C'est reparti pour un petit Jules Romains! Aujourd'hui, on parle du treizième tome des Hommes de bonne volonté, et, comme vous l'aurez compris en lisant le titre, on part en mission à Rome!
Hélas, j'ai laissé passer un temps fou entre la fin de ma lecture et la rédaction de ma chronique, et je n'ai donc plus les idées extraordinairement claires. Mais, en gros, on reprend ici pile à la fin du tome précédent, Les Créateurs. Manifassier et Gurau, après qu'on leur a soufflé à l'oreille qu'il serait judicieux de surveiller ce qui se trame au Vatican au sujet d'une éventuelle guerre entre la France et l'Allemagne, se mettent à la recherche d'un ecclésiastique de confiance, capable de faire passer les intérêts de la France avant ceux de l'Église et de naviguer les subtiles intrigues vaticanes. Sans surprise, leur choix s'arrête sur l'abbé Mionnet, que nous avions abondamment vu en action en province dans... eh bien, dans le roman intitulé Province.
Et donc voilà. À part quelques chapitres avec Manifassier et Gurau au début, puis des apparitions éclair de quelques autres personnages, on passe l'essentiel du roman avec Mionnet et on suit ses réflexions sur la mission, ses démarches en ce sens à Paris, ses réactions face aux diverses mises en garde qu'on lui adresse, et ses prises de contact à Rome. Son objectif: comprendre la position de Merry del Val, secrétaire du Vatican, au sujet de l'Allemagne. Je n'ai pas tout suivi aux rapports entre les différents groupes religieux et/ou politiques, mais, comme toujours, c'était passionnant et ça se lisait tout seul. Jules Romains était un génie, oui oui oui. 🙂🙂
Autre élément très important dans ce tome: les rapports d'un certain Maykozen, qui écrit à une certaine "Majesté", sans doute Guillaume II de Prusse, et qui évoque, entre autres informations primordiales, une certaine Organisation à l'œuvre en Europe. Lui n'en sait rien, mais le lecteur comprend que c'est celle de Laulerque, que nous avons déjà croisée à plusieurs reprises et qui, à mon avis, tiendra un rôle majeur dans le prochain tome, par un certain jour de juillet 1914. 😭😭
Je vous laisse avec deux passages qui m'ont fait sourire.
Au début du roman, un certain Mézan, interrogé par Saint-Papoul sur ses liens avec la Compagnie de Jésus, répond, entre autres, ceci:
"Une puissance qu'on ne mesure pas, ou qui s'éloigne dans un clair-obscur, n'en frappe que davantage l'imagination. Un peu comme il paraît que certains hommes dans les affaires trouvent intérêt à passer pour Juifs... D'autres, dans d'autres milieux, pour grands dignitaires de la Maçonnerie... La vérité... oui... la vérité, c'est d'abord que les personnages du genre de celui qu'on voudrait que je fusse, cela n'existe que dans les romans d'Eugène Sue... [...] Ce qui ne vous empêchera pas de rencontrer, même dans le clergé séculier, de braves prêtres un peu sots, dont les Jésuites, Dieu sait pourquoi, sont la bête noire, et qui vous affirmeront en clignant de l'œil que l'Ordre a ses hommes partout, jusque peut-être sous les traits barbus d'un vénérable du Grand-Orient..."Des juifs, des maçons, des jésuites, Eugène Sue: je me suis crue de retour dans Le Cimetière de Prague d'Umberto Eco, que je venais de lire. 😂😂😂
Plus loin, Mionnet converse avec nombre d'ecclésiastiques romains, et on nous dit:
"Il admira la délicatesse des scrittori, qui pensaient à lui être agréables en lui rappelant la munificence de sa nation, et qui, en même temps, par cet emploi si commode du terme « chef de l'État », évitaient de souligner qu'en moins d'un siècle la France avait déchu de royaume en empire plébiscitaire, et d'empire plébiscitaire en république bourgeoise, pour ne rien dire de la situation actuelle qui n'avait de nom dans aucune langue."La "situation actuelle", c'est, en 1913, la IIIe République, sous la présidence d'Henri Poincaré et moins de dix ans après la loi de séparation des Églises et de l'État... 😂😂😂😂


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