mercredi 29 novembre 2017

Chéri (1920)

Convaincue par La Maison de Claudine, j'ai décidé de continuer à lire Colette, une des grandes plumes françaises du XXe siècle, et le hasard des achats d'occasion a fait que mon parcours dans sa bibliographie s'est poursuivi avec Chéri, un roman dont j'avais vu l'adaptation de Stephen Frears avec Michelle Pfeiffer.


Cette lecture courte et élégante décrit les derniers instants de la relation entre Léa de Lonval, une riche courtisane de quarante-neuf ans, et son jeune amant de vingt-cinq ans Fred Peloux, surnommé Chéri, sur le point de se marier avec une jeune femme de dix-neuf ans. Je précise les âges de ces personnages car ils ont leur importance dans ce roman qui parle du passage à la vieillesse et à la solitude par opposition à la jeunesse qui a "toute sa vie devant elle". Le mariage annoncé, il va de soi que Léa met fin à sa relation avec son jeune amant, fils d'une de ses amies intimes, et si Chéri le comprend très bien, il prend ça un peu moins à la légère que Léa, qui part passer quelques mois au soleil dans le sud.

Avec sa plume très fine parfaitement adaptée au milieu riche et policé d'une certaine classe oisive de Paris, qui sait très bien qui couche avec qui mais fait semblant de rien avec une élégance incroyable, le roman est à l'image de ses personnages et de son histoire et j'ai beaucoup apprécié. Seul pendant négatif (qui n'en est pas réellement un bien sûr): il faut un minimum brancher son cerveau pour cette lecture. J'ai dû relire les premiers chapitres après un faux départ dû à une interruption de ma lecture pendant quelques jours; les informations sont distillées peu à peu et les dialogues sont subtils et font la part belle à l'implicite ou aux sous-entendus. Bref, il ne s'agit pas d'un livre qu'on avance à raison de deux pages par jour.

J'en retiendrai surtout sa fin déchirante, qui m'a gonflé le cœur. Colette m'a persuadée que l'amour va bien au-delà des âges et que ces deux âmes sœurs, rien n'aurait dû les séparer! Mais en même temps la séparation allait de soi et était inévitable, ce qui a rendu le tout d'autant plus triste...

Bien sûr, le thème est "osé" et reste d'actualité. Âgée de vingt-quatre ans de plus que son amant, Léa serait aujourd'hui qualifiée de "cougar". Elle est parfaitement lucide au sujet de sa relation avec Chéri et des us et coutumes de la société. Il y a un petit côté maternel dans la manière dont elle cajole Chéri, et au final c'est elle qui prend sur elle et se sacrifie presque pour lui garantir la vie à laquelle il a droit dans une relation "normale", mais j'ai vraiment trouvé leur amour extrêmement touchant. Je lirai certainement La Fin de Chéri si je le trouve d'occasion, mais j'ai lu une partie du résumé sur Wikipédia et je crains que cela ne vienne gâcher cette lecture...

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
J'ai acheté cette adorable édition pour 5€ dans la formidable librairie du père Pennard de Lyon, un endroit juste magique.


samedi 25 novembre 2017

Nietzsche. Se créer liberté (2010)

Chronique express!


Après Super Philo et Pour que la philosophie descende du ciel, troisième (et pour l'instant dernière) étape de ma tentative de dépoussiérage de la philosophie avec cette bande dessinée de Maximilien Leroy tirée de L'Innocence du devenir: La vie de Frédéric Nietzsche de Michel Onfray. Avec son attitude jusqu'au-boutiste, Nietzsche était mon philosophe préféré au lycée et j'ai donc retracé avec plaisir sa vie et ses idées, en apprenant au passage quelques infos que je ne connaissais pas, comme le fait qu'il était enseignant, qu'il a passé beaucoup de temps en Italie... et qu'il a totalement perdu la tête à la fin de sa vie. Je me souvenais bien qu'il était mort dans un état psychique dégradé mais j'ai été horrifiée par les quelques cases sur le sujet, qui montrent un homme bien plus atteint que je ne le croyais, qui nage en plein délire ou est complètement absent. Et on finit bien sûr sur la figure abjecte de sa sœur, qui a récupéré son œuvre et l'a cuisinée à la sauce antisémite. Quel gâchis pour cet esprit plus grand que nature!

Cette BD est toutefois assez austère avec des pages entières sans texte et je ne suis pas sure qu'elle soit adaptée à un public ne connaissant pas du tout le personnage, les concepts de sa philosophie étant à peine abordés. Perso je n'ai pas trop aimé le dessin et n'ai donc pas été extrêmement emballée; j'ai apprécié ma lecture parce que l'homme, de base, m'intéresse!



PS: Comme toujours, les photos de mon téléphone sont complètement surexposées et pâlottes, j'en suis désolée!

Allez donc voir ailleurs si cette BD y est!
L'avis de la petite marchande de prose

mardi 21 novembre 2017

Le Mystère de la chambre jaune (1907)

Chronique express!



Après avoir lu Le Fantôme de l'Opéra, je m'étais noté de lire d'autres livres de Gaston Leroux et je suis enfin passée à l'acte, plus de deux ans plus tard, quand j'ai trouvé Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir d'occasion dans la même édition. Le Mystère de la chambre jaune est un roman policier, ou plus précisément ce que les anglophones appelleraient un mystery, sur le bon vieux thème du crime commis dans une salle close. Mlle Stangerson a été étranglée et frappée à la tête alors qu'elle se préparait à passer la nuit dans la Chambre Jaune, dont la porte et la fenêtre étaient closes de l'intérieur; son père et les domestiques ont volé à son secours en entendant ses cris et ont enfoncé la porte; mais une fois entrés, point de criminel! Par où s'est enfui le meurtrier? Pourquoi s'en est-il pris à cette estimée scientifique? Le jeune reporter Rouletabille même ici sa première enquête et tirera l'affaire au clair en faisant appel "au bon bout de la raison" et en étudiant de près les mystères du château du Glandier et les va-et-vient nocturnes de ses occupants. J'ai beaucoup aimé ce roman au ton assez amusant, nettement moins torturé que Le Fantôme de l'Opéra, et son mystère très épais: jusqu'à ce que Rouletabille ne déballe l'identité du meurtrier au tribunal, je n'avais aucune idée de qui il s'agissait! Une petite déception pour le "tour de passe-passe" du cauchemar, que j'ai trouvé peu crédible, mais pas non plus au point de gâcher le plaisir de lecture. Je pense vite lire Le Parfum de la dame en noir, d'autant plus que Rouletabille cite plusieurs fois ce mystérieux parfum...

Le petit truc en plus que vous avez vraiment besoin de savoir
J'ai acheté ce livre, ainsi que Le Parfum de la dame en noir et Le Fauteuil hanté, en étant absolument persuadée que l'auteur était Maurice Leblanc et il m'a fallu plusieurs chapitres pour me rendre compte de mon erreur. Leroux/Leblanc, mon cerveau n'a pas vu la différence. XD

vendredi 17 novembre 2017

War Horse (1982)

Chronique express!


Je crois avoir lu Cheval de guerre de Michael Morpurgo quand j'avais onze ans, mais mon souvenir est extrêmement flou et je ne suis pas trop sure (et je n'en retrouve pas de trace dans mon journal intime de l'époque). Cet exemplaire d'occasion, qui a dû me coûter 2€ chez Oxfam à Dublin, m'a permis de lire ou relire sans hésiter les aventures de Joey, ce jeune cheval britannique qui est acheté par un officier en 1914 et qui part donc à la guerre en France. C'est un bon roman jeunesse, facile à lire mais pas bête du tout, et comme le film qu'en a tiré Spielberg c'est une excellente présentation pacifiste de la guerre, c'est-à-dire que la guerre et les morts ne sont pas cachés de manière naïve mais pas non plus glorifiés. On n'en ressort pas en ayant envie de s'engager mais en ayant beaucoup de peine et de pitié pour tous ces soldats et ces chevaux qui ont souffert dans la boue des tranchées. J'ai versé une larme pour le pauvre Topthorn, si brave et si beau, et pour la jeune Émilie... Connaissant assez bien le film, j'ai inévitablement comparé. Spielberg a changé quelques éléments mais a vraiment gardé l'esprit du livre, exception faite du fait que c'est Joey qui raconte à la première personne ici (mais bon on comprendra qu'il est compliqué de faire parler un cheval en film, on n'est pas dans un dessin animé comme le merveilleux Spirit, l'étalon sauvage!). Bref une jolie lecture à mettre sans hésiter entre les mains des jeunes lecteurs, passionnés de chevaux ou non, et qu'on découvrira ou redécouvrira aussi avec plaisir à l'âge adulte.

lundi 13 novembre 2017

Everything's Eventual (2002)

Je continue à lire du Stephen King jusqu'à la fin de l'année et la lecture d'octobre – qui a largement débordé sur novembre en réalité – était celle de ce recueil de nouvelles, qui contient notamment le dernier texte de King lié à La Tour sombre. (Après, il ne me restera "que" à lire La Concordance de Robin Furth.)


D'une manière générale, j'ai trouvé ce recueil un peu paresseux. Les quatorze nouvelles sont pertinentes et font bien leur travail, mais, à quelques exceptions près, je n'ai pas non plus été transportée. Ça rejoint un peu l'opinion que j'avais de l'auteur avant de me lancer dans La Tour sombre, un quelque chose d'un peu trop convenu, un peu trop "populaire" au sens de "simple, facile à prendre en main"... Enfin de manière relative bien entendu; disons "populaire" si vous aimez le genre sanglant et perturbant quoi. 😈

J'ai été étonnée que la majorité des textes ne relèvent pas du fantastique mais plutôt du noir, et que certains se terminent même bien! Bien sûr, je ne vous dis pas lesquels pour ne pas divulgâcher...

Autopsy Room Four (1997)
Un homme se réveille paralysé sur un lit d'hôpital et comprend qu'on l'a donné pour mort et qu'on va procéder à son autopsie. Un texte efficace mais peu salé au final. Je l'ai lu dans d'assez mauvaises conditions à l'aéroport et je ne suis pas trop rentrée dedans, même si l'idée de base est franchement angoissante.

The Man in the Black Suit (1994)
Un petit garçon parti pêcher tombe sur un inquiétant homme habillé de noir qui lui annonce des choses horribles. Outre la présence fort intéressante d'un homme en noir (les lecteurs de La Tour sombre comprendront ^^), le texte présente des éléments assez tristes, mais je ne l'ai pas trouvé foufou non plus.

All That You Love Will Be Carried Away (2001)
Ce texte est plus original puisqu'il met en scène un commercial qui note depuis des années les graffitis aperçus dans les toilettes, ce qui donne lieu à des citations absurdes ou étonnantes, voire tristes comme celle du titre. Je n'ai pas été tout à fait convaincue par la fin mais c'était plus "typé" et consistant que les textes précédents.

The Death of Jack Hamilton (2001)
Une histoire de gangsters bien ficelée, qui a su m'intéresser malgré l'indifférence totale que je ressens envers ce type de personnage. Ce n'était pas non plus foufou mais elle fait le boulot.

In the Deathroom (1999)
Une séance de torture présidée par Pablo Escobar en personne. Je n'ai pas su la situer dans un contexte précis à cause de mon immense ignorance géopolitique mais c'était pas mal.

The Little Sisters of Eluria (1998)
Grand retour de la Tour sombre!! Hiiiiiiiiii!! Dans cette nouvelle isolée, que l'on peut lire sans aucun problème si on ne connait pas la saga à laquelle elle se rattache, Roland de Gilead est convalescent dans une sorte d'hôpital dans une ville fantôme, Eluria. À son chevet, cinq femmes aux traits changeants et pas forcément si bien intentionnées que ça... Après une introduction résolument western, avec ville abandonnée et poussiéreuse, le texte relève plutôt de l'horreur/du fantastique, mais avec toute la richesse de l'univers de La Tour sombre et quelques références sympathiques (un des personnages vient de Delain, le royaume de Les Yeux du dragon) ou tristes (par exemple une réflexion sur la cruauté du ka qui m'a fait grincer des dents maintenant que je connais la fin de la quête de Roland). Le texte n'est pas indispensable à l'échelle de la saga mais est plaisant pour les fans et peut permettre de "tâter" l'univers si vous hésitez à vous engager dans une lecture d'environ 5 000 pages. Je vous renvoie aussi vers l'avis de Vert, qui en parle mieux et plus longuement que moi.

Everything's Eventual (1997)
Défrayé, nourri et logé dans un appartement fourni par son mystérieux employeur, un homme aux pouvoirs paranormaux a pour mission d'envoyer des lettres aux personnes qui lui sont désignées. Tout irait pour le mieux s'il ne commençait pas à s'interroger sur l'identité des destinataires de ses lettres aux conséquences fatales... Un texte agréable sur le coup mais peu marquant à long terme.
Ajout du 15 novembre: HA HA! J'étais tellement sure, en lisant cette nouvelle, qu'il y avait un rapport avec La Tour sombre!! Je pensais m'être trompée car le nom de l'employeur ne correspondait pas mais la Concordance, que je viens d'entamer, a confirmé mes soupçons!! Youhouhou!!

L. T.'s Theory of Pets (1997)
Peut-être mon préféré du recueil, ce texte est le récit d'un homme abandonné par sa femme qui parle de leurs deux animaux: le chien que sa femme lui a offert, avec lequel il ne s'entend pas du tout, et la chatte qu'il a offert à sa femme, avec laquelle celle-ci ne s'entend pas du tout. C'est assez sympathique et léger à lire et Stephen King y sépare l'humanité en deux grandes catégories: les gens qui aiment les chats et les gens qui aiment les chiens. Je suis on ne peut plus d'accord! (Ici, c'est team chat bien sûr! 🐱)

The Road Virus Heads North (1999)
Une nouvelle sur l'effrayante peinture d'un jeune conducteur achetée dans une brocante. Efficace et dans les règles de l'art, c'est un bon moment de fantastique. Je l'ai lue en plein jour et ai néanmoins jeté quelques regards soupçonneux autour de moi....

Lunch at the Gotham Café (1995)
Un texte plus quelconque sur un couple qui se retrouve au restaurant, avec un avocat, pour parler de son divorce. Le maître d'hôtel est très bizarre et tout part rapidement en vrille. Cette nouvelle m'a moins intéressée et j'ai trouvé qu'elle atteignait des sommets de sexisme: non seulement les femmes ne savent pas réagir face au danger, mais en plus elles appellent carrément à l'aide leurs compagnons masculins! Je vous jure! En pleine catastrophe, elles trouvent la présence d'esprit de crier "Machin, sauve-moi!" 😡

That Feeling, You Can Only Say What It Is in French (1998)
Un texte décousu un peu difficile à suivre, mais délibérément décousu, sur la sensation de déjà-vu qu'une femme ressent lors de son anniversaire de mariage. C'est justement le déjà-vu qui donne son titre au texte puisqu'il s'appelle aussi déjà-vu en anglais. Je n'ai pas trop aimé mais le petit mot de King à la fin l'a éclairé d'un jour nouveau et m'a aidée à mieux comprendre.

1408 (1999)
Le clou du recueil. Une nouvelle de fantastique dans les règles de l'art. Comme le dit King dans son mot d'intro, tout auteur du genre doit un jour ou l'autre se frotter à la chambre d'hôtel hantée. Il le fait ici avec brio, en présentant une présence effrayante car incompréhensible. C'est difficile à expliquer mais on approche de ce que faisait Lovecraft quand il parlait de choses innommables car non-euclidiennes ou aux proportions incompréhensibles... Bref, j'ai bien balisé en entrant dans la chambre 1408 et je ne sais pas si je serai bien à l'aise la prochaine fois que j'irai à l'hôtel.
La nouvelle a été adaptée en film avec Samuel L. Jackson et John Cusack.

Riding the Bullet (2000)
Un jeune homme rejoint sa mère à l'hôpital en faisant de l'auto-stop. Mais dans la nuit pleine de brouillard, les conducteurs ne sont pas forcément vivants... Ce texte efficace n'est pas inoubliable mais aborde avec justesse le thème du décès de la mère, déjà traité dans la nouvelle The Woman in The Room du recueil Night Shift. C'est un bon texte pour Halloween je pense.

Luckey Quarter (1995)
Une femme de ménage rit aux larmes en trouvant le pourboire laissé par un client dans sa chambre d'hôtel: une pièce de 25 cents. Comment payer l'appareil de sa fille et les visites médicales de son fils avec 25 cents? Mais mieux vaut en rire qu'en pleurer. Et vu que le client a laissé un mot disant qu'il s'agit d'un porte-bonheur, pourquoi ne pas jouer la pièce au casino de l'hôtel? Un texte plutôt pas mal qui m'a un peu rappelé La Tour sombre à cause du mot accompagnant la pièce: je me suis demandé s'il avait été laissé par un certain Walter. Mais peut-être que je suis juste monomaniaque.

Malgré les réserves que j'ai exprimées au début de ce billet, ce recueil confirme à quel point l’œuvre de Stephen King est diversifiée: il a vraiment touché à tout! Et il reste un écrivain très intéressant...

jeudi 9 novembre 2017

The Body in the Library (1942)

Chronique express!


Je l'ai déjà dit par le passé, Agatha Christie est une valeur sure: impossible de s'ennuyer avec ses policiers. Ici, c'est Miss Marple qui enquête sur un drôle de meurtre à la demande son amie Mrs Bantry. Le cadavre d'une jeune femme a en effet été retrouvé dans la bibliothèque du manoir familial! Les Bantry ne l'ont jamais vue mais les rumeurs iront forcément bon train et Mrs Bantry ne veut pas prendre le risque que la réputation de son mari en pâtisse. En plus, elle trouve tout cela très excitant! Voilà donc Miss Marple embarquée dans une nouvelle enquête aux côtés de la police dans le bel hôtel où travaillait la victime. Un vieil invalide dont la vie a été marquée par la tragédie, ses proches qui ont des soucis d'argent, la cousine de la victime, un danseur, un joueur de tennis, un jeune homme du monde du cinéma... Tout le monde est suspect et le mystère reste entier: pourquoi donc étrangler une jeune femme dans la bibliothèque de parfaits inconnus? Forte de son expérience de la vie dans le petit village de St. Mary Mead, Miss Marple va heureusement tirer tout ça au clair, à grand renfort de remarques étonnantes, qui sont parfois du niveau de "et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu" et donc hilarantes.

Mon seul regret: avoir lu ce roman, acheté à Dublin cette année, du 28 au 31 octobre, en oubliant totalement que j'avais acheté l'année dernière Haloowe'en Party de la même auteure, qui aurait été plus de circonstance vue la date. Ce sera pour l'année prochaine!

dimanche 5 novembre 2017

Le Ventre de Paris (1873)

Après La Fortune des Rougon et La Curée, Tigger Lilly et moi avons continué notre relecture des Rougon-Macquart d'Émile Zola avec Le Ventre de Paris, le roman des Halles à l'époque où elles étaient le marché central de Paris.


Plus d'un mois après avoir terminé ma lecture, mes souvenirs se sont largement estompés, mais j'ai heureusement nos échanges de mail pour me rafraîchir la mémoire!

L'intrigue
On suit le parcours de Florent, évadé du bagne qui revient à Paris en 1858 après des années d'absence. Il a été déporté alors qu'il n'avait pas participé à l'insurrection de 1851 contre le coup d'État de Bonaparte et est donc extrêmement remonté contre le Second Empire. Il retrouve son frère Quenu, qui tient une charcuterie prospère avec sa femme Lisa, fille d'Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan et sœur de Gervaise, célèbre héroïne de L'Assomoir. Idéaliste et naïf, la tête pleine d'idées sur la liberté, Florent peine à trouver sa place dans cette société consacrée tout entière à l'engraissement et se tourne assez rapidement vers un petit groupe de contestataires qui se réunit dans le café à côté de la charcuterie.

Les personnages
Florent est donc le personnage principal, mais le roman met aussi beaucoup en avant Lisa, une figure de "brave femme" à la moralité parfois un peu arrangeante: c'est le genre de personne fondamentalement honnête, qui n'irait jamais voler mais qui sait fermer les yeux si son bien-être est menacé ou perturbé. Fondamentalement, ce qu'elle veut, c'est qu'on la laisse tenir un commerce prospère. (Je me suis pas mal reconnue dans ce personnage, mon objectif dans la vie étant depuis des années de gagner de l'argent pour monter à cheval, dans l'indifférence pratiquement absolue des problèmes de la société et du monde.) Elle a aussi un sacré caractère et est clairement la cheffe du foyer, Quenu étant un peu bête et mou (gentil aussi, hein, fondamentalement, mais peu porté à voir plus loin que le bout de son nez).
Par ailleurs, on a toute une galerie de personnages qui gravitent autour de la famille. Certains sont abjects, comme l'horrible mademoiselle Saget qui précipitera la chute de Florent, d'autres sont variables, comme la belle Normande. Claude Lantier est un artiste qui plane un peu, madame François est le seul personnage réellement positif (c'est-à-dire bon, bienveillant et lucide à la fois; Florent est certes bon et bienveillant mais il est tellement incapable de voir ce qu'il se passe autour de lui que je ne peux pas le considérer réellement comme positif).

Les gros et les maigres
À quelques rares exceptions près, ces personnages se répartissent dans deux catégories, les gros et les maigres. Bien sûr, on peut être maigre physiquement et appartenir à la catégorie des gros, c'est plutôt une histoire d'appétit et de relation aux autres. Cette notion est liée à celle de...

...la bouffe!
Le marché des Halles est un immense étalage de bouffe, un édifice de verre et d'acier qui abrite des montagnes de victuailles dans des pavillons dédiés (la halle au blé, la halle de la poissonnerie...). Les tas de navets s'effondrent, les fromages puent, les animaux en cage pullulent, les poissons étincèlent.... Il y en a PARTOUT, à tel point qu'on frôle l'indigestion en lisant, et tout le monde mange et se gave dans une allégorie de la soif de richesses du Second Empire, déjà montrée du doigt avec l'or de La Curée.
"Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de céleris, de poireaux, semblaient rouler lentement et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille."
Les Halles sont vivantes et font partie intégrante de l'intrigue; c'est un univers à part avec ses propres règles.

Une fin quelque peu désolante
Le roman se termine sur une fin moins sanglante que La Fortune des Rougon et moins abrupte que La Curée, mais il n'en est pas moins désolant et révoltant puisqu'il met en scène, une fois de plus, la victoire des méchants ou des pas-très-sympas... [Attention divulgâcheur] Florent a été largement manipulé par certains de ses "camarades" et la police l'a utilisé comme instrument bien pratique pour détourner l'attention du public d'une loi fort impopulaire que le gouvernement avait du mal à faire passer. Il repart au bagne et la vie reprend son cours habituel, comme si de rien n'était, entre les étals de nourriture des Halles... [Fin du divulgâcheur] Mais cela ne signifie pas que le roman n'est pas bon; c'est un excellent Zola qui mériterait d'être plus connu.

Le petit truc à retenir en plus
Zola est un écrivain d'une modernité étonnante; il vivait déjà dans le même monde largement urbain et industrialisé que nous et ses réflexions sociales sont d'une actualité absolue. J'adore! 😍

Prochaine étape: La Conquête de Plassans.

Allez donc voir ailleurs si ce ventre y est!
L'avis de la petite marchande de prose
L'avis de Tigger Lilly

mercredi 1 novembre 2017

La gamelle d'octobre 2017

J'ai eu peu de temps pour la culture en octobre, un mois que j'ai plutôt consacré à l'équitation et à un beau week-end de cinq jours à Dublin (merci Ryan Air de m'avoir fait rentrer un jour plus tard en annulant mon vol de retour 😍). J'espère faire mieux en novembre... 😋

Sur petit écran

Rien. Ça donne le ton. 😋

Sur grand écran

Blade Runner 2049 de Dennis Villeneuve (2017)


Un beau film bien maîtrisé. Je n'ai vu qu'une fois le film précédent et ne peux donc pas juger de la manière dont il en reprend les codes et le ton, mais l'aspect principal des bouquins de Dick – à savoir la vérité de la réalité et de l'identité – est bien présent (je vous rappelle que j'ai lu Do Adroids dream of Electric Sheep? l'année dernière et que je l'ai trouvé excellent). Je suis restée très dubitative, en revanche, sur le principal élément de l'intrigue, [divulgâcheur] le fait que Deckard ait eu un enfant avec Rachel: je n'avais aucun souvenir d'une intrigue amoureuse entre ces deux personnages... C'est dire combien je connais peu le premier film... Je ne sais pas si le film était vraiment nécessaire, mais on est clairement dans le haut du panier en matière de film américain à gros budget.

Victoria & Abdul [Confident Royal] de Stephen Frears (2017)


Un film sympathique mais un peu gentillet sur l'amitié entre la reine Victoria et un Indien envoyé à Londres lui rendre hommage. Le message est positif mais ne casse pas trois pattes à un canard et, à l'exception d'une scène (les vautours avançant dans un couloir), je n'y ai vu aucune prise de risque ou "vision" de la part de Stephen Frears, pourtant réalisateur d'un vrai chef d’œuvre de l'histoire du cinéma. Une réflexion que je m'étais déjà faite à l'occasion de Florence Foster Jenkins. Heureusement, Judy Dench est magistrale, comme à son habitude, et fait tout l'intérêt du film.

Zombillénium de Arthur de Pins et Alexis Ducord (2017)


Un film d'animation tiré de la bande dessinée d'Arthur de Pins. Il y a beaucoup de bonnes choses et c'est assez drôle, mais il manque aussi un peu d'intrigue ou de finesse pour en faire vraiment un bon film. J'ai beaucoup aimé la sorcière rockeuse avec son skate à balais et le vampire à paillettes, je n'ai pas aimé le dessin et les passages avec la petite fille. Je crois que c'est le premier film français que je vois cette année.

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 1 - 2017
La série continue tous les lundi soirs. J'aime beaucoup mais je ne suis pas non plus ultra enthousiaste, il manque un petit quelque chose d'"émerveillant" que j'aime tant dans la série d'origine...

Mr Robot - saison 1 - 2015
Cette série avance plus lentement, ou plutôt nous avons calé après l'épisode 5 par manque de temps. Angela est à la croisée des chemins... On reprend en novembre!
Et le reste

J'ai lu le Cheval Mag de novembre et le numéro 52 de Translittérature, le magazine de l'Association des traducteurs littéraires de France, une lecture de grande qualité et toujours passionnante.


Bonne fin de jour férié à tous! 😘