mercredi 17 avril 2024

Of Mice and Men (1937)

En pleine Grande Dépression, deux hommes très différents se présentent dans un ranch de Californie pour y travailler les champs. George est petit, rapide et débrouillard; Lennie est grand, baraqué et lent. On comprend rapidement que ce dernier a eu des ennuis dans leur ranch précédent, car il a caressé une fille de trop près. Lennie adore caresser les lapins et les chiens, et il ne voit pas bien la différence avec une fille... Dans leur nouveau ranch, ils rencontrent les différents travailleurs, ainsi que le fils du patron. Une nouvelle vie commence, avec le rêve, répété chaque jour, de mettre suffisamment de côté pour acheter un lopin de terre et devenir leurs propres patrons. De travailler pour eux. Et, pour Lennie, de s'occuper de leurs lapins.

Dans ce monde pauvre, où les employés du ranch travaillent onze heures par jour, le lecteur, en très peu de temps, comprend que tout ça va mal finir.

Tout ça va mal finir pour le chien de Candy, un autre employé du ranch. Le chien de Candy est vieux et à moitié aveugle. Le chien de Candy a du mal à se déplacer. Le chien de Candy pue.

Tout ça va mal finir pour nos deux protagonistes. Vous ne savez pas exactement comment, mais la dynamique est évidente d'emblée:  George passe son temps à protéger Lennie et à rattraper ses conneries, mais Lennie continue à répéter les mêmes erreurs parce qu'il n'a pas du tout conscience de ce qu'il se passe autour de lui et de sa force. Je ne sais pas quel trouble mental on pourrait lui diagnostiquer, mais il n'est clairement pas en pleine possession de toutes ses facultés. Il m'a beaucoup rappelé John Coffey dans La Ligne verte de Stephen King, bien que ce dernier personnage soit plus attachant et encore plus tragique.

Même si on comprend dès le début que tout ça va mal finir, la manière implacable dont les événements s'enchaînent m'a serré la gorge, jusqu'à la fin qui m'a paru effroyable.

Stylistiquement, Of Mice and Men est très simple et efficace, sans grandes fioritures stylistiques, mais avec un style très visuel. Je me suis dit plus d'une fois que ça doit être l'enfer à traduire. Les dialogues ne sont pas faciles à suivre pour un non-anglophone, car ils emploient beaucoup de vocabulaire spécifique, de slang et de déformations vocales transposées à l'écrit.

"I like it here. Tomorrow we're gonna go to work. I seen trashin' machines on the way down. That means we'll be bucking grain bags, bustin' a gut. Tonight I'm gonna lay right here and look up. I like it."

"Curley's like a lot of little guys. He hates big guys. He's alla time picking scraps with big guys."

Je ne vous propose pas de traduction, c'est au-dessus de mes moyens de rendre ça, mais, par exemple, j'attire votre attention sur "alla time" pour "all the time". Ça se comprend, mais ça demande un peu d'ajustement quand ce n'est pas votre langue maternelle.

Cette rencontre avec John Steinbeck, dont j'avais lu uniquement Le Roi Arthur et ses preux chevaliers (qui me semble fort peu représentatif de son œuvre 😁), est décidément puissante, et ce malgré sa brièveté (121 pages dans cette édition Penguin). Un auteur dont je comprends le succès, et le Nobel, et que j'espère retrouver sur mon chemin.

vendredi 12 avril 2024

Contes au fer rouge (1883-1888)

Dans une boîte à livres planquée près du parking d'un centre commercial, stratégiquement placée pour que l'écrasante majorité des utilisateurs dudit centre commercial ne la voie jamais (😅), je suis tombée sur ce recueil de contes d'Auguste de Villiers de l'Isle-Adam, auteur que j'ai étudié au lycée et pour lequel je garde une certaine tendresse. Bien sûr, j'ai sauté dessus.

En fait, ce recueil est un montage moderne et n'a jamais existé en tant que tel du vivant de l'auteur; les textes qu'il réunit ont tous été publiés ailleurs, notamment dans les Contes cruels, que je connaissais déjà. Le titre de "contes au fer rouge" est d'ailleurs un titre que l'auteur avait envisagé pour les Contes cruels.

Force est de constater que la sélection de l'anthologiste, Olivier Michel, rejoint fortement la mienne. 😊

La Torture par l'espérance
Originellement publié dans Nouveaux contes cruels en 1888, ce texte nous plonge dans une geôle de Saragosse, où décrépit un rabbin soumis à la torture depuis une année entière. Le style est stupéfiant de littéraire, l'intrigue est prenante, la fin est abominablement cruelle. J'ai adoré.

Vox populi
Originellement publié dans Contes cruels en 1883, ce texte donne à voir l'extrême volubilité du peuple – ou plutôt de la populace, vu la moralité douteuse dont il fait preuve –, toujours prêt à manifester son adoration du puissant du moment. La seule constante dans tout ça, c'est le cri plaintif d'un aveugle qui mendie. Notons que j'avais justement mis en avant ce texte dans ma chronique de 2013 des Contes cruels!

L'Amour du naturel
Originellement publié dans Nouveaux contes cruels en 1888, ce texte alambiqué m'a beaucoup perdue. On y entend deux jeunes personnes pérorer sur leur amour du naturel (les arbres, la vraie nourriture), la conclusion étant que pour savourer le naturel, il faut surtout avoir de l'argent. La chute m'a bien fait marrer, mais je n'ai pas compris grand-chose à ce que racontaient les deux protagonistes.

L'Intersigne
Dans ce texte originellement publié dans Contes cruels en 1883, le narrateur se remémore une visite qu'il a faite en Bretagne, chez un vieux abbé de ses amis. Apparition, mystère, galopade éperdue dans la nuit: j'ai adoré l'ambiance de roman gothique, parfaitement portée par le style de l'auteur. Je suis donc très étonnée de ne pas en avoir parlé dans ma chronique des Contes cruels de 2013... 😂

Deux augures
Un texte humoristique dans lequel un directeur de journal explique en long, en large et en travers à un aspirant journaliste qu'il ne peut pas le publier parce qu'il (l'aspirant journaliste) a trop de talent. Voilà qui fait relativiser une certaine médiocrité actuelle. Originellement publié dans Contes cruels en 1883, ce texte était présent dans ma chronique de 2013!

L'Affichage céleste
Une dissertation théorique sur une idée brillante, l'exploitation du ciel pour passer des publicités ou des messages politiques. LOL! C'est génial, et quelque chose me dit que l'humanité finira par y venir. 😂😂 Originellement publié dans Contes cruels en 1883, ce texte était présent dans ma chronique de 2013!

L'Inconnue
Un noble de province fraîchement arrivé à Paris, une femme superbe, l'amour au premier regard dans un théâtre... et un handicap qui empêche cette femme de suivre ses sentiments. Autant je trouve que la femme, qui est sourde, tient un discours par trop cohérent avec son interlocuteur, autant je trouve très chouette que Villers de l'Isle-Adam ait mis en scène un personnage sourd. Originellement publié dans Contes cruels en 1883, ce texte était présent dans ma chronique de 2013!

Véra
Une très belle histoire de fantôme et/ou de hantise, un chef d'œuvre du genre, une pépite du vaste sujet "l'amour et la mort": j'ai beau connaître cette nouvelle extrêmement bien car je l'ai étudiée au lycée et que je l'ai relue depuis, elle marche toujours du tonnerre. Elle a été originellement publié dans Contes cruels en 1883 et elle était bien sûr présente dans ma chronique de 2013!

Le Tueur de cygnes
Originellement publié dans Tribulat Bonhomet en 1887, ce  texte met justement en scène Tribulat Bonhomet, un personnage fort peu recommandable, qui se glisse dans un étang la nuit pour faire peur aux cygnes et leur tordre le cou à l'aube. En grande amie des animaux, je l'ai évidemment haï, mais le style est très bon!

Profession de foi
Originellement publiée dans Tribulat Bonhomet en 1887, cette profession de foi du personnage éponyme m'est tombée des mains alors qu'elle ne fait qu'une page. Je n'ai strictement rien pigé.

Et voilà! Ce receuil est sans doute intéressant pour découvrir l'auteur, mais je reste perplexe quant à la présentation: l'introduction explique bien de quels recueils sont tirés les textes, mais ça reste assez discret et il est donc facile de le prendre pour un recueil d'époque. En outre, les contes ne sont pas classés par ordre chronologique, ce que j'aurais trouvé logique... Donc, je vous conseillerais plutôt de lire l'un des vrais recueils parus du vivant de l'auteur! Pour ma part, j'espère tomber sur Nouveaux contes cruels un jour, et j'aimerais bien lire L'Ève future, qui est selon Wikipédia un roman de science-fiction...

dimanche 7 avril 2024

Les BD du premier trimestre 2024

Comme d'habitude, retour sur les lectures graphiques du trimestre.

Wonder Woman: Historia de Kelly Sue DeConnick (scénario), Phil Jimenez, Gene Ha et Nicola Scott (tous trois au dessin), traduit de l'anglais par Thomas Davier (2022)

J'ai lu ce comics parce que les GG Comics lui ont consacré un épisode très enthousiaste, et grand bien m'en a pris – ou plutôt, quelle claque je me suis prise! Sur un scénario de Kelly Sue DeConnick, trois dessinateurs décrivent, en trois livres, l'origine des Amazones. (Le titre original est d'ailleurs WonderWoman: The Amazons.) Dans le premier livre, dessiné par Phil Jimenez, l'histoire commence avec sept déesses exaspérées par le traitement réservé aux femmes: Hestia, Artémis, Démeter, Hécate, Aphrodite, Athéna et Héra. Défiant Zeux, les six premières façonnent les Amazones, qui se répartissent en six tribus; la septième ne participe pas au projet, mais le soutient de loin. Les dessins de cette partie sont tout simplement ahurissants. La richesse des costumes et des symboles des déesses est FOLLE. Dans le deuxième livre, qui est dessiné par Gene Ha, se forme une septième tribu, composée de femmes mortelles, dont une certaine Hippolyte, la mère de WonderWoman dans l'univers de DC. J'ai beaucoup moins aimé le dessin et j'ai même trouvé certains visages ratés, mais l'histoire se poursuit avec brio. Enfin, le troisième livre, dessiné par Nicola Scott, raconte la guerre entre les dieux (masculins!) et les Amazones une fois l'existence de celles-ci révélée au grand jour (et c'est le cas de le dire, le soleil jouant un rôle important dans cette révélation). Une fin brillante et logique, quoiqu'un peu tragique, et qui ouvre la voie à l'arrivée de la plus célèbre des super-héroïnes.

Même si j'ai parfois galéré à comprendre dans quel ordre lire les bulles (un problème que je rencontre souvent si je lis quelque chose de moins cadré que le franco-belge à la Tintin) et que j'ai moins aimé les dessins de la deuxième partie, je suis sortie de là tout ébourrifée par la maîtrise du scénario, le souffle épique, l'inspiration mythologique, le détail des costumes des déesses et des Amazones et la manière dont les déesses sont clairement non humaines. Un comics d'exception (et ultraféministe par-dessus le marché!), qui méritait effectivement que les GG lui consacrent un épisode dédié!

Éditeur: Urban

Amitié. Tout ce qui nous lie de Heike Faller (texte) et Valerio Vidali (dessin), traduit de l'allemand par Olivier Mannoni (2020)

Un album "dédié à toutes les amitiés", dans laquelle chaque page associe une phrase et un dessin illustrant un moment entre deux amis. C'est très joli, mais personnellement ça m'a totalement déprimée et c'est venu renforcer mon impression tenace que je n'ai jamais vécu une grande et belle amitié. Mais bon, ça prend dix minutes à lire, alors n'hésitez pas si ça vous tente. Notez qu'il est traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, qui fait ainsi le grand écart par rapport à Mein Kampf et son travail habituel et illustre à la perfection l'extrême polyvalence du traducteur professionnel. 😅

Éditeur: Sous-sol / Seuil

Le premier chat dans l'espace a mangé de la pizza de Mac Barnett (texte) et Shawn Harris (dessin), traduit de l'anglais par Philippe Touboul (2022)

La lune est en danger! Des rats la grignotent! La seule solution: envoyer sur place un chat. 😼 Ce pitch délirant lance une BD fort sympathique, créative et amusante, dans laquelle ledit chat – qui s'exprime uniquement en disant "miaou" – s'allie à un robot coupe-ongles (😂) et à la reine de la Lune pour tuer le roi des rats, qui habite du côté obscur de la Lune. J'ai bien rigolé et c'était vraiment chouette.

Éditeur: Albin Michel

Poltron Minet. Le protocole Seth de Mayen (scénario) et Madd (dessins et couleurs) (2024)

Suite de La Voie romane, que j'ai lu l'année dernière, ce deuxième tome est tout aussi adorable et joliment dessiné, mais probablement plus dur. En tout cas, je n'ai pas le souvenir qu'il y ait eu des cadavres dans le premier. J'ai trouvé le thème du laboratoire d'expérimentation animale assez éculé, mais je suis ravie qu'on le propose à des enfants – et assez étonnée en même temps, car, bien que les dessins soient mignons, le contenu de certaines cases est AFFREUX. Il y a quelque chose de politique à montrer les humains comme des tortionnaires et je trouve ça bien, d'autant plus que les personnages non humains ne sont pas tous dignes de confiance, ce qui évite une opposition simpliste. J'ai du mal à reconnaître les renards les uns des autres, ce qui m'a empêché de bien suivre l'histoire, mais je trouve que cette série est vraiment pas mal.

Éditeur: Dupuis

Les Dinosaures du Paradis de Mazan (2024)

Une BD aussi épaisse que dense sur une expédition française au Laos, en 2012, destinée à chercher le squelette d'un spinosaure, Ichthyovenator laosensis. Tout débute, à la base, en Charente, département français connu pour ses gisements de dinosaures. En 2010, Mazan, dessinateur, a l'occasion de passer voir un chantier de fouilles, et le voilà embarqué par Ronan Allain (un des plus célèbres paléontologues français, dont j'ai chroniqué un bouquin il y a mille ans) (dans un des billets les plus courts de l'histoire du blog, lol!) à l'autre bout du monde. J'ai adoré, car les dessins sont superbes et qu'on suit toutes les étapes d'une expédition de terrain qui n'a rien d'évident! En revanche, j'ai trouvé l'auteur peu respectueux des Laotiens. Il n'y a rien d'insultant à proprement parler, mais il donne l'impression d'être un boomer qui trouve tout ce qui est différent ridicule...

De cet auteur, j'avais déjà lu, et avec grand plaisir, Mimo, qui parle d'un dinosaure retrouvé en Charente.

Éditeur: Futuropolis

Mimo. Sur la trace des dinos (2011) et Mimo II. Les dinos des antipodes (2016) de Mazan (dessin), Isabelle Dethan (textes narratifs), Ronan Allain et Jean-François Tournepiche (textes pédagogiques)

Évidemment, j'ai, dans la foulée, relu les deux BD sur Mimo, un ornithomimosaure retrouvé en Charente et mis en scène ici dans deux aventures avec Hector, le carchorodontosaure albinos. Les dessins sont mignons tout plein et les deux histoires sont très amusantes. Dans chaque album, la deuxième partie, beaucoup plus dense et sérieuse, présente des informations scientifiques sur les lieux des fouilles et les espèces qui y ont été retrouvées. D'ailleurs, je ne suis pas sûre que le jeune public visé par la partie en BD puisse vraiment s'y retrouver dans la deuxième, mais bon. Notons que Mazan a réutilisé quelques dessins de ces deux BD dans Les Dinosaures du Paradis, et que Les Dinos des Antipodes se passe justement au Laos (ou plutôt dans ce qui deviendrait, un jour, le Laos).

Éditeur: Eidola

mardi 2 avril 2024

La gamelle de mars 2024

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé.

Après un début d'année extrêmement actif au cinéma, je suis revenue à un tout petit rythme, mais ça me va: déjà, il y a eu des raisons valables; et surtout, c'était juste stratosphérique de voir autant de films durant les deux premiers mois de l'année – et qu'ils soient si bons! 🤩

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud (1986)

Une séance UGC Culte enthousiasmante, quoiqu'un chouïa sinistre – j'avais oublié toute la tension concernant cette abbaye glaciale et pas accueillante, les meurtres sordides et surtout l'action affreuse de l'Inquisition. À mon avis, quand j'ai regardé ce film quand j'avais quatorze ans et que j'étais amoureuse de Christian Slater, je n'ai pas tout saisi à la portée intellectuelle et politique de la chose. 🙈 C'est un excellent film parfaitement maîtrisé, qui trouve le juste équilibre entre ces faits sordides et un peu d'humour tout en finesse, avec des personnages aux facettes nombreuses. Il y a bien un côté tout noir ici, avec l'inquisiteur et les prélats du pape (plus on monte dans la hiérarchie de l'Église et plus les gens sont méprisables), mais les autres personnages, notamment les deux principaux, sont tous sauf monolithiques, et je trouve très bien qu'on voie que la chrétienté de l'époque était loin d'être un bloc homogène et était parcourue, au contraire, de courants qui n'étaient pas d'accord les uns avec les autres. Christian Slater joue tout à fait honorablement pour son jeune âge et sa tonsure tout sauf sexy, Ron Perlman est excellent, Sean Connery est excellent. Un chef d'œuvre du cinéma! ❤

Dune. Deuxième partie de Dennis Villeneuve (2024)

Malgré mon enthousiasme assez limité pour le premier opus, je ne pouvais, bien sûr, pas rater le film de SF le plus attendu de l'année. Mon avis est resté assez stable: c'est très beau, visionnaire, très bien maîtrisé, très bien joué, merveilleusement orchestré et en somme indéniablement bon; je ne peux absolument pas nier la qualité de la chose; mais tout ça ne me fait guère vibrer. J'ai pensé à Avatar 2, qui, malgré tous ses défauts, m'a transportée et m'a fait rencontrer des personnages qui sont pratiquement devenus des amis (Payakan 🥰). (Bon, en même temps, je comprends bien que les deux films sont diamétralement opposés, à commencer par leur colorimétrie et le taux d'humidité de leur planète... 🤣🤣)
Bon, par contre, le méchant "très méchant, très avide, très moche et très obèse" (je m'autocite, voir mon avis sur le premier film) ne s'est pas arrangé... 😂 Il porte un sac poubelle sur le dos comme un mauvais déguisement d'Halloween, je ne m'en remets pas...
Le fait de voir ce film le lendemain du massacre perpétré à Moscou par l'État islamique a contribué à un certain malaise face à la notion de guerre sainte, même si je comprends bien que le film parle du messianisme sans jamais dire que c'est quelque chose de bien ou de souhaitable.

Du coté des séries

J'avance doucement, mais pas toujours très sûrement, Dinosaures.

Et le reste

J'ai lu en diagonale un vieux numéro de Livres Hebdo et j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, le numéro d'avril (pour ceux qui regarderaient la photo de près: oui, il y a dedans une interview de Thierry Lhermitte, l'acteur, qui a passé pas moins de deux diplômes d'enseignement de l'équitation et donne aujourd'hui deux stages par mois!).

jeudi 28 mars 2024

Tant que le café est encore chaud (2015)

"Tant que le café est encore chaud": avec un titre pareil, qui m'évoque un cocon de douceur bientôt révolu, je pouvais difficilement résister à ce roman japonais de Toshikazu Kawaguchi!

La légende veut qu'au Funiculi Funicula, petit café de Tokyo planqué dans un sous-sol tout ce qu'il y a de plus discret, on puisse voyager dans le passé. Les règles sont contraignantes. Déjà, il faut s'asseoir à une place bien particulière, que squatte une fantôme qui ne se lève qu'une fois par jour. 👀 Puis, on ne peut retrouver que quelqu'un qui est déjà venu dans ce café. Et il faut impérativement revenir dans le présent avant que le café ne refroidisse dans sa tasse, au risque de devenir un fantôme soi-même. Et il y a d'autres règles encore que je vous épargne. 👀 Mais si vous réussissez à obtenir la place tant convoitée, c'est possible.

Quatre personnes vont se relayer à la fameuse place au fil de quatre parties, qui forment autant d'histoires pratiquement indépendantes même s'il y a des renvois et des influences entre événements. Quatre personnes qui veulent dire quelque chose qu'elles n'ont pas dit ou retrouver quelqu'un qui a changé. Le récit est profondément humain, et pose inévitablement la question de ce que vous feriez, vous, lecteur ou lectrice, si vous aviez cette opportunité. Donc, bien sûr, j'ai pleuré. Ce retour en arrière est une sorte de deuxième chance pour laquelle je vendrais probablement un rein.

D'un point de vue stylistique, ce roman de Toshikazu Kawaguchi n'est pas du grand art: outre la description systématique des tenues de chaque personnage, un procédé qu'on identifie dès les dix premières pages et qui n'en finira pas, j'ai trouvé que l'auteur se répétait beaucoup à dire que les membres du personnel disparaissaient dans l'arrière-salle. À chaque page, deux fois par page, quelqu'un disparaît dans l'arrière-salle. (Je me suis aussi emmêlée dans les noms japonais, mais c'est juste parce que je n'en ai pas l'habitude. 😂) Et malgré que la traduction depuis le japonais soit assurée par Miyako Slocombe, une consœur brillante en qui j'ai toute confiance, le style n'est pas bien brillant. C'est un peu de la littérature de gare, facile à lire et sans grandes prétentions... Mais le côté humain, et le fait que les personnages passent leur temps à boire du café, m'ont vraiment touchée et je l'ai donc dévoré. Et j'envisage de lire la suite, Le Café du Temps Retrouvé (là aussi, ce titre 😍). Je dirais donc que c'est une franche réussite!

Allez donc voir ailleurs si ce café est encore chaud!
L'avis de Baroona

samedi 23 mars 2024

Mémoires d'une jeune fille rangée (1958)

Au hasard des boîtes à livres, ou peut-être des dons déposés dans l'entrée de mon immeuble par les occupants se séparant de leurs livres, je suis tombée sur Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. Je n'ai, bien sûr, pas hésité à le ramasser et je l'ai lu dès que j'ai eu un peu de temps à disposition.

(Le seul avantage de ne pas avoir d'argent: ne pouvant pas me payer grand-chose, j'ai peu d'activités et donc un peu de temps libre quand mes activités sportives habituelles sont suspendues durant les vacances scolaires.)

Édition du Livre de Poche de 1966.

Ce livre est le premier tome des mémoires de Simone de Beauvoir. On y suit son enfance, son adolescence et ses années d'études: depuis sa naissance en 1908 jusqu'à l'agrégation de philosophie en 1929. Le texte est très dense: cette édition du Livre de Poche de 1966 compte 512 pages, qui sont réparties en quatre parties sans chapitrage et avec des paragraphes longs, qui font parfois une page complète. En d'autres termes, il n'y a aucune aération: ce sont 512 pages pleines. Heureusement, Simone de Beauvoir savait écrire, ce qui fait que le tout se lit facilement. Il faut néanmoins prévoir du temps. (Dans mon cas, donc, des vacances scolaires sous le signe des économies.)

Un livre bien usé par le temps.

Le parcours de Simone de Beauvoir est, au début, assez classique, avec une enfance aisée et bucolique entre Paris et une province assez "vieille France". Sa famille est bourgeoise et traditionnelle, mais la Première Guerre mondiale change la donne: les activités de son père ne marchant pas, il devient évident que Simone et sa petite sœur n'auront pas de dot et devront travailler. Brillante élève, Simone s'oriente, après le bac, vers un double cursus de mathématiques et de lettres, mais elle se réoriente finalement vers la philosophie, ce qui ouvre la voie à la carrière qu'on connaît (enfin, que je ne connais pas vraiment, moi, mes connaissances sur sa vie et son œuvre étant plus que parcellaires).

J'ai adoré ce récit, et j'en retiens trois éléments principaux. D'une part, la volonté de cette enfant, puis de cette jeune fille, de se distinguer, de faire quelque chose de grand, et d'aller à la rencontre d'un destin qu'elle imagine unique et digne d'intérêt, et même d'admiration. Je me suis beaucoup retrouvée là-dedans car j'ai, moi aussi, imaginé que je ferai quelque chose de brillant, à une lointaine époque où je croyais avoir des capacités intellectuelles. 

"Ce qui les effarouchait, c’était ce qu’il y avait de plus têtu en moi : mon refus de cette médiocre existence à laquelle, d’une manière ou d’une autre, ils consentaient, et mes efforts désordonnés pour m’en sortir."

J'ai tellement pensé ça, moi aussi, quand j'étais ado. 😥

D'autre part, l'adolescente, puis la jeune femme, se détache progressivement du modèle de ses parents. Cela commence par la perte de la foi en leur Dieu, celui du catholicisme, puis par une certaine remise en question du modèle mariage-famille. Elle remet aussi en question les différences de traitement de la vie sexuelle des hommes et des femmes.

Enfin, je retiens de ce premier tome la grande absence d'un certain Jean-Paul Sartre, qui est cité pour la première fois page 338 mais qui n'entre réellement en scène que page 440, soit à la fin. Simone de Beauvoir et lui se sont rencontrés quand elle avait déjà bien entamé ses études et il est donc logique qu'il soit peu présent dans ce premier tome, mais, comme je ne savais pas du tout où s'arrêterait ce tome, je m'attendais à ce qu'il y soit. En revanche, je ne m'attendais pas à ce que Simone Weil soit nommée!

"Je fus reçue en philosophie générale. Simone Weil venait en tête de liste, et je la suivais [...]."
Ok! Vous voyez un peu le niveau de cette année-là! Deux géantes du XXe siècle, à l'université en même temps! 🤯

Ce qui est amusant, c'est que de Beauvoir parcourt ses jeunes années avec une certaine honnêteté, ce qui nous permet, entre autres, de suivre ses longs questionnements sur son amour pour son cousin Jacques. Pendant des années, elle l'aimera par intermittence et se demandera sans cesse s'il compte l'épouser un jour. Ça a quelque chose de terre à terre et de vain, et j'ai trouvé ça rassurant: même quelqu'un avec le cerveau de de Beauvoir a pu rêver les yeux ouverts de l'amour en se basant sur une réalité assez maigre – quelques mots et des sourires, par exemple. Un peu comme moi de mes onze à mes vingt ans, en somme.

Ce texte va assez loin dans l'introspection: rêves d'avenir, amitiés, ressentis vis-à-vis de sa famille, de Beauvoir décortique tout. Cela me convient très bien car j'adore l'introspection, mais je préfère le préciser car cela ne plaira pas à tout le monde, notamment si on aborde sa lecture en pensant lire un texte féministe. C'est un peu "de Beauvoir begins"; la femme qui a marqué le XXe siècle n'était pas encore formée à cette époque-là, même si sa pensée s'affirme. Les années suivantes sont racontées dans La Force de l'âge et La Force des choses, que je compte bien emprunter en bibliothèque, en espérant ne pas devoir attendre mille ans pour avoir devant moi un peu de temps et de neurones à leur consacrer s'ils sont aussi épais que celui-ci!

lundi 18 mars 2024

Le Rosier de Madame Husson (1888)

Exception faite de la nouvelle Le Tic, que j'ai lue pour la millième fois dans un recueil thématique sur les vampires fin 2020, je n'avais pas lu Guy de Maupassant depuis 2019, lorsque j'avais lu Notre Cœur. Quatre ans et demi sans Maupassant! Drame! Catastrophe! Affreusité!

Par chance, je suis tombée en bouquinerie sur ce recueil de nouvelles qui ne me disait rien, et je l'ai bien sûr acheté. Sorti en 1888, Le Rosier de Madame Husson réunit quatorze textes écrits de 1883 à 1888, qui étaient parus dans la presse individuellement. Le thème de la femme (séduction, adultère, amour, prostitution ou entretien) me semble en être le fil rouge.

Édition Garnier Flammarion de 1976.

Le Rosier de Madame Husson (1887)
Le texte qui donne son nom au recueil ne parle aucunement d'horticulture. 😂 Madame Husson est, à la base, à la recherche d'une rosière, c'est-à-dire d'une jeune fille symbolisant la vertu féminine. Hélas, personne ne satisfait ses exigences dans sa ville, Gisors... Alors, elle décide de nommer un rosier, Isidore, un jeune garçon à la moralité irréprochable. Bien sûr, tout ça va mal finir, et de manière très amusante.

Un échec (1885)
Une tentative de séduction qui se termine en tentative de viol. Charmant. Heureusement que c'est un échec, comme l'indique le titre.

Enragée ? (1883)
Une femme écrit à une amie pour lui faire part de son difficile voyage de noces. Ce texte a quelque chose d'assez drôle, car la pauvre ne comprend pas ce qu'il lui arrive et se fait tout un film sur le fait qu'elle a la rage; mais en réalité, c'est un portrait assez affreux de la découverte du sexe par quelqu'un qui ne sait même pas que le sexe existe. Le thème était déjà abordé dans Notre Cœur et bien sûr dans Une Vie.

Le Modèle (1883)
L'histoire d'un peintre et de la femme qu'il a aimée et prise pour modèle. Je pense avoir déjà lu ce texte ailleurs, mais je ne sais pas où. C'est cruel...

La Baronne (1887)
Une histoire de vente d'antiquités. Très amusante.

Une vente (1884)
Le jugement de deux hommes accusés d'avoir essayé de tuer la femme de l'un d'eux en la noyant dans un tonneau. Les ravages de l'alcool!! 🤣🤣

L'Assassin (1887)
La plaidoirie d'un avocat défendant un homme qui a tué son patron. Et pourquoi? Parce qu'il était un homme trop vertueux, en quelque sorte!

La Martine (1883)
Une triste histoire à la campagne. Un homme simple et, a priori, pas mauvais, tombe amoureux d'une jeune femme qui lui rend son amour. Hélas, on la marie à un autre...

Une soirée (1887)
Un soldat en permission se rend chez sa sœur à Vannes, dans l'espoir de lui soutirer de l'argent. Hélas, rien ne va se passer comme il l'espérait.

La Confession (1884)
Lol lol lol. Un homme très vertueux, tiraillé de remords, confesse avoir trompé sa femme. Mais à qui ne se confesse-t-il pas... 🤣

Divorce (1888)
Un notaire trouve sa future épouse dans les petites annonces d'un journal. En fait, les annonces de rencontre existaient déjà au XIXe!

La Revanche (1884)
Une pièce de théâtre durant laquelle un homme parle de son ex-femme, dont il a divorcé. Et voilà que ladite ex-femme passe par là... Le contenu sexuel est vachement explicite et pose question pour un lecteur moderne! 🤮

L'Odyssée d'une fille (1883)
Le texte le plus poignant du recueil, dans lequel un narrateur anonyme relate l'histoire désolante que lui a racontée une prostituée l'ayant abordé pour lui proposer ses services. C'est Pretty Woman mais en affreux, et sans happy end.

La Fenêtre (1883)
Un homme fort amoureux accepte de se rendre chez la femme qu'il aime, qui souhaite le connaître mieux avant d'accepter – ou non – ses avances. Sauf que la frustration s'installe, alors il couche avec la domestique...

Bien qu'il ne contienne aucun texte majeur – sauf peut-être L'Odyssée d'une fille, qui brosse un portrait effroyable du destin d'une femme dans un monde d'hommes –, j'ai lu ce recueil avec grand plaisir, parce que Maupassant était bon même quand il n'était pas à son meilleur. Quel grand écrivain!

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
Suivez le guide!

mercredi 13 mars 2024

Billie (2013)

Chronique express!

Avec une couverture pareille, à savoir un ânon courant dans un champ en fleurs, j'ai repéré Billie d'Anna Gavalda dès sa sortie, en la lointaine année 2013. Sauf que, comme souvent, il m'a fallu plus de dix ans pour croiser son chemin en occasion à un moment où j'avais un peu d'argent à investir (cinq bouquins pour 13 ou 14€: les bouquineries sont bien le seul endroit, avec Emmaüs, où je peux passer à la caisse sans avoir de sueurs froides). J'ai beaucoup aimé ce récit très vivant, raconté à la première personne par Billie, une jeune femme qui, suite à une chute, se retrouve au fond d'une crevasse perdue dans les Cévennes avec son meilleur ami inconscient et qui s'adresse aux étoiles en attendant que quelqu'un finisse par les retrouver. Ce garçon et elle ont tous deux vécu une enfance difficile, voire plutôt effroyable dans le cas de Billie, et leur rencontre en classe de 3e, lors d'un cours de français consacré à On ne badine pas avec l'amour de Musset, leur a en quelque sorte sauvé la vie. C'est beau et humain, ça ne manque pas de verve et ça se lit tout seul: un roman parfait pour moi qui manque de temps pour lire, et une confirmation qu'Anna Gavalda mérite le succès qu'elle rencontre (même si, bon, les ânes sont peu présents dans ce livre, la couverture est donc quelque peu mensongère!).

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part (1999)
L'Échappée Belle (2001)

vendredi 8 mars 2024

Trois contes (1877)

Étant toujours à la recherche de livres courts, que je peux avoir l'espoir de lire en moins de dix jours, j'ai fini par repêcher dans ma bibliothèque ces Trois contes de Gustave Flaubert, auteur dont j'ai relu l'année dernière l'excellentissime, l'incontournable Madame Bovary. J'avais déjà lu ce recueil il y a une dizaine d'années, mais je n'en gardais aucun souvenir.

Un cœur simple

La nouvelle inaugurale est la meilleure; elle raconte la vie d'une domestique normande, Félicité, qui passe toute sa vie au service de Madame Aubain à Pont-L'Évêque. Le ton est assez détaché, mais c'est plutôt triste: une vie de province, avec quelques attaches sentimentales, mais surtout la solitude et des chagrins. Il y un perroquet et il est important, ce qui justifie la couverture de cette édition Folio Classique.

La Légende de Saint Julien l'Hospitalier

Un conte étrange, médiéval dans son contexte et la manière tout à fait naturelle par laquelle le merveilleux s'invite dans le quotidien. C'est l'histoire d'un jeune noble passionné de chasse, dont la vie est bouleversée par une prophétie et qui deviendra Saint Julien l'Hospitalier.

Hérodias

Ce troisième et dernier conte nous mène à la cour d'Hérode Antipas. Tétrarque de Galilée au Ier siècle de notre ère, l'homme est mariée à Hérodias, qui donne son titre au texte, et il a dans ses prisons un prédicateur portant le nom de Jean, passé à la postérité sous le nom de Saint Jean Baptiste. En gros, on découvre ici comment Hérodias obtient, grâce à la danse lascive de sa fille Salomé, née d'un premier mariage, la décapitation du prédicateur; mais, très franchement, j'ai trouvé le tout très confus, d'une part parce que les relations familiales et politiques sont complexes et d'autres part parce que la rédaction est peu claire.

Cette relecture a donc été en demi-teinte: Un cœur simple est chouette, bien que triste; La Légende de Saint Julien l'Hospitalier se lit bien mais n'est pas marquante; et Hérodias m'a laissée sur le carreau. Moralité: lisez plutôt Madame Bovary. 😊

dimanche 3 mars 2024

La gamelle de février 2024

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé, qui a été un peu plus court que les autres, mais bien rempli et très enthousiasmant.

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Le Journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)

Une très belle redécouverte grâce à une sélection spéciale Saint-Valentin. J'avais vu ce film il y a fort longtemps, mais je ne me souvenais de rien à part du costume de lapine. Il est très drôle et réconfortant, et il y a une minute Céline Dion au début!! 😊 Et il est assez amusant de voir qu'il est interprétable aussi bien comme un énième film entretenant le patriarcat que comme un film féministe. 

Creation of the Gods I: Kingdom of Storms de Wu Ershan (2023)

Ohlàlà! Ohlàlà! Ohlàlà! Du sword and sorcery chinois! Des méchants très méchants, un univers impitoyable ("Si tu aimes tant ton fils, tu devrais le reconnaître" 😱), des chevaux, des batailles, des épées, de la magie! Je me suis ré-ga-lée! J'ai mangé du popcorn avec un sourire béat sur le visage! Le film n'a été diffusé en France que deux jours: quelle chance que mon cinéma l'ait passé! Ohlàlà! J'espère que les suites sortiront en France si elles voient bien le jour comme prévu!!! Ohlàlà mais ohlàlà!!! 🤩🤩🤩 

Argylle de Matthew Vaughn (2024)

J'ai beaucoup rigolé devant ce film qui mélange adroitement la réalité de la protagoniste, une écrivaine mettant en scène un espion à la Mission Impossible ou à la James Bond, et les aventures de son personnage, l'agent Argylle, joué par un Henri Cavill aussi merveilleux qu'à l'ordinaire. La deuxième partie est bien trop longue, mais c'était un super moment. Et il y a John Cena! (Si vous ne connaissez pas John Cena: c'est un catcheur qui joue dans Bumblebee et qui joue une sirène dans Barbie. Très important, qu'il ait joué une sirène dans Barbie.) Et aussi fou que ça puisse paraître, Bryce Dallas Howard est plutôt ronde et ce n'est pas un sujet. C'est merveilleux.

Pretty Woman de Garry Marshall (1990)

Comme Le Journal de Bridget Jones, ce fut une très belle redécouverte qui m'a mise de super bonne humeur – même si Bridget Jones est plus axé sur la comédie et me parle plus d'un point de vue générationnel – et interprétable aussi bien comme un énième film entretenant le patriarcat que comme un film féministe. Je trouve ça assez époustouflant. Je vais chanter "Prettyyyyy Wooooomaaaaan walkiiiiiing doooown the streeeeeeeeeeets" pendant des mois. 🎶🎶

Chien et Chat de Reem Kherici (2024) 🐶😼

Pour la première fois de l'année, le niveau descend! Et même qu'il disparaît tout court, en fait. 😂 C'était bien nul et lourd, mais ce qui m'a vraiment chiffonnée, c'est le sketch sur la protagoniste féminine qui enlève son soutien-gorge en prison tandis que deux surveillants la matent sur leur écran en mangeant un cookie. Sérieux, ce genre d'humour dans un film destiné à des gosses... Heureusement, il y avait aussi des choses drôles, et la chatte star des réseaux sociaux était sympathique. (Et je précise qu'on m'a proposé d'aller voir ce film. Malgré la présence d'un chat, je n'avais pas prévu d'y aller, moi! 😇)

La Zone d'intérêt de Jonathan Glazer (2023)

Ce plan continue de susciter en moi une sensation d'irréalité totale...

Malgré une bande-annonce éminemment sinistre, je suis allée voir ce film qui aborde le sujet des camps d'extermination nazis par un angle original: la vie quotidienne et, disons-le, bucolique, de la famille du directeur d'Auschwitz. Le film n'est pas aussi sinistre que la bande-annonce le laisse penser, mais garde une certaine tension; je m'attendais sans cesse à tomber sur un cadavre ou à assister à un massacre. Au final, aucune violence n'est visible, l'horreur se nichant toujours dans l'arrière-plan, qu'il soit visuel ou sonore (par exemple, des coups de feu retentissent au loin, sans que cela n'influence les personnages filmés). Je ne suis donc pas étonnée que le film soit nominé aux Oscars pour le meilleur son. En revanche, je n'ai pas compris un certain nombre de choses, et la fin, notamment, m'a laissée assez perplexe.

Du côté des séries

J'avance lentement, mais sûrement, la saison 3 de Dinosaures.

Et le reste

J'ai lu le numéro de janvier du Monde Diplomatique – ironie mordante: leur article creux et limite conspirationniste sur les réelles intentions, forcément secrètes et égoïstes, des activités culturelles d'Édouard Leclerc m'a fait découvrir que les supermarchés Leclerc ne sont pas cotés en bourse, ce qui est un argument très fort pour me pousser à faire mes courses chez eux 🤣 – et le numéro de mars de Cheval Magazine.

Et vous, comment s'est passé votre mois de février?

mardi 27 février 2024

Pourquoi être heureux quand on peut être normal (2011)

Chronique express!

J'ai repéré cette autobiographie de Jeanette Winterson chez Vert puis chez le Dragon galactique et j'ai profité de la possibilité de l'emprunter à cette dernière pour la lire. Malheureusement, ça n'a pas pris du tout. Il y a certes un intérêt indéniable à plonger dans une ville du nord de l'Angleterre pendant les années soixante et soixante-dix, car ça fait relativiser le modernisme de l'Occident. Par exemple, quand Jeanette Winterson était petite, les toilettes étaient dehors. Je trouve que la partie du monde qui se considère comme le summum de la civilisation a, collectivement, bien oublié que certains logements n'avaient pas de toilettes en intérieur il y si peu de temps. J'ai aussi apprécié que l'autrice souligne que l'Église très rigoriste dont faisait partie sa mère était à la fois capable d'interdire tout plaisir ET de réunir des gens très gentils qui partageaient d'authentiques bons moments en faisant des pique-niques, ce qui met un peu de nuances dans un milieu souvent présenté comme monolithiquement négatif. Et à la fin, la recherche de sa mère biologique est assez prenante.

Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé que le propos était affreusement déprimant, et ce d'une manière défaitiste qui empêchait d'en tirer quoi que ce soit: Jeanette Winterson a été adoptée par une femme pleine de névroses et odieuse et par un homme plus qu'effacé, son enfance a été horriblement malheureuse, on l'a punie pour son homosexualité, personne ne lui a donné d'amour alors elle n'a jamais appris à en donner, elle est devenue à son tour une femme au caractère colérique et épouvantable, mais c'est en quelque sorte inévitable vu les éléments précités... En gros, je n'étais pas du tout pressée de la retrouver jour après jour. Le livre est traduit de l'anglais par Céline Leroy, que je n'envie guère d'avoir passé un certain temps au contact le plus étroit possible avec cette autrice (🤣), mais qui s'en sort tout à fait bien.

Allez donc voir ailleurs si cette normalité y est!
L'avis de Shaya
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert

jeudi 22 février 2024

A Psalm for the Wild-Built (2021)

Une nouvelle série par Becky Chambers, c'est bien sûr un événement pour celles et ceux qui apprécient cette autrice! J'ai la chance d'avoir un ami qui a du goût et qui m'a offert les deux romans de la série Monk & Robot. (Je croyais qu'il y en avait trois en tout, mais non. Snif.)

Le premier, A Psalm for the Wild-Built, raconte l'histoire de Dex. Dex est moine de son état, mais son quotidien ne lui parait plus satisfaisant, pour qui sait quelle raison. Alors, Dex décide du jour au lendemain de se consacrer au thé. Ces moines-là vont de village en village, proposent du thé en fonction de ce que le client leur raconte et prêtent une oreille attentive à ses problèmes. En gros, leur travail est à mi-chemin entre la cérémonie du thé et la séance de psy. J'ai adoré le concept!

Dex excelle dans ce travail, mais la sérénité ne vient pas pour autant... Alors, un jour, face à l'appel d'un monde inconnu, Dex décide de quitter la route menant au prochain village et de passer dans les terres sauvages, celles que l'humanité a laissées aux autres espèces après un grand changement de civilisation.

Et là, Dex tombe sur un robot.

Ce court roman – une novella, je suppose – ou un gros Amélie Nothomb pour prendre les romans de cette autrice belge comme unité de mesure – est délicieux. Déjà, ça commence avec un personnage qui fait du thé pour remonter le moral des gens, ce qui est quand même extraordinaire. (On pourrait limite s'étonner qu'il n'y ait pas une vague de démissions et d'ouvertures de salons de thé ambulants dans la foulée de la publication!) Ensuite, Becky Chambers brasse comme toujours quantité de thèmes importants qu'elle tisse au quotidien de ses personnages: rôle de chacun dans la société, sens que l'on peut donner à sa vie, rencontre de l'autre quand il est résolument différent de soi. Et elle donne à voir un univers où les choses se passent mieux que dans notre monde. J'adore. J'adore. J'adore. J'adore les gens qui réfléchissent aux alternatives au lieu de critiquer avec aigreur. C'est tellement facile de critiquer et c'est tellement efficace pour se donner bonne conscience et prendre la pose, mais réfléchir à un monde enviable et nous prendre par la main pour nous y emmener, c'est tout à fait autre chose.

Vous avez peut-être remarqué que j'ai beaucoup écrit "Dex" dans ce billet. En effet, j'ai cité le nom du personnage de multiples fois au lieu de le remplacer par un pronom. Cela est dû au fait que ledit personnage n'est pas genré en anglais. Le pronom utilisé pour en parler est "they", un point grammatical très utile pour ne pas se prononcer précisément sur une personne. Pour ma part, j'ai clairement vu notre protagoniste comme un homme, sans doute en raison de son statut de moine et de ses robes orangées ou rouges qui m'évoquent les moines boudhistes, tous des hommes. Mais j'ai bien pris garde à tourner toute cette chronique pour ne jamais dire "Dex est content", "Dex est contente" ou (horreur à laquelle je ne m'habituerai probablement jamais) "Dex est content.e". Notez, par exemple, que je n'ai pas écrit "Dex, un moine, fait tel truc", mais "Dex, moine de son état, fait tel truc". 💡 Qu'est-ce que la traductrice française, Marie Surgers, a dû galérer pour tenir l'exercice sur tout un roman et pas juste sur une courte chronique... 😅

Je me réjouis de lire la suite. Pas tout de suite, pour faire durer le plaisir de l'attente. Mais je me réjouis.

#BeckyRules

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
Suivez le guide!

Allez donc voir ailleurs si ce psaume y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Grominou
L'avis de Yuyine

samedi 17 février 2024

Les Prénoms épicènes (2018)

Chronique express!

Attablée dans un café, Dominique est abordée par un parfait inconnu, un certain Claude, visiblement tombé sous le charme. Ils se fréquentent et ne tardent pas à se marier et à quitter leur province pour Paris, où Claude est chargé du développement de sa société. Le mariage se révèle vite très creux, mais Dominique se console grâce à sa fille, nommée Épicène. Épicène constitue l'élément le plus remarquable de ce roman (fort court, comme toujours chez Amélie Nothomb): elle est ultralucide dès son plus jeune âge et ultra-intelligente, et elle voit son père pour l'enfoiré qu'il est et le déteste. Je l'ai donc adorée. 😊 L'intrigue est en réalité axée sur autre chose, dont je ne parlerai pas ici pour ne rien divulgâcher (petit reproche: la réponse à l'énigme étant dans les trois premières pages, je trouve que le roman est trop facile à deviner, mais peut-être que l'autrice ne voulait aucunement en faire un roman à mystère ou à suspense, en fait, et que ça lui allait très bien comme ça), mais c'est bien cette charmante Épicène qui m'a marquée. J'aime bien Amélie Nothomb pour l'espèce de cruauté mordante et gentille à la fois (oui, c'est paradoxal, je sais!) avec laquelle elle observe le monde, ainsi que pour sa verve littéraire et ses dialogues délicieux. Tout est réuni ici pour en faire un Nothomb qui ne brille certes pas autant que Hygiène de l'assassin, mais qui se défend fort bien dans sa bibliographie!

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur le blog
Suivez le guide!

lundi 12 février 2024

Du Rififi à Wall Street (2020)

Dans Roman américain, Antoine Bello mettait en scène un journaliste, Vlad Eisinger, qui abordait dans ses articles la pratique du life settlement. Dans l'avant-propos de Du Rififi à Wall Street, ce même Antoine Bello, qui figure en couverture comme simple traducteur, nous annonce qu'il a reçu le présent manuscrit, inachevé, par mail de la part de son ami Vlad Eisinger sans un mot d'explication. Perplexe, il a essayé de le contacter, seulement pour découvrir que Vlad est porté disparu depuis quelques jours. Il en est donc venu à la conclusion que celui-ci l'a désigné comme exécuteur littéraire et souhaite que le présent roman (inachevé, donc) soit publié même si l'auteur a disparu des radars.

Donc. Antoine Bello, qui existe réellement (enfin, je crois 😅), nous annonce que c'est son ami Vlad Eisinger, qui est pourtant un personnage d'un de ses romans, qui lui a envoyé le présent roman. Et c'est sous le nom de celui-ci que Gallimard le publie, Bello n'étant crédité qu'à la traduction. C'est délicieusement "belloïen", car cet auteur, pour le peu que j'en ai vu, aime bien brouiller les pistes entre réalité et invention.

Le roman en question est écrit à la première personne. Vlad Eisinger y raconte comment, après avoir lâché le journalisme pour se consacrer uniquement à l'écriture et avoir échoué à en tirer un revenu digne de ce nom, il accepte d'écrire la biographie du patron d'un gros groupe télécom. Ce projet ne l'intéresse guère, mais a le mérite d'être payé, ce que son agente trouve tout particulièrement intéressant. Sauf que Vlad a très envie d'inventer quelques trucs dans cette biographie. Effaré, le patron met fin au projet. Furieuse de ce sale coup que Vlad lui a joué, son agente le place sur un autre projet: écrire un polar très codifié pour une collection pas très raffinée. Là aussi, le projet a le mérite d'être payé, ce qui permet à l'agente de se rémunérer (et pas qu'un peu 👀) malgré l'échec du projet de biographie.

Et là, Vlad a une idée: il va écrire l'histoire d'un écrivain fictif, Tom Capote, qui est embauché pour écrire la biographie d'un gros patron – mais dans un tout autre domaine, le pétrole –, découvre qu'il y a des entourloupes au sein de la société dudit patron et va devoir échapper aux tueurs lancés à ses trousses.

Le roman alterne donc entre le récit de Vlad, qui décrit son processus créatif et commente son travail, et des extraits du roman qu'il écrit.

"Ma prose, lourde et sans vie, me renvoyait au constat accablant de ma médiocrité. Et quand, par miracle, une phrase trouvait grâce à mes yeux, il me suffisait d'ouvrir Flaubert ou Kafka pour mesurer ce qui me séparait du véritable talent."

(Ouhouh, c'est l'histoire de ma vie, ça!)

J'ai lu l'essentiel de ce roman par une nuit d'insomnie monstre – je me suis réveillée vers 1 h 20 et j'ai vérifié l'heure pour la dernière fois à 5 h 10, après quoi je me suis enfin endormie 😅 – et je l'ai trouvé absolument passionnant. Le fait que Vlad écrive un roman sur une histoire tirée de sa propre expérience est très amusant, le processus de création d'un roman qu'il juge à la base très bas de gamme est à la fois prenant et amusant, il y a de l'humour, les petites combines toujours parfaitement légales des entreprises sont édifiantes, et bien sûr la frontière entre réalité et fiction se brouille encore plus à la fin – car le roman de Vlad a un succès fou, suite à quoi Vlad commence à avoir des ennuis ressemblant étrangement à ceux de son personnage, Tom Capote!! Et bien sûr, la question du début demeure: pourquoi a-t-il fini par écrire un roman sur son roman et par l'envoyer, inachevé, à son ami Antoine Bello?

Bien que j'aie préféré Roman américain, ce Rififi à Wall Street était un pur régal, un jeu avec le lecteur parfaitement maîtrisé. Antoine Bello (s'il existe réellement! 😂) est décidément très, très fort!

Autres romans de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
Roman américain (2014)
Ada (2016)

Allez donc voir ailleurs s'il y a du rififi ailleurs qu'à Wall Street!
L'avis de TmbM

mercredi 7 février 2024

Anarchy in the UKR (2005)

Fin 2022, au festival VO/VF de Gif sur Yvette, je découvrais Serhiy Jadan, écrivain et musicien ukrainien (ou plutôt, je le redécouvrais, car j'avais écouté un podcast qui l'évoquait quelques mois plus tôt – mais j'avais tout oublié, évidemment). J'ai adoré son groupe, Жадан і Собаки (ça se prononce "Jadane i cabaki" et ça signifie "Jadan et les chiens"), et j'ai eu très envie de lire ses livres. Hélas, ce Anarchy in the UKR, qui est traduit de l'ukrainien par Iryna Dmytrychyn et dans lequel Jadan raconte un roadtrip dans l'est du pays en 2005, m'a complètement laissée sur le carreau.

La couverture aurait peut-être dû me mettre la puce à l'oreille... 😁

"Il y a environ un an, j'ai dit dans une interview que je voulais faire un livre sur l'anarchisme. Je ne me souviens plus aujourd'hui pourquoi j'ai dit ça, je n'avais aucune envie à l'époque d'écrire sur l'anarchisme, mais ce n'est tout de même pas une raison pour ne pas le faire. Du reste, quelqu'un doit bien écrire sur le sujet, alors pourquoi pas moi?"

(On dirait du Emmanuel Carrère. 🤣)

Arrêts de bus dans un état pitoyable, gares désertes, vodka, silos dans la campagne... L'Ukraine que raconte Jadan ne fait pas envie, ni en 2004, quand les étudiants manifestent pendant la révolution orange, ni quand il était petit en URSS (Jadan est né en 1974 et a donc connu le communisme). Attendre le bus toute la nuit dans un abri sale de vomi, de sang et de sperme, ça fait en effet très punk – le titre du livre est une référence évidente au "Anarchy in the UK" des Sex Pistols –, mais ça fait punkément classe pour un homme; pour moi, qui suis une femme, c'est une version parmi d'autres de l'enfer sur terre. D'ailleurs, il n'y a quasiment pas de femmes ici, juste quelques vieilles retraitées qui gueulent et des petites amies ou conquêtes d'un soir qui n'ont pas de nom... Quant au propos politique, je n'ai rien compris. J'ai vraiment lu tout le livre en ne comprenant rien, tant parce que je manque cruellement de références culturelles, historiques et politiques (et que les notes de la traductrice ne m'ont pas suffi) que parce que Jadan suit le fil de sa pensée dans une logorrhée interminable qui m'a semblé avoir peu de structure. Il boit beaucoup d'alcool, ça j'ai compris...

La dernière partie m'a plus plu, car Jadan y présente dix chansons qu'il voudrait qu'on joue à son enterrement (dont "Anarchy in the UK", évidemment!) et raconte les souvenirs qu'il y associe. Bon, on ne peut pas dire que je me sois retrouvée dedans, ni dans ses choix musicaux ni dans ses souvenirs, mais, au moins, j'avais un petit bagage culturel à partager avec lui. 😄

Dans cette édition de la maison Noir sur Blanc, Anarchy in the UKR est suivi de Journal de Louhansk, que Jadan a écrit en 2014, lorsque la guerre civile a commencé dans l'est de l'Ukraine et qu'il a voyagé dans une atmosphère étrange de guerre-mais-pas-vraiment. J'ai un peu mieux cerné le contexte ici, mais j'ai quand même été bien larguée...

Une grosse déception, donc. Je tenterai peut-être autre chose de lui un jour, mais en feuilletant avant d'acheter ou de demander en cadeau, hihi. En attendant, je retourne écouter le monsieur et ses chiens – car musicalement, j'adore, c'est certain! 💛💙

vendredi 2 février 2024

La gamelle de janvier 2024

Au cinéma, l'année 2024 a commencé sur les chapeaux de roue: huit séances, et que du bon! Un exploit quantitatif que je n'ai pas accompli depuis longtemps et un régal qualitatif. Notons une forte présence de la production française, avec trois films aussi différents que faire se peut mais très réussis.

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Winter Break d'Alexander Payne (2023)

Une belle comédie humaine sur un vieil enseignant aigri et un lycéen un peu paumé. L'évolution des personnages a quelque chose de classique, mais le film est porté par un décor fort sympathique – un lycée de riches sur la côte est des États-Unis – et un Paul Giamatti irrésistible en vieux schnock plein de formules assassines ("vous êtes le cancer du pénis fait homme" 🤣🤣🤣). J'ai adoré.

Les trois mousquetaires. Milady de Martin Bourboulon (2023)

J'avais déjà vu ce film en décembre, et ce deuxième visionnage en compagnie d'un groupe d'amis a été très plaisant. Il y a décidément quelques scènes très réussies (la vue de la colonne de soldats marchant vers la Rochelle quand Athos prend d'Artagnan sur son cheval; Athos marchant vers le pilori sur la plage). Connaissant la fin, j'ai prêté plus attention à quelques détails qui permettent à l'intrigue de progresser et j'ai trouvé ce scénario pas mal du tout, d'autant plus qu'il réussit à unir plusieurs intrigues et situations en une durée relativement resserrée (1h55).

Le Monde de Charlie de Stephen Chbosky (2012)

J'ai revu avec plaisir ce film qui était en tête de mon bilan cinéma 2013 et dont je gardais un souvenir émerveillé (quelle satisfaction de le voir aujourd'hui rejoindre la sélection UGC Culte! 🤩). Je l'ai moins apprécié cette fois-ci, l'ayant trouvé un peu propret, avec l'éternel contexte des gosses de riches qui vivent dans des maisons-palaces et sont tous très beaux et un peu lisses malgré les efforts de caractérisation. Mais il brasse beaucoup de thèmes avec justesse et réconforte bien la pauvre ado paumé qui traîne au fond de moi. "I can see it. The one moment you realize you're not a sad story." ❤

À noter: j'ai aussi beaucoup aimé le roman dont est tiré ce film, mais j'avais totalement oublié que le réalisateur était aussi l'auteur et s'adaptait donc lui-même!

Le Règne animal de Thomas Cailley (2023)

Une sacrée claque, une petite merveille visuelle et humaine pleine de sujets graves, d'émotions et d'humanité, avec des acteurs tous très bons, au premier rang desquels Paul Kircher qui joue un rôle pas facile du tout (mais j'ai aussi beaucoup aimé Romain Duris, que j'ai beaucoup aimé en Aramis dans Les Trois Mousquetaires, et Adèle Exarchopoulos que je n'avais jamais vue et que j'ai retrouvée lors de ma séance suivante). J'ai adoré, qu'est-ce que j'ai bien fait d'aller le voir (et quel dommage que je ne l'aie pas vu en 2023: il aurait clairement été en tête de mon top de l'année!!).

Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry (2023)

Un film sur la justice restaurative, qui consiste à mettre en contact des victimes et des agresseurs, soit en face à face soit au sein d'un groupe de parole (et sans forcément qu'il s'agisse des couples victime-agresseur: les groupes de paroles réunissent des gens qui n'ont pas de lien direct entre eux). Une démarche à mi-chemin entre la séance de psychologie et l'accompagnement social, en somme. C'était une pure merveille, un bel hommage à tous les gens qui se démènent pour créer du lien social, pour remettre de l'humanité dans des situations affreuses et pour ALLER VERS L'AUTRE. J'en suis sortie enthousiaste et remuée à la fois. Bravo, bravo. Ici aussi, quel dommage que je ne l'aie pas vu en 2023, car il aurait été dans mon top de l'année.

L'Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995)

Ce regard lumineux... 😅

Un excellent rattrapage pour ce film que je n'avais jamais vu. Je n'ai pas vraiment aimé, d'une part parce que ça parle de voyage dans le temps (même si d'une manière que je trouve à peu près compréhensible) et d'autre part parce que beaucoup de plans sont filmés en diagonale ou d'en bas, ce que je n'aime pas. J'ai aussi trouvé que le personnage féminin se convertissait à l'idée du voyage dans le temps de manière très radicale (le cheminement est compréhensible; son enthousiasme, moins) et que le personnage masculin était très mou. Mais c'est clairement un film parfaitement maîtrisé et très prenant, et il faut le voir juste pour Brad Pitt!!! 😱🤣

Godzilla Minus One de Takashi Yamazaki (2023)

Un film de monstres très réussi, avec un Godzilla balèze et dangereux à souhait et une Tokyo ravagée par la Seconde Guerre mondiale – à côté, l'Ukraine est en bon état. 🤯 Les thématiques propres au Japon sont nombreuses: échec de la guerre, pertes de proches, reconstruction sans armée sous la tutelle des États-Unis, et, bien sûr, menace nucléaire. La fin est trop heureuse à mon goût, mais j'ai a-do-ré. Quelle chance qu'il soit ressorti après sa première diffusion en décembre et que mon cinéma l'ait programmé. Si je l'avais vu en 2023, il aurait terminé dans mon top de l'année, lui aussi!

The Iron Claw de Sean Durkin (2023)

Un film de catch qui m'a fortement rappelé Foxcatcher de Bennett Miller (mon avis de l'époque ici): dans les deux cas, un acteur révélé par des films gentillets – des films de danse pour Channing Tatum, High School Musical pour Zac Efron – se retrouve avec un rôle ultraphysique de lutteur dans un film qui respire tout sauf la sérénité. 😅 Ce film-ci retrace le parcours des quatre frères Von Erich, fils d'un catcheur et catcheurs eux-mêmes, célèbres durant les années quatre-vingt mais fauchés les uns après les autres par différents malheurs. Le principal malheur est justement leur papa catcheur, obsédé par l'idée de faire d'au moins l'un d'eux un champion du monde poids lourds. Le film décrit clairement un phénomène d'emprise, avec ce père tout-puissant à qui on obéit sans discuter. Ce n'est pas gai, mais il y a des passages entraînants et il s'en dégage une lueur d'espoir tout de même. J'ai l'habitude du catch car mon copain en regarde quotidiennement, mais je reste impressionnée par ce sport de dingues et complètement hors-normes – et donc par les acteurs, comme Zac Efron, qui se soumettent à un entraînement suffisant pour jouer un catcheur de manière réaliste. C'est totalement fou.

Du côté des séries

J'avance tranquillement la saison 3 de Dinosaures.

Et le reste

J'ai terminé le numéro 44 de la revue Équivalences, sorti en 2017 et consacré à la traduction théâtrale, que j'avais entamé en décembre. Je n'ai aucun intérêt personnel pour le théâtre, mais on m'a gentiment offert un exemplaire à la dernière assemblée générale de l'Association des traducteurs littéraires de France. C'était très intéressant. Parfois, les traducteurs qui causent de traductologie adooorent sortir des mots et des phrases pompeux et donnent surtout l'impression de se prendre trop au sérieux; mais dans l'ensemble, tous les traducteurs et traductrices ont partagé des expériences très intéressantes (traduire Shakespeare au Québec quand le Québec lutte pour son indépendance, c'est toute une histoire politique, par exemple!).

Dans la foulée, j'ai lu le dernier numéro de Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France. Un numéro double qui marquait les cinquante ans de l'association. Avec des interviews et articles passionnants (Olivier Mannoni!! Corinna Gepner!! Peggy Rolland!! Jonathan Seror!!), il m'a mis dans un état d'enthousiasme encore plus marqué que d'habitude. Nous avons de la chance d'avoir l'ATLF et des bénévoles aussi motivés, qui donnent de leur temps pour défendre la profession. Le combat continue (et s'annonce plus violent que jamais à l'ère de la traduction automatique), mais le bilan de ces cinquante années montre que l'ATLF est bien là! 💪💪

Et sinon, j'ai lu deux Cheval Magazine: le numéro de janvier, que je n'avais pas pu lire fin décembre, et le numéro de février.