lundi 6 juillet 2026

La gamelle de juin 2026

Ouhlàlà! Un bilan mensuel plus pauvre que jamais, dans cette gamelle!

Et ce n'est pas par manque de temps. De la semaine du 25 mai et jusqu'à la fin du mois de juin, j'ai eu très peu de travail. Je n'ai pas compté mes heures, mais ça m'étonnerait que j'aie eu plus d'une semaine d'équivalent temps plein effectivement rémunérée. Si le bilan est si maigre, c'est que j'ai orienté ce temps libre sur la lecture, ce qui m'a permis de lire huit livres en juin. HUIT!!! C'est merveilleux. Ça n'arrive jamais.

Lundi 29 juin, j'ai rebasculé d'un coup en mode surchauffe, et je regarde donc ce mois de lenteur avec beaucoup de nostalgie (même si j'en paierai les conséquences fin août-début septembre, quand la chute de revenus correspondante se fera sentir...).

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (1995)

Je n'ai guère accroché à ce manga culte: je n'ai pas bien suivi qui était qui et quels étaient les enjeux politiques, et je me suis plutôt ennuyée. Mais c'était bon pour ma culture, et je me suis dit plusieurs fois que les Wachowski l'avaient vu et que Matrix n'aurait pas été le Matrix que nous connaissons sans ce film. 🤭

Du côté des séries

Toujours rien.

Et le reste

 

J'ai lu le premier numéro de la revue poétique Text(ure), paru en septembre 2024 et portant sur le thème de la peau. Sans grandes surprises, je n'ai rien compris à l'écrasante majorité des poèmes proposés. Lol. La poésie moderne en vers libres ne me parle pas DU TOUT.

En fin de mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, qui proposait notamment un supplément sur les Championnats de France Poney et Club à Lamotte-Beuvron (💖💖💖), quelques exercices pour rester en forme si on ne monte pas l'été et même des jeux, type mots croisés et sudoku. 🌞⛱️

mercredi 1 juillet 2026

Le Premier Jour de paix (2023)

Après Dessous Cocanha, un petit livre de SF parlant d'inégalités avec une touche d'espoir, je me suis penchée sur le premier roman d'Elisa Beiram, Le Premier Jour de paix.

Illustration (trop belle!) de Thomas Dambreville 😍😍

Ici, point d'île merveilleuse, mais un homme qui construit un mausolée au bord de la mer et qui compte les habitants de moins en moins nombreux de son village. Dans cette première partie, on devine que le monde tel que nous le connaissons s'est complètement effondré et que la situation est très difficile, tant dans le vaste monde que dans ce village complètement isolé et ravagé par la violence. Pourtant, des "émissaires" se déplacent pour résoudre les conflits de manière pacifique, comme nous le verrons dans la deuxième partie.

Le Premier Jour de paix
m'a légèrement déstabilisée, car chacune des trois parties met en scène un personnage différent, ce que je n'avais pas compris en lisant la quatrième de couverture (et que j'avais oublié depuis que j'avais lu la chronique de Baroona, qui le dit très clairement 🙃). En outre, les liens entre ces trois personnages sont ténus – même si, au final, tout se rejoint. Ce qui est intéressant, c'est la double évolution que l'autrice nous présente: des exodes de masse et un réchauffement climatique épouvantable, mais qui ont finalement débouché sur des sociétés organisées différemment de la nôtre. C'est vraiment un pendule qui va de choses super anxiogènes à d'autres très encourageantes. Et on suit des personnages qui font de leur mieux pour œuvrer dans le bon sens, ce que j'adore.

Depuis plusieurs années, et de manière de plus en plus marquée, je suis exaspérée par les dystopies mettant en scène la catastrophe politique et environnementale avec un manque d'imagination désolant et, au contraire, ce que je soupçonne d'être une forte dose d'autosatisfaction. Tandis que je suis, dans le même temps, de plus en plus convaincue que la véritable originalité, la véritable vision, et la véritable preuve que l'on voit plus loin que le bout de son nez se trouvent chez les gens qui savent nous montrer un futur soit nuancé, comme ici, soit carrément désirable, comme Star Trek, Becky Chambers et Céline Minard...

Mon seul regret, c'est que j'ai lu ce roman, pourtant très court, de manière très découpée et que j'ai donc eu du mal à faire les liens. C'est seulement en revenant en arrière et en relisant des chapitres entiers (que j'avais, évidemment, intégralement oubliés en quelques jours) que j'ai mieux cerné le tout.

Anecdote rigolote: dans la bibliographie qu'elle propose en fin d'ouvrage, l'autrice cite "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" : En finir avec une sentence de mort de Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens, qui lui "a été conseillé par le libraire de l'Atalante (merci Mathieu!)" et qu'elle qualifie de "indispensable". Je me suis sentie à la pointe de la pensée intellectuelle, gauchiste, altermondialiste, antifasciste ou que sais-je. 😍😍

vendredi 26 juin 2026

Avant la forêt (2023)

En mai, Lloyd Cherry a reçu dans son podcast l'autrice Julia Colin, qui venait parler de sa dernière parution, Passer la brume. L'histoire m'a interpellée, car j'avais lu, à peine deux jours plus tôt, la chronique de Baroona de 11 h 02 le vent se lève de Sacha Bertrand et que les deux romans ont une situation de départ très similaire à celle de La brume l'emportera de Stéphane Arnier. L'autrice, de son côté, était suffisamment intéressante pour que je me penche sur son roman. Mon réseau de médiathèques n'ayant pas Passer la brume, je me suis rabattue sur son premier roman, Avant la forêt.

Couverture de Elena Vieillard.

Eh bien, c'est pas mal du tout, pour un premier roman. Je suis assez admirative.

L'histoire est celle d'Élie, un jeune garçon qui arrive dans une vallée isolée des Pyrénées avec sa famille. La société telle que nous la connaissons s'est en grande partie effondrée, et l'une des réussites du roman est justement de réussir à en présenter une évolution plausible et très complète, qui affecte tous les pans de la vie. L'ordre et le confort moderne sont sérieusement remis en question. Ce n'est pas non plus un monde ravagé par la guerre nucléaire, mais, bon, on préfère LARGEMENT ne pas y vivre.

Lorque la famille d'Élie arrive dans la vallée, elle a déjà fait Paris-Marseille (en grande partie à pied) et Marseille-Pyrénées (entièrement à pied) et elle espère trouver là un lieu de vie plus favorable à l'épanouissement de Calme, la presque-sœur d'Élie, qui a perdu ses parents à Lyon. La maison dans laquelle ils s'installent est en ruine, mais la vallée est bien organisée et en paix, ce qui est un avantage très intéressant. Élie rejoint la Milice, le groupe de jeunes du village qui assure toutes sortes de travaux d'intérêt général, tandis que Calme passe de plus en plus de temps dans la forêt.

C'est l'éloignement progressif entre eux que le roman raconte, et c'est très réussi.

Il y a donc le contexte quasiment post-apo du monde extérieur, qui est suffisamment plausible pour être un peu inquiétant, et cette opposition entre deux choix de mode de vie. Élie et Calme ont chacun leurs arguments, et on peut les comprendre tous deux, même si Calme est parfois exaspérante. Élie garde toujours son amour de presque-frère protecteur, mais on comprend aussi qu'il se rapproche des autres membres de la milice. Et il y a un petit quelque chose d'inquiétant dans la forêt également, même si on n'est pas du tout dans un roman de terreur.

J'ai certes trouvé quelques défauts à cette histoire, notamment la récurrence des regards qui expriment toutes sortes de sentiments – ahlàlà, s'il suffisait de regarder quelqu'un pour qu'il comprenne à la fois votre désespoir et votre colère! Dans le même temps, il y a, paradoxalement, un certain manque de communication. Comme souvent, plusieurs problèmes auraient pu être évités si les gens avaient parlé. Mais bon, c'est un truc assez classique. Enfin, je trouve les parents d'Élie peu présents et en retrait. D'un côté, on voit bien qu'ils sont à la fois épuisés et dépassés par les évènements, et le mécanisme par lequel l'enfant devient progressivement un pilier – voire le pilier – de la famille parce qu'il est davantage en phase avec son temps que ses parents est bien décrit. Mais, bon, on peut s'étonner qu'ils ne s'étonnent pas davantage, eux, que Calme disparaisse dans la forêt durant des heures, puis des jours.

Ces défauts, toutefois, ne ternissent que peu l'ensemble et j'ai dévoré les 375 pages du roman en trois jours, ce qui est quand même assez rare. J'ai apprécié la fin, qui n'est pas un happy end naïf, et je suis convaincue par l'autrice. Passer la brume étant, depuis, arrivé dans le catalogue de ma médiathèque, je le lirai bientôt! 😊

dimanche 21 juin 2026

Tovaangar (2025)

Dans une autre vie, j'ai lu – et beaucoup apprécié – Faillir être flingué de Céline Minard. Je l'ai lu dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque, où il m'a été présenté comme "un western, mais bien écrit", et ce petit "mais", qui ne m'a aucunement interpellée à l'époque, me permet de prendre conscience du chemin parcouru depuis. Aujourd'hui, je dirais que c'est un western ET que c'est bien écrit. :D

Mon avis de l'époque n'étant plus en ligne, je vous propose de le lire ici:

Céline Minard : Faillir être flingué
(avis d’Alice)
Faillir être flingué : un titre brillant pour un livre western très bien maîtrisé et travaillé. Céline Minard réalise un beau travail de rédaction en nous proposant une plume soignée et originale, très riche et en même temps très facile à lire. C’est le bonheur pour un lecteur exigeant. Si, en plus, vous aimez les histoires de durs à cuire perdus avec leur cheval au milieu de la prairie, ce livre est fait pour vous (l’histoire ayant déjà été détaillée sur ce blog, je ne répèterai pas de quoi il s’agit). Seul bémol : les personnages étant nombreux, je me suis parfois emmêlée les pinceaux, oubliant par exemple pourquoi telle personne en était arrivée là où elle était avec le bien d’un autre… Mais c’est un problème secondaire, que de futurs lecteurs avisés résoudront facilement en étant plus attentifs que moi.
Michel Dufranne, chroniqueur de la RTBF, a qualifié Céline Minard de « cheval de Troie du mauvais genre dans la bonne littérature » dans une émission littéraire à découvrir absolument, Livrés à domicile.

Du coup, quand mon beau-père a dit le plus grand bien de Tovaangar de la même autrice et a prêté le roman à mon copain, j'ai ouvert grand les oreilles et j'ai mis le roman dans MA pile à lire. 👀👀 Puis j'ai profité d'une période peu chargée professionnellement pour le lire. C'est bien le seul avantage de sombrer dans l'inactivité: j'ai eu le temps de lire L'Homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk et Tovaangar sur des périodes de travail, sans attendre les vacances...

Bon, Tovaangar est un putain de roman, il faut absolument que vous le lisiez, mais ça n'est pas facile d'expliquer pourquoi parce que c'est SUPER particulier.

En gros, on accompagne un petit groupe de personnages partis "en Expé": ils en suivent un autre à travers différents paysages, qui correspondent (et je ne divulgâche rien, car c'est précisé en quatrième de couverture) à la région de l'actuelle Los Angeles, ou plus précisément au bassin versant de l'actuel fleuve Los Angeles, ici nommé Paayme Paxxayt – son nom dans la langue des Tongva, le peuple qui vivait là avant l'arrivée des Espagnols.

Leur périple est l'occasion de rencontrer d'autres peuples et cultures.

Et tout est merveilleux, inédit, frais, riche, foisonnant, fascinant. C'est complètement dingo. Les traces de notre monde à nous sont toujours là, car la culture "Extracte" a durablement marqué la terre. Mais la vie a continué après un changement radical et les cultures sont complètement différentes. Dans notre groupe d'Expés, il y a d'ailleurs une Auboisière, que j'ai identifiée comme une humaine, mais aussi une Dronote, dont le nom me semble assez transparent, et un Gros-Cerveau, que j'ai identifié comme [divulgâcheur] un orang-outan, mais je peux me tromper :D [fin du divulgâcheur]. On rencontre d'autres humains ou humanoïdes, mais aussi des tas d'animaux non humains qui ont tous leur manière de penser et d'agir. Je donnerais une mention spéciale aux Racoons qui se bagarrent et aux Troutes qui remontent la rivière, mais TOUT est génial.

Comme vous avez peut-être commencé à le remarquer en lisant le paragraphe ci-dessus, Céline Minard fait un usage très particulier de la langue – et c'est là que le roman prend une dimension complètement extraordinaire. L'évolution du langage porte le monde, et le monde porte l'évolution du langage. J'avais lu Traduire au futur d'Alice Ray peu de temps avant, et Alice Ray évoque la langue des personnages du futur lointain dans Cartographie des nuages de David Mitchell. Ici, on est un peu sur le même type d'évolution, mais en plus compréhensible tout de même. La langue des personnages est remplie de notions familières. Néanmoins, tout est différent. Il y a de l'anglais, du latin, du tongva, peut-être un peu d'espagnol. La quatrième de couverture parle d'un "nouveau langage dont on devine qu'il est pour l'autrice une subtile déconstruction du nôtre", d'une "écriture à la croisée des genres et à l'ampleur inégalée" et d'une "aventure littéraire inouïe" et je suis on ne peut plus d'accord. C'est complètement dingo.

Alors, attention, ça demande aussi pas mal de concentration et d'attention. Mon beau-père nous l'avait dit, d'ailleurs. Il faut "rentrer dedans". Comme toute la narration extérieure à la troisième personne utilise cette langue nouvelle, on est constamment dedans. Il faut pratiquement intégrer une nouvelle manière de décrire le monde. Mais qu'est-ce que ça en vaut la peine.

Cerise sur le gâteau: dans ce monde qui renaît sur les traces de l'ancien, dans ce roman qui relève presque du post-apo, il n'y a aucune noirceur, mais au contraire des cultures qui ont adopté un mode de vie plus respectueux et qui vivent, autant que possible, en bonne entente et en cherchant des solutions communes. Putain. Mais quel bonheur. Attention: les carnivores restent carnivores et les herbivores restent herbivores (enfin, "légumistes" – j'ai adoré ce terme 🤣🤣) et une chaîne alimentaire reposant sur la prédation demeure donc en place. Mais, dans l'ensemble, on a affaire à des sociétés apaisées et plus lumineuses. Quelle merveille.

J'ai lu L'Homme qui savait la langue des serpents et Tovaangar à deux semaines d'intervalle environ et je suis à peu près certaine que c'était là l'apogée de mon année. Je place Tovaangar encore plus haut en raison de la démarche stylistique, mais les deux romans sont fous.

En mai, Céline Minard a reçu le Prix SGDL-Yves et Ada Rémy des littératures de l'imaginaire pour ce roman et c'est mille fois mérité. Je suis absolument enchantée, et je m'en vais réécouter les épisodes de son passage dans l'excellent podcast Bookmakers d'Arte Radio.

mardi 16 juin 2026

Walabi (2025)

Il y a quelques semaines, en remontant dans mes newsletters non lues, j'ai découvert grâce à l'Association végétarienne de France que le prix Maya, qui récompense un ouvrage à l'engagement animaliste fort, avait été décerné à un roman intitulé Walabi, écrit par Antoine Philias et publié par les éditions Asphalte. Et, surtout, que ce roman parlait des wallabys de la forêt de Rambouillet.

Par tous les dieux de tous les panthéons,
peut-on discuter du degré de mignonnerie de cette couverture?!? 😍😍
Crédit: Storme Kovacs / Pixabay

Bien entendu, j'ai sauté dessus. Je suis allée au lycée à Rambouillet et j'avais une amie très proche qui habitait à Émancé, LE village dont sont originaires les wallabys dont il est question, et je sais donc depuis très longtemps qu'il y a des kangourous en forêt de Rambouillet – et que, en fait, ce ne sont pas des kangourous, mais des wallabys, même si, à l'époque, on disait toutes "kangourous".

C'est vraiment vrai, hein. Je crois même en avoir vu un, un soir, mais dans le noir, et mal. L'histoire est très classique: il y avait une sorte de parc animalier à Émancé, qui présentait au public des wallabys (entre autres espèces), et certains d'entre eux se sont échappés. Vous vous doutez bien qu'il n'y a plus de grands prédateurs en forêt de Rambouillet, vu qu'on les a tous tués depuis des lustres, et, pour je ne sais quelle raison, le wallaby n'est pas sur la liste des espèces chassables et les chasseurs les ont laissés tranquilles. Du coup, le seul danger auxquels ils étaient confrontés, c'était les accidents de la route. Ils se sont donc reproduits et multipliés. Ces dernières années, hélas, ils semblent disparaître... 😭😭😭😭

Dans ce roman, Antoine Phillias donne la parole à un wallaby, qui raconte l'histoire de ses ancêtres, depuis leur vie en liberté en Australie jusqu'aux différentes étapes de leur transfert en Europe et en France en particulier, tout en évoquant des myriades d'histoires d'animaux en captivité. C'est bien écrit et ça se lit tout seul; couplé au fait que le livre est très peu épais – un peu plus de cent pages – et que les chapitres sont courts, je l'ai lu en un aller-retour train-métro entre ma banlieue et Paris (y compris, à l'aller, dans un train en provenance de Rambouillet 🤣🤣). J'ai vraiment bien aimé et j'aurais continué plus longtemps avec notre narrateur wallaby, si j'avais pu. J'ai aussi apprécié que les humains soient tous considérés comme un danger, peuples premiers compris: on n'est pas du tout sur l'idée que l'humain vivait "en harmonie avec la nature" avant l'arrivée des Occidentaux ou l'essor de la société moderne (idée qui est, à mon humble avis, un mythe, mais je n'ai jamais creusé le sujet!).

Ce qui m'a un peu chiffonnée, c'est que toutes les histoires d'animaux en captivité sont éminemment tragiques et donnent l'impression d'un livre assez revendicateur et politique, avec un animalisme relativement bas du front. Je doute que quelqu'un qui n'a pas déjà cheminé sur le sujet repense son rapport aux animaux en lisant quelque chose d'aussi frontal – même si on est largement au-dessus du genre de messages ultra primaires qui m'ont traumatisée du temps où j'étais sur Twitter, hein.

D'un autre côté, difficile de présenter avec délicatesse les déboires de ces pauvres wallabys ou tous ces destins affreux d'animaux mis en boîte et exposés sans aucun regard pour leur bien-être... Au fil de la journée, mon curseur de colère personnel est monté encore un peu plus loin; j'ai presque regretté d'avoir donné des sous au WWF au vu de ses "partenaires" listés ici; je me suis dit que la Reloue serait peut-être mieux sans moi, tranquille dans les bois (bon, en fait, non 😹😹); je doute que je remettrai jamais le pied dans un parc ou un zoo, même si l'occasion devait se présenter. L'égoïsme crasse des gens vis-à-vis des non humains m'angoisse moins, sur le plan personnel, que la catastrophe climatique et que le tsunami de l'IA, mais il y a vraiment de quoi cramer des tas de gens. Je suis enchantée que ce livre ait reçu le prix Maya et que l'AVF l'ait mis sur mon radar, et je suis enchantée que l'une des médiathèques de mon réseau l'ait acheté. J'espère qu'il sera beaucoup emprunté.

jeudi 11 juin 2026

Anatomie comparée des espèces imaginaires (2019)

Chronique express!

Je suis tombée sur ce petit ouvrage de vulgarisation scientifique grâce à la chronique de TMbM, qui était tellement enthousiasmante que je me suis hâtée de l'emprunter en bibliothèque (l'ouvrage, pas la chronique... 🤭). Quelle pépite! Chaque chapitre étudie un personnage ou une créature de fiction et essaye de proposer des explications rationnelles à ses caractéristiques physiques et/ou ses super pouvoirs, notamment en faisant de nombreux parallèles avec des animaux existant réellement. Par exemple, on se demande comment le dragon peut cracher du feu et comment Totoro peut voler. Le texte de Jean-Sébastien Steyer se lit tout seul et est très clair, et les planches d'Arnaud Rafaelian introduisant chaque chapitre sont superbes. J'ai juste adoré. C'est un régal tout particulier lorsqu'on aime l'imaginaire et la pop culture, mais ça serait franchement à mettre entre toutes les mains tellement la démarche est intéressante! On félicite la maison d'édition, Le Cavalier Bleu!

Précision: l'ouvrage est sorti en 2019, mais j'ai lu la version mise à jour en 2022 et il en existe une troisième encore plus récente, parue en 2026.

samedi 6 juin 2026

L'Homme qui savait la langue des serpents (2007)

Je l'avais repéré il y a mille ans et il est enfin arrivé entre mes mains: L'Homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk, traduit de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier!! 🤩🤩

C'est une petite brique, une sorte de "poche grand format" d'un peu moins de 500 pages. Je l'ai sorti de ma pile à lire un jour où, par miracle, j'avais une ou deux semaines assez tranquilles devant moi: aucune sortie sociale prévue, pas un travail monstre, pas de rendez-vous. La possibilité, donc, de lire plus que d'habitude.

J'ai adoré.

Je suis rentrée dans ce roman dès le premier chapitre, et avec une facilité assez déconcertante au regard de la particularité du monde qui nous est présenté. Nous sommes dans l'Estonie du XIIIe siècle, plus précisément dans la forêt, où les gens élèvent et traient des louves et où les femmes sont tout à fait susceptibles de prendre un ours pour amant. Étonnant, certes, mais présenté avec un tel talent que tout semble normal. Bon, ok, j'avoue que je me suis demandé si j'avais bien lu, la première fois que j'ai lu le mot "loup". Mais à part ça, tout allait de soi.

Le narrateur nous annonce dès la première phrase du livre qu'"il n'y a plus personne dans la forêt", et nous savons donc d'emblée que son récit sera, a priori, celui d'un dépeuplement. Car les Estoniens abandonnent de plus en plus la forêt pour adopter le mode de vie du village, centré sur l'agriculture et tourné vers la culture des "hommes de fer" venus des mers pour conquérir le pays. Les deux modes de vie diffèrent radicalement, et le narrateur, Leemet, déteste et méprise les villageois, qui mangent du pain plutôt que de la viande et qui ne parlent pas la langue des serpents. Lui, il la connaît très bien, grâce à son oncle qui la lui a enseignée, et la première partie du roman est donc le récit de son enfance dans la forêt avec un ami humain et un ami serpent, Ints (personnage génial!!), et avec les drôles de personnages qu'on y trouve: un ours transi d'amour, des anthropopithèques qui élèvent des poux (oui!), un ivrogne, une sorte de chamane très allumé, etc.

La galerie de personnages est l'une des forces du roman, de même que son humour et que sa vision douce-amère de l'existence. Là comme ça, on pourrait imaginer une opposition très binaire entre l'ancien monde païen et proche de la nature et le nouveau monde en voie de christianisation et d'"intolérancisation" (coucou, Marion Zimmer Bradley!). Mais c'est beaucoup plus compliqué en réalité, car l'ancien monde abrite aussi son lot d'extrémistes et d'intolérants... Le roman est plus antireligion de manière générale que antimonothéïsme en particulier. La postface du traducteur est également très intéressante pour éclairer la manière dont l'auteur critique un certain discours national et nationaliste en Estonie.

Sur le plan stylistique, ça se lit tout seul. Hélas pour moi, je ne lis pas l'estonien. Je ne peux donc pas juger du travail d'Andrus Kivirähk. Mais tel que son roman est rendu par Jean-Pierre Minaudier, c'est un régal et ça se lit tout seul, même si j'ai regardé avec étonnement quelques expressions désuètes ou originales, qui me semblaient un peu étranges. Mais, de manière générale, le ton est très bien trouvé.

J'ai un peu déchanté durant les cent dernières pages environ. J'ai continué à lire à toute vitesse, et j'ai même tenu sans dormir jusqu'à 23 h 30 pour le terminer (exploit!!), mais putain qu'est-ce qu'on s'en prend plein la tronche. Même si on a très bien compris, depuis le début, que le narrateur nous raconte la fin d'un monde, je n'étais pas prête. 🙁🙁🙁🙁😭😭😭😭 Le temps qui passe, la violence idiote... Gros trauma!!!

Et pourtant, même cette fin, qui n'est pas du tout celle que j'aurais choisie, a une force qui lui est propre et porte un roman qui est décidément marquant et hors du commun. Il est bien parti pour être sur le podium de cette année!!!

Seul regret: je me suis empressée de réécouter les trois épisodes d'interview de l'éditeur français, Frédéric Martin, fondateur du Tripode. Hélas, ce merveilleux roman est tout juste évoqué. Le monsieur parle surtout de L'Art de la joie de Goliarda Sapienza, que j'ai lu suite à ce podcast et que j'ai détesté... 😂😂 

Allez donc voir ailleurs si on y parle la langue des serpents!
L'avis de Baroona
L'avis de Zoé prend la plume

lundi 1 juin 2026

La gamelle de mai 2026

Comme d'habitude, on fait le bilan du mois écoulé!

Enfin une bonne nouvelle pour le cinéma: j'ai fait non pas une séance, mais deux! 

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Burning Ambition de Malcolm Venville (2026)

Malgré une affiche qui m'a tout l'air d'être générée par IA et quelques exagérations typiques des hagiographies (on dirait presque qu'ils ont pulvérisé le Rideau de fer à eux tout seuls 😂😂), ce documentaire sur Iron Maiden est très intéressant et très stimulant. Il retrace l'histoire du groupe et la place de sa musique dans l'histoire du rock/métal, et il donne la parole non seulement aux membres, mais aussi à des fans. Certains sont eux aussi des stars de la musique, d'autres sont juste des gens normaux. Le tout en musique, et avec Eddie bien sûr! Et en évoquant le fait que leurs chansons racontent toujours une histoire! 😍😍 En bref, Iron Maiden, ce sont vraiment les meilleurs! Si les places de concert étaient accessibles, j'aurais pris une place pour leur passage à Paris en juin dans la foulée. Je me demande juste pourquoi on n'entend pas Fear of the Dark, qui est quand même LE tube de leur carrière. Comme il n'y a aucune chanson de l'album homonyme, je me suis demandé si c'était une question de droits. 🤷‍♂️

Michael de Antoine Fuqua (2026)

Un biopic musical assez sympathique, parce que, bon, on ne pas pas se mentir: Michael Jackson était très très bon. Entre les Jackson 5 et ses chansons en solo, on a envie de chanter et de danser la moitié du temps, et, bien sûr, on est partis pour fredonner plusieurs jours. Et puis, il y a un alpaga, donc voilà. 🦙 D'un autre côté, le film est assez balisé, et, à part une critique frontale du personnage du père, il s'attarde assez peu sur quoi que ce soit.
Mon blog (merci à lui!) m'informe que j'ai déjà vu trois films de ce réalisateur: La Rage au ventre en 2015, Les Sept Mercenaires en 2016 et Equalizer 2 en 2018. Nan mais WHO KNEW!!!!! 🤯🤯🤯

Du côté des séries

Toujours rien. C'est tragique. 😭

Et le reste

 

En début de mois, j'ai lu le Cheval Magazine de mai, qui était arrivé trop tard pour que je le lise fin avril.

Ensuite, j'ai lu avec grand plaisir le Bifrost numéro 121, sorti en janvier dernier. Bon, on ne peut pas dire que les nouvelles m'aient emballée. Mais, de toute façon, elles ne m'emballent jamais; j'ai toujours l'impression qu'il y a un gros implicite qui m'échappe. En revanche, j'ai lu les avis sur les parutions du moment avec avidité, et l'interview fleuve de Jo Walton était passionnante. Cette autrice fait partie des gens qui réussissent à être sur tous les fronts. J'aimerais savoir comment ils font...

En parallèle, j'ai aussi (re)lu un vieux numéro de La Croix L'Hebdo consacré aux animaux, celui des 9-10 juillet 2022. À l'époque, j'avais lu sensiblement tous les articles grâce à mon amie abonnée, qui me les avait envoyés par email. Pour moi, bien sûr, ce dossier ne va pas assez loin: aucun animaliste n'est interviewé et l'exploitation des animaux n'est pas remise en question. Mais il n'en est pas moins passionnant, car il met bien en lumière la manière dont les animaux (non humains) enrichissent notre vie sur un plan très, eh bien, humain, justement, ainsi que la manière dont nos relations avec eux évoluent. Je l'ai dévoré avec autant d'enthousiasme qu'une portion de tofu Taifun (les meilleurs tofus, si jamais vous n'avez pas encore goûté!).

En fin de mois, j'ai lu le Cheval Magazine de juin et j'ai feuilleté le hors-série de juin-juillet – qui est en réalité un recueil de tests produits, de pages d'inspiration shopping et de vieux articles sur une catégorie de produits ou sur une entreprise, c'est-à-dire, en bref, un catalogue. Et c'est vendu 8,40€. Je suis assez indignée.

mercredi 27 mai 2026

Dessous Cocanha (2025)

Après deux tentatives ratées – du genre "je lis deux pages le soir, je ne comprends rien tellement je dors sur place et je mets le bouquin de côté comme si c'était lui qui était difficile à comprendre" –, j'ai enfin plongé dans ce très court roman d'Elisa Beiram, Dessous Cocanha, que j'ai reçu en cadeau à Noël. Et cette fois, ça a été la bonne: j'ai beaucoup aimé.

L'histoire est celle d'un habitant de Cocanha, une île luxuriante où tout est disponible en abondance. Une nuit, on ne sait comment, il se réveille dans une version alternative de son lit, de sa maison et de son île: une version sombre et froide, peuplée de personnages bizarres, tel un hommerlu – un homme à tête de poisson. Passée la répugnance du début, il va se lier d'amitié avec cet hommerlu et essayer de comprendre comment ces deux mondes sont liés.

Le roman brille par une certaine forme d'originalité reposant à la fois sur l'univers et sur la manière dont il est nommé. En soi, j'imagine que l'existence de deux mondes "miroir", l'un riche et l'autre pauvre, a déjà été racontée. Mais, ici, le monde Dessous est très chouette à cause de la créativité linguistique et de certains éléments décalés. J'ai déjà cité l'hommerlu (homme + merlu), mais il y a aussi une femmelotte (femmelette + lotte), par exemple. Et pour les éléments décalés, citons un fantôme en chaussettes et [divulgâcheur] un bouchon. 🤭 Ces éléments donnent un ton assez léger et amusant par moments, mais l'ensemble est aussi très humain et touchant, car on parle bel et bien d'une île Dessous où les maladies sont incurables et où il n'existe nul espoir... 🙁

J'ai été suffisamment convaincue par ce texte court pour jeter un œil au reste de la bibliographie de l'autrice. Il s'avère que son roman Le Premier jour de paix me tente beaucoup, comme je l'avais déjà pensé lorsque notre Baroona national l'a chroniqué l'année dernière. J'ai donc décidé de le lire. Et ça tombe bien, mon réseau de médiathèques l'a!!! J'ai donc décidé de le réserver. Et... je n'ai pas pu. Car j'avais atteint mon quota de réservations, vu que je passe mon temps à réserver les bandes dessinées dont Baroona nous parle dans ses bulles de feu. 😂😂😂 Mais ça viendra bientôt!

vendredi 22 mai 2026

Le Drapeau noir (1937)

Grande émotion aujourd'hui! Je viens vous parler du quatorzième tome de la saga des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, Le Drapeau noir. Un roman qui se distingue de deux façons.

Premièrement, il marque la moitié du cycle littéraire, qui compte vingt-sept romans. Avant, j'en avais lu treize et il m'en restait quatorze. Maintenant, j'en ai lu quatorze et il m'en reste treize. J'ai plus de lecture derrière moi que devant moi. 🥹🥹 La chose est d'autant plus visible que ce tome est le dernier du deuxième recueil de la collection Bouquins. J'ai lu les deux premiers volumes; il m'en reste deux.

Deuxièmement, il constitue un point de bascule majeur pour les intrigues et les personnages (et Bouquins a d'ailleurs bien fait de le placer en fin de volume de cette manière). Nous la voyons venir depuis le premier paragraphe du premier roman; elle planait sur toutes les décisions politiques, économiques et stratégiques. Ça y est. Cette fois, il n'est plus permis d'espérer. Elle est là. LA GUERRE.

J'avais émis de nombreuses suppositions au sujet du titre de ce tome. J'imaginais que le drapeau noir représenterait justement la guerre, la mort provoquée par la guerre, ou je ne sais quel groupe anarchiste. Mais pas du tout. Il s'agit de l'ennui. L'ennui morne et profond, qui éclate aux yeux de Jallez alors qu'il traverse la Manche. Surprise.

Le roman est strucuré comme les autres, avec plein de personnages différents au gré des chapitres. Les plus importants sont ici mes très chers Jallez et Jerphanion, qui se retrouvent après une séparation. Jallez fait du journalisme; Jerphanion se marie. On voit aussi beaucoup Mionnet, l'abbé que Poincaré et Gurau ont envoyé espionner et comploter à Rome dans le tome précédent, opportunément nommé Mission à Rome. On retrouve un petit peu Germaine Baader et Marie de Champcenais, et on en apprend des belles sur le mari de cette dernière. On a enfin des nouvelles de Quinette, l'affreux relieur des deux premiers tomes, qui avait disparu dans la nature depuis des années. Comme je lis les titres des romans et des chapitres à l'avance, j'attendais ce chapitre, intitulé "Qu'est donc devenu Quinette?", avec une certaine impatience. 🤭🤭 On fait également la recontre d'un "petit professeur aux pommettes Kalmouk" qui se présente sous le nom de Lénine (J'EN ÉTAIS SÛRE)...

... Et puis vient un chapitre magistral au titre non moins magistral:

"Tourbillon de feuilles avant l'orage"

Un chapitre dingo, qui met en scène au moins dix personnages, tous pris dans quelques moments anodins ou tragiques de leur vie – par exemple, le chien Macaire qui court la chienne, ou un homme dont je n'avais aucun souvenir qui agonise sur son lit. Quelques paragraphes à peine pour chacun. C'est un tourbillon, en effet. Ce sont des instantanées d'un monde qui n'existera plus dans un instant. 

Car le chapitre suivant, que j'avais repéré depuis mille ans, porte un autre titre magistral:

"Assassinat, au loin, d'un archiduc"

Vous savez quel assassinat. Vous savez quel archiduc. Vous savez dans quelle ville dans quelle partie d'Europe. Si jamais on n'y avait pas pensé, la couverture choisie par Bouquins nous aurait éclairés, d'ailleurs. ÇA Y EST. ON Y EST. Mionnet va encore parler de la politique romaine dans une lettre destinée à Poincaré, et Maykozen va encore énoncer ses arguments comme il le peut chez Guillaume II pour sauver la paix en Europe, mais ÇA Y EST, l'attentat a eu lieu, et Gurau voit l'ambiance changer dans les rues de Paris dans l'avant-dernier chapitre, qui porte le titre é-pou-van-ta-ble de:

"Entrée dans l'Histoire"

😭😭😭😭😭

Outre que pour le titre du roman, je m'étais bâti toute une vision au sujet du titre du tout dernier chapitre, intitulé "Présentation de la France en juillet 14". Je m'attendais à un défilé militaire majeur. Mais pas du tout: c'est une présentation géographique, morale et historique de la France. Et, pour le coup, je l'ai trouvé aussi alambiquée que fumeuse, comme si on pouvait résumer les traits moraux d'un peuple en fonction de sa localisation. Et pourtant, les deux dernières pages réussissent, en un tour de main, à nous ramener à l'insensé de cette guerre imminente et au caractère ô combien précieux de ce continent européen qui sera bientôt à feu et à sang (une déclaration d'amour qui marque d'autant plus que le roman est sorti en 1937, époque à laquelle Jules Romains, à mon humble avis, voyait très bien venir une autre guerre). Et le tout dernier paragraphe, une phrase unique, est aussi prenant que désolant.

😭😭😭😭😭

La prochaine fois, je changerai d'intégrale et de couverture et je lirai un des deux tomes que je redoute depuis le début: Prélude à Verdun.

dimanche 17 mai 2026

Traduire au futur. Quand la traductologie rencontre la science-fiction (2026)

En début d'année, j'ai eu l'occasion de parler du métier de traducteur avec plusieurs confrères et consœurs, dont Alice Ray, traductrice dans l'imaginaire et chercheuse à l'université. C'était un contact court, mais elle avait l'air super sympa et dotée d'un gros cerveau – comme les autres intervenants d'ailleurs, à tel point que je suis sortie de là dans un état d'enthousiasme pour mon métier et d'euphorie générale assez avancé. 🤭

Et voilà qu'à peine quelques jours plus tard, j'apprends qu'elle a une publication prévue au Bélial', dans la collection Parallaxe. Et une publication de tra-duc-to-lo-gie, s'il vous plaît! Dingo!

 

Donc, j'ai lu le livre, évidemment.

Et c'était trop bien.

Après une présentation de la traduction en général et des stratégies dont dispose le traducteur, l'ouvrage explore les particularités de la traduction de SF. Par exemple, la terminologie inventée. Non seulement il faut parfois se familiariser avec des concepts scientifiques pointus, mais il faut adapter des néologismes désignant des choses qui n'existent pas! Et qui, dans certains cas, feront autorité et entreront dans le grand panorama de la SF. Une autre partie parle des ouvrages qui mettent en scène une évolution de la langue elle-même, par exemple à cause du passage du temps. C'est un vrai casse-tête à traduire et je suis absolument ravie de ne pas avoir eu ce genre de cas dans mon parcours! 🤣

Alice Ray donne des exemples précis, en comparant la source et la traduction proposée en France. Toutes les œuvres étudiées ici sont anglophones, en partie parce que le domaine est complètement dominé par les anglo-saxons et en partie par praticité. Il y aurait évidemment un autre volume à écrire pour étudier la démarche de traducteurs travaillant avec d'autres paires de langues!

Le tout se lit tout seul. C'est tout simplement ultra limpide. J'ai adoré.

Pour la petite histoire: l'autrice évoque L'Histoire de ta vie de Ted Chiang et je venais justement de le lire! 🤭

Pour aller plus loin
Le site d'Alice Ray

Autres ouvrages de la collection Parallaxe déjà chroniqués sur ce blog
Comment parler à un alien (2018)

mardi 12 mai 2026

Stories of Your Life and Others (2002)

Un beau jour de printemps, j'ai pu traîner un peu dans ma médiathèque et me balader dans les rayons au lieu de récupérer ma réservation et de ressortir aussitôt. Et dans le rayon des livres en anglais, j'ai vu du Ted Chiang, l'auteur de la nouvelle qui a donné le superbe Premier contact de Dennis Villeneuve. Bien entendu, j'ai sauté dessus!
 

Couverture de l'édition Penguin Random House. 

Malheureusement, cette lecture a été assez laborieuse.

Tower of Babylon (1990)
Le premier texte suit le parcours d'un groupe de mineurs envoyés à la tour de Babel. Leur mission: monter au sommet de la tour, qui est devenue si haute qu'elle atteint le ciel, et commencer à miner ledit ciel. Oui, miner, comme dans la pierre. C'était une bonne entrée en matière, et j'ai bien aimé la réflexion sur l'organisation de la vie dans une tour si haute que le sol est à un jour, deux jours, trois jours, puis des dizaines de jours de voyage. En revanche, j'ai deviné la fin.

Understand (1991)
Là, j'ai commencé à ramer. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à l'histoire du protagoniste, qui devient suprêmement intelligent pour jenesaisplus quelle raison. C'était un peu Des Fleurs pour Algernon, mais sans aucune émotion – et en nettement moins clair pour moi.

Division by Zero (1991)
Là, je n'ai rien compris. Deux types de récit s'entrecroisent; l'un est mathématique, l'autre est relationnel. Je n'ai rien compris à la partie mathématique, et je n'ai pas bien compris la partie relationnelle. [Divulgâcheur] À la fin, le mec n'ose pas annoncer à sa petite amie qu'il veut la quitter? [Fin du divulgâcheur]

Story of Your Life (1998)
Hmm, grosse déception. J'ai trouvé la démarche linguistique trop facile (encore plus que dans le film!). Mais, surtout, la protagoniste s'adresse à sa fille, et cette omniprésence de son statut de mère m'a exaspérée. Il y a de l'émotion, ok. Mais je ne supporte pas qu'on réduise une femme à son rôle de mère. Pour jenesais quelle raison, je tolère nettement mieux le cliché de la femme sexy que celui de la femme mère. Du coup, le texte ne m'a rien fait; j'avais juste envie qu'elle arrête de chouiner au sujet de sa fille. Quant au jeu avec les temps verbaux, il pourrait quand même pas mal s'expliquer par un récit oral utilisant le présent pour être plus vivant, donc ça ne m'a pas non plus incroyablement emballée...

Seventy-Two Letters (2000)
Ici aussi, je n'ai pas tout compris à la partie technique de l'intrigue, mais le concept d'animer les objets par des lettres m'a amusée. La fin m'a semblé un peu bancale, en revanche. 

The Evolution of Human Science (2000)
J'écris ce billet environ deux semaines après avoir terminé le recueil, donc environ trois semaines après avoir lu ce texte en particulier, et je n'en ai aucun souvenir. Même le résumé de Wikipédia ne me dit rien.

Hell Is the Absence of God (2001)
Ah, là, on est remontés! Le texte nous donne à voir un monde où Dieu et les anges existent réellement. De temps en temps, un ange se manifeste. Ça peut être super pour certains, par exemple parce qu'ils sont guéris d'une maladie grave. Mais ça peut aussi provoquer des morts. Car le passage d'un ange est un phénomène physique majeur, genre séisme ou tsunami. Ça m'a bien fait rigoler.

Liking What You See: A Documentary (2002)
J'ai également bien aimé ce texte, qui rassemble les réactions de nombreuses personnes au sujet d'une technique permettant d'éliminer notre perception de la beauté des visages humains. Certains affirment que c'est le seul moyen de dépasser les biais liés à notre perception du physique. D'autres crient à la dictature morale. D'autres encore essayent pour voir. C'était bien mené et ça oblige le lecteur à se poser plein de questions, lui aussi.
Je me suis bien sûr demandé si Ken Liu a eu l'idée du titre et de la structure "en documentaire" de The Man Who Ended History: A Documentary ici. Liking What You See a plus de dix ans de plus, donc, si influence il y a eu, c'est Ted Chiang qui a influencé Ken Liu.

Allez donc voir ailleurs si cette tour y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Lorhkan
L'avis de Shaya
L'avis de Vert

jeudi 7 mai 2026

Fleurs au creux des ruines (2016)

Chronique express!

Il y a quelques années, les Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier ont bien emballé quelques amis blogueurs, et c'est donc avec plaisir que j'ai récupéré ce petit recueil de nouvelles auprès de notre Vert nationale. L'autrice propose quatre récits qui se succèdent dans le temps et qui n'ont pas de lien directissime dans l'intrigue et les personnages, mais qui s'influencent les uns les autres et racontent l'histoire du royaume du Demi-Loup avant les romans. Combien de temps avant exactement, je ne saurais le dire avec précision, mais vu l'état catastrophique des lieux dans le troisième et le quatrième texte, je pense qu'il s'écoulera au bas mot un petit siècle entre la fin de ce recueil et le début du premier roman. :D

J'ai beaucoup aimé ces textes très différents, qui donnent souvent la parole aux personnages, soit oralement (le premier, Notre première graine), soit par des traces écrites qu'ils ont laissées derrière eux (le deuxième, L'art ou la viande, et le troisième, Lors chantèrent les bêtes). Les faits racontés ne sont pas gais du tout, puisqu'on va d'une invasion à un cataclysme volcanique, et les personnages ne sont pas épargnés; mais il s'en dégage quelque chose d'humain, de résilient et de presque charmant. À l'image du titre, en somme: Fleurs au creux des ruines s'applique le mieux au dernier texte, La tour sous le Gris, mais il est tout à fait cohérent avec ces quatre histoires ou quelqu'un essaye de préserver quelque chose en quoi il croit ou auquel il tient. Et le style est très joli. Donc, oui, j'ai très envie de lire les romans, d'autant que j'ai bien senti, ici, que certains noms ou évènements faisaient probablement référence aux romans, ce qui m'a un peu titillée!

Allez donc voir ailleurs si ces fleurs y sont!
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

samedi 2 mai 2026

La gamelle d'avril 2026

Houlàlà, houlàlà! Les bilans mensuels se ressemblent un peu trop, cette année, avec leur maigre contenu: une seule et unique croquette au cinéma! 😱😱

Prenons néanmoins le temps de noter deux choses très, très positives sur ce mois d'avril.

1/ Mon stage d'équitation annuel a été particulièrement exceptionnel. Je n'ai pas pu monter la jument que j'adore dans cette structure, ce qui est fort dommage. Mais nous avons fait cours à quatre maximum, et souvent à deux; l'enseignant a été au top du top; et nous avons pu faire trois leçons à cru, ce qui est très bon pour l'assiette.

2/ Je suis retournée à DisneyLand pour la première fois depuis dix ans. 🥹🥹🥹 Et avec une personne que j'aime sincèrement, et qui valait la peine, à elle seule, que je paye le prix faramineux du billet et que j'endure les douleurs que me procure la posture debout prolongée (une heure quinze d'attente pour la nouvelle attraction La Reine des neiges – mais quelle extase en voyant Olaf et Elsa!). En outre, je rencontrais sa fille, ce qui justifiait la sortie aussi – et c'est dire combien j'aime cette personne, de penser que j'ai automatiquement de la sympathie pour sa fille. Encore plus que mon stage, retrouver ce parc que j'aime tant, et qui a tant compté pour moi, m'a donné l'impression que je peux encore vivre des trucs sympas dans ma vie et retrouver des bribes du passé. 🙏

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Projet Dernière chance de Phil Lord et Christopher Miller (2025)

Oh! Une excellente surprise! Je m'attendais à quelque chose de patriotique et sentimental, et je pensais que l'accent serait mis sur la coolitude de Ryan Gosling par manque d'autres éléments. Eh bien, ce n'est ni très patriotique ni très sentimental, et Ryan Gosling est certes cool, mais ce n'est pas le seul élément sur lequel le film peut s'appuyer. :D Il y a plein d'éléments très chouettes, dont UN CERTAIN PERSONNAGE 🪨🪨🪨, et de l'émotion réellement touchante, pas larmoyante de manière convenue. J'ai beaucoup aimé!

Du côté des séries

Toujours rien.

Et le reste

Entre l'interview d'une libraire, l'interview de Jean-Marc Jancovici – dont j'apprécie décidément le franc-parler et les idées, à défaut de toutes les partager – et le fantastique  dossier nous menant à la rencontre des gens qui prennent le RER à des heures indues pour aller bosser, La Croix L'Hebdo des 19 et 20 février 2022 (le dernier du monde d'avant l'invasion russe de l'Ukraine...) m'a rendu totalement hystérique. La banlieue parisienne et le RER, ce sont des trucs dont on ne parle jamais (sauf chez Annie Ernaux, cette femme formidable); mais moi, c'est la moitié de ma vie. Et ces gens de l'ombre, ces "petits métiers" qui attendent à la gare dans le noir et qui triment dur pour gagner trop peu, ils n'ont jamais la parole. Début 2022, la journaliste, Marie Boëton, pouvait encore évoquer avec une relative vraisemblance une sorte de prise de conscience collective de leur importance en raison de l'épidémie de COVID; ils étaient la deuxième ligne, ceux qui faisaient tourner la société, en arrière de la première ligne des soignants. Quatre ans plus tard, il ne reste RIEN de cet espoir. Mais le dossier était quand même profondément humain et m'a fait chaud au cœur.

Le Manière de Voir de décembre 2025 - janvier 2026 sur l'Espagne m'a moins emballée que d'autres numéros: deux ou trois articles étaient très creux (dont celui de Luis Sepulveda: quelle déception!) et, qui sait pourquoi, j'étais, au moment de ma lecture, moins indulgente qu'à l'accoutumée envers le prisme du Monde Diplomatique, qui fonde essentiellement son analyse de l'univers sur la critique de la méchante droite (et pourtant, le passé franquiste de l'Espagne mérite toutes les critiques!). Mais c'était très intéressant, évidemment, et ça m'a donné envie de reprendre l'espagnol et d'aller en Espagne!

Cheval Magazine est arrivé seulement le 28 avril et j'étais tellement sous l'eau avec le boulot que je l'ai à peine feuilleté au cours des jours suivants. Vous devriez donc avoir double dose le mois prochain!

lundi 27 avril 2026

Quinze ans!!

Nous sommes le 27 avril 2026. Cela fait donc quinze ans que j'ai publié mon incipit!

Bon anniversaire à mon blog adoré! 🤩🤩

#MeilleureDécisionDeMaVie 

dimanche 26 avril 2026

Finding my Way (2005)

Chonique express!

 

L'année dernière, j'ai lu I Am Malala, un livre très intéressant dans lequel Malala Yousafzai racontait son parcours de défense de l'éducation ainsi que l'attentat dont elle a été victime au Pakistan. Dans ce deuxième livre, elle se penche sur la suite, sa reconstruction après son arrivée au Royaume-Uni et ses années d'études.

Bon, j'ai adoré, et c'était passionnnant aussi, mais très différent. Ici, point de politique, et bien peu de liens avec le Pakistan: il s'agit surtout du quotidien d'une jeune femme immigrée, mais au statut très particulier, étant donné qu'elle était célèbre – tant à cause de l'attaque contre sa vie qu'à cause de son prix Nobel de la paix. Les enjeux consistant à trouver sa place dans un nouveau pays et à mener à bien ses études à Oxford se couplent à la gestion de son travail en faveur de l'éducation, au regard critique du Pakistan conservateur sur ses moindres actions (😑😑), et à ses peurs personnelles. Ainsi, après plusieurs années de relative normalité, un incident de sa vie étudiante a réactivé l'énorme trauma du coup de feu reçu dans sa ville natale. Puis on a toute une partie sur les débuts de sa relation avec son mari, et une partie, nettement plus difficile, sur le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan. C'est un beau parcours, et, même si j'ai appris moins de choses au niveau information pure que dans son premier livre, j'ai trouvé ce récit très inspirant!

mardi 21 avril 2026

"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" – En finir avec une sentence de mort (2022)

Chronique express!

Après "On ne peut plus rien dire" – Liberté d'expression: le grand détournement, j'ai lu un autre livre des éditions Anamosa qui tord le cou à une expression chère à l'extrême-droite et à la droite anti-immigration: "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde". Les auteurs sont Pierre Tevanian, philosophe, et Jean-Charles Stevens, expert juriste.

J'ai beaucoup plus apprécié cet ouvrage que le précédent, car il correspondait mieux à mes attentes. Chaque chapitre passe en revue une portion de la phrase pour décortiquer ce que les gens qui la prononcent veulent dire, sur quels ressorts ils s'appuient, à quels implicites ils font appel, et quelles conséquences une telle argumentation peut avoir, dans les faits, pour des tas de personnes. C'était très intéressant et tout à fait facile à lire. Le problème, comme toujours, c'est que j'oublie tout à la seconde où je le lis... Retenons-en tout de même que les études économiques sérieuses s'accordent à dire que les populations immigrées sont plutôt une source de revenus – et non de dépenses – pour les États d'accueil. Mais, au-delà de ça, ce dont on parle, ce sont des gens, pas juste des acteurs économiques à traiter en termes de dépenses et de recettes.

Autre détail à retenir: tant "on ne peut plus rien dire" et "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" exploitent le pronom "on" et le verbe "pouvoir" et jouent sur l'ambiguité de ces deux termes, ce qui n'est pas un hasard. Ce que ces gens veulent vraiment dire, c'est "vous ne me laissez pas dire ce que je veux sans me dire que c'est de la merde" et "je ne veux pas accueillir plus pauvre que moi". 😉

jeudi 16 avril 2026

Poil de Carotte (1894)

Chronique express!

Stupéfaction totale en lisant Poil de Carotte de Jules Renard, que j'ai trouvé dans l'entrée de mon immeuble: je croyais qu'il s'agissait d'un roman pour enfants sur un petit garçon turbulent mais amusant, et je me suis retrouvée avec une succession d'actes de maltraitance! 😱😱

Au fil de chapitres extrêmement courts, qui ne font souvent qu'une page, on voit en effet le quotidien épouvantable d'un enfant brimé par toute sa famille. Certaines piques peuvent prêter à sourire, mais d'autres situations sont simplement horribles. Par exemple, on l'oblige à achever les oiseaux ramenés vivants de la chasse même s'il ne le veut pas le faire (et ceux-ci se débattent pour ne pas mourir, évidemment), ou bien sa mère l'enferme sans pot de chambre la nuit et il n'a d'autre solution que de faire ses besoins par terre (et, le lendemain, elle l'affiche devant tout le monde en plaçant un pot de chambre sous le lit au dernier moment et en le traitant de malpropre 😱😱). Parfois, Poil de Carotte est lui aussi sournois ou affreux, mais on comprend mieux qu'il se comporte ainsi après de telles expériences... La notice bibliographique présente en fin d'ouvrage affirme que Jules Renard s'est inspiré de sa propre enfance. Sympa! 😵‍💫

Sur la forme, j'ai été étonnée aussi: outre que les chapitres sont minuscules, le récit prend parfois la forme de didascalies de théâtre avant de repasser au dialogue classique au sein d'une même conversation. C'est très étrange.

Fun fact: cette édition de 1996 était publiée par les éditions Carrefour (comme le supermarché, oui oui) et coûtait dix francs. Un vrai voyage dans le temps.

samedi 11 avril 2026

Les BD du premier trimestre 2026

Du point de vue graphique, 2026 a mal commencé: pas la moindre bande dessinée en janvier, ni en février. En mars, heureusement, j'ai réussi à lire quelques mangas.

J'espère lire plus de choses au deuxième trimestre. (Mais n'est-ce pas ce que nous disons toutes et tous, tout le temps? 😉)

Tokyo, ces jours-ci de Taiyô Matsumoto, traduit du japonais par Thibaud Desbief (2024-2025)

Une série complète en trois tomes qui suit un éditeur de manga après qu'il a démissionné de sa maison d'édition, ainsi que plusieurs autres éditeurs et plusieurs auteurs avec lesquels il interagit. C'est un aperçu intéressant du monde du manga, mais j'ai trouvé le dessin très moche et je n'ai pas tout suivi aux problèmes et aux pensées des personnages. Baroona en dit du bien, quoique brièvement.
Éditeur: Kana

Cats and Dragon de Amara (scénario), Izumi Sazaki (dessin) et Mai Okuma (character design), tomes 1 et 2, traduits du japonais par Aurélie Lafosse-Marin (2018)

Merci, Baroona, de m'avoir informée de l'existence de cette série qui réunit deux de mes animaux préférés dans un univers de fantasy médiévalisante très à mon goût! C'est mégamignon et je me suis régalée. Et dire que mon libraire personnel ne m'avait rien dit... 😱😱 Il y a douze tomes au Japon et le troisième sortira en France en mai. Je suis joie!
Éditeur: Doki Doki

lundi 6 avril 2026

La gamelle de mars 2026

Le mois de février m'a semblé passer à une vitesse particulièrement vertigineuse, et, dans mon bilan mensuel, je me suis longuement plainte, en gros, de "n'avoir eu le temps de rien".

En mars, les choses m'ont semblé plus normales. En fait, je "n'ai eu le temps de rien" non plus, mais ça m'a semblé la vie d'adulte habituelle. Et pourtant, j'ai fait encore moins de choses: de nouveau, je ne suis allée au cinéma qu'une fois (et pour un film que je n'ai que peu apprécié, en plus!), et, outre Cheval Magazine, j'ai lu une seule et unique revue, alors que j'en avais lu trois en février.

Qui sait pourquoi, les deux mois ne me dépriment pas de la même façon. 🤷‍♀️

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Is This Thing On? de Bradley Cooper (2025)

L'histoire d'un homme qui se met à faire du stand up alors qu'il navigue en pleine séparation n'a, en soi, rien pour m'attirer particulièrement. Mais ce film compte Laura Dern au casting, et j'adore Laura Dern. (Pour Jurassic Park, évidemment. Je suis un gros cliché, je sais.) Donc, j'ai fait l'effort.

Je n'ai pas du tout aimé la manière dont l'histoire est filmée, et je me suis sentie très éloignée des problèmes des personnages, qui sont parents et vivent avec une aisance financière immensément supérieure à la mienne. Mais pour en tirer tout de même du positif, je trouve qu'il saisit assez bien une forme de spontanéité imparfaite du monde. Pour qu'un couple rompe, il n'y a pas forcément besoin de grands discours; quelques phrases prononcées dans la salle de bain, en se regardant dans le miroir au lieu qu'en face à face, peuvent suffire. Et les bons moments entre amis ou amants, parfois, c'est juste mettre la table du petit déjeuner en fredonnant la même chanson. À noter également: le film met en scène l'extraordinaire Ciaran Hinds, que je n'avais pas vu depuis des lustres. 💞💞

Et le reste

J'ai récupéré pas mal de vieux numéros de La Croix Hebdo auprès d'une amie et j'ai lu celui des 11-12 decembre 2021, qui consacrait son dossier au lancement du télescope James Webb. Comme toujours, c'était très intéressant, très bien rédigé et très réconfortant tant ils mettent l'accent sur la culture, le savoir et le lien humain. 🥹

Tout à la fin du mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, qui était augmenté du programme officiel du Printemps des sports équestres. Les interviews se répètent un peu, à dire que c'est un rendez-vous incontournable de la quête d'excellence, mais ça donne envie. Diable, si j'avais du temps libre et/ou un pognon de fou (car le pognon, ça donne du temps libre...), j'irais passer une semaine tranquille à regarder du dressage à Fontainebleau!