mercredi 27 mai 2020

Les dinosaures attaquent!

Il y a deux ans, des amis formidables m'ont offert un coffret DVD croustillant: Les dinosaures attaquent!, commercialisé par Artus Films. J'ai profité de mes derniers jours de confinement pour regarder enfin ces quatre films en provenance d'un lointain passé, les années 1950...


Two Lost Worlds de Norman Dawn (1951)
En 1830, un marin américain blessé durant un combat contre des pirates est déposé par son navire en Australie afin d'y faire sa convalescence. Par malheur, les pirates attaquent la paisible bourgade qui l'accueille et enlèvent deux jeunes femmes, dont, bien sûr, son love interest! S'ensuivent une poursuite sur les mers, la libération des prisonnières et une fuite sur un canot, qui finit par toucher terre sur une île peuplée, vous l'avez deviné, de dinosaures.
Bon, en réalité, il n'y a pas de dinosaures dans ce film, mais quelques lézards, parfois dotés d'une crête, qui se baladent sur des décors miniatures. Ils se battent entre eux et finissent par disparaître dans les failles du terrain quand l'île est anéantie par une explosion volcanique.
Le film est vraiment très rétro: coup de foudre au premier regard, musique dramatique, voix off qui fait les louanges du marin yankee qui mène les Australiens et le petit groupe de survivants, robes des demoiselles qui laissent joliment voir leurs jambettes... Un régal! 😍 La bande-annonce donne un bon aperçu du film, que vous pouvez aussi regarder en entier. Il est sorti en France sous le titre Le Monde perdu, que je trouve plus logique que l'anglais: pourquoi parler de deux mondes perdus?

Lost Continent de Sam Newfield (1951)
Cette fois, le prétexte à la découverte d'un monde perdu peuplé de reptiles géants est la disparition d'une fusée nucléaire en plein océan Pacifique. Un petit groupe de militaires et de scientifiques américains part à sa recherche et, après une longue et pénible ascension, découvre une jungle hors du temps au sommet d'une montagne. Ici, après l'apparition furtive d'un lézard, on a droit à de véritables dinosaures: deux brontosaures et deux tricératops en stop motion. Viendra aussi un ptérosaure. Ils sont presque mignons, c'est très rigolo, et leur jungle n'est pas en noir et blanc à l'écran, mais verdâtre! C'est surprenant mais ça rajoute à ce côté follement daté. Je n'ai pas trouvé de bance-annonce, mais vous pouvez voir le film complet... en italien. 😉

King Dinosaur de Bert I. Gordon (1955)
Ici, le prétexte à la rencontre des dinosaures est particulièrement gigantesque: l'arrivée d'une nouvelle planète dans le Système solaire! Oui oui, vous avez bien lu, une planète a débarqué dans notre Système solaire. Une équipe de quatre scientifiques profite d'une fusée ultramoderne pour partir en exploration. La mystérieuse Nova a une atmosphère respirable et est peuplée d'animaux terrestres, comme un crocodile, un serpent, un ourson... Ce qui ne semble pas du tout étonner nos scientifiques. 😁 Ils sont plus décontenacés par la présence d'une fourmi géante... Et surtout d'un lézard géant qui traque nos héros dans une caverne! L'un d'entre eux le compare au Tyrannosaurus rex, ce qui est comique vu que c'est vraiment un banal lézard qui ne ressemble pas le moins du monde à un dinosaure... Je vous invite à savourer la bande-annonce.

The Beast of Hollow Moutain d'Edward Nassour et Ismael Rodriguez (1956)
Bienvenue au Mexique, amigos! Nous sommes ici en plein western. Notre héros, un bel Américain, affronte des voisins mexicains jaloux de la réussite économique de son ranch. Il tombe amoureux de la fiancée de son plus virulent opposant. Les chevaux galopent dans les plaines, les chapeaux de cow boy sont de rigueur... Et il y a bien un dinosaure, une créature mystérieuse qui sort de temps en temps de sa tanière pour dévorer le bétail. Il est assez amusant ce dinosaure, il tortille un peu des fesses en marchant, et il alterne des plans hilarants (notamment le plan sur ses grosses pattes en caoutchouc) et étonnament réussis pour l'époque. Faites-vous plaisir avec la bande-annonce!

vendredi 22 mai 2020

Métronome 2. Paris intime au fil de ses rues (2016)

Chronique express!


Après avoir relu Métronome. L'histoire de France au rythme du métro parisien en janvier, j'ai tiré de ma pile à lire Métronome 2. Paris intime au fil de ses rues, ouvrage publié par Lorànt Deutsch plusieurs années plus tard. Cette fois, le principe n'est pas de retracer l'histoire de France au gré des stations de métro, mais de suivre les rues de Paris. Encore plus que Métronome, ce Métronome 2 s'apparente à un guide touristique et donne envie de se balader le livre à la main en s'arrêtant observer des bâtiments, ou parfois de simples pierres, seuls vestiges des édifices d'autrefois. Ainsi, il reste quelques traces d'un marché aux chevaux rue du Fer-à-Moulin; ça ne vaut absolument pas la peine d'aller à Paris exprès, mais si j'avais l'occasion de passer par là, je les chercherais! L'inconvénient de l'ouvrage est que la progression est purement géographique, et non historique, et qu'on passe ainsi du coq à l'âne, parfois au fil de paragraphes très courts. Par exemple, quand il signale la présence d'une vieille borne miliaire, Lorànt Deutsch n'a que quelques phrases à lui consacrer (ce qui est bien compréhensible, entendons-nous) et passe vite à la prochaine curiosité de la rue, laissant une vague impression de remplissage.

Concernant les polémiques liées aux positions conservatrices de Lorànt Deutsch, je n'ai rien relevé de choquant ici (pas plus que dans le premier, d'ailleurs), à part une certaine propension à se désoler sur la tendance des temps modernes à démolir les traces du passé dans un intérêt financier ou à construire des horreurs architecturales. Un ton "c'était mieux avant", disons. Mais je dois dire que je suis, moi aussi, contre la destruction des traces du passé et leur remplacement par des horreurs architecturales (et entendons-nous: le centre Pompidou est pour moi une horreur architecturale 😄). J'ajouterai juste que certains seront contents d'apprendre que l'ouvrage comporte une bibliographie... 😉

dimanche 17 mai 2020

Resident Evil (2002-2016)

17 mars 2020. Le confinement commence. Les Resident Evil sont disponibles depuis peu sur Amazon Prime. Les Resident Evil c'est une histoire de virus tueur et d'apocalypse zombie... L'occasion est trop belle pour la laisser passer!

Resident Evil de Paul W. S. Anderson (2002)


L'histoire commence quand la Reine rouge, l'intelligence artificielle contrôlant un laboratoire souterrain d'Umbrella Corporation, massacre l'ensemble du personnel. Peu de temps après, Alice (Milla Jovovich) se réveille sans le moindre souvenir dans un somptueux manoir à proximiré. Elle enfile une petite robe rouge (en soi, on s'en fout, mais je vous le dis car c'est une image très connue de Resident Evil) et est rapidement immobilisée par un commando venu enquêter sur la situation dans le laboratoire.

En bref, Alice descend dans la laboratoire avec le commando, qui comprend notamment Rain (Michelle Rodriguez, actrice que j'adore), et deux hommes dont on ne sait pas très bien ce qu'ils font là, dont l'un est joué par James Purefoy, acteur que j'adore (inoubliable Marc Antoine dans la série Rome). La vérité, vous la connaissez probablement: un virus expérimental extrêmement dangereux ayant été libéré dans le labo, tous les employés tués par la Reine rouge se relèvent sous forme de zombies assoifés de chair humaine. Le commando a un temps limité pour sortir de là avant que le système ne l'enferme.


Ce premier chapitre donne le ton: beaucoup d'action, un contexte mystérieux (on sent bien qu'il y a des choses à l'œuvre en coulisses), des femmes qui se battent comme n'importe qui d'autre, des chiens écorchés, de la musique cool sur des scènes de combat chorégraphiées. J'ai adoré.

À la fin, Alice et le seul autre survivant, Matt (Eric Mabius), sont capturés et emportés par des hommes en blanc. Alice se réveille, seule et nue dans une salle d'hôpital. À l'extérieur, Racoon City est dévastée. Visiblement, le virus a réussi à sortir du laboratoire souterrain...

Resident Evil: Apocalypse d'Alexander Witt (2004)


Reprenons exactement là où le premier film s'était arrêté: Racoon City envahie de zombies. Un groupe de survivants comprenant Alice, Jill Valentine (Sienna Guillory) et Carlos Oliveira (Oded Fehr) essaye de s'enfuir, sachant toutefois que la ville est fermée par une espèce de mur gigantesque (Umbrella avait tout prévu! 😈). Leur seule chance: l'aide d'un scientifique d'Umbrella, qui compte sur eux pour sauver sa fille restée en ville. Il y a de nouveau des zombies et des chiens écorchés. L'affrontement final oppose Alice à Matt, son compagnon d'aventure du premier film, qui est devenu un zombie particulièrement puissant suite à des expérimentations d'Umbrella. Après un accident d'hélicoptère, Alice est de nouveau capturée par Umbrella, mais parvient à s'évader. La fin du film révèle toutefois que sa fuite a été facilitée par Umbrella, notamment le docteur Isaacs (Iain Glen)...


Le deuxième film est probablement le moins bon. À mon avis, Paul W. S. Anderson aurait dû tous les réaliser lui-même. Disons que tout est très forcé, comme quand Alice descend le long d'un gratte-ciel en courant. Mais j'ai adoré quand même. J'adore ces mises en scène que je trouve ultra cool avec de la musique ultra cool. Tout ceci est énormément influencé par Matrix et le vit plutôt bien. Il faut aussi que vous sachiez qu'on apprend à un moment donné, dans jenesaisplusquelfilm, que l'ADN d'Alice a muté sous l'action du virus, ce qui lui donne des capacités physiques hors du commun (d'où ses cascades ^^).

Resident Evil: Extinction de Russel Mulcahy (2007)


Changement de décor pour le troisième opus: adieu les couloirs souterrains et les rues mal éclairées, bonjour le désert. Le virus a ravagé la Terre entière, environnement compris. Les derniers survivants errent dans des véhicules ultra renforcés. Ils ne peuvent rester en place car ils finissent fatalement par attirer des zombies. Un seul espoir: rejoindre Arcadia, une ville ou un groupe de survivants en Alaska, qui annonce par radio qu'il existe un lieu non infecté. Je ne sais plus trop comment Alice se joint au groupe, mais elle y retrouve Carlos, ce qu'on pourra le plus qualifier de "love interest" dans la saga. Sous la direction de Claire Redfield (Ali Larter), le groupe se dirige vers un laboratoire d'Umbrella pour voler un hélicoptère. Carlos se sacrifie, heureux de tirer une dernière fouffée de cigarette, Claire prend la fuite, Alice descend dans le labo, découvre qu'il existe des dizaines de clones d'elle-même et tue le docteur Isaacs. À un moment donné jenesaisplusquand, il y a des chiens écorchés.


Ce film est probablement le meilleur. L'ambiance post-apo est plutôt bien rendue, le questionnement sur les clones d'Alice est inquiétant, les oiseaux zombies qui attaquent le groupe sont super flippants (j'ai même cauchemardé à leur sujet la nuit suivante – il y avait un oiseau mort dans mon canapé). Alice est plus puissante que jamais, Las Vegas envahie par les sables est saisissante... Et, toujours, les femmes se battent comme n'importe qui d'autre.

Resident Evil: Afterlife de Paul W. S. Anderson (2010)


Après avoir attaqué Umbrella à Tokyo en compagnie de ses clones, qui meurent dans l'attaque, Alice affronte Wesker (Shawn Roberts), le méchant à la Agent Smith de Resident Evil, qui lui enlève ses pouvoirs. Survivant par miracle, elle se rend en Alaska, au point de rendez-vous d'Arcadia, où elle retrouve Claire, qui a perdu la mémoire. Arcadia continuant de communiquer depuis la Californie, elles s'y rendent ensemble et prêtent secours à un groupe de survivants coincés dans une prison assiégée par les zombies, qui comprend notamment Luther West (Boris Kodjoe, la minute "beau gosse à tomber" de Resident Evil – voir la photo de ses petits bras musclés ci-dessus) et Chris (Wentworth Miller, l'acteur de Prison Break qui essaye de nouveau de s'évader de prison, lol). Arcadia se révèle être un immense navire au large des côtes californiennes, mais, une fois sur place, il s'avère également que c'est un piège d'Umbrella. Wesker, qui est pourtant mort au Japon au début du film, attend Alice de pied ferme en compagnie de deux chiens écorchés. (Le Wesker qui est mort au Japon n'était qu'un clone.) Alice et ses camarades le tuent et libèrent de nombreux prisonniers, mais Umbrella leur envoie une armée d'avions pour les exterminer. À la tête de cette nouvelle menace: Jill Valentine, la femme qui a fui Racoon City avec Alice dans le deuxième film.


Premier film que j'ai vu au cinéma et que je n'ai donc pas découvert cette année, Resident Evil 4 est pas mal du tout. J'aime bien ce fonctionnement par petits groupes de nouveaux personnages pour chaque film, mais avec quelques personnages récurrents qui servent de fil rouge, et les femmes continuent de se battre comme n'importe qui d'autre.

Commentaire de mon homme quand Jill Valentine apparaît à la tête des forces d'Umbrella à la fin: "Elle, tu vois que c'est une méchante, elle a des boobs." Oui, mon homme dit "boobs" au lieu de "nichons". Et oui, jusqu'au cinquième film inclus, les décolletés des persos féminins sont assez discrets. Sauf celui de Jill Valentine en méchante, donc.

Resident Evil: Retribution de Paul W. S. Anderson (2012)


Le cinquième film commence exactement à la fin du quatrième, avec l'attaque de l'Arcadia, mais en rembobiné. J'adore ce début. Alice est capturée et se réveille dans un nouveau complexe souterrain, où Umbrella a reconstitué en taille réelle des quartiers entiers de différentes villes du monde pour y tester les réactions de clones face aux zombies. On verra ainsi des tas de clones d'Alice et de Rain, la commando du premier film jouée par Michelle Rodriguez (qui a une scène très rigolote où elle explique qu'elle n'a jamais touché une arme de sa vie et a signé des pétitions contre le port d'armes, une réplique délicieuse pour une actrice que j'ai toujours vue avec une arme à feu gigantesque au bras 😉). Avec l'aide d'Ada Wong (Li Bingbing), une agente de Wesker qui s'est retourné contre Umbrella, Alice prend la fuite et traverse le complexe pour rejoindre une équipe de sauvetage comprenant notamment Luther. Nos héros s'échappent, Luther meurt, Alice arrache à Jill le système qui la soumet à Umbrella, tout le monde se barricade à Washington assiégée par les zombies et les dragons. Je crois qu'il n'y a pas de chien écorché dans ce chapitre, ce qui est très décevant.


Que dire? J'ai écouté la musique de ce film en boucle pendant des mois, j'en suis dingue, j'adore l'idée de ce souterrain gigantesque où on retrouve Tokyo, New York et Moscou en mode invasion de zombie, j'adore ce film, la fin est ultra épique, voilà.

Resident Evil: The Final Chapter de Paul W. S. Anderson (2016)


Je trouve la conclusion de la série très réussie. Alice libère un antivirus avec l'aide de la Reine rouge et d'Alicia, la fille du fondateur d'Umbrella, qui a originellement créé le virus pour la soigner d'une maladie rarissime provoquant son vieillissement accéléré. La triste vérité est qu'Alice, notre héroïne depuis le premier film, n'est pas "la vraie Alice" mais un clone d'Alicia. Claire est également de la partie. L'antagoniste est le docteur Isaacs et l'un de ses clones, qui ne sait pas qu'il est un clone... J'ai déjà dit tout le bien que je pense de ce film ici. Ce qui est vraiment regrettable, c'est que tout est filmé de manière dégueulasse, c'est très frustrant. Alors que les décors sont pas mal du tout, damnation.

Conclusion

Ce billet interminable pour dire, en bref, que Resident Evil c'est des gens super balèzes qui tuent des zombies avec de la musique cool, et que dans cet univers remarquablement égalitaire pour le genre, les femmes se battent comme n'importe qui d'autre, même quand elles ont une robe fendue et des talons comme Ada dans le 5. Mila Jovovich est bien entendu l'argument principal en faveur de cette série. Froide, déterminée, efficace, elle est "en acier". Je regrette de n'avoir pas vu le premier film à l'époque de sa sortie, ça m'aurait donné un modèle féminin pertinent à une époque où je n'avais rien dans le crâne... 😐


mardi 12 mai 2020

The Worm Ouroboros (1922)

Lorsque Gorice XI, roi de Witchland, envoie un ambassadeur aux seigneurs de Demonland pour leur demander de reconnaître sa souveraineté, ces derniers n'apprécient guère et le défient à affronter leur champion Goldry Bluszco à mains nues. Si le roi l'emporte, Demonland se soumettra. Finalement, Goldry Bluszco tue le roi, mais le successeur de celui-ci, Gorice XII, ne lâche pas l'affaire et emploie sa magie pour faire naufrager la flotte de Demonland.

Tandis que Lord Juss, souverain de Demonland, et Brandoch Daha restent sur le continent au sud de Witchland, d'abord prisonniers de Gorice XII puis, après leur évasion, libres d'essayer d'escalader une immense montagne pour retrouver Goldry, Gorice organise l'invasion de Demonland, d'abord confiée à Corsus puis à Corinius, qui doivent faire face à Spitfire.


Ce résumé extrêmement succint ne rend pas du tout honneur à la densité de The Worm Ouroboros. E. R. Eddison a écrit une épopée assez incroyable. Ici, tout est plus grand que nature: les personnages, les batailles, la fourberie, le courage, les chaînes de montagne. On se croirait dans un récit aurthurien du XIIe siècle ou dans Le Seigneur des Anneaux si Tolkien avait été en roue libre. On a vraiment l'impression de voyager dans le temps avec ce récit, et ce d'autant plus qu'Eddison l'a rédigé dans un anglais très archaïque.

Ce qui m'amène à mon principal ressenti durant cette lecture: qu'est-ce que j'ai souffert, bordel! Qu'est-ce qui m'a pris de lire ça! Si j'avais su!! 😂 Si vous le lisez, choisissez la traduction de Patrick Marcel aux éditions Callidor!

Quand le souverain ayant accueilli sur ses terres le combat entre Gorice XI et Goldry Bluszco annonce que le différent entre Demonland et Witchland est réglé, voilà comment il s'exprime:
"A great champion hath been strook to earth this day in fair and equal combat. And according to the solemn oaths whereby ye are bound, and whereof I am the keeper, there is here an end to all unpeace betwixt Witchland and Demonland, and ye of Witchland are to forswear for ever your claims of lordship over the Demons. Now for a sealing and making fast of this solemn covenant between you I see no likelier rede than that ye all join with me here this day in good friendship to forget your quarrels in drinking of the arvale of King Gorice XI, than whom hath reigned none mightier nor more worshipful in all this world, and thereafter depart in peace to your native lands."
Et c'est comme ça tout le temps. Quand on lit des lettres, c'est même ENCORE PIRE.
"Renouned Kinge and moste highe Prince and Lorde, Goreiyse Twelft of Wychlonde and of Daemounlonde and of all kingdomes the sonne dothe spread his bemes over, Corsus your servaunte dothe prosterate miself befoare your Greateness, evene befoare the face of the erthe. The Goddes graunte unto you moste nowble Lorde helthe and continewance and saffetie meny yeres. After that I hadde receaved my dispache and leave fram your Majestie wherby you did of your Royall goodnes geave and graunt unto mee to be cheefe commaundere of al the warlyke foarces furneshed and sent by you into Daemonlond, hit may please your Majestic I did with haiste carry mine armie and all wepons municions vittualls and othere provicions accordingly toward those partes of Daemonlonde that lye coasted against the estern seas."
Vous ne serez peut-être pas étonnés d'apprendre que je suis revenue en arrière régulièrement, relisant des passages précis ou relisant en diagonale des chapitres entiers pour essayer de démêler tout ça – car non seulement j'avais un mal fou à comprendre, mais en plus Eddison n'utilise que des noms alambiqués difficiles à retenir et fait parfois disparaître ou réapparaître des personnages sans trop d'explications. Je me suis même demandé, vers la page 150, si je n'allais pas abandonner. Reconnaissance éternelle à Vert, camarade de lecture qui m'a grandement éclairée!

Heureusement, j'ai tenu le coup, et un dimanche particulièrement efficace m'a permis de passer la moitié du livre et de réellement m'engager dedans. Je me suis presque passionnée pour la guerre entre les deux royaumes, les relations tendues à la cour de Gorice, la résistance héroïque de Demonland, les retournements de situation au gré de batailles démesurées. Certains personnages sont marquants, comme Prezmyra, un des rares personnages féminins, Gro qui retourne constamment sa veste, Corinius qu'on adore détester. Et parfois, en outre, Eddison m'a transportée avec des phrases particulièrement réussies et puissantes. Ainsi de cette description de Carcë, la forteresse du roi Gorice:
"Dismal and fearsome to view was this strong place of Carcë, most like to the embodied soul of dreadful night brooding on the waters of that sluggish river: by day a shadow in broad sunshine, the likeness of pitiless violence sitting in the place of power, darkening the desolation of the mournful fen; by night, a blackness more black than night herself. "
Et puis la fin. LA FIN, mes petits. Je ne peux rien dire mais LA FIN, mes petits, LA FIN m'a retourné le cerveau et m'a limite fait serrer le livre contre mon coeur tellement elle ressemble à celle d'une autre oeuvre que j'adore.

Sur le long terme, que me restera-t-il de cette lecture? Une bataille contre une rédaction à la limite de l'insurmontable dans une langue qui n'est pas la vôtre, ou une épopée digne d'Homère et de Tolkien avec des chevaliers recouverts de sang? Les deux, probablement, le plaisir des gestes étant intimement lié à la manière dont ils sont décrits et dont les personnages s'expriment. Cet Ouroboros a bien failli m'achever, mais quel voyage extraordinaire!

Allez donc voir ailleurs si ce serpent y est!
L'avis de Lorhkan: première partie, deuxième partie
L'avis de Vert

jeudi 7 mai 2020

La gamelle d'avril 2020

L'avantage du confinement, c'est qu'il me libère de tout un tas de dilemmes moraux insurmontables, du genre: "on est dimanche soir, j'ai envie de lire, mon mec ne va clairement pas bouger de son canapé, est-ce que je me traîne au cinéma?" Il n'y a plus de cinéma, donc plus de dilemme. Youpi ya.

Sur petit écran

Après avoir regardé les trois premiers films en mars, j'ai fini la série des six Resident Evil. C'était génial. Billet à venir. 

Sur grand écran

Lol. Je garde cette catégorie ouverte juste pour rigoler. À mon avis, on ne retournera pas au cinéma avant septembre.

Du côté des séries

J'ai commencé Locke & Key, l'adaptation Netflix de la brillante série de comics de Joe Hill et Gabriel Rodriguez (à lire absolument si ce n'est pas déjà fait). Il y a de grosses différences avec la bande dessinée, mais pour l'instant j'aime beaucoup.

Du côté des revues


J'ai lu un vieux hors-série de Science & Vie sur les maladies mentales, un hors-série passionnant (comme toujours) de Mad Movies sur les films Conan et le numéro d'avril de Cheval Magazine, qui est sorti en kiosque (enfin.... manière de dire...) le 20 mars et que j'ai reçu dans ma boîte aux lettres le 18 avril, soit six jours avant la sortie en kiosque (enfin... manière de dire...) du numéro de juin. Lalalalalala.

Et voilà. C'est fou, je n'ai jamais eu autant de temps à consacrer à ma vie culturelle et le récap du mois n'a jamais été aussi court, on dirait un poisson d'avril mais en mai. 🐟 Ce billet est un peu une grosse blague et je le publie surtout pour garder une trace de ce confinement... 😆

samedi 2 mai 2020

Tolkien. Voyage en Terre du Milieu (2019) + Atlas illustré de Tolkien (2015)

D'octobre 2019 à février 2020, la Bibliothèque nationale de France a accueilli une exposition d'envergure sur le célèbre écrivain J. R. R. Tolkien: Tolkien. Voyage en Terre du Milieu. J'ai eu la chance de m'y rendre deux fois, lors de l'inauguration et juste à temps lors de la toute dernière semaine (merci, Ksidraconis!). Au printemps, le confinement m'a donné l'occasion de me plonger dans le catalogue avec délectation.


Le catalogue, dirigé par Vincent Ferré et Frédéric Manfrin et publié par la BNF et Christian Bourgeois éditeur, propose d'abord quelques courts essais rédigés par des chercheurs, puis reprend le parcours de l'exposition pour explorer la vaste œuvre de Tolkien à travers ses thématiques principales et la géographie de la Terre du Milieu. Il s'agit d'un très bel objet aux pages épaisses qui permet d'admirer avec attention les dessins et manuscrits de l'auteur, tous aussi minutieux et passionnants les uns que les autres – et un peu déprimants, aussi, quand on songe à la capacité de travail et à la créativité dont faisait preuve Tolkien; attention à ne pas se comparer à lui. 😆 Le catalogue coûte 40€ et les vaut, c'est un très bel objet à lire absolument si vous avez été marqué par cet écrivain. Si on a visité l'expo, il permet de se la remémorer avec plaisir. Dans le cas contraire, c'est toujours une très belle découverte.

Dans la foulée, j'ai aussi lu l'Atlas illustré de Tolkien de David Day, traduit chez Hachette Heroes par Xavier Hanart. Malheureusement, mon avis est l'extrême opposé: cet ouvrage est éminement dispensable. David Day y résume le Légendaire tolkienien, depuis la création du monde jusqu'à la Guerre de l'Anneau, de manière confuse et parcellaire. Le concept même du livre m'a semblé laisser à désirer: il est trop confus pour un débutant et bien trop simple pour un amateur. Les illustrations sont intéressantes, mais pas mémorables. Et pour couronner le tout, l'édition française n'est pas soignée: truffée de fautes de grammaire et d'orthographe, elle va jusqu'à introduire une faute de frappe dans le nom du Doriath, qui devient... Doritah. 😑

Allez donc voir ailleurs si cette Terre du Milieu y est!

lundi 27 avril 2020

9!

Ce blog ayant vu le jour le 27 avril 2011, il a neuf ans aujourd'hui! 💓

Je me souhaite un bon anniversaire à moi-même et je me félicite une fois de plus d'avoir réorienté mon activité de blogueuse vers ce format après plusieurs années en mode "journal intime" sur une autre plateforme. Comme je le dis tous les ans, ma vie est beaucoup plus riche grâce à ce blog.


Pour marquer le coup, j'avais pensé à publier quelque chose de plus personnel et je m'étais même décidée à mettre par écrit neuf choses que je suis contente d'avoir faites avant le confinement. Tout ceci semblant finalement bien culcul, je m'abstiens... Je me contenterai de remercier mes lectrices/lecteurs et mes commentatrices/commentateurs... Merci de passer et de discuter, ça fait toujours chaud au cœur! 💋

samedi 25 avril 2020

The Woman in White (1859)

Attention, chef d'œuvre! 💖

The Woman in White de Wilkie Collins me fait de l'œil depuis des années, même si je ne connaissais pas l'intrigue. Je savais juste que c'était un grand classique du XIXe anglais – mon siècle préféré en littérature – et qu'il proposait une atmosphère mystérieuse. Quand je l'ai trouvé en version originale chez Emmaüs, je n'ai donc pas hésité à l'acheter. D'autant que les grands formats coûtent 2 € chez Emmaüs. Note pour plus tard: allez chez Emmaüs quand vous pourrez sortir de chez vous. 😉

J'attendais donc beaucoup de ce roman et c'est absolument formidable, il a répondu à toutes mes attentes, me procurant le premier coup de cœur de l'année.


Par une nuit de 1849, Walter Hartright, un professeur de dessin britannique, rentre tranquillement chez lui quand il rencontre une mystérieuse femme vêtue de blanc qui lui demande la direction de Londres. Soucieux de lui prêter assistance, il parcourt un peu de chemin avec elle et l'aide à trouver un fiacre pour poursuivre sa route. Juste après, il entend une conversation qui ne lui est pas destinée et apprend que la jeune femme s'est évadée d'un asile d'aliénés. Mais il n'a guère le temps d'y réfléchir: il quitte en effet Londres pour prendre un poste à Limmeridge House, dans le nord de l'Angleterre, où il devra enseigner son art à deux jeunes femmes, les demi-sœurs Marian Halcombe et Laura Fairlie.

Bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Avant tout, la femme en blanc semble avoir connu Limmeridge House quand elle était enfant et avoir été internée par Sir Percival Glyde, le fiancé de Laura Fairie. Mais, surtout, notre charmant professeur de dessin et ladite Laura Fairlie tombent éperduement amoureux. Un amour impossible, bien sûr, vu que la demoiselle est fiancée. Le cœur brisé, l'âme pleine de pressentiments, Walter est contrait de quitter cette demeure où il a été si heureux.

Ici, le récit, qui était jusque là raconté par Walter, change de point de vue et passe au journal intime de Marian Halcombe. Cette femme très intelligente, déterminée et loyale veut avant tout faire le bonheur de sa demi-sœur, mais elle se rend vite compte que le fiancé de celle-ci, qui semblait si idéal jusque-là, n'est peut-être pas blanc comme neige en réalité...

Bref, vous l'aurez compris, le piège se ressere, le mystère s'épaissit, rien n'est dû au hasard et on sent que les deux sœurs tombent dans l'abyme sans pouvoir rien y faire – même si Marian, un personnage remarquable, déploie des ressources considérables pour protéger Laura. Et toujours, la figure de la femme en blanc réapparaît au fond de l'intrigue, comme un mystère encore plus insondable que les autres.

Ce qui rend ce livre si intéressant, c'est son découpage, qui donne la parole à de multiples narrateurs. Walter prend la plume en premier afin de partager cette histoire, en laissant brièvement la parole à l'avocat de la famille Fairlie, puis il nous propose de lire le journal de Marian. C'est cette partie que j'ai préférée car Marian est une observatrice très fine. Et son récit se termine par une telle BOMBE que je suis restée bouche bée ([divulgâcheur] c'est le conte Fosco, le véritable méchant de l'histoire, qui a le dernier mot – le fourbe profite de la maladie de Marian pour lui dérober son journal et le lire! [fin du divulgâcheur]). S'exprimeront ensuite plusieurs personnages secondaires, dont.... une pierre tombale!!!, avant que Walter ne reprenne la plume pendant le dernier tiers du roman environ afin de raconter la résolution de l'intrigue après la Catastrophe Centrale. Le tout est rédigé dans une très belle langue typique du XIXe, pleine de nuances et très policée. Tout ce que j'adore.

Au-delà de l'intrigue épaisse, emplie de coïncidences improbables que l'on pardonne si facilement à un bon roman (je pense par exemple à ce cher Alexandre Dumas) et riche d'une atmosphère mystérieuse délicieuse (il y a même une riche bâtisse à moitié en ruines et une rencontre au clair de lune dans un cimetière de campagne 💖 – franchement, il ne manque qu'un passage secret!), The Woman in White marque par la figure du comte Fosco, Italien obèse en exil, dresseur d'oiseaux et de souris blanches, esprit manipulateur au charisme plus grand que nature et à l'intelligence redoutable. Le comte Fosco est Plus Qu'Un Méchant, il est un Antagoniste formidable.

Par ailleurs, ce roman est aussi amusant, notamment grâce à Mr Fairlie, l'oncle de Laura, un monsieur hypocondriaque aux nerfs fragiles qui, bien qu'énervant, est très drôle. Et Wilkie Collins ne manque pas de mettre en avant des vertus nobles telles que l'hônneté morale, la droiture d'esprit, la loyauté amicale, familiale et amoureuse, le sacrifice de soi et le courage face à l'adversité. Car si les personnages négatifs sont avides et fourbes, nos héros se démênent pour faire ce qui est le plus juste face à l'adversité – même si je dois avouer avoir un peu moins apprécié les retrouvailles avec Walter à la fin par rapport à son introduction, d'autant que Marian n'a plus de rôle de premier plan et que l'effondrement total de Laura après ses malheurs est irritant. Elle représente, de ce point de vue, l'héroïne passive et persécutée qui ne peut se défendre seule.

Malgré ces critiques, qu'il faut bien sûr remettre dans le contexte victorien de l'époque, j'ai dévoré ce roman avec enthousiasme, bien contente que le confinement me libère du temps pour lire. À l'origine, The Woman in White a été publié en feuilleton dans la revue All The Year Round de novembre 1859 à août 1860. LES GENS ONT DÛ DEVENIR FOUS, CE N'EST PAS POSSIBLE DE LIRE CE BOUQUIN EN PLUSIEURS MOIS!! 😜😜

The Woman in White est disponible en français sous le titre La Dame en blanc dans une traduction de Lucienne Lenob chez Libretto ou une traduction de Paul-Émile Daurand-Forgues révisée par Arthur Degeorges chez Archipoche.

Allez donc voir ailleurs si cette femme en blanc y est!
L'avis de Victoria de Mango & Salt

lundi 20 avril 2020

On Writing. A Memoir of the Craft (2000)

On Writing. A Memoir of the Craft de Stephen King (publié en France sous le titre Écriture. Mémoire d'un métier dans la traduction de William Olivier Desmond) est l'un des ouvrages les plus recommandés quand on s'intéresse à l'écriture. Deux ans après avoir lu énormément de Stephen King dans le cadre de ma lecture de La Tour sombre (saga qui se savoure d'autant mieux si on lit d'autres romans de l'auteur en complément), je me suis enfin penchée sur cet essai...


Résultat: dans l'ensemble, une déception colossale.

Mais je dois tempérer ce résumé assassin.

Bon, pour être honnête, je dois commencer par vous dire que j'ai lu ce roman durant les deux premières semaines de confinement. Mon sommeil, qui est déjà pourri depuis des années, est devenu particulièrement merdique après la fermeture des commerces. En outre, je me levais très tôt afin de faire mon heure de marche matinale en croisant le moins de personnes possible. Du coup, j'ai commencé à m'endormir encore plus tôt que d'habitude le soir et ce livre en a directement pâti; je me suis endormie dessus des tas de fois, parfois dès 21h30. Bref: j'ai mis une semaine à lire 130 pages. Or, lire un livre par paquets de 15 ou 20 pages ne me réussit pas du tout.

Donc, pour commencer, problème de concentration, de rentrage dedans et de suivi de ma part.

Deuxième problème: la première partie de l'ouvrage ne parle pas du tout d'écriture. Ce sont des souvenirs d'enfance, d'adolescence et de jeunesse de Stephen King. Je ne m'y attendais pas et, passé l'amusement initial lié à sa façon de raconter et à certains évènements réellement bizarres de sa vie (citons la baby sitter qui lui pétait à la figure en hurlant de rire quand il était enfant 😶), j'ai commencé à trouver que monsieur était bien égocentrique et que j'attendais toujours mon essai sur l'écriture, moi.

Troisième problème: bien que son propre conseil soit de sabrer 10 % du premier jet à la relecture et de s'efforcer d'être bref, Stephen King n'est pas du tout bref. Il a tendance à prendre de longs exemples pour expliciter ses idées, à raconter sa vie, à faire des blagues, à faire des références. Bla, bla, bla. On peut d'ailleurs se demander quelle taille feraient ses bouquins s'il n'était pas convaincu qu'il faut être bref!

La partie plus réellement centrée sur l'écriture, heureusement, m'a apporté plus de satisfaction. Stephen King aborde des notions stylistiques (usage de l'adverbe par exemple), la façon de rendre plus vivante une narration, la briéveté necessaire (ahah!) et enfin les relations avec un éventuel agent littéraire et les débuts dans le monde professionnel de l'écriture. C'est très plaisant à lire si on s'intéresse un tant soit peu à l'écriture. Bon, j'attends toujours le bouquin sur l'écriture qui déclenchera quelque chose en moi, mais en attendant le miracle je lis et j'écoute avec plaisir tous ces écrivains qui parlent de leur art-métier.

Je dois aussi dire que Stephen King a réellement beaucoup d'humour. Il ne fait pas des blagues juste pour rallonger la sauce. Il sait très bien saisir l'ironie de certaines situations et, en cela, c'est un plaisir de le lire. C'est aussi quelqu'un de très censé, et même de très terre à terre au vu de son niveau de succès; je crois en toute sincérité qu'il se souvient de ce que ça fait de mal gagner sa vie et de ne recevoir que des refus quand on envoie quelques textes à droite et à gauche.

La dernière partie de l'ouvrage, enfin, est le récit de son grave accident de la route de juin 1999, qui a eu une profonde influence sur sa vie. J'ai été amèrement déçue, toutefois, de ne pas trouver la moindre référence à La Tour sombre dans ce contexte... Je croyais que c'était justement grâce à cet accident qu'il avait repris sa grande saga... Snif. Le récit reste néanmoins poignant.

Bref: une déception colossale, oui, car ce livre ne parle pas que d'écriture comme je le croyais, et que j'attends toujours ce quelque chose qui résonnera en moi et m'ouvrira enfin les portes de l'écriture, closes ou presque closes depuis si longtemps (oui oui, je sais, c'est en écrivant qu'on devient écrivain, attendre qu'un livre déclenche l'écriture chez moi revient à attendre le prince charmant – mais que voulez-vous, on se fabrique les illusions dont on a besoin pour tenir le coup). Et pourtant, une lecture plaisante une fois que j'ai réussi à lire plus de dix pages par jour, parce que je ne me lasse pas d'entendre parler d'écriture, et que malgré les défauts que je lui reproche ici je ne me lasse pas non plus de Stephen King, dont je continue de penser qu'il est un génie.

Voilà. Je vous laisse sur ces commentaires contradictoires. À vous de vous faire votre propre idée. 😉

mercredi 15 avril 2020

La Nuit du sérail (1982)

Chronique express!


En 1785, le navire d'Aimée Dubuc de Riverie, cousine de la future impératrice Joséphine, fait naufrage alors qu'elle regagne sa Martinique natale après un séjour en France. Par chance, l'équipage et les passagers sont sauvés par un autre navire, mais seulement pour être réduits en esclavage et vendus à Alger. Aimée intègre le sérail du sultan de Constantinople, Abdoul Hamid, un vieil homme qui s'attache à elle et lui permet d'atteindre les plus hauts niveaux de la société complexe et fortement hiérarchisée du sérail. Cette femme de culture européenne devra réapprendre à vivre dans un lieu clos et tirer son épingle d'un jeu où tous les coups sont permis, tout en exerçant un pouvoir politique grandissant grâce à son influence sur le sultan suivant, Sélim III.

Ce roman, repéré dans la maison de vacances d'une amie, me faisait de l'œil depuis longtemps et j'ai fini par l'emprunter. La Nuit du sérail de Michel de Grèce est une belle fresque historique qui nous plonge au cœur de l'empire ottoman à la fin du XVIIIe et au début du XIXe, une période de transition, de réformes et de perte de territoires. Je ne savais absolument rien sur l'empire ottoman, à part qu'il était concerné par la guerre de Crimée, et cela m'a passionée. Le livre se lit absolument tout seul et est rédigé dans une langue simple et soignée à la fois, c'est un vrai plaisir. Et l'environnement du sérail, avec ses esclaves, ses eunuques, ses étoffes luxueuses, ses pâtisseries et ses pierres précieuses, est irrésistibible. Tout ceci respire la nostalgie de l'Ancien Régime et relève sûrement d'une vision très romantique et occidentale de l'Orient, mais j'adore. 😀 Un seul bémol: les évènements s'enchaînent parfois un peu vite, sans qu'on ne ressente les sentiments d'Aimée, devenue Nakshidil dans sa nouvelle vie.

Les petits trucs en plus que je ne veux pas oublier: j'ai découvert en vérifiant l'année de publication que l'auteur, Michel de Grèce, fait partie de la famille royale grecque; et ce roman est le premier que j'ai lu pendant la crise sanitaire, à savoir de samedi 14 à mardi 17 mars – les trois jours où j'ai eu l'impression que ma vie basculait. 😄

vendredi 10 avril 2020

Les BD du premier trimestre 2020

Comme en 2019, je continue cette année à faire un récap trimestriel pour les lectures de bandes dessinées.

La reine de Shabbat (Le Chat du rabbin, tome 9) de Sfar (2019)


Un neuvième tome sympathique mais peu recommandable. D'une part parce qu'on ne comprend pas pourquoi l'auteur consacre une partie non négligeable de l'album à refaire le récit de l'histoire du chat par le Malka, un de ses personnages, et d'autre part parce qu'il s'interrompt en pleine action, alors que Zlabya, la fille du rabbin, a pris la fuite après une dispute avec son père. Il est intéressant de découvrir ce pan de sa vie, qui n'était pas abordé jusque-là, mais il est très frustrant de s'arrêter là. On appréciera toutefois le message pacifique de l'auteur, son humanité triste (le rabbin qui donne de l'argent à des commerçants juste pour éviter d'alimenter la haine des juifs 😔), son chat à la réplique cinglante et son recul résigné quant à la religion juive, avec des phrases telles que "il est rigolo, le dieu des juifs, mais il a un sens de l'humour qui me dépasse. Dès qu'il t'aime, tu sais déjà que tu vas avoir de gros ennuis." 😂
Éditeur: Dargaud (collection Poisson Pilote)

Les ignorants. Récit d'une initiation croisée d'Étienne Davodeau (2011)


Un très belle bande dessinée sur la collaboration entre l'auteur et un ami vigneron, chacun des deux hommes initiant l'autre à son métier et à sa passion pendant un an. Coupe de la vigne, culture du sol, récolte du raisin, dessin, impression, salons de bande dessinée: les deux univers ont beau être très éloignés l'un de l'autre, ils partagent en réalité bien plus qu'on ne le croit, à commencer par l'amour du travail bien fait. Pour faire une bonne BD ou un bon vin, il faut prendre le temps. J'ai lu cette BD il y a quelques années et je l'ai relue avec un immense plaisir. C'est une ode à la simplicité portée par de belles valeurs. Je la recommande chaudement, et ce d'autant plus si vous buvez du vin – un attrait même minimal pour ce breuvage doit en effet la rendre encore plus passionante. 😉
Éditeur: Futuropolis

#Nouveaucontact_ de Bruno Duhamel (2019)


Un photographe vivant isolé au bord d'un lac écossais poste les photos d'une drôle de créature sur Twister. En un rien de temps, le réseau social et la société tout entière s'emballent et le village est envahi de manifestants. Une belle satyre de notre société où tout le monde a une opinion sur tout. J'ai bien rigolé, même si le message manque un peu de finesse (peut-être à l'image des réseaux qu'il critique, d'ailleurs 😂). Lisez aussi l'avis de Baroona.
Éditeur: Bamboo

La Légèreté de Catherine Meurisse (2016)


Ayant aimé d'amour Les grands espaces, bande dessinée formidable que j'ai offerte à de nombreuses amies, je comptais continuer avec Catherine Meurisse. J'ai moins apprécié cet ouvrage sur l'après-attentat de janvier 2015, dans laquelle l'autrice parle de son traumatisme et de la manière dont l'art, la beauté et la culture lui ont permis de revenir progressivement à la vie. C'est beau, c'est dur, c'est touchant, et certains dessins sur la dissolution de l'âme sont forts si l'on a connu, de près ou de loin, la dépression. Mais je n'en ai pas retiré la même émotion que dans Les grands espaces et cette bande dessinée n'a pas changé ma vie. Vu le contexte, je recommande toutefois de la lire, c'est un ouvrage d'utilité publique. Lire aussi les avis de Tigger Lilly et de Baroona.
Éditeur: Dargaud

Delacroix de Catherine Meurisse et d'Alexandre Dumas (2019)


Dans cet ouvrage qui relève plus du roman illustré que de la bande dessinée, Catherine Meurisse met en images un texte d'Alexandre Dumas sur Delacroix. L'occasion de parcourir l'œuvre et la vie du célèbre peintre grâce aux belles peintures de Meurisse et au texte entraînant de Dumas, dont la patte bien reconnaissable est aussi savoureuse qu'à l'accoutumée. Je l'ai préféré à La Légèreté, mais Les grands espaces reste pour moi le chef d'œuvre de Catherine Meurisse, probablement parce qu'il me propose un mode de vie rêvé...
Éditeur: Dargaud

Conan le Cimmérien. Les Mangeurs d'hommes de Zamboula de Gess (2020)


Le neuvième tome de la série Conan de Glénat ne m'a pas transportée. En soi, l'histoire de cannibalisme et de sorcellerie dans une ville orientale à l'ambiance mystérieuse était tout à fait mon goût, même si Howard y met en scène une femme qui s'obstine à courir nue dans les rues la nuit au mépris du danger. C'est du Conan bien brut de décoffrage comme je l'aime. Mais je n'ai pas aimé le dessin de Gess. Je ne sais pas vous expliquer pourquoi. Ce n'est juste pas à mon goût. Par contre, la postface de Patrice Louinet réservée à la première édition est, comme toujours, passionnante.

Adrastée de Mathier Bablet (2016)


Petite déception pour cette bande dessinée de l'auteur de Shangri-La. Je dois préciser que je l'ai lue durant le confinement, par un jour d'ennui qui m'a plongée dans une humeur exécrable et une forte envie d'étrangler quelqu'un... Mais ma déception a essentiellement tenu au fait que je n'ai pas bien compris l'histoire de cet homme immortel qui quitte son royaume abandonné pour confronter les dieux. En fait, c'est normal, car son histoire se révèle au gré de ses rencontres. Mais, au début, j'étais tellement perdue que j'ai eu envie de laisser tomber. J'ai été touchée par la thématique (qu'est-ce qu'on laisse derrière soi?), mais peu apprécié que cela soit exprimé par un problème de stérilité et solutionné par la maternité chez la femme. J'ai aussi été rebutée par les dessins des visages et corps humains. Restent en revanche un monde antique fascinant et des planches de toute beauté, avec un usage des couleurs extrêmement réussi. Vert en parle brièvement mais plus positivement que moi ici.

Le voyage d'Abel d'Isabelle Sivan et de Bruno Duhamel (2020)


Une très belle bande dessinée toute en en simplicité sur un vieux paysan qui rêve de voyager. En attendant le grand départ, il garde ses bêtes en compagnie d'un chien, fait ses courses au camion-épicerie et boit un verre au bistrot du coin. C'est beau, simple, triste et tout en finesse et c'est un monde qui s'éteint doucement. À lire.

Et voilà. Rendez-vous en juillet
pour voir si le confinement aura eu une influence
sur mon rythme de lecture en bande dessinée! 😉

dimanche 5 avril 2020

La gamelle de mars 2020

En mars, comme tous les mois, j'étais partie pour reprendre en main ma vie culturelle. Je commençais en trombe, dimanche 8 mars, en enchaînant deux séances. Je programmais également deux séances pour dimanche 15 mars. J'étais pleine d'enthousiasme. Je voulais voir plein de films.

Et puis la société française s'est figée.

Voilà.

Sur petit écran

Je profite de la suspension de toutes mes activités sportives à cause de la crise sanitaire pour regarder enfin les Resident Evil, saga dont je n'avais vu que les chapitres 4 à 5, qui est disponible depuis peu sur Amazon Prime et qui me semblait parfaitement dans l'air du temps vu qu'elle parle essentiellement d'un virus tueur et de l'apocalypse. Pour l'instant, j'ai découvert la trilogie initiale et j'adore. Reste à revoir la deuxième trilogie et je vous en parle dans un bilet dédié à la fin du mois.

Sur grand écran

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn de Cathy Yan (2020)


😍😍 Yeah! 😍😍 Heureusement que j'ai fait l'effort d'aller voir ce film qui, à la base, ne m'intéressait pas du tout. C'est entraînant, pêchu, avec des combats pas mal du tout. Argument ultime: Harley Quinn a une hyène et parle à sa marmotte empaillée. Je ne pouvais qu'adhérer.

L'appel de la forêt de Chris Sanders (2020)


Retour nostalgique en enfance. Un film familial, certes, mais plutôt adapté aux adultes aussi; la fascination des grands espaces et de la relation avec un chien-ami me semble universelle. J'ai bien aimé que Buck voie l'esprit de la nature sous la forme d'un gigantesque loup noir et que la fin amère du roman ait été respectée (bien qu'adoucie: dans le roman, je crois que les humains meurent seuls, en l'absence de Buck qui les trouve morts à son retour, alors que dans le film le personnage d'Harrison Ford meurt en compagnie de Buck qui a essayé de le sauver). Le fait que le chien soit entièrement en images de synthèse permet de l'humaniser beaucoup et de proposer des scènes ou des cascades impossibles à un vrai chien, mais ne m'a pas totalement convaincue, et je crains que le film ne vieillisse très vite sur ce point.
Le truc en plus que je ne veux pas oublier: j'étais absolument seule dans la salle pour ce film. C'était limite flippant. J'ai cru que la séance ne mobilisait personne parce qu'il s'agissait d'une VO tard le soir, un choix qui exclut le public enfantin à qui le film est en partie destiné, mais j'ai réalisé plus tard que le coronavirus avait vidé les salles de cinéma avant même la fermeture officielle des commerces.

Du côté des séries

Star Trek: Picard - saison 1 - 2020


Cette première saison de la nouvelle série Star Trek m'a semblée peu convaincante, notamment à cause d'un rythme à la fois trop rapide (introduction de nombreux personnages, départ en croisade de Picard sur bien peu d'éléments, multiples doubles jeux) et trop lent (on s'ennuie un peu, on attend qu'il se passe quelque chose). Par-dessus le marché, certains passages sont terriblement culculs, comme la parenthèse champêtre et familiale autour d'une part de pizza dans la forêt... Les deux derniers épisodes m'ont un peu réconciliée avec cette saison car ils prennent une dimension légèrement plus épique et introduisent un questionnement moral, le genre de chose que j'attends de Star Trek, mais je n'ai pas du tout apprécié le coup de la prophétie autoréalisatrice, un ressort scénaristique que je trouve ultra éculé. Du côté positif, la série est assez égalitaire sans donner l'impression que c'est fait exprès pour être politiquement correct; en d'autres termes, les femmes semblent ici être des personnages comme les autres. Et, bien sûr, le personnage principal est vieux, ce qui mérite d'être salué (même s'il ne fait pas du tout ses prétendus 94 ans ^^ – Patrick Stewart avait 78 ans au moment du tournage et ne les fait pas non plus, lol). Bref: ma modeste expérience des séries me laisse penser qu'on est dans le bas du panier de la production actuelle, mais c'est Star Trek alors je regarderai la saison 2. 😉

Du côté des revues


J'ai lu le Cheval Magazine de mars, un hors-série de Première faisant le bilan des années 2010 au cinéma (intéressant mais très masculin – j'ai par exemple trouvé regrettable que Cate Blanchett, actrice d'exception entre toutes, ne soit même pas citée) et un vieux numéro de Terra Eco proposant un dossier sur les différents labels écologiques ou de qualité. J'aurais bien aimé lire le Cheval Magazine d'avril, mais il n'est toujours pas arrivé au moment où je publie ce billet, lalalalala. D'ailleurs je ne reçois plus de courrier tout court depuis deux semaines, lalalalalala.

Merci de m'avoir lue jusqu'ici, chers amis!
Je vous souhaite un excellent confinement pour ce mois d'avril! 😂