Grande émotion aujourd'hui! Je viens vous parler du quatorzième tome de la saga des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, Le Drapeau noir. Un roman qui se distingue de deux façons.
Premièrement, il marque la moitié du cycle littéraire, qui compte vingt-sept romans. Avant, j'en avais lu treize et il m'en restait quatorze. Maintenant, j'en ai lu quatorze et il m'en reste treize. J'ai plus de lecture derrière moi que devant moi. 🥹🥹 La chose est d'autant plus visible que ce tome est le dernier du deuxième recueil de la collection Bouquins. J'ai lu les deux premiers volumes; il m'en reste deux.
Deuxièmement, il constitue un point de bascule majeur pour les intrigues et les personnages (et Bouquins a d'ailleurs bien fait de le placer en fin de volume de cette manière). Nous la voyons venir depuis le premier paragraphe du premier roman; elle planait sur toutes les décisions politiques, économiques et stratégiques. Ça y est. Cette fois, il n'est plus permis d'espérer. Elle est là. LA GUERRE.
J'avais émis de nombreuses suppositions au sujet du titre de ce tome. J'imaginais que le drapeau noir représenterait justement la guerre, la mort provoquée par la guerre, ou je ne sais quel groupe anarchiste. Mais pas du tout. Il s'agit de l'ennui. L'ennui morne et profond, qui éclate aux yeux de Jallez alors qu'il traverse la Manche. Surprise.
Le roman est strucuré comme les autres, avec plein de personnages différents au gré des chapitres. Les plus importants sont ici mes très chers Jallez et Jerphanion, qui se retrouvent après une séparation. Jallez fait du journalisme; Jerphanion se marie. On voit aussi beaucoup Mionnet, l'abbé que Poincaré et Gurau ont envoyé espionner et comploter à Rome dans le tome précédent, opportunément nommé Mission à Rome. On retrouve un petit peu Germaine Baader et Marie de Champcenais, et on en apprend des belles sur le mari de cette dernière. On a enfin des nouvelles de Quinette, l'affreux relieur des deux premiers tomes, qui avait disparu dans la nature depuis des années. Comme je lis les titres des romans et des chapitres à l'avance, j'attendais ce chapitre, intitulé "Qu'est donc devenu Quinette?", avec une certaine impatience. 🤭🤭 On fait également la recontre d'un "petit professeur aux pommettes Kalmouk" qui se présente sous le nom de Lénine (J'EN ÉTAIS SÛRE)...
... Et puis vient un chapitre magistral au titre non moins magistral:
"Tourbillon de feuilles avant l'orage"
Un chapitre dingo, qui met en scène au moins dix personnages, tous pris dans quelques moments anodins ou tragiques de leur vie – par exemple, le chien Macaire qui court la chienne, ou un homme dont je n'avais aucun souvenir qui agonise sur son lit. Quelques paragraphes à peine pour chacun. C'est un tourbillon, en effet. Ce sont des instantanées d'un monde qui n'existera plus dans un instant.
Car le chapitre suivant, que j'avais repéré depuis mille ans, porte un autre titre magistral:
"Assassinat, au loin, d'un archiduc"
Vous savez quel assassinat. Vous savez quel archiduc. Vous savez dans quelle ville dans quelle partie d'Europe. Si jamais on n'y avait pas pensé, la couverture choisie par Bouquins nous aurait éclairés, d'ailleurs. ÇA Y EST. ON Y EST. Mionnet va encore parler de la politique romaine dans une lettre destinée à Poincaré, et Maykozen va encore énoncer ses arguments comme il le peut chez Guillaume II pour sauver la paix en Europe, mais ÇA Y EST, l'attentat a eu lieu, et Gurau voit l'ambiance changer dans les rues de Paris dans l'avant-dernier chapitre, qui porte le titre é-pou-van-ta-ble de:
"Entrée dans l'Histoire"
😭😭😭😭😭
Outre que pour le titre du roman, je m'étais bâti toute une vision au sujet du titre du tout dernier chapitre, intitulé "Présentation de la France en juillet 14". Je m'attendais à un défilé militaire majeur. Mais pas du tout: c'est une présentation géographique, morale et historique de la France. Et, pour le coup, je l'ai trouvé aussi alambiquée que fumeuse, comme si on pouvait résumer les traits moraux d'un peuple en fonction de sa localisation. Et pourtant, les deux dernières pages réussissent, en un tour de main, à nous ramener à l'insensé de cette guerre imminente et au caractère ô combien précieux de ce continent européen qui sera bientôt à feu et à sang (une déclaration d'amour qui marque d'autant plus que le roman est sorti en 1937, époque à laquelle Jules Romains, à mon humble avis, voyait très bien venir une autre guerre). Et le tout dernier paragraphe, une phrase unique, est aussi prenant que désolant.
😭😭😭😭😭
La prochaine fois, je changerai d'intégrale et de couverture et je lirai un des deux tomes que je redoute depuis le début: Prélude à Verdun.

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