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mardi 15 juillet 2025

Les miracles du bazar Namiya (2012)

 

Une nuit, trois petits voleurs tombent en panne de voiture et n'ont d'autre choix que de se planquer dans un bazar abandonné. Bizarrement, quelqu'un glisse une lettre à travers une fente dans le rideau métallique pour demander un conseil. Après avoir trouvé une vieille revue qui les informe que le bazar a été célèbre, en son temps, parce que le propriétaire répondait à de telles demandes de conseil, les trois compères répondent à la lettre même s'ils ne sont pas du tout le propriétaire. Mais le courrier suivant de leur interlocutrice arrive bien trop vite, et ils ne tardent pas à se rendre compte que cette personne ne semble pas vivre à la même époque qu'eux.

Au fil de  cinq parties se passant à des époques différentes, Keigo Higashino trace plusieurs portraits de personnes assez lambdas, qui sont face à un choix difficile dans leur vie et sollicitent l'aide du bazar Namiya pour y voir plus clair. Parfois, le conseil qu'on leur prodigue ne leur plaît pas, alors elles insistent pour défendre leur point de vue, à tel point que le roman émet l'hypothèse que leur décision est prise et qu'elles veulent juste être confortées dans cette décision. (Hmmm. Moi, parfois, je demande conseil parce que j'espère bénéficier d'un regard plus acéré que le mien, qui me montrera tout ce que j'avais raté.) Parfois, elles croisent la route les unes des autres sans le savoir. Ces petits détails forment un puzzle très sympathique à reconstruire, jusqu'à ce qu'on en revienne à nos petites frapes du début dans la dernière partie.

D'un certain côté, le fait que les personnages se croisent et qu'on réfléchisse à la notion de choix m'a fait penser à Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi, mais le style est bien meilleur. :D

Pour être tout à fait honnête sur le style, ce roman m'a tout de même posé quelques petits soucis, notamment dans l'usage des pronoms. Exemple pour les pronoms personnels: des "elle" ou "il" qui apparaissent brusquement alors qu'aucun personnage n'a été mentionné depuis plusieurs paragraphes, ce qui me fait toujours pas mal tiquer. Exemple pour les pronoms possessifs: des "son chat" et "son père" dans la même phrase, alors qu'ils ne renvoient pas à la même personne (disons que le chat appartient à Mathilde et le père appartient à Trucbidule.) Bon, je chipote, c'est vraiment une remarque de rédactrice, et je sais que les trois quarts des gens ne comprennent même pas de quoi je parle – c'est d'ailleurs difficile à expliquer. Dans l'ensemble, c'était très bien. Une lecture claire et plaisante, parfaite pour un roman assez feel-good au final. C'est Sophie Refle qui est à la traduction, et elle est Madame Keigo Hisashino chez Actes Sud: j'ai l'impression qu'elle a traduit absolument tout ce que Actes Sud a sorti de cet auteur.

Allez donc voir ailleurs si ce bazar y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Grominou
L'avis de Ksidra
L'avis de Tigger Lilly

dimanche 11 mai 2025

Et si les chats disparaissaient du monde... (2012)

Je ne sais plus trop où j'ai entendu parler de ce petit roman de Genki Kawamura (auteur qui, soit dit en passant, est surtout producteur de cinéma et a notamment été producteur du merveilleux Your Name de Makoto Shinkai). Peut-être a-t-il été mis en avant dans la newsletter de ma libraire. Quoi qu'il en soit, j'ai évidemment sauté dessus – dans le sens que je l'ai réservé dans mon réseau de médiathèques, probablement en adressant une prière à la personne l'ayant emprunté pour qu'elle le rende à la date prévue. Puis, lorsque je l'ai récupéré, je l'ai lu le soir même, d'une traite. Un soir où ça n'allait pas très fort et où le brouillard intellectuel était tel que je ne me sentais pas d'attaque pour lire Jules Romains, pour vous donner une idée.

Le protagoniste, trentenaire, écrit une longue lettre pour raconter la semaine qui vient de s'écouler. Cette semaine a commencé très mal, puisqu'on lui a diagnostiqué un cancer au cerveau. Ses perspectives de survie sont très mauvaises: il est condamné à très brève échéance. Mais alors même qu'il essaye de lister des dix choses à faire avant de mourir, voilà que le diable débarque chez lui et lui propose un marché: il lui accordera un jour de vie en plus si notre héros accepte de faire disparaître quelque chose du monde.

Le premier soir, le narrateur choisit – avec quand même une certaine influence du diable – les téléphones.

En toute objectivité, ce roman n'a rien de véritablement exceptionnel. Mais il a tenu la promesse implicite de son titre, de son résumé, de sa couverture et de la vague de bouquins feel-good japonais dont les éditeurs français nous recouvrent: il m'a touchée, il m'a fait pleurer, il m'a un peu apaisée. Parce que le protagoniste, à l'annonce de sa mort prochaine, se demande bien sûr avec qui il a envie de parler, et qu'il n'a pas énormément de réponses à apporter à cette question. La première personne est son ex, grande amatrice de cinéma, ce qui donne lieu à quelques réflexions touchantes sur le septième art. Mais, surtout, il repense à ses parents – sa mère, décédée, et son père avec qui il est fâché – et à ses chats – Laitue, le chat de la famille, décédé également, et Chou, le sien.

Moi, vous me mettez des chats et des décès, et je me décompose. Et je pense que j'en ai besoin, en fait. Car le lendemain de ma lecture, je me suis réveillée plus reposée, en forme, lucide, dynamique et optimiste que depuis des jours, si ce n'est des semaines. Pas "reposée, en forme, lucide, dynamique et optimiste" dans l'absolu, hein. Mais "plus reposée, en forme, lucide, dynamique et optimiste que depuis des jours, si ce n'est des semaines". Observez la nuance. Bref, cela n'a pas été sans me rappeler le fait que j'ai cessé d'être insomniaque après avoir sangloté désespérément en séance d'EMDR. Foncièrement, je déteste souffrir et je suis convaincue que la douleur détruit, mais il semble y avoir un certain type de chagrin qui vous laisse plus apaisé après vous avoir secoué...

Le pitch de ce roman n'est pas sans rappeler Mémoires d'un chat de Hiro Arikawa, mais je l'ai trouvé mieux géré, et la version française, aux soins de Diane Durocher, m'a semblé mieux rédigée, sans les problèmes de concordance de temps sur lesquels j'ai buté lors de plusieurs traductions du japonais ces derniers temps. Ça se lit tout simplement tout seul.

Pour info, le roman est d'abord paru en France sous le titre Deux milliards de battements de coeur. C'est plutôt cool pour moi que le titre ait été modifié, parce que, évidemment, je l'ai lu essentiellement parce qu'il y avait "chats" dans le titre. 😊😊😸😸

Je n'y vois qu'un seul problème, en définitive: la superbe couverture n'est pas créditée!! 😱😱😱

samedi 14 décembre 2024

Au revoir les chats ! (2021) 🐈

Chronique express!

Après le roman Les Mémoires d'un chat, l'autrice japonaise Hiro Arikawa a sorti un deuxième livre félin, qui s'apparente cette fois plutôt à un recueil de nouvelles. Le premier texte, "L'heure de Hachi", raconte l'histoire de Hachi, le chat que Satoru, personnage principal de Mémoires d'un chat, avait eu dans sa jeunesse; le deuxième, "Un voyage oublié", raconte un voyage effectué par Satoru et Nana à l'époque du roman; les cinq suivants décrivent les vies d'autres chats, ou des anecdotes autour des chats ("L'Île aux chats", très sympathique dans son peuplement félin mystérieux et vorace).

Dans l'ensemble, c'est plutôt émouvant, et j'ai bien sûr pleuré à la fin. Mais je n'ai rien compris à "Vilain Tom!" et j'ai de nouveau trouvé pas mal de choses décousues ou difficiles à suivre, ou bizarrement répétitives. En revanche, la concordance des temps ne m'a pas choquée cette fois. C'est Sophie Refle qui est à la traduction; peut-être fait-elle plus attention à ce point ou y a-t-il eu plus de travail éditorial de manière générale. Quant à la couverture, on la doit de nouveau à Irina Garmashova-Cawton. On dirait ma petite Reloue!! 🥰🥰🥰

vendredi 29 novembre 2024

Le Café où vivent les souvenirs (2018)

Chronique express!


Après Tant que le café est encore chaud et Le Café du temps retrouvé de Toshikazu Kawaguchi, j'ai craqué: je n'ai pas pu résister à l'envie de lire le roman suivant parce qu'il est traduit du japonais par une troisième traductrice de haut vol après Miyako Slocombe et Mathilde Tamae-Bouhon: Géraldine Oudin. Et aussi parce que le titre est absolument irrésistible, bien sûr. Hélas, ça a été le voyage de trop. Malgré le changement de décor – le Funiculi Funicula de Tokyo laisse la place au Dona Dona d'Hakodate –, les répétitions incessantes des règles et l'application absolument identique de la même recette m'ont lassée, et j'ai donc lu l'ensemble sans grande implication – alors que l'idée d'avoir cette deuxième chance pour parler à quelqu'un dans le passé me vend vraiment du rêve. Il faut aussi dire que je m'embrouille affreusement dans les prénoms japonais, à tel point que j'ai pris des notes pour retenir qui est qui – mais ça, c'est une limite personnelle, qui n'est aucunement imputable à l'auteur. Bref, si le voyage vous tente, je recommanderais de se limiter au premier roman. 

Mise à jour suivant la rédaction de ce billet
J'ai interrogé une consœur traductrice concernant mes problèmes liés aux pronoms et à la concordance des temps dans des lectures récentes traduites du japonais. Apparemment, c'est l'un des enjeux de la traduction japonais > français: d'une part, le japonais n'utilise pas ou presque pas de pronoms et ne conjugue pas les verbes en fonction de la personne, ce qui fait qu'il faut souvent déduire le sujet de l'action du contexte (non mais 😱😱); d'autre part, il n'y a pas vraiment de temps passés et futurs, juste l'aspect des verbes (on n'a pas eu le temps de creuser, mais je pense que ça s'apparente au perfectif/imperfectif des verbes russes, pour ceux qui voient (moi, je ne vois pas vraiment, et ça fait trois ans que j'ai repris le russe 😂)). En bref, ça n'a rien à voir et il faut tout reconstruire en français. 🥹🥹

mardi 19 novembre 2024

Les Mémoires d'un chat (2017) 🐈

Un livre avec un chat, c'est déjà très intéressant. Alors, un live avec un chat dont Baroona dit du bien... 🐱

Bon, en vrai, j'avais repéré ce livre depuis des lustres, mais je m'étais arrêtée au fait que le chat en couverture a une drôle de tête. Pour info, c'est une illustration d'Irina Garmashova-Cawton, une femme visiblement très bien qui dessine des tas et des tas de chats. 🥰

Dans ce roman traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne, Hiro Harikawa donne la parole à un chat de gouttière qui, suite à une blessure, s'installe chez un humain. Pas n'importe quel humain, hein. Un humain qu'il connaît déjà et qu'il aime bien. Et puis, le temps passant, le chat décide de rester là même s'il est guéri, et l'humain, Satoru, lui donne un nom: Nana. Mais des années plus tard, Satoru est contraint de se séparer de lui et cherche à le placer auprès d'une personne de confiance, ce qui l'amène à recontacter des proches plus ou moins perdus de vue.

Chaque partie du roman raconte ainsi la rencontre avec un potentiel adoptant.

Sur la forme, je dois dire que j'ai eu du mal avec ce roman à cause de la rédaction en français. (Bon, c'est une évidence: je ne lis pas le japonais, donc je ne risque pas d'avoir du mal avec la rédaction en japonais, HAHAHAHAHAHA.) Dans l'ensemble, le récit est raconté à la première personne par Nana. MAIS les adoptants potentiels s'expriment aussi à la première personne. Par conséquent, il faut déjà faire un petit ajustement au début de chaque chapitre pour savoir si "je" est un chat ou un humain. MAIS en plus, le point de vue des adoptants potentiels peut aussi être exprimé sous forme de récit extérieur à la troisième personne. Et là, vous ne savez plus du tout qui est "il" : l'adoptant, le chat vu par l'adoptant, Satoru vu par l'adoptant...? Ajoutez à cela que la concordance des temps est fluctuante, avec du passé composé, du présent, du passé simple et du plus-que-parfait mélangés au petit bonheur la chance, et vous avez une version de moi-même qui se désespère.

On pourrait attribuer la faute au traducteur, mais mon expérience personnelle me permet d'en douter (j'ai des travaux qui ont été salopés après mon passage, hélas) et, de toute façon, la responsabilité finale incombe à l'éditeur. Actes Sud, c'est un peu la maison que tout le monde encense, mais ce n'est pas la première fois que je m'étonne du manque de rigueur du travail éditorial, alors je suis assez perplexe. Notez toutefois que ces gens mettent le nom du traducteur en couverture, ce qui est bien et merveilleux.

Bon, donc, je critique la forme, mais, sur le fond, j'ai beaucoup apprécié cette lecture. Pas tout à fait autant que Baroona, mais quand même beaucoup. J'ai lu ce roman rapidement et avec plaisir, et j'ai bien sûr sangloté durant pas mal de pages à la fin, voilà voilà. C'est une belle histoire touchante sur les liens d'amitié (entre humains, mais aussi entre humains et non-humains) et sur les innombrables façons dont les vies des gens s'influencent, ainsi que sur une forme de bonheur simple que je ne saurais décrire précisément. Pour broder sur le Japon, c'est un peu comme les films de Miyazaki: à la fin, ça me donne un peu l'impression d'être une meilleure personne que je ne l'étais au début... Et Nana, quand il a la parole, est très très sympathique!!

Il n'est donc pas du tout impossible que je lise autre chose de cette autrice japonaise, d'autant que ce roman a une suite: Au revoir, les chats! Je sens qu'il faudra préparer quelques mouchoirs...

Allez donc voir ailleurs si ce chat y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Grominou

samedi 1 juin 2024

Le café du temps retrouvé (2017)

Chronique express!

Après Tant que le café est encore chaud, j'ai eu envie de poursuivre ma lecture des romans de Toshikazu Kawaguchi sur le Funiculi Funicula, un café tokyoïte dans lequel on peut, si on parvient à s'asseoir à une place bien précise, remonter dans le temps. Comme dans le premier roman, on a ici quatre chapitres articulés autour d'une personne à chaque fois.

Mon avis est le même que pour le premier roman: c'est humain et touchant, j'ai été émue et je paierais cher pour pouvoir faire le voyage, moi aussi. 💖💖 Mais le style n'est pas à la hauteur, notamment au niveau des répétitions – par exemple, on nous répète les règles à peu près quarante fois en cent vingt pages et on nous dit mille fois que la serveuse débarrasse les tables (d'ailleurs, elle essuie un nombre de verres et de tasses qui semble franchement décorrélé du nombre de clients, qui est infime 😂). Le premier tome était traduit par la brillante Miyako Slocombe, mais c'est la tout aussi brillante Mathilde Tamae-Bouhon qui a pris le relais ici et les défauts stylistiques sont exactement les mêmes, ce qui confirme à mes yeux qu'ils viennent du texte de départ. Je ne suis donc guère motivée pour lire le troisième tome, en soi. Sauf que je vois qu'il se passe dans un autre café, dans le nord du pays, qu'il est plus épais (250 pages, ce qui peut laisser espérer plus de corps) et surtout qu'il est traduit par une troisième traductrice de haut vol, Géraldine Oudin. Donc, il n'est pas impossible que je voyage dans le temps une troisième fois... 👀

Autres traductions de la traductrice déjà chroniquées sur le blog
La Saveur du printemps de Kevin Panetta et Savanna Ganucheau (2019) 

jeudi 28 mars 2024

Tant que le café est encore chaud (2015)

"Tant que le café est encore chaud": avec un titre pareil, qui m'évoque un cocon de douceur bientôt révolu, je pouvais difficilement résister à ce roman japonais de Toshikazu Kawaguchi!

La légende veut qu'au Funiculi Funicula, petit café de Tokyo planqué dans un sous-sol tout ce qu'il y a de plus discret, on puisse voyager dans le passé. Les règles sont contraignantes. Déjà, il faut s'asseoir à une place bien particulière, que squatte une fantôme qui ne se lève qu'une fois par jour. 👀 Puis, on ne peut retrouver que quelqu'un qui est déjà venu dans ce café. Et il faut impérativement revenir dans le présent avant que le café ne refroidisse dans sa tasse, au risque de devenir un fantôme soi-même. Et il y a d'autres règles encore que je vous épargne. 👀 Mais si vous réussissez à obtenir la place tant convoitée, c'est possible.

Quatre personnes vont se relayer à la fameuse place au fil de quatre parties, qui forment autant d'histoires pratiquement indépendantes même s'il y a des renvois et des influences entre événements. Quatre personnes qui veulent dire quelque chose qu'elles n'ont pas dit ou retrouver quelqu'un qui a changé. Le récit est profondément humain, et pose inévitablement la question de ce que vous feriez, vous, lecteur ou lectrice, si vous aviez cette opportunité. Donc, bien sûr, j'ai pleuré. Ce retour en arrière est une sorte de deuxième chance pour laquelle je vendrais probablement un rein.

D'un point de vue stylistique, ce roman de Toshikazu Kawaguchi n'est pas du grand art: outre la description systématique des tenues de chaque personnage, un procédé qu'on identifie dès les dix premières pages et qui n'en finira pas, j'ai trouvé que l'auteur se répétait beaucoup à dire que les membres du personnel disparaissaient dans l'arrière-salle. À chaque page, deux fois par page, quelqu'un disparaît dans l'arrière-salle. (Je me suis aussi emmêlée dans les noms japonais, mais c'est juste parce que je n'en ai pas l'habitude. 😂) Et malgré que la traduction depuis le japonais soit assurée par Miyako Slocombe, une consœur brillante en qui j'ai toute confiance, le style n'est pas bien brillant. C'est un peu de la littérature de gare, facile à lire et sans grandes prétentions... Mais le côté humain, et le fait que les personnages passent leur temps à boire du café, m'ont vraiment touchée et je l'ai donc dévoré. Et j'envisage de lire la suite, Le Café du Temps Retrouvé (là aussi, ce titre 😍). Je dirais donc que c'est une franche réussite!

Allez donc voir ailleurs si ce café est encore chaud!
L'avis de Baroona

dimanche 15 mai 2022

La Péninsule aux vingt-quatre saisons (2014)

Qu’est-ce que je l’ai attendu, ce roman de Mayumi Inaba! Chroniqué en 2018 par Marilyne, puis en 2019 par la Petite marchande de prose, il restait éternellement disponible uniquement en grand format quand je le demandais en librairie. En avril 2022, enfin, je l’ai vu sur une table chez Gibert: il était sorti en poche!

Une illustration superbe de Flora Waycott.

Et ça été la déception. Ahah.

Ce récit d’une année passée à la campagne, dans une péninsule du Japon distante de plusieurs heures de Tôkyô, avait tout pour me plaire: isolement loin de la ville et de la foule, protagoniste d’âge mûr (la cinquantaine ou plus, étant donné qu’elle mentionne qu’elle est ménopausée) et sans enfant, présence d’un chat, observation tranquille de la nature et de son évolution au fil des saisons… Tout ce dont je fantasme, en bonne banlieusarde entourée d’immeubles.

Mais la sauce n’a pas pris. Le style ne m’a pas semblé transcendant dans l’absolu et le texte français est saupoudré d’anacoluthes et de petits problèmes de structure qui m’ont gênée (hmm, les éditions Picquier... En même temps, ils écrivent un nombre en chiffres dans le titre, j'aurais dû me douter de quelque chose... 🤯). Et comme dans Vingt ans avec mon chat, la narratrice (voix de l’autrice ou "simple" doublon?) m’a semblé fort peu dégourdie. Pas qu’elle ait quelque chose de spécifique à faire, car il n’y a guère d’action ici (et ceci n’est pas une critique: je suis réceptive aux livres où il ne se passe rien). Mais elle reste parfois bouche bée ou éberluée (je n’ai pas noté le terme exact) devant des choses qui me semblent mériter peu d’importance… 🤔 Et comble du malheur, on ne voit pratiquement jamais le chat. 😾

Alors, ce n’a pas non plus été l’agonie, entendons-nous bien, mais je suis restée à distance de ce récit, ne me retrouvant réellement que dans le besoin, passé et passé par la narratrice, de vivre dans la grande ville qu’est Tôkyô afin d’être noyée dans la foule, le bruit et l’agitation. Moi aussi, j’ai tendance à me noyer dans le bruit ambiant pour ne pas entendre le silence…

Une chose positive que je veux retenir: j’ai lu la première moitié de ce roman dans le train de Munich à Paris. Un trajet long. Beaucoup plus long qu’un vol en avion. D’abord trois heures dans un train régional, puis un peu moins de trois heures dans un TGV. Un trajet que j’ai fait en train par choix, en partie parce que j’ai développé une sorte de peur-haine irrationnelle de l’avion (ça, c’est la mauvaise raison), en partie parce que le train pollue beaucoup moins et en partie parce que j’aspire à PRENDRE ce temps que je n’ai pas, à aller LENTEMENT, à REGARDER où je suis quand j’y suis. À vivre ma vie post-COVID telle qu’elle m’est apparue avec une certaine clarté en 2020. Évidemment, la sensation de fin du monde, qui incitait à tout changer, et les bonnes résolutions du confinement, qui étaient intimement liées à ce moment de pause forcée et presque hors du temps, ont buté sur la réalité de la vie contemporaine. Mais je peux agir sur certains points, et voyager en train en est un.

Comme à peu près tous les romans japonais que j’ai lus, la Péninsule aux vingt-quatre saisons a été traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Allez donc voir ailleurs si cette péninsule y est!
L'avis de Marilyne
L'avis de la Petite marchande de prose

dimanche 19 septembre 2021

Notes de chevet (Xe-XIe siècles)

Notes de chevet de Sei Shônagon est un ouvrage japonais composé à la fin des années 990 et au début des années 1000. La vie de l’autrice est mal connue, mais on sait qu’elle était une dame d’honneur de la cour impériale japonaise, plus précisément de l’impératrice Teishi. Avec ces Notes, elle tient à la fois des listes et un journal. Parfois, elle énumère des éléments (des lacs, des choses rares, des temples…); parfois, un sujet lui évoque des anecdotes de la vie à la cour, qu’elle raconte plus précisément. Le résultat est à la fois fascinant et très difficile à lire.

Le côté fascinant est dû à la très belle traduction d’André Baujard, qui se lit toute seule et dégage une élégance et un raffinement qui vont fort bien au contexte de la cour impériale. Ne connaissant pas du tout le japonais, je ne peux me prononcer sur l’original, mais on a ici l’impression que Sei Shônagon s’exprimait avec beaucoup de clarté et de distinction et avait beaucoup d’esprit. Les listes sont parfois touchantes et invitent à prêter attention à de petites choses. Citons par exemple les chapitres 134 à 136: "Choses qui donnent confiance", "Choses qui rendent heureux" et "Choses vénérables et précieuses". Tout un programme. 💖 D’un autre côté, la dame d’honneur savait aussi mordre quand elle n’aimait pas quelque chose ou quelqu’un et n’était pas exempte de sentiments bien humains. J’ai ainsi noté cette citation rigolote dans le chapitre 14, "Choses détestables":

"Une personne qui vous était déjà complètement antipathique, alors qu’elle n’avait rien fait pour cela, et qui se rend coupable d’une chose qui vous déplaît."

Hélas, toute cette beauté et cet esprit ont été entravés, pour moi, par un fossé culturel franchement infranchissable. Malgré les nombreuses notes de fin d'ouvrage, j’ai globalement été à mille lieux de comprendre ce que racontait Sei Shônagon dans ses anecdotes de cour: réactions des personnages, messages implicites, coutumes de l’époque, missives contenant des bribes de poésies… l’essentiel m’échappait clairement. Je pense que le fossé est particulièrement marqué ici à cause de l’éloignement à la fois géographique et temporel; non seulement je connais mal le Japon actuel, mais en plus on parle ici du Japon du Xe siècle! Je serais certainement en difficulté pour lire un texte européen du Xe siècle, alors japonais, n’en parlons pas… J’ai noté un exemple particulièrement gros au chapitre 43, "Choses qui semblent éveiller la mélancolier":

"La voix de celui qui parle après avoir mouché, à la hâte, son nez qui coulait.
S’arracher les sourcils."

Et là, perplexité de ma part. Quel rapport entre la voix de quelqu’un qui s’est mouché et la mélancolie? Et entre l’arrachage de sourcils et la mélancolie? Sur ce deuxième point, une note m’informe généreusement que la chose était faite "pour s’en peindre d’autres plus haut", mais je ne comprends quand même pas. Un lien avec l’affaissement de la peau dû au vieillissement, peut-être? On se maquillait des sourcils plus haut pour paraître plus jeune, de même qu'on fait, aujourd’hui, des injections de botox pour affermir le visage?

Globalement, mes incompréhensions n’étaient pas toutes aussi marquées que sur ces deux points, c’était plutôt une impression générale de rater des sous-entendus. Par exemple, toutes les courtisanes éclatent de rire après que quelqu’un a dit quelque chose et je n’y vois rien de drôle…

L’ouvrage étant quand même assez dense (environ 350 pages dans un format et une police intermédiaires), je dirais qu’il est destiné à des grands amateurs de la culture japonaise, dont il forme d’ailleurs, selon l’introduction et la page Wikipédia, un chef d’œuvre littéraire (il est d’ailleurs publié par Gallimard dans une collection intitulée Connaissance de l’Orient réalisée en partenariat avec l’Unesco). Même si je n’ai pas été pleinement satisfaite de ma lecture, car je m’attendais plutôt à une réflexion sur l’impermanences des choses et, de là, sur le sens de la vie, je suis ravie d’avoir découvert ces Notes, qui restent fort agréables à lire en français et donnent assez envie… de faire soi-même ses propres listes. 😉

jeudi 29 octobre 2020

Le Problème à trois corps (2006)

Le Problème à trois corps de Liu Cixin est un de ces romans dont on dit que sa réputation le précède. Je l'ai probablement repéré chez Lorhkan, puis un ami me l'a offert. Vert aidant, je me suis enfin plongée dedans...
 
 
Et c'est malheureusement une déception, mes amis.

Tout d'abord, un mot sur l'intrigue. Tout commence en Chine en 1967, charmante époque à laquelle la science se doit d'être révolutionnaire et les scientifiques sont facilement accusés de favoriser l'impérialisme étranger et la contre-révolution. Ye Winjie voit son père mourir sous les coups des gardes rouges à cause de ses travaux. Elle-même considérée comme contre-révolutionnaire, elle n'échappe à l'emprisonnement que grâce à ses compétences en astrophysique, qui intéressent la direction d'un gigantesque radiotélescope.

En gros, le livre suit le parcours de Winjie: de manière linéraire au début, avec un récit à la troisième personne, et par ses témoignages à la première personne à la fin. Et entre les deux? On évolue essentiellement en compagnie de Wang Miao, un ingénieur en nanomatériaux qui infiltre un groupe de scientifiques subversifs jouant à un jeu en ligne chelou. J'ai ressenti un désintérêt total pour ce personnage, même quand il est confronté à un compte à rebours qui a de quoi vous faire perdre la tête. Je l'ai trouvé froid, distant, incompréhensible, totalement à côté de la plaque... Puis il est entré dans le jeu, et là, c'était foutu, il y avait des tas de gens aux noms chinois que je ne retenais pas et leurs actions et motivations étaient plus que floues.

Quant à la fin, elle m'a paru partir franchement en vrille (au cas où des esprits suspicieux passeraient par là: non, ce n'est pas pas parce que c'était trop scientifique...). C'était à peu près aussi gros que le coup de l'écolo jusquauboutiste qui hérite de plusieurs milliards de dollars à la mort de son papa pétrolier au détriment de ses frères...

Tout au long du livre, les dialogues m'ont semblé bancals, comme si les personnages ne répondaient pas aux questions qui leur sont posées ou réagissaient à des choses qui n'avaient pas été dites. J'ai dû retourner en arrière plusieurs fois pour m'y retrouver. En outre, la rédaction française ne brille pas, avec des redondances agaçantes  ("son activité principale consistait principalement à éjecter des capsules" ou "maintenant" et "désormais" dans la même phrase) et des erreurs ("Stanton ne semble pas avoir étendu la voix dans son talkie-walkie"). Entendons-nous, je ne jette pas du tout la pierre à Gwennaël Gaffric, le traducteur; je sais d'expérience que vous pouvez remettre une traduction tout à fait correcte et découvrir, quand vous ouvrez le livre des mois plus tard, que quelqu'un a salopé votre travail. Mais Actes Sud, sérieux? Actes Sud qui fait des erreurs d'accord? Actes Sud qui n'utilise aucun moyen typographique pour marquer la poursuite du dialogue quand un personnage s'exprime sur plusieurs paragraphes, ce qui est essentiel pour éviter que le lecteur ne croie qu'on repasse au récit hors dialogue? Tout fout le camp dans l'édition, mes amis.

Pour toutes ces raisons, et malgré l'enthousiasme de bien d'autres lecteurs, je ne lirai pas les deux tomes suivants. Et sur certains plans, c'est dommage, car il y a aussi des sujets très intéressants dans ce roman: le poids des choix individuels, la confiance (ou l'absence de confiance) en l'avenir, la lutte pour la survie, la réaction face à des choses qui nous dépassent ([divulgâcheur] naissance de factions opposées parmi les Terriens ayant conscience de l'existence des Trisolariens, chaque faction ayant des attentes différentes envers ces derniers [fin du divulgâcheur]), affrontement entre deux civilisations qui consiste beaucoup à parier sur l'avenir ([divulgâcheur] les Trisolariens devant mettre 450 ans à rejoindre la Terre, il ont le temps de la faire évoluer à leur avantage, mais ils ne peuvent pas non plus tout prévoir [fin du divulgâcheur]). Qui sait, je lirai peut-être la traduction anglaise de Ken Liu un jour, si les copains font des retours enthousiastes des tomes 2 et 3...

Allez donc voir ailleurs si ce problème y est!

samedi 29 juin 2019

Multiple splendeur (1952)

Multiple splendeur d'Han Suyin a atterri dans ma pile à lire il y a plus de deux ans (bientôt trois, en fait...), quand une amie a fait du vide dans la bibliothèque de ses parents. Je l'ai ensuite laissé traîner pendant tout ce temps en me disant qu'il fallait que j'arrête de ramasser tout et n'importe quoi juste parce que c'était gratuit. Heureusement, j'ai fini par le lire. Et grand bien m'en a fait: c'est probablement mon coup de cœur de l'année!


L'histoire, largement autobiographique, est celle de l'amour entre une Eurasienne, Han, et un Anglais, Marc, à Hong Kong en 1949 et 1950, période à laquelle les communistes conquièrent la Chine face à l'armée du Kuomintang, le pouvoir nationaliste précédemment en place. Dans ce contexte, Hong Kong, colonie britannique, accueille de nombreux réfugiés fuyant la Chine, qu'ils soient chinois ou occidentaux, par exemple des missionnaires anglais que le pouvoir communiste n'apprécie guère, et vit comme suspendue en attendant l'issue de la guerre civile. Les communistes respecteront-ils la frontière? S'ils la franchissent, les Anglais défendront-ils leur colonie? Dans cette attente, la population ne cesse d'augmenter, nettement fracturée entre les pauvres et les riches.

Han, qui a fait ses études de médecine en Angleterre, souhaite retourner en Chine pour mettre ses compétences au service de son pays, mais la rencontre de Marc, brillant journaliste de guerre anglais, la pose face à un dilemme moral terrible.

Si j'ai repoussé si longtemps cette lecture, c'est parce que je n'avais aucune envie de lire une histoire d'amour en temps de guerre; je soupçonnais une romance tragique et fleur bleue. Mais j'ai été happée dès le prologue par les mots suivants:
"Je raconterai comment nous avons aimé, à la manière de tous les amants, et lutté pour ne pas nous laisser détruire par les petits riens de l'existence. Comment ils nous ont détruits et comment nous avons oublié. Exactement comme tout le monde. Car nous sommes, ni plus ni moins que n'importe qui, des amants éphémères, imparfaits, dans un monde d'inconstance sans fin."
Ce livre m'a séduite sur plusieurs points: l'amour absolu et fin entre ces deux personnages si différents et pleins de doutes, qui ont chacun un sens aigu de leur responsabilités; la description d'Hong Kong en suspens en cette période troublée, avec ses pauvres qui vivent dans la misère et ses riches expatriés qui se retrouvent dans les salons mondains (Tigger Lilly: Zola aurait apprécié!) et une vie, une âme toute particulière; la plume sobre mais pleine d'émotion; la lucidité avec laquelle le monde, la guerre, la souffrance, les inégalités sociales, les révolutions sont abordés. J'ai été émue et chamboulée à maintes reprises et la fin, poignante, m'a fait piquer les yeux. J'ai eu l'impression d'être un meilleur être humain après avoir lu ce livre, qui m'a fait un peu le même effet que Suite française d'Irène Nemirovsky et le Journal d'Hélène Berr.
"À chaque pas, quelque iniquité commise d'un côté était invoquée pour justifier une nouvelle violence destinée à la bannir de la surface de la terre. Et de même que le passé polluait le présent, celui-ci était sacrifié à l'avenir, et l'avenir n'était qu'une monstrueuse illusion qui avait conquis la raison de l'homme."
Multiple splendeur est un roman des années cinquante et cela se sent: le communisme chinois est encore, quelque part, plein de promesses, même si le traitement médiatique des débuts de la guerre de Corée en 1950 fait douter certains, et Han ne le condamne pas; et sa vision de la sexualité féminine fait maintenant grincer des dents ("je lui obéis en tout, soumettant ma volonté à la sienne, annihilée et obéissante, et satisfaite de n'être pas plus"). Il soulève néanmoins des questions fondamentales sur l'être humain et la société et mérité d'être lu encore aujourd'hui.

Mon seul regret est de l'avoir lu dans la traduction française de D. Olivier, convaincue qu'il avait été traduit du chinois, langue que je ne connais pas. Or, Han Suyin l'a écrit en anglais... Mais qu'à cela ne tienne: je le relirai peut-être en version originale un jour, sous le titre A Many-Splendoured Thing!

dimanche 29 juillet 2018

La Pierre et le sabre (1935)

Roman de cape et d’épée, La Pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa décrit de manière très romancée la vie de Myiamoto Musashi, célèbre escrimeur et samouraï japonais du XVIIe.


Je découvrais totalement le personnage ici et il faut bien garder à l’esprit que cette œuvre est largement fictive, mais on peut dire que c’est le d’Artagnan japonais: sûr de lui jusqu’à l’arrogance, décidé à faire ses preuves par les armes, combattant hors pair, Musashi (d’abord appelé Takezō) navigue d’ennui en ennui dans un Japon enfin pacifié après de longues luttes entre seigneurs (la bataille de Sekigahara, sur le champ de laquelle s’ouvre le roman, marqua le début de l’ère d’Edo). Comme je ne connais rien à l'histoire du Japon, je découvrais totalement cette période historique et les enjeux associés, notamment le passage de pouvoir des samouraïs aux commerçants, la classe guerrière étant beaucoup moins puissante que précédemment.

Comme chez Dumas, le roman a été publié en feuilleton et est truffé de rebondissements, à tel point que j’ai rapidement saturé. Il m’a été laborieux de lire ces 780 pages grand format dans lesquelles chaque paragraphe est susceptible de contenir un retournement de situation ou un comportement tout à fait incohérent ou irrationnel qui provoque encore plus d’ennuis aux personnages...

À part Musashi, on suit les aventures de Matahachi, le jeune homme avec lequel il a quitté son village pour partir à la guerre (et qui aura le parcours inverse, cumulant les mauvaises rencontres et se condamnant lui-même par sa paresse et son incapacité à se remettre en question), d'Osugi, la mère de Matahachi décidée à décapiter Musashi pour rétablir l’honneur de sa famille, d'Otsu, la fiancée de Matahachi qui tombe finalement amoureuse de Musashi et passe son temps à le chercher partout et à pleurer, d’Akemi, une jeune fille également amoureuse de Musashi, et de Jōtarō, grand enfant naïf et impulsif et premier disciple de Musashi.

Une lecture laborieuse, donc, dont je suis venue à bout rapidement car j'étais en vacances et pouvais donc lire longtemps. En temps normal, je l'aurais sûrement traînée pendant des semaines, vu mon manque absolu d'empathie et d'intérêt pour les personnages... Je ne lirai donc pas la suite – car, oui, il y a une suite, un deuxième tome intitulé La Splendide lumière et tout aussi long! À réserver, je pense, aux passionnés d'histoire et de culture japonaises...

Ce roman a été traduit de l'anglais (oui, de l'anglais, pas du japonais, j'ignore pourquoi; il n'y avait pas de traducteur japonais-français quand Balland l'a publié en 1983?!?) par Léo Dilé et il constitue, avec ses 780 pages, ma deuxième participation au challenge Pavé de l'été de Brize.

mercredi 14 février 2018

Vingt ans avec mon chat (1999)

Avertissement: ce billet est rempli de divulgâcheurs!

La quatrième de couverture de ce roman de Mayumi Inaba parlait d'un chaton perdu et d'une femme qui allait devenir écrivain grâce à cette rencontre inattendue. Je l'ai donc acheté sans hésiter. C'était pendant ma semaine de vacances de janvier, quand je suis dans un cocon privilégié et que l'année qui commence à peine a encore l'air neuve et "propre" et donc potentiellement meilleure que les précédentes... La lecture semblait idéale pour penser à l'écriture, activité que je voulais reprendre en main il y a un an.


Si le roman parle bien de cette rencontre et de la vie partagée par la narratrice avec Mî, cette chatte trouvée dans la rue qui l'a accompagnée pendant vingt ans et qui l'a aidée à devenir écrivain, il s'agit avant tout du lent déclin d'un chat et du deuil qu'il faut en faire avant même sa mort. On comprend assez vite où on va et, après deux parties sur la jeunesse du chat et une partie de transition, j'ai passé les deux dernières parties à pleurer toutes les larmes de mon corps. Maladie, enfermement, vieillesse, mort, j'ai revécu toutes les étapes finales de la vie de mon Chat d'amour qui me manque; la narratrice fait même incinérer et répand ses cendres là où la chatte a été la plus heureuse!! Un déchirement complet et une tristesse sans fin...

Côté rédaction, je dois dire que je n'ai pas plus accroché que ça. Le roman est émaillé de courts poèmes que je n'ai pas trouvés très poétiques et que j'ai donc peu appréciés. Je me demande, de toute façon, dans quelle mesure il est possible de traduire de la poésie du japonais au français, les deux langues étant si éloignées l'une de l'autre et la poésie reposant autant sur la sonorité des mots et le rythme des phrases que sur le sens! Mais le ton des parties en prose est simple et direct, ce qui rend le livre, par ailleurs plutôt court, très facile à lire. C'est Elizabeth Suetsugu qui a traduit ce roman et je réalise qu'elle a aussi traduit les deux autres livres des éditions Picquier que j'ai en ma possession, Le chat qui venait du ciel (le tout premier livre chroniqué sur ce blog, il y a quasiment sept ans!) et Le Bureau des chats.

Enfin, une critique à l'égard de la narratrice, dont la grande naïveté (pour ne pas dire la bêtise totale) a fait souffrir plus d'une fois son chat, qui aurait bien mérité d'aller chez le vétérinaire plus tôt. Sans même parler de ses dernières semaines, une lente agonie qu'il était peut-être possible de lui épargner...

Malgré ces critiques, ce roman reste une déclaration passionnée à ces chats qui font partie de la famille, voire en sont le seul représentant, et une analyse du deuil entraîné par leur départ qui parlera certainement à tous ceux qui sont passés par là. À ne pas lire à la légère toutefois, étant donné qu'il brasse des émotions violentes...

"Alors dormons dormons
Pour ne pas entendre le bruit des choses qui s'en vont"
💔