samedi 24 octobre 2020

Et on tuera tous les affreux (1948)

Chronique express!


Difficile pour Rock Bailey, qui s'est engagé à rester vierge jusqu'à ses vingt ans pour se consacrer pleinement au sport, de tenir ses résolutions tellement les filles lui tournent autour... Et puis, voilà qu'on le kidnappe et qu'on l'enferme tout nu dans une salle uniquement meublée d'un lit, où le rejoint une jeune femme très sexy et toute nue aussi. La température monte... Mais notre héros réussit à s'échapper. De retour dans le pub où il a commencé sa soirée, il tombe sur un cadavre et se retrouve ainsi mêlé à une sombre histoire de sélection génétique destinée à créer des humains parfaits.

Alors ça. Je n'ai jamais lu Boris Vian jusqu'à maintenant. Je croyais que c'était une littérature un peu provocatrice, mais surtout rêveuse et de toute façon très respectable. J'ai découvert dans ce roman, publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, une petite bombe, un policier au ton très enlevé, très populaire – au sens de "langage de tous les jours" –, avec un humour permanent. Pas de quoi éclater de rire, non, mais un mélange coloré que je n'ai jamais rencontré. Et quelques passages très, très... heuh... discrètement suggestifs? (Cela m'a évoqué les romans SAS, mais comme je n'en ai jamais lu, je ne sais pas si le mélange d'action et de sexe est similaire.) Rien de marquant, à vrai dire – c'est un roman vite lu et vite oublié dont l'intrigue ne surprendra personne –, mais il faudra que je jette un coup d'œil à J'irai cracher sur vos tombes un jour...

"Je suis fasciné par le jeu des muscles de l'homme. Il a au moins un mètre soixante de tour de poitrine et il a l'air dessiné au pinceau tellement il est couvert de creux et de reliefs que des pauvres types mettent dix ans à ne pas acquérir en faisant huit heures de culture physique par jour."

"Elle claque la porte, se retourne, dégrafe sa robe et ses seins jaillissent à l'air... [...] Je sens comme qui dirait des picotements au creux des lombes... Zut, alors, ça va faire la douzième fois depuis ce matin... Il y a un peu d'abus..."
(Le gars se plaint de trop baiser, oui, oui. 😂😂)

lundi 19 octobre 2020

Au bal des absents (2020)

Chronique express!

Lorsqu'elle a l'opportunité de s'installer quelque temps dans une grande maison perdue au fin fond de la campagne, Claude n'est que trop heureuse d'avoir un toit sur la tête. Sa situation économique déplorable, en effet, l'oblige justement à quitter son studio. Du coup, enquêter sur la mystérieuse disparition d'une famille américaine lui semble une véritable aubaine, même si elle n'est pas du tout qualifiée pour le poste! Mais la maison s'avère bien moins accueillante qu'elle ne le voudrait et Claude fuit dès sa première nuit sur place, talonnée par des bruits suspects, des miroirs qui montrent des images impossibles et une présence ultramalveillante. Passée la première terreur, elle décide toutefois d'insister. Après tout, elle n'a nulle part où aller et a besoin de cette maison. Commencent ainsi de longues journée d'étude sur le surnaturel à la médiathèque du coin et de longues nuits dans sa voiture...

J'ai passé un excellent moment avec ce roman. Catherine Dufour campe une protagoniste incroyablement têtue et acharnée aux prises avec plus grand qu'elle et traite la chose avec beaucoup d'humour. Ainsi, Claude donne à la créature qui hante la maison le nom d'une de ses formatrices de Pôle Emploi, Colombe. 🤪 Le ton est à la fois cynique et léger, dans un mélange difficile à décrire qui rend la lecture à la fois aisée, plainsante et grinçante. Car au-delà du quotidien tout à fait particulier de Claude, qui récite des exorcismes ponctués d'injures et sème du sel sur son chemin quand elle visite la maison, Catherine Dufour parle aussi de déclassement social. Claude en est arrivée là parce que le marché du travail, Pôle Emploi et la société l'y ont menée. On n'est pas pour autant dans un misérabilisme social qui m'aurait déplu, plutôt dans un portrait assez cynique d'une réalité difficile qui fait qu'on ne peut que soutenir Claude et son entêtement, et ce jusqu'à une fin très satisfaisante.

Allez donc voir ailleurs si ce bal y est!
L'avis de Tigger Lilly
Une interview de l'autrice dans le podcast C'est plus que de la SF

mercredi 14 octobre 2020

Journal du dehors (1994)

Chronique express!
 

Après la déception des Armoires vides, il me restait un livre d'Annie Ernaux dans ma pile à lire: Journal du dehors. Par bonheur, il m'a énormément plu et a confirmé tout le bien que je pense de cette grande écrivaine. Ce court ouvrage d'une centaine de pages, écrites dans une police plutôt grande, rassemble de menus évènements auxquels Annie Ernaux a assisté entre 1985 et 1992: rencontres dans le RER ou le métro, conversations entendues au supermarché... Il s'apparente à un journal intime, sauf qu'elle n'y note pas ce qu'elle fait et pense, mais ce que font et pensent d'autres personnes. D'où le titre, Journal du dehors.

Pour moi, une partie du plaisir de lecture a découlé du fait qu'Annie Ernaux parle de la banlieue parisienne, plus précisément de Cergy Pontoise. Je n'habite pas Cergy, mais une autre ville nouvelle d'Île-de-France, et je me suis retrouvée dans ces descriptions, à commencer par l'absence de traces du passé dans ces villes sorties de terre très récemment. Certaines choses ont déjà changé depuis les années quatre-vingt, mais l'essence des lieux reste la même. Au-delà de cela, j'admire la capacité d'Annie Ernaux à voir le monde; avant d'écrire, elle a senti ces choses, elle a saisi ces petits riens qui en disent long. Une cliente qui consteste son ticket à la caisse du supermarché, deux amies qui parlent fort dans le RER, un homme qui ramasse les caddies sur le parking avant l'introduction des caddies à pièces (who knew?)... C'est le quotidien, ça n'a aucun intérêt, mais ça en dit long sur la société et sur l'humanité. Et après avoir vu cela, Annie Ernaux l'exprime avec une netteté admirable. Parfois, c'est atroce – un paragraphe sur l'excision, à peine six lignes probablement, et j'ai dû m'arrêter de lire –, mais on n'en attend pas moins d'une autrice engagée comme elle l'est. Je recommande chaudement, surtout si vous êtes banlieusard; c'est bien la seule fois où le RER a sa place en littérature. 🤪
 
"Dans Libération, Jacques Le Goff, historien: "Le métro me dépayse." Les gens qui le prennent tous les jours seraient-ils dépaysés en se rendant au Collège de France? On n'a pas l'occasion de le savoir."

"Un caddie renversé dans l'herbe, très loin du centre commercial, comme un jouet oublié."

vendredi 9 octobre 2020

La Femme sacrée (1984)

Chronique express!

Après avoir lu la Nuit du sérail au printemps, j'avais très envie de lire l'autre livre de Michel de Grèce que j'avais repéré dans la maison de famille d'une amie, la Femme sacrée. Après le sérail du sultan de Constantinople, direction l'Inde des maharadjahs, à la rencontre de Lakshmi, la Rani de Jansi, un petit État au nord de l'Inde. Devenue régente à la mort de son mari en attendant la majorité de son fils, elle est dépossédée par les Anglais en 1854. Cultivée, déterminée, elle souhaite ardemment voir son pays retrouver son indépendance, mais est aussi prête à aller à la rencontre des Anglais; elle tombe d'ailleurs amoureuse de Roger, un Anglais nettement plus intéressé par l'Inde que ses compatriotes hautains. Lors de la révolte des cipayes de 1857, elle ne peut empêcher le massacre des Anglais de Jansi – au cours de laquelle Roger trouve la mort –, mais elle s'efforce de conserver la neutralité de son État pour protéger son peuple de la terrible répression britannique. Mais les Anglais sont fourbes. Ravis d'avoir une raison de conquérir Jansi, ils prétendent avoir la preuve que la Rani a aidé les rebelles et marchent sur Jansi. Bien malgré elle, Lakshmi prend la tête de son armée pour résister au siège qui s'annonce. Ainsi devient-elle la figure de proue de la rébellion et entre-t-elle dans l'histoire...

Que dire? J'ai adoré découvrir cette figure dont je ne soupçonnais pas l'existence. Pour tout vous dire, je ne savais même pas qu'il y avait eu une révolte contre les Anglais en 1857, ma connaissance de l'Inde se limitant à la figure de Gandhi et à la partition avec le Pakistan. (Gloups, gloups.) Lakshmi est plus grande que nature et indomptable. Michel de Grèce a certainement romancé son parcours, je vous l'accorde, mais c'est l'Aventure avec un grand A, avec un amour secret entre une Indienne et un Anglais, des complots et des intrigues, une révolte, des massacres, des sièges, des combats, des fuites éperdues à cheval dans la nuit noire. Et le tout dans l'Inde opulente des maharadjahs, dans des palais qui débordaient encore de pierreries après avoir été pillés par les Anglais (présentés ici sous leur pire jour, celui des colonisateurs violents, hypocrites, menteurs et irrespectueux). J'apprécie aussi la plume simple et efficace de Michel de Grèce, le genre de récit dont vous avez toujours envie de lire un chapitre de plus avant de vous coucher... Et malgré un côté un peu simplet et naïf, une vision probablement bien occidentale d'un certain Orient fantasmé et quelques remarques datées sur les femmes, cette Rani m'a vendu du rêve et je l'ai vraiment vue siéger sur son trône, vêtue de son sari blanc, et charger les Anglais avec son fidèle cheval. Une belle figure de guerrière qu'il ne m'aurait pas déplu d'écrire si j'étais devenue écrivain.

dimanche 4 octobre 2020

Les BD du troisième trimestre 2020

En ce début d'octobre, retour sur les bandes dessinées lus au cours des trois derniers mois. Alors, chat ou pas chat? 
 
Peau d'homme de Hubert et Zanzim (2020)

Dans un univers clairement inspiré de l'Italie de la Renaissance, et plus précisément de Florence, la jeune Bianca aimerait en savoir un peu plus sur l'homme qu'elle va épouser. Sa marraine lui révèle alors que les femmes de leur famille se transmettent de génération en génération une peau d'homme. Une fois la peau enfilée, le corps de Bianca devient celui d'un garçon. La solution idéale pour approcher son futur époux. Puis l'amour éclôt... Entre hommes... Et quand le mariage est célébré, Bianca partage le lit d'un homme qui n'a aucune envie d'elle et qui pense constamment à un autre. Un autre qui est Bianca, donc, mais en homme. Épineux problème! Jolie bande dessinée colorée et joyeuse, Peau d'homme est très agréable à lire et aborde de front la condition féminine sur fond d'obscurantisme, le frère de Bianca étant clairement inspiré de Savonarola, mais avec une légèreté très agréable. C'est un beau succès en librairie et c'est mérité.
Éditeur: Glénat

Brina et la bande du soleil félin de Giorgio Salati et Christian Cornia (2020)

La jolie histoire de Brina, une chatte domestique qui quitte sa famille humaine pour rejoindre une bande de chats vivant en liberté dans les montagnes. Au final, c'est plutôt l'histoire de son retour à la maison et de la réalisation que la liberté n'est pas forcément où on le croit. Si cette BD ne révolutionne rien, elle est jolie et touchante et plaira sûrement à une jeune public. L'amatrice de chats que je suis a été conquise.
Éditeur: Paquet
Traduit de l'italien par Roma Paris London (heuh??)

La Diagonale des fous de Fabrice Cifré, Guillaume Albin et Cyril Vincent (2019) 

Une belle bande dessinée sur le grand raid de la Réunion, une course de folie qui couvre entre 160 et 170 km et entre 9 000 et 10 000 mètres de dénivelé en deux ou trois jours. On suit quatre personnages embarqués dans ce défi quasiment surhumain, mais l'histoire est essentiellement centrée sur l'un d'eux, Émile. Entre épuisement, blessures, hallucinations de fatigue et terrain accidenté, la course porte vraiment bien son nom: il faut être fou pour s'y engager! Mais les paysages et le dépassement de soi font rêver, tandis que l'entraide entre participants fait chaud au cœur.
Éditeur: UltraBD (avec un financement sur Ulule) 

Le Cycle des épées de Howard Chaykin, Mike Mignola, Al Williamson et Sherilyn Van Valkenburgh (1991)

J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans cette bande dessinée en sept chapitres, qui est une adaptation du Cycle des épées de Fritz Leiber, les aventures de Fafhrd et du Souricier gris. Certaines cases m'ont semblé hideuses et j'ai eu du mal à comprendre les enchaînements de certaines répliques ou actions (sérieux, des gens déplacent un gros pavillon de jardin en pierre en le portant sur leur dos?!?). Par contre, j'ai adoré l'univers, comme je m'y attendais: ruelles sombres, puissances malfaisantes, ruines abandonnées dans le désert, combats à l'épée... Si je n'avais pas su que c'était une adaptation de Leiber, j'aurais pensé à un pastiche de Howard. Il faut tellement que je lise les bouquins! 🤩 Voir aussi l'avis de Xapur sur Bulles et onomatopées.
Éditeur: Delcourt
Traduit de l'anglais par Anne Capuron

Marvel Icons hors-série n°1: Ragnarok de Michael Avol Oeming, Daniel Berman et Andrea Divito (2004)

Un comic recommandé par mon homme, grand amateur du genre. Ce volume réunit les épisodes 81 à 85 de Thor Vol. 2 en anglais et constitue une histoire complète – à ceci près qu'il y a eu 80 épisodes avant, quoi, sans même parler de Thor Vol. 1, qui existe certainement si on est ici dans le Vol. 2. Disons que vous pouvez monter dans le train en marche à ce stade...
Comme l'indique le titre, on cause ici de Ragnarok. Ayant réussi à forger des marteaux aussi puissants que Mjolnir, Loki attaque Asgard, tue tout le monde et ravage les Neuf Royaumes. Thor fait appel à Iron Man et Captain America pour riposter, puis décide de combattre seul avec les quelques survivants de son peuple afin de ne pas impliquer la Terre. S'ensuivent quelques combats, un long passage mystique dans l'au-delà et une décision radicale: anéantir Asgard pour de bon afin de mettre fin à l'éternel cycle de recommencement voulu par de mystérieux dieux se nourrissant de la mort répétée d'Asgard à chaque Ragnarok. Très franchement, je n'ai pas bien compris tout ce passage, à commencer par l'identité de ces dieux malveillants, et je n'ai pas aimé le dessin, qui est très chargé et dont j'ai du mal à comprendre l'enchaînement de case en case. Sans compter que les corps bodybuildés des hommes et les nichons gigantesques des femmes donnent l'impression de lire un produit visant des adolescents en rut. Mais c'était intéressant de voir quelques personnages des films Marvel en vrai (Loki est méconnaissable, la version filmique n'a rien à voir), et puis la fin est tout de même assez culottée puisque Thor semble mourir à son tour. Je dis bien "semble", car le personnage a eu droit à d'autres comics depuis...

Éditeur: Marvel France avec/chez Panini
Traduit de l'anglais par G. Coulomb

Chat-Bouboule 4. Fat and Furious de Nathalie Jomard (2020)


Le quatrième tome de Chat-Bouboule m'a fait pisser de rire. C'est simple, rien qu'en lisant le titre "Fat and furious" et en voyant la couverture, je me tordais de rire. Bouboule a un gros ventre et il est tellement, tellement drôle. Du coup, j'ai relu les tomes 1 à 3, dont j'ai brièvement parlé ici et ici.
Éditeur: Michel Lafon

Carbone et silicium de Matthieu Bablet (2020)

L'auteur d'Adrastée et de Shrangri-La revient avec une bande-dessinée superbe sur deux intelligences artificielles "se réincarnant" dans un nouvel androïde à chaque fois que le précédent arrive à la fin de son cycle de vie. Les couleurs sont somptueuses, comme dans les précédents albums de Mathieu Bablet que j'ai lus, les dessins – même si je n'aime pas l'aspect tremblotant du trait – sont limpides dans leur mise en scène et la transmission des informations. En abordant une multitude de thématiques d'actualité, Matthieu Bablet nous donne un voir un monde en delinquescence, un environnement exangue, une humanité en pleine implosion. L'avenir n'est guère enviable et fait froid dans le dos tellement il est, sous nombre d'aspects, plausible. Difficile de dire que j'ai aimé cette BD tellement les thématiques sont dures – et la très courte apparition d'un chien m'a bouleversée, comme certaines planches de Shangri-La qui me hantent encore –, mais il s'en dégage néanmoins une forme d'espoir et de sérénité et c'est un ouvrage hors du commun à ne pas laisser passer. La postface d'Alain Damasio, en revanche, est pédante et opaque, ou plutôt franchement incompréhensible. 😂 Écoutez plutôt la rencontre avec Mathieu Bablet dans le podcast C'est plus que de la SF.
Éditeur: Ankama Éditions

mardi 29 septembre 2020

La gamelle de septembre 2020

Un tout petit mois culturel. La programmation de mon cinéma étant désatreuse, un seul film m'a semblé justifier le déplacement (et quel film!). J'envisage d'aller voir Antoinette dans les Cévènnes à cause de l'âne, mais ça a l'air tellement con que rien n'est moins sûr...

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Elephant Man de David Lynch (1980)


Une séance UGC Culte. J'ai été très contente de découvrir ce film au cinéma car je n'aurais jamais réussi à rester concentrée chez moi, avec mon téléphone et le chat à portée de main. En négatif: j'ai été surprise par un côté théâtral et vieillot; autant le noir et blanc est un parti pris esthétique qui reste pertinent, autant certaines superpositions d'images, comme celles de l'accident de la mère au début, m'ont semblé ridicules et dépassées, même pour l'époque de tournage (on parle ici d'un film tourné à la fin des années 1970, pas des années 1940 😉). En positif: eh bien c'est un beau film, tout simplement. Les acteurs sont impeccables (Anthony Hopkins, si bel homme!), notamment John Hurt dont on ne voit jamais le véritable visage et qui a dû galérer pour incarner l'homme-éléphant. L'histoire est triste et belle, avec divers passages sur les différentes façons de faire du mal à quelqu'un (on pourrait résumer en disant que le film présente les différentes acceptions du mot "monstre" 😉), des personnages positifs très différents les uns des autres et une fin très émouvante.

Du côté des séries

Agatha Christie's Hercule Poirot – saison 6 (1994-1996)
Quatre épisodes de 1h40 et toujours autant de plaisir.

Et le reste

J'ai lu le hors-série de Mad Movies consacré à Indiana Jones (passionnant, comme d'habitude) et le Cheval Magazine d'octobre. Il s'agit d'une toute nouvelle formule puisque la revue a fusionné avec Cheval Pratique (ou plutôt l'a avalée puisque l'identité visuelle, la majorité des rubriques et le nom restent ceux de Cheval Mag. Cheval Mag à la conquête de la presse équestre! 🤩).

jeudi 24 septembre 2020

Une histoire au crépuscule (1906 et 1908)

Chronique express!


Dans ce très court recueil, les éditions Payot & Rivages proposent deux nouvelles de Stefan Zweig: Une histoire au crépuscule (1908), traduite de l'allemand par Olivier Mannoni, et Petite nouvelle d'été (1906), traduite de l'allemand par Rose Labourie. La première conte la découverte de la passion sexuelle d'un jeune garçon, pris d'assaut par les baisers d'une femme mystérieuse dans le jardin du château où il passe l'été; la deuxième décrit l'émoi d'une jeune fille recevant des lettres passionnées d'un mystérieux admirateur. Dans les deux cas, l'identité de l'être aimant est un mystère: le visage de la femme du parc est insaisissable et le jeune garçon doit mener l'enquête; l'auteur des lettres est en réalité un homme bien plus âgé, qui soumet la jeune fille à une expérience cruelle. Les deux nouvelles fonctionnent parfaitement ensemble et décrivent avec brio les premiers émois amoureux, mais surtout cette recherche vaine de l'identité non pas de celui/celle que nous aimerons mais de celui/celle qui nous aime déjà.

La rédaction est belle et soignée, avec une simplicité et une élégance remarquables. Rien d'étonnant à cela, la réputation de Stefan Zweig le précédant et la réputation des traducteurs les précédant également. Je connais Olivier Mannoni dans le cadre d'une formation et c'est un gros cerveau. Quant à Rose Labourie, Olivier Mannoni en dit du bien, donc je l'ai cataloguée comme un gros cerveau aussi, même si je ne la connais pas. 😀
"Oui, à présent, j'en suis certain, c'est bien en haut, en Écosse, car c'est le seul endroit où les nuits d'été sont si lumineuses que le ciel brille, laiteux, comme une opale, et que les champs ne s'assombrissent jamais, si bien que tout paraît briller doucement de l'intérieur et que seules les ombres s'abattent sur des surfaces claires comme de gigantesques oiseaux noirs."
Une histoire au crépuscule
Livres de l'auteur déjà chroniqués sur ce blog
Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (1927)
Marie-Antoinette (1932)

samedi 19 septembre 2020

Oh la vache! (2015)

Chronique express!



Le jour où Elsie regarde la télévision dans la maison de son fermier, sa vie bascule. En tant que vache, elle est condamnée à être tuée et mangée! Mais la télévision lui permet aussi de découvrir qu'il existe un endroit dans le monde où les vaches sont sacrées. En Inde, elle aurait la vie sauve. Du coup, Elsie décide de tout quitter. Se joignent à elle un cochon qui veut aller en Israël, parce que les juifs ne mangent pas de porc, et un dindon qui veut aller en Turquie – parce que la Turquie s'appelle Turkey en anglais, comme la dinde.

Vous l'aurez compris, Oh la vache! (Holy Cow de son titre d'origine) est un récit à la Chicken Run – si mes souvenirs de ce dessin animé sont exacts. C'est aussi un roman truffé de jeux de mots à la con, comme "mais il y a pis" et "ces rats des villes étaient surtout des rats débiles" (celle-là, j'en ris encore). Bref, David Duchovny en roue libre – car, oui, je ne l'ai pas encore dit mais c'est David Duchovny qui a écrit ce bouquin –, en mode "ma vache et mon cochon enfilent un imperméable pour prendre l'avion en compagnie de leur dindon thérapeutique". De l'absurde et du comique, donc, et un traducteur, Claro, qui a dû à la fois bien rigoler et bien galérer; il serait passionnant de l'entendre parler de son travail sur ce roman. Malheureusement, le n'importe quoi est tellement n'importequoitesque que je n'ai pas réussi à accrocher autant que je l'espérais; c'est drôle, ok, mais c'est très vite oublié. Et le message animaliste manque terriblement de finesse, alors même que je suis moi-même végétarienne, comme l'auteur, et donc particulièrement sensible au sujet. Bref, un roman absurde à découvrir si vous êtes curieux, mais pas du tout incontournable...