mardi 21 juillet 2026

L'homme qui s'envola (2017)

Chronique express!
 
Un petit roman d'Antoine Bello, ça faisait longtemps! 

Walker est un homme d'affaires brillant. Il mène de front, et avec brio, la conduite de son entreprise de livraison de colis et sa vie de famille. Il adore sa femme et ses enfants, il gagne très bien sa vie et il réussit tout ce qu'il entreprend. Et pourtant... il ne rêve que de s'échapper. À tel point qu'il met en scène sa propre mort dans le crash de son avion, qu'il pilote lui-même.

Vous avez là l'intrigue de la première partie de ce roman. Comme toujours avec Antoine Bello, tout est clair, tout est efficace, tout est prenant et tout est soigné dans les détails – pour disparaître, il faut penser à beaucoup de choses, et le processus m'a semblé assez crédible! L'histoire est déjà prenante avec cet aspect, puis elle prend une dimension supplémentaire en raison d'une chasse à l'homme. Walker ayant souscrit une assurance sur sa vie et son corps n'ayant pas été retrouvé, son assureur embauche un spécialiste pour vérifier si sa mort n'est pas une fraude à l'assurance. Et, là aussi comme toujours avec Antoine Bello, il y a un petit élément de mise en abyme très sympathique, avec des passages qui font miroir l'un à l'autre. Même si ce n'est pas le roman le plus marquant de l'auteur, c'est une réussite!

 #EncoreUneVictoireDeBello

jeudi 16 juillet 2026

Le Retour du bonheur (1990)

Un jour, dans l'entrée de mon immeuble, je suis tombée sur ce livre de Madeleine Chapsal, Le retour du bonheur. Le titre et la couverture de cette édition France Loisirs ne m'attiraient pas, mais, il y a fort longtemps, j'ai lu et apprécié La Grand-mère de Jade de cette autrice, et je l'ai donc pris en main.

La quatrième de couverture m'a brièvement informée que Madeleine Chapsal y racontait pourquoi elle avait fait une psychanalyse, comment cela s'était passé et pourquoi d'autres personnes pourraient en faire de même. Et comme je rêve de retourner chez une psy ou une hypnothérapeute, j'ai emporté le livre.

Surprise: lorsque j'ai lu le rabat présentant l'autrice, il n'y était pas du tout mention d'un livre intitulé La grand-mère de Jade, mais d'un livre intitulé La Maison de jade.

La maison, pas la grand-mère.

Lentement, les synapses ont fait voyager l'information dans mon cerveau. Un souvenir nébuleux s'est éveillé. Je crois bien que je l'ai lu aussi, La Maison de jade. Il m'a été prêté il y a quinze ans, par ma belle-mère de l'époque, et je n'ai aucun souvenir de ma lecture, si ce n'est que j'ai peut-être trouvé ça chiant.

En parallèle, Internet m'a informée que La Grand-mère de Jade a été écrit par quelqu'un d'autre, Frédérique Deghelt, à pratiquement vingt ans d'intervalle. Lol.

Je me suis donc intéressée à ce livre à cause d'une confusion sur les noms de deux autrices qui ont écrit un livre avec "jade" (jade la pierre précieuse ou Jade le prénom) dans le titre, ce que je trouve rigolo.

Mais bon, j'avais Le Retour du bonheur en main, le sujet m'intéressait toujours, et je l'ai donc lu. Ce n'était pas foufou, mais il y avait pas mal de choses intéressantes.

Madeleine Chapsal décrit donc sa psychanalyse, réalisée dans les années soixante-soixante-dix. Déjà, c'est de la psychanalyse, pas des séances chez un psychologue. Et c'est particulier, la psychanalyse. Trois séances par semaine (et dire que le facteur bloquant, pour moi, est le prix: je ne peux pas investir le prix de deux séances par mois, qui me semble le minimum pour faire quelque chose... 🙃), d'abord en face à face, mais surtout – et longtemps – "sur le divan", sans voir l'analyste et sans que celui-ci intervienne. Le gros cliché où l'on imagine facilement l'analyste s'endormant pendant que le patient parle, en somme. 🤭🤭

Madeleine Chapsal répète des tas de fois que c'est la démarche qui compte, et le fait de DIRE les choses, pas le fait que l'analyste réagisse ou pas. Je suis d'ailleurs assez d'accord avec elle sur l'importance de la démarche et de la formulation de ses problèmes à voix haute. C'est ce que j'appelle "se dire au moins la vérité à soi-même". Dans mon bilan de 2022, j'ai même écrit que l'hypnothérapie me faisait "un safe space où dire la vérité et des horreurs et où pleurer". Néanmoins, je doute que ce type de fonctionnement me conviendrait, à moi. Il me faut un minimum de réponse en face. En fait, il me faudrait carrément du coaching, mais ça coûte encore plus cher que le psy... 😂😂

Bref, Madeleine Chapsal a fait ça durant dix ans, parler à son analyste qui ne disait rien, et le facteur déclenchant pour la demande de consultation a été une pulsion de suicide, une envie soudaine de se jeter sous le métro. Ce qui est sorti à l'analyse, c'est sa dépendance extrême à l'espoir d'être un jour épousée par son compagnon de l'époque – qui était déjà marié, lui... – et, évidemment, tout plein de malaises familiaux. Elle a même rompu avec sa sœur, tant son changement de comportement a affecté la relation. Moi, je suis assez persuadée que l'enfance est déterminante, dont je l'ai pas mal rejointe sur ça. Et il était intéressant de voir qu'une femme qui avait, a priori, atteint un certain niveau de réussite sociale et intellectuelle était, en fait, obsédée par ce que son compagnon faisait et disait.

J'ai aussi apprécié qu'elle décrive les diverses réactions des gens à qui elle parle de psychanalyse, qu'elle fasse le lien avec l'écriture de roman – qui a commencé, pour elle, durant son analyse – et qu'elle souligne l'importance de payer ses séances (pour elle, parce qu'elle ne redoutait pas que l'analyste l'abandonne, puisqu'elle le payait; pour moi, parce qu'il n'y a pas de dette quand je sors du cabinet).

En revanche, d'une manière qui me semble classique en psychanalyse, TOUT a été interprété de manière psychique. Après une première analyse de dix ans avec un certain Christian, Madeleine Chapsal a fait une autre analyse avec Françoise Dolto en personne et il en est "ressorti" que sa stérilité était la conséquence directe d'un choc psychique subi dans l'enfance. LOL. Vous avez bien lu. Ce n'est pas le cocktail génétique et le hasard, ou, qui sait, l'exposition à une quelconque substance chimique toxique. Madeleine Chapsal écrit qu'elle s'est rendue stérile elle-même, inconsciemment, à cause d'un choc terrible. L'effet nocebo puissance dix mille, en somme. Elle adhère totalement à cette thèse, et, moi, je n'y crois pas DU TOUT.

Donc voilà. J'ai quand même eu l'impression d'avoir affaire à quelqu'un d'un milieu social bien plus élevé que le mien et à une discipline quand même pas mal perchée. Mais l'ouvrage se lit très facilement et, comme je l'ai dit, est rempli de réflexions intéressantes. Ça me fait rêver, de pouvoir juste parler à quelqu'un dans ce contexte où c'est TON heure de parler et où tu peux vider ton sac et ça n'aura pas de conséquences sur le reste de ta vie – sauf au niveau de ce que ça change en toi, évidemment. Ahlàlà, si j'avais approximativement 5 000 € nets de plus par mois, j'en ferais, des choses... 🤑🤑🤑

samedi 11 juillet 2026

Les BD du deuxième trimestre 2026

Après un premier trimestre famélique sur le plan graphique, le deuxième trimestre a débordé de BD dans tous les sens – et avec beaucoup, beaucoup de qualité et même une autrice coup de cœur!

La Cantine de minuit de Yarô Abe, traduit du japonais par Miyako Slocombe (2007)

Dans un restaurant ouvert de minuit à sept heures du matin, où l'on n'a qu'un seul plat au menu mais où l'on vous servira tout ce que vous demanderez s'il y a de quoi le préparer, les clients se relayent et se croisent sous l'œil amusé du patron. De petites histoires se mettent en place, et on découvre ainsi la vie des clients à l'extérieur. C'était sympathique, mais le dessin m'a tellement peu enthousiasmée que j'ai lu tout ça d'un œil distrait – et ce alors que ça parle de nourriture, une de mes plus grandes obsessions. Je ne lirai donc pas la suite. Mais si vous aimez, vous avez de quoi vous régaler: quatorze tomes en français. 😉
Éditeur: Le Lézard Noir

L'abîme de l'oubli de Paco Roca (scénario et dessin) et Rodrigo Terrasa (scénario), traduit de l'espagnol par Éloïse de la Maison (2023)

Une bande dessinée excellente sur l'inhumation d'une fosse commune du cimetière de Paterna, près de Valence, où étaient jetés les corps des hommes fusillés par les franquistes après la fin de la guerre civile. On suit essentiellement deux fils rouges: la vie de l'un des fusillés et celle du gardien du cimetière en 1940-1941. C'est documenté, révoltant, humain, poignant, et étonnamment "rassérénant" au regard du sujet. Déterrer les morts, leur rendre un nom et leur donner une sépulture, même bien longtemps après les faits, c'est une forme de dignité dont l'humanité a grand besoin. Merci pour la découverte, Baroona!
Éditeur: Delcourt

Les Vieux Fourneaux de Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessin et couleurs), tomes 1 à 6 (2014-2020)

 

Après avoir lu, pour la millième fois, un avis super positif sur cette série (celui du Dragon galactique de mars 2026), je suis enfin passée à l'action et j'ai emprunté le premier tome. Totalement convaincue, j'ai rapidement enchaîné, et j'en ai lu six pour l'instant. Je vous en reparlerai quand j'aurai fini. Je dois quand même dire que je n'aime pas trop que les seins d'un personnage soient un sujet dans le premier tome, hein!! Ça fait un peu monde de mecs. Mais c'est drôle et touchant. Et c'est de là que vient le Loup en slip!! Nan mais who knew!!! 😱😱😱
Éditeur: Dargaud

Les Chats en BD de Christophe Cazenove et Flora (scénario) et Stéphane Escapa (dessin), tome 3 (2026)

 

Une bande dessinée rigolote sur un trio de chats et leurs humains. Dans le vaste monde des bouquins sur les chats, ce n'est pas mémorable, donc je ne vais pas remonter en arrière pour lire les deux premiers tomes. Mais c'est rigolo et il y a une volonté pédagogique pour éduquer les gens au comportement des chats. Ce serait excellent pour un enfant qui va vivre avec un chat!!
Éditeur: Bamboo

Minuit passé de Gaëlle Geniller (2024)

 

Une histoire de maison hantée absolument géniale, lumineuse et délicieusement inquiétante par moments, avec des personnages trop beaux, une maison trop belle (CELLE QUE NOUS VOULONS TOUS, ÉVIDEMMENT), des relations humaines ultrachaleureuses (ce père et son fils!! Mais ça donne envie d'être parent!!), des corneilles magnifiques, une atmosphère de fous!!! Bon, je ne suis pas certaine d'avoir compris la fin, mais c'était génial!!! Merci Baroona pour la découverte!!!
Éditeur: Delcourt (collection Mirages)

Deux filles nues de Luz (2024)

De sa "naissance" en 1919 à son accrochage dans le musée Ludwig de Cologne en 2001, un tableau nous montre ce qui se passe juste en face de lui, dans un bureau, un musée, un train. Une manière de retracer la montée du nazisme en Allemagne et le destin d'une œuvre que ceux-ci considéraient comme dégénérée. Je pense qu'il y a un vrai tour de force dans cette mise en scène particulière, qui doit être très rigoureuse. Quand le tableau tombe, par exemple, Luz a été obligé de dépeindre la pièce vue d'en bas et potentiellement de travers... Et l'action a parfois lieu dehors, de l'autre côté d'une fenêtre, donc le lecteur doit bien prêter attention à tout. Toutefois, je n'ai pas du tout aimé le dessin et je dé-tes-te l'art moderne, donc je ne peux pas dire que j'aie vraiment adoré ma lecture.
Éditeur: Albin Michel

Les fleurs de grand frère de Gaëlle Geniller (2019)

Portée par mon enthousiasme pour Minuit passé, j'ai emprunté tout ce que ma médiathèque avait en stock de Gaëlle Geniller (bon, ça fait deux livres, lol), et j'ai commencé par cette BD, sa toute première. C'est l'histoire d'un garçon à qui il pousse des fleurs sur la tête. C'est incroyablement doux et réconfortant. J'ai passé un excellent moment malgré la brièveté de l'ouvrage et une fin que je n'aurais pas choisie ainsi. En 2023, Gaëlle Geniller a reçu le Prix UNICEF de littérature jeunesse (9-12 ans) pour cet ouvrage et je suis enchantée pour elle. 💞💞
Éditeur: Delcourt

Le Jardin, Paris de Gaëlle Geniller (2021)

Le deuxième ouvrage de Gaëlle Geniller est tout simplement une merveille, un cocon de douceur ultraréconfortante. L'autrice nous emmène dans un cabaret des années vingt où danse notamment Rose, le fils de la gérante. Tout est beau, des décors aux robes en passant par les fleurs. Personne n'est méchant, et on parle de fluidité de genre en toute discrétion, sans la ramener et sans moraliser – c'est juste l'histoire de Rose et des personnes qui gravitent autour de son parcours, toutes plus irrésistibles les unes que les autres. Sérieux, même les fumeurs sont incroyablement classes. J'ai adoré. Cette autrice est décidément ma découverte de l'année. Elle sort un nouvelle BD en fin d'année et je me réjouis de lire ça. 😍😍😍
Éditeur: Delcourt

lundi 6 juillet 2026

La gamelle de juin 2026

Ouhlàlà! Un bilan mensuel plus pauvre que jamais, dans cette gamelle!

Et ce n'est pas par manque de temps. De la semaine du 25 mai et jusqu'à la fin du mois de juin, j'ai eu très peu de travail. Je n'ai pas compté mes heures, mais ça m'étonnerait que j'aie eu plus d'une semaine d'équivalent temps plein effectivement rémunérée. Si le bilan est si maigre, c'est que j'ai orienté ce temps libre sur la lecture, ce qui m'a permis de lire huit livres en juin. HUIT!!! C'est merveilleux. Ça n'arrive jamais.

Lundi 29 juin, j'ai rebasculé d'un coup en mode surchauffe, et je regarde donc ce mois de lenteur avec beaucoup de nostalgie (même si j'en paierai les conséquences fin août-début septembre, quand la chute de revenus correspondante se fera sentir...).

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (1995)

Je n'ai guère accroché à ce manga culte: je n'ai pas bien suivi qui était qui et quels étaient les enjeux politiques, et je me suis plutôt ennuyée. Mais c'était bon pour ma culture, et je me suis dit plusieurs fois que les Wachowski l'avaient vu et que Matrix n'aurait pas été le Matrix que nous connaissons sans ce film. 🤭

Du côté des séries

Toujours rien.

Et le reste

 

J'ai lu le premier numéro de la revue poétique Text(ure), paru en septembre 2024 et portant sur le thème de la peau. Sans grandes surprises, je n'ai rien compris à l'écrasante majorité des poèmes proposés. Lol. La poésie moderne en vers libres ne me parle pas DU TOUT.

En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, qui proposait notamment un supplément sur les Championnats de France Poney et Club à Lamotte-Beuvron (💖💖💖), quelques exercices pour rester en forme si on ne monte pas l'été et même des jeux, type mots croisés et sudoku. 🌞⛱️

mercredi 1 juillet 2026

Le Premier Jour de paix (2023)

Après Dessous Cocanha, un petit livre de SF parlant d'inégalités avec une touche d'espoir, je me suis penchée sur le premier roman d'Elisa Beiram, Le Premier Jour de paix.

Illustration (trop belle!) de Thomas Dambreville 😍😍

Ici, point d'île merveilleuse, mais un homme qui construit un mausolée au bord de la mer et qui compte les habitants de moins en moins nombreux de son village. Dans cette première partie, on devine que le monde tel que nous le connaissons s'est complètement effondré et que la situation est très difficile, tant dans le vaste monde que dans ce village complètement isolé et ravagé par la violence. Pourtant, des "émissaires" se déplacent pour résoudre les conflits de manière pacifique, comme nous le verrons dans la deuxième partie.

Le Premier Jour de paix
m'a légèrement déstabilisée, car chacune des trois parties met en scène un personnage différent, ce que je n'avais pas compris en lisant la quatrième de couverture (et que j'avais oublié depuis que j'avais lu la chronique de Baroona, qui le dit très clairement 🙃). En outre, les liens entre ces trois personnages sont ténus – même si, au final, tout se rejoint. Ce qui est intéressant, c'est la double évolution que l'autrice nous présente: des exodes de masse et un réchauffement climatique épouvantable, mais qui ont finalement débouché sur des sociétés organisées différemment de la nôtre. C'est vraiment un pendule qui va de choses super anxiogènes à d'autres très encourageantes. Et on suit des personnages qui font de leur mieux pour œuvrer dans le bon sens, ce que j'adore.

Depuis plusieurs années, et de manière de plus en plus marquée, je suis exaspérée par les dystopies mettant en scène la catastrophe politique et environnementale avec un manque d'imagination désolant et, au contraire, ce que je soupçonne d'être une forte dose d'autosatisfaction. Tandis que je suis, dans le même temps, de plus en plus convaincue que la véritable originalité, la véritable vision, et la véritable preuve que l'on voit plus loin que le bout de son nez se trouvent chez les gens qui savent nous montrer un futur soit nuancé, comme ici, soit carrément désirable, comme Star Trek, Becky Chambers et Céline Minard...

Mon seul regret, c'est que j'ai lu ce roman, pourtant très court, de manière très découpée et que j'ai donc eu du mal à faire les liens. C'est seulement en revenant en arrière et en relisant des chapitres entiers (que j'avais, évidemment, intégralement oubliés en quelques jours) que j'ai mieux cerné le tout.

Anecdote rigolote: dans la bibliographie qu'elle propose en fin d'ouvrage, l'autrice cite "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" : En finir avec une sentence de mort de Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens, qui lui "a été conseillé par le libraire de l'Atalante (merci Mathieu!)" et qu'elle qualifie de "indispensable". Je me suis sentie à la pointe de la pensée intellectuelle, gauchiste, altermondialiste, antifasciste ou que sais-je. 😍😍