mercredi 14 novembre 2018

La cuisinière d'Himmler (2013)

Chronique express!


Rose, cuisinière et gérante de restaurant à Marseille âgée de 105 ans, commence un jour à écrire ses mémoires. Depuis son enfance dans l'Arménie des années 1910, elle a eu une vie aventureuse marquée par certaines des grandes tragédies du XXe: le génocide arménien, la Seconde Guerre mondiale et le maoïsme. Les faits sont loin d'être drôles, mais le ton est désopilant: cette femme au caractère brut de décoffrage n'a plié face à rien, trouvant toujours sa force dans le travail (en cuisinant plus que jamais) ou... la vengeance! 😂 Elle n'hésite pas, en effet, à retrouver les coupables et à leur régler leur compte...

Franz-Olivier Giesbert réussit un vrai tour de passe-passe: faire rire avec un livre qui se lit tout seul alors même qu'il est truffé d'horreurs. C'est fou. De lui, j'avais déjà lu Un Pedigree et je n'avais pas du tout aimé; je ne chroniquais pas mes lectures à l'époque et je n'ai pas de souvenirs précis, mais je crois que j'avais trouvé ça très parisien nombriliste. Rien de cela ici, c'est vraiment plaisant, bien maîtrisé et bien documenté à la fois; je ne suis pas une experte mais j'ai eu la nette impression que l'auteur a bien préparé l'aspect historique. Il y a certes, en parallèle de faits très précis, un côté totalement invraisemblable (du genre Himmler qui emmène sa cuisinière française en Allemagne pour l'aider à retrouver sa famille déportée), mais je crois qu'on s'en fiche totalement parce que ça permet à Rose d'être aux premières loges de l'histoire. En plus, elle cite tout le temps les plats qu'elle a servis dans ses restaurants et ça met l'eau à la bouche... 😁

Allez donc voir ailleurs si cette cuisinière y est!

samedi 10 novembre 2018

Les Chouans (1829)

J'ai plus ou moins (re)découvert la chouannerie il y a trois ans en (re)lisant L'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly. J'avais bien dû aborder ça à l'école, mais je n'en gardais aucun souvenir... Dans la foulée, j'ai acheté Les Chouans de Balzac, toute contente à l'idée de retrouver les royalistes en lutte contre la République. (La littérature a de drôles d'effets parfois. En soi je préfère la république à la monarchie, mais en lisant Barbey tu regrettes l'Ancien Régime... ^^).


Bref, j'ai acheté Les Chouans. Quelle erreur, mes amis, quelle erreur.

C'est d'un ennui mortel, confus et complètement invraisemblable. J'ai décroché au bout de quarante pages et j'ai péniblement réussi à rallumer mon attention à la fin, mais j'ai loupé plus de la moitié de l'intrigue. Globalement, ça se passe du côté d'Alençon en 1799, avec les Chouans qui semblent vouloir relancer la guerre civile et la République qui manque de troupes à envoyer sur place. Les Chouans sont menés par un jeune noble surnommé Le Gars. La République envoie une espionne jeune et jolie le séduire. Ils se rencontrent par hasard, tombent amoureux en une heure, se jurent un amour torturé et inaltérable et sont prêts à renier leurs idéaux aussitôt. L'espionne use de son autorité sur l'armée pour sauver le Gars, mais voilà qu'un mal intentionné chuchote quelque chose sur l'espionne à l'oreille du Gars, qui fait massacrer les soldats escortant l'espionne, et nos deux héros se reverront deux ou trois fois avec une alternance d'amour fou, de trahison, de peine destructrice, de reproches et de sacrifices très difficile à suivre et franchement inintéressante. Misère, tout ceci m'est tombé des mains. [Divulgâcheur: à la fin, ils meurent ensemble sous les balles des Républicains, juste après avoir été mariés en cachette.]

Certes, le contexte historique est intéressant. Je crois qu'on oublie complètement les années violentes d'après la révolution, avec une véritable guerre civile en France, les nobles qui avaient fui et les prêtres qui se cachaient pour officier, un certain flottement à Paris et les troupes en train de guerroyer aux frontières. Dans mon souvenir, les lives d'histoire passent bien vite de la Bastille à la gloire de Napoléon. Mais ça n'a pas suffi à insuffler un intérêt à cette lecture...

Décidément, Balzac est vraiment imprévisible pour moi: je garde un super souvenir du Colonel Chabert et d'Eugénie Grandet et j'ai visiblement (d'après mes chroniques) apprécié La Cousine Bette et Le Père Goriot, mais La Peau de chagrin et ces Chouans me sont tombés des mains. J'ai encore La Rabouilleuse dans ma PAL et j'ai un peu la trouille là. J'essaye de me dire que Les Chouans est le premier roman de Balzac, peut-être a-t-il commis des erreurs de jeunesse et a-t-il évolué par la suite...

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
Je ne peux pas dire que je n'étais pas prévenue en ouvrant Les Chouans: Tigger Lilly m'avait mise en garde! 😂


Livres de Balzac déjà chroniqués sur ce blog

mardi 6 novembre 2018

La gamelle d'octobre 2018

Un tout petit mois que ce mois d'octobre. J'ai de plus en plus de mal à me motiver pour aller au cinéma. C'est tellement dommage. 😌

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Venom de Ruben Fleischer (2018)
Après un début un peu difficile en raison d'une succession de scènes rapides, presque saccadées, qui m'ont semblé insuffisantes pour poser l'intrigue, Venom s'est mis à parler et j'ai adoré ("Pile of bodies, pile of heads"). Ce n'est pas du tout un film inoubliable mais j'ai très envie de retrouver ce "méchant" qui n'en est pas un. 😄

Beetlejuice de Tim Burton (1988)


Une séance UGC Culte extrêmement plaisante. J'avais déjà vu Beetlejuice mais c'était il y a des années et je ne m'en souvenais pas vraiment. C'est très drôle et frais, avec plein de thèmes ou d'éléments esthétiques qu'on retrouvera dans d'autres films de Burton (la mariée fantôme par exemple ^^). Les personnages ont beau être un peu caricaturaux, ils sont aussi super naturels et crédibles, c'est fou! La musique de Danny Elfman est également très réussie. C'est un film très sympa qui met de super bonne humeur.

Du côté des séries

Rien. Je garde cette catégorie dans le billet juste pour me mettre la pression. ^^

Du côté des BD


Putain de chat 4 de Lapuss'
Il était permis d'en douter vu la fin du tome 3, mais la série Putain de chat continue avec Grisbi, la chatonne arrivée à la fin du tome 2 (je crois). C'est toujours sympa et acide mais je ne sais pas s'il est bien pertinent d'acheter les volumes, ça se lit en dix minutes et c'est vite oublié.

Chat-Bouboule 2. La nuit tous les chats sont gros de Nathalie Jomard (2016)
Le gros Bouboule est mon chat préféré parmi mes récentes découvertes. C'est frais, mignon et drôle. Je suis juste désespérée que l'édition grand format de ce tome 2 soit épuisée et que j'aie dû me replier sur cette version poche. Ça ne va pas faire beau dans la bibliothèque. 😥

Le chat du rabbin de Joann Sfar (2010-2018)
J'ai repris cette série à zéro en vue de lire les deux derniers tomes, que j'ai achetés récemment. C'est très bien, il y a vraiment plein de bonnes idées et de beaux messages sur la tolérance et la paix entre les peuples (j'aime particulièrement les passages avec le rabbin Sfar et le cheick Sfar), et puis le chat est tellement croustillant avec sa langue bien pendue qu'il vaut le détour à lui tout seul. Par contre, la série est inégale et certains tomes me semblent un peu mous (le 4 et le 7 notamment, je crois). Il faut aussi dire que le dessin tremblotant de Sfat ne plaira pas à tout le monde. Précédemment, j'ai chroniqué un peu plus longuement les tomes 1 à 5 et le tome 6.

Et le reste

J'ai lu Un T-Rex à Paris des éditions Beaux-Arts, la revue achetée à l'exposition du Muséum d'histoire naturelle sur Trix, une femelle tyrannosaure, que j'ai visitée à la fin du mois d'août avec, entre autres, Tigger Lilly qui en parle ici. Chère, certes (9€ pour 40 pages!), mais très utile pour se rafraîchir la mémoire. En fin de mois, j'ai lu Cheval Magazine, comme d'habitude.

Et voilà. Comme toujours, j'espère faire mieux ce mois-ci!

vendredi 2 novembre 2018

L'Assommoir (1876)

Doucement mais sûrement, Tigger Lilly et moi continuons à relire les Rougon-Macquart d'Émile Zola. Aujourd'hui, place au septième volume, le célébrissime Assommoir.


La vie de Gervaise Coupeau, née Macquart
Gervaise fait une rapide apparition dans le premier tome de la série, La Fortune des Rougon; on y apprend notamment qu'elle boite et que sa mère la fait boire dès l'enfance. On a la retrouve maintenant à Paris, où elle vit avec son homme, Auguste Lantier, et leurs deux enfants, Claude (qu'on retrouvera dans L’Œuvre) et Étienne (qu'on retrouvera dans Germinal). Malheureusement, Lantier prend la poudre d'escampette avec une autre femme, lassé qu'il est de vivre dans la misère avec Gervaise, et notre héroïne épouse, après quelques réticences, un ouvrier travailleur et posé, Coupeau. Avec leur ardeur au travail et leur sérieux, les Coupeau peuvent vivre dignement et même économiser afin que Gervaise ouvre une blanchisserie. L'avenir serait radieux, mais un grave accident de Coupeau fera tout basculer.
Le reste du roman suit cette déchéance affreuse, la chute de plus en plus terrible dans la pauvreté, la détresse psychologique, une situation sentimentale sordide, la malpropreté et surtout l'alcool – l'eau de vie dorée et tentatrice distillée dans l'Assommoir, le bar du quartier.

Un roman qui se lit tout seul
Bon, je l'ai déjà dit à propos de Son Excellence Eugène Rougon, et d'ailleurs je le dis à chaque fois, mais j'ai lu ce roman avec une facilité absolue, Zola c'est le rêve.

Une langue incroyable
Zola a toujours un style très particulier, qui n'enthousiasme pas forcément tout le monde. Ici, il adopte un ton de voix unique en utilisant l'argot parisien. Ça donne des répliques comme:
"Donnez-vous la main, nom de Dieu! cria Coupeau, et foutons-nous des bourgeois! Quand on a de ça dans le coco, voyez-vous, on est plus chouette que les millionnaires." (Chapitre 8.)
ou:
"Mais elle finissait par se ficher des dégelées comme du reste. Coupeau pouvait faire la Saint-Lundi des semaines entières, tirer des bordées qui duraient des mois, rentrer fou de boisson et vouloir la réguiser, elle s'était habituée, elle le trouvait tannant, pas davantage." (Chapitre 12.)
C'est truffé de mots et d'expression que je ne connais pas mais j'adore. Et je trouve quand même que ça se lit tout seul. C'est extrêmement imagé et coloré et j'ai l'impression que ça a pris un côté désuet et que ça en devient presque drôle. À l'époque, pourtant, je crois que ça a fait scandale que Zola utilise cette langue du peuple.

Gervaise ou la résignation molle
Zola est un grand expert des personnages mous (dans les épisodes précédents des Rougon-Macquart, citons Marthe dans La Conquête de Plassans et son fils Serge dans La Faute de l'abbé Mouret). Gervaise est un peu différente dans la mesure où elle a tout de même plus ou moins conscience d'être molle et le fait avec un semblant d'objectif: être heureuse. Sa vision du bonheur, c'est de ne pas être embêtée, d'être tranquille. Ça manque peut-être d'ambition mais je la comprends. Le problème, c'est qu'elle accepte TOUT ce qui lui tombe dessus sans se battre, et même en se battant de moins en moins au fur et à mesure que les choses empirent... Je n'ai pas eu envie de la secouer et de la réveiller mais j'ai ressenti beaucoup de pitié pour elle. Je crois que le fait de bien connaître son histoire (c'est la quatrième fois que je lis ce livre!) me fait adopter une sorte de résignation, moi aussi, comme si le destin de Gervaise était écrit dans le marbre. Étape par étape, sa situation se dégrade sur tous les plans jusqu'à sa fin misérable, une conclusion aussi charmante que dans les premiers tomes de la série. Et pourtant, au début, Gervaise avait beaucoup de volonté: elle travaillait dur et ne s'accordait pas une seconde de repos, allant jusqu'à accoucher seule, par terre, car elle était restée travailler au lavoir jusqu'au dernier moment!

Coupeau ou la spirale de l'alcoolisme
Le mari de Gervaise, à l'origine un ouvrier honnête et travailleur, se blesse gravement et est contraint de garder le lit pendant de longs mois de convalescence. C'est le premier élément perturbateur dans la vie de Gervaise, d'une part parce qu'elle dépense toutes les économies du ménage pour le soigner et d'autre part parce que Coupeau prend goût au farniente et ne se remettra jamais au travail avec le sérieux d'autrefois, préférant paresser dans les bistrots et, à terme, tomber dans la boisson. Je pense que Zola oppose nettement le travail – comme valeur et occupation qui préserve du mal – à la fainéantise. Goujet, un ouvrier discret amoureux de Gervaise, est le parfait exemple de l'ouvrier sérieux (c'est-à-dire travailleur et sobre). D'ailleurs, c'est lui que Gervaise aurait dû épouser (si elle l'avait connu à temps...).

Des personnages abjects
Autour de nos personnages principaux gravitent, comme toujours, quelques personnages secondaires plus ou moins abjects. Il y a Lantier, l'ancien compagnon de Gervaise et le père de ses deux premiers enfants, un profiteur de première et un sacré pervers à qui j'ai souhaité bien du mal. Il y a aussi les Lorilleux, le couple formé par la sœur de Coupeau et son mari, d'une hypocrisie et d'une aigreur phénoménales. Par ailleurs, fait ici ses grands débuts Nana, la fille de Gervaise et Coupeau (et donc la demi-sœur d'Étienne et Claude, fils de Lantier). Elle aura son propre roman par la suite mais est déjà très présente ici. Comme Lalie dont je vais parler ci-dessous, c'est une gamine devenue adulte trop tôt, mais à l'inverse de Lalie elle incarne le vice et la perversité avec son regard d'enfant qui voit tout et comprend tout et attend son tour. Très perturbante, cette Nana.

La misère (économique et sociale) déchirante
Zola brasse vraiment large dans ce roman, c'est assez impressionnant. Il parle du travail des ouvriers, mal payé et potentiellement dangereux, et met l'accent sur le travail des femmes. Rien à voir avec les femmes oisives de La Curée: ici, elles travaillent toutes dur et font tourner le ménage et grandir les enfants en même temps. Il évoque aussi l'absence de protection sociale à travers le père Bru, un vieil ouvrier tombé dans la misère parce qu'il est âgé et ne peut plus trouver de travail. Il est déjà pauvre au début du roman mais sa situation empire encore et on le retrouve finalement qui mendie dans une scène nocturne à vous fendre le cœur.
Avec la destruction du ménage Coupeau, Zola parle des ravages de l'alcool, qui était, j'imagine, le thème qui lui tenait le plus à cœur vu qu'il a donné son titre au roman. L'alcool est aussi en cause dans un autre ménage de l'immeuble, celui de Lalie, une petite fille qui élève seule ses deux cadets après que son père ait battu sa mère à mort. Je pense que Lalie est la figure la plus tragique de toute l’œuvre de Zola, une gamine contrainte à devenir adulte trop tôt, dotée d'un héroïsme tranquille et d'un courage incroyable. Putain, Lalie quoi.

Le retour de la folie
Pour une fois, ce n'est pas un Rougon ou un Macquart qui nous emmène à l'asile: c'est Coupeau qui finit interné! Gervaise, choquée par les mouvements désordonnés provoqués par l'alcoolisme, les imitera devant les voisins, ce qui n'est pas sans rappeller la situation inverse du pauvre Mouret, qui imite les mouvements de sa femme folle une fois interné injustement dans La Conquête de Plassans.

Chez Gervaise, on mange!
Dans la première partie du livre, Zola décrit deux repas super copieux, un pour le mariage des Coupeau et l'autre pour la fête de Gervaise. Il est difficile d'imaginer ce que mangeaient ces gens, les quantités sont juste démesurées. Du genre trois entrées suivies de trois potages suivis de trois rôtis suivis d'un pot-au-feu. Je vous jure. Je pense qu'il le fait pour marquer d'autant plus l'opposition entre cette période faste et les journées du sixième étage, à la fin, quand les Coupeau "dansent devant le buffet" – c'est-à-dire ne mangent rien par manque d'argent.

Conclusion
Un très grand Zola que j'adore. C'est la quatrième fois que je le lis et ça s'est confirmé. Je comprends très bien qu'il ait véritablement fait de Zola un romancier célèbre!

Allez donc voir ailleurs si cet Assommoir y est!
La vidéo de Lemon June
L'avis de la petite marchande de prose
L'avis de Tigger Lilly

lundi 29 octobre 2018

The Tenant of Wildfell Hall (1848)

Des sœurs Brontë, dont la réputation littéraire n'est plus à faire, j'ai lu Jane Eyre (que j'adore) et Villette (que je n'ai pas trop aimé) de Charlotte, ainsi que Wuthering Heights (que je n'ai pas du tout aimé) d'Emily. Avec The Tenant of Wildfell Hall, qui traînait dans ma pile à lire depuis deux ans, je me suis penchée sur Anne et j'ai adoré!


L'intrigue: La bonne société d'un coin de campagne anglaise est en ébullition à l'annonce que Wildfell Hall, une grande maison délabrée abandonnée depuis des années, est à nouveau occupée. La locataire, Mrs Graham, est une jeune veuve accompagnée de son petit garçon et d'une servante. Un peu froide en société, discrète, elle semble vouloir vivre en solitude et se consacrer à ses tableaux. Mais elle attire fatalement l'attention, notamment celle du narrateur, qui se rend progressivement compte que le flirt qui l'occupait jusque là est bien fade à côté de cette femme intelligente. Puis des rumeurs scandaleuses commencent à circuler sur Mrs Graham et sur ses relations avec le propriétaire de Wildfell Hall...

La première partie se compose des lettres envoyées par le narrateur à un ami et décrit l'arrivée de la mystérieuse Mrs Graham. On y voit comment elle noue des liens avec la société du coin et avec le narrateur et comment celui-ci s'intéresse de plus en plus à elle, avant de devenir violemment jaloux. J'ai d'ailleurs eu quelques réserves à ce stade, tout à la fin de cette partie, le narrateur commençant à faire n'importe quoi parce qu'il ne peut pas contrôler ses émotions [divulgâcheur: par exemple, il frappe et blesse le propriétaire de Wildfell Hall parce qu'il s'est persuadé qu'il est l'amant de Mrs Graham]. La deuxième partie est composée par le journal intime de l'héroïne; on y découvre tout son passé et comment elle s'est retrouvée à Wildhell Hall. Enfin, la troisième partie reprend les lettres du narrateur après la découverte de la vérité et constitue la résolution de l'intrigue.

J'ai adoré ce roman pour plusieurs raisons. Tout d'abord, en ce mois d'octobre terriblement estival, j'ai adoré m'évader dans la campagne et la lande anglaises, où il fait décidément plus frais et où le climat me convient beaucoup mieux; on se presse autour de la cheminée et c'est ça la vraie vie quoi (à l'image de la couverture), pas se balader en t-shirt alors qu'Halloween arrive. J'aime aussi beaucoup la société policée de ces romans anglais du XIXe, qui est beaucoup plus campagnarde et mignonne que celle des romans français de la même époque, qui se déroulent souvent à Paris. (Bon, sauf Madame Bovary, ok.) J'aime aussi beaucoup la rédaction de l'époque, très élégante et fine, qui exprime à la perfection la psychologie des personnages et tout ce que transmettent les regards, les intonations...

Au-delà de ça, toutefois, c'est bien le traitement du personnage féminin qui est enthousiasmant ici. Mrs Graham, Helen Huntingdon de son vrai nom, est tellement moderne, tellement forte de caractère! C'est jubilatoire d'avoir affaire à une femme intelligente, déterminée, pleine de ressources, morale, droite dans ses bottes. Comme je le disais dans mon biller sur Jane Eyre, elle est plus moderne que bien des personnages féminins des films actuels, c'est fou! J'admire surtout son approche active de la vie, sa manière de toujours faire de son mieux dans le respect de tous et d'essayer malgré ses malheurs (nombreux et révoltants) d'aider ceux qui ne veulent pas d'aide (et qui ne méritent tellement pas la sienne). Toute cette démarche est étroitement liée à la religion, ce qui ne me parle pas, et elle contrôle tellement ses émotions qu'elle ressemble parfois à un bloc de glace, mais quelle force de caractère!

Si je ne pense pas qu'on puisse parler de féminisme pendant les années 1840, The Tenant of Wildfell Hall fait toutefois partie de ces livres qui dénoncent la condition de la femme et surtout qui montrent que la femme est un être humain comme les autres. Face à son mari débauché, Helen est un modèle de rationalité et de contrôle de soi et c'est sur ses épaules que repose le ménage (mais bien sûr monsieur passe son temps à la critiquer, hein...). Au final, elle prendra une décision extrêmement difficile et risquée, allant à l'encontre de toutes les règles de bienséance de l'époque, pourvu de sauver son enfant d'un environnement malsain. Anne Brontë montre bien les conséquences d'une telle décision: Helen doit cacher la vérité à ses voisins de peur d'être complètement rejetée. Une figure qui force l'admiration et fait réfléchir.

Au final, les normes de l'époque ne sont pas ébranlées: l'histoire d'amour se résout positivement grâce au destin [divulgâcheur: c'est parce que son horrible mari débauché meurt et qu'elle se retrouve veuve que Helen peut refaire sa vie avec le narrateur], la religion reste centrale et le mot divorce n'est prononcé qu'une fois, à propos d'un homme qui quitte sa femme adultère. Mais le roman n'en reste pas moins très fort et très prenant et d'une modernité absolue.

The Tenant of Wildfell Hall me semble beaucoup moins connu que Jane Eyre ou Les Hauts de Hurlevent. Dans le premier cas, je pense que c'est justifié, Jane Eyre étant encore plus fort, mais je recommande sans hésiter de lire Wildfell plutôt que Hurlevent, ne serait-ce que pour avoir affaire à des personnages qui veulent avancer dans leur vie plutôt qu'à des gens exécrables! 😄

Allez donc voir ailleurs si Wildfell Hall y est!
L'avis de Victoria de Mango & Salt

jeudi 25 octobre 2018

Dans le lit des rois. Nuits de noces (1983)

Chronique express!


Juliette Benzoni est très connue pour ses romans historiques et c'est avec curiosité que j'ai récupéré ce petit livre auprès d'une amie. Il s'agit d'un recueil de textes décrivant les nuits de noces et les relations conjugales de nombreux souverains ou nobles: Catherine de Médicis, Louis XIV, Henri IV et Marie de Médicis, Henri VIII et Anne de Clèves, César Borgia et bien d'autres. Une approche surprenante et passionnante! La première partie parle même de la vie sexuelle des dieux ou des presque-dieux de l'Antiquité, à Babylone, en Égypte, sur l'Olympe et ailleurs. J'adore lire des œuvres historiques: j'oublie tout aussitôt et je suis bien incapable de vous parler de ces histoires (à part l'épouse d'Henri VIII qui a réussi à garder sa tête après avoir été reine d'Angleterre, contrairement à d'autres épouses de son cher mari, et Saint Louis qui retrouvait sa femme en cachette parce que sa mère, Blanche de Castille, la détestait! 😂), mais c'est tellement intéressant de voir comment les dynasties se sont épousées, combattues et détestées au fil des siècles et comment les alliances se sont faites ou défaites, parfois, à cause d'un coup de foudre ou d'une mésentente totale! Mais surtout, ici, c'est la petite histoire derrière la grande que l'on découvre: ces souverains qui n'étaient au fond que des hommes et des femmes comme les autres, confrontés un beau jour (ou plutôt une belle nuit) à une femme ou un homme qu'ils ne connaissaient pas et avec laquelle/lequel ils devaient forcément coucher vu que tout le royaume attendait un héritier. Une situation largement plus délicate pour les femmes, vous l'imaginez bien, au vu de l'éducation qui leur était réservée et de leur liberté de mœurs inexistante. D'ailleurs Juliette Benzoni ne cache pas que certaines ont été littéralement violées par leur époux... Elle leur donne vie brillamment, à tous, et fait même preuve d'un certain humour qui rend la lecture encore plus agréable.

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir et que je ne veux pas oublier: j'ai récupéré ce livre auprès d'une amie qui faisait du vide et j'y ai trouvé un vieux billet AirFrance, une vraie relique! 💖 

dimanche 21 octobre 2018

En coulisses - partie 2 (le 800e!)

Il y a quelques mois, je répondais aux questions du Chien critique sur les coulisses du blog. Je passe aujourd'hui à la deuxième partie du tag, initiée par Marie-Claude Rioux de Hop! sous la couette, qui se penche sur les "côtes sombres" de la pratique... J'ai quelques mois de retard, mais ça tombe plutôt bien puisque ce billet est le 800e de ce blog! (Et non, je rigole, ce n'est pas un hasard. ^^)

Image provenant de chez Marie-Claude Rioux.

Chronophage, le blogging?
Oui, c'est sûr! Entre la rédaction des billets, les 3000 relectures que je m'impose dans l'espoir de repérer toutes les répétitions et erreurs, la mise en page, les photos et les réponses aux commentaires, ce blog me demande un temps fou et il est clair que je lirais beaucoup plus si je bloguais moins ou ne bloguais pas. Mais je ne retiendrais absolument rien de mes lectures, donc ça n'aurait aucun intérêt. 😉

Le rythme de publication
Depuis août 2017, je publie un article tous les quatre jours (à l'exception d'une rupture de rythme en juillet 2018 à cause de mes vacances sans Internet). Ça fait un peu moins de deux articles par semaine et je peux m'y tenir sans effort démesuré. Si je manque vraiment de matériau, je peux dédier un billet complet à une bande dessinée que j'aurais pu simplement citer dans le récap du mois. Et si je suis vraiment en retard, je publie les billets sans photo. Ça me convient bien et ça m'aide à me discipliner et à ne pas laisser traîner un billet trop longtemps (une erreur terrible puisque je deviens vite incapable de rédiger un avis détaillé).

Les demandes d'auteurs
Jamais eu ce problème, ce blog n'étant guère connu. ^^

La gestion des commentaires
D'une manière générale, je réponds aux commentaires entre 7h30 et 8h, après avoir lentement émergé des vapeurs du sommeil en surfant sur Facebook. Recevoir des commentaires fait toujours super plaisir et apporte souvent un éclairage intéressant. En plus, les gens font un effort pour manifester leur intérêt et il me semble donc important d'y répondre le plus rapidement possible. J'aime aussi beaucoup papoter chez les autres et lire les commentaires qu'ils reçoivent. À cet égard, l'abonnement sur les blogs Blogger est simplissime et efficace, c'est très utile.

Les statistiques
Le démon incarné. J'ai perdu au moins un an de ma vie à regarder les statistiques de ce blog et de mon blog précédent. De manière assez simpliste, j'ai fait l'équation statistiques = popularité, ou "je n'ai pas trop d'amis dans la vraie vie et je ne suis pas du tout à la mode mais si j'ai plein de visiteurs, ça voudrait dire que je suis populaire quand même et donc que je mérite d'exister". Voilà, voilà. Résultat: ce blog étant très peu fréquenté, je me suis encore plus persuadée d'être une sans-amis qui ne mérite pas d'exister. 😂 (Mise à jour: Oui, c'est vraiment aussi radical dans mon cerveau.) J'ai enfin lâché prise à ce sujet il y a quelques mois suite à un stage d'équitation très riche et je les regarde beaucoup, beaucoup moins qu'avant...

L'attrait de la nouveauté
Il est égal à zéro. J'achète la plupart de mes livres d'occasion et je lis beaucoup de classiques, donc autant dire que j'ai quelques dizaines d'années de retard sur les nouveautés. En outre, la course à la nouveauté me semble bien vaine: quand on pense aux multiples "révélations" de la rentrée littéraire qui tombent dans l'oubli en six mois...

Tu voudrais-tu venir jouer dans ma cour?
Heuh non, je ne songe pas à m'inviter chez les autres et je n'ai jamais invité personne. 😶 J'ai l'impression que c'est plutôt pertinent chez les blogueurs très connus et suivis...

Stop ou encore?
Encore, encore, ENCORE!!!! Comme je le dis à chaque fois, je ne peux pas me passer de mon blog, c'est une des meilleures choses que j'aie jamais faites... J'ai une trace de mes lectures, j'ai énormément approfondi mon analyse, affiné mon ressenti et élargi mes horizons et j'ai même rencontré des chouettes personnes dans la vraie vie... Comment pourrais-je m'en passer? 💖💖

Le tag est ouvert à tous. Retrouvez les réponses d'autres blogueurs chez le chien critique et faites-vous plaisir!

mercredi 17 octobre 2018

Sleeping Murder (1976)

Chronique express!


Quand Gwenda, fraîchement arrivée de Nouvelle-Zélande, visite une maison dans la campagne anglaise, elle se sent immédiatement chez elle et n'hésite pas à l'acheter. Mais quand elle commence les travaux en attendant que son mari la rejoigne, elle se pose quelques questions. Pourquoi cherche-t-elle spontanément à emprunter une porte dans un mur qui n'a pas de porte? Pourquoi croit-elle que les escaliers du jardin ne sont pas au bon endroit? Pourquoi voulait-elle exactement un certain papier peint pour une chambre avant de découvrir que cette chambre possède précisément ce papier peint derrière de vieux meubles? Et surtout, pourquoi s'enfuit-elle en criant d'un théâtre lorsqu'un personnage prononce les mots "Cover her face. Mine eyes dazzle. She died young" dans La Duchesse d'Amalfi de John Webster? Perd-elle complètement la tête? Heureusement, Miss Parple ne pense pas du tout qu'elle soit folle. D'ailleurs, ça tombe bien, son médecin lui conseillant de prendre l'air de la mer, Miss Marple ne tarde pas à rejoindre la petite ville où Gwenda s'est installée et à mener sa petite enquête...

Après Hallowe'en Party, lu le mois dernier, j'ai eu envie de continuer avec Agatha Christie, dont les récits correspondent parfaitement à mon actuelle envie de cocooner. Bien sûr, j'ai adoré cette enquête de Miss Parple, qui mobilise toutes ses ressources de vieille dame à l'aspect inoffensif pour papoter avec les habitants de la ville et reconstruire les circonstances d'un meurtre commis dix-huit ans plus tôt et jamais soupçonné. Gwenda et son mari occupent le devant de la scène, mais c'est Miss Marple qui donne tout son sel au livre, qui restera dans mon histoire personnelle comme le premier Agatha Christie dont j'ai identifié le meurtrier! Haha! C'est une grande victoire.

Pour info: Agatha Christie a écrit ce livre pendant la Seconde Guerre mondiale et l'a laissé dans un coffre-fort, dont il a été sorti après sa mort. C'est donc la toute dernière enquête de Miss Parple publiée.

Le petit truc en plus que je ne veux pas oublier: J'ai emprunté ce livre à une amie et j'ai trouvé dedans une petite pochette, contenant probablement un rince-doigts, portant le nom d'une entreprise russe. 💖