dimanche 11 janvier 2026
Amoureuse Colette (1984)
lundi 26 mai 2025
Le blé en herbe (1932)
Comme toujours lorsque je croise un bouquin de Colette, j'ai sauté dessus sans hésiter!! Le hasard a fait, en outre, que je suis tombée sur Le blé en herbe quelques jours seulement après avoir lu le billet de Caroline Doudet à son sujet.
L'histoire est celle de Philippe et Vinca, deux adolescents qui passent leurs vacances d'été en Bretagne, du côté de Saint-Malo, comme tous les ans. Sauf que, cette année, ils ont respectivement seize et quinze ans, et ils ne sont donc plus des enfants, comme les années précédentes. Philippe se désespère en pensant à la monotonie de son avenir tout tracé – études puis travail – et Vinca le couve d'un œil inquiet entre deux parties de pêche. Puis un événement d'apparence anodine vient perturber ces vacances déjà tendues: en rentrant d'une commission, Philippe rencontre une femme habillée de blanc, Madame Camille Dalleray, qui loue une villa voisine.
Le blé en herbe est très clairement le récit de la fin de l'enfance et de l'entrée dans le monde des adultes – "le monde des adultes" signifiant ici "la sexualité". Philippe et Vinca s'aiment, mais d'un amour imprécis et enfantin, qui a toujours été là mais qui commence à changer. Ils se posent beaucoup de questions et se cherchent l'un l'autre sans jamais se trouver. Je dois dire que c'est là ce qui m'a pas mal échappé, puis a commencé à me saouler vers la fin: leurs dialogues un peu sans queue ni tête, pleins de disputes reposant sur des implicites.
Mais, en parallèle, j'ai apprécié la vision déchirante de ces changements qui nous broient sans qu'on ne puisse rien y faire. De base, on imagine facilement ces adolescents dans une période d'une insouciance unique dans leur vie, le genre de vacances qu'on regrette amèrement quand on regarde en arrière, bien plus tard, mais, en fait, ils ne sont pas du tout insouciants. Même les choix de Philippe ne dégagent pas d'insouciance, alors qu'on pourrait très bien les résumer en disant que c'est un garçon qui se laisse mener par sa bite et qui [divulgâcheur] gagne le gros lot, puisqu'il couche d'abord avec la femme adulte et expérimentée, puis avec la jeune fille innocente et amoureuse de lui [fin du divulgâcheur]. Comme on comprend, lorsqu'il rentre chez lui au coeur de la nuit, que ses traits soient "moins pareils à ceux d'un homme qu'à ceux d'une feune fille meurtrie"...
J'ai aussi apprécié, et beaucoup, le talent pur de Colette pour décrire cette campagne bretonne changeante et pleine de couleurs. De ce point de vue, c'est un vrai régal, le genre de roman qui vous pose un décor, comme Le Guépard pour la Sicile...
Moralement, je me suis tout de même interrogée sur ce que cela dit de Colette, qui a en partie basé ce roman sur sa propre expérience: en 1920, à quarante-sept ans, elle a noué une relation avec le fils de son mari de l'époque, qui en avait... dix-sept (le fils du mari, pas le mari, hein). Trente ans d'écart, donc. Quand c'est l'homme qui a trente ans de plus, j'y vois presque automatiquement un obsédé avide de seins fermes. Mais quand c'est la femme? Je ne sais pas. Si vous avez une opinion sur la question, ça m'intéresse, en toute sincérité. Pensez-vous qu'un amour sincère soit possible avec un tel écart d'âge? Si oui, quel que soit l'âge du plus jeune des deux? Parce que là, le plus jeune est un ado, quoi. Un grand ado, mais un ado quand même. (Sans même parler du fait que c'est le fils du mari, lol.) Dites-moi tout!
mardi 28 novembre 2023
Mitsou ou comment l'esprit vient aux filles (1919) + En camarades (1907)
J'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu de Colette, alors je suis toujours heureuse quand le hasard me fait rencontrer un de ses livres. Cette fois, je suis tombée, dans l'entrée de mon immeuble, sur Mitsou, dont je n'avais jamais entendu parler.
Ce roman a peut-être été écrit pour le théâtre, car la première et la dernière partie sont présentées comme une pièce de théâtre, avec le nom du personnage qui prend la parole, des didascalies éventuelles puis la réplique du personnage. La partie centrale, par contre, se compose de lettres.
Au début, on est dans la loge de Mitsou, une actrice de music-hall, durant la Première Guerre mondiale. Arrive Petite-Chose, une autre actrice, qui cache deux soldats dans ladite loge afin qu'on ne découvre pas qu'elle reçoit des hommes. Mitsou les accueille avec une indifférence totale, mais l'un d'eux – le Bleu, ainsi nommé à cause de la couleur de sa tenue – lui tape dans l'œil, à tel point qu'elle demande son adresse à Petite-Chose quelques jours plus tard. S'ensuit une jolie correspondance très sympathique, puis leur rencontre lorsque le monsieur revient à Paris en permission.
Mitsou se lit absolument tout seul et m'a beaucoup plu. J'ai aimé cette rencontre qui n'en paraît pas une et la manière un peu timide dont les deux personnages s'écrivent et font connaissance à distance. Il y a toujours une langue particulière chez Colette, quelque chose d'enlevé et de piquant mais aussi de très élégant. La fin, en revanche, est plutôt triste, ou en tout cas douce-amère...
Un détail qui m'a marquée: Mitsou doit son nom à son "ami", un homme plus âgé qui l'entretient.
"[...] c'est mon ami qui l'a inventé. C'est un nom fait avec des initiales. Pierre est administrateur de deux Sociétés, l'une qui s'appelle les Minoteries Italo-Tarbaises, et l'autre les Scieries Orléanaises Unifiées. Ça fait M.I.T.S.O.U. : Mitsou."
👀👀👀👀
Un homme qui donne à sa maîtresse un surnom composé des initiales de ses entreprises. Les mots me manquent. Et même si Mitsou ne trouve pas du tout ça étrange, j'ai tendance à penser que Colette avait conscience de la symbolique de la chose.
Dans cette édition du Livre de Poche de 1964, Mitsou est suivi d'une pièce de théâtre, En camarades, que j'ai trouvée plus oubliable. Il s'agit des flirts de deux couples: d'une part, un homme marié qui tourne autour d'une amie de son épouse; de l'autre, ladite épouse, qui se laisse très complaisamment draguer par un homme plus jeune. Ça se lit absolument tout seul, ici aussi, et j'ai trouvé la fin assez rigolote ([divulgâcheur] tous deux rendus jaloux par l'existence d'un ou d'une rivale, le mari et son épouse retournent joyeusement ensemble dans la vie mondaine parisienne [fin du divulgâcheur]), mais ce n'est pas mémorable et ça fait quand même un peu problèmes de riches nombrilistes.
Livres de l'autrice déjà chroniqués sur ce blog
Suivez le tag!
vendredi 24 septembre 2021
La chatte (1933) 🐈
Chronique express!
Alain et Camille sont jeunes, riches et fraîchement mariés. En attendant que les travaux soient finis dans leur future maison, ils logent dans un appartement au neuvième étage, quelque part à Paris. Mais Saha, la chatte d’Alain, restée dans la maison où il a grandi à Neuilly-sur-Seine, se languit de son maître et perd du poids… Alors, il la ramène dans son nouveau foyer.
La Chatte me semble s’insérer à la perfection dans l’œuvre
de Colette – pour le peu que j’en ai vu, en tout cas. On y trouve des dialogues
faisant la part belle à l’implicite, des relations très fines entre
psychologies complexes, un jardin de ville empli de plantes luxuriantes et un
chat. Une chartreuse, plus précisément. Une chatte racée, féminine, sensuelle
et joueuse, qui a une relation tout à fait unique et charnelle avec son maître
Alain. Bien sûr, tout cela n’est pas du goût de Camille, l’épouse… L’histoire
est racontée essentiellement du point de vue d’Alain et on assiste en quelques
semaines au délitement total d’un mariage (qui, certes, ne commençait pas non
plus avec un enthousiasme franchement débordant). Colette parle des tout petits
ressentis qui font le quotidien et aborde les relations sexuelles sans voile.
On comprend très vite que ça ne colle pas pour Alain et qu’il a la tête
totalement ailleurs. C’est fin, c’est moderne, c’est une réussite. Colette
était vraiment très forte! Et ça se lit vite. Cette édition Grasset fait 200
pages, mais la police est très grande. Alors, n’hésitez pas!
Pour une raison que je ne m'explique pas, les deux livres de Colette que j'ai achetés dans cette superbe édition reliée en cuir n'ont pas le même éditeur: Albin Michel pour Claudine à l'école, Grasset pour la Chatte. Mais c'est beau quand même.
mardi 14 septembre 2021
Claudine à l’école (1900)
J’ai beaucoup aimé ce que j'ai lu de Colette, alors je n’hésite pas à acheter ses romans lorsque je tombe dessus. Même un livre aussi culcul que Claudine à l’école, sorte de Martine romanesque et champêtre qui ne m’attirait pas plus que ça… Et j’ai eu bien raison de lui donner sa chance, puisque j’avais tout faux: Claudine à l’école n’est pas du tout l’équivalent romanesque des albums de Martine. C’est l’histoire d’une cancre. 🤣🤣
Bon, c’est champêtre, ça c’est sûr. Nous sommes dans une
école rurale française, probablement en Bourgogne, vers la fin du XIXe, et nous
lisons le journal de Claudine, âgée de 16 ou 17 ans. Elle prépare le certificat
d’études et vit donc sa dernière année à l’école avant de partir à Paris. Sa
mère est morte et son père ne s’occupe que peu d’elle, affairé comme il l’est à
étudier les limaces de la région. Par conséquent, elle est libre d’occuper son
temps comme elle le souhaite. Très sûre d’elle et bonne élève, elle travaille
parce qu’il le faut, mais sans passion, tyrannise ses camarades de classe et
tient tête aux enseignantes. Surtout à Mademoiselle Sergent, dont elle est
jalouse… Car celle-ci lui a piqué Aimée, une autre maîtresse dont Claudine est
tombée amoureuse! En effet, Claudine à l’école parle ouvertement de
relations homosexuelles, d’abord avec le rapprochement entre Claudine et Aimée,
puis avec la relation de Mademoiselle Sergent et Aimée, puis avec l’idolâtrie
de Luce pour Claudine…
Entre l’élève rebelle (qui n’aurait fait de moi qu’une
bouchée si j’avais été à l’école avec elle, soit dit en passant…) et la vision
tout à fait décomplexée de l’homosexualité, on est donc très loin des albums de
Martine, vous l’aurez compris.
En outre, Colette parle également des rapports de pouvoir
entre hommes et femmes avec la figure de Dutertre, le délégué cantonal qui
couche avec les enseignantes et se frotte de très près aux "grandes", les élèves de dernière année. Un bon petit obsédé qui
frôle avec la pédophilie, c’est charmant.
Et pourtant, Claudine à l’école garde un petit côté
champêtre et suranné, lié à l’époque lointaine qu’il nous raconte, quand passer
le certificat d’études était tout un programme (trois jours à l’hôtel dans le
chef-lieu pour passer les épreuves!), que les élèves de différents âges
étaient réunies en classe unique, mais avec les garçons et les filles dans des
établissements séparés, et qu’on écrivait sur des pupitres… C’est tout à fait
charmant, et bien que Claudine ait très bien compris le fonctionnement du monde
qui l’entoure, on a l’impression qu’il ne pouvait rien arriver de mal dans ce
monde-là. C’est un peu l’anti-Zola, en quelque sorte. 😄 Même quand elle parle de Dutertre, ça reste léger, amusant.
En plus, Colette écrit divinement bien, autant lorsqu’elle
adopte un ton plus lyrique que quand elle décrit avec humour les jalousies de
Claudine, donc j’ai adoré cette lecture.
Claudine à l’école a d’abord été publié sous le nom de
Willy, alors époux de Colette, mais c’est bien elle qui l’a écrit. 💪
Le petit truc en plus que vous avez absolument besoin de
savoir: j’ai trouvé cette édition Albin Michel, imprimée en 1950 et
reliée en cuir, pour la modique somme de six euros dans une brocante de
Bordeaux par un jour de début juillet. Il faisait beau, les week-ends estivaux
commençaient, apportant avec eux la promesse des vacances, j’étais avec des
amis que j’aime et des cannelés attendaient dans mon sac. C’était le bonheur,
quoi.
L'avis de Grominou
samedi 7 avril 2018
Dialogues de bêtes (1905)
mercredi 29 novembre 2017
Chéri (1920)
Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
J'ai acheté cette adorable édition pour 5€ dans la formidable librairie du père Pennard de Lyon, un endroit juste magique.












