samedi 6 juin 2026

L'Homme qui savait la langue des serpents (2007)

Je l'avais repéré il y a mille ans et il est enfin arrivé entre mes mains: L'Homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk, traduit de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier!! 🤩🤩

C'est une petite brique, une sorte de "poche grand format" d'un peu moins de 500 pages. Je l'ai sorti de ma pile à lire un jour où, par miracle, j'avais une ou deux semaines assez tranquilles devant moi: aucune sortie sociale prévue, pas un travail monstre, pas de rendez-vous. La possibilité, donc, de lire plus que d'habitude.

J'ai adoré.

Je suis rentrée dans ce roman dès le premier chapitre, et avec une facilité assez déconcertante au regard de la particularité du monde qui nous est présenté. Nous sommes dans l'Estonie du XIIIe siècle, plus précisément dans la forêt, où les gens élèvent et traient des louves et où les femmes sont tout à fait susceptibles de prendre un ours pour amant. Étonnant, certes, mais présenté avec un tel talent que tout semble normal. Bon, ok, j'avoue que je me suis demandé si j'avais bien lu, la première fois que j'ai lu le mot "loup". Mais à part ça, tout allait de soi.

Le narrateur nous annonce dès la première phrase du livre qu'"il n'y a plus personne dans la forêt", et nous savons donc d'emblée que son récit sera, a priori, celui d'un dépeuplement. Car les Estoniens abandonnent de plus en plus la forêt pour adopter le mode de vie du village, centré sur l'agriculture et tourné vers la culture des "hommes de fer" venus des mers pour conquérir le pays. Les deux modes de vie diffèrent radicalement, et le narrateur, Leemet, déteste et méprise les villageois, qui mangent du pain plutôt que de la viande et qui ne parlent pas la langue des serpents. Lui, il la connaît très bien, grâce à son oncle qui la lui a enseignée, et la première partie du roman est donc le récit de son enfance dans la forêt avec un ami humain et un ami serpent, Ints (personnage génial!!), et avec les drôles de personnages qu'on y trouve: un ours transi d'amour, des anthropopithèques qui élèvent des poux (oui!), un ivrogne, une sorte de chamane très allumé, etc.

La galerie de personnages est l'une des forces du roman, de même que son humour et que sa vision douce-amère de l'existence. Là comme ça, on pourrait imaginer une opposition très binaire entre l'ancien monde païen et proche de la nature et le nouveau monde en voie de christianisation et d'"intolérancisation" (coucou, Marion Zimmer Bradley!). Mais c'est beaucoup plus compliqué en réalité, car l'ancien monde abrite aussi son lot d'extrémistes et d'intolérants... Le roman est plus antireligion de manière générale que antimonothéïsme en particulier. La postface du traducteur est également très intéressante pour éclairer la manière dont l'auteur critique un certain discours national et nationaliste en Estonie.

Sur le plan stylistique, ça se lit tout seul. Hélas pour moi, je ne lis pas l'estonien. Je ne peux donc pas juger du travail d'Andrus Kivirähk. Mais tel que son roman est rendu par Jean-Pierre Minaudier, c'est un régal et ça se lit tout seul, même si j'ai regardé avec étonnement quelques expressions désuètes ou originales, qui me semblaient un peu étranges. Mais, de manière générale, le ton est très bien trouvé.

J'ai un peu déchanté durant les cent dernières pages environ. J'ai continué à lire à toute vitesse, et j'ai même tenu sans dormir jusqu'à 23 h 30 pour le terminer (exploit!!), mais putain qu'est-ce qu'on s'en prend plein la tronche. Même si on a très bien compris, depuis le début, que le narrateur nous raconte la fin d'un monde, je n'étais pas prête. 🙁🙁🙁🙁😭😭😭😭 Le temps qui passe, la violence idiote... Gros trauma!!!

Et pourtant, même cette fin, qui n'est pas du tout celle que j'aurais choisie, a une force qui lui est propre et porte un roman qui est décidément marquant et hors du commun. Il est bien parti pour être sur le podium de cette année!!!

Seul regret: je me suis empressée de réécouter les trois épisodes d'interview de l'éditeur français, Frédéric Martin, fondateur du Tripode. Hélas, ce merveilleux roman est tout juste évoqué. Le monsieur parle surtout de L'Art de la joie de Goliarda Sapienza, que j'ai lu suite à ce podcast et que j'ai détesté... 😂😂 

Allez donc voir ailleurs si on y parle la langue des serpents!
L'avis de Baroona
L'avis de Zoé prend la plume

lundi 1 juin 2026

La gamelle de mai 2026

Comme d'habitude, on fait le bilan du mois écoulé!

Enfin une bonne nouvelle pour le cinéma: j'ai fait non pas une séance, mais deux! 

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Burning Ambition de Malcolm Venville (2026)

Malgré une affiche qui m'a tout l'air d'être générée par IA et quelques exagérations typiques des hagiographies (on dirait presque qu'ils ont pulvérisé le Rideau de fer à eux tout seuls 😂😂), ce documentaire sur Iron Maiden est très intéressant et très stimulant. Il retrace l'histoire du groupe et la place de sa musique dans l'histoire du rock/métal, et il donne la parole non seulement aux membres, mais aussi à des fans. Certains sont eux aussi des stars de la musique, d'autres sont juste des gens normaux. Le tout en musique, et avec Eddie bien sûr! Et en évoquant le fait que leurs chansons racontent toujours une histoire! 😍😍 En bref, Iron Maiden, ce sont vraiment les meilleurs! Si les places de concert étaient accessibles, j'aurais pris une place pour leur passage à Paris en juin dans la foulée. Je me demande juste pourquoi on n'entend pas Fear of the Dark, qui est quand même LE tube de leur carrière. Comme il n'y a aucune chanson de l'album homonyme, je me suis demandé si c'était une question de droits. 🤷‍♂️

Michael de Antoine Fuqua (2026)

Un biopic musical assez sympathique, parce que, bon, on ne pas pas se mentir: Michael Jackson était très très bon. Entre les Jackson 5 et ses chansons en solo, on a envie de chanter et de danser la moitié du temps, et, bien sûr, on est partis pour fredonner plusieurs jours. Et puis, il y a un alpaga, donc voilà. 🦙 D'un autre côté, le film est assez balisé, et, à part une critique frontale du personnage du père, il s'attarde assez peu sur quoi que ce soit.
Mon blog (merci à lui!) m'informe que j'ai déjà vu trois films de ce réalisateur: La Rage au ventre en 2015, Les Sept Mercenaires en 2016 et Equalizer 2 en 2018. Nan mais WHO KNEW!!!!! 🤯🤯🤯

Du côté des séries

Toujours rien. C'est tragique. 😭

Et le reste

 

En début de mois, j'ai lu le Cheval Magazine de mai, qui était arrivé trop tard pour que je le lise fin avril.

Ensuite, j'ai lu avec grand plaisir le Bifrost numéro 121, sorti en janvier dernier. Bon, on ne peut pas dire que les nouvelles m'aient emballée. Mais, de toute façon, elles ne m'emballent jamais; j'ai toujours l'impression qu'il y a un gros implicite qui m'échappe. En revanche, j'ai lu les avis sur les parutions du moment avec avidité, et l'interview fleuve de Jo Walton était passionnante. Cette autrice fait partie des gens qui réussissent à être sur tous les fronts. J'aimerais savoir comment ils font...

En parallèle, j'ai aussi (re)lu un vieux numéro de La Croix L'Hebdo consacré aux animaux, celui des 9-10 juillet 2022. À l'époque, j'avais lu sensiblement tous les articles grâce à mon amie abonnée, qui me les avait envoyés par email. Pour moi, bien sûr, ce dossier ne va pas assez loin: aucun animaliste n'est interviewé et l'exploitation des animaux n'est pas remise en question. Mais il n'en est pas moins passionnant, car il met bien en lumière la manière dont les animaux (non humains) enrichissent notre vie sur un plan très, eh bien, humain, justement, ainsi que la manière dont nos relations avec eux évoluent. Je l'ai dévoré avec autant d'enthousiasme qu'une portion de tofu Taifun (les meilleurs tofus, si jamais vous n'avez pas encore goûté!).

En fin de mois, j'ai lu le Cheval Magazine de juin et j'ai feuilleté le hors-série de juin-juillet – qui est en réalité un recueil de tests produits, de pages d'inspiration shopping et de vieux articles sur une catégorie de produits ou sur une entreprise, c'est-à-dire, en bref, un catalogue. Et c'est vendu 8,40€. Je suis assez indignée.