vendredi 30 mars 2018

Pas pleurer (2014)

Je ne me souviens pas pourquoi j'ai souhaité lire Pas pleurer de Lydie Salvayre. L'auteur avait peut-être été reçue par Livrés à domicile du temps où je regardais cette émission si géniale. Quoi qu'il en soit, j'avais retenu que le personnage de la mère parlait un français mâtiné d'espagnol et cela avait éveillé mon intérêt. Et en effet, quel français!


Le livre alterne entre deux visions des années 1936-1937 en Espagne: celle de George Bernanos, un écrivain français dont j'ignorais l'existence, et celle de la jeune Montse, paysane et future mère de l'auteur.

Les premiers passages m'ont semblé moins remarquables. George Bernanos, sympathisant de Franco dans un premier temps, habitait alors à Majorque et ne tarda pas à déchanter face au franquisme quand il se rendit compte que les phalanges franquistes assassinaient à tour de bras. Catholique, il fut tout particulièrement choqué de voir l'Église se faire complice de ces assassinats (il y eut même des bénédictions de fusils, voilà voilàààà) et s'exprima haut et fort sur le sujet. Lydie Salvayre utilise quelques extraits d'un de ses livres pour lui redonner la parole. C'est très intéressant, mais le vrai sel de ce livre, c'est plutôt...

.... les deuxièmes passages, le récit fait par une vieille dame malade qui ne parle pas un français impeccable de cet été 1936 incroyable, où la république espagnole emportait les esprits des pauvres et des déshérités. C'est le même idéalisme naïf que dans La Fortune des Rougon d'Émile Zola et ça a quelque chose de grisant. Mais sans naïveté de la part de l'auteure et d'un de ses personnages, José, le frère de Montse, qui comprend rapidement que certains de ses compagnons républicains sont aussi barbares que les franquistes.

Montse, devenue âgée, raconte tout ça avec une langue assez formidable, du genre "Ne te ris pas, il y en avait beaucoup comme lui en l'époque, les circonstances le permittaient sans doute, et ce plan il l'a défendu sans calcul ni arrière-pensée, je le dis sans l'ombrage d'un doute". 😂😂 Je n'avais jamais vu ça que dans Les Ritals de Cavanna et j'ai adoré. Il y a même des phrases entières en espagnol, à tel point que je me suis demandée s'il est aussi intéressant de lire ce livre quand on ne connait pas l'espagnol...

Les passages qui ne sont pas dits tels quel par Montes sont aussi rédigés de manière très particulière, avec une plume vive et acérée et un style très oral qui ne plaira pas à tout le monde.

Au-delà de la guerre civile, le livre parle aussi de plein de thèmes liés à l'Espagne de l'époque, notamment la situation économique et sociale des petits paysans et la condition de la femme, particulièrement peu enviables comme on peut l'imaginer. J'ai beaucoup pensé à En finir avec Eddy Bellegueule, même si le milieu d'Édouard Louis semble encore plus pauvre que celui de Montse!

Lydie Salvayre a obtenu le prix Goncourt en 2014 pour ce roman. Considérant que le Goncourt est le principal prix français, je ne sais pas si c'est vraiment mérité, mais en tout cas ce livre mérite d'être lu. De toute façon le crash test est vite fait: si vous n'aimez pas le style des premières pages, laissez tomber! 😂 Pour ma part, j'ai adhéré.

Le petit truc que je ne veux pas oublier / Pourquoi ce livre


Comme je l'ai dit, j'ai dû m'intéresser à ce livre à cause de l'émission Livrés à domicile. Je l'ai acheté parce que je l'ai trouvé à la braderie de la bibliothèque du Chesnay (comme les chevaux de course, il est réformé! 😄). Et je suis passée à l'acte parce que j'ai vu Le Labyrinthe de Pan il y a peu et que j'ai eu envie de rester dans le thème de la guerre civile espagnole.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Karine

lundi 26 mars 2018

Courtney Crumrin (2002-2015)

Courtney Crumrin de Ted Naifeh est une série de comics absolument géniale sur une jeune fille, Courtney Crumrin comme vous l'avez peut-être deviné, qui découvre en emménageant chez son grand-oncle avec ses parents que la magie et les créatures fantastiques existent bel et bien et que leur nouvelle ville est habitée par des sorcières et des sorciers. Ici, on risque de ne jamais ressortir des bois si on a le malheur d'y faire de mauvaises rencontres, les chats parlent, on peut passer dans un tout autre monde si on sait où chercher et les bébés ne sont pas forcément ce qu'ils semblent être...


Pourquoi j'adore Courtney Crumrin

Parce que le dessin me plaît;
parce que la maison des Crumrin est ma maison de rêve;
parce que l'oncle Aloysius est l'oncle que j'aurais aimé avoir;
parce que Courtney est une héroïne géniale, indépendante, débrouillarde, décidée, déterminée, bref le contraire de l'ado que j'étais, qu'elle sait assumer ses choix et les conséquences de ses actes, qu'il est facile de s'identifier à elle quand elle se sent seule et perdue, parce qu'elle est drôle et parfois ronchon;
parce que l'univers est irrésistiblement, follement mignon mais aussi très dur, notamment avec le monde d'en-dessous qui ne suit pas les mêmes règles que le nôtre;
parce que le propos est résolument moderne, avec un personnage principal qui se fiche de la couleur de peau de ses amis ou de leur nature s'ils ne sont pas humains et qui ne se laisse pas faire quand on l'embrasse alors qu'elle ne veut pas, et une intrigue dont l'amour au sens de relation amoureuse est pratiquement absent; bref parce que Courtney est le contraire du beauf raciste ou de la jeune fille en fleur qui se cherche à tout prix un copain (comme je l'étais);
parce que c'est l'éternelle histoire du passage à l'âge adulte, que j'ai besoin qu'on me l'explique encore et encore, que c'est présenté ici sans aucune concession, que Ted Naifeh ne vous dit jamais que tout se termine bien mais au contraire que la vie est difficile et fait souffrir;
parce qu'il y aussi beaucoup d'émotion, avec notamment une histoire de fantôme super triste, et plein de sentiments positifs entre personnes qui s'estiment.



Mes quelques réserves sur Courtney Crumrin

Les tomes 5 et 6 bouclent plein d'éléments rencontrés dans les tomes précédents en allant dans une direction qui m'a moins plu et ne m'a pas semblé super crédible, une sombre histoire de complot machiavélique et de prise de pouvoir. Tout ça ne se termine pas super bien. Pour tout vous dire, je préfère les tomes 1 à 3, plus mignons et centrés sur la vie d'ado de Courtney. Le tome 4 et le tome 7 sont un peu à part: le tome 4 se passe en Europe et est moins lié au fil principal et le tome 7 est totalement à part puisqu'il revient sur une partie de la jeunesse de l'oncle Aloysius.

En deux mots

Une série à mettre entre toutes les mains, surtout celles de jeunes filles pour essayer de les sauver du modèle d'oies demeurées que la société essaye de leur inculquer, et à lire impérativement si vous regrettez, comme moi, de ne pas faire partie de la famille Addams. 😍😍


Et oui, cette édition d'Oni Press est superbe, j'adore! 😉 Et même que j'ai fait dédicacer le premier tome à Ted Naifeh quand il est venu en France il y a quelques années... 😍

jeudi 22 mars 2018

Transformers 3 (2011)

J'ai décidé de consacrer un billet dédié à Transformers 3 car cet avis est devenu bien trop long pour ma gamelle mensuelle. Pour info, j'ai déjà parlé de Transformers ici, puis j'ai parlé de Transformers et Transformers 2 ici, et il y a fort longtemps j'ai partagé la bande-annonce de Transformers 3 ici. D'ailleurs j'ai tellement parlé des Transformers sur ce blog que je créé une étiquette dédiée pour m'y retrouver, voilà voilààà. 😂😂


Après deux films clairement orientés humour, le troisième film de la franchise des robots géants, Dark of the Moon de son nom complet, se veut plus sombre. Dès l'introduction, l'humour est moins présent: la situation de Sam (qui cherche sans succès un emploi) est certes amusante mais on ne rit plus comme avant, et certains traits humoristiques sont tellement forcés qu'ils en font presque pitié (par exemple John Malkovich en patron névrosé et Transformer-groupie au sourire plus blanc que blanc). Je pense que c'était une erreur, l'humour étant souvent ce qui sauve les films à grand spectacle totalement décérébrés.

La recette reste par ailleurs la même que d'habitude, avec des courses-poursuites, de superbes voitures, des Mâles virils, des robots géants qui se tabassent entre les buildings et une fille sexy qui court en talons (ou en ballerines selon les plans 😂), mais vraiment ce film marque la rupture dans la franchise. Rosie Huntington-Whiteley manque de charisme par rapport à Megan Fox (et oui, c'est ce film-ci où la première apparition féminine est un plan petite culotte, c'est totalement navrant). Et surtout la bataille de Chicago est interminable: cinquante minutes entre les premiers tirs Decepticon sur la ville et la fin du film, et ce sans même montrer toute la bataille puisqu'on ne sait ni comment Bumblebee et d'autres Autobots sont faits prisonniers, ni comment Optimus récupère la remorque contenant son matériel!

Concernant la cohérence de la franchise dans son ensemble, je ne sais pas quoi faire de cet opus. On apprend que Megatron avait rendez-vous sur Terre avec Sentinel Prime et que ce dernier s'est écrasé par malheur sur la Lune. Est-ce pour ça que Megatron est venu sur Terre? On nous avait pourtant dit dans le premier film qu'il était à la recherche du Cube. Une fois qu'il s'est réveillé après avoir passé quelques décennies en surgelé, pourquoi n'est-il pas allé réveiller Sentinel sur la Lune? Pourquoi n'a-t-il pas fait intervenir l'armée Decepticon cachée sur la Lune? Pourquoi LaserBeak et ShockWave, qui sont sur Terre au moins depuis les années soixante-dix (et qui sont responsables de l'arrêt du programme lunaire américain, sachez-le ^^), ne se sont-ils pas manifestés lors des évènements des deux premiers films?

Bon. Passons.

Sinon, ce film marque la mort d'IronHide, que j'adorais parce que son visage ressemblait à celui d'une panthère, et de StarScream, mon méchant sournois préféré. Je suis très triste. Notons que c'est Sam qui tue StarScream. C'est la première fois qu'il participe activement au combat et ne fait pas que courir très vite. Bravo Sam. ^^

Sinon, j'ai couiné de bonheur et d'hystérie à toutes les répliques d'Optimus, notamment quand il arrive à Chicago sur fond de musique martiale  et s'exclame "WE WILL KILL THEM ALL" de sa Grosse Voix Virile de Vrai Mâle. Purée avec la musique de Steve Jablonsky et Optimus, je suis prête à m'engager dans l'armée américaine quand ils veulent!

Ha et encore quelques trucs: l'image de synthèse est vraiment pas mal du tout dans les trois premiers films, les incrustations des Transformers dans les paysages réels sont très réussies; Michael Bay a bien des tics mais on doit lui reconnaître qu'il filme très bien des scènes d'action très chargées sans jamais perdre le spectateur et que ça ne doit pas être facile, d'autant plus que la moitié des personnages (les Transformers) ne sont pas sur le plateau; John Turturo revient dans ce film mais est moins drôle que les précédents; et Frances McDormand est géniale comme d'habitude. Ha et Megatron meurt à la fin. Mais heureusement on connaît la notion toute relative de la mort en général et de celle de Megatron en particulier dans cette franchise. L'horrible Decepticon reviendra dans Transformers 4. 😍😀

dimanche 18 mars 2018

Bakhita (2017)

Avec Bakhita, Véronique Olmi retrace la vie d'une Soudanaise enlevée enfant, réduite en esclavage, battue et violée, rachetée par un Italien, libérée en Italie, devenue sœur puis reconnue comme bienheureuse puis sainte par l'Église catholique. Un parcours incroyable pour une femme dont je n'avais jamais entendu parler.


Tout commence pendant les années 1870. L'enfant grandit dans la tribu soudanaise des Dagiù. L'esclavage est un risque permanent, les négriers rôdent et certains leur vendent des personnes juste pour se faire un peu d'argent, même si ce n'est pas leur métier. La sœur de Bakhita est enlevée, puis c'est au tour de Bakhita deux ans plus tard, quand elle a sept ou huit ans. Commence la marche vers l'enfer, la traversée du désert à pied sous les coups, jusqu'à El Obeïd pour la vente. Puis c'est la vie dans une famille qui lui offre des conditions relativement clémentes, jusqu'au viol, terrible, par le fils du maître. Violée avant ses dix ans ou à tout pile dix ans – l'âge de Bakhita reste incertain –, putain, je vous laisse imaginer.

Bakhita est ensuite passée chez d'autres maîtres plus violents, avec notamment une scène terrible de scarification forcée, avant d'être vendue à un Italien à Khartoum, où ses maîtres avaient fui face à l'avancée de Mahdi, qui mène les Soudanais à l'attaque du gouvernement égyptien soutenu par les Britanniques. Nous sommes en 1883-1884. Cet Italien va fuir Khartoum à son tour en emmenant son esclave avec lui, et Bakhita va devenir une domestique presque comme les autres – à part par sa couleur de peau bien sûr, qui étonne et fait peur dans l'Italie de l'époque. Puis elle entre dans un couvent pendant que sa maîtresse voyage et ce qui devait être un séjour temporaire deviendra une nouvelle vie.

La première partie du roman est violente et désespérante de par ses conditions inhumaines, la vie terrible de ces esclaves dont la vie ne vaut vraiment pas grand-chose. Le style de Véronique Olmi a quelque chose d'assez simple et ces passages ne sont donc pas intolérables – on est loin de l'horreur zolienne par exemple –, mais c'est abominable de lire tout ça, les morts sous les coups, les gens devenus fous, les séparations au gré des ventes... Les ventes tout court d'ailleurs, la vision des négriers alignant les esclaves et les faisant courir et sauter face aux acheteurs potentiels, l'irruption permanente dans l'intimité, les doigts dans la bouche pour regarder les dents.

La deuxième partie est plus apaisée mais tout aussi intéressante; c'est la rencontre avec une Italie provinciale bien tranquille à la fin du XIXe, puis la Première Guerre mondiale et la montée du fascisme, avec la politique coloniale italienne qui s’enorgueillissait de civiliser les Africains. Le contraste est d'ailleurs intéressant entre cette sœur perdue, qui garde la peur de mal faire de son passé d'esclave et qui aide tous ceux qu'elle peut aider, et la société complètement raciste avec sa vision toute faite de l'Africain "simplet"...

Passons maintenant aux critiques. J'avais déjà lu un livre de Véronique Olmi il y a quelques années, Cet été-là, et je n'avais pas aimé du tout, même si je ne me souviens pas pourquoi. J'ai trouvé ce livre-ci beaucoup plus abouti et maîtrisé. J'ai des réserves, toutefois, face au style un peu naïf et un peu simple, ou plutôt transparent dans la manière dont il fait passer l'émotion. Je ne sais pas trop comment décrire ça mais c'est quelque chose que j'ai souvent identifié en littérature blanche contemporaine. On sent que l'auteur et l'éditeur prennent ça très au sérieux mais je ne suis pas tout à fait convaincue...

La deuxième critique concerne le personnage de Bahkita, qui est décrit ici comme d'une candeur incroyable, à croire qu'elle était simple d'esprit. Alors je suis bien consciente qu'être enlevée à sept ou huit ans, battue quotidiennement, violée à dix ans maximum, ce n'est pas du tout bon pour le développement d'un enfant et que ça ne créée par des adultes fonctionnels... Mais de là à ce qu'elle soit restée une petite fille dans sa tête toute sa vie... Du coup, je n'ai pas ressenti d'empathie particulière pour elle, alors qu'elle a réellement eu une vie terrible! 

Enfin, dernière critique: on ignore totalement ce qui est vrai et ce qui est romancé. Véronique Olmi n'a pas indiqué comment elle a reconstruit cette existence. C'est un peu dommage. Je pense qu'elle a été globalement fidèle aux faits historiques mais j'aurais aimé savoir si/pourquoi/comment elle a ajouté certaines choses.

En deux mots: un livre passionnant qui se lit tout seul malgré son énorme taille. À découvrir sans hésitation, malgré les critiques abordées ici, si l'histoire vous intéresse.

mercredi 14 mars 2018

UGC Culte: El laberinto del fauno (2006)

J'ai profité de la suspension de mes cours de yoga du jeudi pendant les vacances scolaires pour me faire une séance UGC Culte, un plaisir bien trop rare à mon goût. Et quel plaisir de découvrir le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro sur grand écran! Je n'avais jamais vu ce film dont j'avais entendu dire beaucoup de bien et il s'est révélé à la hauteur de sa réputation.


En 1944, une toute jeune fille espagnole, Ofelia, et sa mère enceinte rejoignent le deuxième mari de celle-ci à la montagne. L'homme, officier de l'armée régulière, est chargé de traquer les résistants qui s'opposent encore au régime de Franco malgré leur défaite dans la guerre civile. Ofelia découvre dans la forêt autour de leur habitation un étrange labyrinthe de pierre abandonné. Elle ne tardera pas à y revenir de nuit, guidée par une fée (oui!), et à y rencontrer un vieux faune qui lui révèlera qu'elle devra passer trois épreuves avant la pleine lune afin de rejoindre le royaume magique dont elle vient et dont elle ne se souvient pas.

Réalité et rêve s'entremêlent dans cette histoire triste, dure et tragique mais également pleine d'humanité et de sentiments forts, et empreinte d'un héroïsme extrêmement remarquable parce que très diversifié. Guillermo del Toro a compris qu'on peut être un héros de bien des manières et il le montre! J'ai adoré cette palette de personnages authentiques qui m'ont beaucoup marquée. Ofelia (jouée par Ivana Baquero, remarquable) ne comprend pas bien ce qu'il se passe autour d'elle, dans le monde des adultes (et heureusement pour elle, quelque part...), mais elle sent la tristesse de sa mère et voudrait tout faire pour que les choses aillent bien. Elle saura affronter des horreurs dans la nuit pour passer ses trois épreuves mais aussi tenir tête à son beau-père, pendant humain des monstres magiques. Mercedes (Maribel Verdú), l'intendante de la maison, fait preuve d'un courage incroyable en s'engageant pour aider les résistants alors qu'elle travaille sous les ordres de l'homme chargé de les exterminer. Le docteur (Alex Angulo) prend aussi énormément de risques et finit par prendre une décision terrible, dans une scène d'une incroyable justesse émotionnelle qui pose énormément de questions sur ce qu'est la dignité et sur ce qu'on est prêt à faire.

Le contexte de la guerre civile espagnole est très bien exploité pour faire ressortir la dignité de certains et la cruauté d'autres. Le seul reproche qu'on pourrait faire à ce film, c'est que le capitán Vidal est un horrible militaire insensible qui relève quelque peu du cliché; mais pourtant lui aussi est parfaitement crédible et a du caractère, bref n'est pas un personnage de papier. J'ai pensé une fois de plus, comme je l'avais déjà fait dans des lectures passées (à la belle époque où je lisais régulièrement en espagnol, ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui), que l'Espagne digère encore aujourd'hui un énorme traumatisme lié à la guerre civile et au franquisme, probablement lié au fait que le franquisme a perduré pendant trente ans après la Seconde Guerre mondiale. C'est donc une génération de plus qui l'a connu par rapport à l'Italie (où la génération d'après-guerre, celle du baby boom et de mes parents, n'a pas connu le fascisme), et cela n'a rien à voir avec Vichy pour la France.

En parallèle de ces évènements terribles, le film ne manque pas de sentiments. Au contraire, l'amitié et l'amour survivent malgré tout. Il y a l'amour d'Ofelia pour sa mère et vice-versa: la scène où elles s'endorment ensemble est tellement simple et vraie. Il y a l'amour que Mercedes et Ofelia échangent, leur amitié qui nait dans ce contexte terrible, sous la coupe d'un homme dur et dangereux. L'amour pour un tout petit enfant aussi. Et un sentiment fort qui n'a pas de nom qui surgit face à la mort: je pense à la scène de la décision du docteur, cette compassion extrême à l'instant le plus crucial.

Ce qui fait tout le sel de ce film, bien sûr, c'est aussi le monde fantastique dans lequel Ofelia doit passer ses trois épreuves: le labyrinthe où vit le faune, l'arbre du crapaud, la salle à manger de la créature de cauchemar. On voit bien la patte de del Toro, qui prouve qu'il est un excellent réalisateur! À côté, Pacific Rim – film que j'adore pourtant avec une hystérie considérable – fait vraiment pâle figure... Je savais que le film se passait en grande partie dans notre monde et que les séquences fantastiques étaient minoritaires, mais elles valent vraiment le détour. J'ai adoré ce monde ancien et aussi fascinant que dangereux!

C'était également un plaisir de voir un film en version originale espagnole. C'est extrêmement rare et cela m'a permis de confirmer quelques traductions rencontrées dernièrement (car depuis quelques mois l'espagnol est la principale langue source de mes traductions, une évolution tout à fait inattendue), comme despacho pour bureau... Et  j'ai exulté en repérant quelques concordances des temps, comme un certain "hubiera podido obedecerme"...

Voilà, une très belle découverte et un moment riche d'émotions que je n'oublierai pas. Le mot de la fin: on me signale que c'est Doug Jones, alias Saru dans la série Discovery et la créature aquatique dans la Forme de l'eau, qui joue le faune et la créature de cauchemar... 😃

samedi 10 mars 2018

Le Crépuscule des dieux (2017)

Et voilà: presque deux ans après avoir lu le Château des millions d'années, j'ai enfin terminé la tétralogie des Origines de Stéphane Przybylski, qui s'était poursuivie avec le Marteau de Thor et Club Uranium. Et ce n'était que du plaisir! J'ai dévoré ce tome pendant un week-end béni où ma principale activité a consisté à lire en pyjama sur mon canapé et j'ai passé un excellent moment.


L'auteur reprend la méthode et les ficelles des tomes précédents, à savoir un découpage temporel non linéaire d'une part et du complot et du double jeu d'autre part. J'ai cru déceler, toutefois, une véritable amélioration de la rédaction, notamment avec des allers-retours dans le temps plus espacés qui permettent de s'y retrouver plus facilement et des chapitres plus délimités dans leur contenu, qui permettent de connaître des évènements annoncés à la fin du chapitre précédent par exemple, sans qu'il ne faille attendre cent pages pour en savoir plus.

Le roman commence fin 2017 mais revient rapidement à l'époque de la guerre, avec le récit de la résurrection d'un personnage qui avait réapparu à la fin du tome précédent si je ne me trompe pas (un vrai coup de tonnerre, soit dit en passant; j'adore qu'une figure si négative ait eu un rôle aussi important). Puis on se balade au fil des années cinquante à quatre-vingt pour reconstruire l'affrontement entre le Club Uranium et Saxhäuser et entre deux partis d'extraterrestres pour l'avenir de l'humanité (ou pas, en fait). Signalons au passage que les "améliorations" vécues par Saxhäuser se marient parfaitement à l'idéologie nazie dans des activités secrètes abjectes commencées dans les camps de la mort et poursuivies en Amérique du Sud, où se sont enfuis de nombreux nazis. D'ailleurs le livre parle beaucoup de la survivance du mal et de la manière totalement opportuniste dont les gouvernements des "gentils" se sont accommodés de cette présence nazie en Amérique du Sud. La plupart des personnages naviguent dans une zone gris foncé où le blanc n'est qu'une idée très vague.

La fin, habilement préparée et assez spectaculaire, nous ramène là où  tout a commencé, dans le Château des millions d'années dans la vallée du Petit Zab en Irak, avec une scène qui reprend même mot pour mot le dernier chapitre du premier tome. Ce qui me laisse penser que Stéphane Przybylski savait très tôt où il allait et a mené tout cela avec brio. Il faudrait limite tout relire une fois qu'on connaît la fin pour mieux savourer comment tout le monde, dans cette saga, a trompé tout le monde!

Une belle série qui se termine, donc. J'ai toujours quelques retenues stylistiques, notamment un niveau de langage un peu trop élevé ou formel dans des situations de grande tension, mais vraiment ça valait la peine de faire ce long voyage de quasiment 2000 pages au total. Merci Vert de m'avoir prêté ce dernier tome! 😃

Allez donc voir ailleurs si ces dieux y sont!

mardi 6 mars 2018

Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre (2015)

Chronique express!


Fidèle à lui-même, Philippe Delerm explore dans Les eaux troubles du mojito de petites tranches de vie synonymes de bonheurs plus ou moins grands. Le format est toujours le même, avec deux ou grand maximum trois pages par texte. La nouveauté me semble être que Delerm lui-même se cache derrière ce "on" qui sourit doucement en voyant de jolies choses, avec des textes qui font clairement référence à des choses qui lui sont arrivées (je pense par exemple au concert, une anecdote à laquelle on peut plus difficilement s'identifier qu'à d'autres). Le ton est toujours le même, simple, bienveillant et mélancolique à la fois, avec des passages poignants de bonheur (le temps qui s'étire au bord de la mer, un soir d'été, quand on repousse le moment de mettre fin à la journée). Je souligne toutefois la présence d'un texte extrêmement triste sur une personne âgée et malade qui a bien failli me faire fondre en larmes... Alors, certes, la découverte et la fascination associées à la Première gorgée de bière ne sont plus là, mais je garde toute mon admiration et mon amour pour cet écrivain décidément bien talentueux et qui a, je crois, tout compris à la vie.

vendredi 2 mars 2018

La gamelle de février 2018

Un mois court mais assez bien rempli du point de vue culturel. Je suis allée quatre fois au cinéma et j'ai regardé deux films sur la télé: ça fait six films en tout et c'est plus que la plupart des mois! Par manque de temps, ce billet sera par contre maigre en photos...

Sur petit écran

Transformers de Michael Bay (2007)
J'avais prévu une soirée lecture et voilà que mon Homme met France 4 le soir où ils diffusent le premier Transformers. J'étais fichue. J'étais obligée de regarder. Le premier film de la franchise est tellement génial avec son humour omniprésent et son dynamisme, c'est vraiment le film pop-corn idéal. J'adore la diversité de personnages-référence (l'ado loser avec une "tchatche" d'enfer, le soldat courageux, le secrétaire de la Défense "à l'ancienne") et le petit côté épique. Alors certes il y a déjà pas mal d'invraisemblances mais on est loin de l'absurdité des opus suivants. C'est un film d'action drôle avec des robots géants. C'est ce qu'on lui demande d'être et c'est parfait.
À retenir en plus: les Autobots étaient plus primitifs dans ce film, on voit plus leurs "structures" quand ils arrivent sur Terre, et ils ressemblent plus à des véhicules (par la suite, ils se sont épaissis et sont devenus des robots humanoïdes); Bumblebee est sur Terre en premier et on ne sait pas depuis combien de temps (ce qui pourrait justifier certaines révélations de Transformers 5); les deux personnages féminins ont plus de lignes de dialogue dans ce film que dans tous les autres cumulés; Shia LeBeouf est hilarant; et décidément Megan Fox était irremplaçable et manque à la franchise.

Transformers 2 de Michael Bay (2009)
Le deuxième opus de la franchise fait un peu dans la surenchère avec encore plus de Transformers et encore plus d'explosions, mais en gardant, heureusement, son humour caractéristique. JetFire, le Decepticon qui est passé chez les Autobots, est particulièrement hilarant. Mon Homme me faisait aussi remarquer que les personnages non-militaires, comme ceux de Sam (Shia LeBeouf) et Mickaela (Megan Fox), ne deviennent jamais des super-héros mais se contentent de courir très vite pour échapper aux tirs des Decepticons, un trait "réaliste" très appréciable dans une franchise marquée par les invraisemblances.
Une critique: à partir de la moitié du film, la sexualisation extrême de Megan Fox devient plus agaçante parce que son personnage commence vraiment à servir de faire-valoir (alors qu'au début, elle a une existence propre et fait des choses). Il faut même la tenir par la main pour qu'elle coure. Le truc que je ne supporte pas.
Dans ce numéro, on découvre que les Transformers habitent sur Terre depuis très longtemps. Déjà, ils sont venus détruire notre Soleil il y a des lustres. L'agent Simmons (excellent John Turturo, un des éléments comiques irrésistibles de cette franchise: "one man... alone... betrayed par his country...") explique que le Secteur Sept, le bureau gouvernemental qui gardait Megatron surgelé dans un barrage dans le premier épisode, n'avait pas pris les indices qu'il avait réunis au sujet de la présence des Transformers au sérieux. On voit des photos de voitures anciennes correspondant à des Transformers et on découvre que JetFire est planqué au grand musée de l'air de Washington. On pourrait donc imaginer l'existence de deux sociétés humaines secrètes sur Terre connaissant l'existence des Transformers, le Secteur Sept (désormais remplacé par le NEST, le corps militaire humain-Autobot) et celle révélée dans le cinquième film, la première ignorant l'existence de la seconde? La suite nous le dira. En tout cas le cinquième film me paraît nettement moins invraisemblable maintenant que j'ai revu les deux premiers. Je suis abasourdie.
Une dernière remarque: les aller-retours des protagonistes entre Gizeh en Égypte et Pétra en Jordanie sont limite drôles tellement ils sont invraisemblables. Selon Google Maps, il y a dix heures de trajet en voiture. 😂😂 Et puis quelle chance de tomber à Pétra un jour où il n'y a pas de touristes... Lol.

Sur grand écran

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh (2018)
Un excellent film porté par une Frances McDormand magistrale au charisme incroyable. J'ai adoré la diversité de thèmes abordés (le deuil, les relations familiales, le devoir, le racisme, la haine, l'amour, l'ambiance de petite ville, le pardon) et l'espoir et l'humanité qui perdurent dans des faits très durs. Les autres acteurs ne sont pas en reste. J'ai rarement vu autant de personnages autant travaillés dans un même film; chaque personnage secondaire a une existence propre et présente plusieurs facettes. Il s'agit probablement du film de l'année.

Pentagon Papers de Steven Spielberg (2017)
Après Lincoln et Three Billboards, encore un beau film tout en teintes de gris avec des personnages complexes et des thématiques variées. On cause ici de liberté de la presse, de devoir, d'émancipation féminine et d'amitié. Et ce sans envolée lyrique naïve à part à la toute fin; il s'agit bien de suivre ces quelques journées qui chamboulent la vie d'un journal et de ses employés, directeurs ou propriétaires, et d'étudier les réactions face à un danger bien réel. Meryl Streep est magistrale comme toujours.

Fifty Shades Lighter de James Foley (2018)
Dernier rendez-vous avec le beau Christian Grey, accompagné cette fois-ci par madame Grey puisqu'Anastasia et lui se marient au début du film. Le voyage de miel des deux tourtereaux dans une Europe paradisiaque est interrompu brutalement par la nouvelle que les serveurs de l'entreprise de Christian ont été forcés. Le coupable est l'ancien chef d'Anastasia, dont on découvrira ici pourquoi il en veut autant à notre couple modèle.
Que dire? Le troisième opus reprend la recette des précédents avec un peu moins de sexe (et plus du tout de SM, déjà absent du deuxième si je ne me trompe pas) et quelques sous-intrigues (l'éventuelle relation extraconjugale du frère de Christian, la place d'Anastasia au bureau). Ça ne vole pas haut mais ça se laisse regarder. Christian essaye d'enfermer Anastasia dans une boîte dorée et ne veut pas lui prêter sa voiture (lol!), Anastasia veut quand même travailler, le danger et un élément perturbateur font irruption, tout est bien qui finit bien. Dans une Amérique heureuse où tout le monde est blanc, mince, beau, très très riche et membre d'une famille conventionnelle, comme dans toutes les romances. J'ai été un peu gênée par cet aspect cette fois-ci parce qu'Anatasia tombe enceinte et que la possibilité de ne pas garder le bébé n'est même pas prononcée/suggérée, il va de soi que maintenant qu'il est là elle sera mère. Mais bon ce n'est pas lié à ce film en particulier. Même Scrubs, série tellement humaine et géniale, se termine sur une scène de bonheur familial que j'aurais trouvée nauséabonde si je n'avais pas tant aimé les personnages... 😓😡😲😶
Mon avis sur le premier et le deuxième film.

The Shape of Water de Guillermo del Toro (2017)
Je n'ai pas trop aimé  ce film qui est certes joli et plein de bonnes intentions mais m'a surtout semblé terriblement culcul, avec un thème culcul, un message culcul, une musique culcul, une héroïne culcul et une fin culcul. Et j'ai trouvé le méchant qui n'a rien pour lui et qui est vraiment très très méchant un peu fade. Une façon pas très subtile de dire que le monstre n'est pas celui qu'on pense. Le passage dans lequel l'héroïne chante m'a carrément sortie du film. Mais bon je pense qu'il faut le voir tout de même, il y a plein de choses intéressantes (ne serait-ce que le fait que l'héroïne ne parle pas, c'est un sacré défi!), et on voit Mister Ed, le cheval parlant, à la télé! 😀😀😀😀


Du côté des séries


Star Trek Discovery - saison 1 (2017)
Malgré un dernier épisode très expéditif, j'ai adoré cette série joliment humaniste aux personnages attachants et intelligents et dans laquelle les femmes sont des hommes comme les autres.
Je ne suis pas prêt d'oublier "Don't you bow to your Emperor?" et "We are Starfleet". 😍

Agatha Christie's Poirot - saison 3 (1990-1991)
Les enquêtes jubilatoires de Poirot continuent!


Et le reste


J'ai lu un ancien hors-série de Mad Movies consacré à James Cameron, réalisateur que j'adore pour Titanic et Avatar mais que je connais peu étant donné que je n'ai vu, justement, que ces deux films. Il faut décidément que je voie Aliens et Abyss, qui semblent vraiment très intéressants, et même Terminator, film que je n'ai jamais vu et que j'ai toujours considéré comme le fond du fond du film décérébré, a l'air d'avoir de l'idée! Je suis très contente, en outre, d'entendre dire du bien d'un réalisateur que j'entends plutôt se faire lyncher à cause de l'aspect romantique de ses films (et l'impression persistante que certains adorent adopter une pose anti-Cameron pour montrer qu'ils ne font pas comme tout le monde). Par ailleurs, Michael Bay se fait un peu tailler et c'est très drôle. ^^

Pas de Cheval Mag cette fois-ci, j'ai trouvé mon numéro dans ma boîte aux lettres le 28 et n'ai donc pas eu le temps de le lire.

Et vous? Ce mois de février a-t-il été satisfaisant?
Rendez-vous début avril pour la gamelle de mars!