourra l'effacer...

En bref...
Lisez Zola  les amis, je ne le dirai jamais assez! Ses romans sont un témoignage unique sur la deuxième moitié du XIXe en France et sa plume est l'une des plus belles de la littérature française (et même la plus belle à mon sens).

Allez donc voir ailleurs si ces Rougon y sont!
L'avis de Tigger Lilly
Je ne manquerai pas de partager les chroniques des autres lecteurs quand elles seront prêtes! 😍 (Presssssssion les amis!)

samedi 6 mai 2017

Wizard and Glass (1997)

Le chemin vers la Tour sombre continue et je voyage maintenant en bonne compagnie, puisque Vert m'a rejointe pour ce quatrième tome! 😍😃


Et c'est un chemin sinueux et tortueux à souhait avec ce quatrième roman qui commence exactement là où s'était arrêté le précédent, avec le personnage qui parle en majuscules ("ASK ME A RIDDLE" 😨), la traversée d'une ville ravagée par une épidémie (grrr, j'aurais dû lire Le Fléau avant!) et soudain un retour en arrière dans le passé de Roland, le pistolero que nous accompagnons dans sa quête depuis plus de 1 200 pages.

Je vais parler en majuscules, moi aussi: LE PASSÉ DE ROLAND, ENFIN!!

Cette divagation a certes quelques chose de frustrant, puisque, pendant que Roland raconte ses aventures de jeunesse, la quête n'avance pas, mais les informations distillées ici sont essentielles. On remonte en effet à sa première mission de pistolero, après qu'il ait battu Cort et soit devenu le plus jeune pistolero de l'histoire de Gilead. Envoyé dans une province tranquille pour qu'il se fasse oublier, Roland, accompagné de ses amis Bert et Alain, va tomber sur un nid de traîtres qui va déclencher, dans une succession très fine et complexe d'évènements plus ou moins intriqués les uns aux autres, la chute même de Gilead.

"It is the closing of the year; it is also the closing of the peace. For it is here, in the sleepy Out-World barony of Mejis, that Mid-World's last great conflict will shortly begin; it is from here that the blood will begin to flow. In two years, no more, the world as it has been will be swept away. It starts here. From its field of roses, the Dark Tower cries out in its beast's voice."

Un nid de traîtres, donc, mais aussi une sorcière (répugnante, sournoise et inquiétante à souhait) et une jeune fille que nous avons déjà croisée dans ses souvenirs, Susan... SUSAN, ENFIN!! Son sort a été annoncé dès le premier roman (oui, oui, allez relire le rêve de Roland la nuit où Jake rencontre l'oracle ou la réplique qu'il envoie au pianiste de Tull lorsqu'il le reconnaît), mais il n'empêche qu'il est primordial de la rencontrer en direct. Vu la place que prend Susan au sein du ka-tet de Roland, j'ai pu confirmer un élément que je soupçonnais déjà (un personnage qui s'appelle Susannah, ça ne pouvait pas être un hasard dans cette série où il n'y a pas de hasard): tiens tiens, trois garçons et une fille, c'est un peu comme dire trois cartes et un pistolero dans le désordre, n'est-ce pas? 😀

Comme les tomes précédents, cette lecture était prenante et renversante et a occupé une grande partie de mon esprit; je suis vraiment super enthousiaste et j'ai même envie de lire toute l’œuvre de l'auteur pour comprendre les multiples références!

Quelques éléments que je ne veux pas oublier, en vrac: l'aspect horrifique de certains actes (ou implicites) sexuels; l'apparition expresse et très réussie de l'homme en noir; le rôle crucial d'une certaine boule de cristal qui lance la quête de Roland (mais pourquoi, damnation? Si c'est le Mal qui lance sa quête, n'est-il pas manipulé...?) et entraîne la mort (déterminante) de deux personnes; la réapparition de la sorcière à la fin du livre; la personnification très réussie de la méchanceté et du mal...

Et quelques critiques, qui ne ternissent pas la lecture d'une manière générale mais ne doivent pas non plus être passées sous silence:
- les longueurs: je ne suis pas du tout sûre que chacune des 845 pages de mon édition soit indispensable et j'ai parfois l'impression que Stephen King rallonge le récit pour faire monter le suspense; je découvrirai peut-être (probablement!) plus tard qu'en fait si, chaque mot était nécessaire, mais parfois j'ai soupiré un peu;
- la fin: et oui, je n'ai pas été persuadée par la dernière partie du livre, le retour dans le Kansas ravagé par la maladie et les multiples références au magicien d'Oz (histoire que je connais très mal, ce qui m'a peut-être desservie), mais surtout j'ai trouvé que notre Méchant fuyait bien facilement; j'aurais pensé qu'il fallait bien plus qu'un revolver (même en provenance d'un autre monde!) pour faire battre un certain F. en retraite!

Avec ce tome, j'ai atteint les 1 665 pages environ. Hâte de passer à la suite...

Allez donc voir ailleurs si ce sorcier y est!

mercredi 3 mai 2017

Les Yeux plus gros que le ventre (1983)

Avec Les Yeux plus gros que le ventre, je termine enfin le cycle autobiographique de François Cavanna, que j'ai commencé il y a pas moins de sept ans quand j'ai lu Les Ritals pour la deuxième fois. (S'il fallait remonter à ma première lecture des Ritals, il faudrait ajouter encore six ans de plus... ^^) Il y a eu une petite erreur de parcours puisque j'ai lu Maria, le cinquième opus, en troisième, et que je termine donc sur le quatrième, mais bon rien de trop grave.

Ces vieilles couvertures merveilleuses du Livre de Poche! ^^

Bien sûr, on retrouve dans ce récit le style inimitable de Cavanna, qui écrit à peu près comme il parle, de manière extrêmement vivante et rapide. Mais pour tout vous dire j'ai été très déçue du contenu: ce livre tourne en grande partie autour de sa relation extraconjugale avec Gabrielle, sa jeune maîtresse de 35 ans (quand Cavanna en avait presque 60), et de la manière dont il a jonglé entre elle et sa femme Tita, en rendant les deux femmes profondément malheureuses.

Attention, je crois qu'une femme trompée qui accepte l'existence de sa maîtresse, et une maîtresse qui accepte d'être la maîtresse, ont une part de responsabilité dans leur malheur, mais Cavanna a parfaitement bien profité de la chose et nous répète pendant tellement de pages qu'il était dégonflé, incapable de trancher, lâche, "femelle" (je suis d'ailleurs très déçue qu'il définisse plusieurs fois son comportement vil comme quelque chose de "femelle"), décidé à faire plaisir à tout le monde, et puis qu'il a été un père absent, absolument pas intéressé par ses enfants, un inconnu au sein de son propre foyer, mais bien content de coucher avec ses deux compagnes , et puis qu'il était parfois furieux et abject dans ses propos.... Que je l'ai cru, tout simplement, et j'ai vu mon estime pour ce grand homme s'effondrer! C'est tellement beauf de prendre une maîtresse, c'est vraiment le comble pour quelqu'un qui a passé sa vie à critiquer les beaufs...

À côté, on retrouve quelques passages sur les animaux, notamment ses chiens, sa maison, l'actualité, son processus d'écriture, ses parents bien sûr... Mais c'est minoritaire et c'est bien Gabrielle et Tita qui l'emportent. Bon, au vu de la fin, qui n'est, je peux vous l'assurer, pas réaliste, (divulgâcheur: "Il a raté son faux suicide"), peut-être que tout ceci n'est pas vrai ou pas vraiment vrai, mais bon je n'ai pas passé un très bon moment...

... Notons que je me suis reconnue dans quelques-un de ses travers, comme cette tendance à dire oui à tout pourvu de ne pas décevoir la personne en face, mais bon moi je ne crois pas me venger en pourrissant ensuite les activités que j'ai accepté de faire malgré mon manque d'envie. 👿

Voilà, voilà. Je suis triste de finir ma lecture de Cavanna sur cette note négative, mais bon ça n'efface pas les bons moments des livres précédents (Les Ritals et Les Ruskoffs sont juste inoubliables!), et puis il y a tout de même du bon ici, ne serait-ce que par ce style si particulier. Voyez plutôt: "Il a les yeux plus gros que le ventre, il a voulu péter plus haut que son cul, et maintenant il mesure la hauteur exacte de son cul: à ras de terre." Du pur Cavanna, ça!

Je vous ai déjà parlé de Cavanna sur ce blog...
Vous pouvez retrouver tous mes billets sur l'auteur grâce au libellé "François Cavanna" ci-dessous ou dans la colonne de gauche.

dimanche 30 avril 2017

La gamelle d'avril 2017

Petite gamelle pour ce mois plutôt placé sous le signe de la lecture.

Sur petit écran

Rien. Lol.

Sur grand écran

Ghost in The Shell de Ruper Sanders (2017)


Avec une esthétique, une ambiance et une musique très cohérentes, ce film m'a tout à fait convaincue (à l'exception toutefois de la bataille finale, brouillonne et pas dans le ton). Je précise que n'ai jamais lu/vu Ghost in The Shell auparavant et que je n'avais donc pas d'attente particulière; mon Homme, lui, a été un peu déçu par le changement de questionnement (on serait passés de "que suis-je?" à "qui suis-je?").

Fast and Furious 8 de F. Gary Gray (2017)


Lol. Après une introduction à Cuba relevant du plus pur clip de rap (filles en petite tenue et mecs virils dans des grosses voitures), ce nouvel opus insiste lourdement sur les mecs virils qui regardent droit devant eux d'un air absorbé et viril (j'insiste) et les grosses voitures (j'insiste), avec des poursuites et des cascades au montage nerveux, voire psychédélique, qui vient tenter de donner du dynamisme à quelque chose d'en réalité assez plat. Seuls le piratage d'une horde de voitures blindées d'électronique, ainsi que la chute assez spectaculaire de voitures garées dans un parking en hauteur, m'ont vraiment plu.
Je n'ai vu que le 4 jusqu'à maintenant (celui qui se passe au Brésil) et mon constat est le même: je trouve que F&F se loupe sur quelque chose de pourtant très simple. Monter des clips de bagnole avec de la musique de rap, ce n'est quand même pas censé être compliqué. Mais la musique est fade (je n'aime pas le rap d'une manière générale, certes, mais beaucoup de morceaux sont très efficaces et ce n'est pas le cas ici), les voitures relativement peu présentes (je crois qu'il vaut mieux regarder Transformers), les cascades invraisemblables font soupirer (Vin Diesel qui gagne sa course dans une voiture en flammes, lol quoi), les deux acteurs noirs servent de bouffons de service... Pfiou.
Précisons tout de même que le film se sauve un peu par son casting, car the Rock et Jason Statham sont très sympathiques et que Elen Mirren (ouiiii!) fait une apparition absolument excellente.
Mais bon je me suis quand même endormie au ciné. :D

Life de Daniel Espinosa (2017)


Étrange idée de mon homme que de voir ce film clairement placé sous le signe de l'angoisse. Plus j'y pense, plus j'y vois un remake-hommage à Alien tellement certaines scènes sont similaires: l'intrusion de l'organisme extraterrestre dans le corps humain, sa disparition dans la Station spatiale internationale, son évolution rapide, son "ouverture" en gros plan devant un personnage prisonnier et sa sortie finale sur un module de secours... Et sûrement d'autres points que j'oublie.
Mais Life apporte des éléments différents, principalement l'enjeu: certes, l'équipage veut sauver sa peau, mais il s'agit aussi et avant tout de protéger l'humanité et d'éviter que Calvin, notre Martien mangeur d'hommes, ne finisse sur Terre où l'attendent 8 milliards de repas. Et puis Calvin est dans un premier temps présenté comme quelque chose de positif, une chance inouïe pour l'humanité, et l'annonce de son existence est accueillie avec joie sur Terre.
En tout cas, Life est un bon film, très bien réalisé et mettant en scène des personnages très crédibles, dont on ressent bien le "fond" sans qu'il ne soit nécessaire de nous expliquer qui ils sont et d'où ils viennent. L'aspect scientifique me semble solide et sobre, parfait pour un contexte réaliste, et puis les femmes de cette mission sont des hommes comme les autres, ce qui est toujours appréciable... J'ai été particulièrement convaincue par Rebecca Ferguson, déjà croisée dans Mission Impossible 5, mais tout le monde joue très bien. (Un bémol pour Ryan Reynolds parce que son personnage disparaît trop rapidement pour qu'on ait le temps de l'évaluer.)
Pour moi, toutefois, la fin est une catastrophe: très efficaces certes, très bien montée certes, angoissante à souhait (plus à cause du cri de la fille d'ailleurs, un hurlement de rage et de terreur touchant presque à la folie), mais racoleuse et presque trop facile. Il me semble qu'il y avait d'autres solutions pour aller dans cette direction-là, sans faire de happy-end mais sans choisir ce petit tour de passe-passe.
Pendant le film, mon Homme s'est caché les yeux derrière la main, et bien entendu je me suis réveillée en hurlant pendant la nuit suivant la séance. :D

Du côté des séries

Nous avons fini la saison 5 de Scrubs, qui se termine sur un "cliffhanger" de folie! :D

J'avance lentement, mais sûrement, la première saison du Pony Express.

Du côté des podcasts et de YouTube

Rien. Lol.

Et le reste

J'ai lu deux Cheval Mag ce mois: le numéro d'avril au début du mois et le numéro de mai à la fin. Et puis j'ai lu Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, qui est toujours aussi qualitative mais qui me semble rétrécir de quelques dizaines de pages à chaque numéro... Et c'est bien dommage car vraiment ça fait rêver, tous ces traducteurs brillants qui parlent de leur métier et de leurs expériences de traduction les plus remarquables!


Profitez bien de ce week-end de trois jours chers lecteurs! 💖

jeudi 27 avril 2017

Et de six!

Une année de plus s'est écoulée depuis la création de ce blog, en une journée de 2011 qui était, je crois, ensoleillée... 🌞 J'ai déjà écrit un gros pavé l'année dernière donc je ne vais pas trop m'épancher cette fois-ci. Qu'il suffise de dire que ce blog a vraiment été une des meilleures décisions que j'aie jamais prises: il m'a apporté et m'apporte encore énormément et a fait profondément évoluer ma pratique de la lecture. Et puis maintenant je peux même dire qu'il m'a fait rencontrer des gens formidables dans la vraie vie, c'est génial! 💓💕💖

Après 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016, j'espère continuer sur ce chemin encore un long moment! Merci à tous les commentateurs et aux amis blogueurs qui me donnent envie de lire plus, toujours plus... Vous êtes magiques! 🎉🎈

mardi 18 avril 2017

Enregistrements pirates (2003)

Chronique express!

De Philippe Delerm, j'ai lu et adoré La première gorgée de bière, un tout petit livre racontant des bribes de vie, des moments pleins de sérénité et de bonheur avec une justesse et une émotion touchantes.


Enregistrements pirates est un peu dans la même veine puisqu'il se compose de courts chapitres sur des impressions fugaces, des instants saisis au passage, un peu comme des brèves de comptoir. On commence par exemple par croiser une femme qui promène son chien place Saint-Sulpice, mais on voyagera aussi dans un train à destination de Paris et dans un RER, on recevra des textos et une lettre de Suède, on croisera un autre chien qui "n'est pas méchant" et on mangera la pizza dans le sud. Au total, une trentaine de chapitres de trois ou quatre pages chacun pour saisir une ambiance ou un échange, avec des mots justes, soigneusement travaillés (je crois que Delerm est ce que je lis de plus poétique!). Ce qui est étrange, c'est que des souvenirs remontent en lisant ces rencontres d'un autre avec des inconnus, par exemple à propos du déballage d'un cadeau qu'un enfant a déjà ou de cette histoire de pizza (la différence fondamentale entre manger une pizza et la pizza). Certains passages font sourire, d'autres font piquer les yeux (un quai de gare en Normandie, une fin de week-end, un train qui arrive, des couples qui se séparent, des gens qui rentrent chez eux). Dans tous les cas, j'ai l'impression que Delerm met le doigt sur quelque chose de profondément humain et, ai-je envie de dire même si Annie Ernaux fait justement remarquer que ce n'est pas le bon terme (il faudrait parler de collectif), d'universel. Il m'explique un peu la vie... 💞 La première gorgée de bière est plus remarquable, mais ces Enregistrements pirates offrent une heure de bonheur et c'est déjà beaucoup.

Le petit truc que je ne veux pas oublier: J'ai trouvé ce livre dans mon local poubelles, abandonné avec quelques congénères. 💖

samedi 15 avril 2017

Blue Shoes and Happiness (2006)

Chronique express!


Precious Ramotswe, première femme détective du Bostwana et fondatrice de la No. 1 Ladies' Detective Agency, continue de mener l'enquête dans ce septième roman. J'ai déjà décrit la recette maintes fois et j'ai peur de me répéter si je vous dis encore une fois qu'il s'agit d'un livre doudou... 💝 Au programme cette fois-ci: les problèmes de couple de Mma Makutsi, l'assistante de Mma Ramotswe, une cliente injustement accusée de chantage, un médecin peu honnête et une mystérieuse atmosphère de terreur dans une réserve. Et puis bien sûr les apprentis mécaniciens de Mr J. L. B. Matekoni qui ne font pas grand-chose et en apprennent encore moins, le grand ciel et la bonne vieille morale du Bostwana ("And where would we be in a world without the old Bostwana morality?"), les petites interrogations du quotidien et même des passages assez croustillants sur le fait que Mma Ramotswe est "traditionnaly built" – entendre par là qu'elle est assez épaisse et que sa camionnette penche dangereusement du côté du conducteur. Notre détective à la personnalité aussi discrète et polie que formidable et inflexible devra-t-elle songer à perdre du poids?

Une toute petite réserve, pour ce tome, quant à une vision caricaturale de certaines féministes et la résolution rapide de l'affaire de la réserve: j'en attendais vraiment autre chose, même si la chute donne un passage assez rigolo avec une boîte en carton percée de trous!

Livres de la série déjà chroniqués sur ce blog

vendredi 7 avril 2017

Le Quai de Ouistreham (2010)

Début 2009, Florence Aubenas, journaliste (particulièrement "célèbre" en raison de son enlèvement en Irak en 2005), a cherché du travail à Caen. Elle s'est inscrite à Pôle Emploi en s'inventant un parcours sans aucune expérience professionnelle, comme si elle avait été entretenue par son compagnon au lendemain du bac et se trouvait, à 48 ans, dans la nécessité de gagner sa vie pour la première fois suite à une rupture. Pôle Emploi l'a aiguillée vers la profession de femme de ménage et elle a donc commencé à répondre aux annonces pour ce type de poste et à suivre des formations dans le domaine de "la propreté". Son objectif: partager la vie des catégories de population les plus fragiles et plonger dans la précarité jusqu'à l'obtention d'un CDI.


Travailler comme femme de ménage en 2009, au plus fort de la crise, alors que personne ne comprenait bien ce qu'il se passait, à Caen, une ville qui apparaît comme déjà sinistrée depuis vingt ans, avec les usines qui ont fermé les unes après les autres depuis le début des années quatre-vingt-dix... Le quotidien de Florence et de ses collègues est triste et horrifiant. Tours de ménage d'une heure à peine, CDD de deux jours, non-respect du salaire prévu par la convention collective (qui est supérieur au SMIC de dix centimes de l'heure – oui, dix centimes!), temps de déplacement démesurés pour atteindre des lieux isolés s'ajoutent à la fatigue facilement imaginable d'un métier que l'on sait pénible. Là, on passe tout de même du pénible à l'esclavage...

La Normandie présentée ici est particulièrement sinistre. On est loin de la vision que j'en ai depuis quelques années, en Francilienne de passage pour quelques jours de repos. L'emploi fait cruellement défaut (imaginez un salon de l'emploi où la perle des annonces est un poste de maçon en CDI au SMIC) et il est forcément précaire quand il existe. D'ailleurs, certains ne cherchent plus un contrat mais "des heures", et l'auteur a entendu des chômeurs demander à leur conseiller Pôle Emploi de travailler pour moins que le SMIC pourvu de travailler. Pôle Emploi recense 200 annonces pour tout le Calvados, puis seulement 130 la semaine suivante, puis seulement 75 la semaine d'après... Et Florence et ses collègues asticotent les ferrys de Ousitreham au galop, avec un rythme d'une minute ou deux par cabine (lit, douche, toilettes, sols compris), avant de repartir grapiller une heure quarante-cinq de ménage ailleurs ou faire un remplacement au pied levé.

Ce qui est décourageant avec ce genre de lecture, c'est l'impression que rien n'a changé depuis que Zola a écrit les Rougon-Macquart, que le quotidien des couches les plus défavorisées reste le même mélange de misère financière, d'ignorance et d'étroitesse d'esprit et d'horizon depuis un siècle; et puis la peur de voir que c'est ça, l'Occident qui est la région du monde la plus avancée? Mais on ne peut pas faire mieux pour aider ceux qui en ont besoin? Et où on en sera dans un siècle? Comment les enfants élevés en ce début de XXIe siècle par des parents condamnés à ce genre de vie pourront-ils faire mieux?

Ce qui, au contraire, soulage une lectrice telle que moi, c'est, très égoïstement, la réalisation que ma propre définition de la précarité (par exemple ma profession libérale à statut d'auto-entreprise, un système si décrié par certains) est merveilleusement stable par rapport à un CDD de deux jours, et puis que mes problèmes économiques ne sont guère graves par rapport à ceux de ces femmes de ménage – ce qui m'a donné l'impression, pendant quelques jours, d'être vraiment hyper privilégiée. Même mon expérience Pôle Emploi n'a rien à voir avec celle qu'a eue Florence Aubenas à Caen: dans mon agence des Yvelines, le personnel est aimable et même chaleureux (sans oublier tout à fait compétent) et les demandeurs font la queue dans le calme sans que personne ne s'énerve; le désespoir ne suinte pas des murs, des ordinateurs et des imprimantes en panne, des agents débordés et stressés, des demandeurs angoissés...

Du point de vue de la forme, le livre se lit très bien, il est rédigé dans un style sobre, sans aucun sentimentalisme; on le met de côté et on le reprend facilement mais il n'en a pas moins une certaine force de ton qui lui convient très bien.

L'avant-dernière chose que vous devez vraiment savoir: pourquoi ce livre?
Et bien tout simplement parce que je vais en thalasso à Ouistreham depuis plus de deux ans avec mon Homme, à deux pas du ferry où à travaillé Florence Aubenas d'ailleurs, alors quand quelqu'un en a parlé à Livrés à domicile sur la RTBF j'ai pensé que j'étais obligée de le lire. (Notez combien je suis privilégiée: je vais en Normandie en thalasso.) Et puis parce que le poche était mis en avant dans l'adorable librairie de Ouistreham où je passe à chaque fois, Des vagues et des mots.

La dernière chose que vous devez vraiment savoir: quid de ma vision de la Normandie?
En entamant ce livre un samedi, je me suis vraiment dit qu'en fait je ne dois pas aller vivre en Normandie, une espèce de rêve que je caresse depuis quelques années (mais sans aucun espoir de concrétisation réelle du fait que mon Homme veut, lui, aller vivre dans le Sud; je pense qu'on est condamnés à rester où on est en Île-de-France ^^). Le dimanche, toutefois, je suis allée monter du côté de Vernon et j'en suis revenue à mon beau rêve de champs, de chevaux, d'air pur, de gens sympas et de prix accessibles, et j'ai recommencé à me dire "ha ma Normandie chérie"... 💖🐴

mardi 4 avril 2017

The Confession of Brother Haluin (1988)

Youhou, youhou! Cinq ou six ans après avoir regardé la série, j'ai enfin lu une enquête de Frère Cadfael! :D


Frère Cadfael est un moine bénédictin gallois du XIIe siècle, herboriste au sein de l'abbaye de Shrewsbury. Après une grave blessure mettant ses jours en danger, Haluin, un autre moine, se confesse à Cadfael et à l'abbé: avant d'entrer dans les ordres, il a aimé une femme qu'il n'avait pas le droit d'épouser. Celle-ci est tombée enceinte et quand l'homme, devenu moine entre-temps, en a été informé, il a fourni les herbes lui permettant de se débarrasser de l'enfant. Mais la femme est morte également et Haluin porte, depuis 18 ans, le poids de ces deux morts sur la conscience. Finalement guéri de ses blessures, il prend la route avec Cadfael pour se recueillir sur la tombe de son ancienne amante... et provoque ainsi une série d'évènements se soldant par un meurtre. Mais Cadfael, sous ses airs réservés, ne manque rien et saura démasquer le coupable.

Que du bonheur pour cette lecture: l'enquêteur réservé mais perspicace, à la fois lucide et bienveillant (qui ne dit rien mais n'en pense pas moins), le huis-clos (relatif ici, tout de même) classique du whodunnit britannique, le contexte historique passionnant des années 1240 avec la guerre civile entre Étienne de Blois et l'impératrice Mathilde, le quotidien modeste et fascinant de l'époque, quand on allait à pied et qu'on frappait à la porte des seigneurs et des religieux pour demander un abri pour la nuit, les personnages assez fins pour une lecture aussi agréable et facile à lire... Vraiment, j'ai adoré. Le seul bémol concerne l'enquête à proprement parler, le coupable ayant été un peu trop facile à identifier (en fait, c'était tellement facile que j'ai cru à une fausse piste lol). Je lirai certainement d'autres livres de la série et je ferai même l'effort de commencer par le début. Avec les aléas des achats d'occasion, j'ai en effet commencé par le quinzième roman... 😀

Le mot de la fin: Je croyais qu'Ellis Peters, l'auteur, était un homme, mais c'était en fait une femme! Décidément les Britanniques savent soutenir les écrivaines de policier. J'attends de lire d'autres livres pour me prononcer mais elle est bien partie pour former une petite Trinité sympathique et sanglante avec P. D. James et Agatha Christie. 💕

samedi 1 avril 2017

La gamelle de mars 2017

Mars, ce mois de schizophrénie totale: des soucis financiers qui pèsent sur le moral, mais aussi des bourgeons et des fleurs, les premières sorties dans le cross pour galoper dans l'herbe, les températures qui remontent, le soleil qui brille, le Salon du livre de Paris...

Sur petit écran

L'Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984)


Nostalgie immense et grand retour en arrière. J'adore ce film qui continue de m'expliquer la vie maintenant que je suis adulte... J'ai même l'impression d'en avoir plus besoin à 30 ans que quand j'étais gosse! J'ai été prise d'une folle envie de le revoir à cause d'une histoire de miroir dans le tome 3 de la Tour sombre qui m'a rappelé la deuxième épreuve d'Atreyu lorsqu'il consulte l'oracle.
Bien entendu, les yeux piquent toujours au même moment.

Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier (2013)


Film hilarant sur les déboires d'un jeune tout juste arrivé au ministère des Affaires étrangères et chargé de rédiger les discours du ministre. Thierry Lhermitte est mythique avec son stabilo et ses grands mots et Niels Arestrup fait un excellent homme de l'ombre résigné et ironique. Tous les personnages sont très bien croqués également. À voir.

Sur grand écran

Logan de James Mangold (2017)


Le meilleur film de super-héros? En tout cas, on n'en est pas loin avec ce film très réussi, remarquablement sinistre et désespéré pour le genre. Logan est (littéralement) au bout de sa vie, Xavier est une loque, la jeune mutante à "protéger" décapite à tour de bras, le mutant secondaire, dont je ne retiens jamais le nom, ne fait pas une jolie fin et il n'y a pas d'espoir en l'avenir. Et puis tout le monde meurt ou presque. Voilà. J'ai adoré.

Kong Skull Island de Jordan Vogt-Roberts (2017)


J'ai bien rigolé. En partie parce que le film se veut drôle, en partie parce qu'il est drôle à ses dépens, avec les énormités habituelles des films du genre. M'étant ruée sur les bonbons bien chimiques du ciné pour me remettre d'un problème de serrurerie, j'étais en pleine crise d'hyperglycémie, ça m'a peut-être aidée à apprécier... Signalons tout de même que Tom Hiddleston est la classe incarnée et que la fille ne crie pas!!! 😛

Ballerina de Eric Summer et Eric Warin (2016)


Un dessin animé frais et charmant, plein de valeurs positives et très agréable à regarder.

Edge of Tomorrow de Doug Liman (2014)


MODE CRUISETTE ENCLENCHÉ dès que j'ai vu que mon ciné repassait ce film dans le cadre d'un obscur festival dont je n'ai jamais entendu parler! Youhou youhou! Bonheur immense! Avec Rock Forever, Oblivion, Mission Impossible 4 et Walkyrie, ce film est vraiment l'un de ceux qui m'ont fait redécouvrir cet acteur. Dans ce cas précis, j'aime bien le fait que le film se veuille assez drôle et qu'on ait pour une fois affaire à un personnage féminin vraiment fort jusqu'au bout (parce que bon, Hollywood propose régulièrement des persos féminins présentés comme fort les dix premières minutes mais qui passent ensuite en mode "je ne peux pas courir sans trébucher" ou "je suis muette"). En plus ce film me plait beaucoup visuellement, je le trouve très réussi de ce point de vue. Notez également qu'il me fait apprécier une histoire de boucle temporelle alors que je n'aime pas les histoires concernant la manipulation du temps ou le voyage dans le temps.
J'ai juste été super décontenancée par la fin; je comprends que le perso de Tom Cruise se réveille à un moment différent de d'habitude, mais comment l'explosion peut-elle avoir déjà eu lieu à son réveil???

The Lost City of Z de James Gray (2016)


Au début du XXe siècle, l'explorateur britannique Percy Fawcett a cartographié le Rio Verde à la frontière entre le Brésil et la Bolivie et a relevé des traces d'une civilisation inconnue. Persuadé que la jungle dissimulait une cité perdue, il l'a ensuite cherchée pendant des années et a fini par disparaître...
Une belle surprise: film bien maîtrisé, acteurs convaincants (surtout l'actrice jouant la femme de Percy, pour une fois ce personnage fait autre chose que soutenir son mari, elle a une vraie personnalité!), belle photo et thèmes intéressants. Ça fait rêver, cette époque où il n'y avait pas de satellite pour cartographie les étendues inconnues.

Hidden Figures / Les Figures de l'ombre de Theodore Melfi (2016)


Gros plan sur trois femmes noires qui travaillaient pour la NASA pendant les années soixante et ont fait avancer les choses, chacune à leur manière. Le film est bien balisé (et même convenu) et résolument optimiste, mais il n'en fait pas trop et donne vraiment espoir. On a envie de croire que les choses peuvent bouger. Et c'est toujours apaisant de croiser ces personnages droits dans leurs bottes, dignes même pendant les moments les plus difficiles, qui ne baissent les yeux devant personne et s'entêtent à faire ce qu'ils veulent faire parce qu'ils estiment en avoir le droit même si la société leur dit le contraire.

Du côté des séries

En pleine saison 4 de Scrubs avec mon Homme; la saison 1 du Pony Express avance au ralenti par manque de temps; je me suis fait un épisode de la saison 6 d'Arabesque parce que j'avais envie de voir Jessica Fletcher, mon role-model féminin numéro 1.


Et puis: deux épisodes de la saison 5 d'Inspecteur Barnaby, que mon Homme et et moi avons donc enfin finie!! Treize mois pour regarder cinq épisodes, qui dit mieux? 😂😆


Du côté des podcats et de YouTube

Heuh c'est-à-dire que je suis en retard sur Procrastination, que j'ai oublié d'écouter les GG Comics lors de ma corvée de ménage mensuelle et que j'ai dû regarder deux vidéos dans le mois...

Et le reste


La belle nouvelle du mois est que je suis allée au Salon du Livre de Paris après plusieurs années d'absence (j'y étais allée en 2012 et 2013). C'est une belle plongée dans l'univers du livre qui donne envie de lire pluuus toujours pluuuuuus et d'apprécier le travail très varié de certains éditeurs. On dirait que le livre papier a encore de beaux jours devant lui! Et puis j'ai fait dédicacer un troisième livre à Michel Robert (l'écrivain, pas le cavalier!), je suis ravie, et c'est une belle sortie avec les amis lecteurs ou blogueurs.

Pas encore fini mon Cheval Mag qui est arrivé un peu plus tard que d'habitude...

Tchou bisous les amis! 💖