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vendredi 20 août 2021

La Langue de Trump (2019)

Chronique express!

En 2016, Bérengère Viennot, journaliste et traductrice, a été confrontée de près à une sacrée difficulté: traduire Donald Trump, nouvellement élu à la présidence des États-Unis. Après un rappel fort concis et clair sur ce qu’est une traduction – nous restituons un message, pas des mots –, elle explique dans ce court essai comment elle a dû faire évoluer sa pratique dans le cas de Trump.

En général, en effet, le traducteur est censé "réparer" le discours du locuteur d’origine si celui-ci commet des erreurs. Par exemple, si vous traduisez un roman dans lequel un personnage habillé en vert est soudain en bleu, vous rétablissez la couleur verte de sa tenue (à moins que ce changement de couleur ne soit délibéré, bien sûr). Autre exemple: si vous traduisez quelqu’un qui n’a pas beaucoup de vocabulaire, vous trouvez des synonymes pour éviter les répétitions.

Or, chez Trump… Eh bien, sa manière de s’exprimer fait partie intégrante du personnage et de son message, donc, vous devez vous exprimer comme lui. À partir de là, Bérengère Viennot aborde plusieurs points caractéristiques de la communication de Trump: les phrases sans queue ni tête, la déformation de la réalité, l’usage massif de Twitter, l’égo, la haine des journaux… C’est passionnant et ça se lit tout seul, c’est vraiment à mettre entre toutes les mains – même si, bon, quand elle cite Trump pendant plus de quatre lignes, ça donne un peu mal à la tête d’essayer de comprendre ce qu’il raconte. Ça manque un peu de complotisme, mais l’essai est paru en janvier 2019, donc bien avant le délire de Trump sur la prétendue fraude électorale qui lui aurait coûté sa réélection.

Bref: un document d’actualité à lire sans hésiter, et en serrant les doigts pour que le délire ne recommence pas en 2024. 🙃🙃

vendredi 16 juillet 2021

Hors-série Une Heure-lumière 2020

Chronique express!

Il est certainement superflu de présenter la collection Une Heure-lumière du Bélial', qui réunit des textes courts. Tous les ans, la maison propose un hors-série gratuit pour l'achat de deux livres. Découvrons ensemble l'édition 2020.

Les interviews
C'est ma profession qui est à l'honneur, puisque le Bélial' interroge les traductrices et traducteurs qui ont travaillé sur les vingt-six premiers tomes de la collection. Ce n'est pas tous les jours que les éditeurs nous donnent la parole, voire reconnaissent notre existence, donc c'est bien. Les entretiens sont fort intéressants et font découvrir et des méthodes et des ressentis très divers. C'est bien.

La nouvelle
Retour à n'dau de Kij Johnson, traduite de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel, met en scène une guérisseuse de chevaux dans un monde de steppes, que son peuple parcourt en continu de manière à toujours conserver son ombre à la bonne longueur. C'est n'dau, le lieu où on est sensé être, à la bonne distance du jour brûlant et de la nuit glaciale. Puis des étrangers font irruption, apportant la mort, et la guérisseuse est arrachée à tout ce qu'elle connaît. Le texte raconte ce chamboulement total de sa vie et la difficile reconstruction qui s'ensuit. Je ne peux pas dire que tout cela m'ait emballée outre-mesure, malgré la présence de chevaux; comme la Quête onirique de Vellit Boe, j'ai trouvé ce texte plaisant, mais il ne laissera pas de trace. Néanmoins, c'est un joli texte bien construit et l'autrice sait ce qu'elle fait.

Allez donc voir ailleurs si ce hors-série y est!
L'avis du Chien critique
L'avis de Lorhkan
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

dimanche 21 juin 2020

Traduire ou perdre pied (2019)

Corinna Gepner est traductrice de l'allemand vers le français et a été présidente de l'Association des traducteurs littéraires de France. Avec Traduire ou perdre pied, elle écrit un beau texte sur son expérience de traductrice et inaugure, de concert avec Diane Meur qui publie Entre les rives, la collection Contrebande, entièrement dédiée aux traducteurs et traductrices, de l'éditeur La Contre Allée.

Le petit marque-page de l'ATLF qui va bien. 👌

Dans ce court ouvrage très aéré, elle retrace les liens entre la traduction et son histoire familiale, marquée par la Seconde Guerre mondiale. Ses grands-parents, allemands ou polonais, ont connu l'exil. En traduisant de l'allemand, Corinna Gepner touche sans le vouloir, et sans rien y pouvoir, à une langue chargée d'un lourd héritage émotionnel et culturel. Pour elle, il ne s'agit pas seulement de rendre un texte allemand intelligible à un lecteur francophone, il s'agit de donner une voix à une langue... Son attrait pour la traduction est né de la vocation d'être "au plus près du texte". Elle évoque également les doutes et le cheminement du traducteur face à son texte, la façon dont on "l'entend" et dont on le connaît mieux que quiconque. Le tout avec une grande modestie et une grande finesse.
"Cette expérience lors d'une de mes premiètres traductions: une phrase difficile, retorse à toute compréhension. Aucun des germanophones que j'avais sollicités n'avait pu m'éclairer. J'ai lu, relu, je ne sais combien de fois. Et puis l'étincelle a jailli. J'ai compris, mais inuititivement, je n'étais pas plus capable qu'avant de déchiffrer cette phrase. J'ai compris en quelque sorte du coin de l'œil. Compris aussi que j'étais la seule à pouvoir comprendre, parce qu'à fréquenter ce texte j'en avais saisi la pensée et qu'à cet endroit, c'était ce qu'il fallait saisir: la façon dont l'auteur avait pensé."
Oui. Après dix jours, vingt jours, un mois, deux mois avec un auteur, on commence à lire entre les lignes. Je l'ai constaté à maintes reprises dans des textes dont la logique n'était pas nettement exprimée: les conjonctions de coordination manquaient (parce que je ne traduis pas de grands auteurs comme Corinna Gepner, malheureusement pour moi), mais je savais quels liens l'auteur avait voulu établir entre ses phrases.
"J'aime que le quotidien me contraigne sans cesse à abandonner toute prétention à une théorie, à des principes, tout en me confortant dans l'idée qu'il peut y avoir des directions – la justesse, notamment."
Cette phrase résume assez bien la pratique de la traduction. Au-delà des équivalences évidentes (si votre texte anglais parle d'un "black stallion", vous ne parlez pas d'une "jument verte" dans votre traduction française... 😉), il existe en traduction un champ des possibles infini pour dire la même chose d'une manière différente, ou, comme dirait Umberto Eco, pour dire presque la même chose.

Pourquoi ce livre?
Parce que je suis actuellement une formation en traduction littéraire afin de reforcer mon activité de traductrice littéraire (c'est-à-dire d'édition) par rapport à mon activité de traductrice "pragmatique" (c'est-à-dire rédactionnelle et technique) et que Corinna Gepner a animé un de nos ateliers en début d'année. J'ai eu l'impression d'un gros cerveau et d'une plume brillante réunis dans un caractère posé et modeste. Il fallait donc que je lise son bouquin...

Allez donc voir ailleurs si cette collection y est!
La présentation de l'éditeur

vendredi 30 novembre 2018

L'histoire des botanistes de Leningrad

Étant complètement débordée de travail en ce moment et à peu près incapable de lire plus de quinze minutes par jour, je vous propose aujourd'hui un interlude non littéraire. Est-ce que ça vous dit de découvrir le triste sort des botanistes de Leningrad, l'actuelle Saint Petersbourg?

Mes informations sur cette histoire proviennent principalement du livre que je traduis actuellement (je ne peux pas vous en parler pour des raisons de confidentialité, mais c'est une source fiable 😊), mais aussi de mes propres recherches sur le sujet.

Pendant les années vingt et trente, Nikolaï Vavilov, un botaniste soviétique, a parcouru le monde à la recherche de graines anciennes, qu'il a réunies dans l'Institut de botanique de Leningrad. Il souhaitait améliorer les cultures pour lutter contre la faim et espérait trouver les ancêtres des variétés vivrières de son époque. C'était un scientifique tout à fait sérieux. Malheureusement, Staline préférait Lyssenko, un botaniste autodidacte qui prétendait pouvoir obtenir des variétés résistantes au froid beaucoup plus vite que Vavilov, notamment en trempant les grains de blé dans l'eau froide (!). (Apparemment, il croyait que les caractères acquis se transmettent de génération en génération; si une graine de blé résiste à de l'eau glaciale, elle va modifier son patrimoine génétique et ses descendants seront d'emblée résistants au froid.)


Staline étant ce qu'il était, la pseudoscience de Lyssenko est devenue science officielle. Vavilov a été arrêté et est mort en déportation en Sibérie des suites de la dénutrition, ce qui est particulièrement triste pour quelqu'un qui essayait d'éradiquer la famine...

Avant son arrestation, Vavilov avait recommandé à ses collègues de quitter son équipe car il avait bien compris combien il était menacé. Mais certains avaient refusé, voulant continuer leurs recherches malgré le danger, et étaient restés travailler à l'institut. Et puis Leningrad a été encerclée par l'armée allemande en septembre 1941. Je crois que le siège de Stalingrad est plus connu parce qu'il a marqué le retournement de la guerre, mais celui de Leningrad a été tout aussi terrible: presque deux ans et demi de siège et presque deux millions de victimes, majoritairement des civils morts de faim!! Le jour de Noël 1941, 4000 personnes sont mortes de faim...

Barricadés dans leur institut de botanique, les collaborateurs de Vavilov étaient assis sur un tas d'or, ou plutôt un tas de bouffe, ce qui est encore plus précieux en temps de guerre: des milliers et des milliers de graines. Ils auraient pu faire cuire tous ces grains de riz et de blé et manger tous ces fruits à coque pour survivre, ou bien partager tout cela avec leurs proches. Mais ils ne l'ont pas fait. Ils ont poursuivi leur travail. Ils ont continué à cataloguer les graines et à faire des croquis dans le froid glacial pendant que Leningrad agonisait autour d'eux (apparemment, ils ont eu la chance de ne pas être bombardés car Hitler connaissait la banque de semences de Vavilov et souhaitait s'en emparer). Ils mangeaient la même ration que le reste de la population, deux tranches de pain par jour, puis il n'y a même plus eu de pain.

Et ces pauvres botanistes ont fini par mourir de faim les uns après les autres, au milieu de leurs graines... Parce qu'ils pensaient qu'il fallait conserver ce patrimoine génétique pour les générations futures, que ces graines seraient nécessaires à la fin de la guerre pour replanter.

Je trouve ça triste à pleurer et beau à redonner foi en l'humanité, un de ces actes de désintéressement qui forcent l'admiration. (Et tellement russe: tout est toujours plus grand, plus incroyable et plus surhumain en Russie.) L'institut, qui a pris le nom de Vavilov bien plus tard, quand Lyssenko a été sorti de la scène publique par des scientifiques qui ont osé dire qu'il racontait n'importe quoi (après la mort de Staline, bien sûr), existe encore et joue un rôle important dans la préservation de la diversité des variétés vivrières, un thème encore plus important aujourd'hui que pendant les années trente et quarante.


mardi 12 avril 2016

Introduction à la psychologie à l'université

C'est parti pour un petit MOOC! :)

L'Université Toulouse - Jean Jaurès a ouvert ce MOOC sur la plate-forme France Université Numérique pour présenter la psychologie aux personnes intéressées par les études supérieure dans le domaine. La psycho fait partie de ces matières que le grand public connaît de manière extrêmement floue et il semblerait que beaucoup d'étudiants s'engagent dans cette voie sans réellement savoir de quoi il s'agit.


Pendant cinq semaines, les participants avaient donc à disposition des vidéos pour découvrir rapidement les matières enseignées en licence, comme la psychologie du développement, la psychologie sociale, la neuropsychologie ou la psychopathologie. Les présentations étaient complétées par des "Focus" plus pratiques et des exemples d'offres d'emploi (un ajout extrêmement utile et très intéressant, vraiment une bonne idée; j'en retiens que les psychologues ne trouvent presque jamais du travail à temps plein et ne sont pas très bien payés quand ils sont salariés).

Vous pouvez voir le programme des cours ici.

Le cours était super intéressant et j'ai beaucoup aimé le suivre, même si, bien entendu, les choses se sont précipitées dans ma vie quand il a commencé et que je l'ai donc traîné pendant trois mois au lieu d'un. J'ai appris vraiment pas mal de choses et c'était très clair. Comme tous les MOOC que j'ai suivis, ce n'était pas quelque chose d'extrêmement complexe, mais une vulgarisation de qualité très utile. Ma seule critique concerne l'absence de vidéo sur les statistiques, un cours pourtant important en licence de psycho.

Ce qui m'a marquée le plus: le phénomène des faux souvenirs, la reconnaissance des visages, la psychologie en tant que science. J'ai déjà oublié tout le reste mais j'ai pris des notes!

Pourquoi ce MOOC?

En août dernier, j'ai décidé de me reconvertir. J'adore mon métier, mais si je n'ai toujours rien de stable après six ans, je pense qu'il vaut mieux faire un constat d'échec et passer à autre chose. Je pense, en plus, que l'avenir de la traduction est particulièrement sombre: le travail va de plus en plus se diviser entre une petite quantité de traductions à haute valeur ajoutée payées moyennement (comme pour l'édition par exemple) et des volumes énormes de traductions "à la chaîne", sans aucun suivi de la qualité, payées un tarif dérisoire (comme chez les énormes agences qui tirent les tarifs vers le bas en utilisant des logiciels de traduction assistée par ordinateur et de traduction automatique et en employant des freelances dans les pays pauvres). Moi, malheureusement, je ne suis pas une plume brillante susceptible d'intéresser les rares clients qui seront encore prêts à payer dans dix ans, et je ne suis pas franchement motivée pour bouffer du Trados à 6, puis 5, puis 4, puis 3 centimes le mot.

Du coup, j'envisage de faire autre chose. Mais quoi?

Et bien je n'en sais rien, et ça me turlupine pas mal depuis la rentrée de septembre. Le métier de psychologue (au sens de psychologue libéral qui reçoit ses patients en entretien) me fait très envie, mais il nécessite cinq ans d'études et je n'ai pas la volonté nécessaire pour retourner à la fac pendant cinq ans tout en continuant à travailler pour me nourrir. Ce MOOC tombait toutefois à point nommé pour me donner quelques infos et semblait une occasion à ne pas manquer. Je suis aussi allée aux portes ouvertes de la fac de psycho de Paris 5. Tout cela m'a confirmé que la psycho me plaît énormément et même que je suis "faite" pour cette discipline. Mais de là à m'inscrire à Paris 5 pour reprendre mes études dans six mois.....

J'ai aussi suivi le bilan de compétences express de Pôle Emploi, appelé "Activ Projet", mais c'était bien trop léger et express pour moi et ça ne m'a pas aidée à y voir plus clair. Il me faudrait un vrai bilan de compétences avec 15-20h en face à face avec un conseiller, mais c'est cher et je ne peux pas du tout m'en payer un en ce moment...

Très franchement, je trouve que ma reconversion est un bel échec au même titre que ma carrière de traductrice, ce qui me laisse penser que même si je trouve un nouveau métier, et bien je ne ferai qu'échouer dans cette nouvelle voie, comme à mon habitude, mais bon ces pensées ne sont pas très constructives et j'essaye donc de continuer à réfléchir.

Mes autres pistes de réflexion concernent le livre (mais pour faire quoi précisément? Et est-il judicieux de se tourner vers un secteur qui ne se porte pas franchement au mieux et dont l'avenir est aussi nébuleux?) et le cheval (mais est-il judicieux de se tourner vers un travail physique quand on a une épaule en vrac, un genou fragile et un dos douloureux?).

Pour finir ce billet sur une note plus rigolote, je vous laisse contempler les toilettes de Paris 5. Je n'aurais jamais pensé trouver plus catastrophique qu'à Dauphine, mais en fait tout est possible!


Oui oui, ce sont bien des toiles d'araignées dans les toilettes! ^^

MOOC déjà présentés sur ce blog

mardi 17 mars 2015

Surprise du jour

Certains jours, j'adore-surkiffe-idolâtre mon métier à la folie!



Une surprise d'autant plus belle que je n'attendais que le livre, pas le jeu proposé avec.

Si vous êtes curieux, mon nom est dans la liste des traducteurs. (On est plusieurs sur le coup vu la taille du projet. ^^)

jeudi 26 février 2015

Le Pays des aveugles et autres récits d'anticipation (1896-1904)

Complètement enthousiaste de ma lecture de L'Homme invisible, j'ai emprunté le dernier livre de H. G. Wells de ma médiathèque qu'il me restait à lire, un petit recueil de quatre nouvelles (en édition bilingue malheureusement). Au final, c'est ce que j'ai lu de moins bon de Wells, mais c'était tout de même fort plaisant.


Le Pays des aveugles (1904)
"Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois": c'est en se répétant ce célèbre adage qu'un alpiniste, arrivé par erreur dans une région d'Amérique du Sud habitée uniquement par des aveugles, essaye de s'imposer dans le village. Mais les choses ne sont pas si simples et être différent n'est pas forcément un avantage.

La Chambre rouge (1896)
Un homme passe la nuit dans une chambre qu'on dit hantée. Un texte très réussi qui nous fait hésiter jusqu'au bout entre rationnel et surnaturel.

La Vérité concernant Pyecraft (1903)
Un texte très amusant quoique anecdotique, dans lequel le narrateur révèle (vous l'avez deviné), la vérité sur Pyecraft, un membre de son club qui lui a demandé une recette de grand-mère pour résoudre un petit problème.

L'Histoire de feu M. Elvesham (1896)
Un jeune étudiant est approché par un homme âgé, le célèbre M. Elvesham. Un texte sombre, très efficace, sur une affaire louche que l'on pourra hésiter à interpréter, comme celle de La Chambre rouge, de manière rationnelle ou pas. Sans savoir laquelle des deux vérités est la préférable.

Ce recueil était un peu en-deçà des autres livres de H. G. Wells que j'ai lus, plus percutants, mais il s'agit néanmoins de textes de qualité et d'une lecture un peu différente si on connait déjà l'auteur. En revanche, il ne s'agit pas du tout de récits d'anticipation, j'ignore pourquoi le recueil a été nommé ainsi...

Un mot sur l'édition bilingue
Comme pour La Machine à explorer le temps, j'ai réitéré ici l'exercice consistant à ne lire que la page de gauche, en anglais, pour lire l'original. Mais, forcément, j'ai parfois regardé un peu celle de droite. Je me disais donc que ce type d'édition devrait bénéficier d'une traduction spécifique, un peu plus proche de l'original, pour aider les lecteurs ayant besoin de la version française. Certains passages, tout à fait bien traduits, m'ont en effet semblé peu pédagogiques pour un lecteur qui ne comprendrait pas bien un mot ou une tournure en anglais et aurait besoin de la lire en français, car ils véhiculaient bien le sens mais rendaient le face-à-face difficile (par exemple parce que la phrase était tournée différemment). Je n'ai pas noté d'exemple malheureusement, mais cela m'a traversé l'esprit et je voulais le noter pour ne pas l'oublier.

mercredi 1 octobre 2014

Il est arrivé!

Avec beaucoup de retard, voici enfin un petit mot sur mon œuvre de cette année: le célèbre catalogue de mon bien-aimé employeur!


Si ma traduction a été moins créative cette année, je trouve en revanche que le cru 2015 est encore meilleur que le cru 2014. Peut-être que, n'étant plus dans le stade de la découverte du processus de production, j'ai pu consacrer plus de réflexion à l'intention des pages et mieux comprendre le savoir-faire en matière d'aménagement qui s'en dégageait. Quoi qu'il en soit, j'aime cette édition encore plus que l'autre, qui restera néanmoins très importante pour moi du fait qu'elle a, il faut le dire, changé ma vie. Professionnellement avant tout, mais pas que.

Voilà donc ce que je vous conseille de ne pas louper cette année! :)

- Commençons par le commencement: la couverture que je trouve sublime. Pensez bien à déplier le catalogue pour voir le recto et le verso ensemble, car il s'agit d'une seule et même pièce. Avec une vue imprenable.

- Le verbe "prélasser" que j'ai réussi à caser page 11.

- La petite fille irrésistible de la page 12.

- Sur la version numérique ou l'appli : la vidéo bonus de la page 21, qui représente assez bien ma conception de l'amour. À regarder jusqu'au bout pour voir le petit geste qui donne son sens au reste.

- L'utilisation rigolote d'une expression familière page 39.

- Les trois derniers mots de la page 63... Mon chef d’œuvre! <3

- Le bonhomme-meuble des pages 56 et 57, Monsieur Ivar. :)

- Toujours sur la version numérique ou l'appli: la belle vidéo de la page 59. En plus, j'ai casé l'adjectif "intrépide" en bas à droite de cette page!

- La vidéo de la page 73 qui donne juste trop envie d'acheter ce lit.

- Les idées récup/bricolage des pages 134 et 135.

- La cuisine "fait main" des pages 144 et 145.

- L'astuce de la page 172. Je l'ai appliquée chez moi et depuis l'Homme et moi faisons couette à part: le bonheur point de vue température!

- La suspension "étoile de la mort" page 276.

- Et tant d'autres petites choses qui m'ont amusée ou surprise mais qu'il serait trop long d'énumérer ici... :)

En revanche, vous pouvez ignorer l'abominable faute de la page 314, je ne sais pas comment cette page a pu partir à l'impression comme ça!! (Inutile de la chercher dans la version numérique, on l'a corrigée.... La dématérialisation a ses avantages!)

Des semaines de production très intenses et des moments de stress, mais le résultat en vaut carrément la peine. Vivement l'édition 2016!

mardi 19 août 2014

Dire presque la même chose (2003)

Dire presque la même chose: tout un concept. Que signifie dire? Que signifie presque? Et surtout, qu'est-ce que la chose que l'on veut dire?

Autant de questions qu'Umberto Eco applique très justement au processus de traduction, qu'il connaît bien puisqu'il a lui même traduit (par exemple Sylvie de Nerval en italien) et été traduit (en tout un tas de langues), mais aussi parce que ce célèbre écrivain a le bon sens et la gentillesse de collaborer avec ses traducteurs, ce qui l'a confronté à toutes sortes de problèmes d'adaptation. Son essai regorge donc d'exemples de traductions effectuées ou encadrées par lui, ce qui le rend très intéressant et incroyablement plus digeste que les autres livres que j'ai pu lire sur mon métier. Bon, il y a certes quelques passages qui m'ont perdue, mais globalement, si on fait l'effort de s'y mettre, ce livre est tout à fait lisible, y compris pour quelqu'un qui ne s'est jamais intéressé à la traduction. (En revanche, mieux vaut maîtriser au moins deux des langues suivantes: italien, français, anglais ou allemand. Sinon, vous risquez de passer à côté de la plupart des exemples.)


J'en retiendrai un chapitre très ludique sur la traduction automatique et ses résultats improbables, des considérations très intéressantes sur l'effet qu'un texte veut produire, une étude des textes d'Eco qui m'a fait réaliser que j'avais encore moins saisi toute la portée du Nom de la rose que je ne le pensais, des comparaisons passionnantes entre la traduction d'une langue à l'autre et le passage d'un média à un autre (par exemple du livre au cinéma), et au final un bel hommage à ce métier passionnant qu'est le mien, ainsi qu'une prise en compte jamais vue en dehors du métier sur ce qu'il faut se creuser le cerveau pour traduire. (En général, si la profession se lance des fleurs à longueur de revue et de colloque, le reste du monde nous considère souvent comme de simples "enfileurs de mot" trouvant par simple consultation dans le dictionnaire la parfaite équivalence entre deux langues données...) Et puis un petit rappel théorique ne fait pas de mal plusieurs années après la fac!

Bon, en revanche, j'ai eu encore plus d'admiration et de pitié combinées pour les FOUS qui traduisent Eco dans leurs langues respectives! C'est juste dingue de s'attaquer à cet auteur!! :)

Allez donc voir ailleurs si cet essai y est!
Compte-rendu publié dans la revue Traduire, éditée par la Société française des traducteurs

dimanche 13 octobre 2013

Pélerinage littéraire de Médan (2013)

Après 2011 et 2012, je me suis rendue cette année pour la troisième fois à Médan, dans les Yvelines, pour assister au pèlerinage littéraire annuel à la maison d'Émile Zola. "À la Saint Zola, le beau temps est là!": ce dicton-blagounette s'est avéré véridique puisque, cette année encore, pas une goutte de pluie n'est tombée sur ce joli jardin en bord de Seine!



Quelques nouvelles en vrac: la maison rouvrira bien en 2015 comme prévu, La Confession de Claude sort bientôt en poche (du coup, je suis un peu verte de l'avoir acheté chez Dodo Press...), un Thérèse Raquin américain sortira bientôt au cinéma, une lettre écrite par Dreyfus au ministère de la Guerre alors qu'il était à l'île de Ré s'est vendue à 455 000 euros aux enchères...



Karl Ziegler, professeur de littérature comparée à Lille 3, a proposé une courte étude des rapports de Zola avec trois pays européens: l'Italie (le pays de son père, où il est reçu comme romancier célèbre lorsqu'il prépare Rome et où il a des fidèles comme Verga et Capuana), l'Angleterre (le pays de l'exil qui le connaît plutôt comme journaliste) et l'Autriche-Hongrie (le domaine de spécialisation de M. Ziegler). Cette dernière partie m'a beaucoup intéressée car M. Ziegler a parlé des rapports de Zola avec ses traducteurs germanophones. Par exemple, face à l'impossibilité de traduire le titre Pot-Bouille, Zola a suggéré à son traducteur de renommer ce roman "Histoire d'une maison bourgeoise" ou "Une maison bourgeoise" tout simplement. Il aurait également autorisé ses traducteurs à édulcorer certains passages jugés trop crus... L'intervention s'est terminée sur un "Zola provocateur, éveilleur et défenseur de la vérité". J'ai beaucoup aimé cet intervenant très modeste et passionné qui m'a beaucoup rappelé le père de l'Homme.



Bernard-Henri Lévy (qui est effectivement plutôt bel homme et qui portait effectivement une chemise blanche à col ouvert) a voulu simplement parler d'Émile Zola. Son intervention est plus difficile à rendre car elle est plus oratoire que celle du professeur de Lille, mais c'était intéressant et bien préparé. Soit il a vraiment lu Zola, soit il a bien compris quels sont les enjeux de son oeuvre. Il a souligné que les détracteurs de Zola voteraient aujourd'hui pour le Front National, puis il a parlé de la sexualité dans son oeuvre et du rôle et de la présence du corps (avec une image puissante tirée de L'Assommoir: les pieds de Coupeau qui bougent tout seuls....), ainsi que de la fêlure (qu'il qualifie de "haricot sauteur adénéïque", une expression que j'ai adorée). Il a rappelé qu'Aragon a défini le mouvement anti-Zola "l'immense conspiration de la sottise et de la haine". Puis il a cité les "petits frères" de Zola, quatre écrivains qui lui doivent beaucoup: Mallarmé, Joyce, Céline et Proust. Je ne les ai pas (ou peu) lus et je ne peux donc pas juger de la pertinence de cette remarque...

Encore une fois, ce pèlerinage était un bon moment et, les présentateurs zoliens intervenant en premiers étant nettement plus dynamiques que l'année dernière, elle n'avait pas trop de côté pompeux et endormant. Je suis très contente d'y être allée en dépit de la fleimme aiguë qui me saisit toujours quand j'envisage de traîner ma triste et solitaire carcasse quelque part. C'est un beau rendez-vous pour les amateurs de Zola et je ne peux que vous recommander de vous arrêter à Médan si vous passez par là le premier dimanche d'octobre...

lundi 19 août 2013

Il arrive!

Nous sommes lundi 19 août 2013 et une invasion un peu particulière se prépare partout en France. Des millions d'exemplaire du plus célèbre des catalogues commencent en effet à prendre d'assaut vos boîtes aux lettres. Et cette année vous l'accueillerez avec encore plus de curiosité que d'habitude, puisque je vous invite à y retrouver ma modeste contribution...


Alors pensez à retirer vos autocollants "Stop Pub" – sinon on n'a pas le droit de vous le donner :( – et, puisque vous êtes des lecteurs, retrouvez ma vision de la lecture pages 73 et 120, mais aussi mes revendications en matière de droit au logement page 82, mon subtilissime humour animalier page 328 et des titres que j'aime d'amour pages 237 et 238.

Je n'ai qu'un regret sur ce projet unique dans le monde de la traduction: n'être justement qu'une traductrice et pas une écrivain et ne pas avoir eu le talent pour en faire un texte vraiment à part. Mais c'est une expérience tellement enrichissante et c'est une telle satisfaction de voir le résultat sur papier que je n'en suis pas moins enthousiaste. Pensez bien à moi en le feuilletant! (Et si en plus vous pouvez faire vos achats chez nous pour que mon employeur prospère, ce serait juste merveilleux! ^^)

mercredi 7 août 2013

Le fil du rasoir (1944)

William Somerset Maugham est un écrivain britannique que j'ai découvert par hasard et de manière mystérieuse: l'Homme est arrivé un jour chez moi avec un vieux poche abîmé, The Moon and Sixpence, en me disant qu'il me le donnait de la part de ses parents. Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur et de ce titre et je n'ai pas compris comment ce livre en anglais pouvait sortir de chez les parents de l'Homme, qui ne lisent pas en anglais. Mais je l'ai lu, et j'ai beaucoup, beaucoup aimé...

Il en est de même pour ce Fil du rasoir, qui, s'il n'est pas entré dans ma vie en catimini vu que je l'ai très délibérément emprunté en médiathèque, a su me séduire sans que je ne sache comment au juste. Je pense que c'est une question de style et de contenu, enfin plutôt de sous-contenu glissé entre les lignes...


Je m'explique: techniquement, ce roman n'a pas vraiment d'intrigue. Le narrateur, qui serait Maugham en personne, raconte ses rencontres successives avec quelques Américains connus à Chicago au lendemain de la Première Guerre mondiale et fréquentés à Paris, à Londres et à Antibes pendant les années vingt et trente. Au fil du temps, ces amis très aisés, qui passent leurs soirées à des réceptions chez des gens bien, vont se perdre de vue, se marier, faire des choix contestés. Le narrateur s'attache plus particulièrement à suivre le destin de l'un d'entre eux, Larry, un jeune homme posé qui n'est pas plus intéressé que cela par le modèle que la société lui propose et par le rôle que son entourage attend tout naturellement de lui.

Très franchement, Larry est l'archétype du jeune rêveur idéaliste, à la fois perdu et parfaitement sûr de lui, ou plutôt de son bon droit. Sur la fin, ses considérations théologiques ont même failli me perdre. Mais je me suis sentie vraiment très proche de lui et sa recherche un peu enfantine de quelque chose qui lui donnerait l'impression d'être là pour une bonne raison.

Pas vraiment d'intrigue, donc. Et pourtant, le livre est efficace dès les premières lignes. Parce que le ton est clair et recherché. Parce que le narrateur analyse avec subtilité les caractères des personnes qu'il fréquente et que c'est fascinant de rencontrer, à travers lui, des gens complexes. Parce qu'il a des éclairs de lucidité triste et qu'une petite phrase apparemment anodine réussit à transmettre un abîme de tristesse. Parce qu'il nous promène dans plusieurs pays et dans des cercles aisés où se côtoient des gens de plusieurs nationalités, et que j'aime voir des Français, des Anglais et des Américains se retrouver autour d'un verre de vin à Paris. Parce qu'il fait revivre à la fois une atmosphère d'années folles après la guerre et un monde perdu où les lords ne fréquentent que des princesses italiennes et des nobles polonais. Parce que Larry vit dans un Paris estudiantin et intellectuel que je n'ai jamais fréquenté et que j'aime respirer dans les livres, un peu comme dans un Guide triste de Paris... Et parce qu'il y a aussi de l'humour: on n'éclate pas de rire, mais l'humour est bien là, et parfois il est bien triste, lui aussi.

J'ai aussi beaucoup aimé un des personnages secondaires, Suzanne. Cette Française pose nue pour les jeunes artistes peintres du Quartier Latin et vit plus ou moins une existence de prostituée: elle s'attache pendant quelque mois ou années à un peintre dont elle partage le lit en échange du couvert. C'est une vraie battante et un des personnages les plus authentiques du livre.

"And I remember after a battle seeing a pile of dead French soldiers heaped upon one another. They looked like the marionettes in a bankrupt puppet show that had been cast pell-mell into a dusty corner because they were of no use any more. I thought then just what Larry said to you: the dead look so awfully dead."

Vous noterez ici l'utilisation de l'expression "pell-mell", qui m'a fait découvrir que le français "pèle-mêle" était passé en anglais à mon insu... La linguiste que je suis en bondit intérieurement de joie depuis quinze jours. :)

dimanche 7 avril 2013

Salon du Livre 2013

Dimanche 24 mars, passage au Salon du Livre avec D.I., amie et consœur. Une visite bien mieux organisée que celle de l'année dernière, même si je n'ai pas réussi à me motiver à monter sur Paris dès le samedi pour rencontrer ma dernière idole en date, Amélie Nothomb.

Beaucoup de monde, beaucoup d'écrivains et beaucoup de choses à voir (l'expo sur les 20 ans de Titeuf, notamment, était très sympa).

Avec la chance de mon côté, je repars avec pas moins de quatre dédicaces. Un chiffre impressionnant pour quelqu'un qui n'avait jamais fait signer un livre jusqu'à l'année dernière.

Première étape: Michel Robert. Toujours l'écrivain, pas le cavalier. Cette année, même si j'ai progressivement perdu mes moyens psychologiques et langagiers au fur et à mesure que mon tour approchait, je n'ai pas bégayé comme l'année dernière et il a mieux semblé me comprendre.

Livre: Balafrée.

Après le déjeuner, c'est au tour de Luis Sepulveda. Je vous ai déjà dit que je trouve ses livres merveilleux. Et devinez quoi?! Je lui ai dit: Sus libros son maravillosos y Zorbas es mi heroe! Mes cours d'espagnol portent leurs fruits!

Le monsieur dédicace cependant un peu à la chaîne. La chose m'a fait de la peine car elle ne correspond guère au message très simple et très humain de ses livres...

Livre: Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
(en espagnol, bien sûr).

Au passage, nous établissons que Grand Corps Malade va bientôt dédicacer juste à côté. Un détour chez Lommsek, qui me dédicace Qocha avec un petit clin d'oeil à une ligne de train que nous partageons... (Il en faut du temps pour dédicacer quand on est auteur de BD! ^^)


...Et retour en arrière le temps que D.I. interagisse avec Grand Corps Malade, qui a l'air très sympa!

(Non, ce n'est pas elle de dos.)

Puis un petit passage chez Olivier Gay, qui n'est pas au courant qu'il dédicace au Virgin de ma ville le mois prochain (dans son enthousiasme pour son œuvre, le personnel dudit Virgin a-t-il déliré?). Vivement que ses livres sortent en poche, que je puisse me les acheter, car il est très sympa (lui aussi).

Livre: Les talons hauts rapprochent les filles du ciel.
 
Et pour finir, deux hors-série du Monde pour le prix d'un. Vivement qu'ils s'intéressent à Zola. :)


Le clin d'oeil de la fin: Cette année aussi, j'ai rencontré Superman. Mais sans Superwoman cette fois-ci.


Vivement l'année prochaine pour participer (enfin!) aux Rencontres de la Traduction que j'ai loupées cette année pour raisons professionnelles... Et d'ici là, lisons, lisons, lisons!

samedi 24 novembre 2012

Le Pendule de Foucault (1988)

Je savais que j'ai une "relation compliquée" avec Umberto Eco: autant j'ai adoré Le Nom de la Rose, un des meilleurs bouquins que j'ai jamais lus, autant je n'ai strictement rien compris à L'Île du jour d'avant. Donc Le Pendule de Foucault avait, en gros, une chance sur deux de me convaincre.

Résultat?

Et bien je trouve ça regrettable à dire, mais je suis incapable de résumer environ 450 des 680 pages de mon édition: j'ai énormément lutté sur ce livre, qui est sûrement une des lectures les plus challenging que j'ai rencontrées.


Ce que j'ai compris, c'est que:

Le narrateur, Casaubon, commence par nous raconter comment il s'est caché dans le Conservatoire des Arts et Métiers de Paris le soir de la Saint-Jean, afin de passer la nuit sur place, près du Pendule de Foucault. Puis il explique qu'il est monté à Paris sur les traces de son ami et collègue Jacopo Belbo, après avoir reçu un appel désespéré de celui-ci et avoir lu des fichiers sur son ordinateur. Puis il remonte encore plus loin en arrière, à l'époque où il allait à l'université à Milan...

À cette lointaine époque post-soixante-huitarde, Casaubon écrivait une thèse sur les Templiers (suivent plusieurs dizaines de pages très intéressantes pendant lesquelles Casaubon raconte l'histoire vraie des Templiers). Un jour, un éditeur, qui s'apprête à recevoir un "chercheur" souhaitant justement publier un livre sur les Templiers, lui demande de participer à l'entretien, vu qu'il connaît bien le sujet. Suivent plusieurs dizaines de pages pendant lesquelles le "chercheur" en question expose toutes les théories possibles sur la non-disparition des Templiers: ils ont rejoint le monde souterrain, ils sont en Écosse, non, ils sont en Allemagne, non, ils font tous les pays d'Europe d'ouest en est afin de retourner à Jérusalem, mais en fait ce sont les Rose-Croix, mais en fait ce sont les Francs-Maçons, mais en fait il faut que vous sachiez que la longueur du côté de la pyramide de Khéops multipliée par le carré de la hauteur puis par 10 puissance 9 est égale à un milliardième de la distance Terre-Lune, ce qui prouve bien, et sans l'ombre d'un doute, que les Templiers sont toujours en vie.

Le chercheur est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel la nuit même. Mais, en fait, on ne sait pas vraiment s'il est mort. Le personnel de l'hôtel le trouve mort sur son lit, mais, le temps de faire venir la police, plus de cadavre... Mystère et boules de gomme.

S'ensuit la partie que je suis incapable de vous résumer, c'est-à-dire le séjour de Casaubon au Brésil puis son retour à Milan, où il commence à travailler pour l'éditeur de tout à l'heure sur une collection sur les sciences occultes. Théories incompréhensibles sur la cabale juive, les mêmes que tout à l'heure, de nouvelles sociétés secrètes dont je ne connais rien.

Ce qu'il faut retenir de tout ça, c'est que, à force de voir passer toutes ces théories du complot, Casaubon, Iacopo Belbo et un autre ami décident de toutes les réunir en un seul Plan, un Plan maître de domination du monde, THE seul et unique Plan, qu'il feront boire à tous ces illuminés du complot pour se moquer d'eux. C'est là que les ennuis commencent.

En fait, c'est la prédominance des théories du complot qui rend ce livre pénible: impossible de suivre tous ces délires, j'enchaînais les paragraphes et les chapitres sans en retenir la moindre idée.

Bon, en revanche, je dois quand même préciser que ce livre a un certain attrait.

Tout d'abord parce que Umberto Eco a une maîtrise de la langue assez incroyable, ce qui rend ses textes très obtus mais assez jouissifs pour quelqu'un qui s'intéresse un tant soit peu au langage. Ensuite, parce qu'il a un humour incisif qui m'a vraiment fait rire. J'aurais dû noter quelques exemples, mais j'aurais dû proposer une traduction et je suis certaine que Jean-Noël Schifano l'a fait bien mieux que moi (heuh sérieux on peut survivre à la traduction d'un bouquin d'Eco??? Non parce que moi je me serais pendue... :D).

Ensuite, parce qu'on comprend assez vite que ce livre ne parle pas de la théorie du complot, mais de la folie de ceux qui croient à la théorie du complot, et que leurs élucubrations sont dépeintes avec leur lot d'erreurs de raisonnement et en mettant bien en évidence que quand on VEUT trouver un lien entre deux évènements historiques, on en trouve un sans difficultés. Dommage qu'on doive suivre des centaines de pages de ces élucubrations pour être sûrs de bien comprendre que celui qui parle est en plein délire!

Enfin, je voudrais signaler l'apparition éclair d'un culte secret auquel je crois fermement, le culte de l'horreur qui hante les océans du globe et qui justifie mon refus catégorique de mettre les pieds dans l'eau. À la fin du livre, le temps d'une réplique, quelqu'un invoque Cthulhu. ^^

jeudi 18 octobre 2012

Où en est la nuit (2011)

Un livre gagné à la dernière Matinale de la Société française des traducteurs, un sympathique rendez-vous mensuel pendant lequel des traducteurs viennent prendre le petit-déjeuner et écouter quelqu'un parler, par exemple de la parfumerie, du CV des indépendants ou de la traduction anglaise du Petit Prince.

En Île-de-France, la SFT propose aux participants de s'inscrire à l'avance pour pouvoir organiser le petit-déjeuner dans le café qui nous accueille, et un tirage au sort a lieu pour "récompenser" ceux qui sont inscrits. En jeu: un livre dans lequel apparaît un traducteur ou un interprète. C'est donc mon nom qui est sorti à la dernière Matinale. :)

Jean Hatzfeld est un écrivain français né à Madagascar. Je ne le connaissais pas du tout avant de prendre ce livre en main, même si je crois avoir entendu parler d'un de ses livres précédents, Une Saison de machettes

Où en est la nuit raconte le périple d'un journaliste français, Frédéric, qui rencontre dans un camp militaire somalien un champion de marathon, Ayanleh Makeda. Frédéric a assisté à sa victoire aux JO de Pékin et a vaguement entendu parler d'une histoire de dopage le concernant. Étonné de le retrouver en pleine zone de guerre en Somalie, il décide de remonter dans son passé, en rencontrant des personnes qui l'ont connu plus jeune et ont assisté à son ascension dans le monde du marathon. Son enquête le mènera à Paris et jusqu'en République tchèque.



Comme beaucoup de livres de littérature contemporaine (un "genre" que j'ai abordé très récemment), ce bouquin n'a pas forcément de morale ou de portée révolutionnaire. Mais je l'ai lu avec grand plaisir, car Jean Hatzfeld maîtrise bien sa plume, et j'ai été beaucoup touchée par le personnage d'Anyaleh, un garçon gentil qui se retrouve en quelque sorte écrasé par le système du sport de haut niveau. J'ai également beaucoup aimé Annah, son ostéopathe. D'ailleurs, tous les personnages sont attachants et sympathiques et il n'y a pas vraiment de figure négative (même si les journalistes occidentaux, friands de scandales, ne font pas très bonne figure!); et il y a effectivement une traductrice qui se promène dans les pages. :)

Une virée sur le continent africain qui m'incite à me tourner vers d'autres livres de l'auteur.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
Un article de L'Express avec quelques mots de l'auteur
Une chronique bien plus complète que la mienne sur le blog Le journal d'un lecteur

Jean Hatzfled, Où en est la nuit
Éditions Gallimard (17,15€) ou Folio (6,5€)
224 ou 256 pages

jeudi 20 septembre 2012

Différences culturelles France/Irlande

Le grand choc culturel de mes vacances a été le suivant:

En Irlande, le Philadelphia n'est pas au chocolat Milka mais au chocolat Cadburry.


Je n'ai pas tellement aimé le Philadelphia au Milka --je pense qu'il vaut nettement mieux tartiner une tranche de pain de Philadelphia et y poser des carrés de chocolat--, mais je me devais d'en acheter une barquette au Cadburry pour établir une comparaison. Je vous tiendrai informés du gagnant.

L'autre comparaison intéressante, c'est que la grande majorité des station-service affichent les prix de l'essence en centimes. Le litre n'est donc pas à 1,699 euros, mais à 169,9 centimes. Fascinant, isn't it? Malheureusement, j'ai oublié de prendre les prix en photo et vous devrez me croire sur parole...

lundi 17 septembre 2012

Ivanhoé (1819)

Pendant mes vacances, j'ai relu Ivanhoé de Walter Scott.


J'aime beaucoup ce roman de chevalerie, même si l'intrigue est relativement invraisemblable (comme toujours chez les Romantiques?) et que les dialogues sont un peu pénibles à lire en VO, car tous les personnages parlent en thou et en art au lieu qu'en you et en are (d'ailleurs, si quelqu'un l'a lu en français, je serai curieuse de savoir comment le/la traducteur/trice a rendu ce côté désuet!). Les nombreuses aventures et les personnages vraiment inoubliables (Wamba!! le Chevalier Noir!! et surtout Rebecca!!) compensent largement ces petits bémol et c'est vraiment un bon moment de lecture.

En revanche, je voulais parler ici d'un point bien particulier, qui m'intéresse beaucoup dans ce roman: environ un tiers du livre aborde ou repose sur l'opposition entre Saxons et Normands, du point de vue social ou linguistique.

L'intrigue se passe en 1194, soit un peu plus d'un siècle après que Guillaume le Conquérant ait conquis l'Angleterre en 1066. Les Normands ont occupé tous les postes de pouvoir. Les nobles anglo-saxons, vaincus, sont désormais les vassaux des Normands. Les Normands parlent "français" (entendre: le français parlé à l'époque en Normandie), les autres parlent le old English (qui n'a franchement rien à voir avec l'anglais actuel), une langue germanique. À la longue, le mélange de ces deux langues donnera le middle English, qui évoluera à son tour jusqu'à donner l'anglais moderne.

L'exemple le plus connu de la coexistence de ces deux langues, comme le souligne le fou Wamba dans les premières pages, et comme votre dévouée blogueuse l'avait appris dans son cours d'Histoire de la langue anglaise, est l'existence de deux mots pour désigner un certain animal (tant qu'il est vivant) puis la viande qui en est tirée (une fois qu'il est mort): ainsi, le cochon est un swine, mais sa viande est du pork; et le bœuf est un ox jusqu'à ce qu'il devienne du beef. Tout simplement parce que les Saxons élevaient les animaux, mais les Normands riches les mangeaient.

Exemple de l'opposition sociale entre Saxons et Normands dans le récit: Cédric le Saxon est brouillé avec son fils Ivanhoé, entre autres, parce que celui-ci a décidé de partir aux Croisades à la suite du roi Richard Cœur de Lion (un Plantagenêt et le fils d'Aliénor d'Aquitaine). Or, les Croisades, c'est un truc de chevalier normand, et, aux yeux de Cédric, il n'y a aucune raison pour qu'un jeune noble saxon y participe...

Il semblerait que Walter Scott a forcé le trait et que les tensions étaient largement apaisées à cette époque, mais je trouve néanmoins cet aspect linguistico-politique très intéressant. Il est amusant de penser que les conquérants normands de l'Angleterre se sont tellement bien "fondus dans la masse" que plus personne ne se souvient de cet élément quand on pense à l'identité anglaise actuelle. En revanche, c'est à la même époque que l'Angleterre (enfin, les nobles Normands vivant en Angleterre) a commencé à envahir l'Irlande, et là-bas le "mélange" entre conquérants et vaincus n'a jamais eu lieu, la société étant restée très nettement découpée entre Irlandais parlant le gaélique et occupants anglais.

Voilà, vous savez tout de mes indispensables pensées de linguiste sur le sujet. :)