mercredi 21 janvier 2026

Les BD du quatrième trimestre 2025 🦖🐈

Comme d'habitude, retour sur les lectures graphiques du trimestre!

Le dernier jour de Howard Philips Lovecraft de Romuald Giulivo (texte) et Jakub Rebelka (dessin) (2023)

Cette bande dessinée absolument superbe nous mène à la rencontre de Lovecraft, qui se meurt sur son lit d'hôpital, et nous plonge dans un monde étrange, où nous rencontrons de nombreuses figures qui ont gravité autour de lui. Je ne sais pas comment l'éditeur a pu sorti un tel ouvrage, avec un papier si épais, une couverture aux lettres dorées, un dos toilé et une telle qualité d'impression pour la somme de 24,95€. Chapeau. C'est un vrai régal et les dessins sont à tomber. Seul bémol pour moi, la finalité et le message de tout ceci m'ont échappé, ce qui est quand même un peu un problème. 😅
D'autres avis: l'avis de Xapur, qui m'a fait découvrir l'existence de l'ouvrage.
Éditeur: 404 Comics

Dinosaur Therapy (2021), Dinosaur Philosophy (2022) et Dinosaur Friendship (2023) de James Stewart (textes) et K. Roméy (dessins)

Grand retour des dinosaures du compte Instagram Dinosaur Couch, dont je vous ai déjà parlé il y a quelques années!! 🤩🤩🥰🥰 Dans des strips de quatre cases, les auteurs réussissent à aborder énormément de sujets: santé mentale, sens de la vie, amitié, amour, rapport à l'argent. C'est une pure merveille ultraréconfortante à lire absolument. 💕💕 Évidemment, je bave sur le merchandising. Ils ont des autocollants!! Haaa!!
Éditeur: Harper Collins

Garfield. The third and the fourth Fat Cat Three Pack de Jim Davis (1983-1986)

J'ai ressorti mes deux recueils de Garfield, qui réunissent chacun trois albums: Garfield loses his feet, Garfield tips the scales et Garfield sits around the house pour l'un, puis Garfield makes it big, Garfield rolls on et Garfield out to lunch pour l'autre. Je pisse de rire, tout simplement. La bouffe, le poids, la détestation des chiens et des chatons mignons, lol, lol, lol. "I'm fat, I'm lazy, and I'm cynical!!" 😻😻😻
Éditeur: Ballantine Books

Garfield. Je suis beau! de Jim Davis, traduit de l'anglais par Anthéa Shackleton (1997)

Dans la foulée, j'ai aussi relu le seul et unique recueil de Garfield que j'avais quand j'étais jeune. Il s'avère qu'il ne correspond pas à un recueil anglophone précis, mais réunit des strips publiés sur différentes années. Certaines petites aventures ne sont donc pas complètes, même si chaque strip fonctionne très bien seul et que cela ne se ressent donc pas; et il manque les strips plus longs du dimanche. Mais j'ai bien ri.
Éditeur: Dargaud

Sugar de Serge Baeken (2014)

J'ai retrouvé cette bande dessinée en faisant du rangement dans la bibliothèque, et je l'ai relue afin de décider si je la garde ou non. Comme vous avez dû le deviner en voyant la couverture, c'est une histoire de chat: le quotidien de Sugar, un chat noir. Les planches sont découpées en 24 petites cases. Parfois, une même image occupe plusieurs cases, mais pas forcément d'affilée ou superposées. Par exemple, la première et la deuxième case de la première ligne forment la même image que la deuxième case de la deuxième ligne, tandis que les autres cases de ces deux lignes représentent autre chose. Bon, c'est très difficile à expliquer, mais ça doit demander un vrai travail de conception et ça rend parfois très bien. Bien sûr, il y a des passages amusants sur le chat. Mais, dans l'ensemble, je n'ai pas aimé le dessin. Et puis le ratio nombre de chats morts / nombre de pages est excessivement élevé pour mon pauvre petit cœur, et l'aspect sexuel m'a paru complètement inutile, sans compter que l'histoire est tirée de la vraie vie de l'auteur et qu'on peut donc supposer que celui-ci nous montre sa vraie femme de la vraie vie pendant qu'elle se tape un orgasme. 😅 Bref, j'ai décidé de ne pas garder cette BD. Je suis toutefois contente d'être retombée dessus, car j'avais totalement oublié son existence.
Éditeur: Dargaud

Alyte de Jérémie Moreau (2024)

Une très belle bande dessinée aux couleurs douces et éclatantes à la fois, dans laquelle on suit le parcours d'un crapaud. Les dessins sont plein de douceur, mais l'histoire l'est un peu moins. Même si le message est, en fin de compte, positif, le nombre de morts était un peu violent pour mon pauvre petit cœur. 💔
D'autres avis: l'avis de Baroona
qui m'a fait découvrir l'existence de l'ouvrage.
Éditeur: 2024 (qui est depuis devenu... 2042 👀)

Maliki de Souillon: Broie la vie en rose (2007), Une rose à l'amer (2008), Mots roses au clair de lune (2009) et Rose blanche (2010)

Ces BD aussi, je les ai retrouvées en faisant du rangement dans la bibliothèque. C'est fou ce qu'on oublie l'existence des objets qu'on possède, hein. Je les ai relues avec plaisir. C'est rose, c'est kawaï, et il y a des chats! Et puis pas mal d'humour et de sentiments gentils. Du coup, je trouve que j'ai été bien dure dans mon avis sur le tome 4 publié il y a six ans... Je n'ai pas trouvé la série assez folle pour m'y remettre sérieusement et acheter la suite (et de toute façon, je n'ai plus du tout de place pour les BD 😖), mais le quatrième tome est loin d'être "fade"! La seule chose que je reproche à la série, aujourd'hui, c'est le perpétuel côté sexy de Maliki. Elle pourrait être kawaï et rose sans qu'on regarde autant ses seins...
Mes avis de 2019 sur les tomes 1 et 2, le tome 3 et le tome 4.
Éditeur: Ankama

Bon, et maintenant que tous mes billets sur les ouvrages de 2025 sont sortis, on va passer aux traditionnels bilans de fin d'année!! 🤩🤩 

vendredi 16 janvier 2026

La gamelle de décembre 2025

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé, hors lectures. C'est la dernière gamelle de 2025... Le temps vole!

Sur petit écran

Harry Potter à l'école des sorciers de Chris Columbus (2001)
Une des meilleures manières possibles de finir l'année: le Harry Potter le plus doudou qui soit, de la pizza, et une amie! 😊 Et une bonne surprise pour la VF, que j'ai trouvée très soignée.

Sur grand écran

Zootopie 2 de Jared Bush et Byron Howard (2025)
Une suite très sympathique. Les scènes sont très chargées et j'ai parfois du mal à suivre tout ce qui apparaît à l'écran, comme dans la majorité des dessins animés post-2010, mais j'ai bien ri, et j'ai apprécié le message ultra-inclusif en pleine ère Trump.

Avatar 3. De feu et de cendres de James Cameron (2025)

Enfin, enfin, enfin, le retour sur Pandora!!! 💚💙💚💙🖤
J'ai tellement de choses à dire que je n'essaye même pas de m'atteler à un avis exhaustif.
En très bref: j'ai adoré, évidemment.
En moins bref:
Je n'ai pas retrouvé certains défauts du 2, que j'avais pourtant vus venir assez nettement dans la scène présentée en avant-première en octobre dernier, et cela m'a fait très plaisir. L'émotion m'a submergée tout de suite et j'ai pleuré deux fois dans les cinq premières minutes. J'ai trouvé certaines choses résolument plus sombres que dans les précédents; j'ai eu mal pour des animaux qui manifestent leur souffrance, des personnages gagnent en profondeur par des émotions négatives qu'on met peu en avant, et deux d'entre eux penchent vers un acte terrible. La méchante est AHURISSANTE de charisme. Elle est presque EFFRAYANTE tellement elle dégage un truc. Il y a un vrai propos dans certaines scènes, et le message écolo et altruiste habituel. J'ai adoré être avec Spider, évidemment, et un certain CHOIX, à la fin, me désole autant qu'il m'emplit de respect.
D'un autre côté, il y a beaucoup de personnages, qui sont régulièrement séparés, et l'intrigue est directement liée à celle du 2; j'ai donc peur que le film se casse la gueule parce que le public ne va pas comprendre, tout simplement. Et il y a des redites qui susciteront des critiques, ainsi qu'une surenchère dans la destruction qui m'a un peu contrariée à la fin.
Mais quelle chance que j'ai de vivre à l'époque de ces films. Quelle chance, quelle chance.

Le lendemain, j'ai eu du mal à travailler tellement j'étais là-bas.
Cette première séance était en 3D. J'aurais préféré commencer par la 2D, mais je n'ai pas eu le choix si je voulais avoir la VO. Par ailleurs, nous étions dans une des petites salles de mon cinéma, et, même si cet adjectif "petit" est très relatif au regard de ce qui se fait ailleurs, l'image me semblait trop grande pour l'écran!! 🥹🥹

Avatar 3. De feu et de cendre de James Cameron (2025)

Une séance complètement ratée: à force de m'osbtiner sur la machine pour avoir un billet papier même si j'avais réservé en ligne et que j'avais donc un QR code dans ma boîte mail, ma réservation a sauté et je me suis retrouvée à me rabattre sur une place au deuxième rang, à l'extrémité gauche (et encore, ceci est une version résumée de ma galère!). 😵‍💫😵‍💫 Là, l'écran n'avait plus l'air trop petit, même si c'était la même salle que lors de ma première séance. J'avais la tête levée et tournée en diagonale pour le voir en entier. En plus, mon mec a trouvé le film naze. Je m'y attendais, et c'était même couru d'avance; mais, bon, ça ne m'enchante pas. Moi, j'ai vibré pour le film, évidemment. Varang est complètement le genre de personnage que je voulais écrire quand j'étais jeune: elle veut tout cramer et elle est complètement cramée. Mais même Avatar ne m'a pas totalement sortie de la déprime totale qui m'écrase régulièrement, en mode "ma vie est pourrie et je suis incapable de faire des trucs pourtant simples". Vivement la troisième séance pour effacer tout ça.

Du côté des séries


Toujours rien.

Et le reste

 

J'ai acheté La Croix L'Hebdo du 12 décembre pour le dossier sur Jane Austen, car je vais bientôt traduire une austenerie, et le hors-série du 1 pour le dossier sur Avatar, évidemment. Je ne comprends pas le format alambiqué de ce journal, c'est vraiment étrange. Mais bon, il y avait des gens qui disaient du bien de James Cameron, donc j'étais contente. 😊 En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, avec de l'équitation de travail et un dossier sur le temps que vous prend votre cheval. AHAHAHAHAHAHAHAH!!!!

dimanche 11 janvier 2026

Amoureuse Colette (1984)

Chronique express!
 
Au détour d'une conversation le jour de Noël, j'évoque avoir visité l'exposition Colette de la Bibliothèque nationale de France, et ma belle-mère m'annonce qu'elle possède un livre sur cette autrice. Un beau, gros livre rempli de photos. Évidemment, je le lui ai emprunté!
 

Ce livre de Généviève Dormann, publié chez Herscher, retrace toute la vie de Colette – et ce avec un niveau de détail nettement plus poussé que l'exposition, qui s'articulait plutôt autour des ambiances des différentes étapes de sa vie. J'y ai trouvé exactement ce que j'y cherchais, c'est-à-dire plus d'informations. Colette avait vraiment un tempérament fort et a mené une vie hors de l'ordinaire. Ça n'a pas été facile tout le temps, bien sûr. Elle a eu d'énormes chagrins d'amour et des sourcis d'argent. Mais, en gros, elle donne l'impression de quelqu'un qui a beaucoup foncé et beaucoup profité en se foutant quand même pas mal de l'avis des autres. Elle a eu plusieurs amants et amantes et elle a combiné plusieurs carrières (écrivaine, mime, journaliste et même vendeuse de cosmétiques). Elle avait même un solide et gourmand appétit, et elle mangeait ce qu'elle voulait, quels que soient les problèmes de poids...
 
Chaque chapitre se conclut par plusieurs pages de photos, d'affiches ou de documents écrits, ce qui nous plonge parfaitement dans l'ambiance de l'époque. En gros, à part quelques remarques de Geneviève Dormann qui envoie des piques à des "féministes" imprécisées, j'ai adoré cette lecture. Colette est tout simplement passionnante. Cette année, j'ai d'ailleurs le projet de lire la série des Claudine au complet! J'ai déjà lu, et je possède, le premier tome, Claudine à l'école. J'en ai reçu deux autres à Noël. Encore un à acheter et ce sera bon.

mardi 6 janvier 2026

La Chute (1956)

Ayant de nouveau besoin d'un format court peu après avoir lu L'Étranger d'Albert Camus, j'ai décidé de relire un autre roman de cet auteur, La Chute. Le livre était rangé dans ma bibliothèque, ce qui signifie que je l'avais lu précédemment, mais je n'en avais – et je n'en ai, encore aujourd'hui – aucun souvenir. Au cas où j'aurais douté de mon rangement, il y avait des post-it pour marquer des passages, donc c'était doublement sûr, je l'avais lu.

La chose ne m'étonne pas trop, maintenant que je l'ai (re)lu.

L'ouvrage est le monologue d'un narrateur mystérieux. Ayant abordé un inconnu dans un bar d'Amsterdam, il lui fait part de nombreuses réflexions et lui raconte des événements de sa vie. Il se présente sous le nom de Jean-Baptiste Clamence, mais il dit pratiquement tout aussi vite que ce n'est pas son véritable nom.

Le roman m'a rappelé deux autres ouvrages. D'une part, l'incipit, une question qui nous fait comprendre qu'un personnage s'adresse à un autre et qu'il ne le connaît pas, m'a tout de suite fait penser à Au cœur des Méchas de Denis Colombi.

"Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d’être importun ? Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l’estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement. Il ne parle, en effet, que le hollandais. À moins que vous ne m’autorisiez à plaider votre cause, il ne devinera pas que vous désirez du genièvre."
D'autre part, le discours à la fois nébuleux et empli d'assurance du personnage m'a rappelé Cosmétique de l'ennemi d'Amélie Nothomb, dont le malheureux protagoniste essaye désespérément de se débarrasser d'un relou qui lui tient la jambe à l'aéroport.  Ici, chez Camus, on ne connait presque rien de la réaction de l'interlocuteur du narrateur; de temps en temps, ce dernier rebondit sur un commentaire ou une question, mais le roman est bel et bien un monologue. En revanche, on sent assez vite que le narrateur a une idée derrière la tête et qu'il y a quelque chose de louche dans son attitude.

Mais bon, à part ça, je ne tire à peu près rien de ce roman, et je comprends que j'aie oublié jusqu'à son existence. Le narrateur parle, parle, parle, et jamais il ne m'a intéressée ou secouée. J'ai bien cru comprendre, dans la scène du pont et dans la conclusion, que le roman aborde le thème de la liberté individuelle, une thématique que j'associe à Camus à cause de La Peste, mais purée qu'est-ce que c'était inintéressant et nébuleux, comme démonstration.

N'ayant déjà pas été transportée par L'Étranger, j'en viens à redouter d'être déçue si je venais à relire La Peste, qui a constitué un véritable séisme dans mon parcours de lectrice. D'un autre côté, L'Étranger et La Chute ne m'ont pas du tout marquée comme La Peste lors de leur première lecture, ce qui peut me laisser espérer que le ressenti serait différent à la relecture aussi. Nous verrons si je franchis le pas!

jeudi 1 janvier 2026

L'Étranger (1942)

Le mois dernier, Brize publiait son avis sur L'Étranger d'Albert Camus, qu'elle avait relu après avoir vu l'adaptation cinématographique de François Ozon. Moi, je n'ai pas vu le film, mais son billet m'a rappelé l'existence du livre, et je l'ai pris avec moi pour un trajet en train. J'avais besoin de quelque chose d'assez petit, et j'ai une certaine envie de lire ou relire les auteurs qui étaient dans le cercle de Simone de Beauvoir depuis que je me suis penchée sur cette autrice.

C'est ce roman qui s'ouvre sur les célèbres mots "Aujourd'hui, maman est morte". La première fois que je l'ai lu, ça a été une espèce de révélation, car je ne savais pas que ça venait de là. Mais cette fois, je m'en souvenais, ahah. Je me souvenais aussi qu'on peut résumer le roman de manière très rapide en disant que [divulgâcheur] c'est l'histoire d'un mec qui est condamné pour meurtre pas tant parce qu'il a commis ce meurtre, mais parce qu'il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère [fin du divulgâcheur], et c'est bien exact.

Mais il y a d'autres aspects, évidemment, au premier rang desquels ce narrateur très factuel et détaché, qui décrit ses actions, tantôt au présent et tantôt au passé, sans manifester d'émotions et sans proposer d'explications. Il me semble impossible de ressentir de l'empathie pour lui. Par moments, son inertie m'a même donné un peu envie de le secouer. Mais il y a aussi quelque chose de très simple et humain dans son récit.

Par ailleurs, le roman parle aussi d'une sorte d'engrenage par lequel des faits indépendants les uns des autres peuvent résonner d'une manière disproprotionnée, au point d'influencer un destin, et d'une certaine mise en scène du procès, qui est déjà répugnante dans le contexte des années quarante, mais qui a dû largement empirer depuis à cause des médias modernes (la télévision d'abord, puis les smartphones et les réseaux). "On la forçait à dire le contraire de ce qu'elle pensait", comme dit la pauvre Marie...

Bref, une relecture très intéressante pour ma culture générale, mais pas très enthousiasmante non plus, en raison de ce narrateur glacial. Je comprends, toutefois, que ce roman ait mis Camus sur le radar de Beauvoir et Sartre, comme Beauvoir l'évoque dans La Force de l'âge.

"À la fin de septembre, Sartre écrivit pour Les Cahiers du Sud un article sur un roman que la critique tenait pour un événement : L'Étranger d'Albert Camus. Nous en avions lu quelques lignes, les premières, dans une chronique de Comœdia et nous avions été tout de suite intéressés ; le ton du récit, l'attitude de l'Étranger, son refus des conventions sentimentales nous plaisaient. Dans son étude, Sartre ne loua pas le roman sans réserve, mais il lui accordait beaucoup d'importance. Il y avait longtemps qu'aucun nouvel auteur français ne nous avait si vivement touchés."
Je vous laisse imaginer la galère pour retrouver ce passage dans mon édition papier, qui fait sur les 800 pages, même en disposant de la date de la première publication de L'Étranger grâce à Wikipédia (le 19 mai 1942, si vous voulez savoir) (j'ai du mal à croire qu'il y avait une actualité littéraire à Paris en pleine occupation nazie, mais, visiblement, oui). Mais j'ai réussi!!

samedi 27 décembre 2025

Les Créateurs (1936)

Aujourd'hui, nous retrouvons notre cher Jules Romains pour le douzième tome des Hommes de bonne volonté!

Vous vous souvenez peut-être que le onzième tome, en dépit de ses indéniables qualités, m'avait mise mal à l'aise. Le personnage d'Allory, l'écrivain violeur en puissance, était horrifiant. Dans ce tome, heureusement, il est beaucoup moins présent et beaucoup plus sage.

Une des innombrables choses qui sont assez dingos dans cette série, c'est que la récurrence des personnages est totalement imprévisible, de même que le nombre de personnages au sein d'un tome.

Je m'explique.

Premièrement, vous ne savez jamais qui va revenir d'un tome à l'autre. Exemple: Quinette, l'odieux relieur, avait un rôle super important dans les deux premiers tomes. Mais là, ça fait mille ans qu'il n'a même pas fait une apparition. Deuxièmement, vous ne pouvez jamais savoir, en ouvrant un tome, si l'action va se répartir équitablement entre les personnages, ni combien ceux-ci seront. Exemple: le tome 1 met en scène un grand nombre de personnages; certains – notamment l'odieux Quinette – sont plus développés que d'autres, mais c'est tout de même assez équilibré. En revanche, le tome 8, Province, est presque entièrement centré sur le prêtre, qui éclipse les autres.

Notre tome 12 fait partie de ceux avec un nombre de personnages restreint. En gros, il se consacre à 50%, voire 60%, à Viaur, un médecin, et à 30% à Agnès et Marc Strigelius. Les 10% ou 20% restants, quelques chapitres éparpillés, sont consacrés à Allory (qui n'est, fort heureusement, pas occupé à préparer un viol), aux lettres de Jallez à Jerphanion (je les aime tellement 💗), à Manifassier (qui donne, hélas, une image de Gurau moins bonne que d'habitude), et à Mathilde Cazalis.

Lors de ma lecture du tome 11, j'ai découvert avec bonheur que le quatrième et dernier volume de l'édition Bouquins comprend un récapitulatif de la vie des personnages, ainsi qu'un index de leurs apparitions. Du coup, je m'y suis pas mal référée pour me rafraîchir la mémoire. J'ai ainsi découvert que Viaur, le médecin avec qui nos passons la majorité de notre temps ici, avait été cité précédemment. Comme vous le voyez sur la photo, il est apparu page 153 du tome 8, puis dans le chapitre XIII du tome 11. Je suis donc allée relire tout ça. C'est assez bluffant, car rien, dans ces deux passages, ne laisse imaginer que le gars ve revenir plus tard et jouer un rôle important.

Ma mémoire étant totalement vide, je suis aussi remontée dans les apparitions de Marc et d'Agnès Strigelius, un frère et une sœur qui communiquent par lettre. Là, ça m'a pris davantage de temps, car on les a déjà vus plusieurs fois. La manière dont leurs échanges s'éclairent en les lisant d'une traite, et non à des mois d'intervalle, est encore plus bluffante. Il s'agit parfois de choses assez importantes, comme la description d'un personnage qui va jouer un rôle dans la vie d'Agnès, et parfois de choses infimes. Je commence à me dire que Jules Romains n'était pas un génie, mais un extraterrestre. On est sur le niveau de complexité que j'attribue aux grands romans russes que je n'ai jamais lus, ou aux grandes sagas de fantasy, genre Tolkien qui fait des généalogies complexes ou Martin qui a 36 000 personnages. Ou Erikson, probablement.

Concernant Agnès, je veux retenir ce passage, qui, comme d'autres, me laisse penser que Jules Romains avait bien cerné la condition féminine:

"Je n'ai pas besoin de t'apprendre que je n'ai pas épousé Charles par amour. Pourquoi me suis-je résignée à l'épouser, malgré toutes sortes d'avertissements intérieurs, ce serait une histoire infinie, et sans grand intérêt, car ce doit être en outre une histoire banale. Je m'imagine que pour beaucoup de jeunes filles il y a une période de panique : celle où après deux ou trois petites aventures sentimentales de rien du tout, qui ont trouvé le moyen de mal tourner, qui ont laissé des amertumes, des déceptions, elles se disent qu'elles sont incapables de plaire, ou du moins d'attacher un homme ; et que leur destinée est inscrite au ciel, la destinée de ces vieilles filles qu'elles ont regardées jusque-là avec une commisération distraite, et qu'elles considèrent maintenant, avec épouvante, comme des sœurs aînées. J'étais dans cet état d'esprit quand Charles s'est présenté. Avant même de l'avoir examiné, avant de savoir ce qu'en penseraient nos parents, et sans t'avoir consulté, ce qui était le plus grave, je lui étais déjà reconnaissante de m'offrir ce que personne n'avait encore pris la responsabilité de m'offrir. Et je ne veux pas être injuste. Je lui en suis encore reconnaissante. C'est bien ce qui ajoute à mes tortures."
Et plus loin, un passage de cette même lettre parle à mon amour des animaux ainsi qu'à mon humanisme, en plus de résonner avec un roman précédent:
"Hugo et Schopenhauer nous ont fort bien enseigné à ne mépriser nulle part la douleur universelle, s'incarnât-elle chez l'âne, le batracien ou le mollusque. Je tiens en particulier que ceux qu'on a coutume d'appeler les humbles, c'est-à-dire ceux qui ne participent point au privilège social ni à la culture, peuvent connaître les mêmes intensités et perfections de souffrance morale que les lectrices de M. Bourget."
Ici, Agnès utilise le terme "les humbles", et je tiens à vous rappeler que le tome 6 de cette série s'appelle, justement, Les Humbles. Quant à "M. Bourget", vous vous doutez bien que j'ai consulté l'index pour savoir qui c'était. On ne l'a jamais vu en scène directement, mais il a joué un rôle important dans la candidature d'Allory à l'Académie française dans le tome 11.

L'un des derniers chapitres met en scène Manifassier, le bras droit de l'homme politique Gurau, et évoque le rôle diplomatique du Vatican en Europe. Ce serait vraiment bien que la France ait quelqu'un au Vatican, lui explique-t-on. Et le prochain tome s'appelle... Mission à Rome.

La messe est dite.

Vive Jules Romains.

lundi 22 décembre 2025

La brume l'emportera (2024)

Dans ce roman de Stéphane Arnier, publié chez Mnémos sous une superbe illustration de Cyrielle Foucher, nous voyageons en compagnie de Keb et Mara dans un monde noyé par la brume...

Attention, je donne pas mal de divulgâcheurs. Lisez ce billet à vos risques et périls!

Lorsque le roman commence, la brume monte depuis plusieurs années. Les mers ont été les premières recouvertes, puis les plaines, puis les faibles reliefs. Keb, qui a perdu toute sa famille, marche dans les hauteurs de la montagne. Un jour, dans une scène qui voit sa chienne périr et qui ouvre le roman de manière éminemment tragique 💔, il entre brièvement en contact avec la brume. Il n'est pas blessé, mais il se rend rapidement compte que la brume lui a fait quelque chose. Car il peut à présent, en fermant ou en plissant les yeux, voir les lieux tels qu'ils étaient à un autre moment, dans le passé. Voire, en retenant son souffle, aller dans le passé.

Peu après, il est rejoint par Mara, ancienne dirigeante d'un peuple qui a été en guerre avec le sien. Mara est bien déterminée à arrêter la brume qui avale leur monde, et elle sait des choses sur les origines de cet étrange phénomène et sur son lien avec le passé. Contraint et forcé, Keb va voyager avec elle.

Lorsque j'ai lu les avis de Baroona et Shaya, je n'ai pas du tout compris que ce roman, qui explore le sujet de l'acceptation de notre passé et de nos choix face à la possibilité de revenir dessus, était vraiment une histoire temporelle. J'ai retenu la notion de deuil – qui est effectivement centrale – et c'est pour cela que je l'ai lu. Hélas pour moi, je me suis retrouvée avec des gens qui peuvent voyager dans le passé, alors que je ne supporte pas cette thématique.

Pour nuancer tout de même mon propos: pour une fois, je n'ai pas eu trop de mal à comprendre, car ce passé n'est pas véritablement le passé. C'est une sorte de souvenir de Pu'uza, une sorte de force vitale. On peut voir ce qui s'est passé à un endroit, on peut interagir dedans, mais quand on revient au présent, celui-ci n'a pas changé. Un peu comme dans Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi, en somme. Mais je n'ai pas trouvé ça super cohérent. S'il en va ainsi, comment diable Keb peut-il rapporter un objet du passé vers le présent?

Ce que j'ai eu du mal à comprendre, en revanche – car j'ai toujours du mal à comprendre quelque chose, hélas –, c'est tout le concept de Pu'uza, et comment Mara a compris qui est responsable de l'apparition de la brume. Il n'est pas impossible que j'aie raté des infos en lisant certaines pages avec moins de concentration. Là, ses théories m'ont semblé bien théoriques, et j'ai trouvé que Keb les acceptait bien rapidement.

D'un autre côté, toute cette histoire de vision du passé et de brume liée au passé est absolument vitale au roman, car c'est elle qui en amène le sujet central: notre acceptation de ce qui est arrivé et notre capacité à en tirer un enseignement. Les points de vue de Keb et Mara sont radicalement opposés, et ils ne peuvent s'affronter si radicalement que parce que les deux personnages ont ce lien très concret au passé. Dans la vraie vie, on peut avoir ce genre de débat à l'infini sans qu'il y ait d'enjeu réel, puisque – pour autant que je sache, du moins – personne n'est en mesure d'entrer en contact avec le passé.

Bien sûr, la chose m'a plongée dans un abîme de réflexion. Je suis plutôt team Keb dans mon ressenti émotionnel et plutôt team Mara dans mon évaluation intellectuelle, mais, dans les faits, je ne ressens pas le moins du monde les bénéfices qui sont censés aller de pair avec ce dernier point de vue. En fait, comme dans bien d'autres domaines de ma vie, j'ai l'impression d'être la bouffone de service: je n'ai ni le beurre, ni l'argent du beurre. 🤡

La fin est pleinement cohérente avec les réflexions du roman, et j'ai trouvé que les deux personnages étaient bien pensés. Y compris [énorme divulgâcheur] lorsque Keb fait un truc affreux à Mara, qui va à l'encontre de tout ce que celle-ci lui a toujours dit et a toujours défendu [fin du divulgâcheur]. Mais dans l'ensemble, donc, je n'ai pas trop aimé.

Allez donc voir si cette brume y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Shaya

mercredi 17 décembre 2025

Starter Villain (2023) 🐈💥

JOHN SCALZI A SORTI UN ROMAN AVEC UN CHAT EN COUVERTURE

UN CHAT EN COSTUME

UN CHAT IRRÉSISTIBLE

UN CHAT SÉRIEUX

UN CHAT DE FOLIE

IL FALLAIT TELLEMENT QUE JE LISE CE LIVRE

CE CHAAAAAAAAAAAT

Bon. Cela fait plusieurs mois que je trépigne d'impatience et que je bave sur cette couverture irrésistible, qui nous a été offerte par Tristan Elwell. BÉNI SOIT TRISTAN ELWELL.

Mon copain a acheté la traduction française, réalisée par Mikael Cabon et publiée par L'Atalante, mais je voulais lire la VO, bien entendu. Et le livre s'est enfin matérialisé entre mes mains grâce à des amies blogueuses formidables. MERCI.

CE CHAT.

CE REGARD.

CE COSTUME.

MERCI.

Et fort heureusement, le roman ne m'a pas déçue. On y rencontre Charlie, un Américain assez moyen qui se trouve à un stade assez pourri de sa vie: il vient de divorcer, il vit dans la maison où son père est mort récemment, ses demi-frères et demi-sœurs voudraient le dégager de là pour vendre, il vivote en faisant des remplacements de prof, la banque rechigne à lui accorder le prêt qui lui permettrait de reprendre le pub de la ville.

Et puis son oncle, qu'il ne connaissait pratiquement pas, meurt et lui laisse son activité. Une activité très lucrative, puisque le gars était milliardaire, mais un tantinet douteuse, à en croire le public venu à son enterrement: que des gars balèzes qui sont surtout là pour vérifier que le cadavre est bel et bien un cadavre. 👀 Et puis, quand Charlie rentre chez lui après l'enterrement, c'est pour voir sa maison exploser sous son nez.

Heureusement, ses deux chats n'étaient pas à l'intérieur!

Et donc voilà. C'est parti pour une aventure très rigolote, avec une société de superméchants, de nombreux chats et des dauphins. Les dauphins sont très secondaires mais m'ont fait pisser de rire. Les chats sont excellents (NAN MAIS CETTE COUVERTURE). Tout le point de vue de Charlie, qui est souvent héberlué mais a beaucoup de répartie, est excellent. Les personnages secondaires sont très sympathiques. Les répliques fusent agréablement. Et il y a un truc que j'ai oublié de dire dans ma chronique de The Kaiju Preservation Society: Scalzi ajoute au tout pas mal de politique, ou du moins un propos sur l'état du monde et la manière dont les riches et puissants le dépècent joyeusement, sans une pensée pour les autres. J'apprécie, même si ça fait un peu trembler et si ça met en colère.

Je viens de relire ma chronique de The Kaiju Preservation Society et je vais répéter deux choses que j'y ai dites.

D'une part, "Le personnage qui débarque dans un environnement qu'il ne connaît pas, c'est évidemment un procédé bien connu pour poser un décor, et cela marche ici très bien". À la réflexion, c'était déjà le cas dans Redshirts, alors j'espère que ce n'est pas un poncif de l'auteur. Mais ça marche très bien, c'est indéniable.

D'autre part, j'ai retrouvé la structure "ligne de dialogue - description d'un geste - ligne de dialogue - description d'un geste" qui m'avait sauté aux yeux parce qu'elle me rend zinzin dans mes traductions. Mais cette fois, elle m'a moins exaspérée. Peut-être que Scalzi l'utilise un peu moins, tout de même.

Dernière chose que vous devez savoir: cette édition Tor se termine par une nouvelle, Hera Baldwin Gets A Financial Advisor, qui est éminemment sympathique et rigolote. 😺😺

Je suis joie, je suis bonheur.

CE CHAT.

Allez donc voir ailleurs si ce superméchant débutant y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Grominou