jeudi 17 octobre 2019

The Legend of Sleepy Hollow and Other Tales (1819-1820)

Nous connaissons tous le film Sleepy Hollow de Tim Burton. J'avais 14 ans quand il est sorti et il a largement façonné mes goûts et mon imaginaire. Enthousiaste, j'ai aussitôt lu la nouvelle de Washington Irving qui l'a inspiré, La Légende du Val dormant, mais j'ai été assez déçue, le texte et le film n'ayant pas grand-chose en commun. Je voulais toutefois la relire en anglais depuis de nombreuses années et je suis enfin passée à l'action, trois ans après avoir acheté cette jolie édition économique de Collins.



Pour la petite histoire, ce recueil devrait plutôt s'appeler The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent. Je suppose que Collins a voulu capitaliser sur la célébrité de Sleepy Hollow. 😉

Le recueil contient 34 textes, principalement de courtes descriptions de la vie en Angleterre, et forme une sorte de carnet de voyage. Il y a aussi quelques nouvelles. Par manque de temps, d'énergie et (soyons honnêtes) de choses à dire sur certains d'entre eux, je ne vais pas les chroniquer un par un.

Dans la préface, Washington Irving remercie Walter Scott, qui a largement contribué à la publication du recueil en Angleterre. Le XIXe, mes enfants, était vraiment un siècle de géants. 😉

Dans The Voyage, il décrit la traversée de l'Atlantique en bateau et son arrivée en Angleterre. Le ton est donné, la langue est belle et recherchée, mais avec cette limpidité du XIXe que j'adore. J'ai tout de suite adhéré.

Tout au long du recueil, de très nombreux textes recensent ses expériences en Angleterre et décrivent le quotidien des habitants: Rural Life in England, The Country Church, A Sunday in London, The Boar Head's Tavern, Eastcheap (un texte sur Shakespeare auquel je n'ai rien capté), Rural Funerals, Westminster Abbey, London Antiques, Little Britain, Stratford-on-Avon (autre texte sur Shakespeare auquel je n'ai rien capté) et John Bull.

Vers la moitié du recueil, une série de cinq textes (Christmas, The Stage Coach, Christmas Eve, Christmas Day et The Christmas Dinner) décrivent les célébrations de Noël dans un manoir anglais dirigé par un vieux monsieur très à l'ancienne. C'est charmant et amusant. Ce recueil pourrait donc aussi bien se lire à Noël qu'à Halloween, en fait. ^^

Deux textes, Traits of Indian Character et Philip of Pokanonet, abordent avec une modernité étonnante le génocide des Amérindiens, dont Irving prend la défense.

La fiction est également présente. Rip Van Winkle, un des textes les plus célèbres d'Irving, nous ramène aux États-Unis auprès d'un vieux monsieur qui s'endort vingt ans dans la montagne et ne reconnaît plus son pays, devenu indépendant pendant son sommeil. The Spectre Bridegroom parle avec humour d'une légende allemande sur un fiancé décédé le jour même où il devait rencontrer sa future épouse. La célèbre Legend of Sleepy Hollow raconte comment Ichabod Crane, un maître d'école quelque peu tyrannique, essaye de séduire la belle et riche Katrina Von Tassel dans une petite ville isolée de l'État de New York peuplée de colons hollandais. Les noms des personnages et la légende du cavalier sans tête sont à peu près les seuls points communs entre ce texte et le film. 😜

Quelques textes indépendants parsèment aussi le recueil: Roscoe parle d'un auteur de Liverpool, The Wife raconte une histoire conjugale, English Writers on America décrit comment les écrivains anglais comprennent les Américains totalement de travers, The Broken Heart parle des chagrins d'amour irréparables, The Pride of the Village parle de l'enterrement d'une jeune fille. The Widow and her Son, le texte qui m'a le plus marquée, décrit un enterrement auquel n'assiste qu'une vieille et pauvre femme tout en noir; je ne sais plus si j'en ai pleuré mais il m'a brisé le cœur.

Apparemment, ce recueil a constitué l'un des premiers succès de la littérature américaine en-dehors des États-Unis et a contribué à "légitimiser" les auteurs américains, au même titre que l’œuvre de James Fennimore Cooper. Son succès est mérité. J'ai adoré le style élégant et recherché, qui correspond bien à ce que j'aime dans le XIXe. Comme je le disais à propos d'Edgar Allan Poe, il y a quelque chose de très européen ici – mais sans citations latines et sans le côté ampoulé. 😀 La lecture de ce type de texte en version originale reste toutefois assez exigeante, il faut être assez à l'aise avec l'anglais pour se lancer dans ces 400 pages.

Je vous laisse avec un extrait touchant de Rural Funerals:
"The sorrow for the dead is the only sorrow from which we refuse to be divorced. Every other wound we seek to heal - every other affliction to forget; but this wound we consider it a duty to keep open - this affliction we cherish and brood over in solitude. Where is the mother who would willingly forget the infant that perished like a blossom from her arms, though every recollection is a pang? Where is the child that would willingly forget the most tender of parents, though to remember be but to lament? Who, even in the hour of agony, would forget the friend over whom he mourns? [...] No, the love which survives the tomb is one of the noblest attributes of the soul. If it has its woes, it has likewise its delights; and when the overwhelming burst of grief is calmed into the gentle tear of recollection, when the sudden anguish and the convulsive agony over the present ruins of all that we most loved are softened away in pensive meditation on all that it was in the days of its loveliness - who would root out such a sorrow from the heart?"

samedi 12 octobre 2019

Au Bonheur des Dames (1883)

La relecture commune des Rougon-Macquart avec Tigger Lilly se poursuit avec Au Bonheur des Dames, ce onzième roman qui est parmi mes préférés de toute ma vie, un coup de foudre de mes années lycée. 💖


L'intrigue
Après la mort de ses parents, Denise débarque à Paris avec ses deux petits frères et deux sous en poche et vient frapper à la porte de son oncle Baudu, qui tient un petit commerce familial. Les affaires ayant ralenti à cause de l'ouverture du Bonheur des Dames, un grand magasin situé de l'autre côté de la rue qui leur vole des clientes, l'oncle ne peut lui offrir de travail. Heureusement, Denise est aussitôt embauchée, justement, au Bonheur des Dames, où elle découvre le commerce moderne: employés exploités et mis en concurrence entre eux, rôle primordial de la réclame, recours aux bas prix et aux grandes quantités... Le tout dans une ambiance de travail détestable. Les autres vendeuses lui font un bien mauvais accueil et Denise parvient à peine à gagner sa vie. Mais le patron du magasin, Octave Mouret, ne la laisse pas indifférente...

Une romance à la Zola
OUI, Au Bonheur des Dames est (entre autres) un histoire d'amour. Le fil rouge, ce pour quoi on se passionne, c'est la relation entre Denise et Octave: d'abord de rares contacts sans conséquences, puis une relation plus saine entre adultes, puis l'adoration maladive d'Octave qui est fou de Denise. C'est l'histoire de Cendrillon, en quelque sorte: la fille pauvre, mais courageuse, bonne et juste, triomphe de femmes plus belles et aguerries et des hommes qui la haïssent et se retrouve au bras de l'homme riche, qu'elle a réussi à faire évoluer sur certains points (ici, les droits sociaux des employés). C'est pour cela que j'ai autant aimé ce livre quand j'étais au lycée et qu'il me fait encore autant rêver: pour une fois, le personnage positif du roman a une fin heureuse. Ses efforts sont récompensés et le bien l'emporte.

Un protagoniste d'envergure: le magasin
Au-delà de Denise, le Bonheur des Dames est un personnage à part entière: comme les Halles dans Le Ventre de Paris, les plantes dans La Faute de l'abbé Mouret et l'alambic dans L'Assommoir (et comme, plus tard, la mine dans Germinal et la Lison dans La Bête humaine), le magasin est animé d'une vie propre, c'est une machine géante et animée qui souffle, qui agit, qui se démène et qui écrase le monde autour d'elle. Avec ses milliers d'employés, ses dizaines de rayons, ses réclames, son service d'envoi, ses voitures, ses courriers, ses millions de produits et ses centaines de milliers de francs de recettes, il n'a pas une seconde de répit et n'accorde ni pitié ni repos aux êtres humains.

Première victime: le personnel
Travailler au Bonheur n'est pas chose aisée. La paie fixe est maigre et il faut vendre beaucoup pour toucher un intéressement sur les ventes effectuées. Les journées de travail durent 13 heures. La cantine laisse à désirer, l'investissement de la direction en nourriture étant dérisoire. Il n'y a aucune protection sociale en cas de blessure ou même de grossesse. On peut travailler à temps plein au Bonheur des Dames et crever de faim. Dès que l'activité ralentit, à la morte saison, les directeurs licencient des dizaines de personnes au moindre prétexte. Passez à la caisse!

La mort du petit commerce
On a tendance à penser que les multinationales détruisent les boutiques de quartier, mais en réalité le phénomène de la destruction du petit commerce n'est pas nouveau. Zola nous le montre à l'œuvre ici avec ce Bonheur dont l'ascension s'accompagne d'innombrables faillites. Chaque ouverture de rayon provoque le déclin puis la fermeture d'un commerce local: ainsi, la maison bien établie de l'oncle Baudu ne peut tenir la concurrence sur les tissus; le père Bourras, vendeur de parapluies, perd sa clientèle; la ganterie de la rue d'à côté est en difficulté; et ainsi de suite, à l'infini, parce que ce grand magasin est affamé de croissance. Il y a même un cortège funèbre très symbolique, où le cadavre qu'on enterre n'est pas seulement humain.
Ça vous parle? Vous pensez à Amazon qui vend tout, des livres à la vaisselle? Oui. Les choses ont été exacerbées et élargies par la mondialisation et le numérique, mais elles ne sont pas apparues en ce début de XIXe siècle.

La naissance du marketing moderne
La stratégie de vente d'Octave est exactement celle de la société consumériste: vendre beaucoup pour vendre peu cher et vice versa. La cliente doit constamment trouver de nouvelles choses à acheter et avoir l'impression de faire une affaire. Pour cela, Octave utilise son génie de l'achalandage, mais introduit aussi des nouveautés: voitures de livraison aux couleurs de la maison pour porter la réclame dans les rues, investissements massifs dans la publicité, possibilité de retourner les articles achetés (une nouveauté à l'époque, une évidence pour nous), présence d'un espace repas, vente de produits à perte pour attirer la foule. Il offre même des ballons aux enfants!!! Comme moi, vous avez tendance à penser que c'est Ingvar Kamprad qui a inventé le magasin labyrinthique où il faut forcément voir 35 canapés pour arriver aux cuisines? Que nenni! Octave Mouret organise ses rayons de manière à ce que la cliente soit obligée de faire des kilomètres et donc de découvrir beaucoup plus de marchandises... 😱 Je le dis à chaque fois, mais l'œuvre de Zola est d'une modernité déroutante. Il vivait dans le même monde que nous, le monde moderne né de la révolution industrielle. Ce qu'il n'a pas vu venir (et comment l'aurait-il pu, d'ailleurs?), c'est la mondialisation (et encore, la chose est vaguement abordée dans Germinal avec les mineurs belges venus remplacer les Français grévistes...), la dégradation de l'environnement, l'évolution des armements jusqu'à l'arme atomique... Mais sinon, la France du Second Empire est très, très semblable à celle du XXIe siècle.

Dans le prolongement de Pot-Bouille
Malgré un ton radicalement différent, Au Bonheur des Dames est bien la suite de Pot-Bouille. Avant tout parce qu'on retrouve Octave Mouret, personnage central du dixième opus. Je crois que c'est la seule fois qu'un personnage majeur apparaît dans deux romans de suite. Le jeune homme, veuf depuis la mort de Mme Hédouin qui lui a laissé son magasin, continue d'exploiter la femme: dans Pot-Bouille, il cherchait à faire fortune à Paris; ici, il fait fortune en vendant des tas de choses à ses clientes, qu'il connaît parfaitement et qu'il compte bien dépouiller. Par ailleurs, l'adultère, thème essentiel de Pot-Bouille, et les relations illicites en général sont de nouveau tolérées par la société policée dans laquelle Octave évolue, comme le montrent les passages savoureux sur M. de Boves, inspecteur des Haras, qui prétend visiter des écuries alors qu'il retrouve sa maîtresse, et la relation d'Octave même avec Henriette, la maîtresse à laquelle il doit sa rencontre avec un important investisseur. Et Zola montre de nouveau que ces relations illicites sont le fruit de la société: dans Pot-Bouille, la femme bourgeoise tombait dans l'adultère par ennui et ignorance; ici, les vendeuses du Bonheur des Dames ont toutes un amant (ou plusieurs) pour survivre, leur revenu ne leur permettant pas de vivre dignement.

En bref
Un chef d'œuvre. Un roman social sur le monde du travail et l'économie d'hier qui nous parle en fait de notre monde à nous, 136 ans plus tard, et une histoire d'amour comme un rayon de soleil. C'est, je crois, la quatrième fois que je le lis et une chose est sûre: il y en aura une cinquième.

Allez donc voir ailleurs si ce Bonheur y est!
L'avis de Tigger Lilly

lundi 7 octobre 2019

Les BD du troisième trimestre 2019

Un récap trimestriel très long grâce aux vacances estivales qui m'ont permis de lire beaucoup de bandes dessinées. Préparez un thé ou un café et c'est parti!

Le trauma, quelle chose étrange de Steve Haines et Sophie Standing (2016)


Une excellente bande dessinée de vulgarisation sur le psychotrauma et, notamment, la dissociation qu'il peut provoquer (une sorte de perte de contact avec son propre corps qui peut se manifester de différentes façons, comme l'impression d'être en dehors de soi ou la perte de sensibilité dans une partie du corps). Le mécanisme du cerveau face à une situation d'insécurité est également expliqué. C'est très clair et intéressant et l'ouvrage présente de nombreuses références bibliographiques pour qui voudrait aller plus loin. Il faudrait que je lise les deux autres BD des mêmes auteurs, qui parlent de l'anxiété et de la douleur.
Traductrice: Fanny Soubiran
Éditeur: Ça et là (que je connaissais déjà grâce à Émile Zola à l'usage des personnes pressées)

Conan le Cimmérien. La reine de la côte Noire de Jean-David Morvan et Pierre Alary (2018)


Premier volume de la collection Conan de Glénat, cette bande dessinée est l'adaptation d'une nouvelle de Robert E. Howard mettant en scène une pirate qui écume les mers au large de la côte Noire et qui "embauche" Conan après avoir massacré l'équipage du navire sur lequel il voyageait. C'est du Howard tout craché: des combats, une jeune femme fort peu vêtue, des ruines perdues, des créatures démoniaques et mystérieuses, un décor exotique... L'univers de Conan me fait vraiment rêver. La bande dessinée est suivie de deux courts textes de Patrice Louinet, le grand spécialiste français de Howard, qui remet bien le personnage dans son contexte littéraire, en dehors de l'image véhiculée par les films plus tardifs.
Éditeur: Glénat

Mots roses au clair de lune de Maliki (2009) (Maliki, tome 3)


Décidément, j'adore Maliki. J'adore le  dessin, les histoires et la présence de ses deux chats rigolos et mignons. À  noter que cet album propose un beau voyage dans le temps avec un strip sur MSN, ce qui permet de relativiser l'étalage de soi que permet actuellement Facebook.
Éditeur: Ankama

Le vieil homme et son chat n'ont plus peur des chiens (2015) et Le vieil homme et son chat se font les griffes (2016) de Nekomaki


Un joli manga sur un vieux monsieur japonais qui vit seul avec son gros chat dans une île peuplée "de pépés, de mémés et de chats". C'est adorable et les dessins respirent la sérénité. Un petit regret toutefois: les strips manquent légèrement de sel, on arrive parfois à la dernière case sans en tirer grand-chose.
Éditeur: Casterman

Conan le Cimmérien. Le Colosse noir de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat (2018)


Deuxième tome de la collection Conan de Glénat, qui fait appel à des auteurs différents à chaque numéro. Je me souvenais assez bien de la nouvelle de Howard, dans laquelle Conan prend la direction d'une armée... et à la fin de laquelle la princesse se jette, nue, dans ses bras. Lol. C'est un peu brut de décoffrage mais c'est joliment dessiné. La grande bataille entre armées est toutefois confuse, j'ai eu du mal à suivre qui combattait qui.

Conan le Cimmérien. Au-delà de la rivière Noire de Mathieu Gabella et Anthony Jean (2018)


Le troisième tome de la collection est lui aussi une réussite. Point de jeune femme dénudée ou de désert exotique ici, mais une épaisse forêt peuplée de colons et de barbares qui essayent de lutter contre l'ennemi venu s'installer sur leurs terres. Mais il y a un sorcier. Et du sang. Et du muscle. Et une postface intéressante de Patrice Louinet.

Conan le Cimmérien. La fille du géant du gel de Robin Recht (2018)


Premier raté de la collection Conan de Glénat. Je n'ai aucun souvenir de la nouvelle de Howard dont cette bande dessinée est tirée, mais ça m'étonnerait forcément qu'une déesse se masturbe dans la neige pendant que Conan combat des spectres... Le contenu érotique est très marqué et je n'ai pas aimé les grandes planches représentant les combats, qui sont très flous. Une grosse déception, donc.
Mise à jour: J'ai relu la nouvelle en question, qui est très bien, et je confirme que la déesse ne se masturbe pas dans la neige. 😦

Conan le Cimmérien. La Citadelle écarlate de Luc Brunschwig et Étienne Le Roux (2019)


Le cinquième tome de la collection rattrape assez bien le quatrième. Je n'ai pas trop aimé le dessin, mais il a le mérite d'être clair. La Citadelle écarlate est une histoire que j'affectionne puisque Conan y traverse un souterrain peuplé de créatures abominables. En outre, je la trouve assez représentative de l'œuvre d'Howard sur ce personnage.

Conan le Cimmérien. Chimères de fer dans la clarté lunaire de Virginie Augustin (2019)


Le sixième tome est très bien. Le dessin ne m'a pas toujours plu, mais il donne une ambiance très adaptée au récit. Il y a dix ans, j'avais tellement aimé cette nouvelle que je trouve délicieusement inquiétante que j'avais commencé à la pasticher tout à fait sciemment: à l'époque, j'écrivais encore et je m'étais fait super plaisir à écrire un court texte sur le même ton. À noter qu'il y a ici une jeune fille fort peu vêtue, mais plutôt débrouillarde. 😏

Chasseuse de nazis de Minaverry (2009) (Dora, tome 1)


En 1960, Dora, une jeune Juive franco-marocaine, travaille comme archiviste en Allemagne, ce qui lui donne accès à des documents sensibles sur les activités nazies. Plus tard, elle a l'occasion de partir en Argentine à la recherche de Mengele, le médecin d'Auschwitz. Autant cette bande dessinée fournit quelques informations pertinentes sur les camps de concentration (du genre: Auschwitz employait 3 000 militaires en 1943), autant elle m'a laissée de marbre: je n'ai pas aimé le dessin, j'ai eu du mal à identifier les visages des personnages masculins (ce qui est très problématique quand la protagoniste fait de l'espionnage) et je n'ai pas du tout adhéré à son ambiance anarcho-communiste (avec un passage à Bobigny, auprès d'un groupe communiste soutenant l'indépendance de l'Algérie, et des références au péronisme en Argentine) (j'ai dû aller vérifier dans l'encyclopédie qui était Perón tellement je ne connais rien à l'histoire sud-américaine, c'est une catastrophe). Mon copain m'a demandé de la lire pour avoir mon avis et je ne lui ai pas recommandé de la proposer à ses clients. 😕
Éditeur: L'Agrume

Chatons contre dinosaures de Davy Mourier, Stan Silas et Valérie Sierro (2019)


Ça, c'est vraiment du lourd! Vous avez du mal à y croire? C'est pourtant vrai. Cette bande dessinée existe! 😆
Plus improbable encore: l'action est située à Saint Malo! 😂
Éva reçoit trois adorables chatons en cadeau pour ses dix ans. Le lendemain, elle découvre avec horreur que son père a disparu et que Saint Malo a été évacuée par l'armée. En effet, les habitants se transforment... en dinosaures! 😁😍😱 Quand sa propre mère, métamorphosée en tyrannosaure, l'attaque, elle a la surprise d'être sauvée par ses chatons, qui sont en fait... des ninchats!!!! 😂😂 Tous ces mystérieux évènements s'avèreront liés au travail classé secret de son père et à la présence à Saint Malo d'un extraterrestre. Et ils se résoudront, entre autres, grâce à un cartable d'école qui se transforme en avion. 💖💖💖 Une bande dessinée clairement destinée à un jeune public, mais qui vaut le détour si vous voulez découvrir quelque chose de très spécial avec des jeux de mots rigolos. Genre ninchat, quoi.
Éditeur: Jungle

Ar-Men. L'enfer des enfers d'Emmanuel Lepage (2017)


Une bande dessinée superbe qui nous emmène au cœur d'Ar-Men, un phare situé à dix kilomètres des côtes bretonnes – autant dire "sur une autre planète" quand il a été décidé de le construire, pendant les années 1860. Les travaux, achevés en 1881, n'ont pas duré quinze ans par hasard. La narration alterne entre différentes époques et personnages. Un beau sans faute pour Lepage que je connaissais déjà grâce à Un printemps à Tchernobyl. D'autres avis: Baroona, Lorhkan.
Éditeur: Futuropolis.

Guerilla Green. Guide de survie végétale en milieu urbain d'Ophélie Damblé et de Cookie Kalkair (2019)



Une bande dessinée militante sur la végétalisation "sauvage" des espaces urbains, c'est-à-dire la plantation délibérée de végétaux dans des espaces publics de la part de personnes soucieuses rendre les villes plus autonomes en nourriture et de retisser des liens sociaux distendus. C'est très intéressant et plein d'informations et de conseils pour faire quelque chose, nous aussi, et l'autrice, également youtubeuse, propose des renvois vers ses vidéos pour en savoir plus. Toutefois, je n'ai pas aimé le ton très anti-système et parfois un peu cassant (par exemple, je ne suis pas convaincue que qualifier les gens de "mollusques zombifiés" soit un bon moyen de les faire réagir). Il faut maintenant que je trouve un petit bout de terre inutilisé dans ma ville pour y planter de la menthe, une plante pratiquement indestructible qui poussera très bien sans personne pour l'aider...
Éditeur: Steinkis

Nos compagnons de Jirô Taniguchi (2019) 


Recueil de cinq bandes mangas sur les animaux de compagnie (toutefois, le sens de lecture est celui utilisé en Occident). La première est tellement triste que les suivantes paraissent fades à côté, mais elles sont toutes de belles histoires entre humains et animaux. Le dessin en noir et blanc est à la fois épuré et détaillé, c'est assez intéressant même s'il n'est pas totalement à mon goût. Je recommande.
Éditeur: Casterman

Et voilà. Merci d'avoir lu jusqu'ici. 😃
En espérant vous avoir donné envie d'en lire certaines. 😉

mercredi 2 octobre 2019

La gamelle de septembre 2019

Septembre, le mois de la rentrée, marque le retour à une vie normale. Dans l'ensemble, j'ai l'impression de n'avoir le temps de rien. Toutefois, j'ai miraculeusement réussi à aller au cinéma plusieurs fois et je semble avoir réussi à prendre l'habitude d'écouter des podcasts pendant que je fais la vaisselle. Une excellente chose. 😀

Sur petit écran

Serenity de Joss Whedon (2005)


Le prolongement filmique de la série Firefly, que je n'ai jamais vue, est pas mal du tout. C'est à mi-chemin entre Buffy, dont Joss Whedon sortait tout juste, et Avengers qu'il a réalisé bien plus tard. Le fait de ne pas connaître la série m'a fait manquer un certain nombre de références mais n'est pas non plus handicapant. À noter, le traitement très égalitaire des personnages féminins, vraiment appréciable.

Sur grand écran

Fast and Furious: Hobbs & Shaw de David Leitch (2019)
À part les échanges de vannes entre Hobbs et Shaw, le film est long et ennuyeux et n'a même pas de cascades palpitantes. Bien que le personnage féminin principal ne soit pas sexualisé à outrance, la représentation de la femme est d'un paternalisme consternant. (Et c'est une fan de Transformers qui vous parle.) Intérêt inexistant, donc.

Once Upon a Time... in Hollywood de Quentin Tarantino (2019)
Malgré de nombreux éléments intéressants, notamment une scène d'une tension remarquable que je n'oublierai pas de sitôt, je me suis ennuyée. La fin valait toutefois la peine de patienter. 😂😈

Downton Abbey de Michael Engler (2019)


Retrouvailles émouvantes avec les personnages de la série, qui ont toujours eu une influence bénéfique sur moi: droits dans leurs bottes, réfléchis, déterminés, ils représentent à peu près tout ce que j'aimerais être. Le film est parfaitement fidèle à la série avec ses petites intrigues parallèle, son ambiance surannée et sa classe toute britannique. J'ai seulement un tout petit peu trouvé dommage que le couple soit si omniprésent à la fin, comme s'il était la seule fin heureuse possible, mais dans l'ensemble c'était parfait. 💖

Du côté des podcasts

Je me délecte des bons conseils de Florie Teller dans Simple & Cité et de l'univers délicieux de Mango & Salt dans Tout ce que j'aime.

Et le reste

J'ai lu deux numéros de Cheval Magazine (septembre et octobre), un vieux numéro de Livres Hebdo guère intéressant (l'actualité littéraire ne me botte pas du tout) et un numéro passionnant de Histoire et civilisations, revue que je découvrais et que je tâcherai de relire à l'avenir.

Une intruse est passée par là...

Bon mois d'octobre, chers lecteurs!
L'automne est là et c'est le moment de lire sous un plaid avec du thé! 🌰🍂🍄

vendredi 27 septembre 2019

Femmes de dictateur (2011)

Chronique express!


Mussolini, Lénine, Staline, Salazar, Bokassa, Mao et Hitler: ils sont entrés dans l'histoire pour de bien mauvaises raisons. Mais tous ces dictateurs ont été accompagnés par des femmes restées plus anonymes. C'est à ces figures de l'ombre que Diane Ducret a consacré ce livre passionnant. Chaque partie brosse le portrait des trois ou quatre femmes les plus importantes dans le parcours de chaque dictateur – du point de vue amoureux ou semi-amoureux uniquement: il ne s'agit pas d'étudier ses relations avec ses sœurs ou sa mère.

On découvre ainsi que la première relation sexuelle non tarifée de Mussolini fut un viol et qu'il dut une bonne partie de son succès à une femme cultivée qui le "dégrossit" pour exploiter son potentiel d'orateur; que Mao ne se lavait pas parce qu'il se nettoyait "dans le corps des femmes"; que le premier amour d'Hitler était purement platonique, à tel point que la jeune fille aimée n'en a pas eu connaissance; que Salazar a entretenu une assez longue relation avec une journaliste française... Entre anecdotes, amours tragiques, trahisons multiples, exploitation éhontée, les figures masculines n'imposent décidément pas plus le respect pour leurs liaisons que pour leur politique. Mais, comme toujours quand on étudie la petite histoire de personnes prises dans la grande Histoire avec une majuscule, il y a quelque chose de plus terre-à-terre dans ces portraits, de plus "humain". Ces femmes ont eu des parcours uniques, tant à cause de leur époque que de leur proximité avec ces hommes situés au plus haut niveau, et c'est passionnant que de les rencontrer. Même Elena Ceausescu, qui dispose d'un chapitre entier et qui fait un peu froid dans le dos quand on voit l'horrible politique sexiste qu'elle a appliquée en Roumanie avec son mari...

Allez donc voir ailleurs sur ce blog si Diane Ducret y est déjà
Mon avis sur Corpus Equi

dimanche 22 septembre 2019

Bloodstone (1994)

Après Wolf in Shadow et The Last Guardian, la trilogie de David Gemmell sur Jon Shannow s'achève avec Bloodstone.


L'intrigue commence vingt ans après The Last Guardian. Jon Shannow, qui s'est consacré pendant tout ce temps au prêche, renoue avec la violence quand des hommes de main mettent le feu à son église pour le punir d'y avoir abrité des Wolvers, des hybrides loups-humains considérés comme infidèles. Blessé à la tête dans la bataille, il poursuit les coupables sans aucun souvenir de ces vingt années.

Outre Jon Shannow, dans de grandes plaines dignes de l'Ouest américain naviguent plusieurs personnages qui finiront bien sûr par être réunis: un vieil homme qui a l'air d'en savoir long, des nomades considérés comme suspects en cette période de fanatisme religieux, des hommes de loi, des bandits. Ce roman fait encore plus référence au western que les deux précédents. On a même une fusillade devant le saloon, un sombre complot de vol de terres lié à la présence de minerais et l'attaque d'une cabane dans les bois. Mais le côté post-apo est toujours là. Ainsi, Isis, une des nomades, est atteinte de la maladie d'Addinson, que son médecin a pu diagnostiquer grâce à ses connaissances sur l'ancien monde mais ne peut soigner, faute de médicaments.

Deux éléments que je ne connaissais pas chez Gemmell sont présents: une intelligence artificielle, Lucas, que j'ai trouvée fort sympathique; et le multivers. Non contents d'avoir ouvert des portails dans le temps dans le tome précédent, les personnages vont aussi voyager entre trois mondes. [Divulgâcheur: cela entraîne d'ailleurs une évolution inattendue pour Jon Shannow, qui passe de nombreuses années dans un monde parallèle avant de revenir dans son propre monde sous les traits du Diacre (the Deacon), précisément l'homme responsable du climat d'intolérance ayant entraîné la destruction de son église].

Et les enjeux, me demandez-vous? Ce sont toujours les mêmes chez Gemmell: une civilisation imparfaite et précaire se bat contre le chaos total ou une alternative de société encore plus imparfaite, ici l'intolérance du Diacre et de ses zélés bras droits qui vont vite le remplacer. Le chaos est représenté par la Pierre de Pouvoir en personne: une pierre a fusionné avec Sarento, un personnage qu'on a dû voir dans le premier tome mais dont je ne me souviens pas. Le résultat est une espèce de diable, un grand homme rouge aux légères veines noires qui a besoin d'immenses quantités de sang pour se maintenir en vie. Un méchant sans aucun intérêt, en fait, mais dont j'ai bien aimé la fin [divulgâcheur: grâce à un autre portail entre mondes, il finira atomisé lors du premier essai nucléaire américain en juillet 1945, HAHAHAHAHAHA 😂].

J'ai été beaucoup plus intéressée par le dilemme de Jon Shannow, qui [divulgâcheur: est revenu dans son monde sous les traits du Diacre et a pris des décisions épouvantables et sanglantes non pas par amour de la violence, comme tout le monde l'a cru, mais parce qu'il savait que la Pierre de Pouvoir allait finir par arriver dans ce monde].

Point de vue stylistique, ce Gemmell est identique aux autres. La rédaction est sobre et efficace, sans aucun effet, et truffée de répétitions. Mais j'aime tellement lire "his guns thundered". Ça marche à chaque fois. Malheureusement il y aussi ce tic insupportable de faire aller et venir les personnages autour des feux de camp pour qu'ils échangent deux-trois mots à peine, ça donne des dialogues hachés et creux...

En bref: un Gemmell de plus, je dois le dire, même si j'adore l'univers et que j'ai préféré ce troisième au deuxième. Une trilogie à lire si vous êtes un vrai fan de Gemmell ou des combats au pistolet. Dans tous les autres cas, passez votre chemin.

mardi 17 septembre 2019

La femme gelée (1981)

Tout au long de ses livres, Annie Ernaux parle de ses propres expériences: La Place parle de ses parents, Une Femme de sa mère, Les Années de toute sa vie. Mais ce parcours personnel, qu'elle explore sans relâche, lui permet aussi de parler de l'évolution de la société française pendant la deuxième moitié du XXe siècle, notamment pour les femmes.


La Femme gelée est essentiellement centré sur ce dernier point: comment une femme ayant suivi une formation universitaire et exerçant un métier est "figée" par les conventions sociales et les attentes de son entourage, qui la confinent au rôle d'épouse, de maîtresse de maison et de mère, et en arrive à devenir, justement, une femme gelée. Annie Ernaux retrace sa découverte progressive des répartitions genrées des tâches, la révélation étrange que ses parents n'étaient pas normaux parce que son père faisait la vaisselle. Puis viennent l'adolescence, l'intérêt naissant pour les garçons et l'adoption d'attitudes codifiées pour attirer leur attention et les séduire – mais pas trop non plus, de peur d'attirer les critiques. Enfin, les études supérieures, un mariage hésitant, la constatation que les tâches ménagères lui incombent, naturellement, à elle. Une situation inégalitaire qui ne fera que se dégrader avec l'arrivée d'un enfant et à laquelle la reprise d'une activité professionnelle ne changera rien.

Le style est direct, parlé, plein d'ellipses. Choquant, aussi, tellement ce récit correspond à des choses qu'on a tous vécues, ces situations où, implicitement, un homme prend la direction de la conversation ou attend d'être servi. Moi, je me suis aussi retrouvée dans la maladresse de l'adolescence et l'influence déplorable d'une amie plus âgée qui réduit soudain la vie à la seule quête pertinente: un garçon, un garçon à tout prix. Puis les dizaines de petits faits qui, individuellement, ne pèsent rien, mais qui, mis bout à bout, annihilent la vie d'une personne.
"Quatre années. La période juste avant.
Avant le chariot du supermarché, le qu'est-ce qu'on va manger ce soir, les économies pour s'acheter un canapé, une chaîne hi-fi, un appart. Avant les couches, le petit seau et la pelle sur la plage, les hommes que je ne vois plus, les revues de consommateurs pour ne pas se faire entuber, le gigot qu'il aime par-dessus tout et le calcul réciproque des libertés perdues."
Une lecture navrante. Révoltante aussi, bien sûr, mais surtout navrante, parce que les choses changent lentement et que je vois des femmes, en 2019, vivre ce qu'Annie Ernaux a vécu pendant les années soixante-dix. Sous certains aspects, je me sens d'ailleurs, moi aussi, une femme gelée, même si mon parcours est très différent du sien. J'espère que son ex-mari a un jour lu ce livre et qu'il l'a vécu comme un coup de poing à la figure...

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur ce blog
L'écriture comme un couteau (2003)
Les Années (2008)

jeudi 12 septembre 2019

La gamelle d'août 2019

Août: les vacances! C'était tellement bien! Et aussitôt passé ça paraît dans une autre vie... 😂💔

Sur petit écran

Peter Pan de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske (1953)


Plongée nostalgique en enfance. En réalité, Peter Pan est loin d'être mon Disney préféré, mais le revoir pour la première fois depuis mes huit ou mes neuf ans a été relativement émouvant. Ce dessin animé transmet bien la magie de l'enfance, mais je n'aime pas la plupart des personnages, à commencer par Peter. Par ailleurs, la vision de la femme est bien réductrice: les sirènes et la fée Clochette sont jalouses de Wendy, qui est jalouse de Lili la Tigresse, et toutes sont amoureuses de Peter... Clochette complexe sur la largeur de ses hanches et ne peut passer par la serrure d'un tiroir à cause desdites hanches... Soupir... 😓 Le capitaine Crochet est toutefois un méchant sympathique et j'ai exulté durant toutes les scènes du crocodile, qui est pour moi le meilleur personnage du film
À noter: le dessin rappelle beaucoup celui de Cendrillon (dont je vous parlais en février), ce qui n'a rien d'étonnant vu que les réalisateurs et l'époque sont les mêmes. Les trois messieurs ont réalisé par mal de films pour Disney et je vous invite à jeter un coup d’œil à leurs filmographies fort intéressantes.

Les 101 Dalmatiens de Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wolfgang Reitherman (1953)


Je n'avais pas vu ce film depuis mes huit ou mes neuf ans, comme Peter Pan, et je n'en gardais aucun souvenir. C'est pas mal du tout. Le dessin très crayonné et la musique donnent une ambiance sympathique. Les nombreux chiens sont très bien animés et caractérisés (les chiots dalmatiens sont trop mignons, le colley a un accent anglais, les voix s'adaptent à la taille du chien – par exemple, le dogue a une voix profonde et caverneuse) et leur univers est amusant. On constate une fois de plus que c'est l'animal qui considère son humain comme son être de compagnie et pas l'inverse! Il y a aussi un chat, une oie et un cheval. Et Cruella est une méchante pas mal du tout, avec un côté femme-riche-qui-vit-dans-son-monde qui m'a assez éclatée. Et puis quel plan cruel, tuer 99 chiots pour en faire de la fourrure. 😈
Le dessin et la présence du chat, de l'oie et du cheval m'ont donné envie de revoir Les Aristochats et Merlin l'Enchanteur, ce qui n'a rien d'étonnant vu que ces deux films ont été dirigés par Wolfgang Reitherman. Décidément, les mêmes noms reviennent tout le temps dans les grands Disney des années cinquante. 😊

Godzilla de Roland Emmerich (1998)


Aussi désespérée par le fait d'avoir manqué Godzilla: Roi des monstres au cinéma il y a quelques mois qu'enthousiasmée par ma lecture du hors-série Mad Movies sur cette franchise (voir plus bas), j'ai replongé dans ce bon vieux film d'action décérébré que j'avais trouvé mauvais du haut de mes 14 ou 15 ans (vu en VHS chez une amie, toute une époque). Bon. C'est effectivement mauvais. Il n'y a pas de scénario et les dialogues sont d'un vide abyssal typique du genre. Mais ce qui cloche vraiment, c'est que Godzilla est assez laid et qu'on le voit assez mal, toutes ses apparitions se faisant de nuit sous une pluie battante... Et puis les bébés Godzilla sont hideux et vraiment trop repompés sur les Velociraptor de Jurassic Park (Mad Movies les qualifie carrément de "faute de goût" et c'est pas faux 😂). Par contre, j'aime beaucoup le fait que Godzilla soit rapide et agile, ça correspond à l'idée que je me fais des reptiles géants et ça donne quelques scènes de poursuite en hélico sympas. Et deux personnages sont relativement bien caractérisés, à savoir le scientifique qui étudie les vers de terre mutants de Tchernobyl et le militaire qui semble toujours sur le point de fondre en larmes ou d'éclater d'un rire nerveux. Jean Reno semble autant prendre de recul par rapport au film que son personnage par rapport à la situation. 😂 Les personnages féminins sont tous des satellites des hommes mais ne sont pas sexualisées, ce qui rend ce film plus regardable que d'autres (hein Transformers?). Tout ceci a aussi une saveur sympa des années quatre-vingt-dix qui ne m'a pas déplu. Il se patine mais n'a pas mal vieilli. (Enfin sauf l'image de synthèse, mais ça c'est inévitable...)

Godzilla de Gareth Edwards (2014)


Reprise américaine beaucoup plus qualitative que le film précédent, ce Godzilla touche parfois au génie dans sa manière de ne pas montrer les monstres: à travers un écran, un masque ou une porte qui se referme, l'être humain n'aperçoit qu'une partie infime du combat titanesque qui se joue devant lui. Cette mise en scène très intéressante est aussi frustrante pour qui, comme moi, veut voir du reptile géant détruire une ville. Heureusement, la fin en montre plus et Godzilla se paye même d'une pose "c'est qui le patron" fortement satisfaisante. J'aime aussi que les kaijus se battent sans accorder un regard aux humains, dont la pire arme imaginable leur sert... de casse-croûte. Lol. Un avis plus complet chez Tigger Lilly.

Sur grand écran

Parasite de Bong Joon Ho (2018)
J'ai revu ce film avec grand plaisir en compagnie de mon copain. Ce deuxième visionnage a confirmé tout le bien que j'en avais pensé la première fois. C'est une réussite totale et le fait de le revoir en connaissant la fin permet de mieux apprécier certains éléments. Un avis plus complet chez Tigger Lilly.

Du côté des séries

Love Death + Robots - saison 1 (2019)


Si j'ai regardé cette série sur les bons conseils de Lorhkan et Tigger Lilly, je dois avouer que j'ai aussi été attirée par la présence de chats dans un épisode – je suis vraiment une caricature de l'humanité esclave des chats, c'est pas possible. Quoi qu'il en soit, j'ai bien fait de la regarder: cette première saison est très réussie avec ses 18 épisodes on ne peut plus différents, tant du point de vue du ton et de l'ambiance que de l'animation. Plusieurs d'entre eux me resteront en tête: le yaourt bien sûr, le frigo, Hitler, Sonnie's Edge, Lucky 13, Good Hunting (tiré d'une nouvelle de The Paper Menagerie de Ken Liu)...

Et le reste

J'ai lu le hors-série de Mad Movies sur la franchise Godzilla, aussi passionnant qu'à l'accoutumée, et mon Cheval Magazine habituel. Et puis tout plein de bandes dessinées dont je vous parlerai le mois prochain.


Bon mois de septembre à vous, chers lecteurs!

samedi 7 septembre 2019

The Agony and the Ecstasy (1961)

Les vacances estivales sont une bonne occasion de plonger dans les gros pavés qu'on n'a jamais le temps de lire. J'ai donc attaqué The Agony and the Ecstasy, un roman d'Irving Stone sur Michel-Ange. Je l'avais déjà lu il y a une quinzaine d'années dans sa traduction italienne, mais je ne m'en souvenais que peu.


Ce roman passionnant retrace l'existence du célèbre artiste, de ses débuts comme apprenti dans l'atelier de peinture du Ghirlandaio et sa formation de sculpteur dans l'école de Laurent de Médicis jusqu'à sa glorieuse carrière romaine, en passant par ses exploits florentins et son exil à Bologne.

Lecture passionnante, oui: la vie de Michel-Ange est palpitante, son époque tourmentée et écartelée par les rivalités politiques et l'extrémisme religieux, son art plus grand que nature, son génie hallucinant. S'il se considérait avant tout comme un sculpteur de marbre, la matière la plus noble à ses yeux, il a aussi excellé en tant que peintre, que sculpteur en bronze et qu'architecte! Non content d'avoir sculpté le David pour la ville de Florence et peint le plafond de la Chapelle Sistine pour le pape Jules II, il a aussi assuré la construction d'une route dans une montagne inaccessible, érigé les remparts de Florence et conçu le dôme de la cathédrale Saint Pierre... Entre autres!

Lecture passionnante aussi parce que le Quattrocento italien donne le vertige: Ghirlandaio, les Médicis, Léonard de Vinci, della Quercia, Raphaël, Donatello, il y a à chaque page un nom qui est entré dans l'histoire... Parfois pour de tristes raisons, comme dans le cas du moine Savonarola, un modèle d'obscurantisme.

En revanche, ce roman est aussi très long et un peu répétitif dans sa structure: l'auteur fournit des informations politiques rapides pour peindre la situation, rédige de longs passages sur les objectifs de Michel-Ange dans ses différentes œuvres et y intercale des moments de désespoir aigu – le roman doit justement son nom à l'alternance entre la frénésie créatrice et le repos forcé d'un artiste soumis au bon vouloir de ses mécènes. Au bout d'une centaine de pages, j'ai commencé à trouver ma lecture laborieuse, et je ne me suis accrochée que parce que le sujet est vraiment prenant (et parce que je n'abandonne jamais une lecture ^^).

Par ailleurs, Michel-Ange ne ressort pas de ce livre comme un personnage très aimable. Certes porté par un flux créatif dévorant et "la fièvre du marbre", ainsi que par l'humanisme transmis par Laurent de Médicis, il est également impulsif et a une fâcheuse tendance à gémir sur son sort et à l'aggraver par la même occasion (par exemple en se fritant avec le pape), tout en se laissant exploiter par une famille assez rapace.

De mon côté, j'ai aussi découvert que je n'aime pas les œuvres de Michel-Ange. 😂 Ou plutôt, j'aime certains éléments de son David et de sa Pietà, mais je suis insensible à ses peintures. Même la célèbre scène de la création d'Adam me laisse de marbre. La fin du roman, toutefois, m'a émue. Je pense qu'elle rendrait très bien au cinéma. (D'ailleurs, le film a été adapté par Carol Reed en 1965 avec Charlton Heston dans le rôle de Michel-Ange. La bande-annonce est disponible sur Allo Ciné.)

Une lecture plus prenante dans son fond que dans sa forme, donc. 

Avec ses 777 pages, cette édition Arrow Books me permet de participer au challenge Pavé de l'été de Brize.