jeudi 14 octobre 2021

Deux lectures courtes: L'Échappée belle (2001, rééd. 2009) et le hors-série Une Heure-lumière 2018

Pour des raisons de calendrier, je réunis exceptionnellement deux livres dans ce billet: deux lectures courtes et stratégiques en une période où j'ai eu du mal à dégager du temps pour lire.

L'Échappée belle d'Anna Gavalda (autrice dont je vous ai déjà parlé ici) est le récit d'une escapade. Deux sœurs et un frère se retrouvent pour assister à un mariage. Dans la voiture, l'épouse du frère exprime de maintes manières son mécontentement face à leur manque d'organisation ou leur retard, et l'atmosphère est tendue; mais les trois membres de la fratrie se serrent discrètement les coudes, gardant leur calme face à la tempête. Une fois arrivés à destination, ils découvrent que leur frère cadet n'est pas venu et décident, sur un coup de tête, de le rejoindre.

C'est une jolie histoire pleine de souvenirs d'enfance et d'une solidarité propre aux fratries, mais avec plein de sentiments nuancés, car rien n'est tout blanc dans les vies de ces quatre personnages, vus par la narratrice, Garance. Pendant quelques heures, ils vont se retrouver entre eux, comme autrefois. Quand j'ai lu ce roman pour la première fois, il y a plus de dix ans, j'ai adoré cette bouffée d'air, cette envie d'évasion. J'ai moins ressenti cet enthousiasme cette fois, mais j'ai tout de même passé un joli moment. C'est un roman riche de nostalgie face au temps qui passe. Rien d'exceptionnel, mais la réalité de nos vies. Pour info, j'ai lu l'édition revue et corrigée parue chez le Dilettante, qui reprend le roman paru à l'origine chez France Loisirs en 2001.

Le premier hors-série de la célèbre collection Une Heure-lumière du Bélial' a atterri entre mes mains par erreur; je l'ai offert deux fois à la même personne, alors je suis rentrée chez moi avec. 😅 Il comprend une introduction d'Olivier Girard, fondateur du Bélial', qui raconte comment est né le projet de la collection. Très intéressant, même si tous ces gens qui insistent sur l'invendabilité des nouvelles en France me semblent surtout regarder leur fascinant nombril de gens plus intellectuels que les autres parce qu'ils lisent des textes courts... 🤔 Suit une nouvelle de Ken Liu, Sept anniversaires, traduite de l'anglais par Pierre-Paul Durastanti. Sept anniversaires, sept journées dans la vie d'une femme à la vie incroyablement longue, qui assiste à une évolution radicale de la Terre et de l'humanité. Après un premier chapitre très touchant, et malgré la présence de nombreux thèmes pertinents (relations parents-enfants, responsabilité de l'être humain vis-à-vis des autres espèces vivantes...), j'ai totalement décroché de ce texte trop désincarné pour moi. Enfin, le recueil se clôt sur une interview d'Aurélien Police, illustrateur ayant dessiné toutes les couvertures de la collection. Très intéressant aussi, même si on devine un certain égo, comme chez Olivier Girard. (En même temps, je suppose qu'on ne perdure pas dans l'édition et l'illustration si on n'a pas un minimum d'égo pour y croire...)

Voilà, une lecture pas très enthousiasmante pour moi. J'ai préféré le hors-série de 2020. Mais je vous conseille de lui donner une chance s'il croise votre chemin: la nouvelle de Ken Liu fait à peine trente pages, ce serait dommage de se priver d'une rencontre avec cet auteur... Vous pouvez aussi lire les avis de Lorhkan et d'Ombrebones, qui sont plus enthousiastes.

samedi 9 octobre 2021

Les BD du troisième trimestre 2021

Comme tous les trimestres, retour sur mes dernières lectures de bandes dessinées et de comics.

La compil du chat assassin de Véronique Deiss, d’après Anne Fine, traduite de l’anglais par Véronique Haïtse (2021)

La série du chat assassin compte plusieurs romans écrits en anglais par Anne Fine. En France, ils sont disponibles chez l’École des Loisirs dans une traduction de Véronique Haïtse. Rue de Sèvres propose également une adaptation en bande dessinée avec Véronique Deiss, dont ce volume regroupe les quatre épisodes: Journal d’un chat assassin, Le Retour du chat assassin, La Vengeance du chat assassin et L’Anniversaire du chat assassin. Les dessins sont très rigolos et les histoires sont cocasses. Tout commence par le retour du chat à la maison avec un lapin mort, ce qui pousse ses humains à le qualifier d’"assassin". C’est un bon moment de lecture féline, bien que ce ne soit pas mémorable. Et le prix est franchement raisonnable: 15€ pour quatre bandes dessinées, même courtes, c’est une bonne affaire!
Éditeur: Rue de Sèvres

Boule et Bill n° ? de Jean Roba ( ?)

J’ai lu un album de Boule et Bill en vacances dans une location et je n’ai pas noté le titre ou le numéro, donc je ne suis pas sûre de quel album c’était… Probablement Carnet de Bill, paru en 1976. C’était adorable. J’aurais tellement aimé lire ça quand j’étais gamine… 

Revolution de John Barber, Cullen Bunn et Fico Ossio, traduit de l’anglais par Cédric Delarbre (2021)

Attention, cross-over de la mort qui tue! Cet album de six épisodes (Prélude et les numéros 1 à 5) met en scène les Transformers, les GI Joe, Action Man, les Micronautes, ROM et MASK. Six licences de jouets que je connais très mal, voire, pas du tout, à l’exception de mes bien-aimés Transformers. C’est franchement mauvais, je n’ai rien compris à l’intrigue et les dialogues m’ont parfois semblé n’avoir ni queue ni tête. Une seule chose est claire: Optimus Prime est toujours ultra charismatique quand il prend la pose! Et Windblade, la seule Transformer femme, a des gros seins. 🤣 Je suis épatée de l’existence de ce truc, c’est vraiment dingue. Vestron publie des tas de cross-over hallucinants, genre Transformers vs Terminator, Transformers et Retour vers le futur, Robocop vs Terminator… Qui eût cru qu'il y avait un tel marché?
Éditeur: Vestron

Dino Park de Plumeri et Bloz (2021)

Ce spin-off des Dinosaures en bande dessinée, série dont je vous ai déjà parlé ici, ici et ici, met en scène de nombreux dinosaures dans un parc à dinosaures. C’est ultra-référencé à Jurassic Park, parfois jusqu’à l’excès tellement le modèle revient constamment, mais c’est aussi amusant et instructif que la série de départ. Il y a un véritable effort de transmission des informations connues sur les dinosaures présentés, y compris à travers trois doubles pages qui ne sont pas consacrées à des planches mais à l’approfondissement d’un sujet précis. À offrir sans hésitation aux moins de dix ans, qu’ils soient mordus de dinos ou pas.
Éditeur: Bamboo

Thanos gagne de Donny Cates (scénario) et Geoff Shaw (dessin), traduit de l’anglais par Mathieu Auverdin pour Makma (2017)

Cet arc narratif de six épisodes s’insère dans la série Thanos Vol. 2 de Marvel, mais peut se lire indépendamment malgré les nombreuses références à d’autres personnages ou évènements. Le Thanos de notre époque voit débarquer Ghost Rider (oui oui… Ghost Rider… Le personnage de Nicolas Cage… 😄) avec la Pierre du temps, qui l’embarque dans le futur, à la rencontre de lui-même: un vieux Thanos, devenu roi d’un univers désert, dont il a pratiquement éradiqué toute forme de vie. Vous savez peut-être que 1/ je déteste les histoires de voyage dans le temps et 2/ j’ai détesté Thanos au cinéma… Il est donc surprenant que j’aie apprécié cet arc, qui est plutôt bien foutu et bien dessiné et montre les véritables motivations de Thanos: loin de vouloir "rééquilibrer l’univers" par un massacre d’ampleur, il veut simplement tuer tout le monde pour séduire la Mort, dont il est amoureux. Une motivation que je trouve beaucoup plus censée. Et puis il a tué sa mère quand il avait douze ans, ce que je trouve digne d’un vrai méchant.
Éditeur: Panini

Thanos. Sanctuaire zéro de Tini Howard (scénario) et Ariel Olivetti (dessin), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse (2019)

Cette histoire en six épisodes raconte le début de la relation entre Gamora et Thanos. Leur rencontre se fait dans la violence: Thanos extermine les habitants de la planète Zen-Whoberi afin d’empêcher le Magus de les convertir à sa religion, l’Église Universelle de la Vérité, mais laisse la vie sauve à une petite fille qui, comme lui, voit la Mort. Il la ramène sur son vaisseau, où elle doit se reconstruire. L’histoire est racontée par Gamora, adulte, à un petit enfant qui n’est autre qu’une version du Magus venue… je ne sais d’où en fait, probablement d’un futur parmi d’autres? Quoi qu’il en soit, l’histoire est intéressante, puisqu’on voit une petite fille à la résistance extraordinaire s’adapter à un contexte ultratraumatisant pour survivre. Et Thanos, qui court après la Mort et est hanté par le Magus qui lui parle alors que Thanos n’a rien demandé, est plutôt compréhensible et presque sympathique.
Éditeur: Panini

Le chat qui rendait l’homme heureux – et inversement (vol. 1) d’Umi Sakurai, traduit du japonais par Sophie Piauger (2018)

Un homme seul et triste adopte un chat exotic shorthair, qui s’ennuie dans sa cage dans une animalerie et dont personne ne veut parce qu’il est gros et n’est plus un bébé. (J’ai vérifié à quoi ressemblent les exotic shorthair et il faut dire que ce ne sont pas les chats les plus sexys qui soient…) Il l’appelle Kukumaru, qui signifie quelque chose comme "grand bonheur, bonheur en rond". Les deux vont retrouver l’amour et la joie au contact l’un de l’autre. Fukumaru est totalement hystérique d’avoir été adopté, lui qui croyait que personne ne voudrait jamais de lui, et l’homme se rouvre progressivement à la vie. On comprend assez rapidement qu’il a vécu un deuil douloureux. C’est une belle histoire sur la manière dont les animaux de compagnie nous aident à surmonter la solitude et à être heureux, tout simplement. Deux petites critiques, toutefois: la relation humain-chat est vraiment très fusionnelle (même pour moi!) et il est parfois difficile de comprendre à qui appartient la voix off, car le narrateur change de chapitre en chapitre (parfois le chat, parfois l’homme, parfois une autre personne).
Éditeur: Soleil

Docteur Strange & Docteur Fatalis: Triomphe et tourment de Roger Stern (scénario), Mike Mignola (dessin) et Mark Badger (encrage et couleurs), traduit de l’anglais par A. Catteau (1989)

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre entre le docteur Strange et le docteur Fatalis, qui font temporairement équipe pour libérer la mère de ce dernier des Enfers. L’histoire est bien menée et se lit très bien seule, sans connaître les personnages ou d’autres comics. Et Mike Mignola au dessin, c’est toujours le bonheur. Et puis j’ai lu une édition spéciale en très grand format: l’ouvrage est difficile à ranger dans la bibliothèque, mais les planches gagnent à être vues en grand ! 💖
Éditeur: Panini

lundi 4 octobre 2021

La gamelle de septembre 2021

Septembre, le mois de la rentrée et du retour à la vie réelle après la pause des vacances...

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Shang-Chi et la légende des dix anneaux de Destin Daniel Cretton (2021)


Pfiou! La bande-annonce m'avait tellement peu convaincue que je m'attendais à un gros navet, et en fait j'ai trouvé ça super, à tel point que je suis allée le voir deux fois. Shang-Chi est un Marvel fort sympathique avec de nouvelles perspectives qui relèvent quasiment du fantastique – au final, le danger qui menace la Terre est une créature démoniaque type Cthulhu. Il y a une dragonne. Et il y a Morris. J'adore Morris. 😍

Dune. Première partie de Dennis Villeneuve (2020)
Un film total, porté par une vision totale; Dennis Villeneuve a pensé son univers dans les moindres détails et tout est très convaincant. L'histoire prend son temps pour nous faire entrer dans la vie des personnages et les poser, et le tout est porté par une musique très bien choisie (bravo Hans Zimmer). Je dois toutefois dire que je n'ai pas été plus transportée que ça. En partie à cause d'une certaine froideur permanente, à l'exception de LA scène de Jason Momoa (le seul personnage qui sourit de tout le film est aussi mon préféré, et ce n'est peut-être pas un hasard...), et en partie de quelques éléments que j'ai trouvés plus faibles, comme le méchant très méchant, très avide, très moche et très obèse (sans commentaires...) ou le retour incessant de figures féminines à contre-jour, un truc que je trouve insupportable.
Sur le plan "la hype m'a grave saoulée": pour un film que certains qualifient de féministe et d'écologiste, les femmes sont étonnamment cantonnées à de la figuration (à contre-jour!) et toute notion de rapport à l'environnement est traitée étonnamment rapidement. C'est un film à voir pour la beauté de ses images, pas du tout pour son contenu ou son message.

Du côté des séries

Rien, hélas. J'ai perdu mon rythme de croisière en août, à cause de ma connexion pourrie en vacances, et je n'ai pas repris en septembre... Mais il faut que je m'affole pour revoir la première saison de The Witcher avant la sortie de la deuxième!

Et le reste

J'ai lu lu numéro 3 d'Epsiloon, qui m'a convaincue de ne pas poursuivre avec cette revue (ou bien ponctuellement, si le dossier porte sur un sujet qui m'intéresse), et mon Cheval Magazine adoré en fin de mois.

mercredi 29 septembre 2021

Watership Down (1972) 🐰

Chronique express!

Comme les copains ont fait des retours enthousiastes lorsque Watership Down de Richard Adams est sorti chez Monsieur Toussaint Louverture dans une traduction de Pierre Clinquart, je n'ai pas hésité à l'acheter lorsque j'ai croisé le chemin de la VO – d'autant plus que cette couverture d'Emily Sutton pour Penguin est irrésistible. Comme souvent, j'ai bien fait: ce roman s'est avéré génial!

C'est l'histoire d'une bande de lapins qui quitte sa garenne du jour au lendemain, l'un d'entre eux ayant eu une vision lui annonçant la destruction de ladite garenne. Une dizaine d'aventuriers qui devront affronter de terribles dangers pour trouver un nouveau lieu où vivre: les prédateurs, l'être humain, les véhicules, et même d'autres lapins qui ne sont pas forcément transparents sur leur mode de vie ou sont carrément embrigadés dans un régime ultrasécuritaire. La manière dont Richard Adams a donné vie à la culture et aux mœurs lapines est absolument brillante. Ils ont leurs mythes, leur langue, leur organisation sociale... Tout est extrêmement crédible et on est vite happé par l'action et conquis par certains personnages hauts en couleur, comme le guerrier Bigwig que j'ai adoré et qui n'aurait pas eu à pâlir dans un roman de David Gemmell.

Je n'ai qu'un seul bémol à émettre: la représentation des lapines est totalement déplorable... Le groupe d'aventuriers est composé uniquement de mâles. Il faut attendre une bonne centaine de pages pour qu'on rencontre une lapine et qu'elle soit nommée. Il faut attendre une centaine de pages de plus pour qu'une autre lapine prenne la parole. Les mâles parlent constamment des femelles en disant "ma lapine" et le groupe monte deux expéditions pour récupérer (kidnapper, quoi!) des lapines dans d'autres lieux (une ferme et une autre garenne) parce qu'ils doivent se reproduire. En bref, l'auteur a transposé une organisation sociale ultra patriarcale chez des animaux non humains chez qui il aurait pu – vu qu'il s'agit de toute façon de personnages de fiction dans une œuvre de fiction – inventer un système tout à fait différent. C'est dommage... Mais lisez ce roman quand même, il est génial!

Allez donc voir ailleurs si ces lapins y sont!

vendredi 24 septembre 2021

La chatte (1933) 🐈

Chronique express!

Alain et Camille sont jeunes, riches et fraîchement mariés. En attendant que les travaux soient finis dans leur future maison, ils logent dans un appartement au neuvième étage, quelque part à Paris. Mais Saha, la chatte d’Alain, restée dans la maison où il a grandi à Neuilly-sur-Seine, se languit de son maître et perd du poids… Alors, il la ramène dans son nouveau foyer.

La Chatte me semble s’insérer à la perfection dans l’œuvre de Colette – pour le peu que j’en ai vu, en tout cas. On y trouve des dialogues faisant la part belle à l’implicite, des relations très fines entre psychologies complexes, un jardin de ville empli de plantes luxuriantes et un chat. Une chartreuse, plus précisément. Une chatte racée, féminine, sensuelle et joueuse, qui a une relation tout à fait unique et charnelle avec son maître Alain. Bien sûr, tout cela n’est pas du goût de Camille, l’épouse… L’histoire est racontée essentiellement du point de vue d’Alain et on assiste en quelques semaines au délitement total d’un mariage (qui, certes, ne commençait pas non plus avec un enthousiasme franchement débordant). Colette parle des tout petits ressentis qui font le quotidien et aborde les relations sexuelles sans voile. On comprend très vite que ça ne colle pas pour Alain et qu’il a la tête totalement ailleurs. C’est fin, c’est moderne, c’est une réussite. Colette était vraiment très forte! Et ça se lit vite. Cette édition Grasset fait 200 pages, mais la police est très grande. Alors, n’hésitez pas!

Pour une raison que je ne m'explique pas, les deux livres de Colette que j'ai achetés dans cette superbe édition reliée en cuir n'ont pas le même éditeur: Albin Michel pour Claudine à l'école, Grasset pour la Chatte. Mais c'est beau quand même.

dimanche 19 septembre 2021

Notes de chevet (Xe-XIe siècles)

Notes de chevet de Sei Shônagon est un ouvrage japonais composé à la fin des années 990 et au début des années 1000. La vie de l’autrice est mal connue, mais on sait qu’elle était une dame d’honneur de la cour impériale japonaise, plus précisément de l’impératrice Teishi. Avec ces Notes, elle tient à la fois des listes et un journal. Parfois, elle énumère des éléments (des lacs, des choses rares, des temples…); parfois, un sujet lui évoque des anecdotes de la vie à la cour, qu’elle raconte plus précisément. Le résultat est à la fois fascinant et très difficile à lire.

Le côté fascinant est dû à la très belle traduction d’André Baujard, qui se lit toute seule et dégage une élégance et un raffinement qui vont fort bien au contexte de la cour impériale. Ne connaissant pas du tout le japonais, je ne peux me prononcer sur l’original, mais on a ici l’impression que Sei Shônagon s’exprimait avec beaucoup de clarté et de distinction et avait beaucoup d’esprit. Les listes sont parfois touchantes et invitent à prêter attention à de petites choses. Citons par exemple les chapitres 134 à 136: "Choses qui donnent confiance", "Choses qui rendent heureux" et "Choses vénérables et précieuses". Tout un programme. 💖 D’un autre côté, la dame d’honneur savait aussi mordre quand elle n’aimait pas quelque chose ou quelqu’un et n’était pas exempte de sentiments bien humains. J’ai ainsi noté cette citation rigolote dans le chapitre 14, "Choses détestables":

"Une personne qui vous était déjà complètement antipathique, alors qu’elle n’avait rien fait pour cela, et qui se rend coupable d’une chose qui vous déplaît."

Hélas, toute cette beauté et cet esprit ont été entravés, pour moi, par un fossé culturel franchement infranchissable. Malgré les nombreuses notes de fin d'ouvrage, j’ai globalement été à mille lieux de comprendre ce que racontait Sei Shônagon dans ses anecdotes de cour: réactions des personnages, messages implicites, coutumes de l’époque, missives contenant des bribes de poésies… l’essentiel m’échappait clairement. Je pense que le fossé est particulièrement marqué ici à cause de l’éloignement à la fois géographique et temporel; non seulement je connais mal le Japon actuel, mais en plus on parle ici du Japon du Xe siècle! Je serais certainement en difficulté pour lire un texte européen du Xe siècle, alors japonais, n’en parlons pas… J’ai noté un exemple particulièrement gros au chapitre 43, "Choses qui semblent éveiller la mélancolier":

"La voix de celui qui parle après avoir mouché, à la hâte, son nez qui coulait.
S’arracher les sourcils."

Et là, perplexité de ma part. Quel rapport entre la voix de quelqu’un qui s’est mouché et la mélancolie? Et entre l’arrachage de sourcils et la mélancolie? Sur ce deuxième point, une note m’informe généreusement que la chose était faite "pour s’en peindre d’autres plus haut", mais je ne comprends quand même pas. Un lien avec l’affaissement de la peau dû au vieillissement, peut-être? On se maquillait des sourcils plus haut pour paraître plus jeune, de même qu'on fait, aujourd’hui, des injections de botox pour affermir le visage?

Globalement, mes incompréhensions n’étaient pas toutes aussi marquées que sur ces deux points, c’était plutôt une impression générale de rater des sous-entendus. Par exemple, toutes les courtisanes éclatent de rire après que quelqu’un a dit quelque chose et je n’y vois rien de drôle…

L’ouvrage étant quand même assez dense (environ 350 pages dans un format et une police intermédiaires), je dirais qu’il est destiné à des grands amateurs de la culture japonaise, dont il forme d’ailleurs, selon l’introduction et la page Wikipédia, un chef d’œuvre littéraire (il est d’ailleurs publié par Gallimard dans une collection intitulée Connaissance de l’Orient réalisée en partenariat avec l’Unesco). Même si je n’ai pas été pleinement satisfaite de ma lecture, car je m’attendais plutôt à une réflexion sur l’impermanences des choses et, de là, sur le sens de la vie, je suis ravie d’avoir découvert ces Notes, qui restent fort agréables à lire en français et donnent assez envie… de faire soi-même ses propres listes. 😉

mardi 14 septembre 2021

Claudine à l’école (1900)

J’ai beaucoup aimé ce que j'ai lu de Colette, alors je n’hésite pas à acheter ses romans lorsque je tombe dessus. Même un livre aussi culcul que Claudine à l’école, sorte de Martine romanesque et champêtre qui ne m’attirait pas plus que ça… Et j’ai eu bien raison de lui donner sa chance, puisque j’avais tout faux: Claudine à l’école n’est pas du tout l’équivalent romanesque des albums de Martine. C’est l’histoire d’une cancre. 🤣🤣

Bon, c’est champêtre, ça c’est sûr. Nous sommes dans une école rurale française, probablement en Bourgogne, vers la fin du XIXe, et nous lisons le journal de Claudine, âgée de 16 ou 17 ans. Elle prépare le certificat d’études et vit donc sa dernière année à l’école avant de partir à Paris. Sa mère est morte et son père ne s’occupe que peu d’elle, affairé comme il l’est à étudier les limaces de la région. Par conséquent, elle est libre d’occuper son temps comme elle le souhaite. Très sûre d’elle et bonne élève, elle travaille parce qu’il le faut, mais sans passion, tyrannise ses camarades de classe et tient tête aux enseignantes. Surtout à Mademoiselle Sergent, dont elle est jalouse… Car celle-ci lui a piqué Aimée, une autre maîtresse dont Claudine est tombée amoureuse! En effet, Claudine à l’école parle ouvertement de relations homosexuelles, d’abord avec le rapprochement entre Claudine et Aimée, puis avec la relation de Mademoiselle Sergent et Aimée, puis avec l’idolâtrie de Luce pour Claudine…

Entre l’élève rebelle (qui n’aurait fait de moi qu’une bouchée si j’avais été à l’école avec elle, soit dit en passant…) et la vision tout à fait décomplexée de l’homosexualité, on est donc très loin des albums de Martine, vous l’aurez compris.

En outre, Colette parle également des rapports de pouvoir entre hommes et femmes avec la figure de Dutertre, le délégué cantonal qui couche avec les enseignantes et se frotte de très près aux "grandes", les élèves de dernière année. Un bon petit obsédé qui frôle avec la pédophilie, c’est charmant.

Et pourtant, Claudine à l’école garde un petit côté champêtre et suranné, lié à l’époque lointaine qu’il nous raconte, quand passer le certificat d’études était tout un programme (trois jours à l’hôtel dans le chef-lieu pour passer les épreuves!), que les élèves de différents âges étaient réunies en classe unique, mais avec les garçons et les filles dans des établissements séparés, et qu’on écrivait sur des pupitres… C’est tout à fait charmant, et bien que Claudine ait très bien compris le fonctionnement du monde qui l’entoure, on a l’impression qu’il ne pouvait rien arriver de mal dans ce monde-là. C’est un peu l’anti-Zola, en quelque sorte. 😄 Même quand elle parle de Dutertre, ça reste léger, amusant.

En plus, Colette écrit divinement bien, autant lorsqu’elle adopte un ton plus lyrique que quand elle décrit avec humour les jalousies de Claudine, donc j’ai adoré cette lecture.

Claudine à l’école a d’abord été publié sous le nom de Willy, alors époux de Colette, mais c’est bien elle qui l’a écrit. 💪

Le petit truc en plus que vous avez absolument besoin de savoir: j’ai trouvé cette édition Albin Michel, imprimée en 1950 et reliée en cuir, pour la modique somme de six euros dans une brocante de Bordeaux par un jour de début juillet. Il faisait beau, les week-ends estivaux commençaient, apportant avec eux la promesse des vacances, j’étais avec des amis que j’aime et des cannelés attendaient dans mon sac. C’était le bonheur, quoi.

jeudi 9 septembre 2021

Lágrimas en la lluvia (2011)

Chronique express!

Je vous présente mon paillasson Batman
et ses nombreux poils de chat. 😄

Madrid, 2109. Bruna Husky, détective androïde, se réveille péniblement, l’esprit alourdi par l’alcool. Sa voisine, elle aussi une androïde, tambourine à sa porte. Mais, une fois entrée dans l’appartement, elle attaque Bruna en prétendant être humaine, puis se suicide. L’autopsie révèle qu’elle portait une mémoire artificielle clandestine, responsable de ses propos incohérents et de son comportement violent. Commence alors, pour Bruna, une enquête policière délicate. Mandatée par Myriam Chi, la directrice du Mouvement Radical Répliquant, elle devra faire la lumière sur plusieurs morts d’androïdes – appelés réplicants en référence au film Blade Runner – dans un contexte politique explosif, où les tensions entre humains et réplicants ne font que s’exacerber. Il semble clair que quelqu’un, dans l’ombre, fait tout son possible pour que la situation dégénère…

Bien branchée par les retours positifs des copains, j’ai saisi l’occasion d’acheter ce roman dès que je l’ai trouvé en VO. Et grand bien m’en a pris, puisque j’ai adoré. Rosa Montero, dont j’avais déjà lu Bella yoscura (il y a suffisamment d’années pour n’en avoir aucun souvenir…), a su mettre en scène des personnages fort sympathiques dans un univers qui est, lui, fort peu sympathique (Terre bouleversée par le changement climatique, raréfaction des ressources, racisme permanent des humains envers les réplicants et les extraterrestres…), mais tellement bien construit qu’on adhère à 100%. Bruna m’a parfois agacée car elle passe à côté de certaines choses pourtant voyantes – le comportement anormal de la numéro deux du Mouvement Radical Répliquant, par exemple – et a beaucoup de mal à tenir sa langue, mais quelque part cela fait aussi d’elle quelqu’un de très humain. Ce qui est une belle réussite pour quelqu’un qui n’est, en fait, pas une humaine, ahah! Quant aux personnages secondaires, ils sont tous très réussis. Et puis, la narration est très prenante et pleine d’humour noir, j’ai adoré. Même si les copains sont unanimes pour dire que la suite est moins bien, j’ai acheté dare dare les deux autres romans. Après l’ours blanc de ce tome, l’éditeur Booklet a choisi un tigre et un corbeau pour ses couvertures. Hâte de voir ça!

Allez donc voir ailleurs si ces larmes y sont!
L'avis de Baroona
L'avis de Lorhkan
L'avis de Tigger Lilly

samedi 4 septembre 2021

La gamelle d'août 2021

Comme d'habitude, faisons le bilan culturel du mois écoulé. J'ai profité des vacances pour replonger dans l'univers Marvel et écouler des revues qui commençaient à s'accumuler.

Sur petit écran

Les Gardiens de la galaxie de David Gunn (2014)
Lorsqu’il est sorti au cinéma, j’ai tout simplement détesté ce film. Bon. Au deuxième visionnage, il n’est quand même pas si douloureux. C’est un film popcorn, quoi, et les personnages de Rocket, Drax et Groot sont même sympathiques. Je trouve, néanmoins, que tout y est poussif: l’humour, l’évolution des personnages, la naissance des liens amicaux entre eux, les confidences de Gamora et Peter Quill, le déhanchement sexy de Nebula et cet usage exaspérant de la musique pour montrer qu’on est tellement cool parce qu’on écoute des morceaux vintage. Et puis, quand on a la chance d’avoir Glenn Close au casting, on lui donne plus que trois répliques, non? Bon. Mais ça se laisse regarder, quoi. Une seule scène m’a touchée: l’union des vaisseaux des Nova Corps pour défendre Xandar. 😍

Les Gardiens de la galaxie. Vol. 2 de David Gunn (2017)
Ayant détesté le premier opus, j’avais fait l’impasse sur le deuxième lors de sa sortie au cinéma. Au final, je l’ai préféré au premier. Peter Quill, le personnage que je n’aime pas, est finalement peu présent; il doit avoir une demi-heure de scènes vraiment à lui. Du coup, les autres personnages sont plus mis en avant et travaillés, et Yundu, qui était parfaitement oubliable dans le premier film, parvient même à devenir très attachant. On passe aussi beaucoup de temps avec Rocket et Groot, et un peu moins avec Gamora et Nebula, mais quand même. Par contre, je déteste l’intégralité des chansons, ça ça ne s’est pas arrangé…

Avengers: Infinity War d’Anthony et Joe Russo (2018)
Ce film m'avait laissée assez indifférente au cinéma, la faute à la mort de Loki au bout de cinq minutes (NO LOKI, NO MOVIE) et à un méchant que je trouve complètement raté. Avec ce deuxième visionnage, je trouve que la conclusion de dix années de films Marvel commence plutôt bien. Le film passe du ton humoristique habituel à une vision plus sobre et se termine agréablement mal. Il réussit, en outre, à trouver un équilibre très réussi entre la bonne vingtaine de personnages importants qu’il réunit, chacun ayant un vrai rôle, voire une scène dédiée et importante. Et puis T’Challa crie "WAKANDA FOREVER" et ça ça vaut de l’or, mes amis, de l’or (on signe où pour s'engager dans l'armée du Wakanda?). Même Thanos m’a moins déplu. Je trouve toujours son plan totalement merdique, mais au moins il en jette en tant que personnage superpuissant, et sa relation avec Gamora est vachement plus compréhensible quand on vient de voir ou revoir les deux Gardiens.

Avengers: End Game d’Anthony et Joe Russo (2019)
Après la disparition de la moitié des êtres vivants de l’univers, une poignée d’Avengers, dont les cinq membres d’origine du premier film, met tout en œuvre pour remettre la main sur les Pierres de l’Infini, donnant vie à un voyage dans le temps qui permet de retrouver, ne serait-ce qu’une minute, une multitude de personnages des films passés. Dont Loki et Frida, que j’adore – et si le premier est à peine visible, la deuxième a droit à une vraie scène qui lui rend honneur. Puis c’est la bataille finale, que je trouve frustrante à cause du décor sombre et enfumé (presque digne d’un film DC…) mais qui flatte néanmoins la fibre épique qui sommeille en chacun de nous. Une conclusion satisfaisante, donc, ce que je n'avais pas pensé à l'époque. C’était la fin d’une ère Marvel, la fin d’une décennie et, avec le recul, la fin du Monde d’Avant: l’année suivante, une certaine épidémie allait mettre le cinéma à genoux, blockbusters compris…

Sur grand écran

Pas de cinéma ce mois-ci.

Du côté des séries

Je n'ai rien regardé, mais j'ai revécu la saison 6 de Downton Abbey par procuration car mon homme a replongé. 💛

Et le reste

J'ai lu les deux premiers numéros d'Epsiloon, la nouvelle revue scientifique fondée par d'anciens journalistes de Science & Vie. La maquette est agréable et le contenu est intéressant, mais j'y ai retrouvé ce que je reprochais auparavant à Science & Vie: un certain sensationnalisme dans les titres, un enthousiasme insensé dans les articles (on est toujours à la veille d'une révolution incroyable, par exemple) et une rédaction pas toujours d'une grande élégance. Dans le numéro 2, j'ai même trouvé que l'article sur la reforestation sentait l'anti-écologisme primaire, à croire qu'il y a un horrible complot des écolos pour nous faire planter des arbres et détruire la planète! J'ai quand même acheté le numéro 3, car j'ai besoin d'intégrer les sciences à ma routine et que la revue se lit plutôt rapidement, mais je ne suis pas convaincue.

J'ai également lu deux numéros de Livres Hebdo récupérés auprès de Vert pour garder un œil sur le monde de l'édition, et, en fin de mois, mon Cheval Magazine adoré (qui se dégrade au fil des années, en fait, mais passons...).

lundi 30 août 2021

Michel Strogoff (1876)

Chronique express!

Comme toujours, c’est un immense plaisir de lire Jules Verne, qui mélange à merveille aventure, humour et informations scientifiques. Dans Michel Strogoff, ce dernier élément s’exprime essentiellement par des données géographiques. En effet, Michel Strogoff, courrier du tsar, est chargé de transporter une précieuse missive depuis Moscou jusqu’à Irkoutsk, ville de Sibérie orientale, afin de prévenir le frère du tsar des manigances d’un traître, un Russe qui soutient l’invasion tartare menaçant l’empire. Bien entendu, le chemin de Michel Strogoff, déjà pénible en temps normal, sera semé d’embûches à cause de ladite invasion et des hordes tartares qui rôdent dans la campagne. Mais Michel Strogoff est un homme de fer, déterminé à arriver coûte que coûte, et il rencontrera en route plusieurs personnages qui sauront l’aider: Nadia, qui cherche elle aussi à gagner Irkoutsk, et Alcide Jolivet et Harry Blunt, journalistes respectivement français et anglais. Deux personnages hauts en couleur qui apportent une touche d’humour très sympathique.

Des aventures à fond de train à travers la Russie: évidemment, j’ai adoré, et je recommande. Lisez Verne, c’est vraiment génial!

mercredi 25 août 2021

D'un cheval l'autre (2020)

Chronique express!

Bartabas, fondateur de la troupe de théâtre équestre Zingaro, propose dans Un cheval l’autre une sorte d’autobiographie, cheval après cheval. Chaque chapitre est consacré à un épisode dans la vie d’un de ses chevaux, que ce soit la rencontre, un instant partagé, une maladie ou une séparation. Mis bout à bout, tous ces moments permettent de suivre ses débuts à cheval et sa carrière.

Bien entendu, il est impossible de ne pas rêver à ses descriptions de dressage et de spectacles; n’importe quel cavalier bave devant ses chevaux. Et je me suis retrouvée, de manière plus personnelle, dans une sorte d’aisance et de plénitude ressentie en présence des chevaux plus que des humains, comme si ces animaux donnaient du sens à la vie. J’ai aussi été émue par un chapitre très douloureux sur la fin de Zingaro, le célèbre étalon frison qui a fait la renommée de la troupe. Par contre – et cela, je pense, n’étonnera pas les gens qui ont déjà vu le personnage en interview... – Bartabas a un égo GIGANTESQUE, un truc juste hallucinant, et s’exprime avec une certaine pomposité qui m’a profondément déplu. En plus, je l’ai souvent trouvé anthropomorphique dans son propos, ce que je trouve fort surprenant chez un professionnel du cheval. En bref: je dirais que c’est un livre à lire pour les chevaux, pas pour l’homme… 😅

vendredi 20 août 2021

La Langue de Trump (2019)

Chronique express!

En 2016, Bérengère Viennot, journaliste et traductrice, a été confrontée de près à une sacrée difficulté: traduire Donald Trump, nouvellement élu à la présidence des États-Unis. Après un rappel fort concis et clair sur ce qu’est une traduction – nous restituons un message, pas des mots –, elle explique dans ce court essai comment elle a dû faire évoluer sa pratique dans le cas de Trump.

En général, en effet, le traducteur est censé "réparer" le discours du locuteur d’origine si celui-ci commet des erreurs. Par exemple, si vous traduisez un roman dans lequel un personnage habillé en vert est soudain en bleu, vous rétablissez la couleur verte de sa tenue (à moins que ce changement de couleur ne soit délibéré, bien sûr). Autre exemple: si vous traduisez quelqu’un qui n’a pas beaucoup de vocabulaire, vous trouvez des synonymes pour éviter les répétitions.

Or, chez Trump… Eh bien, sa manière de s’exprimer fait partie intégrante du personnage et de son message, donc, vous devez vous exprimer comme lui. À partir de là, Bérengère Viennot aborde plusieurs points caractéristiques de la communication de Trump: les phrases sans queue ni tête, la déformation de la réalité, l’usage massif de Twitter, l’égo, la haine des journaux… C’est passionnant et ça se lit tout seul, c’est vraiment à mettre entre toutes les mains – même si, bon, quand elle cite Trump pendant plus de quatre lignes, ça donne un peu mal à la tête d’essayer de comprendre ce qu’il raconte. Ça manque un peu de complotisme, mais l’essai est paru en janvier 2019, donc bien avant le délire de Trump sur la prétendue fraude électorale qui lui aurait coûté sa réélection.

Bref: un document d’actualité à lire sans hésiter, et en serrant les doigts pour que le délire ne recommence pas en 2024. 🙃🙃

dimanche 15 août 2021

L'Argent (1890)

Dix-huitième tome des Rougon-Macquart: après les locomotives de la Bête humaine, place à la finance et à la Bourse de l’Argent!


L’intrigue
Saccard, le spéculateur qui faisait fortune dans la Curée en achetant des immeubles parisiens durant les grands travaux haussmanniens, rôde à la Bourse de Paris. Il est au plus bas et ne rencontre guère d’aide parmi les joueurs et spéculateurs, mais est toujours aussi déterminé à brasser les millions. Avec l’ingénieur Hamelin et sa sœur Caroline, naît alors un projet d’ampleur: fédérer les paquebots de Méditerranée et exploiter des mines en Orient sous le chapeau d’une banque, l’Universelle. Hamelin pourra travailler sur le terrain, tandis que Saccard se chargera de la création de la banque et de son entrée en bourse.

Le monde de la finance
Le roman commence à deux pas de la Bourse de Paris, institution qui y jouera un rôle essentiel. Zola nous plonge dans les arcanes de la création d’entreprise et de la capitalisation boursière. L’Universelle est constituée avec un capital de vingt-cinq millions de francs, à raison de cinquante mille actions valant cinq cents francs chacune. Bien sûr, l’objectif est ensuite de faire monter la cote de ces actions à la Bourse. Dès le début, l’affaire est louche: le comité d’administration est créé en faisant circuler un mensonge sur l’éventuel soutien d’Eugène Rougon, ministre de l’Empereur et frère de Saccard, les actions ne sont pas créées/achetées de manière bien légale (elles ne sont pas "souscrites", mais je ne sais plus ce que ça veut dire… 😅) et Saccard se jette dans le combat à la hausse par tous les moyens, essentiellement en achetant des actions lui-même, sous des prête-noms, ce qui est évidemment illégal. Les concepts financiers ne sont pas des plus clairs et le lexique présent dans cette édition du Livre de poche est très utile, même si, parfois, je ne l’ai pas compris non plus. 😅 En tout cas, Zola s’est bien documenté, comme toujours, et c’est assez prenant de plonger dans la Bourse du temps du papier.

Le prix de l’argent
Bien sûr, toutes ces magouilles ont un coût, et ce ne sont pas ceux qui prennent les risques qui vont le payer. Saccard obtient la confiance de nombreux petits investisseurs, d’une part parce qu’il fait beaucoup de publicité, d’autre part parce qu’il rachète des journaux et leur fait publier, évidemment, des articles élogieux (l’indépendance de la presse, ce thème toujours d’actualité…) et enfin parce qu’il fait courir des rumeurs discrètes sur le véritable but de l’Universelle, une banque proche des milieux catholiques qui aurait vocation à soutenir le Pape grâce aux investissements des catholiques du monde entier. Parmi ces investisseurs, je me souvenais des Beauvilliers, une comtesse âgée et sa fille, qui maintiennent un luxe de façade en se privant du moindre confort: pourvu de recevoir avec classe deux fois par mois, elles mangent des pommes de terre le reste du temps. Leur ruine sera totale et RIEN ne leur sera épargné. Elles sont peut-être parmi les personnages les plus poignants de Zola…

Un antisémite de base
L’épopée de cette banque catholique se fait en opposition à la finance juive, incarnée par Gundermann, le roi de la Bourse de Paris. Saccard est un antisémite de base, convaincu que les Juifs sont retors, qu’ils contrôlent tout et que ce sont des voleurs, et il prononce plusieurs tirades contre eux. Ce n’est pas le plus marquant dans ce roman, mais c’est intéressant de le citer car cela fait écho à l’engagement futur de Zola en faveur de Dreyfus; on comprend très bien que Zola ne partage pas l’avis de Saccard et que celui-ci est en pleine théorie du complot. (Ah, si Zola avait connu le début des années 2020, quel roman n’aurait-il pas écrit sur le complotisme… 😅)

Mme Caroline, un personnage lumineux
Face aux magouilles de Saccard et à la fin catastrophique que l’on voit arriver, le lecteur peut trouver un peu de réconfort auprès de Mme Caroline, la sœur de l’ingénieur Hamelin, et, dans une moindre mesure, auprès de celui-ci. Elle est un beau personnage droit dans ses bottes, plein de compassion pour autrui et de bon sens, et l’on s’attache beaucoup à elle malgré ses choix malheureux. Son frère est très positif aussi, mais on le voit beaucoup moins, vu qu’il part en Orient. Caroline, présente à Paris tout au long de l’intrigue, a un rôle plus important et c’est son point de vue qui nous guide dans certains chapitres. La sœur et le frère sont très différents, mais ils font preuve d’une belle entente qui fait chaud au cœur. L’idée me vient soudain qu’on pourrait les rapprocher de Hubert et Hubertine dans le Rêve, un couple très soudé.

Pour finir : Zola ne serait pas Zola sans appétits sexuels…
Bien sûr, l’Argent parle essentiellement de soif d’argent (ah, ah!), mais il contient la dose réglementaire de sexe avec une scène INCROYABLE impliquant la baronne Sandorf et Saccard, surpris en petite tenue par l’amant attitré de Madame, et les suites d’un viol issu d’un lointain passé et en entraînant un autre, triste à mourir. Comme toujours, Zola osait tout dire, c’est épatant dans un roman d’un siècle très puritain!

Allez donc voir ailleurs si cet argent y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Tigger Lilly

mardi 10 août 2021

The Sundial (1958)

Après We Have Always Lived in the Castle, j'avais très envie de poursuivre ma découverte de Shirley Jackson. C'est chose faite avec The Sundial, le Cadran solaire, un roman très étrange...


La splendide maison Halloran abrite une famille très aisée et très particulière. La maîtresse des lieux est Mrs Halloran. Elle règne sur les finances et les habitants. Son mari, Richard Halloran, est en fauteuil roulant et semble avoir perdu l'esprit. Il y a ensuite la tante Fanny, la sœur de Richard, veille fille aigrie contre sa belle-sœur. Il y a aussi la jeune Mrs Halloran, Maryjane, qui a épousé feu Lionel, le fils de Mrs Halloran et de Richard, et qui accuse la mère de celui-ci de l'avoir poussé dans les escaliers. Citons enfin Fancy, la fille de la jeune Mrs Halloran, et Miss Ogilvie et Essex, deux domestiques au statut plutôt élevé.

Tout ce petit monde se déteste et s'envoie des piques avec le plus grand flegme, jusqu'au jour où la tante Fanny se perd dans le jardin et aperçoit, dans un brouillard qu'elle est la seule à voir, le fantôme de son père, décédé depuis des lustres. Celui-ci lui annonce la fin du monde, mais lui garantit qu'il protègera tous ceux qui se trouvent dans la maison Halloran et qu'ils hériteront du monde d'après...

Il est difficile de décrire ce roman. En deux mots, c'est Downton Abbey à la sauce complotiste. Quand la tante Fanny décrit l'apparition et la mise en garde de son père, tout le monde la croit (avec plus ou moins de conviction, tout de même), y compris des personnages qui arrivent là après les faits. Commencent alors des préparations pour affronter la fin du monde et survivre au lendemain de sa destruction: la tante Fanny commande toutes sortes de provisions et d'équipements, Mrs Halloran met en place des règles à respecter. C'est très bizarre. En revanche, c'est toujours très drôle; la manière dont les personnages enchaînent les monologues croisés, sans jamais prêter attention à ce que disent les autres, le ton poliment cassant de Mrs Halloran, les inquiétudes très comme il faut de Mrs. Ogilvie... C'est un vrai régal, et Shirley Jackson était une excellente dialoguiste! Les deux ou trois passages étranges, essentiellement les apparitions de feu Mr Halloran, sont également très réussis.

Malgré le plaisir de la lecture, je tire toutefois une certaine perplexité de ce roman, d'autant plus que la fin, relativement ouverte, ne répond pas à la question principale: elle est vraie, cette prophétie, ou pas? Le monde va-t-il oui ou non prendre fin par une nuit d'apocalypse? Nos riches bourgeois attendent...

jeudi 5 août 2021

La gamelle de juillet 2021

Comme tous les mois, retour sur les activités culturelles du mois précédent!

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Black Widow de Cate Shortland (2019)

Enfin, le retour des films à grand spectacle sur grand écran! Dommage que celui-ci manque d'envergure et ait du mal à trouver son ton: entre le comique lourd du père et les émotions que je n'ai pas pu partager par manque d'attachement à une famille à peine rencontrée, je n'ai pas été très convaincue. Et puis il y a beaucoup d'explosions, mais bon, tout le monde n'est pas Michael Bay. Reste une Scarlett Johansshon très convaincante, elle, comme toujours, et la satisfaction de voir une deuxième super-héroïne Marvel avoir droit à son film.

Cruella de Craig Gillespie (2021)

Un divertissement sympathique, plus prenant que le début, qui laisse présager d'un film très familial, ne le laisse craindre. Emma Stone (actrice que je n'aime pas du tout, pourtant) incarne très bien le personnage et Emma Thomson est formidable. Pour les amateurs de mode, il y a aussi de très belles tenues. Précisons toutefois qu le meilleur personnage du film est... un chihuaha. 😅

Du côté des séries

Loki – saison 2 (2021)

J'aurai donc détesté jusqu'au bout cette série que j'attendais avec tout l'amour du monde. Je suis désespérée. Entre l'élément temporel, le Loki-bouffon, un Tom Hiddleston qui n'est pas exploité ne serait-ce qu'à 30 % de ses capacités, l'histoire d'amour d'une mièvrerie extraordinaire en soi et parfaitement navrante pour ce personnage-là et l'antagoniste de fin que j'ai juste eu envie d'étrangler, je n'ai jamais autant exprimé mon mécontentement devant un produit Marvel. 😅 Et je ne pouvais même pas me consoler en reluquant Loki parce que 1/ ils lui ont collé des cheveux encore plus huileux qu'avant, ce qui ne lui va pas, et 2/ parce qu'il était toujours habillé en humain alors que je le trouve sexy en Asgardien. Voilà. Le drame. Il me faudrait une cure de Thor 2 pour m'en remettre. Une dernière chose: le meilleur personnage de la série est un alligator. 👀🐊

Et le reste

Outre mon Cheval Magazine adoré, j'ai lu Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, une lecture de qualité sur des traductions et des traducteurs extraordinaires.

samedi 31 juillet 2021

Jamaica Inn (1936)

Enthousiasmée par ma lecture de Rebecca, je n'ai pas hésité à poursuivre ma découverte de Daphne du Maurier avec Jamaica Inn.

L'intrigue se passe en Cornouailles durant les années 1800-1810. Après la mort de sa mère, Mary Yellan n'a d'autre choix que d'aller vivre chez sa tante, qu'elle n'a pas vue depuis des années. Malheureusement, la déception est grande: cette femme autrefois enjouée n'est plus que le reflet de ce qu'elle a été et vit clairement dans la terreur de son mari, le terrible Joss Merlyn, tyrannique propriétaire de l'auberge de la Jamaïque. Mary ne tarde pas à comprendre que ce commerce cache de sordides affaires. Mais que faire et comment venir en aide à sa tante en ce lieu perdu dans les landes, loin de tout village et déserté par les habitants de la région, qui en connaissent la réputation?

Bien qu'il ne soit, d'emblée, pas à la hauteur du chef d'œuvre qu'est Rebecca, Jamaica Inn m'a happée et passionnée. J'ai adoré le décor des Cornouailles, les landes battues par les vents, l'auberge noire et silencieuse, les tors déserts. J'ai aussi aimé l'ambiance mystérieuse, l'énigme des activités de Joss Merlyn, et même ce personnage haut en couleurs et détestable. Daphne du Maurier a très clairement choisi d'écrire un roman d'inspiration gothique comme le XIXe en raffolait, et c'est réussi! Mary fait une protagoniste attachante, qui impressionne par sa volonté et sa réflexion, même si elle se jette dans la gueule du loup plusieurs fois – sciemment ou pas.

Là où le bât blesse, toutefois, c'est dans la résolution de l'énigme. Moi qui ne devine jamais rien, j'avais tout compris à la moitié du livre. 😜 Je dirais donc qu'il s'agit d'un roman à lire pour le plaisir du décor venteux, de l'ambiance bröntesque et bien sûr de la belle plume de du Maurier, et pas pour mener l'enquête. Si vous ne connaissez pas encore Daphne du Maurier, ne commencez pas par ici. Si vous la connaissez déjà, lisez-le en sachant à quoi vous attendre.

lundi 26 juillet 2021

Marouflages (2009) + L'Opéra de Shaya (2014)

Après le Miroir aux éperluettes et Espaces insécables, j'ai poursuivi ma découverte de Sylvie Lainé avec deux autres recueils, que je réunis en un seul et même billet pour des raisons pratiques.

Ça y est: je suis conquise!

Marouflages (2009)

Les Yeux d'Elsa (2005)
Voilà un texte très efficace, lourd de sens, très fin dans son déroulé et sa rédaction, et tout simplement marquant. Le protagoniste gagne sa vie en recueillant les dauphins blessés, qui s'engagent à travailler pour les humains en échange de soins. Ces dauphins, bien sûr, ne sont pas des dauphins comme les autres, mais sont génétiquement modifiés pour ressembler à l'être humain et pouvoir parler. Un jour, notre protagoniste recueille Elsa, une dauphine encore moins comme les autres. Un grand texte.

Le prix du billet (2007)
Cette nouvelle n'est pas à la hauteur des Yeux d'Elsa, mais est néanmoins efficace. On y suit une femme qui attend un homme dans une gare et qui est accostée par une autre femme, que cet homme a envoyée à sa place. Une belle réussite dans le quiproquo et les faux-semblants, qui étudie un thème déjà apparu dans les précédents recueils que j'ai lus: le poids des choix et la manière dont on mène sa vie.

Fidèle à ton pas balancé (2009)
Avec ce texte au titre magnifique, je suis quelque peu retombée dans la perplexité éprouvée devant les deux recueils précédents. C'est bien écrit, ça se lit tout seul, je suis intéressée... Mais... C'est quoi le message? Il fallait que je comprenne quoi? 🙄

L'Opéra de Shaya (2014)

L'Opéra de Shaya (2014)
En compagnie de So-Ann, qui a du mal à trouver sa place sur les mondes qu'elle visite, on découvre Shaya, une planète luxuriante dont les habitants peuvent évoluer en fonction des êtres différents d'eux, comme un être humain. So-Ann a deux ans devant elle avec pour seule mission d'imprégner les différents êtres vivants qu'elle rencontre. Ce texte est une très belle découverte d'un monde tout à fait différent du nôtre, avec une thématique de rencontre de l'autre fort intéressante. J'apprécie vraiment de découvrir des êtres radicalement différents des humains, et sans affrontement par-dessus le marché! On est très loin des aliens insectoïdes uniquement destinés à faire la guerre. Tout ça rappelle un peu la découverte de Pandora dans Avatar... Mais avec une fin plus glaçante.

Grenade au bord du ciel (2013)
Un texte moins marquant sur la découverte d'un astéroïde présentant une drôle de structure similaire à celle d'une grenade. Un groupe de scientifiques va y découvrir quelque chose de très étrange. Reste à décider ce qu'il convient d'en faire...

Petits arrangements intra-galactiques (2012)
Récit d'un homme tombé en panne dans l'espace et contraint de se poser sur une planète qu'il ne connaît pas, ce texte est plein de verve et très drôle. En plus, ça parle de nourriture. J'ai beaucoup aimé.

Un amour de sable (2014)
Deux intelligences s'étudient l'une l'autre, mais sont tellement différentes qu'elles ne peuvent aucunement se comprendre. Hélas, elles sont tellement différentes qu'elles ne peuvent même pas comprendre qu'elles ne peuvent pas se comprendre. Un texte très réussi.

Et voilà, mes lectures de Sylvie Lainé sont terminées. Malgré une certaine perplexité de ma part face à de nombreux textes, essentiellement dans les deux premiers recueils, je dois dire que je suis tout à fait conquise par sa plume et ses récits. Je recommande!

Allez donc voir ailleurs si cette Sylvie y est!
L'avis de Lorhkan sur l'Opéra de Shaya
L'avis de Shaya sur Marouflages
L'avis de Tigger Lilly sur l'Opéra de Shaya
L'avis de Vert sur Marouflages et sur l'Opéra de Shaya

mercredi 21 juillet 2021

Je suis vivant et vous êtes morts (1993)

Chronique express!

Comme les habitués de ce blog l'ont sans aucun doute déjà constaté, j'adore Emmanuel Carrère, écrivain aussi brillant et passionnant que névrosé et lucide. Bien décidée à lire tout ce qu'il a publié, je me suis cette fois-ci penchée sur Je suis vivant et vous êtes morts, sa biographie de Philip K. Dick. Bien que je ne connaisse que modérément l'œuvre de cet écrivain, il m'a bien retourné le cerveau quand je l'ai lu. La rencontre entre le roi des névroses et le roi des faux-semblants était très prometteuse. Qu'en a-t-il été?

J'avais vu juste: cette lecture est haute en couleurs! D'une part, Carrère s'exprime avec sa verve habituelle, ce qui rend tout très dynamique et amusant. D'autre part, Dick était sérieusement barré, à tel point qu'il est difficile de décrire ses délires: théories du complot, fausses réalités, acide... Il vivait vraiment en dehors de la réalité consensuelle. Ses romans ne semblent être finalement qu'un avant-goût de ce qu'il se passait dans sa tête. Je me suis beaucoup marrée au début. On découvre aussi un homme fort peu agréable avec ses multiples compagnes successives. Et puis, j'ai un peu perdu le fil par manque de temps, et j'ai trouvé le dernier quart plus difficile à suivre. Peut-être que cette biographie aurait gagné à être un peu plus condensée. Quoi qu'il en soit, je la recommande sans hésiter, que vous appréciiez Dick ou pas. C'est vraiment quelque chose!

[On] se disait, partagé entre le fou rire et l'inquiétude, que c'était bien du Phil Dick, cinglé comme ses livres et comme ses livres toujours passionnant.

Livres de Philip K. Dick déjà chroniqués sur ce blog

Livres d'Emmanuel Carrière déjà chroniqués sur ce blog

vendredi 16 juillet 2021

Hors-série Une Heure-lumière 2020

Chronique express!

Il est certainement superflu de présenter la collection Une Heure-lumière du Bélial', qui réunit des textes courts. Tous les ans, la maison propose un hors-série gratuit pour l'achat de deux livres. Découvrons ensemble l'édition 2020.

Les interviews
C'est ma profession qui est à l'honneur, puisque le Bélial' interroge les traductrices et traducteurs qui ont travaillé sur les vingt-six premiers tomes de la collection. Ce n'est pas tous les jours que les éditeurs nous donnent la parole, voire reconnaissent notre existence, donc c'est bien. Les entretiens sont fort intéressants et font découvrir et des méthodes et des ressentis très divers. C'est bien.

La nouvelle
Retour à n'dau de Kij Johnson, traduite de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel, met en scène une guérisseuse de chevaux dans un monde de steppes, que son peuple parcourt en continu de manière à toujours conserver son ombre à la bonne longueur. C'est n'dau, le lieu où on est sensé être, à la bonne distance du jour brûlant et de la nuit glaciale. Puis des étrangers font irruption, apportant la mort, et la guérisseuse est arrachée à tout ce qu'elle connaît. Le texte raconte ce chamboulement total de sa vie et la difficile reconstruction qui s'ensuit. Je ne peux pas dire que tout cela m'ait emballée outre-mesure, malgré la présence de chevaux; comme la Quête onirique de Vellit Boe, j'ai trouvé ce texte plaisant, mais il ne laissera pas de trace. Néanmoins, c'est un joli texte bien construit et l'autrice sait ce qu'elle fait.

Allez donc voir ailleurs si ce hors-série y est!
L'avis du Chien critique
L'avis de Lorhkan
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

dimanche 11 juillet 2021

Freud. La guérison par l'esprit (1931)

Chronique express!

En 1931, Stefan Zweig publie un essai intitulé la Guérison par l'esprit, dans lequel il détaille les travaux de Franz-Anton Mesmer, Mary Baker-Eddy (fondatrice de la Science chrétienne 👀) et Sigmund Freud. Une manière de revenir sur trois méthodes qui obtiennent des résultats puissants en exploitant l'esprit humain. Cette édition de la Petite biblio Fayot reprend la partie consacrée à Freud, qu'elle complète par un article intitulé "Sur Malaise de la civilisation" et par le discours que Zweig a prononcé à l'enterrement de Freud.

En gros, il s'agit d'un résumé des travaux et du parcours de Freud. Zweig part de la situation de la morale et des mœurs, notamment sexuelles, au début du XIXe siècle (un chapitre d'une actualité incroyable), puis explique comment Freud a commencé à soupçonner le rôle du sexe, du plaisir et du refoulement dans les névroses qu'il traitait. C'est très bien écrit (ou mieux: c'est très bien traduit) et je pense que c'est une excellente porte d'entrée pour qui voudrait découvrir les notions freudiennes facilement. Pour ma part, ça a été  un très bon rafraîchissement – trois ans après avoir lu Cinq leçons sur la psychanalyse, je dois en effet avouer que j'avais tout oublié. Tout ça ne donne pas une image franchement exaltante de l'humanité, mais c'est justement ce que j'appréciais chez Freud quand j'étais ado: ce jusqu'au boutisme, cette volonté de voir et dire la vérité même si elle n'est pas flatteuse.

Le seul défaut que je vois à cet ouvrage est que Zweig est clairement un admirateur pleinement acquis à la cause de Freud, qu'il décrit comme un chercheur rigoureux et un bourreau de travail. Pour aller plus loin, il serait intéressant de lire un ouvrage plus critique. Je ne pense pas le faire, moi, mais il me semble indispensable de le préciser.

Pourquoi ce livre?
Parce qu'il a été traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, brillant directeur de l'École de traduction littéraire du Centre national du livre.

Autres livres de Stefan Zweig déjà chroniqués sur ce blog
Une histoire au crépuscule et Petite nouvelle d'été (1906)
Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme (1927)
Marie-Antoinette (1932)

Autres livres traduits par Olivier Mannoni déjà chroniqués sur ce blog
Schluss? de Walter Kempowski
Une Histoire au crépuscule et Petite nouvelle d'été de Stefan Zweig
Dictature 2. Quand la Chine espionne son peuple (et demain le monde) de Kai Strittmatter