lundi 14 septembre 2026

Verdun (1938)

Nous retrouvons aujourd'hui notre brave Jules Romains, écrivain de génie, pour le quinzième tome de la saga des Hommes de bonne volonté.

Couverture:
Poilu avec son barda de Saubidet Tito

Et pour ce quinzième tome, tout est dans le titre. Verdun. Un nom qui est entré dans l'histoire et un enjeu colossal dans la guerre entre l'Allemagne et la France. L'Allemagne attaque avec des moyens massifs. Les poilus déjà sur place résistent comme ils peuvent, puis l'armée française converge vers cette ville qu'on ne voit finalement que peu dans le roman, car nous sommes plutôt aux environs, en arrière ligne ou sur le front.

Le roman s'ouvre par le récit, quasiment heure par heure, du premier jour de bombardement, ainsi que par les déboires de quelques personnages pris au piège dans une tranchée assez avancée. Uniquement des personnages que, sauf erreur de ma part, on n'avait encore jamais rencontrés, ce qui m'a préservée de l'inquiétude qui m'accompagne depuis le début de la série: voir mourir ici des personnages que j'adore. On voit la force du bombardement, la difficulté de communiquer avec les supérieurs car tous les fils de téléphone sont coupés, la réticence des hauts gradés à reconnaître l'ampleur de l'attaque.

On passe ensuite un bon bout de temps avec mon Jerphanion adoré, qui monte justement vers Verdun une fois que l'armée français a réagi. Puis on fait un détour par Paris, d'abord avec Haverkamp (le directeur de l'établissement thermal que nous avons vu naître dans Les Superbes), qui accumule une petite fortune en fabriquant des chaussures pour l'armée, puis de nouveau avec Jerphanion, qui retrouve son cher Jallez lors d'une permission.

Les conversations de Jerphanion et Jallez, mes amis, c'est vraiment quelque chose de hors du commun : d'intellectuel, de fin, de nuancé, d'humain et de pudique. 💞💞💞💞 Les chapitres "Les misères, les orgueils et les mépris du guerrier" et "Comment Verdun arrive à tenir" sont des merveilles de... de résignation lucide? Je ne sais pas. De quelque chose de triste et tragique sur l'être humain, mais qui donne quand même un reflet de lumière à une forme de résistance et de camaraderie.

Dernier personnage que l'on retrouve à Paris: Maillecotin, qui tourne des obus.

Et puis, retour à Verdun avec Wazemmes et le père Jeanne, que je ne m'attendais pas du tout à retrouver là. J'ai fait une attaque en le voyant se rendre au chevet d'un soldat gravement blessé, car je m'attendais à découvrir Louis Bastide, le petit garçon qui jouait avec son cerceau dans le tome 1. Mais non. Point de Louis Bastide. Mais des questions de foi sans réponse, oui.

"L'abbé ne répondit pas tout de suite. La question était de celles qui pouvaient le troubler. [...] Lui non plus n'imaginait pas facilement le Christ mêlé à la conduite de cette affaire-là... le Jésus de l'Évangile ne découvrant pas d'autre méthode pour ramener les hommes au bien que de les faire se massacrer mutuellement. [...]
— Mais alors, monsieur l'abbé, quelle consolation nous reste-t-il?
— Je me le suis parfois demandé, mon enfant... ceci pour vous prouver que je ne vous parle pas du bout des lèvres... Notre consolation, c'est de penser que le Christ déteste sûrement la guerre autant que nous.
— Vous croyez ?
— Sûrement.
— Il n'est pas content, vous croyez, qu'on bénisse des canons, des drapeaux?... qu'on chante des Te Deum?...
— Je crois plutôt que cela l'impatiente un peu et qu'il ne sera vraiment content que le jour de la paix."
Comme nous le savons, c'est Pétain qui a été chargé de Verdun, et j'étais très curieuse de voir comment il serait présenté. D'une part, évidemment, parce que nous savons aujourd'hui – ce que Jules Romains ne pouvait pas savoir en 1938 – que Pétain est entré dans l'histoire pour d'autres raisons, et en partie parce que Benoîte Groult en parle dans le Journal à quatre mains qu'elle a écrit avec sa sœur Flora:
"J'ai eu le temps de lire la moitié du Verdun de Jules Romains, pour voir sous quel jour y était décrit Pétain."
Eh bien, Pétain y est décrit sous un jour très positif. Il a conscience de l'étendue du problème, il donne des ordres rapides et adaptés, il reprend la situation logistique en main, et les poilus l'adorent. Dans les deux courtes scènes où on le voit en direct, il est poli et semble sincèrement peiné pour les "petits" de classe 16 qui se font massacrer à la fin, dans une scène très prenante avec un officier qui n'aurait pas eu à pâlir à côté de Druss la légende, et la mort d'un personnage que je ne m'attendais aucunement à voir mourir ici. (Je ne vous dis pas qui c'est, mais je suis scotchée!! Je me demande même si Jules Romains ne nous fait pas marcher!!)

Bref, ce Verdun était un vrai régal, comme d'habitude, et réunit quelques-unes des qualités que j'apprécie le plus en littérature: les personnages fouillés et multifacettes, une rédaction soignée, un sens des valeurs morales couplé à une grande lucidité sur les travers de l'être humain. Heureusement que cette série est si longue que, après quinze romans, je suis encore loin de la fin. 💞💞

mercredi 9 septembre 2026

Chroniques de la Régence (1849)

Chronique express!

 

Un livre d'Alexandre Dumas, ça ne se refuse jamais, et encore moins s'il est gratuit, déposé dans une boîte à livres! Hélas, ces Chroniques de la Régence se sont avérées bien trop pointues pour moi. J'avais bien compris, grâce à la quatrième de couverture et à l'introduction de Claude Schopp, qu'il ne s'agissait pas d'un roman, mais la chose m'est tout de même un peu tombée des mains.

La Régence dont s'occupe Dumas ici, c'est celle de Philippe d'Orléans, fils de Monsieur et donc neveu de Louis XIV, qui prend le relais à la mort de celui-ci en attendant la majorité du futur Louis XV, qui n'a que huit ans à la mort de son illustre ancêtre, en 1715. Une période de transition, donc, qui commence par la consolidation du pouvoir de Phillipe d'Orléans face à Madame de Maintenon, qui espère voir monter sur le trône ses enfants légitimés par Louis XIV. Puis s'enchaînent toutes sortes d'intrigues plus ou moins complexes avec les noms impossibles à retenir de la noblesse, ses liens familiaux non moins impossibles à retenir et l'enchevêtrement inouï des prétentions aux trônes d'Europe.

Bon, j'ai bien appris quelques trucs, évidemment. Déjà, je savais que Louis XV n'était pas le fils de Louis XIV, mais je croyais que c'était son petit-fils; or, c'était son arrière-petit-fils. J'ignorais – ou j'avais totalement oublié – qu'il y avait eu une régence et qu'elle avait été assurée par Philippe d'Orléans. J’ignorais que les enfants de Madame de Maintenon avaient été légitimés, et j'ignorais également qu'il y avait eu à l'époque une crise financière à cause de la monnaie papier. Le reste, j'ai eu beaucoup de mal à suivre et j'ai déjà oublié... 🤭🤭🤭🤭

vendredi 4 septembre 2026

La gamelle d'août 2026

Comme d'habitude, on fait le bilan du mois écoulé!

Côté sport

C'était la dernière ligne droite avant le départ en vacances, période durant laquelle je ne fous pas grand-chose!

  • Huit marches solo: c'est peu, mais c'est essentiellement dû au fait que les leçons d'équitation avaient lieu le matin à cause de la chaleur. Un sacrifice nécessaire, disons.
  • Deux marches en club: c'est bien pour l'été, quand le coach part en vacances.
  • Deux marches en compagnie: j'ai marché le parcours du Paris-Versailles avec mon copain (16 km) et j'ai fait une rando avec un âne de bât et une amie (12 km). 🫏
  • Neuf leçons d'équitation: trois leçons par semaine pendant les trois premières semaines du mois: un régal! Je me suis cassée en vacances avec un ras-le-bol certain, mais plus sereine et moins fatiguée que les dernières années, et je pense que c'est essentiellement dû au fait que les leçons d'équitation le matin ont un vrai goût de vacances: je commence par ce que j'aime, je profite des écuries plus tranquillement que lorsqu'il faut tout boucler le soir, et, au moins, quand je me mets au travail vers 11 heures, je sais pourquoi je travaille.
  • Quatorze séances de gainage: un peu faible dans l'absolu, mais cohérent avec le nombre de séances de juillet et le fait que j'ai totalement arrêté à partir du 24 août.
  • Trente et une séances de yoga: la routine, à laquelle se sont ajoutées deux séances de rab, des soirs où j'en ai ressenti l'envie ou le besoin.

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Pat'Patrouille Le Film Mission dino de Cal Brunker (2026)

 

Des chiens! Des dinosaures! Des chatons avides de richesses! On dirait que ce film a été écrit spécifiquement pour moi. 🤩🤩 Plus sérieusement, non seulement j'ai adoré, mais j'ai aussi trouvé le tout solide et bien ficelé, avec une vraie histoire qui progresse de manière cohérente, des transitions réussies, des personnages sympas, de belles valeurs, une image et une animation de qualité, et un bon équilibre entre les scènes calmes, où on a le temps de contempler, et les scènes d'action – scènes d'action qui, en outre, sont lisibles, loin de l'hyperactivité et de la frénésie qui me laissent sur le carreau dans pas mal de dessins animés.
Mon avis sur le film précédent. 💕

L'Odyssée de Christopher Nolan (2026)

 

Je n'ai pas aimé grand-chose dans le film dont tout le monde parle: la loi de Zeus qui impose d'accueillir les étrangers, la manière ultra classe dont est filmé Agamemnon, le fait qu'Ulysse soit traumatisé par la guerre et par son stratagème, et... euh... quelques répliques bien senties, je crois. Alors, certes, Anne Hathaway a une présence très charismatique, et c'est cool de voir Elliot Page revenir dans un film de Nolan dans un rôle d'homme. Mais bon. Voilà. J'ai eu l'impression d'une succession de scènes sans lien entre elles, j'ai parfois trouvé la musique bizarre et je n'ai tout simplement pas été transportée.
Par ailleurs, je ne comprends pas ce que tout le monde lui trouve de progressiste: tout cela m'a semblé, au contraire, assez conservateur, avec des femmes qui regardent des hommes les larmes aux yeux et même une féminazie (scène repoussante très réussie au demeurant, hein, mais c'est clairement Circé le monstre injuste...). Avoir Charlize Theron au casting et ne rien en faire... eh bien... c'est toujours mieux que de montrer ses seins, ok... mais c'est quand même nul!! Quant à Lupita Nyong'o, dont la présence a tant choqué Elon Musk, elle a un rôle ultra secondaire qui doit cumuler cinq minutes d'écran. Lol. Ça m'a confortée dans l'idée qu'il est fort étonnant que l'internationale réactionnaire ne s'en soit pas prise à la Pat'Patrouille. 😂😂

Du côté des séries

Toujours rien! Une semaine de vacances est déjà passée et je n'ai même pas commencé Shogun!! 😱😱

Et le reste

 

J'ai lu un ancien numéro de La Croix L'Hebdo, celui des 11 et 12 février 2023, et c'était très plaisant, comme toujours. Le dossier "Faut-il être radical?" était un peu mou, dans le sens que, à force de lister les arguments pour et les arguments contre, puis d'autres arguments pour et d'autres arguments contre, on ne répond pas clairement à la question – mais c'est précisément pour ça que j'apprécie La Croix, en fait: les journalistes prennent le temps de dépeindre un tableau varié de la réalité.

En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, dont le dossier sur la préparation physique du cavalier m'a bien plu et m'a confortée dans l'idée que la marche et le yoga, c'est au service de ma santé, certes, mais surtout de l'équitation! Pourquoi ai-je quand même une flemme aigüe de me bouger le matin? 🙈

dimanche 30 août 2026

La Maison du kintsugi (2019)

Trois femmes, trois générations: Mao, la lycéenne qui se demande quelle orientation choisir; Yûko, sa mère, qui a divorcé malgré l'opposition de ses parents et qui travaille dur; et Chie, la grand-mère, qui se consacre au kintsugi, la réparation des objets de céramique ébréchés ou brisés à l'aide de laque et de poudre d'or. Lorsque Mao commence à assister sa grand-mère, elle découvre un artisanat de précision, qui demande un soin et un temps considérables – et elle en apprend également plus sur sa grand-mère, qui avait d'abord souhaité devenir artisane laqueuse. Ensemble, elles décident même de repartir dans la ville de son enfance...

La Maison du kintsugi de Sanae Hosho me semble être un roman japonais feel-good assez typique, comme il en sort des multitudes depuis plusieurs années. Sauf que, ici, il n'y a pas de chats, de livres ou de nourriture, mais des objets ébréchés, voire en morceaux, qu'il s'agit de recomposer avec un soin méticuleux. Des objets qui ont, en général, une valeur sentimentale plus que monétaire. Dans tous les cas, Chie consacre des semaines de travail à chacun, pour les polir comme il faut, les recomposer de la bonne manière, trouver la bonne couleur de laque, etc. Le roman comporte de véritables éléments techniques, étant donné que Chie présente le métier à sa petite fille, mais tout est expliqué très simplement, et le domaine du kintsugi et de la laque en général est absolument fascinant.

J'écoute depuis un peu moins d'un an le podcast À fleur de nez, créé par le parfumeur Fragonard. Dans un épisode sorti fin 2024 que j'ai écouté en juin de cette année, environ un mois avant de lire le présent roman, Charlotte Urbain, la présentatrice, reçoit Baptiste Loiseau, maître de chai pour la maison de cognac Louis XIII. Et celui-ci dit:

"le temps est notre matière première".

Bien sûr, ça m'a fait monter dans la stratosphère. Si je buvais de l'alcool (et si j'avais un paquet d'argent), j'aurais presque pu m'acheter une bouteille de leur cognac juste pour ça. Tout ce que j'aime, ça repose sur le temps: un bon livre, un bon film, le dressage d'un cheval, l'apprentissage d'un cavalier, un mouvement de yoga, la traduction, l'apprentissage d'une langue (et les parfums Fragonard, tiens!). Les artisans qui créent avec du temps, ça m'attire. Mettre six mois à réparer une tasse, ça me parle. J'ai plein de mugs ébréchés ou fêlés que je garde en souvenir, et les confier à quelqu'un pour qu'il en prenne soin, je trouve presque ça émouvant.

En parallèle, le roman aborde quelques sujets de société, notamment la place de la femme et les possibilités limitées qui s'offrent à elle. Si Chie, qui voulait être laqueuse, n'a pas poursuivi dans cette voie, c'est parce qu'on lui a dit très clairement, quand elle était petite, que c'était un travail d'hommes. D'où son repli sur le kintsugi, qui n'est d'ailleurs pas son métier, au début, mais un loisir qui vient en complément de l'éducation de ses enfants et qui l'aide à tenir dans un mariage difficile. On parle aussi des incompréhensions entre humains, des non dits et du temps qui passe... Mais avec une certaine acceptation et une certaine sérénité, au final. Une vision un peu douce-amère de la vie...

Et pourquoi ce livre, me demandez-vous? Mais parce qu'il a été traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon et qu'elle m'a donné l'un de ses exemplaires. Merci. 🙏💞  J'en profite pour féliciter l'éditeur français, Calmann-Lévy, qui cite le nom de la traductrice en couverture et lui consacre une courte biographie en quatrième de couverture, à la suite de celle de l'autrice. 🙏🙏🙏

Autres traductions de la traductrice déjà chroniquées sur le blog
La Saveur du printemps de Kevin Panetta et Savanna Ganucheau
Le Café du temps retrouvé de Toshikazu Kawaguchi
Cascabel, enquêtrice-gentleman de Joe Heap

mardi 25 août 2026

Cave Girls, livre premier (2025)

En fin d'année dernière, les éditions Blueman m'ont contactée pour me proposer un service de presse. J'ai eu un peu de mal à y croire, et j'ai ressenti le besoin de bien expliquer à l'éditeur que le présent blog était loin d'être une vitrine majeure pour porter ses ventes. Mais il m'a confirmé qu'il était partant, et j'ai donc eu l'honneur de recevoir le livre qu'il me proposait, une bande dessinée qu'il a qualifiée de "très sauvage", Cave Girls de Greg Broadmore, traduite de l'anglais par Sylvain Savarin.

Incroyable!

Ensuite, la BD a végété six mois dans ma PAL – d'abord parce que je n'avais pas le temps de lui consacrer un créneau de lecture satisfaisant, ensuite parce que je lisais des BD en flux tendu pour les rendre à la médiathèque dans les délais impartis.

C'est seulement en juillet, un matin où je n'arrivais pas à me mettre au travail tellement j'étais dans le coaltar (et où j'étais tellement dans le coaltar que j'ai demandé au dictionnaire comment on écrit "coaltar"... 😂😂😂), que je l'ai enfin prise en main. 

Et quel voyage, mes chers. Quel voyage.

Quand j'ai reçu la BD, j'ai tout de suite constaté que c'était un très bel objet. Déjà, elle est énorme (24 centimètres sur 33, après vérification), à tel point qu'elle ne tenait pas dans ma PAL; j'ai dû la ranger en diagonale. La couverture est hyper flashy avec du vernis sur la figure en premier plan. Il y a un dinosaure trop beau en couverture et plein de dinosaures dedans. Bon, il y avait aussi des filles à poil, ce qui m'a fait trembler. 👀

Et quand je l'ai lue, eh bien, c'était un peu indescriptible. Le grand format prend tout son sens pour mettre en scène des images de chasse et de combat entre dinosaures et entre humaines et dinosaures. C'est assez stratosphérique. L'impression de mouvement et d'agilité des dinosaures est ouf. Les paysages sont trop beaux. Les textures sont super détaillées. Visuellement, c'est vraiment dingue.

L'histoire est celle d'une tribu de femmes des cavernes, qui, sous l'influence de l'une d'elles, Chemin-Droit, organise une chasse toute particulière et adopte une stratégie jamais vue: [divulgâcheur] en gros, amadouer quelques dinosaures afin d'en combattre un autre, plus dangereux [fin du divulgâcheur]. Elles vivent effectivement toutes nues, ce que j'avais trouvé suspect, mais, en fait, c'est un nu pas du tout sexualisé. C'est même un peu fou, voir des femmes nues prendre la pose, la lance à la main, sans qu'on ait l'impression que l'auteur essaye d'exciter le public masculin. Les seins pendouillent et il y a des poils pubiens. Ce sont des corps de la vraie vie...

Cave Girls
est aussi très gore. Quand une lance s'enfonce dans la chair d'un dinosaure ou qu'un prédateur croque une proie, le sang jaillit. Ce n'est sans doute pas à mettre entre toutes les mains. Mais ce qui m'a davantage mise mal à l'aise, ce sont les quelques planches isolées sur une créature très lovecraftienne – et pas "lovecraftienne" au sens le plus connu, c'est-à-dire "remplies de tentacules", mais au sens primaire, c'est-à-dire "crade, très différente de nous, gluante, visqueuse, repoussante, si dégueulasse qu'on ne veut pas y toucher". Ces parties-là ont un lien avec l'enfantement et ça représente assez bien ma vision de l'accouchement: un truc ignoble.

Bref, un vrai voyage dans un autre monde.

Je suis sortie de ma lecture en me disant que cette BD est un OGNI, un objet graphique non identifié. En rédigeant le présent billet, je l'ai d'abord feuilletée, puis je l'ai carrément relue, et l'enthousiasme a commencé à monter, car cette deuxième lecture m'a permis de mieux apprécier la construction de l'histoire et les détails.

Greg Broadmore s'est clairement fait plaisir à dessiner des dinosaures et à mélanger cet aspect avec du gore et du Lovecraft, et ce avec beaucoup de talent, même si je n'aime pas trop son approche des visages humains. Il bosse chez Weta Workshop depuis 2002; on sent l'artiste multifacettes et bon en tout.

Sur son site, il annonce que Cave Girls se composera de quatre livres. En effet, l'histoire n'est pas finie ici, et je dirais même que Chemin-Droit n'en est qu'au début de ses ennuis. Je serai là pour lire la suite, en espérant que les éditions Blueman continuent avec cette aventure hors du commun!!! 

Scénario, dessin, couleur: Greg Broadmore
Script: Greg Broadmore, Andy Lanning, Nick Boshier
Traduction de l'anglais : Sylvain Savarin

jeudi 20 août 2026

Les Vieux Fourneaux (2014-2024)

Petit interlude BD, aujourd'hui, pour vous parler des Vieux fourneaux, une série qui m'a accompagnée de mai à juillet. J'en ai déjà touché deux mots dans le récap des BD du deuxième trimestre, lorsque j'avais lu les tomes 1 à 6. À présent, j'ai fini! 😊

Ce qui a mis cette série sur mon radar il y a pas mal d'années, c'est une affichette "Vieillir tue" que mon copain – libraire BD de profession – a reçue à l'occasion de la sortie de je ne sais quel tome. J'avais trouvé ça hilarant. Puis j'en ai entendu dire du bien à maintes reprises, et le billet du Dragon galactique de mars dernier m'a enfin décidée à aller emprunter le premier tome à la médiathèque.

Alors, pour être tout à fait transparente, le premier tome, Ceux qui restent, n'est pas aussi drôle que je m'y attendais. D'un certain côté, il peut même être absolument tragique, puisque l'un des personnages perd son épouse et découvre, après la mort de celle-ci, des trucs pas très sympas sur leur passé. Mais j'ai bien adhéré au dessin et au rythme, j'ai été enchantée de découvrir que le Loup en slip venait de là, et j'ai été prise d'une grande sympathie pour les vieux fourneaux, trois copains qui vannent sévère: Pierrot, l'anarchiste, Antoine, l'ex-syndicaliste, et Mimile, le rugbyman.

À partir du deuxième tome, où l'on découvre le collectif anarchiste de Pierrot, le fantastique NI YEUX NI MAÎTRE (mes idoles!!!), et où on se dispute avec la boulangère pour avoir JUSTE UNE BAGUETTE, j'ai commencé à rire et je suis devenue légèrement obsédée par cette série. Pour ne pas prendre le risque de me lasser, je l'ai pourtant lue assez lentement, à raison d'un tome toutes les deux semaines ou, au maximum, par semaine.

Et donc, c'était trop bien. Il y a des passages qui me font encore rire. Le panneau "JE SUIS PANAMA" agité par les membres du collectif Ni yeux ni maître lors d'une action devant l'ambassade de Suisse, c'est une PÉPITE!!! Et toutes les répliques tranchantes de Pierrot et d'Antoine, c'est toujours un régal. J'aime aussi beaucoup Sophie, qui a repris le théâtre du Loup en slip. Les personnages sont super expressifs de manière générale, et les trois vieux sont des gauchistes invétérés, ce qui donne des critiques acerbes des grandes sociétés et de la police. Mais le tout est très "bon enfant" aussi, avec des histoires qui trouvent généralement une résolution positive et des relations humaines qui se réparent plus qu'elles ne se déchirent.

D'un côté, on pourrait presque voir dans ces résolutions positives une faiblesse de la série: ça se termine presque trop bien, notamment avec des grosses sommes d'argent sorties de nulle part. L'autre critique, c'est que chaque tome revient sur le passé des personnages, ce qui est un peu répétitif. D'un autre côté, ça va très bien au petit village où se passe l'essentiel de l'intrigue, et où les rancunes ont la vie longue, de génération en génération!

Mes ces deux critiques ne remettent pas du tout en cause la qualité d'ensemble de la série, qui est franchement géniale et truffée de passages cultes. Je pense que je me souviendrai toute ma vie du jour de fin juin 2026 où, en pleine canicule (la pire de toutes, celle où il a fait 40° en Île-de-France), j'ai pris le tome 7 en rayon et j'ai vu qu'il s'appelait Chauds comme le climat. 😂😂😂😂😂

Informations éditoriales:

Huit tomes:
1 Ceux qui restent (2014)
2 Bonny and Pierrot (2014)
3 Celui qui part (2015)
4 La Magicienne (2017)
5 Bons pour l'asile (2018)
6 L'Oreille bouchée (2020)
7 Chauds comme le climat (2022)
8 Graines de voyous (2024)

Éditeur: Dargaud
Scénario: Wilfrid Lupano
Dessin: Paul Cauuet
Couleurs des tomes 1 à 5: Paul Cauuet
Couleurs des tomes 6 à 8: Jérôme Maffre

Bonne nouvelle: il y aura un tome 9!! Il s'appellera Les Affreux de la passion (LOL) et il sortira en novembre. Je me réjouis!

samedi 15 août 2026

Cascabel, enquêtrice-gentleman (2025)

Aujourd'hui, direction un espace-temps où il y avait encore des saisons dignes de ce nom, ce qui était fort agréable pour une lecture de juillet 2026!! 🥵🥵

Illustration de couverture de Marlène Normand.

En 1810, à Oxford, Cascabel commence ses études sous l'identité de son frère jumeau fictif, Pommelion, tout simplement pour avoir le droit de mener lesdites études. Car pour une femme, la porte d'Oxford est fermée. Son secret risque pourtant d'être éventé dès le jour de son arrivée, car elle retrouve le sac contenant ses habits de femme noué d'une manière différente de la sienne.

Malgré cela, elle rencontre quelques voisins, sympathise avec un chat, commence à suivre les cours... Et puis un garçon peu aimable essaye de la faire chanter, ce qui est un gros problème. Et voilà que, presque aussitôt, il est retrouvé mort. Ce qui est également un gros problème. D'autant plus gros que la police la soupçonne, elle. (Enfin, soupçonne Pommelion, bien sûr.)

Et voilà, ainsi débute une enquête fort sympathique à Oxford, entre couloirs feutrés, leçons de chirurgie, rencontres qui font battre le cœur, et club très sélect de garçons peu recommandables. Il y a même un bal. L'ambiance est très chouette. Et, donc, une saison digne de ce nom, où il est possible de patiner sur la glace. L'Angleterre en automne et en hiver, ça fait juste rêver...

Du point de vue de l'intrigue, le roman présente quelques faiblesses ou facilités scénaristiques. Par exemple, Cascabel réussit parfois très facilement à passer inaperçue. Quant à la figure de la fille qui se fait passer pour un garçon pour mener sa vie comme elle l'entend dans un monde d'hommes, elle a probablement été usée jusqu'à la corde – mais, moi, je ne l'ai pas beaucoup croisée dans mes lectures, voire pas du tout, donc ça ne me dérange absolument pas.

Le roman comporte aussi des éléments de réflexion sur la fluidité de genre, la (non) binarité et l'amour homosexuel, le tout amené avec naturel dans l'ensemble. L'auteur, Joe Heap, a trouvé un bon équilibre pour rester dans le divertissement léger tout en parlant de trucs sérieux. Enfin, le style est soigné et se lit tout seul. Et le fait que ce soit soigné ne m'étonne pas du tout, vu que c'est Mathilde Tamae-Bouhon aux manettes à la traduction!! 🤩🤩🤩🤩 Moi qui évite autant que possible de lire les livres traduits de langues que je maîtrise, je n'ai pas du tout été gênée ici et je n'ai pas tout retraduit en anglais sans pouvoir m'en empêcher. Merci à elle de m'avoir offert cet exemplaire!!! Je ne savais même pas que le livre existait, donc je ne risquais pas de le lire. :)

Autres traductions de la traductrice déjà chroniquées sur le blog

La Saveur du printemps de Kevin Panetta et Savanna Ganucheau
Le Café du temps retrouvé de Toshikazu Kawaguchi

lundi 10 août 2026

Passer la brume (2026)

Après avoir lu et apprécié Avant la forêt, je suis passée au deuxième – et, pour l'instant, dernier – roman de Julia Colin, Passer la brume, fraîchement paru et tout aussi fraîchement entré au catalogue de ma médiathèque.

Couverture de Elena Veillard.
Illustrations intérieures de Dari Gatti.

Pour la petite histoire, je me suis intéressée à ce roman après avoir entendu l'autrice dans le podcast C'est plus que de la SF et avoir été interpelée par le contexte de départ de l'histoire: un monde noyé par une brume mortelle, où le personnage vit en montagne. Un peu comme dans La brume l'emportera de Stéphane Arnier, que j'avais lu quelques mois plus tôt, ou dans 11 h 02 le vent se lève de Sacha Bertrand, dont j'avais lu l'avis de Baroona deux ou trois jours à peine avant d'entendre le podcast. Surprenant!

Et donc, le contexte et le début de l'histoire, c'est bien ça, un monde noyé par la brume. On rencontre Vair, une Passe-Brume. Son travail consiste à guider les voyageurs dans ses montagnes, les Pyrènes, pour les faire traverser jusqu'en Esp. (Les Pyrènes, l'Esp: on est clairement dans un lointain avenir où le nom des Pyrénées et de l'Espagne a évolué.) Le périple est dangereux, car les nappes de brume vont et viennent au fil du jour et de la nuit. Vair connaît la brume par cœur, car elle a toujours vécu là, et elle peut donc passer aux bons endroits pour que les voyageurs ne disparaissent pas. Le groupe avec lequel elle se met en route est un peu nombreux, mais plutôt débrouillard. En revanche, la brume est particulièrement agressive pour la fin de l'été, ce qui n'annonce pas un périple de tout repos. Par-dessus le marché, Vair repère, une nuit, un feu de camp qui n'est pas le sien – ce qui implique que quelqu'un d'autre se trouve dans la montagne.

Bon, en gros, j'ai trouvé ça super. Le roman se lit tout seul – ce qui était déjà le cas de Avant la forêt – car il est écrit avec beaucoup de clarté. Ce n'est pas non plus le style de la plus grande élégance, mais c'est une écriture solide, efficace et limpide. Mais surtout, l'ambiance est géniale. La brume est un phénomène complexe qui se manifeste sous plusieurs formes différentes: une Vorace, une Voile, une Lente. Le lecteur est plongé directement dans la tête de Vair, mais, comme tout coule bien et que les noms sont parlants, on comprend rapidement les modalités du phénomène – qui gardent néanmoins une énorme part de mystère, puisque personne ne sait d'où sort cette brume ni pourquoi/comment elle tue les humains.

En parallèle, on découvre toutes les connaissances de Vair, par exemple son usage des plantes pour se soigner, se protéger ou se donner des forces (c'est d'ailleurs un peu trop quasi-magique, ce côté "une plante pour tout" 🤭). C'est un univers super dur, mais prenant. Une sorte de post-apo survivaliste, mais avec une nature sauvage qui est aussi très belle. On comprend que Vair ait régulièrement envie d'y rester seule, tranquille!

J'ai écrit "personne ne sait d'où sort cette brume ni pourquoi/comment elle tue les humains": justement, l'intrigue va amener Vair à remonter dans les secrets du passé, et c'est ce que j'ai un peu moins aimé. J'y ai vu quelques petites facilités, notamment [divulgâcheur] le personnage qui redécouvre ce qu'il savait déjà et qu'il avait "simplement" oublié [fin du divulgâcheur]. Et puis, Vair commet plusieurs erreurs, et si, d'un côté, cela montre combien la moindre erreur de concentration peut coûter cher, cela étonne un peu chez une Passe-Brume aussi chevronnée.

Mais, dans l'ensemble, j'ai passé un excellent roman dans les Pyrènes (enfin, façon de parler, vu comment les lieux sont dangereux 😂😂😂) et je suis enchantée. Si l'autrice sort un troisième roman, je le lirai!