dimanche 17 janvier 2021

Bilan 2020 – Lectures

Après le bilan consacré aux salles obscures, place au bilan lecture de l'année 2020.

Contrairement à ce que je pouvais espérer, je n'ai pas lu plus cette année: 62 livres, un chiffre en léger recul par rapport aux 65 de 2019 et aux 67 des deux années précédentes. En revanche, le confinement du printemps m'a permis de m'attaquer à deux pavés demandant beaucoup de temps.

Comme toujours, quelques livres surnagent tandis que d'autres coulent lamentablement, mais j'ai plus de mal à classer les meilleurs livres de l'année que les années précédentes.

Le trio de tête 


The Left Hand of Darkness d'Ursula K. Le Guin, un roman remarquable sur l'altérité qui me trotte encore dans la tête. Chronique.

Beggars in Spain de Nancy Kress, un roman inégal mais dont la première partie est d'une richesse hors du commun. Chronique.

Les Fiancés de l'hiver de Christelle Dabos, premier tome de la série la Passe-Miroir. Très franchement, c'est ce roman que j'ai lu avec le plus de plaisir cette année, mais je ne le place qu'en troisième position car je pense que les deux autres lui sont supérieurs de par leurs thèmes et le traitement qu'ils ont font. Chronique.

Les lectures marquantes (par ordre chronologique de lecture)

Sorcières de Mona Chollet, un essai féministe sur lequel j'ai trouvé à redire mais qui m'a beaucoup parlé. Je pensais déjà que je ne me teindrais pas les cheveux une fois plus âgée, mais je pense désormais que ce sera un acte politique, parce que je n'ai pas besoin de paraître jeune, fertile et baisable pour avoir de la valeur en tant qu'être humain! Chronique.

The Woman in White de Wilkie Collins, tout le charme du XIXe siècle anglais condensé dans un roman impossible à lâcher. Chronique.

The Worm Ourobouros d'E. R. Eddison, un bouquin plus grand que nature. J'en ai tellement chié à le lire, mais quelle aventure! Chronique.

Les langues

Majoritairement du français, beaucoup d'anglais et... C'est tout. C'est une catastrophe, je ne lis plus en italien et en espagnol depuis des années... Zéro pointé cette année.

La valeur sûre

Ma relecture des Rougon-Macquart avec Tigger Lilly s'est poursuivie avec quatre romans: la Joie de vivre, Germinal, L'Œuvre et la Terre. Chroniques zoliennes.

Mes bilans ayant plutôt tendance à s'éterniser jusqu'à citer la moitié des livres lus dans l'année, je fais un effort de brièveté et je m'arrête ici malgré la présence d'autres livres de qualité!

Du côté des revues

Depuis deux ans, j'ai pour objectif de lire une revue par mois en plus de Cheval Magazine. Avec 17 revues, c'est bon pour 2020. En revanche, c'est Cheval Mag qui n'a pas assuré: deux numéros ont sauté et je n'ai pas reçu le dernier de l'année, donc je n'en ai lu que neuf au lieu de douze! 🤣

Du côté des BD

30 BD cette année, ce qui semble être mon nouveau rythme (32 en 2019, 35 en 2018, quelques-unes par an auparavant). Je n'ai pas compté le nombre de lectures avec des chats mais cet animal était clairement le plus représenté. 🤣😹

Et la pile à lire?

En 2019, j'ai atteint une victoire éclatante en faisant passer ma pile à lire de 66 à 33 volumes, soit une réduction de 50%. En 2020, j'ai fait encore mieux: le 31 décembre, ma pile à lire comptait 12 volumes!! DOUZE!! Oui, douze, mes amis, douze, DOUZE. C'est une réduction de 63% et ce n'est même plus une pile à lire, à ce stade! Yeah!!!

mardi 12 janvier 2021

Bilan 2020 – Cinéma

Comme tous les ans, je me penche sur l'année écoulée en commençant par le cinéma.

Évidemment, l'exercice est périlleux, vu que les cinémas ont été fermés une bonne partie de 2020 et que la plupart des films que je vais généralement voir – de grosses sorties avec de gros budgets et beaucoup d'effets spéciaux – ont été renvoyés.


Tout d'abord, les chiffres: 21 séances. C'est plutôt cohérent avec les années précédentes, compte tenu de la fermeture.

Ensuite, un constat: les films que j'ai préférés voir sont en fait ceux que j'ai revus: Matrix, Titanic, Captain Marvel et Black Panther.

Parmi les sorties de l'année, rien ne m'a réellement marquée d'un sceau indélébile. Je tiens toutefois à mentionner quelques films.

Les Traducteurs de Régis Roinsard, à film à énigmes qui met joliment en avant le travail des traducteurs littéraires et est tourné en plein de langues. Un vrai plaisir de polyglotte.

Birds of Prey de Cathy Yan, un film pop corn et coloré fort sympathique.

Woman d'Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand, un beau documentaire inspirant et plein de langues du monde entier. Un vrai plaisir de polyglotte, ici aussi.

Les Nouveaux Mutants de Josh Boone, un film de super-héros différent des autres et axé sur les peurs des personnages. Il se termine en bouillie d'image de synthèse illisible, mais j'en retiens quelques passages marquants ("I get too hot" et "I'm magic too", par exemple).

Enfin, Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal m'a vendu du rêve et m'a confortée dans mon adoration des ânes.

Je ne peux pas clore ce bilan sans mentionner trois films plus anciens.

L'Ascension de Skywalker de J. J. Abrams, sorti fin 2019 et vu en 2020, qui m'a fait vibrer malgré l'ennui profond lié au retour de Palpatine et que je suis allée revoir durant l'été. "For Leia. For the galaxy."

Elephant Man de David Lynch: tout simplement un chef d'œuvre que je suis ravie d'avoir pu découvrir dans de bonnes conditions, sur grand écran.

Ensuite, Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui est sorti en 2019. Ce n'est pas du tout mon genre de film, mais on ne peut que crier au génie face à cette mise en scène, cette lumière, ces silences et cette chanson de dingues autour du feu.

Et ce qui m'a encore plus marquée cette année: les premières séances de juin, lors de la réouverture, quand le cinéma accueillait une dizaine de personnes par séance en moyenne (exception faite de Titanic, où nous étions peut-être cinquante). Le calme, le plaisir de revenir et d'être seule avec le film, mon homme ne s'étant déplacé qu'une fois ou deux après la réouverture. Le cinéma à l'état pur, en quelque sorte.

jeudi 7 janvier 2021

Les BD du quatrième trimestre 2020

Avant de passer aux traditionnels bilans de fin d'année, place au dernier récapitulatif des bandes dessinées du trimestre.

Inhumain de Valérie Mangin et Denis Bajram (scénario) et Thibaud de Rochebrune (dessin) (2020)


C'est l'interview des deux scénaristes dans le podcast C'est plus que de la SF qui m'a donné envie de lire cette BD. Je n'ai malheureusement pas été séduite, sans trop savoir pourquoi. Il y a certes un grand nombre d'éléments intéressants et des couleurs sublimes, mais ça n'a pas pris. Les actions s'enchaînaient peut-être un peu vite par moment, le questionnement final m'a semblé manquer de profondeur... Je suis bien en peine de m'expliquer.
Éditeur: Dupuis

Sous les arbres. Tome 1: L'Automne de monsieur Grumpf et tome 2: Le Frisson de l'hiver de Dav (2020)

  

Deux albums d'une mignonnerie à tomber. Le premier parle d'un blaireau qui essaye de balayer les feuilles devant sa maison à l'automne, le deuxième d'un renard aux prises avec une écharpe récalcitrante en plein hiver. Je suppose que le public ciblé a moins de sept ans mais j'a-do-re et j'attends avec impatience le printemps et l'été.
Éditeur: Éditions de la Gouttière

Robilar ou le maistre chat. Tome 1: Maou!! de David Chauvel (scénario), Sylvain Guinebaud (dessin) et Lou (couleur) (2020)

Robilar est un gros matou aristocratique dont la vie est chamboulée lorsqu'un ogre écrase le carrosse de sa comtesse. Après pas mal de mésaventures, il est recueilli par un gentil meunier et perd un poids considérable en chassant les souris. Puis il décide d'aider son nouveau propriétaire à devenir riche. Pour commencer, il lui demande une paire de bottes pour protéger ses coussinets délicats. Vous l'aurez compris, l'histoire est librement inspirée de celle du chat botté, mais avec pas mal de différences, comme la présence de champignons hallucinogènes. Je n'ai pas trop aimé le dessin et le langage médiévalisant, donc je ne suis pas bien convaincue de lire le deuxième tome, mais ça reste sympathique.
Éditeur: Delcourt

J'adore mon chat mais il s'en fout complètement d'Alberto Montt (2019)

Traduit de l'espagnol par Éloïse de la Maison.
Une succession de dessins amusants ou informatifs sur les chats, du genre "les chats peuvent ronronner jusqu'à tel volume" ou "il existe deux catégories de gens: ceux qui aiment les chats et ceux qui vivent dans l'erreur" (ah, ah!). Ça se lit en dix minutes, c'est aussitôt oublié (à moins que vous n'aimiez le dessin, contrairement à moi), ça ne vaut pas du tout 11€, contentez-vous de le lire en bibliothèque.
Éditeur: ça et là

Je ne veux pas être maman d'Irene Olmo (2019)

Traduit de l'espagnol par Léa Jaillard.
L'autrice retrace son parcours de femme agacée par l'insistance de ses proches à la faire parler de maternité, puis sa réflexion sur le sujet et sa prise de conscience. Non, elle n'a pas envie d'être mère un jour. Bien entendu, j'ai sauté sur cette BD dès que j'ai découvert son existence chez Mon coin lecture, mais elle arrive un peu tard pour moi, puisque j'ai pas mal avancé dans ce parcours de réflexion et d'acceptation du jugement des autres. (Bon, perdre mes amis les uns après les autres parce qu'ils se renferment sur leur couple et leur(s) enfant(s) reste très douloureux, bien sûr... Mais cela dépend d'eux et non de moi!) En outre, je n'ai pas aimé le dessin, ce qui est toujours très problématique en BD. Je la recommande néanmoins à tous et surtout aux gens refusant que d'autres ne fassent pas les mêmes choix qu'eux.
Éditeur: Bang éditions

Castelmaure de Lewis Trondheim et Alfred (2020)

Il paraît que c'est moi qui ai demandé à lire cette bande dessinée. Je n'en ai aucun souvenir et il n'y en a aucune preuve, donc je pense que c'est mon libraire qui s'est trompé... Mais chut. 🤪 Je n'ai pas du tout aimé. Le dessin est assez brouillon, avec des traits tremblotants que je n'aime pas, et l'histoire est à la fois trop simple et trop gore. Je pense que, pour lui donner de la crédibilité et la rendre inquiétante, il aurait fallu un dessin beaucoup plus réaliste et une œuvre plus longue. En l'état, c'est crado sans réussir à être dérangeant...Côté intrigue, ça tourne autour d'un château cerné de tempêtes depuis vingt ans, suite à la disparition du roi et à une multitudes de grossesses simultanées se terminant mal.
Éditeur: Delcourt

Les Zola de Méliane Marcaggi et Alice Chemana (2019)

La vie d’Émile Zola à travers celle de ses femmes: Alexandrine, l’amour de jeunesse et l'épouse légitime, et Jeanne, la servante devenue maîtresse. Difficile de ne pas tenir Zola pour un beau salaud en voyant combien cette double vie a été commode pour lui et lui a permis de tout avoir… au détriment de son épouse, qui s’est dévouée corps et âme pour lui pour finir cocue. Pourtant, le ton de la BD n’est pas du tout accusateur, les trois personnages étant présentés sous un jour humain et "frais", si je puis dire. On retrace 40 ans de vie et de littérature de manière très claire et plaisante. Un beau document pour découvrir la vie de Zola. Voir aussi l'avis de Baroona.
Éditeur: Dargaud

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une de Sophie Ruffieux, Lylian et Raphaëlle Giordano (2020)

L'adaptation en bande dessinée du roman de Raphaëlle Giordano, que j'ai lu et commenté ici, se lit extrêmement bien. Les dessins sont simples, lumineux et plaisants. Comme dans le roman, la protagoniste rencontre un mystérieux routinologue qui l'aide à faire le point sur sa vie puis à la faire évoluer dans la direction qu'elle désire. J'ai été beaucoup moins agacée par ses problèmes, ce qui prouve probablement que j'ai évolué depuis que j'ai lu le roman, et au final je pense avoir préféré la BD au livre. En revanche, cela joue toujours autant sur les clichés, notamment de genre, par exemple avec le mari qui s'affale dans son canapé en demandant "qu'est-ce qu'on mange" quand il rentre du bureau, la protagoniste trop gentille qui veut faire plaisir à tout le monde, le choix d'une activité créative liée à l'enfance, etc. etc.
Éditeur: Soleil.

Sur la route de West de Tillie Walden (2019)

Baroona et Tigger Lilly (lien à venir quand je me servirai de nouveau de Facebook dans quelques semaines!) ayant dit beaucoup de bien de Tillie Walden, j'ai décidé de partir à sa découverte. Cette BD était mise en avant dans ma librairie ET IL Y A UN CHAT EN COUVERTURE, donc j'ai commencé par ici. L'histoire de Lou et Béa, deux jeunes femmes qui se rencontrent sur une aire d'autoroute et traversent le Texas ensemble, est touchante et prenante, mais je n'ai pas totalement adhéré aux graphismes (ou plus précisément à certains effets "de tache", si je puis dire) et la fin m'a laissée assez perplexe. [Divulgâcheur] Mon copain pense que la morale est que les deux protagonistes sont toujours aussi mal dans leur peau après leur rencontre. Moi, je suis plus nuancée, je pense qu'elles ont avancé, mais [fin du divulgâcheur] je ne suis pas sûre d'avoir saisi toutes les nuances et l'implicite de la conclusion. (@Baroona et Tigger Lilly: je pense que vous allez adorer, vous!) Je ne parle pas de la chatte, mais elle est bien là et a son importance.
Éditeur: Gallimard BD

samedi 2 janvier 2021

La gamelle de décembre 2020

Retour sur le dernier mois de 2020. Entre l'intégrale de nouvelles de Clarke qui me prend beaucoup de temps, la fermeture des cinémas et une charge de travail non négligeable, ce bilan mensuel est toujours aussi riquiqui. 🤣

Sur petit écran

Thor Ragnarok de Taika Waikiti (2017)

Miam, miam, miam. Mon choix est fait,
mais force est de reconnaître que Thor est tentant aussi.

Mon avis est moins tranché qu'il y a trois ans, mais tout de même, ce film ne me convainc pas tout à fait. Trop coloré, trop drôle, trop oubliable à la seconde où il est terminé. Reste un Loki irrésistible et fantasmable à souhait.

Sur grand écran

Bein, rien.

Du côté des séries

Agatha Christie's Hercule Poirot – saison 11 (2008-2009)
Une belle saison qui vient clore mon visionnage de Poirot. Il existe une saison 12 et une saison 13, mais je ne les ai pas, je trouve les prix de vente des DVD ridicules (sérieux, il y a encore des gens qui dépensent 35€ pour des DVD?) et ma médiathèque ne les a pas. Je suis triste, mais c'était déjà une chance de récupérer les saisons 1 à 11 gratuitement! Le quatrième épisode de cette onzième saison a un beau casting, puisqu'on y voit Elizabeth McGovern, qui joue Cora Crawley dans Downton Abbey (Her Ladyship 💖), John Hannah, qui joue Jonathan dans la Momie, et Mark Gatiss, qui joue Mycroft dans Sherlock. Je suis triste que le générique, Hastings et Miss Lemon aient disparu depuis plusieurs saisons, mais j'ai adoré découvrir le personnage de Ariadne Oliver, qui est drôle et croustillante (avec ses pommes!).

Je regarde également la saison 3 de Star Trek Discovery. Je vous en parlerai une fois la saison terminée.

Et le reste

J'ai lu le Bifrost n°99 consacré à Shirley Jackson. Très intéressant tout ça, il faut que je lise un de ses bouquins! Et j'ai aussi découvert Caitlín R. Kiernan, qui m'a convaincue avec sa lovecrafterie, et Olivier Caruso, qui fait très fort avec la nouvelle Par les visages. Une réussite.

Hélas, pas de Cheval Magazine ce mois-ci: ils ont mis plus d'un mois à encaisser mon chèque, donc mon réabonnement n'a pas été prolongé à temps... Il faudra que j'achète le numéro de janvier en kiosque. Décidément, mon magazine adoré n'a pas assuré cette année!

lundi 28 décembre 2020

Histoires de vampires (recueil)

Probablement en réaction à la disparition de l'automne et de l'hiver, mes deux saisons préférées, j'ai envie de lire du fantastique en ce moment. C'est une sorte de lecture doudou qui me rappelle mon adolescence. J'ai donc resorti de la biliothèque un recueil d'histoires de vampires offert par une amie il y a fort longtemps, et déjà lu deux fois – mais totalement oublié depuis.

Histoires de vampires, éditeur Maxi-Livres, collection Maxi Poche, 2005, 2€ (à l'époque!)

Alexandre Dumas: Histoire de la Dame pâle (1849)
Un récit à la première personne qui sent bon le XIXe. Une Polonaise raconte comment deux frères se sont affrontés pour son amour au cœur des Carpates (cinquante ans avant Dracula, l'Europe de l'Est est déjà la patrie du vampire). On est loin de ce que Dumas a fait de mieux, mais c'est très agréable.

Charles Baudelaire: "Le Vampire" (1867)
Un des textes les plus célèbres des Fleurs du Mal. Déjà lu mille fois, mais toujours très beau.

Prosper Mérimée: Lokis (1868)
Cette nouvelle est un peu hors-sujet, puisqu'elle ne parle pas d'un vampire mais d'un ours-garou. Le schéma, en revanche, est très classique: un savant rejoint le château isolé d'un comte lithuanien et ne tarde pas à se rendre compte que celui-ci tient des propos bizarres. Rien de très mémorable, mais c'est plaisant.

Charles Nodier: Smarra ou les Démons de la nuit (1822)
Alors là, je n'ai absolument rien compris. C'est un texte très lyrique et plein de références à la mythologie (grecque, essentiellement), je ne sais pas du tout ce qu'il s'y passe.

Guy de Maupassant: Le Tic (1884)
Une nouvelle typique de Maupassant, qui, rappelons-le, est le roi de la nouvelle. Je l'ai déjà lue x fois, mais elle est très sympathique. L'auteur a un don incroyable pour poser son atmopshère et ses personnages en deux paragraphes, c'est dingue.

Aloysius Bertrand: Gaspard de la Nuit (1842)
Une série de visions indépendantes qui, si je comprends bien, racontent autant de rêves. C'est joliment écrit et j'ai étudié un des textes, "Le Rêve", quand j'étais au lycée. Nostalgie, quand tu nous tiens.

Le recueil contient également plusieurs textes très courts et extrêmement factuels de Charles Nodier (La Nonne sanglante, Le Vampire Arnold-Paul, Vampires de Hongrie et Tante Mélanchton) à l'intérêt limité, si ce n'est pour y retrouver les grandes caractéristiques du mythe (le cadavre encore frais dans son cercueil des semaines après la mort, les épidémies de mort, la destruction par décapitation et incinération...). Seul le dernier, Facéties sur les vampires, est amusant dans son ironie.

Enfin, le recueil comprend également Le Horla de Guy de Maupassant, que je n'ai pas relu car je l'ai déjà lu au moins quinze fois, et La Morte amoureuse de Théophile Gautier, que je n'ai pas relu car je l'ai déjà lu au moins cinq fois et que je l'ai justement relu il y a quinze jours.

Dans l'ensemble, les textes de ce recueil ne sont pas inoubliables ou très marquants (sauf Le Horla – lisez Le Horla si ce n'est pas déjà fait), mais il est très intéressant de voir combien le mythe du vampire était déjà balisé au XIXe. Et il a atteint l'objectif que je lui demandais, c'est-à-dire m'emmener dans des châteaux isolés au fin fond des Carpates, loin de tout, où des ombres rôdent entre les vieilles pierres la nuit...

mercredi 23 décembre 2020

Les Disparus du Clairdelune (2015)

Le mois dernier, j’ai lu et adoré les Fiancés de l’hiver, le premier tome de la Passe-Miroir de Christelle Dabos. Depuis, je trépigne d’impatience en attendant de lire le deuxième tome, dont j’avais programmé la lecture un mois plus tard pour ne pas risquer de gâcher mon plaisir en enchaînant les tomes trop vite.

Alors, quid des Disparus du Clairdelune?


J’ai adoré. À vrai dire, je suis au niveau au-dessus de l’adoration, je suis obsédée par la Passe-Miroir, je me prosterne devant Cristelle Dabos, j’ai dix-sept ans et un crush amoureux irrémédiable, je veux aller vivre au Pôle ou encore mieux à Amina, je suis dingue de l’écharpe.

Attention, je vais inévitablement révéler des éléments de l’intrigue du premier tome dans ce billet. 

Ce deuxième tome reprend là où s’était arrêté le premier, à savoir que l’héroïne, Ophélie, liseuse et passe-miroir de son état, s’apprête en quelque sorte à faire son "entrée à la cour" en rencontrant le seigneur Farouk, esprit de famille du Pôle. Ayant découvert que Thorn ne l’a choisie pour fiancée que pour bénéficier de son pouvoir de liseuse, elle est déjà très fâchée avec lui, mais la situation se complique encore lorsque Farouk la nomme vice-conteuse officielle, ce qui implique qu’elle divertisse la cour en racontant des histoires, puis lorsque des personnalités en vue du Pôle commencent à disparaître mystérieusement.

Bon, je ne sais même pas par où commencer tellement j’adhère à tout dans ce bouquin.

J’ai déjà mentionné l’univers génialissime dans le tome 1. Ici, l’effet de surprise et de découverte est, inévitablement, un peu passé, mais cela reste génial. La Citacielle, la ville suspendue qui peut se déplacer dans les airs, les Illusions pouvant aller jusqu’à déformer totalement l’espace, la présence inattendue d’objets rétro comme des dirigeables et des téléphones à fil… Tout cela forme un ensemble qui n’en finit pas d’étonner et de fasciner. C’est vraiment comme découvrir Poudlard et commencer à se dire: "putain, quand est-ce que je reçois ma lettre, moi!?"

J’adore les pouvoirs des habitants des arches et, au sein du Pôle, des différentes familles. L’animisme d’Ophélie et de son peuple est de loin mon pouvoir préféré, mais je prendrais bien les griffes des Dragons, franchement.

Les personnages sont tous géniaux, des plus importants aux plus secondaires. Ophélie bien sûr, qui évolue très joliment, gagnant en assurance et en lucidité sans changer ses caractéristiques essentielles – une discrétion à toute épreuve, une maladresse terrible, un sens moral fort et une détermination extrêmement persévérante derrière ses airs empotés. Thorn, glacial et raide comme un piquet, avec ses répliques cinglantes (je suis amoureuse de Thorn 😍 Mais franchement, qui ne l'est pas?!?). Archibald, négligé et dragueur, un feu follet irrésistible (je suis amoureuse d’Archibald aussi, maintenant que j’y pense). Farouk, terrible dans sa puissance démesurée. Le baron Melchior, obèse, raffiné et amusant ministre des Élégances que j’ai rapidement visualisé comme Ratcliffe, le méchant de Pocahontas de Disney. Gaëlle fait une rapide apparition et Renard revient aussi, et avec un chaton, Andouille. Et l’écharpe, n’oublions pas l’écharpe. Ni la mère Hildegarde avec ses cigares – seulement deux pages, mais quelle classe. Tous sont saisis avec une vivacité de fous.

"Gaëlle s’était hissée sur la rambarde comme un marin sur le beaupré d’un navire; au-dessus des contingences humaines, elle mâchonnait une cigarette juste à côté du panneau «INTERDICTION FORMELLE DE FUMER»."

Il y a aussi beaucoup d’humour dans ce tome: plutôt discret généralement, mais j’ai aussi éclaté de rire plusieurs fois.

"— Monsieur l’intendant, je me demandais où vous étiez!
— Ici, répondit Thorn comme une évidence."

J’ai posé le livre, j’ai ri. J’ai relu, j’ai reri. J’ai rerelu, j’ai rereri.

L’intrigue s’étoffe considérablement dans ce tome, puisque non seulement le mariage d’Ophélie dépasse les simples enjeux diplomatiques qu’elle avait imaginés, mais il ne concerne pas moins que le lointain passé des esprits de famille et la Déchirure, le grand cataclysme qui a fait de la Terre une série d’arches flottantes (autour, on suppose, d’un reste de noyau). J’ai hâte d’en apprendre plus sur ce mystérieux Dieu apparu dès la première page du premier tome.

Côté bémols, je pourrais exprimer quelques réserves sur ce tome, à savoir que j’aurais aimé voir plus la tante Roseline, un personnage extraordinaire, et peut-être découvrir un nouvel endroit aussi formidable que la Citacielle, à côté de laquelle la ville balnéaire des Sables d’Opale est finalement bien banale; et il y a de légère facilités à la fin, avec un méchant un peu trop bavard en présence d’Ophélie et un départ pour Anima bien expéditif au dernier chapitre – la réaction de Farouk à la disparition de Thorn aurait mérité quelques lignes d’explication plutôt que la simple mention du fait que Thorn est hors la loi. Mais je chipote totalement, un peu comme si, alors que vous vous extasiez sur un chat particulièrement sublime, vous commentiez la présence de trois poils gris foncé dans son pelage noir d’encre.

En bref: un deuxième tome très réussi pour Christelle Dabos. Chapeau, l’artiste. Je trépigne d’impatience en attendant le troisième. Lecture prévue durant la deuxième moitié de janvier, pour faire durer le plaisir.

Allez donc voir ailleurs si ces disparus y sont!
L'avis de la Petite marchande de prose
L'avis de Vert

vendredi 18 décembre 2020

L'Incivilité des fantômes (2017)

À bord du Matilda, qui vogue parmi les étoiles depuis des centaines d'années, Aster, une femme noire des bas-ponts, assiste le Chirurgien, un métis des hauts-ponts. La société de ce vaisseau est extrêmement hiérarchisée, avec à sa tête le souverain Nicolaée, représentant de la religion et garant de la mission du Matilda, à savoir atteindre une hypothétique terre promise. Aster étudie aussi les journaux laissés par sa mère, qui s'est suicidée le jour de sa naissance et qui avait découvert des vérités oubliées.



Bon, ce roman de Rivers Solomon ne me tentait guère, l'idée des sociétés ultra-hiérarchisées avec les riches exploiteurs d'un côté et les pauvres exploités de l'autre me semblant totalement insipide si ce n'est pas Zola ou Maupassant qui s'en occupe, mais je l'ai reçu en cadeau (et de la part d'une amie qui ne lit pas de SF, en outre!) et j'ai donc attaqué ma lecture pleine de bonne volonté. Comme je le craignais, la sauce n'a pas du tout pris, mais pas pour les raisons que j'anticipais: le problème a été que j'ai trouvé le tout extrêmement confus.

Au début, la présentation de la société m'a semblé laborieuse; on recueille des bribes d'information au fil des conversations et j'ai eu du mal à les recouper pour comprendre comment tout ceci était organisé. Le simple plan du vaisseau m'a totalement échappé. Les ponts sont numérotés de A à Z (enfin, le pont le plus bas cité est le Y, mais je suppose que ça va jusqu'à Z...) et on imagine une superposition linéaire, de haut en bas, mais les ponts agricoles (dont je n'ai pas retenu les lettres, ou dont on ne connait pas les lettres tout court) sont placés en rond autour d'une étoile artificielle qui fournit chaleur et énergie. Donc, je n'ai pas compris si le vaisseau est rectangulaire ou rond, ou à géométrie variable...

À maintes reprises, l'enchaînement des phrases m'a semblé bancal, comme si la fin d'un paragraphe n'avait rien à voir avec le début ou que les gens répondaient à côté de ce qu'un autre personnage venait de leur dire. Cela va jusqu'à l'apparition ou la disparition d'un truc en plein milieu d'un chapitre, comme un manteau tout au début: Aster le prend à la main, le manteau tient très chaud, tu as l'impression qu'elle va l'offrir à quelqu'un qui souffre plus d'elle du froid... Et, non, on ne sait pas, le manteau n'est plus cité. L'a-t-elle gardé à la main pendant toute la conversation sans rien en faire? Aucune idée.

Je suis aussi restée perplexe face à la clandestinité. Le Matilda est ultra hiérarchisé et il y a des gardes partout, mais Aster passe son temps à aller dans des endroits où elle n'a pas le droit d'aller en ne se faisant prendre que rarement et en ne prenant guère de précautions. À la fin, elle monte même jusqu'au pont A, ni vue ni connue, tranquillou.

Il y a aussi ce conduit d'aération ou monte-charges abandonné qui lui permet d'entrer dans un endroit extrêmement important, lui aussi abandonné (pourquoi? Depuis quand? Est-il franchement possible que la direction du vaisseau [divugâcheur] ait l'oublié l'existence de navettes permettant de quitter les lieux et ne se soit jamais rendu compte que la mère d'Aster y a pénétré? [Fin du divugâcheur]) Pourquoi Aster et son amie Giselle échouent-elles à atteindre le sommet du monte-charge après des heures (si ce n'est pas des jours, je ne sais plus) d'efforts quand elles sont enfants alors qu'Aster y parvient en un clin d'oeil une fois adulte?

Et concernant les agissements de la mère d'Aster: [divugâcheur] elle a inverti la trajectoire du Matilda pour le ramener sur Terre, mais depuis 25 ans personne ne s'en est rendu compte? Et alors, à quoi est due la coupure de courant du début du roman, supposément provoquée par un autre changement de direction? Qui a modifié la trajectoire, pourquoi, pour aller où? Et pourquoi, dans ce cas, le Matilda apparait-il à proximité de la Terre à la fin? [Fin du divugâcheur] Sérieux, je n'ai rien compris.

Arrivée en vue de la fin, j'ai profité d'une insomnie pour feuilleter les 200 premières pages et relire en diagonale les passages qui me semblaient importants. Ça m'a éclairci les idées en ce qui concerne la haine de Lieutenant, le successeur de Nicolaée, envers Aster, mais le reste est demeuré bien obscur.

Pour couronner le tout, malgré un certain intérêt pour la découverte des mystères que j'espérais comprendre, je n'ai ressenti aucune empathie pour Aster et ses compagnons d'infortune – malgré un quotidien éminemment néfaste composé de froid, de privations, de violences et de viols – et j'ai pris en grippe Giselle, que j'ai trouvée irrespectueuse et insupportable...

Très franchement, la moitié des problèmes que j'ai ressentis s'expliquent probablement par le fait qu'il s'agit d'un premier roman; j'ai eu l'impression que Rivers Solomon a vu les choses en grand mais n'a pas été capable de concrétiser cette vision. Il y a des idées, mais beaucoup de travail pour rendre la chose publiable. Je ne m'explique donc pas le succès du bouquin. Je vais m'accrocher à la maigre consolation d'avoir lu, pour à peine la deuxième fois de ma vie si je ne me trompe pas, un livre écrit par une personne n'ayant pas la même couleur de peau que moi... 😜

Les copains sont unanimes, ce livre est extraordinaire. Allez donc voir ailleurs si ces fantômes y sont!

PS: Vous noterez que j'ai formulé de billet de manière à ne pas me prononcer sur le genre de Rivers Solomon, qui utilise le pronom they singulier en anglais, sans pour autant avoir recours au pronom iel, auquel je ne m'habitue pas. Je n'ai cité son nom que deux fois et je n'ai utilisé qu'un seul adjectif, capable, qui ne change pas au féminin et au masculin en français. Je voulais faire quelque chose de beaucoup plus complexe mais je rédige ce billet en catastrophe la veille de sa publication, donc je manque de temps (et j'ai très très envie d'éteindre l'ordinateur pour commencer le deuxième tome de la Passe-Miroir 🤩). Il faudra que je lise un autre livre écrit par une personne se considérant comme non-binaire pour me faire un petit défi rédactionnel à l'avenir.

PS2: Si vous estimez que c'est moi qui n'ai rien compris au bouquin et que les réponses à mes questionnements sont évidentes, je serai ravie que vous me donniez les numéros de page concernés pour que je puisse me rendre compte de ce que j'ai raté.
 
PS3, plus tard: Une amie me signale qu'écrire "une personne se considérant comme non-binaire" ne convient pas, l'identité de genre étant, justement, une identité et non une considération ou un avis. J'en prends bonne note et je ne répèterai pas cette formulation à l'avenir. Je laisse ça là dans le présent billet pour réfléter l'évolution de ma rédaction.

PS4, plus tard aussi: Dans ma hâte, j'ai commis l'impardonable: je n'ai pas cité le traducteur!! C'est la honte, l'indignité professionnelle. Il s'agit de Francis Guévremont, dont la bibliographie est joliment variée.

dimanche 13 décembre 2020

La Morte amoureuse (1836) + Une Nuit de Cléopâtre (1838)

Chronique express!

La Morte amoureuse de Théophile Gautier est une nouvelle idéale pour un dimanche pluvieux de décembre. Portée par une plume riche et poétique, quasiment luxuruante dans ses descriptions, elle raconte l'étrange double vie d'un prêtre qui a cru, pendant trois ans, être courtisan en compagnie de la divine et mystérieuse Clarimonde, pourtant morte et enterrée. C'est une histoire de vampire délicieusement classique, qui m'a beaucoup marquée quand j'étais au lycée et que j'ai adoré relire adulte. Regard ensorcelant, mains diaphanes, amour survivant par-delà la mort, tissus précieux dans des palais regorgeant de richesses, sans oublier la galopade effrenée de deux chevaux noirs au clair de lune... Il y a tout ici pour contenter l'ado gothique qui sommeille en vous.

Une Nuit de Cléopâtre est moins marquante, mais tout de même très agréable. Cette fois, Théophile Gautier nous emmène sur une cange naviguant sur le Nil par une journée d'écrasante chaleur. À son bord, la sublime Cléopâtre, la reine toute-puissante sur laquelle le peuple n'ose même lever les yeux, s'ennuie à périr, lassée d'empoisonner ses esclaves et de régner sur autant de momies que de vivants. Un peu plus loin, sur une embarcation de fortune, un homme transi d'amour. Dans le plus pur orientalisme, tout n'est ici que luxe incroyable, jardins secrets aux bassins recouverts d'or, esclaves discrets, étoffes de prix et mets divins. Un décor à la hauteur de Cléopâtre, de son visage inoubliable et de ses adorables petits pieds...