jeudi 14 juin 2018

Lovecraft. A look behind the Cthulhu mythos (1972)

Je suis tombée sur cette biographie de Lovecraft au marché aux livres de la place Gorge Brassens, à Paris. Je ne connaissais pas Lin Carter, qui s'avère être un écrivain de fantasy/fantastique très prolifique et un éditeur de Ballantine Books (pour moi, la maison qui édite Anne Rice en poche aux États-Unis ^^). Je vous renvoie vers sa page Wikipédia pour en savoir plus.


J'ai laissé passer un temps fou entre la fin de ma lecture et la rédaction de ce billet et mes idées ne sont plus très claires, mais j'ai adoré ce livre et l'ai trouvé passionnant. Bon, il est clair que je suis partiale, étant donné que j'adore Lovecraft, un des écrivains les plus importants de ma vie, et que je ne peux donc qu'apprécier de me pencher sur sa vie. Lin Carter s'intéresse plus particulièrement au parcours de Lovecraft concernant le "mythe de Cthulhu", concept que lui-même n'appelait pas ainsi (le terme aurait été employé pour la première fois par August Derleth, mais son origine est très nébuleuse). Lin Carter limite la portée de la chose en s'intéressant aux nouvelles qui reprennent des informations déjà fournies par des textes précédents et apportent de nouvelles informations. Il ne suffit donc pas que Cthulu et ses copains, dont je n'écrirai pas ici les noms truffés de h, soient cités en passant pour qu'un texte relève du mythe. Cela permet à Carter de limiter les textes à une douzaine, de The Nameless City à Fungi from Yoggoth (par ordre chronologique de rédaction).

Si Lin Carter admire et respecte énormément Lovecraft, il ne cache pas non plus ses travers. On découvre un homme un peu névrosé, pas franchement à l'aise avec son prochain, qui se prend bien au sérieux, avec une vision de lui-même et de ses origines tenant du gentleman britannique distingué (dans un extrait de ses lettres, j'ai cru lire du Jane Austen tellement le ton est daté! 😂), et un écrivain assez peu professionnel, qui envoyait des manuscrits mal fagotés à ses éditeurs et ne faisait pas de deuxième tentative auprès d'un autre éditeur si son premier essai essuyait un refus. En parallèle, toutefois, on suit l'évolution de son œuvre riche et diversifiée, et on plonge surtout dans sa correspondance titanesque: entre cinquante et cent correspondants et des lettres faisant parfois des dizaines de pages!

Une remarque de Lin Carter sur The Dream-Quest of Unknown Kaddath (qui ne fait pas partie du mythe tel qu'il le définit) qui m'a fait mourir de rire: "Azathoth enters the tale in a superb burst of florid rhetoric that is Lovecraftian hyperbole at its adjective-studded best (or worst)". 😂

Bien entendu, on ne saurait parler de Lovecraft sans parler de Weird Tales, le magazine pulp dans lequel il publiait ses récits, et de tous les écrivains avec lesquels il a échangé ou qui étaient publiés dans la même revue: Clark Ashton Smith, mon préféré (c'est Lovecraft qui l'a recommandé à Edwin Baird de Weird Tales afin qu'il y soit publié 💓), Robert E. Howard (mon autre préféré 💓), Robert Bloch (monsieur Psychose, oui, était un correspondant de Lovecraft pendant ses jeunes années!), August Derleth (qui fait même son apparition dans la fiction de Lovecraft sous le nom de comte d'Erlette), E. Hoffman Price, C.L. Moore (dont j'ignorais l'existence avant de lire le billet de Lohrkan sur le Livre d'or qui lui est consacré)... Et il est formidable de voir la bonne entente qui existait entre ces écrivains, qui se sont refilés des idées les uns les autres; Howard apportait quelque chose au monde de Lovecraft dans un de ses textes et Lovecraft, dans un autre texte, reprenait cet élément howardien! Il a même autorisé Robert Bloch à le tuer dans un de ses textes grâce à une lettre officielle, signée par lui-même et quatre témoins, dont un certain Abdul Alhazred! 😂😂

Après la mort de Lovecraft, son œuvre a survécu et le mythe a perduré grâce au travail d'August Derleth et Donald Wandrei, fondateurs de la maison d'édition Arkham House. Lin Carter insiste d'ailleurs sur l'influence de Lovecraft sur des écrivains qui ne l'ont pas connu, comme Carter lui-même, et cela m'a permis de prendre un peu de recul par rapport aux lovecrafteries actuelles, qui m'insupportent depuis que j'ai réalisé à quel point on colle du HPL partout pour vendre (les bandeaux "Lovecraft à l'honneur" des éditeurs de l'imaginaire au Salon du livre 2017, l'édition de luxe de Mnémos, les recueils de Nestiveqnen, les réécritures avec des femmes ou des noirs...). Peut-être que Lovecraft fait partie de ces écrivains influenceurs qui façonnent les générations suivantes, un peu comme Tolkien en fantasy. Lui-même a été fortement influencé par Poe et Dunsany dans ses jeunes années, à tel point que Carter parle de ses nouvelles poesques et dunsaniennes...

Une dernière chose que je ne veux pas oublier et que vous devez savoir: j'ai découvert ici que Lovecraft a été marié! Qui l'aurait cru! Sa femme s'appelait Sonia Greene et était une Ukrainienne d'origine juive (je précise ça parce que j'entends tout le temps parler du racisme de Lovecraft). Le mariage n'a pas duré longtemps, le monsieur détestant New York où il vivait avec elle et refusant de la suivre quand elle a trouvé du travail ailleurs...

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
Ce livre contenait une feuille de papier A4 pliée en quatre remplie de termes anglais avec leur traduction française et de noms d'écrivains. J'adore ce genre de trouvaille d'occasion et toutes les visions que ça soulève, la manière dont ça redonne vie à la personne qui a pris ces notes: a-t-elle lu le livre en entier? L'a-t-elle aimé? A-t-elle lu Lovecraft et tous les auteurs dont elle a noté le nom? Est-elle encore en vie et se souvient-elle seulement de ce livre auquel elle a accordé son attention un jour...?

6 commentaires:

  1. Je vais peut-être dire une grosse bêtise, mais il me semble que Lin Carter n'a pas toujours été très "juste" avec Lovecraft, c'est à dire que tout ce qu'il dit n'est pas forcément le vrai reflet de ce qu'était Lovecraft. Je ne sais plus où j'ai lu ça...

    En tout cas, il y a une nouvelle et énorme biographie qui doit sortir l'année prochaine je crois chez ActuSF, écrite par LE spécialiste de Lovecraft, S.T. Joshi, qui, elle, semble être la biographie définitive.
    "I am Providence", puisque tu lis aussi en VO. ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est fort possible, je crois qu'il y a eu pas mal d'égos et de réécritures pendant les années quarante à quatre-vingt!
      Oui, je connais Joshi, je crois que mon premier recueil d'HPL était dirigé par lui :) Je n'ai plus qu'à trouver ça d'occasion :p

      Supprimer
  2. Oh c'est mignon ces petites fiches :D
    (par contre je me rend compte que Lovecraft ça me parle pas plus que ça)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'étais sure que tu apprécierais ces petites notes :)

      Supprimer
  3. Sympa les notes en plus ! Je ne suis pas assez axée biographie pour que ça me tente, mais notons quand même.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est super intéressant pour connaître l'époque et le mouvement du weird/fantastique/horrifique des années trente aussi :)

      Supprimer

Exprime-toi, petit lecteur !