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jeudi 15 juin 2023

Challenge Pavé de l'été 2023

Après des années de bons et loyaux services, Brize a décidé de ne pas poursuivre le challenge Pavé de l'été en 2023. Par chance, Sibylline a décidé de reprendre le flambeau, et je me réinscris pour me donner du courage pour venir à bout d'un pavé qui traîne dans ma PAL depuis un an et demi et que j'étais déjà censée lire l'été dernier...


Les règles n'ont pas changé: lire au moins un pavé d'au moins 550 pages et le chroniquer entre le 21 juin et le 23 septembre.

Le pavé qui m'attend patiemment est Zahhâk, le roi serpent de Vladimir Medvedev, traduit du russe par Emma Lavigne, lauréate du Prix Jean-François Caillé de la traduction en 2020. Édité en France par les éditions Noir sur Blanc, le roman compte 576 pages au grand format et se déroule dans un pays dont je ne sais absolument, strictement rien, le Tadjikistan. Ce sera donc un grand voyage totalement dépayant, et sans aucun doute très instructif.

mercredi 7 septembre 2022

Chroniques du Pays des Mères (1992)

Difficile de parler d’un roman qui a fait couler autant d’encre que Chroniques du Pays des Mères d’Elisabeth Vonarburg! J’en attendais énormément, tout en étant très intimidée. Après un faux départ (probablement dû en bonne partie à la préface de Jeanne A Débats, qui a confirmé que nous sommes incompatibles), j’ai replongé dans la lecture lors d’un moment plus tranquille et le voyage a été à la hauteur…

Une couverture superbe d'Aurélien Police.

❗ Attention, cette chronique contient un énorme divulgâcheur
sur ce roman et celui d'une autre écrivaine!! ❗

L’histoire commence en 476 A.G. (Après Garde), dans une garderie de Béthély. Lisbeï, âgée de cinq ans, prend sous son aile la petite Tula, tout récemment arrivée. Dès qu’elle la voit, c’est une évidence, comme si elle la reconnaissait. Lisbeï a une sorte de don, une capacité à percevoir les émotions des autres, un peu comme une aura, et cela se manifeste très fortement envers Tula. Mieux encore, c’est réciproque; Tula aussi voit "la lumière".

Unies de manière quasiment magnétique dans la garderie, Lisbeï et Tula seront malheureusement séparées par la vie. Lisbeï, plus âgée, quitte la garderie avec les autres petites filles de son âge. Les deux amies continueront de se retrouver en cachette, mais cela sera de plus en plus difficile avec le temps. D’autant que les deux enfantes sont en réalité sœurs: elles sont toutes deux les filles de Selva, la Capte de Béthély, ce qui implique certaines responsabilités.

La relation entre les deux sœurs constitue le cœur de la première partie du roman. En parallèle, toutefois, Elisabeth Vonarburg profite du regard de plus en plus aiguisé de Lisbeï, qui découvre son univers en grandissant, pour dépeindre la vie à Béthély et, de manière plus générale, au Pays des Mères, une société matriarcale organisée autour de la procréation. Les hommes sont peu nombreux, alors l’immense majorité des grossesses sont obtenues par insémination artificielle, en sélectionnant avec soin les lignées pour favoriser la survie des enfantes (avec des résultats pourtant peu favorables : énormément d’enfantes meurent en bas âge, à tel point que le fait de les isoler à la garderie permet de ne pas trop s’y attacher et de ne pas trop souffrir lors de leur décès…). Les hommes et les femmes fertiles sont tenus de faire le Service, c’est-à-dire de donner leur sperme ou de se prêter à l’insémination pendant un certain nombre d’années. Cette organisation est vitale pour la survie de l’espèce, bien sûr, mais elle donne lieu à des situations très douloureuses: hommes qui attendent d’être expédiés dans un autre pays pour y faire leur Service, femmes qui sont obligées de tenter un nombre minimum de grossesses même si les premières se soldent par des fausses couches ou des accouchements douloureux… On sent bien la souffrance des deux sexes et certains passages m’ont rappelé les Fils de l’homme de P. D. James et la Servante écarlate de Margaret Atwood. Ces trois romans illustrent à la perfection à quel point une société fondée sur la procréation pour sa propre survie broie totalement ses membres…

Malgré ce contexte douloureux, Chroniques du Pays des Mères est un livre merveilleux et doux, qui irradie d’espoir. Parce que Lisbeï est un esprit affûté, toujours à la recherche d’une vérité qu’elle devine de plus en plus nuancée et insaisissable, et que la société dans son ensemble favorise la recherche, le débat, la nuance et la coopération plutôt que la concurrence. On pourrait y voir un cliché sur la société menée par les femmes qui est plus pacifique que celle menée par les hommes, mais l’impression est plutôt que l’humanité a su évoluer après des périodes très violentes et instables (le Déclin, qui est visiblement la chute de notre civilisation, a laissé la place aux Harems puis aux Ruches, deux systèmes dont on ne sait pas grand-chose mais qui semblent avoir été belliqueux dans leur fonctionnement). La naissance du Pays des Mères est intimement liée à Garde, qui a prêché la Parole d’Elli, sorte de déesse universelle. C’est d’ailleurs pour cela que les années sont comptées "Après Garde".

Avec sa soif de connaissance, Lisbeï va secouer le Pays des Mères en faisant des découvertes qui dérangent beaucoup les conservatrices, appelées les Judites, mais qui dérangent un peu tout le monde en vérité. Après le coup d’éclat initial, on voit les choses décanter, un peu comme dans notre société (à un moment, vous vous rendez compte que tout le monde, réacs compris, se fout éperdument de ce qui faisait hurler les réacs d’autrefois…).

Chroniques du Pays des Mères est aussi exceptionnel par ses personnages, toutes très différentes et finement caractérisées. C’est vraiment une merveille : Antoné, Mooreï, Kélys, Guiséia, Toller… Elles sont toutes très différents et merveilleusement complémentaires, et c’est un plaisir immense de les rencontrer. Elles s’imbriquent à la perfection dans cet univers au féminin. Vous avez peut-être remarqué que j’ai parlé d’"enfantes" et que j’ai utilisé le féminin pluriel au sens générique dans ce paragraphe. C’est parce que tous les noms sont féminisés dans la langue du Pays des Mères, un procédé à la fois permanent et étrangement discret – comme quoi on s’habitue parfaitement aux changements, quand on a l’esprit ouvert. En revanche… ça a dû être tellement compliqué à répercuter dans les traductions, ce truc!! En anglais, où le masculin et le féminin sont pratiquement absents, tout le travail sur la langue a dû passer à la trappe… En russe, où il y a aussi du neutre au singulier et où le pluriel est juste pluriel (ni masculin ni féminin), ça a dû être ardu… (Chroniques du Pays des Mères existe-t-il en russe, d’ailleurs?)

[Dvulgâcheur]
Dans ce contexte, c’est avec un désarroi total et un effroi grandissant que j’ai lu le dernier chapitre, dans lequel on apprend que tous ces gens sont en fait manipulés par une humaine à la vie bien plus longue que la leur, qui leur fournit les informations qui vont bien, les influence et LES REPRODUIT ENTRE EUX pour obtenir je ne sais quel humain elle veut. Ça m’a rappelé la trilogie des sorcières d’Anne Rice, dans lequel on finit par apprendre que le grand-oncle (qui est en fait le frère, le père, le grand-père, l’oncle, le grand-père à la fois) a préparé le terrain pour obtenir une sorcière ultrapuissante en couchant avec sa sœur, puis sa fille, puis sa petite-fille… Ça m’a totalement dégoûtée et ça m’a semblé remettre en question tout le message hyper positif du roman. Lisbeï croyait lutter pour la vérité, alors que l’une des personnes qui l’aidaient le plus lui cachait ladite vérité? Elle croyait avoir un don spécial, né d’une nouvelle mutation, alors que cette personne tierce a manipulé son génome exprès? GLOUPS!

Heureusement, ces quelques pages sont très minoritaires au regard de l’épaisseur du volume et n’ont pas terni mon expérience de lecture. Passée la surprise, j’ai tout de suite eu envie de reprendre le roman au début, pour encore mieux apprécier cette histoire et cet univers… Un chef d'œuvre!

En deux mots (ou plutôt trois ^^): merci, Tigger Lilly!

Avec ses 784 pages, cette édition Folio me permet de participer au Challenge Pavé de l’été de Brize. Ce sera sûrement ma seule participation – à moins d’un cataclysme m’empêchant de travailler (mais pas de lire! 😂), il est impossible que je lise et chronique un deuxième pavé d’ici le 23 septembre –, mais c’était vraiment cool de pouvoir m’inscrire cette année!

Allez donc voir ailleurs si ces chroniques y sont!
L'avis de Grominou
L'avis de Shaya
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

samedi 9 juillet 2022

Challenge Pavé de l'été 2022

Fidèle au poste, Brize organise une fois de plus le challenge Pavé de l'été! 🥳🥳 Cette année, le pavé décolle en montgolfière!

Le principe est simple: lire au moins un livre de 550 pages minimum dans sa version papier et en publier une chronique entre le 21 juin et le 23 septembre. Toutes les infos sont sur la page de présentation du challenge.

Faute de pavé, je n'ai pas pu participer les deux dernières années. Mais cette année, j'ai eu le plaisir de constater que deux pavés attendaient dans ma pile à lire! Je suis joie, je suis bonheur, je suis extase! 🤩

Vous devriez donc bientôt (hmm...) entendre parler de Chroniques du pays des mères d'Elisabeth Vonarburg et de Zahhâk, le roi serpent de Vladimir Medvedev, traduit du russe en français par Emma Lavigne. J'ai hâte!

samedi 7 septembre 2019

The Agony and the Ecstasy (1961)

Les vacances estivales sont une bonne occasion de plonger dans les gros pavés qu'on n'a jamais le temps de lire. J'ai donc attaqué The Agony and the Ecstasy, un roman d'Irving Stone sur Michel-Ange. Je l'avais déjà lu il y a une quinzaine d'années dans sa traduction italienne, mais je ne m'en souvenais que peu.


Ce roman passionnant retrace l'existence du célèbre artiste, de ses débuts comme apprenti dans l'atelier de peinture du Ghirlandaio et sa formation de sculpteur dans l'école de Laurent de Médicis jusqu'à sa glorieuse carrière romaine, en passant par ses exploits florentins et son exil à Bologne.

Lecture passionnante, oui: la vie de Michel-Ange est palpitante, son époque tourmentée et écartelée par les rivalités politiques et l'extrémisme religieux, son art plus grand que nature, son génie hallucinant. S'il se considérait avant tout comme un sculpteur de marbre, la matière la plus noble à ses yeux, il a aussi excellé en tant que peintre, que sculpteur en bronze et qu'architecte! Non content d'avoir sculpté le David pour la ville de Florence et peint le plafond de la Chapelle Sistine pour le pape Jules II, il a aussi assuré la construction d'une route dans une montagne inaccessible, érigé les remparts de Florence et conçu le dôme de la cathédrale Saint Pierre... Entre autres!

Lecture passionnante aussi parce que le Quattrocento italien donne le vertige: Ghirlandaio, les Médicis, Léonard de Vinci, della Quercia, Raphaël, Donatello, il y a à chaque page un nom qui est entré dans l'histoire... Parfois pour de tristes raisons, comme dans le cas du moine Savonarola, un modèle d'obscurantisme.

En revanche, ce roman est aussi très long et un peu répétitif dans sa structure: l'auteur fournit des informations politiques rapides pour peindre la situation, rédige de longs passages sur les objectifs de Michel-Ange dans ses différentes œuvres et y intercale des moments de désespoir aigu – le roman doit justement son nom à l'alternance entre la frénésie créatrice et le repos forcé d'un artiste soumis au bon vouloir de ses mécènes. Au bout d'une centaine de pages, j'ai commencé à trouver ma lecture laborieuse, et je ne me suis accrochée que parce que le sujet est vraiment prenant (et parce que je n'abandonne jamais une lecture ^^).

Par ailleurs, Michel-Ange ne ressort pas de ce livre comme un personnage très aimable. Certes porté par un flux créatif dévorant et "la fièvre du marbre", ainsi que par l'humanisme transmis par Laurent de Médicis, il est également impulsif et a une fâcheuse tendance à gémir sur son sort et à l'aggraver par la même occasion (par exemple en se fritant avec le pape), tout en se laissant exploiter par une famille assez rapace.

De mon côté, j'ai aussi découvert que je n'aime pas les œuvres de Michel-Ange. 😂 Ou plutôt, j'aime certains éléments de son David et de sa Pietà, mais je suis insensible à ses peintures. Même la célèbre scène de la création d'Adam me laisse de marbre. La fin du roman, toutefois, m'a émue. Je pense qu'elle rendrait très bien au cinéma. (D'ailleurs, le film a été adapté par Carol Reed en 1965 avec Charlton Heston dans le rôle de Michel-Ange. La bande-annonce est disponible sur Allo Ciné.)

Une lecture plus prenante dans son fond que dans sa forme, donc. 

Avec ses 777 pages, cette édition Arrow Books me permet de participer au challenge Pavé de l'été de Brize.

lundi 24 juin 2019

Challenge Pavé de l'été 2019

Cet été, je rempile pour le challenge Pavé de l'été organisé par Brize! 😊


Le principe? Lire au moins un pavé de 600 pages dans sa version papier. Toutes les informations sont indiquées sur la page du challenge. J'ai participé pour la première fois l'année dernière et cela m'a bien aidée à programmer quatre gros pavés dans mon planning de lecture.

Cet été, je pars sur deux lectures:

The Once and Future King de T. H. White
Le roman arthurien dont est tiré Merlin l'enchanteur de Disney. Recueil réunissant quatre romans arthuriens de l'auteur, dont The Sword in the Stone, qui a été adapté par Disney dans Merlin l'enchanteur. Ce sera ma priorité car ce livre traîne dans ma pile à lire depuis 2015. J'avais lu les 170 premières pages avant de laisser tomber. J'espère que je l'apprécierai plus cette fois-ci ou, à défaut, que j'irai jusqu'au bout même si je ne l'aime pas.

The Agony and the Ecstasy d'Irving Stone
Un roman sur Michel Ange que j'ai lu en italien il y a une quinzaine d'années, quand j'habitais à Florence, et que je compte maintenant redécouvrir en VO, vu que j'ai tout oublié.

Et vous? Quels pavés avez-vous prévu de lire cet été? 🌞

jeudi 30 août 2018

Les Enfants du capitaine Grant (1868)

J'ai découvert Jules Verne assez tard, à quasiment trente ans je crois, mais j'apprécie énormément cet écrivain aussi drôle qu'intelligent. Comme je le dis à chaque fois, lire Verne est toujours un plaisir! Je voulais lire Les Enfants du capitaine Grant afin de donner suite à ma dernière lecture en date, L'île mystérieuse. Au moment de rédiger ce billet, je réalise avec horreur que cela fait déjà deux ans que j'ai lu ce roman-là, ma chronique datant d'avril 2016! 😱J'étais persuadée de l'avoir lu en 2017...


L'avantage d'être à la ramasse, c'est que j'avais totalement oublié les évènements des Enfants du capitaine Grant qui sont largement racontés dans L'Île mystérieuse, les deux romans étant liés, et que j'ai donc pu savourer ce roman en toute "ignorance de cause" si je puis dire. ^^

Les Enfants du capitaine Grant, c'est donc l'histoire d'une expédition partie à la recherche du capitaine Grant. Tout commence avec une bouteille à la mer retrouvée par un riche Écossais, Lord Glenervan. Le capitaine Grant a fait naufrage par 37° de latitude. On ignore la longitude, mais qu'importe! Lord Glenervan possède un superbe yacht à vapeur, le Duncan, et fera le tour du monde, s'il le faut, pourvu de retrouver ce vaillant capitaine et de soulager le cœur rongé d'inquiétude de ses deux enfants, Mary et Robert. Avec lui embarquent sa femme Lady Glenarvan, le major McNabbs qui ne prend jamais position en faveur ou contre quoi que ce soit, le capitaine John Mangles et le géographe français Plaganel, un personnage érudit, loufoque, distrait et franchement inénarrable que j'ai adoré. Ils traverseront l'Amérique du Sud, l'Atlantique, l'océan Indien, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Pacifique à la recherche de la moindre trace du naufrage. Un véritable tour du monde (mais en décidément plus de 80 jours ^^) qui regorge d'aventures, d'animaux exotiques, de dangers, de trahisons, de données historiques, géologiques et culturelles, de noblesse, de bons sentiments, d'amitié et d'amour, le tout pour le plus grand plaisir du lecteur.

Franchement, la seule critique réelle qu'on peut faire à ce livre, c'est l'accumulation de difficultés qui sent parfois l'artificiel. Par exemple, j'ai trouvé qu'il n'était pas nécessaire que nos héros soient menacés par un incendie dans la première partie alors qu'ils avaient déjà subi une avalanche et une inondation. 😂

Par ailleurs, il faut dire que le roman est largement daté. La vision des indigènes d'Amérique du Sud, d'Australie et de Nouvelle-Zélande est complètement dépassée puisque Verne les qualifie carrément de sauvages et place les maoris sur un plan à peine supérieur à celui du fauve (avec force considérations sur leur cruauté et leur immense appétit pour la chair humaine). Ça pique les yeux mais c'est l'époque qui veut ça. Quelque part, c'est même intéressant de voir qu'un homme aussi érudit était tellement à côté de la plaque sur le plan anthropologique. La vision de la femme est aussi datée. Mary Grant et Lady Glenervan sont des personnages positifs mais très en retrait (et il faut bien prendre soin d'elles car elles sont plus sensibles et faibles que les hommes, lol).

Mais au-delà de ces deux réserves (la première qui relève plutôt du pinaillage, la deuxième qu'il convient de remettre dans son contexte historique), Les Enfants du capitaine Grant m'a fait passer un excellent moment au retour de vacances. J'avais l'impression d'être encore un peu ailleurs tout en étant chez moi et c'était du bonheur. En outre, j'apprécie énormément la foi de Verne envers le progrès et la raison; c'est une vision un peu naïve peut-être, mais c'est aussi la mienne (et celle de Clarke par exemple). Et j'aime voir ces personnages posés, droits dans leurs bottes, qui savent faire la part des choses sans perdre la tête et se serrent les coudes sans jamais perdre de vue ce qui est Juste et Bien et Honnête. Et puis les illustrations originales de l'édition Hetzel se prêtent merveilleusement bien au voyage, comme d'habitude.

Avec ses 909 pages, ce roman me permet aussi d'ajouter une quatrième participation au challenge du Pavé de l'été de Brize!


Pour info, je recommande de lire les trois livres de Verne liés entre eux dans leur ordre de publication, à savoir Les Enfants du capitaine Grant (sorti en volume en 1868), puis Vingt-mille lieues sous les mers (sorti en volume en 1871) et enfin L'Île mystérieuse (sorti en volume en 1875).

Vous pouvez retrouver toutes mes chroniques de Jules Verne grâce au tag qui lui est dédié.

dimanche 26 août 2018

Le Collier de la reine (1849)

Il y a maintenant trois ans, j’ai visité le château de Breteuil dans les Yvelines, où sont reconstituées plusieurs scènes de l’histoire de France auxquelles ont participé les Breteuil d'autrefois. On y voit notamment l’arrestation du cardinal de Rohan par le duc de Breteuil en 1785, en présence de Louis XVI et Marie-Antoinette, à cause de la célèbre affaire du collier. Dans la foulée, j’ai acheté Marie-Antoinette de Stefan Zweig et ce roman d’Alexandre Dumas, que j’ai enfin sorti de ma pile à lire à l'occasion d'une semaine de vacances.


Comme toujours avec Dumas, ce roman est un plaisir absolu: on est porté de rebondissement en rebondissement par des phrases courtes, des paragraphes courts et des chapitres courts, avec un humour permanent et un sens de l’invraisemblance qui tend au génie. Il y a environ 945 pages à lire (plus une préface et un court dossier dans cette édition Folio) mais ça passe absolument tout seul. Dumas tisse habilement le fil de l’histoire réelle et celui de l’invention pour lier les personnages les uns aux autres. Je n’avais plus l’affaire du collier en tête très précisément et j’ai redécouvert cette histoire avec enthousiasme. C'est un bel exemple de réalité qui dépasse la fiction: si on ne savait pas que la chose a réellement eu lieu, avec ses rencontres nocturnes secrètes et sa comtesse diabolique, on pourrait croire que tout est sorti du cerveau de l’écrivain!

Tout commence en 1784, quand Marie-Antoinette et Andrée de Taverney, sa dame de compagnie, rendent visite à la comtesse de la Motte, obscure descendante d’Henri II, et regagnent Versailles en compagnie d’un jeune inconnu qui les prend sous son aile lorsque leur voiture est prise d’assaut par la foule. Cet inconnu sera au centre de l’intrigue amoureuse du roman. En parallèle, on suit surtout la célèbre affaire du collier: Marie-Antoinette étant dans l’impossibilité de payer ce collier de diamants à un million et demi de livres, elle le renvoie aux joaillers en le confiant à Mme de la Motte… qui ne le rend pas et monte une supercherie financière et amoureuse pour le faire payer au cardinal de Rohan, qui est secrètement amoureux de la reine et qui espère devenir son favori en lui faisant ce superbe présent. La supercherie va vraiment très loin et Jeanne de la Motte joue avec le feu puisqu'elle produit des faux. De là l’idée d’organiser des rencontres nocturnes entre le cardinal et Oliva, une prostituée qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la reine, afin de protéger ses arrières…


Au-delà des caractéristiques habituelles des romans de Dumas, celui-ci m’a beaucoup plu à cause du portrait de Marie-Antoinette et Louis XVI, qui ne sont ni une écervelée ni un idiot. Louis exprime parfois une joie assez enfantine, mais il est avant tout un homme responsable et droit; Marie-Antoinette est généreuse et noble d’esprit; tout deux sont parfaitement conscients que leurs actions ne sont pas anodines à cause de leur statut et qu’ils se doivent à leur couronne. Ce sont globalement des personnages positifs, ce que j’apprécie toujours, et ont un côté plus grand que nature qui est véritablement royal (haha). J’ai aussi beaucoup aimé le comte de Cagliostro, personnage de l’ombre, devin et immortel, qui constitue je crois le premier élément fantastique que je rencontre dans un roman historique de Dumas (il y a du fantastique dans Le Meneur de loups mais ce n’est pas un roman historique). Il trame contre la monarchie et était donc dans le camp ennemi, mais qu’est-ce qu’il est marquant! Il est aussi lucide et prévoyant que Monte-Cristo, avec un côté réellement diabolique à cause de sa longévité surnaturelle.

Le seul petit problème de cette lecture, c’est que Le Collier de la reine fait partie d’un cycle de quatre romans, Les Mémoires d’un médecin. Idéalement, il faudrait donc d’abord lire Joseph Balsamo pour en savoir plus sur Cagliostro et les malheurs d’Andrée de Taverney une dizaine d’années avant les évènements de ce roman. Mais on peut toutefois commencer par ici, d’autant plus que l’édition Folio fournit une courte présentation des principaux personnages en fin d’ouvrage (à lire avec attention, toutefois, pour ne pas connaître la fin du roman à l’avance!).


Avec ses 945 pages, ce roman constitue ma troisième participation au challenge du Pavé de l'été de Brize.

dimanche 29 juillet 2018

La Pierre et le sabre (1935)

Roman de cape et d’épée, La Pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa décrit de manière très romancée la vie de Myiamoto Musashi, célèbre escrimeur et samouraï japonais du XVIIe.


Je découvrais totalement le personnage ici et il faut bien garder à l’esprit que cette œuvre est largement fictive, mais on peut dire que c’est le d’Artagnan japonais: sûr de lui jusqu’à l’arrogance, décidé à faire ses preuves par les armes, combattant hors pair, Musashi (d’abord appelé Takezō) navigue d’ennui en ennui dans un Japon enfin pacifié après de longues luttes entre seigneurs (la bataille de Sekigahara, sur le champ de laquelle s’ouvre le roman, marqua le début de l’ère d’Edo). Comme je ne connais rien à l'histoire du Japon, je découvrais totalement cette période historique et les enjeux associés, notamment le passage de pouvoir des samouraïs aux commerçants, la classe guerrière étant beaucoup moins puissante que précédemment.

Comme chez Dumas, le roman a été publié en feuilleton et est truffé de rebondissements, à tel point que j’ai rapidement saturé. Il m’a été laborieux de lire ces 780 pages grand format dans lesquelles chaque paragraphe est susceptible de contenir un retournement de situation ou un comportement tout à fait incohérent ou irrationnel qui provoque encore plus d’ennuis aux personnages...

À part Musashi, on suit les aventures de Matahachi, le jeune homme avec lequel il a quitté son village pour partir à la guerre (et qui aura le parcours inverse, cumulant les mauvaises rencontres et se condamnant lui-même par sa paresse et son incapacité à se remettre en question), d'Osugi, la mère de Matahachi décidée à décapiter Musashi pour rétablir l’honneur de sa famille, d'Otsu, la fiancée de Matahachi qui tombe finalement amoureuse de Musashi et passe son temps à le chercher partout et à pleurer, d’Akemi, une jeune fille également amoureuse de Musashi, et de Jōtarō, grand enfant naïf et impulsif et premier disciple de Musashi.

Une lecture laborieuse, donc, dont je suis venue à bout rapidement car j'étais en vacances et pouvais donc lire longtemps. En temps normal, je l'aurais sûrement traînée pendant des semaines, vu mon manque absolu d'empathie et d'intérêt pour les personnages... Je ne lirai donc pas la suite – car, oui, il y a une suite, un deuxième tome intitulé La Splendide lumière et tout aussi long! À réserver, je pense, aux passionnés d'histoire et de culture japonaises...

Ce roman a été traduit de l'anglais (oui, de l'anglais, pas du japonais, j'ignore pourquoi; il n'y avait pas de traducteur japonais-français quand Balland l'a publié en 1983?!?) par Léo Dilé et il constitue, avec ses 780 pages, ma deuxième participation au challenge Pavé de l'été de Brize.

jeudi 19 juillet 2018

Gagner la guerre (2009)

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski m’a été prêté il y a pas moins de trois ans. S’il est resté aussi longtemps dans ma pile à lire, c’est à cause de sa taille conséquente (982 pages dans cette édition Folio SF) et parce que j’avais lu qu’il s’agissait d’un roman au style assez recherché. Je voulais être sûre d’avoir le temps de le lire correctement, sans perdre le fil en avançant de quelques pages seulement par jour. Quand je l’ai enfin commencé, en vacances, je n’ai pas été déçue: je l’ai lu en une semaine avec un enthousiasme considérable et l’envie permanente de le retrouver!


L’intrigue est en effet extrêmement prenante. On suit Benvenuto Gesufal, un assassin missionné par son patron, le Podestat de la République de Ciudalia, pour tuer un rival politique. Ciudalia vient de gagner la guerre contre Ressine grâce à sa victoire sur les mers, mais la lutte continue en coulisses avec des intrigues politiques très fines. Tout le monde manipule tout le monde et cherche à tirer son épingle du jeu, le Podestat en tête… Quant à Benvenuto, cette mission va entraîner des ramifications fort complexes, d’abord à cause de la deuxième mission associée à celle que j’ai mentionnée et ensuite à cause des conséquences sur la ville de Ciudalia. L’assassin discret va devenir un homme public bien malgré lui et vivre des aventures absolument palpitantes pour le plus grand plaisir de son lecteur. Entre combats à l’épée, intrigues politiques, sorcellerie, trahisons, doubles jeux et missions secrètes, on ne s’ennuie pas une seconde! Le tout dans un univers extrêmement riche rappelant à la fois la Venise de la Renaissance et la Rome de Jules César.

Au-delà des évènements à proprement parler, ce roman est absolument addictif à cause de sa rédaction très particulière, avec un style extrêmement riche, à la fois érudit, parlé et vulgaire, un brin moyenâgeux et élégant. C’est très difficile de le décrire et je vais donc citer un passage trouvé quasiment au hasard: "N’empêche que dans l’immédiat, les élans compassionnels, ça relevait du luxe. Avant tout, il s’agissait de tirer ma jolie petite gueule de ce guêpier; et les consignes que j’avais reçues de mon patron me semblèrent soudain pleines de désinvolture, tandis que quinze moricauds bardés d’airain tournaient lentement leurs faciès de singe vers votre serviteur."

Dans mon enthousiasme, j’ai tout de même relevé quelques petites réserves, mais rien de très grave. J’y ai trouvé une certaine longueur, la partie à Ciudalia s’éternisant un peu; ça reste prenant mais j’ai resenti une certaine perplexité. Je pense aussi que l’auteur est allé un peu loin en mettant soudain en scène des elfes. J’ai trouvé que cet élément tellement cliché de la fantasy détonnait dans cet univers si soigné, où l’on sent que l’auteur a mis en place une histoire complexe (culturellement et politiquement). Par ailleurs, je n’ai pas du tout compris qui a commis certains meurtres à la fin; (divulgâcheur) certains membres des Mastiggia étaient morts avant que Benvenuto ne s’approche d’eux, mais qui les a refroidis?

Pour finir, je soulignerai ce qui me semble être le seul véritable problème de ce livre (les réserves que j’ai émises ci-dessus sont, justement, des réserves; elles ne ternissent pas l’ensemble): le sexisme virulent. Les femmes sont pratiquement absentes; Benvenuto les qualifie uniquement de gueuses, de pucelles ou de pestes (et aucun personnage masculin n'émet une opinion différente); elles n’ont pas d’éducation et pas de rôle politique; elles sont forcément la femme ou la fille d’un homme plus important qu’elles (et dont l’existence leur accorde leur seul intérêt); on peut leur dire en face "vous n'êtes qu'une femme"; et une scène de viol assez épouvantable passe comme une lettre à la poste, sans aucun recul de la part du narrateur ou de son auteur. Je vois d’ici qu’on me traitera de bien-pensante et qu’on me dira que l’auteur a imité le contexte historique qui l’a inspiré; mais quand on met en scène des elfes, franchement, on n’est pas dans l’historique mais dans l’imaginaire, et on n’est pas obligés de respecter le sexisme de la Rome antique ou de la Venise du XVe...



À l’exception de ce dernier point, Gagner la guerre a été vraiment une lecture formidable, et j’ai sérieusement regretté d’avoir tardé trois ans à le lire. Je recommande!

Cette lecture marque ma première participation au challenge Pavé de l'été de Brize.


Allez donc voir ailleurs si cette guerre y est!

samedi 30 juin 2018

Challenge Pavé de l'été 2018

C'est avec grand plaisir que je vous annonce que je participe cet été à un challenge de lecture, ce qui n'était pas arrivée depuis des lustres! 😀

Je rejoins avec enthousiasme le challenge Pavé de l'été 2018 de Brize!


Le principe: lire au moins un livre de 600 pages. Il y a d'autres instructions plus détaillées, que je vous invite à lire sur la page du challenge, mais c'est ça l'idée.

Pourquoi ce challenge?
Parce que j'ai fait ma pile à lire de l'été la semaine dernière et qu'elle est composée en grande partie de pavés que je traîne depuis une éternité parce que je n'ai pas le temps de lire autant que je le voudrais. 😭😭😭 J'espère donc passer mes congés avec Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski (quasiment 1000 pages), La Pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa (780 pages), Le Collier de la reine d'Alexandre Dumas (950 pages) et Les Enfants du capitaine Grant de Jules Verne (plus de 900 pages).

Si vous voulez en savoir plus sur ces livres et sur ma pile à lire estivale, qui contient aussi deux livres de plus petite taille, rendez-vous sur le blog du Collectif 1Up, la Ligue des traducteurs extraordinaires, dont je fais partie. Vous pourrez également observer la superbe floraison de mon cactus adoré. 😍🌵🌺

lundi 16 février 2015

Jonathan Strange & Mr Norrell (2004)

Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke est un roman fleuve que j'ai vu passer de multiples fois sur les blogs et que je crois avoir vu dans les bibliothèques de plusieurs amis. C'est aussi une lecture mitigée que je ne sais pas trop comment chroniquer.


L'histoire (dans les grandes lignes)
Début du XIXe. Mr Norrell, magicien de son état, a "ranimé" la Magie anglaise disparue depuis des siècles et l'a mise au service de son pays en guerre contre Napoléon. Il a ensuite été rejoint par Jonathan Strange, un riche oisif qui s'est découvert une vocation de magicien quand un inconnu lui a récité une prophétie. Mais les deux hommes n'ont pas la même vision de la magie, et en plus Mr Norrell a fait une grosse bêtise qui ne va pas tarder à compliquer la vie de tout le monde.

Les "pour"
Jonathan Strange & Mr Norrell est truffé de bonnes choses.
Le style est vraiment sympa. Susanna Clarke a pastiché avec brio le style un peu "matter-of-fact" et ironique de l'époque de l'intrigue. Ça se lit facilement et avec entrain et c'est toujours drôle, ce qui colle parfaitement avec les évènements (le coup des ananas, par exemple).
Les personnages sont également plutôt drôles, de Norrell, qui est paranoïaque et pétri de contradictions, et Strange, aussi pétri de contradictions mais plus sympathique, aux personnages secondaires très bien campés et/ou croustillants (Vinculus le vrai-faux-vrai magicien, Arabella, le duc de Wellington...).
La vision de la magie et des "faeries", les "êtres magiques" (j'ignore le nom français...), est très intéressante. Les magiciens en savent très peu sur leur "art" et leur magie peut facilement se retourner contre eux ou échapper à leur contrôle. Ça donne des situations très drôles et d'autres très inquiétantes. J'ai particulièrement aimé la vision morbide et inquiétante de Lost-Hope et l'utilisation des miroirs.
Enfin, Susanna Clarke a bien construit la mythologie magique de son Angleterre, avec maintes références aux magiciens des temps passés et surtout au Raven King, notamment dans des notes de bas de page citant les travaux des illustres prédécesseurs de Strange et Norrell. On y croit vraiment et on a envie d'en savoir plus.

Les "contre"
Jonathan Strange & Mr Norrell est long, long, long (mille pages dans mon édition).
Malgré le style très facile à lire et enlevé, j'ai commencé à désespérer quand j'ai constaté au bout d'une centaine de pages qu'il ne s'était encore rien passé. Pour vous donner une idée de la vitesse à laquelle l'auteur plante l'action, il me semble que le "méchant" de l'intrigue est indiqué comme tel page 450 environ.
En parallèle, j'ai commencé à trouver le style très répétitif. Les personnages têtes à claque, c'est très rigolo, mais pas pendant mille pages! De même, les notes de bas de page donnent du corps au contexte mythologique et historique, mais elles ne servent en général à rien en ce qui concerne l'intrigue à proprement parler, et il y a DEUX CENT notes de bas de page dans ce roman, qui durent parfois une page chacune!
En plus, bien que tout le monde parle de la Magie anglaise et du Raven King à longueur de temps, on n'apprend pratiquement rien. J'ai eu l'impression de me faire balader avec une carotte fort appétissante qui s'est volatilisée quand l'intrigue s'est résolue au quart de tour sur les cinq ou six derniers chapitres par je ne sais quelle intervention divine (enfin... magique).

Du coup, malgré les bons points, j'ai vraiment eu du mal à lire ce roman. D'ailleurs, je l'ai lu en diagonale à partir de la page 600... Je pense que j'aurais mieux fait d'attendre de voir la série que la BBC va en tirer avant de m'attaquer à ce gros pavé, qui me permet cependant de participer une quatrième fois au challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly.


Pour finir, une citation rigolote et très juste:
"[...] perhaps she did not hear them. For, though the room was silent, the silence of half a hundred cats is a peculiar thing, like fifty individual silences all piled one on top of another."

Allez donc voir ailleurs si ces magiciens y sont!
L'avis de Grominou, qui souligne bien les points forts du roman