dimanche 18 août 2019

The Sword in the Stone (1938)

Il y a quatre ans, j'ai acheté avec enthousiasme The Once and Future King de T. H. White, un gros pavé réunissant les quatre romans que cet auteur a consacrés au roi Arthur: The Sword in the Stone (1938), The Queen of Air and Darkness (1939), The Ill-Made Knight (1940) et The Candle in the Wind (1958) (écrits dans une petite police désagréable pour les yeux, je ne félicite pas Ace Fantasy...). Malheureusement, j'ai abandonné la lecture au bout de 170 pages sans même finir le premier roman. Cette année, j'ai voulu profiter du challenge Pavé de l'été de Brize pour m'attaquer de nouveau à ce cycle...

Vert, si tu cliques pour agrandir la photo tu peux lire l'avis de Le Guin. 😃

... Et ç'a été un nouvel échec. Enfin, cette fois-ci, j'ai au moins lu l'intégralité du premier roman, que je viens chroniquer ici par la présente. Mais la lecture a été suffisamment laborieuse et insatisfaisante pour que je renonce à lire la suite.

L'histoire: The Sword in the Stone raconte l'éducation du jeune Arthur, surnommé the Wart (la verrue...),  par Merlin. Les "cours" consistent à être transformé en toutes sortes d'animaux: un poisson, une fourmi, un oiseau, un blaireau. Arthur est censé tirer un enseignement de chacune de ces expériences animales. Merlin est un personnage très particulier puisqu'il vit le temps à l'envers (?) et connaît déjà le futur, mais de manière confuse, c'est-à-dire qu'il ne sait jamais trop si quelque chose s'est déjà produit ou va se produire. Il a aussi un hibou ou une chouette (owl en anglais) qui parle.

Si tout cela vous dit quelque chose, c'est parce que ce livre a été adapté par Disney en 1963 sous la forme du dessin animé Merlin l'enchanteur, qui en VO (et en italien, soit dit en passant) s'appelle The Sword in the Stone, comme le roman dont il est tiré. C'est précisément pour découvrir l’œuvre originale de ce film génialissime que j'ai voulu le lire.

Notre rêve à tous quand nous faisons nos valises pour partir en vacances. 💖

Le problème est que ce roman est raconté avec un humour très particulier que je ne comprends absolument pas (serait-ce le célèbre humour anglais?). Les répliques n'ont parfois ni queue ni tête, les personnages racontent n'importe quoi, il y a des tas de jeux de mots et de références difficiles à déchiffrer pour un non-anglophone... J'ai trouvé ça extrêmement difficile à suivre. En outre, l'intrigue m'a semblé sans queue ni tête non plus: Arthur devient successivement plusieurs animaux (mais je n'ai jamais compris quel enseignement il était censé en tirer, à part que la société des fourmis annihile l'individu et que les oies migratrices représentent la liberté) et participe à une quête en compagnie de son frère Kay, de Robin des bois et de Mariane pour sauver frère Tuck, enlevé par Morgane Le Fay. (Oui, Robin des Bois, oui. L'histoire se passe visiblement au XIIe siècle.) Le roi Pellinore pourchasse une créature magique avec son petit chien qui enroule sa laisse autour des arbres, mais de temps en temps la bête et lui se trompent et c'est la bête qui pourchasse le roi...

Un exemple de passage chaotique que j'ai eu du mal à lire (même si ici, je saisis un certain comique de quiproquo):
"Well, there has appeared a sort of sword in a stone, what, in a sort of a church. Not in the church, if you see what I mean, and not in the stone, but that sort of thing, what, like you might say."
"I don't know what the Church is coming to," said Sir Grummore.
"It's in an anvil," explained the King.
"The Church?"
"No, the sword."
"But I thought you said the sword was in the stone?"
"No," said King Pellinore. "The stone is outside the church."
"Look here, Pellinore," said Sir Ector. "You have a bit of a rest, old boy, and start again. Here, drink up this horn of mead and take it easy."
"The sword," said King Pellinore, "is stuck through an anvil which stands on a stone. It goes right through the anvil and into the stone. The anvil is stuck to the stone. The stone stands outside a church. Give me some more mead."
"I don't think that's much of a wonder," remarked Sir Grummore. "What I wonder at is that they should allow such things to happen. But you can't tell nowadays, what with all these Saxon agitators."
Bref. Si certains passages ne manquent pas de croustillant, comme quand Merlin fait référence à des évolutions techniques à venir, quand Archimède prend la parole, quand le narrateur parle de la météo du Moyen Âge qui avait l'amabilité d'être normale (avec juste ce qu'il fallait de soleil en été et de neige en hiver) ou quand le roi Pellinore vole au secours de la bête qu'il poursuit, qui dépérit d'ennui parce qu'il a temporairement arrêté de la pourchasser, j'ai décidé d'arrêter les dégâts au bout de 210 pages, sans lire les trois autres romans.

J'ai ainsi grillé une des mes deux seules chances de participer au challenge Pavé de l'été cette année, mais tant pis! Je ferai peut-être mieux l'été prochain...

Si vous avez lu ou entendu parler de ce livre ou de ce cycle, je suis très intéressée par vos retours! 😁

mercredi 14 août 2019

My Real Children (2014)

Il y a environ un an et demi, j'ai lu Among Others, un roman de Jo Walton encensé par les amis blogueurs et publié en France sous le titre Morwenna. Ayant adoré ce livre, j'ai décidé de poursuivre avec un autre roman encensé par la blogo: My Real Children.


L'histoire est celle de Patricia, une vieille dame en maison de retraite qui n'a plus les idées très claires puisqu'elle se souvient de deux vies différentes et reçoit tour à tour les visites de deux groupes d'enfants et de petits-enfants. Perplexe, elle se demande si elle a fait, un jour, un choix qui aurait pu modifier sa vie de manière radicale. La réponse est oui: en 1949, son fiancé l’a demandée en mariage. Dans une vie, elle a accepté; dans l’autre, elle a refusé.

Après quelques chapitres retraçant sa vie jusqu’en 1949 (le "tronc commun" des deux femmes, si je puis dire), le roman alterne entre un chapitre sur la femme qui a dit oui et un chapitre sur la femme qui a dit non. Deux vies on ne peut plus différentes. Dans l’une, Patricia se retrouve enlisée dans un mariage plus que décevant et une existence de mère au foyer peu satisfaisante; dans l’autre, elle devient une experte de l’Italie, notamment de Florence, et rencontre l’amour en la personne de Bee, une autre femme. Mais les choses ne sont quand même pas si simples et on n’a pas un destin malheureux contre un destin heureux; chaque vie a eu son lot de souffrance personnelle et familiale.

À travers la vie de Patricia, Jo Walton retrace aussi certains évènements de la deuxième moitié du XXe siècle, mais de manière revisitée puisque les évènements politiques de ces deux vies ne sont pas forcément ceux que nous avons connus. Par exemple, il y a une base sur la Lune et d’autres explosions nucléaires après celles de 1945 dans une des deux vies.

Dans l’ensemble, j’ai adoré ce roman ultra-humain et passionnant et je l’ai lu avec enthousiasme. C’est bien écrit, c’est plein de sentiments très réalistes, c’est la vie, la vraie, avec ses hauts et ses bas, ses petites choses qui donnent du sens aux autres. En plus, Jo Walton aborde des tas de thèmes importants : la tolérance, le rejet ou l’acceptation de l’homosexualité, la place de la femme, les relations familiales, le militantisme politique.

Je dois toutefois y ajouter deux petites réserves. Tout d’abord, le fait que j’aie parfois perdu le fil des relations familiales et amicales des deux Patricia: l’une a quatre enfants, l’autre trois, chacun desquels a à son tour un ou deux enfants, et je ne savais plus qui était qui et faisait quoi dans la vie. Ensuite, le fait que ces deux existences tournent justement beaucoup autour des enfants. Cela tombe sous le sens dans un livre intitulé Mes vrais enfants, hein, mais quand, comme moi, vous ne prévoyez toujours pas d’en avoir malgré votre trentaine bien entamée, vous vous demandez un peu si cela implique que vous avez tout raté. Dans ce livre, on vit pleinement son homosexualité et son polyamour, mais personne ne songe à ne pas devenir parent…

Ces deux critiques, toutefois, ne ternissent en rien ce beau roman qui parle avec une grande justesse de la vie et qui confirme que Jo Walton a quelque chose à dire à ses lecteurs. À lire sans hésitation.

Allez donc voir ailleurs si ces enfants y sont!

samedi 10 août 2019

Pauline (1838)

Les fidèles lecteurs et lectrices de ce blog savent que j'adore Alexandre Dumas père, le roi du roman historique. Un an après ma dernière lecture (l'excellent Collier de la reine), j'ai sauté avec enthousiasme sur ce court roman acheté d'occasion. Il s'agit du tout premier roman de Dumas, qui avait jusque-là écrit des nouvelles et des pièces de théâtre.


Pauline s'insère pleinement dans la tradition du roman gothique et dans le courant romantique. Voyez plutôt ce qu'on y trouve:
- une belle et jeune femme mystérieuse et attristée qui parcourt l'Europe,
- une nuit de tempête,
- une mer tumultueuse,
- des ruines éclairées par la lune,
- un souterrain sombre et humide,
- une héroïne victime d'un homme démoniaque,
- des passages secrets,
- un voyage en Écosse avec sa mention obligatoire de Walter Scott,
- des airs d'opéras romantiques,
- une tombe solitaire.

Pauline est absolument génial: comme tous les Dumas, il se lit tout seul, les mots coulent tout simplement de source; l'histoire, si elle ne présente pas de surprise majeure vu qu'on sait d'emblée que l'héroïne a trouvé la mort, est prenante; et l'atmosphère de cette Normandie mystérieuse est très réussie.

Il n'a pourtant pas grand-chose en commun avec les autres romans que j'ai lus de l'auteur. D'une part, il n'y a pas d'humour, un trait caractéristique de Dumas. Le ton est résolument tragique. D'autre part, ce n'est pas un roman historique: l'intrigue se passe à l'époque de la publication et, d'après le dossier de cette édition Folio Classique, l'auteur a dépeint le mal-être de la noblesse née après l'époque napoléonienne, alors que cette classe n'avait plus l'influence d'autrefois et errait en quelque sorte sans but dans une société riche et oisive.

Stylistiquement, la narration est beaucoup moins "enlevée" que d'habitude. Il y a un petit style Dumas dans la manière de rédiger et je ne l'ai pas retrouvé ici. Mais ce n'est pas un problème; je le précise seulement pour éviter toute déconvenue. Il ne faut pas lire Pauline en s'attendant à retrouver Les Trois mousquetaires, mais plutôt en lorgnant du côté de Maupassant. 😊 Ce roman est d'ailleurs une bonne porte d'entrée dans le roman gothique, même s'il n'a pas tellement marqué le genre, et il est nettement plus digeste que Le Château d'Otrante de Walpole. (En relisant mon billet sur ce livre, je constate avec horreur que je n'ai toujours pas lu Ann Radcliffe, quatre ans plus tard... 😭)

Bref, Dumas c'est génial, lisons Dumas, d'autant plus qu'il a écrit tellement de livres, notamment grâce à ce bon Maquet qui les écrivait en grande partie à sa place, qu'on peut lire du Dumas à l'infini. 😂

mardi 6 août 2019

The Hollow (1946)

Chronique express!


Je le dis à chaque fois: les romans d'Agatha Christie sont une valeur sûre... Et cette enquête de Poirot n'a pas fait exception à la règle. Au menu: un week-end à la campagne, une maîtresse de maison qui plane totalement (du genre à détruire une bouilloire par semaine en l'oubliant sur le feu), une cousine pauvre amoureuse de son cousin riche, lui-même amoureux d'une autre cousine, elle-même amoureuse d'un homme marié, lui-même poursuivi par le souvenir de l'amour de jeunesse qu'il n'a pas épousé et irrité par son épouse qui ne comprend rien à rien... Et, pour pimenter un peu ce week-end qui risque de mal se passer vu les tensions entre invités, Hercule Poirot.

Hercule Poirot qui arrive juste à temps pour voir un homme blessé par balle mourir au bord de la piscine, le nom d'une femme sur les lèvres, juste devant une autre femme qui tient l'arme du crime à la main. Mais les choses sont-elles vraiment si claires? Une culpabilité si flagrante est-elle crédible? Et si ce n'était qu'une mise en scène? Et si les raffinés habitants de la belle demeure en savaient plus qu'ils ne le disent? Et si les masques de cette politesse mondaine et bien britannique cachaient des esprits plus complexes qu'il n'y paraît?

Une lecture addictive et passionnante avec cette mixture qui fait tout le sel d'Agatha Christie: un style simple et limpide mais plein de nuances et une intrigue qui repose sur des détails infimes. Pour vous donner une idée du grand écart que pouvait accomplir la dame, le premier chapitre m'a fait rire tandis que le deuxième m'a fait froid dans le dos – et on était seulement dans l'atelier d'une sculptrice, pas sur une scène de crime. Christie était décidément un génie...

vendredi 2 août 2019

La gamelle de juillet 2019

Juillet: l'été! Les vacances! J'ai enfin eu le temps de lire! Par contre, toujours peu de temps pour des films! 😂

Sur petit écran

La Princesse et la grenouille de Ron Clements et John Musker (2009)


Après un début prometteur (héroïne rappelant Belle dans sa volonté de vivre ses rêves, première fois qu'un dessin animé Disney se concentre sur des personnages noirs), j'ai été aussi déçue par ce film que lorsque je l'ai vu au cinéma lors de sa sortie. Je le trouve sans grand intérêt: chansons fades et oubliables, scénario simpliste, comique grotesque (surtout la scène avec les chasseurs de grenouille, c'est vraiment pour des enfants de moins de sept ans), histoire d'amour cousue de fil blanc, méchant sous-exploité (ce qui est dommage car Facilier est plutôt puissant. Les ombres qu'il commande, par contre, ont quelques scènes sympas). En outre, j'ai été agacée par le fait que le prince Naveen de Maldonia, dont le nom, la présentation et la langue maternelle rappelant vaguement l'italien me laissent penser qu'il est européen, soit noir. Genre l'héroïne est noire donc elle doit épouser un homme noir? Un couple mixte aurait été trop choquant? Grrr.

Hercule de Ron Clements et John Musker (1997)


Hercule est dessiné d'une façon que je continue de trouver repoussante, plus de vingt ans après sa sortie, mais est tellement drôle et entraînant que je l'aime quand même beaucoup. Hadès est vraiment un super méchant avec ses crises de rage perpétuelles. Par contre, le personnage de Megara, la séductrice hypocrite, pose quelques questions concernant les rapports hommes-femmes... Pas sûre que Disney sortirait un personnage féminin de ce type aujourd'hui!

Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre d'Alain Chabat (2002) 


Petit rafraîchissage de mémoire pour ce film que je n'ai vu qu'une fois, à l'époque de sa sortie, histoire de comprendre les nombreuses références de certains amis (par exemple, quelqu'un m'a récemment répondu "Force et robustesse" quand j'ai dit "Ave"). C'est très sympa, malgré un côté beauf français moyen dont j'ignore s'il est parfaitement assumé ou totalement insoupçonné tellement tout ceci est franco-français...

Sur grand écran

Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre (2019)


Ce film sur un détenu américain participant à un programme de vente de mustangs est, comme tous les films de chevaux, l'histoire d'une personne qui est au bout de sa vie et qui se pardonne et se remet en selle, métaphoriquement et littéralement, grâce aux chevaux. Il est impeccable dans sa réalisation et ses acteurs, tous très bons, et j'ai particulièrement aimé qu'on entende le souffle des chevaux, une des choses les plus apaisantes en leur présence. Il y a une vraie compréhension du calme du cheval, de cette "générosité" animale qui consiste à "tout donner" et à "être vraiment là" et qui explique que le simple contact avec un cheval soit libérateur ou révélateur quand on arrive avec des problèmes psychologiques plus ou moins lourds. Dans le monde étroit de la prison, la pratique de l'équitation, même surveillée, est une liberté incroyable et précieuse. On regrettera juste quelques poncifs et absurdités équestres: le cheval "indomptable", les hennissements récurrents, le fait d'enfermer dans une boîte un cheval particulièrement tonique alors qu'il y a des enclos juste à côté...

Parasite de Bong Joon Ho (2019)


Un Grand Film aussi drôle qu'effrayant que j'ai vu avec une jubilation considérable. C'est un croisement improbable entre Downton Abbey et Very Bad Things et je suis certaine qu'Hollywood en fera un remake, le potentiel comique étant ÉNORME si on décide d'aller seulement dans cette direction-là. Mais le film est bien plus d'une comédie puisqu'il est porté par une mise en scène impeccable et des acteurs très bons, sans oublier un fonds social triste et totalement désabusé. Une réussite sur toute la ligne.

Du côté des séries

Je profite des vacances pour regarder Love, Death + Robots. Mon avis le mois prochain.

Et le reste


J'ai lu le Rockyrama de ce printemps, que mon homme m'a offert en pensant qu'il s'agissait d'un numéro consacré à Kubrick. En fait, il y avait en effet un dossier Kubrick, mais il ne représentait qu'une petite partie du magazine. Les autres articles sont consacrés à d'autres films ou personnalités du cinéma. Je découvrais Rockyrama avec ce numéro et je ne le relirai pas: c'est beaucoup trop pointu pour moi, avec des tas de références cinématographiques que je ne connais pas, et j'ai trouvé que les journalistes se prenaient terriblement au sérieux. (Et malgré ma lecture, je suis incapable de vous dire ce qu'il reste de Kubrick, ce que je trouve quand même emmerdant au vu de la couverture. 😂)

Bel été à vous, chers lecteurs!

lundi 29 juillet 2019

Pirates et corsaires (2004)

Chronique express!


Mon homme aimant bien les pirates, je lui offre régulièrement des livres sur le sujet, puis je les lis dans la foulée (ici, ici et ici). Ce petit volume d'Olivier et de Patrick Poivre d'Arvor, que j'ai trouvé dans le camion-bouquinerie de Pornic l'été dernier, relate la vie de nombreuses figures de la piraterie et de la course, mais surtout de cette dernière profession: Barberousse (en réalité deux frères corsaires), Jean Jansz, Jean Bart, Duguay-Trouin, Robert Surcouf et d'autres...

La lecture était intéressante de par son contenu, d'autant plus que la course était directement liée aux guerres, ce qui permet de replonger un peu dans les tensions internationales des XVIe et XVIIe siècles (mais pas que). Malheureusement, ce livre m'est tombé des mains tellement il est rédigé de manière ampoulée et lourdement lyrique, dans un style d'un nombrilisme époustouflant – on sent que les auteurs sont très fiers de rédiger comme ils le font... Par exemple en basculant l'ordre des propositions d'une phrase: "L'enfant est terrorisé. Jeune mousse qui fait ses armes sur La Serpente, avec ses vingt-quatre canons, une frégate française, face à un ennemi plus puissant, un vaisseau hollandais." Je ne vois pas l'intérêt de séparer "une frégate française" de "La Serpente" et au bout de la vingtième fois ça m'a gavée... Bref, je passerai mon chemin si je croise de nouveau un de leurs livres... 😕

mercredi 24 juillet 2019

Pot-Bouille (1882)

Pot-Bouille est le dixième tome des Rougon-Macquart. Tigger Lilly et moi en sommes donc à la moitié de notre relecture! 😀


L'intrigue
Le jeune et ambitieux Octave Mouret débarque à Paris, bien décidé à faire fortune en séduisant autant de femmes qu'il le faudra. Il s'installe au troisième étage d'un immeuble bourgeois de bonne réputation et commence tout de suite à évaluer les forces féminines en présence afin de repérer ses proies potentielles. Zola va ainsi nous faire entrer dans tous les appartements et révéler une réalité pas très nette...

"Faites ce que je dis, pas ce que je fais"
Pot-Bouille peut se résumer par ces quelques mots. Tout le roman montre le décalage entre les propos vertueux et même fortement moralisateurs des bourgeois de l'immeuble et la réalité de leurs actions: avarice, méchanceté et surtout adultère permanent. Tout le monde ou presque couche à droite et à gauche et tout le monde fait semblant de rien. C'est assez hallucinant. Il y a des codes bien en place pour évaluer ce qui est acceptable ou non et tant que tout le monde fait semblant de ne rien voir, il n'y a aucun problème.

Le cloaque de Downton Abbey
Pot-Bouille peut évoquer Downton Abbey parce qu'il met en scène les bourgeois, qui occupent la partie visible et officielle de l'immeuble, et leurs domestiques, qui se défoulent à la fenêtre des cuisines et vivent dans les chambres de bonne du dernier étage. Mais on ne trouvera ici aucune complicité et sympathie entre les deux classes. Les bourgeois détestent, méprisent, exploitent, critiquent, insultent et violent leurs domestiques, tandis que les domestiques volent et critiquent leurs maîtres. C'est une guerre larvée permanente.

Le viol
Une partie importante des coucheries de Pot-Bouille sont en réalité des viols, plus précisément cette forme de viol dans lequel la femme ne se défend pas vraiment parce que c'est comme ça que les choses vont. C'est le cas de Marie Pichon, qui reste sans défense devant Octave quand il lui saute dessus parce qu'elle n'a aucune forme de caractère et ne connaît/comprend rien au sexe malgré son mariage et une première grossesse, et d'Adèle – même si je n'ai pas suivi qui a couché avec cette pauvre bonne tellement ignorante qu'elle est la victime des domestiques, pas juste des maîtres.
C'est horrible, cette manière dont les hommes ont tous les droits en matière de sexe, et ça reste d'une actualité déconcertante.

De manière plus générale, la place de la femme
Au-delà du viol, ce roman interroge toute l'éducation des femmes de la bourgeoisie: leur enfance surprotégée, leur éducation inexistante, leur passivité extrême dans la vie. Zola estime que l'adultère est la conséquence de cette éducation, qui en fait des sottes, il n'y a pas d'autre mot, ou des hystériques au sens attribué au mot à l'époque, à savoir des personnes ayant des troubles mentaux. Il est vrai que quand on voit la jeune Berthe Josserand traînée par sa mère de salon en salon et jetée à la figure de tous les jeunes hommes susceptibles de l'épouser, on comprend que le mariage ne puisse pas bien se passer. La seule qui s'en sort bien est Mme Hédouin, la propriétaire du Bonheur des Dames, une femme raisonnable, c'est-à-dire douée de raison: travailleuse, prudente, modérée en tout, elle ne perd jamais la tête et aime le travail bien fait. C'est le genre de personne que j'aimerais être et elle met en relief les vertus du travail et tout simplement de la modération (pas au sens de "je me fais discrète" mais de "je ne fais pas n'importe quoi").

Le manteau pudique de la religion
Toute cette population bourgeoise fait bien entendu des professions de foi régulières et profite de l'abbé Mauduit pour se donner un vernis de respectabilité. L'abbé, un religieux mondain, sourit avec élégance et fait semblant de rien, mais on verra qu'il est ravagé par les doutes et est horrifié par les horreurs qu'il voit au quotidien.

Les bons sur le bas-côté, comme d'habitude
Les figures de personnes honnêtes sont rares dans ce livre: il y a Mme Hédouin dont j'ai déjà parlé, Marie Pichon, qui reste une bonne âme dans sa passivité, et le pauvre M. Josserand, qui finira écrasé de chagrin face à toutes les horreurs qui se trament dans sa propre famille...

Une caricature mordante
Pot-Bouille force un peu le trait avec cet immeuble rempli d'horreurs; c'est un réquisitoire contre la bourgeoisie et sa façade moralisatrice et Zola n'y va pas de main-morte. C'est souvent drôle et mordant, mais dans l'ensemble extrêmement déprimant. Je gardais d'ailleurs un souvenir épouvanté de l'accouchement d'Adèle, qui m'a moins terrifiée cette fois-ci mais encore plus attristée (et ce n'est rien par rapport à ce qui nous attend dans La Joie de vivre). Ce ne sera pas mon Zola préféré car je préfère les romans aux descriptions longues, portés par une sorte de souffle littéraire qui m'a manqué ici, mais c'est un roman parfaitement d'actualité, plus de 135 ans après sa publication...

Allez donc voir ailleurs si cette bourgeoisie y est!
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de la Petite marchande de prose

vendredi 19 juillet 2019

Lady Windermere's Fan (1892)

Chronique express!


Le jour de ses 21 ans, Lady Windermere, honnête représentante de la bonne société victorienne, apprend que son mari entretient des rapports suspicieux avec Mrs Erlynne, une femme à la réputation scandaleuse. Touchée au cœur, elle risque de claquer la porte pour fuir avec un autre... Dans cette nuit pleine de quiproquos et de secrets, son éventail jouera bien sûr un rôle majeur.

Lady Windermere's Fan est une pièce de théâtre d'Oscar Wilde satirique et délicieuse sur l'institution du mariage, les relations sociales et les notions de bien et de mal. On n'éclate pas de rire mais on a le soutire aux lèvres tout du long tellement les répliques des personnages sont amusantes. C'est d'ailleurs de cette pièce que sont tirées deux citations extrêmement célèbres de Wilde: "I can resist anything except tentation" et "We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars." Mais la pièce ne manque pas non plus de fond, puisqu'on parle d'amour et de sacrifice de soi et que, si les choses semblent noires ou blanches au début, elles s'avèrent en définitive très grises. Une pépite qui a en plus le mérite de se lire extrêmement vite. 😉 J'avais déjà adoré The Importance of Being Earnest et cette pièce me confirme que Wilde était aussi doué pour le théâtre que pour la nouvelle. Si j'avais plus de temps, je relirais bien The Happy Prince et The Portrait of Dorian Gray...

dimanche 14 juillet 2019

The Last Guardian (1989)

Il y a deux ans, j'ai lu le premier roman de David Gemmell sur John Shannow, un pistolero solitaire arpentant un monde post-apo la Bible à la main dans l'espoir d'arriver à Jérusalem. C'était Wolf in Shadow, un livre que j'ai apprécié mais dont je n'ai gardé pratiquement aucun souvenir, à part qu'il y avait le Titanic à la fin. Relire ma chronique m'a un peu rafraîchi la mémoire, mais j'ai quand même eu du mal à recoller les éléments quand j'ai commencé la suite, dont je vous parle aujourd'hui...


The Last Guardian nous permet de retrouver John Shannow, qui continue d'arpenter un monde post-apo la Bible à la main en 2341, mais nous emmène aussi à Ad, l'une des villes du royaume de l'Atlantide, en 9364 avant notre ère. Là, un prêtre ayant assisté à la destruction de l'Atlantide dans une vision tente de mettre le peuple en garde contre le roi, qui sera responsable du cataclysme. Le souverain n'appréciant guère la critique, le prêtre prend la fuite à l'aide d'une Pierre de Pouvoir qui, au lieu de l'envoyer dans une autre ville du royaume, le propulse à peu près au même endroit mais 11 700 ans plus tard...

Vous l'aurez compris, le prêtre de l'Atlantide atterrit dans le monde de Shannow, où rôdent aussi de dangereux soldats reptiles travaillant pour le mauvais roi, et son destin et celui de Shannow vont bien sûr converger. Leur aventure les mènera dans les ruines d'Ad, où se trouve la Croix de Dieu, une arme formidable et mystérieuse. D'autres personnages entrent bien sûr en scène: des bandits sans foi ni loi, une générale que le roi aime particulièrement fouetter, une scientifique détentrice des dernières connaissances de notre monde, une femme à la recherche d'un endroit tranquille où recommencer sa vie avec ses deux enfants, un pasteur convaincu d'avoir raison, etc. etc.

Le contexte est riche: voyage dans le temps et influence du passé sur le futur mais aussi du futur sur le passé, modifications génétiques (de nombreuses personnes se transforment en animaux à partir d'un certain âge), irresponsabilité de la construction des armes nucléaires, reprise du mythe de l'Atlantide de manière (relativement) rationnelle, ambiance western très sympathique.

Ma lecture m'a néanmoins frustrée parce que tout est trop simple et que Gemmell se répète à l'infini, ce qui devient quand même pénible quand on lit une quantité relativement importante de ses livres. C'est assez difficile à expliquer mais les gens vont et viennent à l'infini d'un feu de camp ou d'une pièce à une autre, échangent quelques phrases et s'en vont... Il y a toujours quelqu'un pour parler de la volonté d'un dieu ou des dieux en général et de la manière de mener sa vie, d'entrer dans la légende ou pas... Des tas de personnages ont un nom juste pour leur donner un semblant d'apparence avant de les tuer... Et il y a toujours des hommes-animaux vivant plus ou moins mal leur condition...

En bref: malgré des éléments super intéressants et un héros indéniablement charismatique, j'ai un peu l'impression d'avoir juste lu un Gemmell de plus, un récit relativement simple que j'aurai vite oublié. Je vais donc enchaîner assez rapidement avec le troisième et dernier roman sur John Shannow afin de ne pas perdre totalement le fil.

mardi 9 juillet 2019

Les BD du deuxième trimestre 2019

Retour sur les bandes dessinées lues ces derniers mois...

Howard P. Lovecraft. Celui qui écrivait dans les ténèbres de Nikolavitch, Gervasio, Aón et Lee (2018)


Une biographie d’Howard Phillips Lovecraft allant de 1925, époque à laquelle il vivait sans joie à New York, à sa mort en 1937. L’occasion de retracer les principales influences littéraires de l'écrivain, ses rencontres importantes et son incroyable correspondance. C'est autant adapté pour découvrir l'auteur si on ne le connaît pas que pour se rafraîchir la mémoire si on le connaît bien (avec ma cervelle de moineau, j'ai bien sûr oublié à peu près tout ce que j'ai lu dans le Bifrost qui lui était consacré et dans le livre de Lin Carter que j'ai lu l'année dernière). Le dessin est efficace et mélange adroitement faits réels et imaginaire.
Éditeur: 21g.

Croquettes story de Regnauld et Isadora (2017)


Une histoire de chats avec des dessins rigolos? J'ai acheté sans hésiter. Mais quelle déception. Cette bande dessinée est une métaphore non voilée de l'Occident qui refuse d'accueillir les migrants. Deux chats d'appartement voient débarquer une meute de chats des rues. Le matou s'attache à eux et partage tout avec eux. La matoune refuse de se séparer de ses croquettes et délimite soigneusement son territoire autour de son panier pour qu'on n'envahisse pas son espace vital. C'était tellement binaire que le truc m'est tombé des mains. En plus, j'étais du côté de la matoune, qui est clairement montrée comme un horrible personnage égoïste, ce qui n'est jamais très flatteur. 😂
Éditeur: Éditions du Long Bac

Broie la vie en rose (2007) et Une rose à l'amer (2008) de Maliki (Maliki, tomes 1 et 2)


J'ai récupéré ces deux bandes dessinées suite au déménagement d'une amie. C'est rose, c'est kawaï, c'est drôle et il y a des chats: c'est donc une réussite. C'est triste aussi, parfois, comme dans le strip Working Girl. Une belle découverte qui m'a donné envie de lire la suite des aventures de cette jeune fille aussi naïve que cynique.