mercredi 25 mai 2022

Le Charmeur (2010) + L'Envoûteur (2011)

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu de la romance à tendance érotique! J’ai en effet récupéré des romans traduits par une amie, Lise Capitan Gibert, ce qui m’a permis de découvrir la collection Milady Romance. Direction l’Écosse, ses Highlands et ses highlanders aux fesses musclées sous les tissus en tartan! 🤩


Le Charmeur (Héritiers des Highlands, tome 2)
Lorsqu’elle visite la cour d’Angleterre en 1685, à l’occasion du couronnement de Jacques II, Isobel rencontre un compatriote écossais avec qui elle échange quelques baisers torrides. Hélas, il s’avère rapidement que le jeune homme est un membre du clan des Mac Gregor, ennemi de la famille d'Isobel. Une fois son séjour à la cour terminé, elle repart en Écosse, bien déterminée à l’oublier. Mais bien sûr, le beau Tristan ne tarde pas à partir sur ses traces…

L’Envoûteur (Héritiers des Highlands, tome 3)
Également présente à la cour à l’occasion du couronnement de Jacques II, Mairi Mac Gregor, sœur de Tristan, retrouve son amour de jeunesse, Connor, qui l’a abandonnée sept ans plus tôt pour servir le roi d’alors, Charles II. Une trahison qu’elle juge impardonnable: Connor l’a abandonnée elle, il a abandonné l’Écosse et il s’est mis au service d’un souverain protestant. Hélas, il est toujours aussi beau…

Ces deux romans de Paula Quinn sont de la romance comme on l’imagine: il n’y a pas tellement d’histoire, les personnages tombent amoureux au premier regard et frôlent l’orgasme au moindre baiser, la protagoniste gifle son prétendant, l’homme est expérimenté sexuellement tandis que la femme est vierge ou n’a couché qu’avec lui, il y a la menace d’un mariage forcé (pour elle dans les deux cas, mais aussi pour lui dans le deuxième roman)… Du bon vieux roman Harlequin historique, quoi. 😄

Dans le premier roman, Isobel noue ses cheveux en une grosse tresse et, à un moment donné, elle tourne les talons tellement vite que sa tresse gifle quelqu’un sous l’effet du mouvement! Ça m’a bien fait marrer.

Ce qui m’a marquée le plus, c’est la structure du texte: le récit se consacre essentiellement à alterner les lignes de dialogue et les descriptions gestuelles (les personnages passent leur temps à relever les yeux, hausser les sourcils, tendre la main, etc. etc.). Je suis sensible à ce genre de chose car je rencontre souvent ça dans les romans que je traduis et que ça me rend un peu zinzin.

Dans le deuxième roman, il y a un élément d’intrigue politique, puisque Mairi, fidèle à l’Écosse, fait partie d’une milice qui traque les caméroniens et que le nouveau roi, Jacques II, est catholique, ce qui ne plaît pas à tout le monde. J’avoue que j’ai eu du mal à comprendre les enjeux, car je ne connais rien à l’histoire du Royaume-Uni hormis la Seconde Guerre mondiale, mais c’était, justement, intéressant d’en savoir un peu plus. Ce tome est quand même moins amusant car il y a tout un aspect "femme tigresse" et "homme bien décidé à la dompter" assez insupportable – d’ailleurs, le titre anglais est Tamed by a Highlander, c’est-à-dire "Domptée par un Highlander". Dans le premier, au moins, Tristan et Isobel donnaient plus l’impression de partager un amour sincère, même s’ils étaient bien embêtés par le fait que leurs deux familles se détestent. 😉

Un avantage non négligeable: ces romans se lisent super vite! Ils font tous deux 470 pages et j’en ai lu en un jour et demi et un en 24 heures. Bon, la deuxième fois, il y a eu une insomnie qui a bien aidé, mais vous voyez la vitesse!

vendredi 20 mai 2022

Saurian. A Field Guide to Hell Creek (2018) 🦖🌳

Il y a quelques mois, Valéoraptor attirait mon attention sur un livre sur les dinosaures un peu particulier: Saurian. A Field Guide to Hell Creek de Tom Parker, Chris Masna et RJ Palmer. Le projet principal est un jeu vidéo du même nom, développé par Urvogel Games, et cet ouvrage est sorti en complément. Vu son avis enthousiaste, j’ai acheté le livre à mon tour.

Eh bien, il avait raison. Saurian est une vraie merveille. C’est véritablement un guide et il porte donc bien son nom: il présente de nombreuses espèces de la faune et de la flore de Hell Creek, une formation rocheuse située aux États-Unis, plus précisément dans le Montana, le Wyoming et les deux Dakota, et très célèbre dans le monde de la paléontologie pour les nombreux fossiles de dinosaures qui y ont été retrouvés. L’époque étudiée date d’il y a 66 millions d’années, quand vivaient quelques-uns des dinosaures les plus célèbres. Comme l’inégalable Tyrannosaurus rex, représenté en couverture.

Chaque espèce a une page présentant succinctement son habitat (car la région n’est pas uniforme et possède aussi bien des zones marécageuses que des parties plus sèches, des plaines que des plateaux…), sa morphologie au fil de sa vie, ses habitudes alimentaires et sociales… Pour les arbres, par exemple, on a des croquis de l’arbre adulte, de ses feuilles et de ses fruits. Un vrai livre de biologie, en quelque sorte. Sauf que toutes les espèces ont disparu depuis des lustres. 😍

Edmontosaurus. 💖

Le clou du spectacle, bien sûr, c’est la partie sur les dinosaures. Une vraie merveille. Une merveille tellement merveilleuse que… je me suis penchée sur le jeu vidéo.

Bon, heureusement, je ne connais vraiment rien aux jeux vidéo et je doute de me mettre à la chose un jour (d’une part parce qu’il y aurait sûrement une période difficile pour comprendre comment ça marche, et d’autre part parce que, si je dépassais cette période et j’accrochais le jeu, je n’aurais plus de vie), mais celui-ci est quand même très tentant, puisqu’on y incarne un dinosaure. C’est un jeu de survie, je crois. Vous choisissez quelle espèce vous voulez être, puis vous éclosez et vous devez survivre dans l’environnement de Hell Creek jusqu’à l’âge adulte.

En gros, vous pouvez jouer à être un dinosaure.

Je répète: vous pouvez jouer à être un dinosaure. 👀

C’est merveilleux.

En plus, les visuels sont pas mal du tout et il y a une vraie démarche scientifique derrière. Je vous invite à jeter un œil à la FAQ pour vous faire une idée.

Le jeu est déjà disponible sur Steam, dans une version non définitive, et le développement poursuit sa route.

Il va sans dire que je veux impérativement traduire Saurian, dans sa version livresque, en français. C’est mon nouvel objectif de vie pro et perso. J’ai contacté l’éditeur anglais, Titan Books, qui m’a dit que les droits sont libres pour la France. Il faut donc que je trouve un éditeur français motivé pour les acheter et financer toute la production de la version française (dont mes droits d’auteur, que je suis bien sûr prête à revoir à la baisse pour soutenir le projet 😇). J’ai déjà contacté trois éditeurs, mais vos avis m’intéressent: qui, à votre avis, peut vendre un beau livre en grand format sur un habitat naturel disparu?

Pour finir, le récit d’un achat compliqué:

L’année dernière, j’ai supprimé mon compte Amazon. Les raisons sont multiples, mais, en gros, ça fait partie de ma vie post-COVID: agir (encore) plus en adéquation avec mes valeurs. Je n’avais pas commandé chez eux depuis 2018, mais le simple fait d’avoir encore un compte "au cas où" me gênait. Donc, je l’ai supprimé. Mais bien sûr, cela complique l’achat de livres en anglais. (Je précise que je possède aussi un compte The Book Depository, sur lequel je n’ai pas passé de commande depuis au moins cinq ans – car The Book Depository, c’est Amazon aussi –, mais que je n’ai toujours pas supprimé car il faut d’abord que je recopie tous les titres de ma liste d’envies quelque part pour ne pas les oublier. 😅)

N'ayant pas trouvé Saurian sur des sites de vente en ligne français, par exemple celui de la Fnac ou de Shakespeare and Company à Paris, j’ai décidé de commander directement auprès de l’éditeur anglais, Titan Books, qui passe par le site des boutiques Forbiden Planet, les deux entreprises étant liées. Entre le prix du bouquin, les frais de port et le taux de change livre sterling > euro, qui a probablement joué en ma défaveur, j’ai payé ce bouquin… 54€.

La vache.

Quand le bouquin est arrivé en France, j’ai dû ajouter à cela 7 ou 8 € de frais de douane (je ne sais plus exactement), ce qui a fait monter le prix à 61 ou 62€.

Fuck le Brexit.

Saurian est sans aucun doute le livre qui m’a coûté le plus cher de toute ma vie.

Heureusement qu’il a tenu ses promesses et qu’il est vraiment beau. 💓

Il se trouve que je suis à une période de ma vie où l’argent n’est plus un problème, malgré des périodes tendues ponctuelles, et que j’ai donc pu payer cette somme sans difficultés particulières. (J’aimerais bien remonter dans le temps et le dire à la fille qui se désolait en 2016 et 2017...) Et il se trouve aussi que je préfère donner plus d’argent à des entreprises que j’estime plutôt que d’économiser en recourant aux services d’une entreprise que je n’estime pas, y compris si cela implique de m’acheter moins de choses au final. Mais bon, là, ça a été un sacré prix à payer pour éviter la multinationale. 😅

dimanche 15 mai 2022

La Péninsule aux vingt-quatre saisons (2014)

Qu’est-ce que je l’ai attendu, ce roman de Mayumi Inaba! Chroniqué en 2018 par Marilyne, puis en 2019 par la Petite marchande de prose, il restait éternellement disponible uniquement en grand format quand je le demandais en librairie. En avril 2022, enfin, je l’ai vu sur une table chez Gibert: il était sorti en poche!

Une illustration superbe de Flora Waycott.

Et ça été la déception. Ahah.

Ce récit d’une année passée à la campagne, dans une péninsule du Japon distante de plusieurs heures de Tôkyô, avait tout pour me plaire: isolement loin de la ville et de la foule, protagoniste d’âge mûr (la cinquantaine ou plus, étant donné qu’elle mentionne qu’elle est ménopausée) et sans enfant, présence d’un chat, observation tranquille de la nature et de son évolution au fil des saisons… Tout ce dont je fantasme, en bonne banlieusarde entourée d’immeubles.

Mais la sauce n’a pas pris. Le style ne m’a pas semblé transcendant dans l’absolu et le texte français est saupoudré d’anacoluthes et de petits problèmes de structure qui m’ont gênée (hmm, les éditions Picquier... En même temps, ils écrivent un nombre en chiffres dans le titre, j'aurais dû me douter de quelque chose... 🤯). Et comme dans Vingt ans avec mon chat, la narratrice (voix de l’autrice ou "simple" doublon?) m’a semblé fort peu dégourdie. Pas qu’elle ait quelque chose de spécifique à faire, car il n’y a guère d’action ici (et ceci n’est pas une critique: je suis réceptive aux livres où il ne se passe rien). Mais elle reste parfois bouche bée ou éberluée (je n’ai pas noté le terme exact) devant des choses qui me semblent mériter peu d’importance… 🤔 Et comble du malheur, on ne voit pratiquement jamais le chat. 😾

Alors, ce n’a pas non plus été l’agonie, entendons-nous bien, mais je suis restée à distance de ce récit, ne me retrouvant réellement que dans le besoin, passé et passé par la narratrice, de vivre dans la grande ville qu’est Tôkyô afin d’être noyée dans la foule, le bruit et l’agitation. Moi aussi, j’ai tendance à me noyer dans le bruit ambiant pour ne pas entendre le silence…

Une chose positive que je veux retenir: j’ai lu la première moitié de ce roman dans le train de Munich à Paris. Un trajet long. Beaucoup plus long qu’un vol en avion. D’abord trois heures dans un train régional, puis un peu moins de trois heures dans un TGV. Un trajet que j’ai fait en train par choix, en partie parce que j’ai développé une sorte de peur-haine irrationnelle de l’avion (ça, c’est la mauvaise raison), en partie parce que le train pollue beaucoup moins et en partie parce que j’aspire à PRENDRE ce temps que je n’ai pas, à aller LENTEMENT, à REGARDER où je suis quand j’y suis. À vivre ma vie post-COVID telle qu’elle m’est apparue avec une certaine clarté en 2020. Évidemment, la sensation de fin du monde, qui incitait à tout changer, et les bonnes résolutions du confinement, qui étaient intimement liées à ce moment de pause forcée et presque hors du temps, ont buté sur la réalité de la vie contemporaine. Mais je peux agir sur certains points, et voyager en train en est un.

Comme à peu près tous les romans japonais que j’ai lus, la Péninsule aux vingt-quatre saisons a été traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Allez donc voir ailleurs si cette péninsule y est!
L'avis de Marilyne
L'avis de la Petite marchande de prose

mardi 10 mai 2022

Hangsaman (1951)

Après We Have Always Lived in the Castle et The Sundial, j’ai acheté Hangsaman de Shirley Jackson, une autrice que j’apprécie beaucoup malgré le côté bizarre et difficile à appréhender de ce que j’ai lu d’elle jusqu’à présent. Hélas, je n’ai pas passé un très bon moment cette fois-ci…

Certes, il y a quelque chose de mystérieux dans l’air, avec le personnage de Natalie Waite, une Américaine qui, à l’âge de dix-sept ans, quitte la maison familiale pour étudier dans une université réservée aux femmes. Constamment en décalage avec son entourage, elle s’imagine des dialogues fictifs dans sa tête, qui résonnent parfois étrangement avec ceux auxquels elle participe dans le monde réel – ou ne participe pas vraiment, d’ailleurs, vu qu’elle est très passive. Certes, il y a aussi, justement, des dialogues brillants, ou plutôt des monologues entrecroisés brillants (vous savez, quand les gens parlent chacun de leur côté sans répondre à ce que dit la personne en face… 😅), ce que j’avais déjà constaté dans The Sundial. Sur ce point, c’est indéniable, Shirley Jackson était très douée. Enfin, certes, il y a aussi une critique vive d’un certain modèle du rêve américain, avec deux figures de femmes mariées qui souffrent dans une existence horriblement creuse et ne savent pas comment s’en sortir.

Toutefois, Natalie est horriblement passive pour mes goûts, et plus le roman avance, plus elle plane, ce qui m’a donné une certaine envie de la secouer pour lui remettre les idées à leur place. Et je ne me suis pas du tout intéressée aux autres personnages, tous plus futiles et creux les uns que les autres, exception faite peut-être du père, qui est mieux caractérisé (futile et creux aussi, en fait, mais d’une manière plus consistante – au moins, on comprend que c’est tout à fait délibéré et il n’est pas interchangeable🤪). Et puis, la seule fois qu’il y a un peu d’action… [divulgâcheur] eh bien, c’est un viol. On ne voit rien, mais on comprend très bien, et j’en ai eu les cheveux dressés sur la tête [fin du divulgâcheur]. Bref, voilà. Un roman planant qui n’a pas su me convaincre. À tenter, néanmoins, si le thème vous parle. Je compte toutefois continuer avec Shirley Jackson. 😉

PS : Vous vous demandez d’où sort ce titre? D’après ce que j’ai compris, c’est le nom anglais de la carte du pendu au tarot…

Allez donc voir ailleurs si d'autres ont plus apprécié ce pendu que moi!
L'avis de Charlotte Parlotte
L'avis de Gromovar

jeudi 5 mai 2022

La gamelle d'avril 2022

Un peu comme le mois de décembre, le mois d'avril a été englouti par un trou noir. Entre deux week-ends chez des amis ailleurs qu'en France (les Pays-Bas et l'Allemagne, enfin!!), deux sorties professionnelles et plusieurs jours de tourisme à Paris, je n'ai pas du tout eu de temps à consacrer aux écrans. La lecture s'est maintenue par miracle, au rythme faiblard qui me caractérise depuis des années, mais cette gamelle est probablement la moins bien fournie de l'histoire du blog. 😅 Mais je vous offre une citation croustillante, alors ne partez pas! 🤩

Sur petit écran

Rien. Bon, ça, ça ne change pas...

Sur grand écran

Rien non plus. Ça, c'est la cata. J'ai raté Morbius, dont on m'a dit le plus grand mal mais que je voulais voir quand même, me disant que, au pire, je pouvais contempler Jared Leto pendant deux heures. Enfer et damnation.

Du côté des séries

Rien non plus. Ça aussi, c'est la cata. Mon visionnage de la Roue du temps a échoué lamentablement sur le double écueil du manque total d'enthousiasme de mon homme et de notre manque de temps à tous les deux. Il faudrait que je reprenne au début, car je n'ai déjà plus de souvenir distinct des quatre épisodes que nous avons péniblement réussi à voir en un mois et demi, et je regarderai probablement seule, Monsieur n'étant pas du tout motivé pour s'y remettre.

Et le reste


J'ai lu le dernier Translittérature, la merveilleuse revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, et le Canard Enchaîné du 20 avril, acheté un jour où je suis allée à Paris et suis partie de chez moi en oubliant d'emporter un livre à lire dans le train (...). Il y a beaucoup d'infos locales qui ne m'intéressent pas dans ce journal, mais je rejoins les journalistes sur leur antilepénisme assumé et j'apprécie leur ton mordant. Une citation de Nicolas Sarkozy m'a même fait éclater de rire:
"Je l'avais dit, [Valérie Pécresse] n'est pas sympathique. Ça ne date pas d'hier. Il faut être sympathique pour avoir une chance d'être choisi par les Français. En plus, Valérie sait ce qu'elle me doit et, pourtant, elle n'a retenu de moi que le Kärcher. Je vaux quand même mieux qu'un Kärcher."
Je ne sais pas ce qui me fait rire le plus – Sarkozy qui critique le manque de sympathie de qui que ce soit ou sa remarque sur le Kärcher en mode "chaton" – mais je ris, je ris. 🤣🤣🤣🤣

En fin de mois, je n'ai même pas lu mon Cheval Magazine habituel, car j'ai beaucoup circulé en train et j'ai préféré ne pas l'emmener, de peur de l'abîmer. Ce sera double dose en mai. 😉

Et vous, mes chers lecteurs?
Avril a-t-il été un mois comme les autres,
un trou noir ou une belle occasion de renouveau printanier?

samedi 30 avril 2022

Shining in the Dark (2017)

Chronique express!

Une couverture de toute beauté réalisée par Zariel.

À l’occasion des vingt ans de Lilja’s Library, un site sur Stephen King, son responsable, Hans-Åke Lilja, a publié un recueil de douze textes: un écrit par Stephen King lui-même et onze qui lui rendent hommage ou ont un lien avec son œuvre. Ainsi, le Cœur révélateur d’Edgar Allan Poe, proposé ici dans sa traduction de Baudelaire, est utile pour comprendre le texte de King, le Compresseur bleu, traduit de l’anglais par Éric Holstein. Hélas, comme le laissaient présager les chroniques de Tigger Lilly et Xapur, le tout n’est pas bien qualitatif. Seuls trois textes m’ont un minimum marquée: le Roman de l’Holocauste de Stewart O’Nan, traduit par Éric Holstein, qui montre le décalage entre l’image d’un écrivain et son for intérieur, l’Amour d’une mère de Brian James Freeman, traduit par Annaïg Houesnard, qui évoque la nouvelle The Woman in the Room de Stephen King (dans le recueil Night Shift), et le Manuel du Gardien de John Ajvide Lindqvist, traduit par Éric Holstein, qui m’a amusée parce que mon copain joue à de nombreux jeux de rôles.

Les deux traducteurs sont cités dans le sommaire, en gros caractères, c’est vraiment chouette. En revanche, on apprend dans l’intro que le texte de Lindqvist a été écrit en suédois et traduit en anglais par Marlaine Delargy. Toute la question qui se pose est donc: Éric Holstein traduit-il aussi du suédois, ou a-t-il traduit la traduction de Marlaine Delargy? J’aurais bien aimé savoir. Et s’il a traduit la version anglaise, pourquoi l’éditeur français, ActuSF, n’a-t-il pas cherché un traducteur suédois>français? 🤓

Un grand merci à Xapur pour cette lecture! 😃😃

Allez donc voir ailleurs si ces phalènes y sont! 🦋
L’avis de Tigger Lilly
L’avis de Xapur

lundi 25 avril 2022

TysT (2022)

Les éditions Scylla, dont j’ai déjà lu Il faudrait pour grandir effacer la frontière, Roche-nuée et Bienvenue à Sturkeyville, organisent actuellement un nouveau financement participatif afin de publier TysT, un court roman de luvan. J’ai eu la chance de lire ce texte avec un peu d’avance…


L’intrigue

Euh bein, l’intrigue n’est pas facile à présenter, justement. J’ai même dû lire deux fois le premier chapitre pour bien le cerner (et, pour tout vous dire, je l’ai lu une troisième fois avant de m’embarquer dans cette chronique 😅). La narratrice est une humaine, a priori, mais éveillée: elle peut passer de notre monde, le pays dormant, à un autre, le pays vif. Pour cela, il lui faut trois objets, des soga, et un nœud, un lieu chargé symboliquement pour elle, où elle a vécu quelque chose d’important. Une fois arrivée en pays vif, elle accepte d’accomplir une quête en compagnie d’un corbeau, Courroux Clapet Dhorst, et d’une hort, Bibi Ziggurat Tremeneur. Qu’est-ce qu’une hort, me demandez-vous? Eh bien, je ne sais pas. Mais c’est poilu… 👀

Le style

Ce que je viens d’écrire est beaucoup plus factuel et rationnel que le texte de luvan, qui est hautement onirique et plein d’implicites et de brumes. Étant donné que je ne lis qu’au moment du coucher et que j’ai tendance à m’endormir toutes les dix minutes, le fait que rien ne soit expliqué ne m’a pas aidée. Mais je ne pense pas qu’il faille vraiment comprendre ce récit et cet univers. Il s’agit plutôt d’un texte à prendre comme il est, par lequel il faut se laisser porter, en vue de se laisser aller à rentrer dedans. En soi, le style est superbe, riche et évocateur, ce qui colle parfaitement au pays vif et à l’atmosphère de ces réalités parallèles, qui se mêlent malgré tout.
"Je suis en pays vif. Je suis en pays dormant. J’existe simultanément ici et là.
Les éveillées ne quittent jamais l’ici quand elles gagnent le là."
C’est une ambiance tout à fait appropriée pour la Bretagne, où se situe une partie de l’action: une Bretagne brumeuse, pleine de légendes et de chansons. Pour tout vous dire, c’est, un peu comme Vert-de-Lierre de Louise le Bars (mais en beaucoup plus abouti), le genre de texte que j’aurais aimé, moi, écrire à un moment donné de ma vie, notamment quand j’étais émerveillée par les Brumes d’Avalon de Zimmer Bradley et la minisérie Merlin de 1998. 💔

luvan évoque aussi un avenir peu reluisant pour l’humanité, avec la mention de la troisième guerre et de la fermeture des frontières, mais on n’en saura presque rien. La narratrice, âgée d’une cinquantaine d’années au début du roman, a consacré sa vie à la musique et ne semble pas s’être penchée sur les tourments du monde. Il y a, en revanche, des passages poignants sur sa relation avec sa sœur, cette dernière étant partie vivre à l’autre bout de la planète longtemps auparavant.

Le roman s’accompagne d’une playlist, d’un jeu de rôle d’écriture solo créé par Melville Tilh-Pluñvenn (je n’ai pas essayé de jouer, mais j’essaierai peut-être quand j’aurai la version papier), de superbes illustrations intérieures réalisées par Stéphane Perger, de cartes et de symboles dessinés par Arnaud S. Maniak et d’une postface de Laurence Jonard.

Moralité: maintenant que je connais la fin, je devrais lire ce roman une deuxième fois, afin de mieux en savourer le style sans autant essayer de raccrocher les wagons entre deux endormissements. 😅 Je suis certaine, de toute façon, que c’est un texte qu’on peut lire plusieurs fois, en explorant sa richesse plus à fond à chaque fois!

Allez donc voir ailleurs si TysT y est!
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert

mercredi 20 avril 2022

To Be Taught, If Fortunate (2019)

Chronique express!


Ayant adoré The Long Way to a Small Angry Planet de Becky Chambers, j’avais très envie de continuer avec cette autrice merveilleuse, qui avait proposé un premier roman si doux à lire. J’ai donc sauté sur To Be Taught, If Fortunate quand je l’ai vu en librairie (béni soit l’American Book Centre d’Amsterdam d’avoir du Becky Chambers en rayon, et même plusieurs bouquins de Becky Chambers en rayon 💖).

Et quel plaisir. D’une part, ce livre est très court, et j’ai donc pu le lire en un temps raisonnable (cinq jours?), ce qui m’a évité de perdre totalement le fil comme je le fais d’habitude. Il se divise en quatre parties, chacune présentant l’exploration d’une planète par une équipe de scientifiques humains, qui ont quitté la Terre au XXIIe siècle. On découvre ainsi quatre mondes différents, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et on partage le plaisir des chercheurs espérant trouver des formes de vie, puis les cataloguant. Et quand les choses se passent mal, on peine avec eux – même si, Becky Chambers oblige, le scénario du pire ne tourne pas non plus à l’horreur. (C’est comme chez Arthur C. Clarke: vous pouvez lire tranquille, a priori personne ne finira découpé en morceaux. Quel soulagement. Quel bonheur.) De manière plus générale, j’adore la vision de la science présentée ici: la science comme facteur de progrès et de connaissance, portée par une volonté partagée de gens différents les uns des autres. La fin m’a carrément donné la chair de poule. Et le titre, extrait d’un message de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations Unies, est un programme d’humilité et de foi en la science à lui tout seul. Cette édition Hodder se termine, en outre, par un échange de questions-réponses entre Becky Chambers et sa mère, Nikki Chambers, qui est prof d’astrobiologie. Formidable.

En écrivant cette chronique, je réalise qu’on peut clairement dire que Becky Chambers est la digne héritière d’Arthur C. Clarke. Je suis joie. 😍