vendredi 14 juin 2019

Serpentine (2004)

Quand j'ai lu Nous qui n'existons pas il y a quelques mois, j'ai décidé de poursuivre ma découverte de Mélanie Fazi, autrice française intéressante et renommée. J'ai donc acheté Serpentine, un recueil de nouvelles qui m'a fait de l’œil aux Rencontres de l'imaginaire de Sèvres.


En deux mots: c'était bien. Tout tient dans l'ambiance dans ces textes, et c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup et qui fait tout le sel du fantastique à mon avis. Mélanie Fazi écrit bien, sobrement, élégamment mais sans en faire trop. Mon seul regret: pas de frisson dans ces pages, on est plutôt dans l'étrange que dans le surnaturel ou l'effrayant...

Je note ici quelques mots sur chaque nouvelle pour ne pas oublier. 😊

Serpentine (Grand prix de l'imaginaire, catégorie nouvelle, en 2004). Un salon de tatouage, une encre pas comme les autres.

Élégie. Un arbre, une femme, le souvenir de deux enfants.

Nous reprendre à la route. Une aire d'autoroute, des gens, une fille qui attend un bus. Un de mes textes préférés du recueil.

Rêves de cendre. Une fille et des flammes. J'ai moins aimé.

Matilda. Un concert, une chanteuse. J'ai moins aimé. Je trouve difficile de transmettre le rythme et les émotions d'une chanson qui n'existe pas...

Mémoire des herbes aromatiques. Un restaurant grec, un homme qui commande, une femme qui prend la commande. Un de mes textes préférés.

Petit théâtre de rame. Le métro à Paris. Un de mes textes préférés.

Le faiseur de pluie. Une maison en Italie, deux enfants, une météo pluvieuse. J'ai beaucoup aimé même si j'aurais préféré avoir un peu peur. J'ai eu envie de rentrer en Italie.

Le passeur. Un homme, le souvenir d'une femme, un fleuve qui coule. J'ai moins aimé. 

Ghost Town Blues. Ville fantôme, Ouest américain. Pas un de mes textes préférés mais j'ai beaucoup aimé le décor.   

Allez donc voir ailleurs si cette serpentine y est!

dimanche 9 juin 2019

Firmin: Adventures of a Metropolitan Lowlife (2006)

Chronique express!


Firmin de Sam Savage m'a été conseillé par Endea il y a pas loin de trois ans, à un moment où j'avais lu plusieurs histoires de rats d'affilée (ici, ici et ici). C'est l'histoire d'un rat né dans une bouquinerie de Boston pendant les années soixante et capable de lire parce qu'il s'est nourri (littéralement) de livres dès sa plus tendre enfance. Sa vie consiste donc à lire les ouvrages en rayon quand la librairie ferme et à observer les clients et le libraire. Pendant ce temps, le quartier est à l'agonie, la mairie ayant décidé de le raser pour faire place à de nouveaux bâtiments. La ville a tourné la page, en quelque sorte.

Je m'attendais à une lecture légère et plaisante avec un protagoniste mignon. Mais il n'en a pas vraiment été ainsi; j'ai plutôt trouvé ce roman triste. Dès le premier chapitre, Firmin raconte son histoire avec détachement et ironie, voire cynisme: sa mère alcoolique (oui, une rate alcoolique!), ses frères et sœurs qui l'empêchaient de téter, la solitude de n'être ni un rat normal ni un humain, sa passion pour Fred Astaire, auquel il ne ressemblera jamais. Viendront ensuite une expérience terrible avec le libraire qu'il considère comme un ami, puis une cohabitation avec un vieil écrivain de science-fiction marginal dans ce vieil immeuble vétuste qui est promis à la démolition. La passion de la lecture et de la littérature est là et certains passages sur la bouquinerie sont adorables, touchants ou croustillants, mais je retiendrai surtout de ce livre beaucoup de tristesse et une fin à pleurer. Et une citation qui me bouleverse parce que je m'y reconnais terriblement:
"If you are hungry enough, you will eat anything. Just the act of chewing and swallowing something, even if it does not nourish the body, nourishes your dreams. And dreams of food are just like other dreams – you can live on them till you die."
Allez donc voir ailleurs si ce rat y est!

mardi 4 juin 2019

La gamelle de mai 2019

Peu d'activité culturelle en ce mois de mai... Le temps passe à une vitesse folle et il est difficile d'en faire quelque chose!

Sur petit écran

John Wick de David Leitch et Chad Stahelski (2014)


À l'occasion de la sortie de John Wick 3, il était temps de revoir le 1 et de voir enfin le 2 (dont je vous parlerai dans la prochaine gamelle). Ce premier film est une vraie réussite. Il y a une ambiance et une manière de filmer qui vont bien au-delà du simple film de baston. La mise en scène est soignée, les décors judicieusement choisis, parfois superbes (les coups de feu dans la boîte de nuit 😍). La musique colle parfaitement bien et certains passages relèvent quasiment du clip musical ("Killing Strangers" de Marilyn Manson 😍). Le monde de la mafia est à peine ébauché mais on comprend tout. Et bien sûr ce qui fait tout l'intérêt de ce film, c'est John Wick, un Keanu Reeves taciturne et redoutable qui tue à tour de bras: une balle dans le torse pour éliminer la menace, une balle dans la tête pour tuer. Un tueur qui saigne, qui souffre quand on le frappe ou qu'il prend des balles, qui porte un gilet pare-balles et qui recharge régulièrement ses armes. Le tout en costume (impeccable au début, moins au fur et à mesure des coups). Quelle classe, ce film. Les seules critiques qu'on peut lui faire c'est qu'il y a deux-trois petits faux-raccords (mais des détails) et puis le fait que les femmes soient les grandes absentes, même si la tueuse Perkins est la personne qui donnera le plus de fil à retordre à notre héros. Ah et puis le russe douteux des personnages, je ne peux pas juger comme pour l'italien dans Green Book mais en général je reconnais plus que deux mots quand j'entends du russe. 😜

Sur grand écran

Hellboy de Neil Marshall (2019)


Ahahahahahahah. J'ai adoré. Milla Jovovich est toutefois sous-exploitée. Je ne recommande pas vraiment. (Mais j'ai vraiment adoré, hein.)

Avengers: Endgame d'Anthony et Joe Russo (2019)

Merci. C'était sympa le plan nanas pour savoir qu'elles sont là, vu que les trois quarts d'entre elles ne sont visibles qu'à ce moment-là. Sinon merci pour le cheval mais j'aurais apprécié de le voir, lui aussi, pas juste une tache blanche...

Il y a beaucoup à dire sur le dernier opus de la saga Avengers. En positif, je retiens surtout le bon équilibre entre les nombreux personnages, la présence de passages très calmes, presque réfléchis, et la volonté de clôturer des tas de choses avec de beaux retours en arrière. En négatif, ma déception face à la bataille de fin (trop sombre, trop floue, trop mal faite pour un budget pareil, avec d'un coup bien trop de personnages qui foutent en l'air le bel équilibre qu'on avait jusque là puisque la moitié d'entre eux sont tout juste montrés), le personnage de Thor qui sert de clown, la sous-exploitation de Captain Marvel qui est le personnage le plus puissant du lot. Bref pour l'instant ça ne change pas, mes films préférés de l'année restant Aquaman et Mortal Engines, qui m'ont fait rêver. 😍

Et le reste


J'ai lu le tout premier numéro de Bifrost, qui m'a été offert au Salon du Livre de Paris en mars dernier. Un vrai voyage dans le temps. Il est intéressant de noter que la maquette de la revue n'a pas vraiment changé en 23 ans, tandis que des progrès considérables ont été réalisés niveau relecture: autant Bifrost me semble actuellement irréprochable de ce point de vue, autant les fautes piquaient les yeux ici! 😂 Deux nouvelles m'ont plu (La visite de M. Futur d'Alain Le Bussy et Le fruit de nos entrailles de Raymond Milési) et j'ai lu avec grand intérêt les chroniques des sorties de l'époque.

Et c'est tout! Pas de série ce mois-ci, pas de bande dessinée et même pas de Cheval Magazine, le numéro de juin étant arrivé dans ma boîte aux lettres le 31 mai, ce qui me laissait bien peu de temps pour le lire en mai. Comme toujours, j'espère faire mieux le mois prochain. 😉

jeudi 30 mai 2019

Les 1001 vies des livres (2014)

Chronique express!


Les 1001 vies des livres d'Éric Dussert et Éric Walbecq est un recueil d'anecdotes et d'informations diverses sur les livres. Par exemple, le chapitre 2, intitulé "Le livre extrême", recense les livres les plus anciens, les plus petits ou les plus gros; le chapitre 11, intitulé "Peut-on lire les livres imaginaires?", parle de livres inventés en littérature (dont le Nécronomicon de notre ami Lovecraft). Je l'ai lu car je l'ai trouvé dans l'entrée de mon immeuble, sur le comptoir des gardiens, qui sert d'étagère de partage de livres.

Bon. La plupart des informations étaient intéressantes, mais j'ai tout oublié aussitôt. Il y avait énormément de références que je ne connaissais pas et qui ne m'ont pas parlé, et puis tout simplement une masse de données trop importante pour vraiment la digérer et l'intégrer à son bagage culturel. J'ai apprécié sur le coup, mais je n'en ai rien tiré. Dommage. C'est peut-être un livre à picorer aux toilettes plutôt qu'à lire d'une traite, en fait.

samedi 25 mai 2019

The Martian (2011)

Chronique express!


Après un accident, Mark Watney se retrouve seul sur Mars, abandonné par ses coéquipiers qui l'ont cru mort. Il n'a aucun espoir de secours et ne peut pas communiquer avec la Terre. Déterminé à survivre le plus longtemps possible, il mobilise toutes ses connaissances en ingénierie et en botanique pour exploiter au mieux les maigres ressources dont il dispose, comme les douze pommes de terre qui vont lui permettre de lancer l'agriculture martienne. 😂

Il y a quelques années, j'ai vu l'adaptation cinématographique de Ridley Scott de ce roman, que j'ai trouvée très sympathique, et j'ai donc sauté sur l'occasion de le lire quand il a fait son apparition dans l'entrée de mon immeuble – en anglais en plus, ce qui est rarissime. Le film me semble très fidèle car j'ai retrouvé tous les souvenirs que j'en avais dans ma lecture. Avec son ton humoristique, son découpage rapide et ses références pop culturelles, The Martian est un livre d'une efficacité redoutable. Dès la première page, j'ai su que j'étais ferrée. En cela, il m'a rappelé The Da Vinci Code, véritable machine de guerre du roman américain contemporain. Alors, certes, je suis passée à côté d'une partie du roman, d'une part parce que le contenu est réellement technique et d'autre part parce que je ne possède pas tout le vocabulaire anglais nécessaire, mais ça n'a pas grande importance; le véritable intérêt est dans la progression des travaux de Mark, qui bricole tout ce qu'il peut, réussit à reprendre contact avec la NASA et lutte contre une planète qui, à défaut d'être hostile au sens propre du terme, ne fait rien pour l'aider. 😂

S'il faut trouver un défaut à ce livre, toutefois, c'est justement qu'il est trop efficace: le processus pour faire monter l'intérêt est trop visible, tant dans le découpage que dans les changements de points de vue, sans parler de répliques et de phrases destinées à meubler entre deux informations plus importantes (j'aurais dû compter le nombre de fois où un personnage était au bout du rouleau ou se frottait les yeux à cause du manque de sommeil, par exemple). En bref, c'est ce qu'on appelle un roman de plage, quelque chose de facile à lire et sans prétention littéraire; mais un roman de plage qui se passe sur Mars, ça vaut le détour!

Allez donc voir ailleurs si ce Martien y est!

lundi 20 mai 2019

Histoires d'amour de l'histoire de France n°10. Au temps de l'Aiglon (1980)

Chronique express!


Plus d'un an est passé depuis que j'ai découvert Guy Breton en lisant Drôles d'histoires de l'histoire de France, un recueil de courtes chroniques sur des sujets amusant ou étonnants de l'histoire. Ce volume-ci est du même genre, mais il n'aborde qu'un seul sujet: l'amour (au sens large: les sentiments, le sexe, les infidélités conjugales et les intrigues d'oreiller). Hasard de la récupération, j'ai lu le tome 10, qui parle du Second Empire, de la Commune et de la IIIe République, exactement la période de Zola. 😉

C'était chouette. Guy Breton était (est encore?) un bon vulgarisateur. On suit très aisément les intrigues abordées. Ce volume parle surtout de Napoléon III, qui a multiplié les maîtresses, et c'est une super occasion de réviser l'histoire du Second Empire, notamment les relations avec l'Italie grâce à la Castiglione (haha! J'ai tellement pensé à Clorinde dans Son Excellence Eugène Rougon!! 😃), la campagne du Mexique (liée à un penchant de l'impératrice Eugénie, c'est elle qui a convaincu Napoléon d'y participer) et la défaite de Sedan. Le dernier tiers m'a moins intéressée car je ne connais pas les figures politiques des années 1870-1880, à part Gambetta (et encore... J'aurais été bien incapable de le situer avec précision dans la deuxième moitié du XIXe...).

Le bémol: je vous avais dit que Drôles d'histoires de l'histoire de France avait quelque chose de franchouillard; là, l'auteur ne fait guère dans la finesse pour parler de tous ces ébats sexuels, et ce avec une certaine condescendance goguenarde pour les femmes. Je vous laisse avec un exemple qui pique particulièrement les yeux: "Les Communards étaient des hommes qui appréciaient les joies saines de l'existence et savaient mettre la main à la fesse d'une jolie Parisienne, entre deux fusillades." Purée, on se croirait chez San-Antonio, c'est horrible. 😂

mercredi 15 mai 2019

Como agua para chocolate (1989)

Como agua para chocolate de Laura Esquivel m'a été recommandé par une Mexicaine rencontrée à un mariage (un mariage entre une Allemande et un Français, d'ailleurs; c'était joliment international).


L'histoire est celle de Tita, une femme condamnée à une triste vie: comme elle est la benjamine de la famille, sa mère lui interdit de se marier et exige qu'elle prenne soin d'elle jusqu'à sa mort, conformément à la tradition familiale. Pourvu de rester près de Tita, Pedro, l'homme qui l'aime et qu'elle aime, épouse Rosaura, sœur deTita. Vous pouvez l'imaginer, la vie n'est pas facile dans le ranch mené d'une main de fer par la matriarche, qui surveille attentivement Pedro et Tita pour éviter le moindre écart. Tita, désespérée, fait la cuisine pour toute la famille et ses plats expriment mystérieusement ses émotions.

La particularité de ce livre est qu'il est découpé en douze chapitres correspondant aux douze mois de l'année et à douze recettes cruciales dans la vie de Tita. C'est très appétissant et ça se lit facilement (avec toutefois une grosse difficulté pour moi, à savoir le fait que le livre soit mexicain: non seulement je ne lis pas l'espagnol aussi bien que mes autres langues, mais en plus je ne connais pas du tout les vocabulaires spécifiques des nombreux pays hispanophones des Amériques!). Bon, tout ça ne casse pas forcément trois pattes à un canard, mais j'ai eu envie de savoir comment allait évoluer la vie de Tita. Il faut dire qu'il se passe des choses très bizarres quand elle fait la cuisine. Ainsi, un jour qu'elle serre contre sa poitrine un bouquet de roses offert par Pedro, les épines lui percent la peau et son sang tache les pétales; une fois utilisés dans une recette à la rose, ces pétales auront les effets aphrodisiaques les plus étranges sur les personnes les dégustant, à tel point que sa sœur Gertrudis, brûlante de désir, met le feu à la structure en bois qui sert de douche dans le ranch et s'enfuit, nue, dans la campagne, où elle copule avec le premier homme venu! 😂

Cet aspect surnaturel semble, d'après une ou deux chroniques lues sur le net, correspondre au réalisme magique sud-américain, que je ne connais absolument pas, mais qui m'était effectivement venu en tête quand j'ai compris que le récit de Laura Esquivel ne respectait pas les lois habituelles de notre monde. Il faut peut-être mieux le savoir avant de s'attaquer à ce livre; je connais pas mal de personnes que ce genre d'évènement "sortirait" totalement de la lecture.

Pour ma part, j'ai accepté les éléments surnaturels plutôt facilement, mais je n'ai pas non plus été "happée" par l'intrigue amoureuse et familiale à proprement parler, à savoir le fait que Pedro et Tita se tournent autour pendant des années, parfois avec une certaine bêtise qui ne me les a pas rendus sympathiques. Ce n'est donc pas une lecture qui me marquera longtemps, mais qui m'a assurément donné envie de faire la cuisine! On parle beaucoup d'oignons dans ce roman et l'odeur de l'oignon frit dans l'huile d'olive est pour moi une des plus formidables odeurs existant en cuisine et une des plus évocatrices de l'enfance...

Allez donc voir si ce chocolat y est!

vendredi 10 mai 2019

The Will and the Deed (1960)

Ellis Peters, de son vrai nom Edith Pargeter, était une auteure (autrice...) britannique de policiers surtout connue pour les enquêtes de Cadfael, un moine bénédictin du XIIe siècle, qui ont été adaptées en série télévisée avec Derek Jacobi dans le rôle-titre. Je vous ai parlé d'un de ses livres il y a deux ans ici. Au détour des trouvailles d'occasion, je suis tombée sur cette enquête contemporaine, qui n'a rien à voir avec Cadfael (même si la couverture peut s'avérer trompeuse avec ce côté "manuscrit"...).


Au retour de l'enterrement d'une célèbre cantatrice, un groupe de Britanniques se retrouve coincé dans un petit village de montagne autrichien, totalement coupé du monde en raison des fortes chutes de neige. Autant lire tout de suite le testament de la diva, sans attendre d'être de retour à Londres. Malheureusement, la lecture qu'en fait l'avocat n'est pas pour plaire à tout le monde: la fortune de la décédée n'ira pas à sa famille mais à son vieil ami Richard, avec lequel elle a chanté pendant des années. Bien sûr, ledit Richard est retrouvé mort quelques heures plus tard, ce qui nous laisse cinq suspects qui avaient à gagner gros, étant donné que la fortune leur reviendrait si Richard mourait sans laisser, à son tour, de testament.

Bref, vous l'aurez compris, ce roman est un whodunnit, un genre que j'adore. Donc, j'étais ferrée. Malgré des conditions de lecture défavorables dues au manque de temps, j'ai apprécié, comme toujours, de recueillir les indices et de peser le pour et le contre pour savoir qui, de l'assistante, la nièce odieuse, le neveu réservé, le docteur aux nerfs d'acier ou l'agent de longue date avait décidé d'empoisonner le pauvre Richard, un vieux monsieur écrasé de chagrin, pourvu de mettre la main sur quelques dizaines de milliers de livres. Je n'ai pas vu venir certaines choses, notamment un pari extrêmement risqué de Susan, l'assistante, et j'ai plutôt bien marché, dans le sens que j'ai cru sans me poser aucune question à quelque chose que l'assassin a voulu me faire croire. J'ai aussi apprécié la touche émotionnelle et humaine qui caractérisait les réflexions de Susan et Laurence (le neveu) et qui les a rendus très crédibles et réels.

Toutefois, j'ai failli identifier l'assassin très vite à cause d'un indice gigantesque, tellement gigantesque que j'ai cru qu'il s'agissait d'une fausse piste (d'où le fait que j'ai failli l'identifier). Mais non, pas de fausse piste, c'était bien lui. J'ai fait exactement le même reproche à The Confession of Brother Haluin et je me demande si c'est une faiblesse d'Ellis Peters, du coup. Un autre critique concerne l'énormité scénaristique qui permet aux personnages de débarquer dans le patelin de montagne où a lieu le meurtre: ils ont un accident d'avion. Et sans le moindre blessé, en plus. 😀

Ces réserves ne m'empêcheront pas de relire la dame au fur et à mesure de mes trouvailles d'occasion, d'autant plus que je trouve que ces poches usés par le temps vont très bien avec l'atmosphère du roman policier britannique...

dimanche 5 mai 2019

La gamelle d'avril 2019

Après un mois de mars très calme, j'ai retrouvé un peu de normalité en avril. Ouf. 😁

Sur petit écran

Mortal Engines de Christian Rivers (2018)


Ce deuxième visionnage a confirmé tout le bien que j'ai pensé de ce film lorsque je l'ai vu au cinéma en janvier. C'est tout à fait le genre d'aventure que j'apprécie et je trouve l'univers enthousiasmant.

Sur grand écran

Captain Marvel d'Anna Boden et de Ryan Fleck (2019)


Les super-héros Marvel envahissent les années quatre-vingt-dix avec une guerrière Kree qui essaye de découvrir son passé, qui est visiblement lié à la Terre mais dont elle ne garde aucun souvenir. Un film sympa, efficace, drôle, bien rythmé et tout à fait à mon goût concernant le personnage féminin, dans le sens que, globalement, le fait que ce soit une femme n'a pas grande importance et ne donne pas lieu à la sexualisation outrancière qui caractérisait, par exemple, la première apparition de la Veuve noire dans... Je ne sais plus... Iron Man 2? En bref, une réussite, même si ce n'est pas forcément le plus ambitieux des Marvel: on s'est habitués à voir des combats aux proportions plus gigantesques dans les Avengers et un super-héros seul, ça fait tranquille à côté. 😅

Green Book de Peter Farelly (2018)


Un beau film sur la ségrégation dans le sud des États-Unis pendant les années soixante. C'est le premier "petit film" que je vois depuis des mois (pas un blockbuster, j'entends) et c'était fort agréable. Viggo Mortensen joue très bien, comme d'habitude, et Mahershala Ali est irrésistible avec son élégance et sa retenue. Je ne connaissais pas cet acteur, mais j'ai complètement flashé! La fin est un peu trop positive et familiale pour mes goûts, mais rien de grave.
Bon, par contre, c'est bien beau de faire un film pour montrer que la situation des noirs était injuste, mais ça serait bien de ne pas véhiculer par ce même film des tas d'inepties et de clichés sur les Américains d'origine italienne. Parce que là c'était assez flagrant que les Italiens sont des pauvres beaufs: ignorance sociale et linguistique, attitude j'men foutiste, omniprésence de la mafia, violence, gesticulations des mains au moindre mot... Ajoutez à ça un "italien" incompréhensible ne ressemblant à RIEN, avec à peine un quart des mots reconnaissable... Est-ce ce que ça aurait vraiment crevé le budget de recruter des acteurs parlant un minimum italien ou d'apprendre de véritables phrases, avec le coaching d'un professeur d'italien, aux acteurs ne parlant pas cette langue? 😡

Le chant du loup d'Antonin Baudry (2019)


Un film français haletant et réussi. Faire monter la pression avec un film reposant en bonne partie sur un gars qui tend l'oreille pour identifier les sons dans un casque pour orienter un sous-marin, il fallait y penser. Tout ça m'a semblé très soigné et réaliste et m'a rappelé ma modeste expérience du ministère de la Défense, il y a fort longtemps. C'est un film militaire très éloigné de l'image que le cinéma donne généralement des opérations militaires; il y a une lenteur, une rigueur et une technicité presque frustrantes ici, un aspect renforcé par l'étroitesse du sous-marin. On assiste aussi à un processus de prise de décision difficile qui ne laisse pas indifférent...

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 2 - 2019


J'avais beaucoup aimé la première saison sortie l'année dernière et j'ai suivi cette deuxième saison avec encore plus d'enthousiasme - et ce alors même que ça parlait de voyage dans le temps, un thème que je déteste! J'apprécie énormément le ton à la fois amusant et optimiste de la série, mais qui ne manque pas non plus de sérieux et de réflexion, ni d'émotion dans certains cas (bon, un peu trop à la fin, l'avant-dernier épisode fait décidément trop dans le pathos). En outre, cette saison a mis en scène des personnages de la série Star Trek d'origine, ce qui était franchement formidable, et m'a donné envie de la revoir. (Mais où trouver le temps de tout faire, comme d'habitude?) J'ai hâte de voir où la saison 3 va nous emmener! Pour en savoir plus, je vous invite à lire l'avis plus détaillé de Lorhkan.

Star Trek - saison 1 - 1966


Discovery oblige, j'ai regardé l'épisode en deux parties The Menagerie, qui était centré sur le capitaine Pike. J'aime beaucoup cet épisode parce qu'il parle de notre perception de la réalité et du bonheur. Quand je l'ai vu pour la première fois, il y a des années, j'aurais donné à peu près n'importe quoi pour avoir la possibilité de fuir dans une fausse réalité. Maintenant, je ne suis pas si sûre de mon choix. Et j'apprécie que l'épisode se termine justement de manière assez fine, sans jugement et avec compassion: ce choix, c'est à chacun de le faire.
En plus, cet épisode est sympa parce qu'on voit Spock aller très loin pour faire ce qui lui semble juste (il pirate quand même l'Enterprise!) et qu'on voit la solide amitié qui le lie à Kirk. Au début du premier épisode, on voit aussi McCoy, personnage que j'aime beaucoup.
Comme à chaque fois que je regarde un épisode de la série d'origine, j'ai été choquée non pas tant par les effets visuels vétustes mais par le côté dépassé de la manière de filmer et de jouer, cette extrême lenteur dans les réactions des personnages, avec ces longs plans sur des visages accompagnés d'une musique très "maniérée". J'adore!

Et le reste


En plus de mon Cheval Magazine habituel, j'ai lu trois magazines: un hors-série d'Esprit Yoga sur les salutations (juillet-août 2016), un hors-série de Science & Vie sur le temps, la matière et l'espace (septembre 2012) et le dernier Translittérature, le magazine de l'Association des traducteurs littéraires de France (printemps 2019), une lecture riche et passionnante.

J'espère que les croquettes de cette gamelle mensuelle vous ont plu!
Merci de m'avoir lue et rendez-vous le mois prochain!

mardi 30 avril 2019

Nana (1880)

Ma redécouverte des Rougon-Macquart, la grande saga d'Émile Zola, continue en compagnie de Tigger Lilly. Après une parenthèse de calme relatif avec Une page d'amour, retour dans la crasse avec Nana, roman qui met en scène la protagoniste du même nom, la fille de Gervaise, dont je vous ai déjà touché deux mots dans mon billet sur L'Assommoir.


L'intrigue
Le triomphe de Nana au théâtre dans le rôle de Vénus lui ouvre toutes les portes. Son sex appeal est tel que les hommes sont à ses pieds: acteurs, banquiers, nobles, tout le monde est prêt à payer, et généreusement, pour profiter de ses charmes. Elle attire notamment dans ses filets le comte Muffat, un noble très respectueux de la religion et très peu actif sexuellement jusque-là.

Les dessous du théâtre.. euh pardon, du bordel!
Le roman plonge dans les coulisses du théâtre où officie Nana. Bien sûr, Zola décrit avec soin les locaux et les machines, mais c'est surtout le trafic sexuel qui l'intéresse. Ici, actrice est synonyme de prostituée. Le directeur le dit lui-même: quand on lui dit "Votre théâtre", il répond "Dites mon bordel!" Les hommes viennent attendre les actrices avec lesquelles ils ont rendez-vous, la concierge fait passer des billets et l'entremetteuse vient arranger des rendez-vous avec des messieurs à l'extérieur. Nana chante faux, mais qu'importe! Elle pose presque nue sur scène et cela suffit.

Les dessous de la bonne société
En complément du monde du théâtre, Zola nous invite dans un salon de la bonne société, mais ce n'est que pour mieux revenir à la prostitution: même dans un salon très comme il faut, les hommes ne parlent que de sexe et ont tous rendez-vous chez Nana! Quant au fait de tromper sa femme, c'est plus que monnaie courante, c'est tout à fait normal.

La prostitution de haut vol
Après le théâtre, Nana fait un détour par la campagne, puis s'installe dans un luxueux hôtel situé près du parc Monceau: elle n'a plus besoin de jouer sur scène mais est devenue une femme entretenue grâce au comte Muffat, qui est prêt à la recouvrir d'or pourvu de coucher avec elle. Zola fait de Nana le vice qui symbolise et ruine le Second Empire, le délire des sens et le gaspillage ultime, des millions dépensés en pierreries et en robes par une société complètement pourrie (vérolée, même). (Je songe à l'Occident qui dépense des millions en iPhones et en voitures sans se soucier du lendemain...)

Entre hommes et femmes, on ne sait qui domine
Les relations hommes-femmes tournent essentiellement autour du sexe. (À ce stade, vous avez dû comprendre que ce roman ne parle que de sexe.) Cela donne lieu à un rapport de force complexe: l'homme domine par son argent, certes, mais la femme domine par le désir qu'elle inspire. Avec le comte Muffat, Nana est présentée comme toute-puissante; elle en fait ce qu'elle veut et va jusqu'à lui dicter ses relations avec sa femme et le mariage de sa fille, puis à lui imposer des jeux dégradants. Muffat est littéralement sa chose. Zola nous dit aussi qu'elle "croque" les hommes et qu'elle les dépouille de leur argent d'un coup de mâchoires. Elle sème la dévastation sur son passage. Mais Nana est aussi la victime de Fontan, un acteur avec lequel elle vit quelque temps malgré les violences et les problèmes d'argent.
En fait, Zola semble croire que les relations amoureuses et sexuelles passent forcément par la domination, il n'y a aucun couple "normal" dans ce roman, forcément une relation de force dans laquelle l'un des deux domine l'autre. La relation la plus "équilibrée" psychiquement semble encore celle des Mignon, le mari vendant tranquillement les charmes de sa femme au plus offrant... Mais sans qu'ils ne se déchirent l'un l'autre!
L'homosexualité ne change rien à l'affaire; après un début de relation plutôt sain, Nana plie sous le joug de son amie et maîtresse Satin, exactement comme les hommes plient sous le sien.

Sexe tarifé, sexe-corvée et homosexualité
Zola parle de la prostitution sans aucun filtre. Dans le deuxième chapitre, qui se passe chez Nana, on voit celle-ci rouspéter parce qu'elle doit sortir de chez elle pour rejoindre un homme. Elle dit que "c'est barbant". Quand elle couche avec Muffat, Zola dit clairement que c'est "sans plaisir". À d'autres moments, par contre, Nana couche gratuitement, par exemple avec Georges, qu'elle trouve tellement mignon, ou par habitude, sur un coup de tête, comme quand elle ramène des inconnus dans son luxueux hôtel particulier. Elle a aussi une relation homosexuelle avec une autre prostituée, Satin, qui sera peut-être la personne la moins vache parmi ses nombreuses aventures.

Une Nana détraquée
Les Rougon-Macquart ne seraient pas les Rougon-Macquart sans une bonne dose de folie, la "fêlure" héréditaire. Nana est assez détraquée et volage dans ses amours mais aussi et surtout dans son caractère: elle passe du rire aux larmes sans explications, se passionne soudain pour quelque chose avant de le délaisser, est tyrannique et imprévisible. Lors de sa relation catastrophique avec Fontan, elle rappelle sa mère Gervaise, expoitée et détruite par son amant Lantier dans L'Assommoir, mais elle est surtout le reflet de Renée dans La Curée, en passant du côté de la "mauvaise vie" plutôt que de la bonne société: comme Renée, Nana s'ennuie à mourir, couche pour s'occuper, est trimballée par les autres, ne prend pas de décisions sur certains points et flambe l'argent sans s'en rendre compte...

Pas étonnant que Nana ait tant choqué à l'époque, hein? Pourtant, L'Assommoir me semble bien plus puissant que Nana, dans le sens qu'il va plus loin dans la noirceur de l'esprit humain. Nana montre la pourriture de la bonne société et ne met en scène que des personnages négatifs, mais il m'a moins révoltée que l'histoire de la pauvre Gervaise...

Allez donc voir ailleurs si cette Nana y est!
L'avis de Tigger Lilly

samedi 27 avril 2019

8!!

Une année de plus s'est écoulée depuis l'ouverture de ce blog le 27 avril 2011 – une date qui me semble à la fois reléguée dans la préhistoire et si proche, dans le sens que beaucoup de choses ont changé mais que j'ai du mal à croire que cela fait déjà huit ans!

Petit "hommage" à mon chat d'amour qui me manque.

Comme je le dis tout le temps, le fait de bloguer sur mes lectures m'a énormément apporté: plus de clarté dans mon ressenti, plus de discernement dans ce que je recherche, plus de pistes de lecture (un peu trop, même, vu combien les copains blogueurs me donnent envie de lire toujours plus 😂). Mon temps de loisirs n'étant pas extensible, et donc mon temps de lecture et de blogging non plus, je suis souvent frustrée et, depuis cet hiver, j'espace un peu plus mes publications, le rythme que j'avais adopté depuis un an et demi étant devenu difficile à tenir en une période professionnelle très chargée. Mais je continue mon bonhomme de chemin et c'est cool.

Merci du fond du cœur à vous qui passez par ici avec vos gentils mots et vos remarques, vous m'apportez tellement! 💖

mercredi 24 avril 2019

Bonjour tristesse (1954)

J'entends parler de Françoise Sagan depuis longtemps par une amie qui l'apprécie beaucoup (elle en parle par exemple ici et ici). Il y a quelques années, elle m'a prêté Aimez-vous Brahms, dont quelques passages m'ont marquée mais dont j'ai largement oublié l'histoire. Avec Bonjour tristesse, j'ai découvert le roman qui a révélé et lancé Sagan, alors âgée de 18 ans.


Après son baccalauréat, qu'elle a raté, la jeune Cécile passe l'été dans une ville au bord de la Méditerranée en compagnie de son père, qu'elle ne connait réellement que depuis sa sortie de pension deux ans plus tôt, et la maîtresse de celui-ci, Elsa. Les journées sont consacrées à la paresse et au plaisir. Cécile flirte avec un voisin un peu plus âgé qu'elle, Cyril. C'est une période sans nuage, jusqu'à ce que son père invite Anne, une amie qui mène une vie bien différente de la leur: élégante, intellectuelle, Anne est bien plus mesurée dans son mode de vie et beaucoup moins "frivole". Pour Cécile, c'est le risque de voir sa belle insouciance s'évaporer.

"Je courus vers la mer, m'y enfonçai en gémissant sur les vacances que nous aurions pu avoir, que nous n'aurions pas. Nous avions tous les éléments d'un drame: un séducteur, une demi-mondaine et une femme de tête."

Commençons par quelques réserves. Je n'ai pas été tout à fait enchantée par le style de Sagan. J'ai trouvé quelques phrases lourdes ou sans queue ni tête, comme si la narratrice passait du coq à l'âne ou terminait son paragraphe par une réflexion n'ayant aucun lié avec les phrases précédentes. Par ailleurs, le roman est aussi assez fortement ancré dans son époque, avec une répartition des rôles homme-femme assez conservatrice (la narratrice va même jusqu'à dire qu'elle "s'en remet" à son amant pour ne pas tomber enceinte et que celui-ci trouve cela naturel...).

Au-delà de ces réserves, toutefois, c'est un petit livre très intéressant et  fin. Les relations humaines en général et amoureuses en particulier sont analysées avec une justesse remarquable. L'insouciance et la légèreté de la narratrice et de son père, l'amour d'Elsa, la découverte du plaisir charnel de la narratrice (plaisir charnel indépendant de l'amour au sens sentimental), la retenue presque glaciale d'Anne, l'inquiétude de la narratrice face à la fin de la vie de fête qu'elle a menée jusque-là, tout est criant de vérité et d'une grande lucidité. Et donc plutôt triste: quand on va jusqu'au bout des motivations de l'être humain, on ne trouve que rarement de jolies choses.

À l'époque, je crois que Bonjour tristesse a pas mal choqué, vu que Sagan parlait de sexualité féminine sans filtre (pas qu'il y ait des scènes érotiques, mais la narratrice parle de son plaisir sans s'en cacher). Cet aspect n'est plus aussi choquant aujourd'hui; comme me l'a dit mon amie, "ça n'empêche plus personne de dormir", mais c'est intéressant de voir ça. Ça m'a rappelé qu'il faudrait décidément que je lise L'Amant de Duras, un jour.

Pour ma part, j'y ai aussi trouvé une certaine vision de la jeunesse, une sorte de rêve d'insouciance dont on sait qu'il est impossible, comme le dit la narratrice dans la citation que j'ai mise plus haut, sur ces vacances qui auraient pu être. Tout est dans le "aurait pu". On ressent une nostalgie de quelque chose de non-existant. Je pense que j'aurais adoré lire Sagan quand j'étais au lycée, il y a quelque chose d'un peu torturé dedans, de jeunesse brûlée, qui m'aurait parlé. Une certaine nostalgie des années cinquante aussi, d'un monde où on ne parlait pas de terrorisme et de chômage, où l'Occident semblait profiter de la vie sans se poser trop de questions, le conflit mondial déjà oublié (et la guerre froide? Quand on lit ou regarde des œuvres de l'époque, c'est souvent comme si elle n'existait pas) (tout comme, un jour, les gens croiront en regardant les comédies romantiques des années 2000 et 2010 que l'Occident n'avait pas peur du terrorisme à cette période, je sais, je sais). Ce roman m'a aussi rappelé Le Mépris de Moravia, un livre qui parle également d'une relation amoureuse complexe sur un ton tristement lucide et fataliste, à la même époque et dans un contexte tout aussi ensoleillé si ma mémoire est bonne. (Je n'ai pas chroniqué Le Mépris, mais je vous ai parlé de Moravia ici et ici.)

En bref: une belle découverte, même si ce n'était pas non plus la lecture la plus marquante de l'année. Je recommande de lire Sagan au moins une fois pour connaître une des principales femmes de lettres du XXe siècle français. En plus, Bonjour tristesse est un livre court, un atout pour les plannings de lecture chargés! 😃

vendredi 19 avril 2019

La femme au carnet rouge (2014)

Il y a plusieurs années, j'ai lu Le chapeau de Mitterrand pour le comité de lecture de ma médiathèque (vous pouvez lire mon avis ici) et j'ai apprécié cette lecture légère et amusante. Du coup, je n'ai pas hésité à relire Antoine Laurain quand un autre de ses livres, La femme au carnet rouge, a croisé mon chemin.


La femme du titre est Laure. Un homme lui a volé son sac alors qu'elle rentrait chez elle après une soirée. Sans clés, sans téléphone et sans argent, elle ne peut que demander à l'hôtel voisin de son appartement de lui laisser une chambre en attendant qu'elle puisse faire les démarches nécessaires le lendemain. Malheureusement, elle tombe dans le coma pendant la nuit à cause d'une blessure à la tête, reçue quand elle a essayé de retenir son sac pendant le vol.

Le lendemain, Laurent, un libraire parisien, retrouve le sac abandonné sur une poubelle. N'ayant aucun moyen d'identifier sa propriétaire (il n'y a pas de papiers ou de nom à l'intérieur), il essaye de comprendre de qui il s'agit à partir du contenu du sac: un parfum, un roman de Patrick Modiano dédicacé par l'auteur, un porte-clés, des photos et un carnet rouge (celui qui donne son titre au roman).

Je suppose que vous l'aurez compris, on tourne autour d'une histoire d'amour un peu particulière. Laurent est plus ou moins tombé amoureux d'une femme qu'il ne connaît pas, Laure ne sait même pas que Laurent existe. Ce n'est pas, de base, mon genre de lecture, mais j'ai apprécié. Je suis rentrée dedans avec une facilité déconcertante par un jour de grillage de neurones exceptionnel où même Zola, qui est pourtant mon auteur fétiche, me tombait des mains. Tout est ancré dans le monde réel, ce qui rend l'identification très simple.

Je reprocherai à l'auteur quelques remarques bateaux sur les relations hommes-femmes (avec en outre quelque chose de vraiment flippant quand Laurent entre dans l'appartement de Laure, quelque chose de près du stalking dont je n'ai pas su quoi penser), mais sinon ça se lit avec une certaine tendresse pour ces personnages sympathiques et un peu seuls. Le fait que les dialogues ne soient pas matérialisés par des retours à la ligne est un peu surprenant mais me semble rendre les enchaînements encore plus vivants, comme dans une vraie conversation.

En bref: une lecture plaisante, certes pas inoubliable, mais plaisante. Si vous aimez Patrick Modiano, lisez ce livre, le monsieur fait une apparition. ^^

dimanche 14 avril 2019

Les BD du premier trimestre 2019

Ma lecture de bandes dessinées ayant "explosé" depuis que mon copain est libraire, j'ai décidé de parler de bandes dessinées dans un billet dédié, une fois par trimestre a priori, au lieu de les citer dans mon récapitulatif mensuel. Retour sur les lectures de ce début d'année.

(Je précise que je mets "explosé" entre guillemets parce que bon, quatre BD en trois mois, c'est pas beaucoup. Mais avant c'était quatre en un an, vous comprenez. 😉)

Crapule 2 de Jean-Luc Deglin (2018)


J'adore les strips de ce "petit chat noir, tout maigre, avec des yeux globuleux" et de sa maîtresse. C'est drôle et tendre; c'est le quotidien d'une fille qui vit seule avec son chat et je m'y retrouve beaucoup. Le dessin en noir et bleu rend très bien dans sa simplicité même. Je vous ai touché deux mots du premier tome ici. Je lirai la suite s'il y a un troisième tome.
Éditeur: Dupuis.

Mimo. Sur la trace des dinos (2011) et Mimo II. Les dinos des antipodes (2016) de Mazan, Dethan, Allain et Ournepiche


Deux adorables bandes dessinées sur Mimo, un ornithomimosaure du sud de la France. C'est mignon tout plein et très documenté; en effet, l'histoire n'occupe que la moitié du volume, le reste étant dédié à des explications sur les dinosaures, des présentations d'espèces ou de spécialistes, la descriptions de fouilles... C'est très intéressant pour un adulte et certainement irrésistible pour un enfant. J'aurais adoré lire ça quand j'étais petite.
Éditeur: Eidola.

Les dinosaures en bande dessinée 5 de Plumeri et Bloz (2019)


J'ai lu avec grand plaisir le dernier-né de la série des Dinosaures en bande dessinée, dont je vous ai déjà touché deux mots ici et ici. C'est drôle, c'est bien documenté, c'est joliment dessiné. Je suis décidément très fan. À noter: Trix, la tyrannosaure qui a été exposée au Muséum d'histoire naturelle, fait deux apparitions ici. 😊
Éditeur: Bamboo.

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu (2019)
 

Un chat, un chien, un hamster et une perruche se confient à un jeune homme, que l'on pourrait presque prendre pour un psychologue pour animaux, tout en préparant un petit baluchon. Le dessin est très beau, simple et sobre, avec des formes rondes et douces (à l'image de la couverture). Je ne peux pas vous en dire plus car l'intrigue tient en peu de mots. Sachez seulement que j'ai lu cette bande dessinée en quelques minutes tellement elle est courte et que j'ai pleuré bien plus longtemps. Ça m'a tout simplement déchiré le cœur. C'est une petite pépite d'humanité et un très beau texte qui parlera à n'importe quelle personne ayant un minimum d'amour pour les animaux. Je recommande très, très chaudement... en prévoyant quelques mouchoirs, donc.
Cette bande dessinée est coréenne, mais je ne trouve le nom du traducteur ou de la traductrice ni dans le volume papier si sur le site de l'éditeur...
Éditeur: Sarbacane (la maison qui a publié Le dieu vagabond dont je vous ai parlé ici. Décidément une maison de qualité, donc).

Rendez-vous dans quelques mois pour la suite de mes lectures, qui ont commencé en avril avec une biographie de Lovecraft.

mardi 9 avril 2019

La gamelle de mars 2019

Le mois de mars 2019 aura été celui du néant: je ne suis pas du tout allée au cinéma. Je crois que ce n'était jamais arrivé, depuis plus de dix ans que j'ai la carte UGC Illimité. Comme d'habitude, on espère faire mieux le mois prochain... 😂

Sur petit écran

Mulan de Tony Bancroft et Barry Cook (1998)


J'avais extrêmement hâte de revoir ce dessin animé que je crois n'avoir vu qu'une seule fois auparavant. (J'avais treize ans lors de sa sortie et je pense que je m'étais détournée des Disney; je ne suis même pas sûre de l'avoir vu au cinéma.) C'était très bien. On est en effet bien loin des personnages féminins tels que Blanche-Neige et Aurore et c'est plutôt chouette. Le film est drôle et a un beau souffle avec un danger qui dépasse largement l'héroïne; c'est le sort de la Chine tout entière qui est en jeu.

La Reine des neiges de Chris Buck et Jennifer Lee (2013)


Retour sur l'immense succès Disney qui a envahi l'esprit des cinéphiles et des parents du monde entier. Je trouve que c'est une belle réussite! Histoire intéressante avec un twist imprévisible (j'ai bien regardé, il n'y a AUCUN indice avant une certaine scène sur un canapé), parcours d'une jeune femme aux prises avec un pouvoir qui la dépasse, valorisation de l'amour non-amoureux, humour, personnages secondaires croustillants. Une seule chose me déplaît dans ce film: la multitude de chansons qui, à l'exception de Let it gooooooo Let it gooooo, me semblent fades et forcées, comme celles de Raiponce et de Gothel dans Raiponce. Mais sinon j'adore. Il va sans dire que je veux un renne et que j'adoooooore Olaf. J'ai chanté. ^^

Avec ces deux films, j'ai fini la vague de Disney que j'ai dû regarder pour mon travail. L'excursion était vraiment formidable et je suis ravie de devoir faire ce genre de "recherches" professionnelles. 😄

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 2 (2019)
En cours...

Et le reste


Côté magazines et revues, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel ainsi qu'un vieux numéro de Bifrost, le n°80 d'octobre 2015, dont le dossier était consacré à Stephen King. Les quatre nouvelles proposées (deux de King, une de Ken Liu et une d'Alyssa Wong) ne m'ont pas trop emballée; celle de Ken Liu était toutefois assez triste. Le dossier, par contre, était enthousiasmant et m'a donné une envie folle de recommencer à lire Stephen King. Cet écrivain est aussi fascinant que cultivé. À noter, un article très complet et positif sur La Tour sombre. 😍

Quant aux bandes dessinées, je vous en parle dans quelques jours dans un billet dédié.

jeudi 4 avril 2019

Bienvenue à Sturkeyville / Bob Leman en VO

Dans le cadre du financement participatif de Bienvenue à Sturkeyville, un recueil de nouvelles de Bob Leman, les éditions Scylla ont offert aux blogueurs et aux journalistes la possibilité de lire l'auteur en VO. Après un peu d'hésitation, j'ai décidé de demander le fichier proposé pour découvrir, moi aussi, cet écrivain dont je n'avais jamais entendu parler. 😕 Le fait que Xavier Vernet, le librairie de Scylla, l'ait découvert assez récemment me rassure un peu sur ce point: apparemment, Bob Leman n'est vraiment pas connu.


Par manque de temps (je me suis réveillée un peu tard!), je n'ai lu que les six nouvelles qui sont actuellement traduites par Nathalie Serval et qui formeront le recueil de Scylla, Bienvenue à Sturkeyville, mais je compte bien lire les autres, ou plutôt essayer de trouver une version papier des textes de l'auteur. Parce que c'était très enthousiasmant, tout ça. C'est la première fois que je demande un service presse et c'était chouette pour commencer.

Loob (1979)
Une belle nouvelle difficile à résumer. D'emblée, le narrateur nous annonce qu'il se trouve dans un monde qui n'est pas le sien et où il n'y a aucune trace de lui. Et il a identifié le coupable de sa présence: Loob
, une sorte d'idiot du village doté de capacités très particulières. Si la ville qu'ils habitent est pauvre et défavorisée, elle n'a pas toujours été ainsi; autrefois, c'était un de ces endroits où personne ne connaît la pauvreté et où tout le monde respecte tout le monde, ces endroits "bien comme il faut" "où il fait bon vivre"...
Un texte efficace, mystérieux, qui pose des personnages très vrais en peu de mots. Il s'en dégage une certaine tristesse et quelque chose d'étourdissant.

Feesters in the Lake (1980)
La légende veut qu'un certain lac soit infesté de feesters, de dangereuses créatures. Quand il était enfant, le narrateur adorait que son oncle Caleb, un conteur hors pair, lui raconte cette histoire. Une fois adulte, il reçoit des nouvelles inquiétantes concernant son oncle, qui semble difficilement se remettre d'une déception amoureuse et finit même par s'installer dans une vieille bâtisse au bord du lac en question, tandis que la ville de Sturkeyville est frappée par une vague de meurtres.
Un texte efficace et sobre qui rappelle forcément Lovecraft, notamment The Shadow over Innsmouth, mais d'une manière résolument différente. C'est difficile à expliquer, mais Bob Leman réussit à faire parler son narrateur comme une vraie personne; parfois, il change un peu de discours pour donner des informations sur quelque chose avant de revenir à son sujet principal; c'est très prenant et facile à lire, tout en ayant une belle puissance évocatrice. Et comme dans Loob, il y a aussi une certaine émotion, quelque chose de très triste.

The Pilgrimage of Clifford M (1984)
Une histoire de vampires (je ne divulgâche rien, on le sait dès le début) plutôt réussie et partant sur un parti pris que je n'ai jamais rencontré. Dans cet univers, non seulement les vampires existent, mais la chose est reconnue officiellement et ils sont même un sujet d'étude. Ce sont d'étranges créatures très semblables à l'être humain, mais avec une espérance de vie bien plus longue et des organes génitaux différents. On commence par quelques paragraphes sur la manière dont la mère vampire élève ses petits, puis on suit le parcours de Clifford M, un vampire qui sera élevé par les humains. C'était triste, encore une fois, et Anne Rice ne renierait pas la quête identitaire de ce personnage. 😉

Olida (1987)

Afin de ne pas divulgâcher l'histoire, je ne vous dirai pas à quel texte de Lovecraft ce texte m'a fait penser. Sachez seulement que c'était hautement lovecraftien, mais sur un ton totalement différent, comme je le disais ci-dessus: le narrateur de Bob Leman s'exprime "normalement", comme une personne quelconque, sans archaïsmes et sans le style presque grandiloquent de Lovecraft. Notre narrateur, cette fois, s'inquiète non pas pour son oncle mais pour son cousin, un vieux garçon d'une soixantaine d'années, qui annonce soudain son mariage avec une femme issue d'une famille très mal vue, une sorte de clan pauvre et dégénéré qui vit dans la montagne. Sa mère ne voyant pas une telle union d'un bon oeil, elle charge le narrateur de le faire changer d'avis, mais ce qu'il découvrira sur son cousin et sur les habitants de ce hameau en ruines ne sera pas facile à avaler.
Encore un texte efficace et sobre, très plaisant, mais j'ai regretté une certaine soudaineté dans les évènements de fin; il m'aurait fallu quelques phrases de plus, je pense, pour expliquer la soudaine action du cousin Dick et la disparition de certaines personnes. Je me suis un peu demandée "mais quand est-ce qu'il a décidé ça, lui? Quand est-ce qu'elle est sortie du décor, elle?" Mais c'est une critique mineure: cette nouvelle reste très bonne. Bob Leman maîtrisait bien son format.

Come Where My Love Lies Dreaming (1987)
Un texte très différent, sans narration à la première personne et sans action particulière. C'est l'histoire d'un veuf qui achète une maison dans laquelle il se sent bien, dans laquelle il se sent aimé, et où la souffrance liée à la mort de sa femme s'estompe enfin. Mais les choses ne sont pas forcément aussi simples ou positives. Bob Leman parle de la souffrance du deuil et d'une certaine obsession qui y est attachée et j'ai adoré. Bien que n'ayant pas ressenti d'émotion forte (je n'ai pas fondu en larmes, en d'autres termes), je me suis complètement retrouvée dans ce texte.

The Time of the Worm (1988)
De l'horreur, de la vraie. Pas de sang ou de boyaux ici mais une possession épouvantable et répugnante: depuis des années, le narrateur vit avec un ver gigantesque qui peut prendre forme humaine pendant la journée et qui contrôle ses moindres faits et gestes. C'est vraiment horrible, intolérable, d'imaginer une chose pareille. Et bien sûr, le lecteur étant encore plus méfiant que le protagoniste, il ne va pas se détendre autant que celui-ci en voyant certains signes positifs... Et à juste titre. L'horreur ne se termine jamais...

Vous l'aurez compris, je sors de cette lecture assez enthousiaste. La seule critique que je pourrais faire à ces textes, c'est qu'ils n'ont pas de style particulièrement élégant/baroque/décadent, quelque chose que j'associe étroitement au fantastique; mais est-ce bien une critique, en fait? Bob Leman a un style moderne, qui va droit au but, et qui fait passer des émotions par sa modernité même. En bref, il est plus proche de la rédaction d'un Stephen King que de celle d'un Lovecraft ou d'une Anne Rice. Et ce n'est pas un problème, c'est même plutôt intéressant, le décalage étant grand entre la manière de penser et de parler de ses narrateurs et les choses auxquelles ils sont confrontés, qui semblent tout droit sorties d'un autre âge. Décidément, les Appalaches, les montagnes de l'est des États-Unis, regorgent d'horreurs... 😈

Le financement participatif de Scylla est ouvert jusqu'à lundi, si je ne me trompe pas, et je ne peux que vous recommander d'y participer pour découvrir cet écrivain, d'autant plus qu'il est traduit par une traductrice plus que chevronnée!