mardi 21 avril 2026

"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" – En finir avec une sentence de mort (2022)

Chronique express!

Après "On ne peut plus rien dire" – Liberté d'expression: le grand détournement, j'ai lu un autre livre des éditions Anamosa qui tord le cou à une expression chère à l'extrême-droite et à la droite anti-immigration: "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde". Les auteurs sont Pierre Tevanian, philosophe, et Jean-Charles Stevens, expert juriste.

J'ai beaucoup plus apprécié cet ouvrage que le précédent, car il correspondait mieux à mes attentes. Chaque chapitre passe en revue une portion de la phrase pour décortiquer ce que les gens qui la prononcent veulent dire, sur quels ressorts ils s'appuient, à quels implicites ils font appel, et quelles conséquences une telle argumentation peut avoir, dans les faits, pour des tas de personnes. C'était très intéressant et tout à fait facile à lire. Le problème, comme toujours, c'est que j'oublie tout à la seconde où je le lis... Retenons-en tout de même que les études économiques sérieuses s'accordent à dire que les populations immigrées sont plutôt une source de revenus – et non de dépenses – pour les États d'accueil. Mais, au-delà de ça, ce dont on parle, ce sont des gens, pas juste des acteurs économiques à traiter en termes de dépenses et de recettes.

Autre détail à retenir: tant "on ne peut plus rien dire" et "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" exploitent le pronom "on" et le verbe "pouvoir" et jouent sur l'ambiguité de ces deux termes, ce qui n'est pas un hasard. Ce que ces gens veulent vraiment dire, c'est "vous ne me laissez pas dire ce que je veux sans me dire que c'est de la merde" et "je ne veux pas accueillir plus pauvre que moi". 😉

jeudi 16 avril 2026

Poil de Carotte (1894)

Chronique express!

Stupéfaction totale en lisant Poil de Carotte de Jules Renard, que j'ai trouvé dans l'entrée de mon immeuble: je croyais qu'il s'agissait d'un roman pour enfants sur un petit garçon turbulent mais amusant, et je me suis retrouvée avec une succession d'actes de maltraitance! 😱😱

Au fil de chapitres extrêmement courts, qui ne font souvent qu'une page, on voit en effet le quotidien épouvantable d'un enfant brimé par toute sa famille. Certaines piques peuvent prêter à sourire, mais d'autres situations sont simplement horribles. Par exemple, on l'oblige à achever les oiseaux ramenés vivants de la chasse même s'il ne le veut pas le faire (et ceux-ci se débattent pour ne pas mourir, évidemment), ou bien sa mère l'enferme sans pot de chambre la nuit et il n'a d'autre solution que de faire ses besoins par terre (et, le lendemain, elle l'affiche devant tout le monde en plaçant un pot de chambre sous le lit au dernier moment et en le traitant de malpropre 😱😱). Parfois, Poil de Carotte est lui aussi sournois ou affreux, mais on comprend mieux qu'il se comporte ainsi après de telles expériences... La notice bibliographique présente en fin d'ouvrage affirme que Jules Renard s'est inspiré de sa propre enfance. Sympa! 😵‍💫

Sur la forme, j'ai été étonnée aussi: outre que les chapitres sont minuscules, le récit prend parfois la forme de didascalies de théâtre avant de repasser au dialogue classique au sein d'une même conversation. C'est très étrange.

Fun fact: cette édition de 1996 était publiée par les éditions Carrefour (comme le supermarché, oui oui) et coûtait dix francs. Un vrai voyage dans le temps.

samedi 11 avril 2026

Les BD du premier trimestre 2026

Du point de vue graphique, 2026 a mal commencé: pas la moindre bande dessinée en janvier, ni en février. En mars, heureusement, j'ai réussi à lire quelques mangas.

J'espère lire plus de choses au deuxième trimestre. (Mais n'est-ce pas ce que nous disons toutes et tous, tout le temps? 😉)

Tokyo, ces jours-ci de Taiyô Matsumoto, traduit du japonais par Thibaud Desbief (2024-2025)

Une série complète en trois tomes qui suit un éditeur de manga après qu'il a démissionné de sa maison d'édition, ainsi que plusieurs autres éditeurs et plusieurs auteurs avec lesquels il interagit. C'est un aperçu intéressant du monde du manga, mais j'ai trouvé le dessin très moche et je n'ai pas tout suivi aux problèmes et aux pensées des personnages. Baroona en dit du bien, quoique brièvement.
Éditeur: Kana

Cats and Dragon de Amara (scénario), Izumi Sazaki (dessin) et Mai Okuma (character design), tomes 1 et 2, traduits du japonais par Aurélie Lafosse-Marin (2018)

Merci, Baroona, de m'avoir informée de l'existence de cette série qui réunit deux de mes animaux préférés dans un univers de fantasy médiévalisante très à mon goût! C'est mégamignon et je me suis régalée. Et dire que mon libraire personnel ne m'avait rien dit... 😱😱 Il y a douze tomes au Japon et le troisième sortira en France en mai. Je suis joie!
Éditeur: Doki Doki

lundi 6 avril 2026

La gamelle de mars 2026

Le mois de février m'a semblé passer à une vitesse particulièrement vertigineuse, et, dans mon bilan mensuel, je me suis longuement plainte, en gros, de "n'avoir eu le temps de rien".

En mars, les choses m'ont semblé plus normales. En fait, je "n'ai eu le temps de rien" non plus, mais ça m'a semblé la vie d'adulte habituelle. Et pourtant, j'ai fait encore moins de choses: de nouveau, je ne suis allée au cinéma qu'une fois (et pour un film que je n'ai que peu apprécié, en plus!), et, outre Cheval Magazine, j'ai lu une seule et unique revue, alors que j'en avais lu trois en février.

Qui sait pourquoi, les deux mois ne me dépriment pas de la même façon. 🤷‍♀️

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Is This Thing On? de Bradley Cooper (2025)

L'histoire d'un homme qui se met à faire du stand up alors qu'il navigue en pleine séparation n'a, en soi, rien pour m'attirer particulièrement. Mais ce film compte Laura Dern au casting, et j'adore Laura Dern. (Pour Jurassic Park, évidemment. Je suis un gros cliché, je sais.) Donc, j'ai fait l'effort.

Je n'ai pas du tout aimé la manière dont l'histoire est filmée, et je me suis sentie très éloignée des problèmes des personnages, qui sont parents et vivent avec une aisance financière immensément supérieure à la mienne. Mais pour en tirer tout de même du positif, je trouve qu'il saisit assez bien une forme de spontanéité imparfaite du monde. Pour qu'un couple rompe, il n'y a pas forcément besoin de grands discours; quelques phrases prononcées dans la salle de bain, en se regardant dans le miroir au lieu qu'en face à face, peuvent suffire. Et les bons moments entre amis ou amants, parfois, c'est juste mettre la table du petit déjeuner en fredonnant la même chanson. À noter également: le film met en scène l'extraordinaire Ciaran Hinds, que je n'avais pas vu depuis des lustres. 💞💞

Et le reste

J'ai récupéré pas mal de vieux numéros de La Croix Hebdo auprès d'une amie et j'ai lu celui des 11-12 decembre 2021, qui consacrait son dossier au lancement du télescope James Webb. Comme toujours, c'était très intéressant, très bien rédigé et très réconfortant tant ils mettent l'accent sur la culture, le savoir et le lien humain. 🥹

Tout à la fin du mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, qui était augmenté du programme officiel du Printemps des sports équestres. Les interviews se répètent un peu, à dire que c'est un rendez-vous incontournable de la quête d'excellence, mais ça donne envie. Diable, si j'avais du temps libre et/ou un pognon de fou (car le pognon, ça donne du temps libre...), j'irais passer une semaine tranquille à regarder du dressage à Fontainebleau!

mercredi 1 avril 2026

Noon. La première ou dernière (2023)

Il y a quelques mois, le roman Noon du Soleil noir de L. L. Kloetzer m'a mise dans un état second proche de l'hystérie et a donné lieu à de touchantes propositions de cadeaux, puisque pas moins de trois personnes m'ont proposé de m'offrir un ou plusieurs tomes de cette trilogie. 🤩🤩🤩 Me revoici aujourd'hui avec le deuxième tome, qui m'a été offert par notre Vert nationale.

BON BEIN SANS SURPRISES J’AI ADORÉ C’ÉTAIT TROP BIEN.

Voilà.

Pour développer tout de même un chouïa plus, je vous dirai plusieurs choses.

Déjà, j'adore ces histoires parce que c'est du sword and sorcery dans la plus pure définition du terme: il y a des épées, ici celle de Yors, garde du corps de son état, et il y a de la sorcellerie, ici celle de Noon. Moi, j'adore le sword and sorcery et ça me rend totalement zinzin, même si j'en ai lu très peu – seulement les histoires de Conan pour les grands classiques et, si on les classe dans cette catégorie, les romans des Drenaï de David Gemmell.

J'adore le monde du soleil noir dans lequel se balade Noon et j'adore le système de magie, qui est patator sans en faire trop et qui obéit à plein de règles internes plutôt subtiles.

En plus, j'adore le ton du roman. C'est Yors qui raconte, à la première personne, et il a pas mal de gouaille et d'humour, ainsi qu'un super rythme. C'est très vivant. En temps normal, je déteste les récits au présent. Ici, je ne me suis rendu compte que c'était au présent que vers la page 300 du deuxième tome. C'est dire si j'étais prise dedans au point de ne me rendre compte de rien. Il y a bien quelques structures de phrase que je trouve bancales de temps à autre, mais je pardonne tellement je m'éclate. Et ça aussi, c'est dire.

Enfin, ce tome tourne autour d'une course de chevaux, et les chevaux et leurs cavaliers sont des super stars. 😎😎😎😎😎😎

Pour le petit bémol, je dirais tout de même que ce tome tourne pas mal autour des intrigues politiques dans la cité de la Toge noire et que j'ai eu du mal à m'y retrouver, principalement parce que je ne retenais pas qui était qui – et ce malgré la petite liste de personnages classés par factions au début de l'ouvrage. Je suis d'ailleurs bien incapable de vous dire pourquoi le roman s'appelle La Première ou dernière, ni quelles étaient les motivations de la personne à l'origine de tous les ennuis de nos personnages (disparition d'un cheval en pleine course, mort suspecte de son cavalier, début d'épidémie, actions obscures de puissances magiques qu'on ne devrait JAMAIS faire intervenir 👀👀👀). Mais bon, je me suis éclatée pendant ma lecture et c'est le plus important!

Stupéfaction au moment où j'ai lu la présentation du troisième tome, que j'ai en ma possession grâce à notre Xapur national: l'intrigue ne correspond pas du tout à celle à laquelle on s'attend en lisant les derniers paragraphes de ce roman-ci! J'espère que ça veut dire qu'il y en aura un quatrième, même si le troisième est actuellement décrit comme le "dernier". 😱

Le petit truc en plus que je ne veux pas oublier: les romans qui m'ont été offerts contenaient tous le marque-page assorti et ce sont tous trois des merveilles, parce que les illustrations de Nicolas Fructus des couvertures et des pages sont des merveilles. Je suis joie, je suis bonheur, je suis hystérie collective. 🥹🥹🥹🥹

Allez donc voir ailleurs si cette chèvre aux cornes dissemblables y est!
L'avis de Lorhkan
L'avis de Xapur