mercredi 20 mars 2019

Chats enchantés (2017)

Chronique express!

Cette couverture!! 💖 Avec les hiboux et la souris... 😍

Il y a quelques mois, je vous ai touché deux mots du livre Des sourires et des chats de Séverine Pineaux et Claudine Glot. Chats enchantés est tout aussi mignon. Je suis juste frappadingue des chats de Séverine Pineaux et de ses jeux de mots félins. Ses dessins mettent de super bonne humeur et font chaud au cœur; c'est un monde plein de douceur et d'espièglerie. Les chats vaquent à leurs occupations comme des humains; par exemple, ils jardinent ou font du tourisme. Mais c'est tellement mieux que notre triste réalité. Je vous mets quelques photos pour que vous preniez bien conscience du degré de mignonnerie de la chose... Il n'y a quasiment pas de texte à lire, c'est vraiment un livre d'illustrations; si vous n'aimez pas ces photos, passez votre chemin. ^^


Chartagnan.
 
Nosfematou. (Ohlàlà l'araignée! Les chauve-souris!! 😍😍😍)

vendredi 15 mars 2019

The Broker (2005)

Chronique express!



Lors des toutes dernières heures de son mandat, le président des États-Unis accepte de pardonner Joel Backman, un puissant avocat et lobbyiste emprisonné depuis six ans, à la demande du directeur de la CIA. Le plan est simple: la CIA va cacher Backman quelque part, puis laisser l'information fuiter... et observer qui, des Russes, des Chinois, des Saoudiens ou des Israéliens, abattra l'avocat, qui a trempé dans une affaire de satellites espions encore obscure. Joel, ravi de sortir de prison avec quatorze ans d'avance, se retrouve ainsi catapulté en Italie, d'abord à Trévise puis à Bologne, encadré par deux Italiens chargés de lui apprendre la langue et les coutumes locales afin qu'il se fonde dans la masse et disparaisse. Bien sûr, notre homme ne sait pas qu'il a été libéré dans le but de savoir qui veut sa peau. Mais il ne manque pas de réfléchir à sa situation et mettra tout en œuvre pour s'en tirer...

Avec ses romans ultra-efficaces, simples, amusants et bien agencés, Grisham est une valeur sûre. Il ne m'a pas déçue avec ce roman très amusant, mettant en scène un ancien homme de pouvoir qui doit tout recommencer à zéro et apprendre une nouvelle langue. Les scènes où il apprend des mots d'italien et passe des heures au restaurant sont assez savoureuses. Ajoutez à cela que je l'ai justement lu en bonne partie en Italie, pays où je n'avais pas mis les pieds depuis cinq ans... Et vous comprendrez que j'aie beaucoup apprécié. J'ai toutefois une petite réserve sur la fin, vraiment les deux derniers chapitres à peine, qui bouclent rapidement pas mal de pistes mais pas tout le roman ([divulgâcheur] je me demande notamment si j'ai manqué une information sur le terrible tueur chinois: est-il toujours à la poursuite de Backman? Quand au retrait des Israéliens, il est trop facile...).

Je vous mets le premier paragraphe du roman pour vous donner une idée de l'humour permanent de cet auteur: "In the waning hours of a presidency that was destined to arouse less interest from historians than any since perhaps that of William Henry Harrison (thirty-one days from inauguration to death), Arthur Morgan huddled in the Oval Office with his last remaining friend and pondered his final decisions. At that moment he felt as though he’d botched every decision in the previous four years, and he was not overly confident that he could, somehow, so late in the game, get things right. His friend wasn’t so sure either, though, as always, he said little and whatever he did say was what the President wanted to hear." 😂

Allez donc voir ailleurs si cet avocat y est
L'avis de Grominou: partie 1 et partie 2

dimanche 10 mars 2019

La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains (2004)

Chronique express!


Dans ce petit livre très intéressant, Jean-Marie Pelt et Franck Steffan détaillent plusieurs symbioses ou mécanismes de solidarité du monde naturel: par exemple, le lichen (symbiose entre une algue et un champignon), le corail (symbiose entre des animaux, les polypes, et des algues, les zooxanthelles), la pollinisation (coopération entre les plantes à fleurs et les insectes pollinisateurs, notamment les abeilles), ou encore les célèbres oiseaux qui grignotent les débris coincés entre les dents des crocodiles, qui se laissent faire tranquillement, la gueule ouverte. C'est absolument passionnant et un excellent exemple de vulgarisation scientifique: le lecteur est accompagné mais pas pris pour un idiot. 👍

Je suis navrée de vous dire que j'ai aussitôt tout oublié, mais le principal est de retenir que le monde naturel n'est pas dominé par "la loi du plus fort" mais repose sur une étroite collaboration entre espèces et individus (raison pour laquelle la disparition d'une espèce est toujours un coup dur pour son environnement). Cela n'étonnera pas les personnes un tant soit peu sensibilisées à la question de la biodiversité, mais il est toujours bon de le rappeler, d'autant plus que Jean-Marie Pelt a clairement écrit ce livre pour contrer le "darwinisme social", une théorie quelque peu infecte que j'ai découverte par la même occasion (sérieux, le pauvre Darwin doit se retourner dans sa tombe...), et l'ultralibéralisme.

Cet aspect politique, certes présent, reste toutefois très discret, tout comme la foi catholique de l'auteur, qui s'attache avant tout à décrire les relations entre espèces.

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir:
J'ai acheté ce livre sans hésiter quand il a croisé mon chemin car une prof formidable m'a fait traduire des extraits de textes de Jean-Marie Pelt quand j'étais en licence... Il y a plus de dix ans... Parfois, les choses prennent du temps. 😉

jeudi 28 février 2019

La gamelle de février 2019

Comme en janvier, j'ai regardé ce mois-ci pas mal de Disney pour mon travail. D'une manière plus générale, février aura presque exclusivement été consacré aux dessins animés!

Sur petit écran

Aladdin de John Musker et Ron Clements (1992)


Chef d’œuvre. Aladdin est tellement drôle, tellement bien fichu! Quel coup de génie (haha) d'avoir créé un génie pareil! Quel méchant sympa que Jafar!
Je l'ai regardé en français et j'ai chanté. 😍
À noter: quelle évolution entre des princesses telles que Blanche Neige et Aurore et... Jasmine! Bon elle a une petite tenue sexy et sa vie tourne autour du mariage, mais c'est un vrai personnage avec un vrai caractère!

Raiponce de Byron Howard et Nathan Greno (2010)


Raiponce est pour moi une quasi-réussite, c'est-à-dire que je le trouve très, très bien mais qu'il me semble souffrir de deux gros défauts qui l'empêchent de s'élever à la hauteur d'un Aladdin par exemple. Je le trouve super du point de vue de l'histoire et du traitement des gentils. Raiponce est une vraie héroïne, Flynn est très drôle et passe de manière crédible de son rôle de brigand charmeur à celui d'amoureux dévoué, les seconds rôles (le caméléon Pascal, le cheval Maximus et les truands) sont suffisamment développés et très drôles (surtout le cheval 😍).
Mais... la musique ne suit pas! Seule la chanson des truands est un minimum accrocheuse et seule la musique de la danse en ville est vraiment marquante. Les chansons de Raiponce et de la mère Gothel tombent à plat comme des tubes pour pré-ados ultraformatés.
Deuxième point négatif: la méchante, la mère Gothel justement, me semble ratée. Certes, le fait que sa chanson (Mother knows best/N'écoute que moi) soit ratée y est pour quelque chose, mais vraiment je la trouve insipide malgré son côté foufou... C'est dommage, mais Raiponce reste malgré tout un beau moment qui fait assez chaud au cœur!

La Belle et la Bête de Gary Trousdale et  Kirk Wise (1991)


Holàlà encore un chef d’œuvre. Je vous laisse imaginer avec quel immense plaisir j'ai revu ce film. Comme Aladdin, il a tout pour lui: dessins, chansons, histoire, personnages, humour. Belle est une héroïne formidable, Gaston un méchant très intéressant. N'oublions pas qu'il est d'abord méchant parce qu'il veut épouser Belle contre sa volonté! Et qu'il monte une horde de villageois contre une bête inoffensive dans un bel exemple de manipulation des masses!
J'adore Philibert, le cheval de trait, et le fait qu'Angela Lansbury fasse la voix de la théière. 😍

Cendrillon de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske (1950)


Je n'aimais pas trop ce dessin animé quand j'étais enfant, mais j'ai beaucoup aimé le redécouvrir! C'est très mignon et très drôle. Pouvons-nous parler de Lucifer, le chat démoniaque et hilarant avec son gros popotin? Il est tellllement drôle qu'il faut voir ce film juste pour lui. Bien sûr, la méchante de l'histoire est Mme Tremaine, la belle-mère, mais Lucifer est plus qu'un simple side-kick: il est beaucoup plus présent qu'elle à l'écran et a une vraie influence sur les évènements.

Sur grand écran

Minuscule 2. Les mandibules du bout du monde de Thomas Szabo et Hélène Giraud (2019)


Il y a quatre ou cinq ans, j'avais beaucoup aimé Minuscule. La vallée des fourmis perdues, un petit bijou de créativité. Cette suite conserve les même visuels et reste très créative, mais présente un certain problème de rythme et d'entrain. Le temps m'a semblé long alors que le film dure à peine 1h32. Peut-être qu'il lui fallait plus d'humour. La fin m'a fichu un cafard (huhu...) considérable. Voir le billet de Marilyne pour un avis très différent.

Dragons 3: le monde caché de Dean DeBlois (2019)


Je n'ai pas trop aimé la conclusion de la saga Dragons, la faute à un méchant que j'ai trouvé insipide et à un Croc-Mou qui m'a semblé peu crédible en roi des dragons — le personnage est très drôle, hein, mais c'est un bébé, je le vois mal diriger quoi que ce soit. En outre, les plans larges et de bataille sont confus: il y a des dragons partout mais on n'en voit aucun, c'est très frustrant. J'ai préféré les passages calmes, avec un ou deux dragons à la fois, qui m'ont permis d'en profiter, notamment quand on découvre le monde caché à l'esthétique superbe. Voir le billet de Vert pour un avis totalement différent.

Alita Battle Angel de Robert Rodriguez (2019)


Un film sympathique et joli, malheureusement trop axé sur un jeune public pour marquer durablement son spectateur. Comme pour Mortal Engines, j'ai adoré l'univers et trouvé l'intrigue amoureuse insupportable (mais j'ai largement préféré Mortal Engines). Mais j'ai plutôt apprécié le personnage d'Alita et j'irai voir la suite s'il y en a une. 😊

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 2 (2019)
En cours...

Et le reste

Côté magazines, j'ai lu deux Cheval Magazine (celui de février, arrivé plus tard que d'habitude, et celui de mars) et un hors-série d'Esprit Yoga consacré à la nourriture végétarienne. Il y a aussi eu deux petites bandes-dessinées mais j'en reparlerai dans un billet dédié.

Au programme en mars: encore quelques Disney! Rendez-vous dans un mois!

samedi 23 février 2019

Within the Sanctuary of Wings (2017)

Taratata, taratata! Je viens vous parler aujourd'hui du cinquième et dernier tome des Mémoires de Lady Trent de Marie Brennan! \o/


C'était chouette. Je manque vraiment de temps pour rédiger un billet complet mais c'était une belle conclusion, qui explique pour de bon pourquoi Isabella, la naturaliste spécialiste des dragons, est si célèbre (au-delà du scandale lié au fait qu'elle exerce cette profession en étant une femme). Ça en valait la peine et l'auteur ne se moque pas de nous. Après avoir fait le tour du monde en navire, exploré la jungle d'un continent rappelant l'Afrique et découvert des ruines ancestrales au cœur du désert, Isabelle a mis le cap sur une chaîne de montagnes inaccessibles où on aurait repéré de mystérieuses carcasses de dragon. Comme toujours, la politique n'est jamais loin, ce contrefort étant au cœur des tensions entre le Yelang (l'équivalent de la Chine) et le Viduatha (un pays occupé par les Scirlings, l'équivalent des Anglais). Bref, vous avez compris, on lorgne du côté de l'Himalaya, qui chez nous sépare la Chine de l'Inde.

L'humour et le ton très XIXe sont toujours au rendez-vous, pour une balade en haute altitude délicieuse qui m'a vraiment emportée. Je crois que je me répète, mais cette série est un bel exemple de divertissement de qualité, la preuve qu'on peut faire léger sans du tout faire décérébré. Mon seul bémol concerne deux coïncidences un peu trop heureuses sur la fin, du genre "un tel se trouve juste là où il faut quand il faut", mais rien de bien grave. C'est amusant, c'est passionnant, ça se lit tout seul, il y a des dragons, les personnages principaux sont des chercheurs raisonnables et éclairés, je trouve ça formidable. Je suis très contente. Et j'ai bien fait de lire le cinquième tome assez vite après le quatrième, ça m'a permis de ne pas passer les premiers chapitres à essayer de me souvenir de qui est qui (malheureusement, j'oublie tout à une vitesse vertigineuse).

En deux mots: si cette série vous tente, n'hésitez pas!

Vous pouvez retrouver mes billets sur cette série en suivant le lien "Marie Brennan" ci-dessous. 🐉

lundi 18 février 2019

Bons baisers où tu sais (1992)

La série des San-Antonio fait partie de ces mastodontes français un peu mystérieux dont j'ai entendu le nom à maintes reprises mais dont je ne sais absolument rien. Quand une amie a fait du vide dans sa bibliothèque, j'ai donc sauté sur l'occasion de découvrir ce célèbre commissaire. On m'avait prévenue qu'il s'agissait de livres très populaires, mais ce baptême du feu n'a pas manqué de piquant! 😂

En vrai, ce livre est violet...
Je ne sais pas pourquoi mon téléphone le voit bleu...

L'intrigue de ce tome, le cent-trentième de la série (une série avec 175 tomes, ça laisse songeur 😱), tourne autour d'un attentat à la bombe perpétré dans les locaux même de la police parisienne. San-Antonio et Bérurier (un personnage récurrent, à ce que j'en vois sur Wikipédia) mènent l'enquête, puis Bérurier est enlevé et San-A mène l'enquête seul, tant pour éviter un nouvel attentat que pour retrouver son coéquipier.

En réalité, l'intrigue policière est plutôt secondaire et sert surtout de prétexte pour 1/ coucher avec toutes les femmes qui passent et 2/ employer une langue ultra-populaire d'une inventivité formidable. Et c'est ce dernier point qui rend cette lecture si amusante. Pour tout vous dire, je n'ai pas du tout compris tout ce que racontait San-A, mais c'était drôle et ça passait tout seul. Mon copain m'a dit que c'était du roman de gare, ce qui n'est pas faux, dans le sens que ça se lit très facilement, sans qu'il ne soit nécessaire de faire preuve d'une concentration maximale; mais c'est aussi très malin et créatif dans l'usage des jeux de mots et des sons de la langue française. Par exemple, San-Antonio écrit à un moment donné "Metz encore" au lieu de "mais encore". Et chaque paragraphe est truffé de ce genre de choses.

Quant au fait que San-A et confrères couchent avec tout ce qui bouge, eh bien, c'est d'un sexisme primaire absolument affligeant mais c'est tout aussi drôle que la manière dont ils décrivent leurs activités sexuelles: "Je déponne son blouson de cuir, ensuite le chemisier brun qui est dessous. Pas de soutien-loloches. Inutile. C'est du produit plus ferme que le surgelé." 😂

En bref, une découverte très amusante qui sort de l'ordinaire. Je relirai San-A si un de ses livres croise mon chemin. ^^

mercredi 13 février 2019

Une page d'amour (1879)

Tigger Lilly et moi poursuivons notre bonhomme de chemin en compagnie de la célèbre famille de malades mentaux d'Émile Zola, les Rougon-Macquart. En ce début d'année, nous avons découvert Paris avec un nouveau point de vue: après avoir plongé dans la vie de la classe ouvrière et travailleuse avec L'Assommoir, Zola passe dans un coquet salon bourgeois en banlieue, à Passy. Un endroit d'où l'on voit toute la ville...


L'intrigue
Hélène Grandjean, fille d'Ursula Macquart et de Mouret (et donc sœur de Silvère, inoubliable personnage de La Fortune des Rougon, et de François, protagoniste de La Conquête de Plassans), est montée à Paris avec son mari Grandjean. Depuis la mort de celui-ci, elle se consacre presque exclusivement aux soins de sa fille Jeanne, dont la santé est très fragile. Puis elle fait connaissance avec ses voisins, Juliette et Henri Deberle. S'ensuivra (je ne divulgâche rien ^^) une page d'amour qui bouleversera ses habitudes bien huilées.

Une page étonnante dans une saga qui est tout sauf figée
Ce roman porte très bien son nom. Il n'a rien à voir avec ceux qui le précèdent et le suivent. C'est un petit huis-clos. On n'y parcourt que quelques rues et on n'y découvre que deux intérieurs. Il ne contient pas de critique sociale liée à la pauvreté ou à l'exploitation, principal héritage de Zola. C'est une histoire d'amour courte et intense, qui bouleverse des personnages pourtant plutôt stables. Car Hélène est un exemple de bonne santé d'esprit dans notre famille dysfonctionnelle préférée: elle ne s'emporte pas, n'est pas dominée par ses émotions, ne tombe pas dans le mysticisme, ne concentre pas tous ses efforts sur une manie... Sa vie tourne autour de sa fille, certes, mais avec une certaine retenue. Autant dire qu'après L'Assommoir, c'est extrêmement calme...

Jeanne, petite fille tragique et cruelle
Le personnage le plus "typé" de ce roman est Jeanne, petite fille de douze ans à la santé extrêmement fragile. Jeanne a quelque chose d'innocent, mais elle est aussi une petite chose tyrannique  à la cruauté incroyable. J'avais eu fortement envie de l'étrangler lors de ma première lecture et ça n'a pas manqué, cette fois-ci non plus. Elle observe le monde autour d'elle et réagit démesurément si les choses ne se passent pas comme elle le veut, à savoir si son désir de possession est contrarié, même de peu. En parallèle, elle s'éveille au monde des adultes en devinant qu'il existe des choses qu'on ne dit pas aux enfants (l'amour, le sexe) et ne voit pas tout ça d'un très bon œil. 

Deux parallèles avec La Conquête de Plassans et La Faute de l'abbé Mouret
Deux éléments m'ont rappelé ces romans. D'une part, Hélène et Henri passent une nuit ensemble dans un état vestimentaire peu convenant (Hélène a son peignoir qui glisse, Henri a remonté ses manches, quelque chose de ce genre), mais n'en ont pas conscience tant qu'ils sont concentrés sur leur tâche, soigner Jeanne. Ce n'est qu'une fois le danger passé qu'ils se rendent compte, en se regardant, de leur état et qu'ils ressentent de la gêne. Il y a la même chose dans La Faute de l'abbé Mouret, quand Albine et Serge ressentent de la honte face à leur corps après l'acte sexuel, mais pas tant qu'ils vivent leur amour innocemment. (Et oui, il y a la même chose dans la Bible: Adam et Ève n'ont pas honte d'être nus tant qu'ils ne savent pas qu'ils sont nus.)
D'autre part, Une page d'amour contient une crise de ferveur religieuse qui cache en réalité un amour bien humain: en mai, quand la bonne société s'installe à l'église pour fêter le mois de Marie, Hélène participe aux rituels pour avoir un temps de réflexion tranquille et penser à l'homme qu'elle aime. Ça rappelle la crise mystique de Marthe dans La Conquête de Plassans (elle se passionne pour la prière parce qu'elle est amoureuse du prêtre) et la dévotion de Serge pour Marie dans La Faute de l'abbé Mouret (Serge n'aime pas réellement Marie, la mère de Jésus, mais l'idée même de la féminité).

La vertu de façade de la bourgeoisie
On le sait, Zola aime bien remuer la vase. Dans Une page d'amour, il s'attaque à l'apparence vertueuse de la bourgeoisie au moyen du ménage Deberle. Juliette tient un salon très "comme il faut", mais quand on se penche un peu plus près sur la chose, il s'avère que ses invités ne sont pas en odeur de sainteté: l'adultère, connu de tous, est toléré avec un sourire fin. Zola ne va pas aussi loin que dans La Curée ou (si mon souvenir est bon) Pot-Bouille, mais il montre néanmoins comment sont les choses, à l'image du logement miteux, mais recouvert d'un "vernis" de décoration, que loue Malignon, un personnage assez minable, en vue de retrouver sa maîtresse. Tout cela est en outre lié à l'ennui de cette classe riche et oisive, comme dans La Curée.

À l'horizon, Paris
Une page d'amour est divisé en cinq parties de cinq chapitres chacune, qui se terminent systématiquement par une description de Paris correspondant à l'état d'esprit d'Hélène ou de Jeanne. Ainsi, la capitale est extrêmement présente dans le roman, alors même que les personnages n'y vont jamais! À retenir: l'éclairage au gaz qui s'allume à la tombée de la nuit, une scène superbe. 💖

J'ai beaucoup apprécié cette lecture, bien que cela ne se ressente pas forcément pas énormément dans cette chronique du fait que j'ai laissé passer bien trop de temps entre ma lecture et la rédaction de ce billet. Certes, Une page d'amour n'est pas le plus grand des Zola, mais c'est néanmoins une bien belle page...

Allez donc voir si cette page y est!
L'avis de Karine
L'avis de Tigger Lilly

vendredi 8 février 2019

The Sea Change (2013)

Chronique express!


The Sea Change de Joanna Rossiter raconte l'histoire de Violet et Alice, une mère et sa fille séparées par des milliers de kilomètres et des années d'incompréhensions et de tension. Violet ne s'est jamais remise de son départ forcé d'Imber, un village anglais réquisitionné par l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, et Alice ne semble pas s'être remise de l'absence de son père – mais les raisons exactes de leur relation tendue ne m'ont pas semblé très claires. Au début des années soixante-dix, Alice survit à un tsunami en Inde et recherche désespérément son mari disparu. Les chapitres sur elle, moins nombreux et plus courts, racontent cette recherche, son ressenti et quelques bribes de son passé. Violet, de son côté, se remémore son adolescence à Imber, la mort de son père, l'exil forcé, ses relations difficiles avec sa sœur et son amour pour un garçon insaisissable, Pete.

Tout cela ne m'a pas tellement intéressée, dans le sens que j'accroche difficilement les histoires de familles torturées dont les membres semblent déterminés à faire leur propre malheur, chacun dans leur coin, en soufffrant en silence parce que leur souffffrance est terrible. La sœur de Violet, par exemple, semble se considérer comme une victime de décisions qu'elle a elle-même prises; sa tirade de fin sur son ressenti m'a laissée bouche bée. En outre, je n'ai pas tellement aimé le style très imagé (la vague du tsunami ressemble à un tapis en train de se dérouler, la blessure du père de Violet ressemble à une fleur), qui m'a d'abord déstabilisée, puis séduite, puis fatiguée (oui, tout ça). Bref, ce n'était pas trop mon genre, à l'image de la couverture, d'ailleurs. Mais je pense qu'il plaira aux amateurs de littérature contemporaine et de secrets de famille!

(Copine T., je suis désolée!! 😕 Et merci quand même de me l'avoir donné! 😍)