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jeudi 18 août 2022

Interview with the Vampire (1976)

Un soir, alors que j’observais avec désolation ma bibliothèque, cherchant désespérément un livre en anglais facile à lire, j’ai sorti Entretien avec un vampire, qui m’était revenu en tête avec insistance à cause d’un projet professionnel, la relecture d’un roman se déroulant à la Nouvelle-Orléans. J’ai voulu relire quelques pages, histoire de voir ce que je pensais, dans la deuxième moitié de ma trentaine, de ce roman qui a tant marqué mon adolescence et que j’ai relu avec autant de plaisir à dix-huit ans puis à vingt-cinq ans.

“I see…” said the vampire thoughtfully, and slowly he walked across the room towards the window.
Et les premières pages se sont révélées si riches, si précises et si parfaites que j’ai continué à lire. La magie a opéré de nouveau. Je vais tenter de poser par écrit ce qui, selon moi, fait d’Entretien avec un vampire un chef d’œuvre de la littérature anglophone.

❗ Supposant que l’intrigue du roman est bien connue en raison du succès de l’adaptation de Neil Jordan en 1994, ce billet sera empli de divulgâcheurs. ❗

Ce que je trouve le plus stupéfiant chez Anne Rice, c’est la richesse de son style. C’est difficile à décrire. Tout déborde chez elle, tout est riche, luxuriant. Les phrases ressemblent aux fleurs de la Nouvelle Orléans – telles qu’elle les décrit, en tout cas. Vous sentez l’air qui embaume, vous vous enfoncez dans un fauteuil en velours. Il n’y a rien d’ampoulé, pas de phrases à rallonge; au contraire, c’est parfois très simple, mais ça véhicule des tonnes de choses. Anne Rice touche à une précision incroyable dans la description de ce qui ne peut pas être décrit, ou si difficilement: la beauté surnaturelle des vampires, les regards et les gestes qui en disent plus que mille mots, les questionnements moraux, voire métaphysiques, qu’on ne comprend pas soi-même. Et les époques historiques: la Nouvelle Orléans de la fin du XVIIIe et de la première moitié du XIXe, puis le Paris du Second Empire. Deux villes qui flamboient différemment mais flamboient quand même, animées par une vie riche et incessante pleine de lumières et d’odeurs.

“But how much tape do you have with you?” asked the vampire, turning now so the boy could see his profile. “Enough for the story of a life?”

Les personnages, ensuite: comme l’écriture, ils sont incroyablement complexes, pleins de replis et de sous-couches qu’on n’aperçoit que brièvement. Louis, le narrateur, est le plus attentif à cette richesse qui l’entoure; plein de doutes, de culpabilité à cause de la mort de son frère et de son mode d’alimentation meurtrier, il erre à la recherche d’un réconfort auquel il ne croit pas réellement, que celui-ci soit divin ou démoniaque. Claudia est juste stupéfiante. Transformée en vampire à l’âge de cinq ans environ, elle n’a aucun souvenir de sa vie humaine: elle est le vampire ultime, dénué de tout lien avec les humains qu’elle tue. Son drame, c’est évidemment d’habiter, avec un esprit acéré et hors du commun, un petit corps d’enfant qui ne peut survivre seul. Claudia est franchement flippante, quand on l’imagine vraiment comme une enfant de cinq ans. Je pense que ce n’est pas par hasard si on l’a considérablement vieillie dans le film, en en faisant une pré-ado… Et Armand, enfin: le vampire tout en retenue, prêt à tout pour parvenir à ses fins, un vampire qui ne s’abreuve pas seulement de sang. Lestat, si magistralement campé par Tom Cruise dans le film, est lui moins nuancé; on sent bien qu’il y a un vécu derrière son arrogance et ses sautes d’humeur, mais il ne révèle rien de son passé et Louis ne le tient pas grande estime.

“Of course, Lestat didn’t understand this himself. I came to understand it. Lestat understood nothing.”

Lorsque Lestat transforme Louis en vampire, c’est pour s’approprier sa maison et son argent. Lorsqu’il transforme Claudia en vampire, c’est pour retenir Louis, qui, après plusieurs années de cohabitation difficile, est prêt à lui tourner le dos. Il m’est apparu très clairement, cette fois-ci, que le trio Louis-Lestat-Claudia est un couple d’hommes avec un enfant. Je m’explique: j’avais évidemment, précédemment, vu le potentiel érotique homosexuel des couples de vampires d’Anne Rice, qui sont neuf fois sur dix des couples d’hommes. Quand j’avais quatorze-quinze ans, les deux années où j’ai lu plusieurs bouquins de cette écrivaine et regardé de multiples fois le film, c’était ce que je trouvais le plus excitant. Le plus érotique, justement. Mais je n’avais jamais réellement vu ce trio comme une famille avec deux parents de même sexe.

Je ne pense pas qu’il faille y voir un message LGBT, à vrai dire. J’ai l’impression qu’Anne Rice écrivait pour porter ses réflexions sur les sentiments et le sens de la vie plutôt que pour exprimer un message d’égalité ou de défense des droits civiques. Toutefois, je pense aussi, et depuis longtemps, qu’elle avait largement dépassé les clivages de genre et écrivait avec une liberté totale sur la question des relations amoureuses et sexuelles. Dans un de ses romans, Blackwood Farm, elle met même en scène un vampire hermaphrodite. J’ai honte de dire que, lorsque j’ai lu ce roman pour la première fois, en 2011 ou 2012, j’y ai vu un élément scabreux et ridicule à la fois, et un indice que, décidément, Anne Rice s’était perdue en route avec ses Chroniques des vampires. Aujourd’hui, je suis stupéfiée de voir tant d’avant-gardisme. Même en cette époque où les combats LGBT+ sont sur toutes les lèvres, je n’ai jamais entendu parler des hermaphrodites – j'apprends d'ailleurs seulement à l'occasion de la rédaction de ce billet qu'on parle plutôt de personnes intersexuées. Il y aussi énormément de fluidité du genre chez elle, dans le sens homme vers femme, tous ses personnages masculins ayant globalement une beauté correspondant à ce que l’Occident considère comme féminin.

Quant à l’amour de Louis et Claudia, il dépasse tout. Louis est le père de Claudia et il l’aime comme sa fille et son amoureuse à la fois. Il aime la femme dans le corps de l’enfant. Et cet amour est d’autant plus singulier que Claudia est, comme je l’ai dit, une créature totalement inhumaine, plus vampire que n’importe quel vampire – et donc ce que Louis hait le plus en lui-même.

“[…] I love him”, I said. 

“No doubt you do,” she mused. “But then, you could love even me.”

(Putain. J’en reviens pas, Claudia qui dit à Louis: oui, ça ne m’étonne pas que tu puisses aimer Armand, parce que même moi, tu peux m’aimer. Je suis 🤯)

Je suis étonnée et attristée qu’Anne Rice ne ressorte pas plus que ça en cette époque de profondes réflexions sur le genre, où la question de la non binarité est entrée dans les grands débats de société. Elle était tellement en avance sur son temps qu’elle est encore en avance sur notre temps, quarante-six ans après la publication de son premier roman!!

Enfin, j’adore, dans Entretien avec un vampire, l’absence d’explication religieuse à l’existence des vampires. Dans Dracula, ce monument victorien, et même dans Buffy un siècle plus tard, le fait que les armes consacrées par la chrétienté soient efficaces contre les vampires confère une légitimité à cette religion, impliquent qu’elle a un pouvoir. (A-t-on jamais su si la Tueuse pouvait repousser un vampire en lui balançant un objet sacré du bouddhisme ou de n’importe quelle autre religion? C’est une vraie question. Je ne crois pas…) Ici, il n’y a point de ça. Louis, qui cherche désespérément sa place de tueur sur Terre, est aussi ignorant que nous des questions de l’au-delà. Étant né catholique, il cherche une réponse dans le catholicisme, en réfléchissant en termes de Dieu, du Démon et de la damnation. Mais sa recherche reste aussi stérile que celle de n’importe quel humain. Il ne dispose d’aucune preuve de l’existence du divin en particulier ou du surnaturel en général, si ce n’est… sa propre existence, entretenue de nuit en nuit et de décennie en décennie par la mort d’innombrables humains. Attention, je ne crois pas que cela signifie, pour autant, qu’Anne Rice s’exprime contre l’existence du divin, qu’elle déclare haut et fort que le divin n’existe pas. Au contraire, je crois qu’elle y a cru toute sa vie, même quand elle a déclaré sortir du christianisme. Mais le mystère demeure entier pour le vampire et, chez Louis, c’est une terrible source de désespoir.

S’il y a une critique à faire à ce roman, c’est, pour moi, la passivité extrême de Louis. Lorsque Lestat donne son sang à boire à Claudia, il est difficile de concevoir que Louis ne se doute de rien et n’intervienne pas. Mais c’est une broutille dans un roman d’une extrême richesse, et Louis lui-même reviendra sur cette passivité à la fin.

Un chef d’œuvre. Je n’ai pas d’autre mot.

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
Mon exemplaire d'Entretien avec un vampire est celui que j'ai fait signer à Anne Rice lorsqu'elle est venue en France en 2013. Un livre précieux.

vendredi 26 juin 2020

Anne Rice. La reine des vampires (1991)

Il y a trois ans, j'ai récupéré ce livre à un prix défiant toute concurrence (2€, je crois) lorsqu'une médiathèque du coin a vidé ses rayonnages. Je ne pouvais, bien sûr, pas laisser passer une biographie d'Anne Rice, même si elle avait 25 ans.

Impossible de prendre une photo décente, désolée.

Au final, malheureusement, la lecture de cet ouvrage de Katherine Ramsland a été mitigée.

D'une part, j'ai apprécié de découvrir la vie d'Anne Rice de plus près: enfance à la Nouvelle-Orléans, mère alcoolique, éducation à la fois très libre et créatrice (à la maison) et très stricte (dans des établissements catholiques avec messe obligatoire à 6 heures du matin), départ pour le Texas et la Californie, rencontre avec Stan Rice, mariage, naissance et mort d'une enfant, Michèle, débuts littéraires balbutiants jusqu'au succès d'Entretien avec un vampire. En outre, Katherine Ramsland détaille longuement l'intrigue de chaque roman, ce qui m'a permis de me rafraîchir la mémoire et d'en découvrir certains que je n'ai pas lus (La Momie, Exit to Eden et les tomes 2 et 3 de La Belle au bois dormant, par exemple).

D'autre part, la biographe adapte une interprétation psychanalitique fortement genrée qui m'a laissée sceptique et qui, à mon avis, ne reflète pas l'opinion d'Anne Rice, qui me semble avoir dépassé toute notion de genre depuis longtemps. Katherine Ramsland interprète toute son œuvre à l'aune du masculin/féminin et de la domination/soumission, ainsi qu'en fonction de sa vie personnelle. Bon, Anne Rice ne cache pas qu'elle a mis beaucoup d'elle dans ses romans, mais de là à en interpréter la moindre phrase comme une expression de sa situation familiale ou de ses tendances sexuelles, il y a un pas que je n'aurais pas franchi...

En outre, la version française d'Anne Fabry et de Carlo Lefèvre comprend de nombreux problèmes, comme des erreurs de sintaxe (que je peux à la limite attribuer à des belgicismes, la maison d'édition Lefrancq étant belge) et surtout des erreurs dans les références aux livres d'Anne Rice qui prouvent clairement que les traducteurs n'ont pas consulté les traductions françaises qui étaient pourtant déjà disponibles au moment de la publication de cette biographie en 1997. Parfois, les erreurs sont même internes au texte. Par exemple, un roman est appelé tout à tour par son titre anglais et par son titre français. Autre exemple qui m'a vraiment gavée: les "twins" de la Reine des damnés sont qualifiés de "jumeaux" à leur première apparition alors que le résumé du roman explique bien, deux pages plus loin, que ce sont deux femmes, et donc des "jumelles"!! Donc, même en ne consultant pas le roman d'Anne Rice, les traducteurs auraient dû parler de "jumelles". Bref, un travail bâclé, et rien ne me gave autant qu'un travail bâclé – même si mes propres déboires avec l'édition me poussent à souligner que les traducteurs n'y sont peut-être pour rien: les éditeurs imposent parfois des délais intenables qui rendent toute relecture impossible, et confient ensuite la relecture à des "correcteurs" incompétents qui vont jusqu'à insérer des erreurs de grammaires dans votre traduction, comme cela m'est arrivé... 

Bref, à part cette parenthèse véhémente, ce fut une lecture mitigée. Mais je n'ai pas boudé mon plaisir en me retrouvant un peu en présence d'Anne Rice, une écrivaine que je tiens en très haute estime.

vendredi 22 juillet 2016

The Feast of All Saints (1979)

Anne Rice est depuis longtemps un de mes écrivains préférés, mais j'ai la nette impression que ses livres ont perdu en qualité à partir des années deux mille. Les Chroniques des Vampires se terminent plutôt mal avec un Cantique sanglant vraiment brouillon en 2003 (je n'ai pas lu Prince Lestat, sorti l'année dernière) et son incursion dans le monde des loups-garous en 2012-2013 laisse vraiment à désirer.

Quid de ce retour aux sources, The Feast of All Saints, son deuxième roman, publié trois ans après Entretien avec un vampire et bien avant qu'elle ne devienne le monstre sacré que Lestat allait faire d'elle?

Et bien ce n'est que du bonheur, vraiment – enfin, si vous aimez Anne Rice! :)



L'intrigue se passe à la Nouvelle-Orléans pendant les années 1840, au sein de la société des gens de couleur libres, c'est-à-dire des Noirs et des métis libérés de l'esclavage par leur maître ou descendants d'esclaves libérés. C'est le premier point en faveur de ce roman historique: j'ai trouvé super intéressant de plonger dans cet univers dont je ne soupçonnais pas l'existence et qu'Anne Rice fait revivre, à son habitude, avec une richesse époustouflante.

On y suit les parcours de Marcel et Marie Ste Marie, deux jeunes métis dont la mère, métisse également, est entretenue par un riche planteur blanc; de Christophe, un métis de retour à la Nouvelle-Orléans après avoir vécu à Paris; et d'Anna Bella, une jeune Noire libre. L'histoire se concentre surtout sur Marcel, mais les destins de tous les personnages sont étroitement liés et il y a pas mal de personnages secondaires.

L'histoire commence alors que Christophe provoque l'effervescence dans le quartier en annonçant qu'il va ouvrir une école pour les gens de couleur. Marcel est reçu dans l'école et commence à parfaire son éducation en vue de partir à Paris quand il sera assez grand, car son père a promis qu'il bénéficierait d'une éducation de gentilhomme. Mais les affres amoureux de l'adolescence commencent: Marie est amoureuse de Richard, un métis libre de bonne famille, mais comment sa mère accepterait-elle qu'elle épouse un homme de couleur alors qu'elle peut passer pour blanche? Et Marcel, qui aime la tendre Anna Bella, serait-il prêt à renoncer à son rêve parisien pour la sauver du destin auquel sa gardienne la prépare?

The Feast of All Saints est un roman très centré sur les sentiments amoureux et les destins de famille, un peu comme un Downton Abbey ou un Autant en emporte le vent pour rester plus près du contexte historique. Il n'y a aucun élément surnaturel (ce qui est très rare chez Anne Rice), mais la vie quotidienne de personnages plausibles. Sauf que c'est flamboyant, tous les personnages étant plus grands que nature, et que ça a quelque chose de glauque comme toujours chez cet auteur: un ado de quatorze ans qui couche avec une femme de quarante, c'est difficile à concevoir, et il y a la relation terrible entre Marie et sa mère Cécile, qui la déteste depuis sa naissance parce qu'elle peut passer pour blanche alors que Marcel ne peut pas, et puis le comportement minable de Philippe, le riche planteur blanc qui a pris la maîtresse métisse de son beau-père pour sa propre maîtresse à la mort de celui-ci et qui finira par provoquer les évènements absolument abjects de la fin du roman.

Mais les personnages principaux restent globalement bons et, sous leurs airs flamboyants et leur force morale unique, ils sont super fragiles et doutent constamment. Ce qui est une autre chose que j'apprécie chez Anne Rice, sa capacité à créer des personnages aussi riches et complexes, à la fois super naïfs et idéalistes et complètement lucides – même si Marcel m'a un peu gavée car il est extrêmement impulsif et se prend vraiment pour une victime...

Anne Rice écrit vraiment divinement bien, c'est un plaisir absolu de la lire; elle a une capacité absolument inouïe à faire revivre les périodes historiques qu'elle aborde et je me suis vraiment crue à la Nouvelle-Orléans en cette époque de transition entre l'ancien monde des Espagnols et des Français et le nouveau monde des États-Unis. Et elle décrit les sentiments avec une justesse incroyable. La courte scène de la veillée funèbre d'une petite fille m'a brisé le cœur... La séparation entre Marcel et Anna Bella aussi, c'était trop injuste, trop terrible, et pourtant absolument nécessaire et donc d'autant plus injuste!

Bien entendu, la ségrégation totale des Blancs et des Noirs/métis dans la ville est abordée, ce qui donne aussi quelques passages forts (le jugement de monsieur Rudolphe par exemple). Et on n'ignore pas le sort des esclaves: Lisette, l'esclave métisse de Marcel et Marie, est une figure particulièrement tragique bien qu'elle soit tout à fait détestable.

Un récit flamboyant, une plume luxuriante, quelques évènements glauques, des personnages aussi idéalistes que lucides, quelques considérations sur le bien, le mal et la condition humaine, et (je dois le dire) quelques longueurs et passages confus quand certains persos sont ivres ou désespérés: en bref, ce roman est du pur Anne Rice et donc, à mes yeux, un Grand Roman.

C'est le 21e livre que je lis de cet écrivain et je dois dire qu'il a bien ré-attisé ma passion pour elle après quelques lectures en demi-teinte. Et ça la classe très nettement à la deuxième place des auteurs que j'ai le plus lus après Zola, hihi!

À essayer si vous aimez l'écrivain ou avez envie de changer des vampires et des sorcières. The Feast of All Saints n'a cependant pas été traduit en français...

Autres livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog

mercredi 7 mai 2014

The Wolves of Midwinter (2013)

Voilà une bonne surprise d'autant plus appréciée que j'ai reçu ce livre-ci en cadeau à Noël et que je n'avais pas envie d'en dire du mal: The Wolves of Midwinter est bien meilleur que Le Don du loup, le premier tome de l'incursion d'Anne Rice dans le monde des loups-garou.



On y retrouve Reuben, notre jeune journaliste néo-garou, et ses compagnons, mais cette histoire tient plus de l'histoire de fantômes et la sauce prend assez bien. Les questionnements sur le bien et le mal sont toujours là, mais ils reprennent une dimension plus cohérente et ne sont plus insupportables de naïveté. Reuben ne fond plus en larmes toutes les dix pages, ou alors il a une bonne raison de le faire. Et, d'une manière générale, le texte m'a captivée et je l'ai lu avec plaisir.

Attention, ce n'est quand même pas du grand Anne Rice "à l'ancienne": certains retournements de situation sentent un peu trop le "deux ex machina" et tombent comme un cheveu sur la soupe (cheveu nécessaire, certes, mais quand même cheveu), et la plume que j'ai tant aimée n'est pas de retour... D'ailleurs, peut-être que ce n'est qu'en comparaison du Don du Loup que j'ai trouvé ce livre plaisant.... Mais le résultat a été là. Je vous conseille en outre de le lire, contraîrement à moi, à la période concernée, c'est-à-dire aux alentours de Noël, puisque tout tourne autour de la préparation d'une fête de Noël inoubliable à Nideck Point...

"He didn't believe in hell. Atually, he had always found talk of hell highly offensive. He'd always sensed that those who did believe in hell had little or no empathy for those they assumed to be suffering there. Indeed, quite the opposite. Hellfire believers seem to delight in the idea that most of the human race would end up in just such a horrible place."

Cette lecture constitue également ma première participation au challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly. Victoire! \o/


samedi 25 janvier 2014

Le Don du loup (2012)

Reuben Golding, journaliste âgé de 23 ans, visite une superbe vieille maison californienne en bord de mer en compagnie de la propriétaire, Marchent Nideck. Complètement subjugué par la maison, Reuben, qui devait seulement écrire un article sur cette maison afin d'en faciliter la vente, décide de l'acheter lui-même. Comme prévu, il reste dîner et dormir sur place... et couche avec Marchent, une femme plus âgée fascinée par ce jeune homme rêveur un peu poète.

Au cours de la nuit, deux individus entrent dans la maison, tuent Marchent à coups de couteaux et blessent Reuben. Mais quelque chose, peut-être un gros chien, les tue à son tour et mord Reuben, qui ne comprend pas bien ce qu'il se passe vu qu'il est en train de se vider de son sang par terre, dans le noir.

Le journaliste se réveille ensuite à l'hôpital, où il découvre: 1/ que Marchent, durant sa dernière heure de vie, lui a légué la maison et tout ce qu'elle contient; 2/ que ses blessures guérissent incroyablement rapidement; 3/ que ses analyses de sang sont très bizarres et perturbent tout le corps médical; et 4/ qu'il entend incroyablement bien tout ce qu'il se passe dans l'hôpital.


Vous l'aurez compris, Anne Rice s'attaque ici au personnage du loup-garou. Mais, malheureusement, elle le fait sans réelle originalité et sans (me semble-t-il) apporter quelque chose de nouveau au mythe, et en accordant, en plus, ce Don du Loup à un personnage principal particulièrement fade. D'ailleurs, les seuls personnages intéressants du livre entrent en scène 70 pages avant la fin, ce qui nous oblige à passer 330 pages seuls avec Reuben, ses pulsions de loup et son besoin incontrôlable de découper les criminels en morceaux...

Déjà, le coup de Marchent qui lègue sa maison à un parfait inconnu, j'ai trouvé ça gros. Mais le loup-garou qui sent la cruauté humaine comme une odeur et sauve les pauvres victimes, ça m'a carrément gavée. Et la rapidité avec laquelle les deux personnages féminins (Marchent et Laura) tombent dans les bras de Reuben m'a consternée: si j'apprécie en temps normal qu'Anne Rice accorde une véritable vie sexuelle à ses personnages féminins, j'ai trouvé ici les scènes de sexe amenées maladroitement, avec un manque de scénario digne des films X, et en même temps bien trop chastes, puisqu'elles ne sont aucunement décrites après le baiser de début. Une alliance étrange entre les actions de ces gens qui couchent ensemble à chaque chapitre et un récit qui ne veut pas décrire l'acte sexuel.

En outre, tout le monde sanglote sans qu'on ne comprenne bien pourquoi, l'intrigue n'avance pas (même s'il y a beaucoup d'action vu que Reuben décapite des méchants toutes les nuits), les personnages secondaires ne sont pas très crédibles et les questionnements moraux du héros ne sont qu'un pâle reflet simplifié à l'extrême des dilemmes de Louis dans Entretien. D'ailleurs, exactement comme Louis, Reuben a un frère prêtre.

En revanche, je dois dire que le premier chapitre a quelque chose de très savoureux, la maison où se passe l'intrigue correspondant parfaitement à mes fantasmes immobiliers: architecture ancienne, air abandonné, personnalité marquée, vieux meubles patinés, bibliothèque débordant de manuscrits et de livres en tout genre, trésors archéologiques accumulés au fil des années... Le rêve! ♥

Mais où est passée la plume riche et "luxuriante" d'Anne Rice? Où est passée la sensualité langoureuse qui se dégageait discrètement de ses personnages? Où sont passées la diversité, la profondeur et la subtilité de leurs émotions? Où est passé tout ce qui fait que depuis quatorze ans que j'ai lu Entretien, je guette encore Louis et Armand dans Paris...? Même Lestat, que je n'aime guère, était un personnage intéressant et bien construit. À côté, Reuben n'est qu'insupportable et fade... :(

dimanche 29 septembre 2013

Anne Rice en dédicace

Vendredi 20 septembre, la Fnac de Paris Saint Lazare recevait Anne Rice, la grande écrivain américaine, pour une rencontre suivie d'une dédicace. Son avant-dernier livre, Le don du loup, vient en effet de sortir en France. Un événement majeur pour moi qui vénère cette auteure depuis mes quatorze ans!


Ce fut un vrai plaisir que de la voir en vrai et de constater qu'elle a bien l'air aussi sympa en vrai que dans ses vidéos. Et modeste. Je crois que c'est ça qui m'a le plus marquée. Elle regardait la salle pendant que son interprète traduisait ses réponses en français et elle avait l'air tellement émue et touchée qu'il y ait des gens! Alors qu'elle a sorti Entretien avec un vampire en 1976 et que ça fait donc... 37 ans qu'elle est connue!

Les questions étaient relativement superficielles et, parfois, absolument évidentes (il y a encore des gens qui lui demandent si elle se retrouve dans la quête spirituelle de ses personnages. J'vous jure! C'est une des choses les plus flagrantes dans sa bibliographie, que la quête de ses personnages est précisément la sienne...). Mais bon, j'imagine qu'on ne peut pas creuser très loin en une heure et que tout le monde n'a pas lu dix-sept livres d'Anne Rice. ;) Et c'est un tel plaisir de l'écouter parler: cette femme est juste merveilleuse. Elle a tellement dépassé un certain nombre de conventions sociales, elle a tellement accepté ce qu'elle est sans le revendiquer outre-mesure comme si elle était mieux que les autres. À l'heure actuelle, Anne Rice est pour moi un vrai role-model, limite une figure maternelle tellement je l'aime -- j'ai faille me mettre à pleurer dans l'escalator de la Fnac quand j'ai réalisé qu'elle était quelques marches devant moi...

mercredi 15 août 2012

Blackwood Farm

"But you love books, then," Aunt Queen was saying. I had to listen.
"Oh, yes," Lestat said. "Sometimes they're the only thing that keeps me alive."
"What a thing to say at your age," she laughed.
"No, but one can feel desperate at any age, don't you think? The young are eternally desperate," he said frankly. "And books, they offer one hope–that a whole universe might open up from between the covers, and falling into that new universe, one is saved."

Anne Rice
Blackwood Farm
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

vendredi 6 avril 2012

Le lien maléfique (2)

'What?'
'Doesn't matter,' Rowan said, and came on, guarding the flame as before. 'The light made him look as though he'd moved.'
The woman looked back fixedly at the portrait as Rowan stood beside her. 'You'll see many strange things in this house,' she said. 'You'll pass empty rooms only to double back because you think you've seen a figure moving, or a person staring at you.'

Anne Rice
The Witching Hour

jeudi 5 avril 2012

Le lien maléfique

"To send an inexperienced man like Townsend to make contact with the Mayfair Witches is like sending a child directly to hell to interview the devil."
Anne Rice
The Witching Hour

samedi 11 juin 2011

Le Voleur de corps

"The other immortals are still around, of course -- Maharet and Mekare, the eldest of us all, Khayman of the First Brood, Eric, Santino, Pandora, and others whom we call the Children of the Millennia. Armand is still about, the lovely five-hundred-year-old boy-faced ancient who once ruled the Theatre des Vampires, and before that a coven of devil worshiping blood drinkers who lived beneath the Paris Cemetery, Les Innocents. Armand, I hope, will always be around." 
Anne Rice
The Tale of the Body Thief

vendredi 6 mai 2011

Bilan du mois d'avril

Le mois d'avril est fini et le bilan n'est pas mauvais, puisque j'ai lu dix livres malgré le retour d'une activité professionnelle non négligeable (en mars, j'ai malheureusement très peu travaillé, il y avait donc moins de mérite à enchaîner les bouquins).

Dans l'ordre chronologique, cela donne:

-Odette Toulemonde et autres histoires d'Eric-Emmanuel Schmitt, un très court recueil de nouvelles qui m'a réconciliée avec cet auteur, dont l'optimisme et les bons sentiments m'avaient considérablement écœurée dans Oscar et la Dame rose et L'Évangile selon Pilate.

-L'Ultima Legione de Valerio Massimo Manfredi, publié en France sous le très exact titre La Dernière Légion: un roman de gare bête, méchant et tel-le-ment convenu sur les aventures du dernier empereur romain et d'une poignée de légionnaires qui l'aident à fuir l'Italie en proie aux barbares, mais qui est néanmoins distrayant et prenant. Un film en a été tiré avec Colin Firth, Thomas Sangster, l'inoubliable petit garçon du film Love Actually, et Kevin McKidd, le Lucius Vérinus de la série Rome (qui, faut-il le rappeler, est la meilleure série jamais réalisée).
 
-The Queen of the Damned d'Anne Rice, le troisième tome des Chroniques des Vampires, qui réunit les plus puissants vampires encore en vie après le réveil d'Akasha: Armand, Louis, Gabrielle, Marius, Pandora, Mael, Khayman, Maharet, le jeune Daniel et le désagréable Lestat sont tous là pour m'envoyer en transe et me faire pleurer (intérieurement) devant tant de beauté et de sensualité. Du grand Anne Rice, même si ce n'est pas tout à fait aussi romantique et heart-breaking qu'Entretien avec un Vampire... Soulignons aussi que le Talamasca fait son apparition dans ce tome et que l'on se penche sur l'éventuelle existence d'un fantôme de Claudia (thème qui, je crois, sera repris dans l'un des derniers tomes de la série, mais je n'en suis pas sure vu que je me suis arrêtée à Pandora et Vittorio).

-Hors-Destin et Belle de Mort de Michel Robert: les quatrième et cinquième tomes de la série fantasy L'Agent des Ombres. Un peu déçue par la conclusion finale du dernier tome et toujours irritée par la banalité des dialogues et les tics d'écriture de l'auteur, je dois tout de même reconnaître que ces deux derniers tomes sont moins illisibles que les premiers. Un bon moment en tout cas, j'ai eu du mal à ne pas enchaîner les cinq lorsque j'ai lu le premier livre!

-Il Regno dei gufi de Martin Hocke, la traduction italienne de The Ancient Solitary Reign, une histoire nauséabonde de hiboux mâles qui violent des hiboux femelles, de hiboux communistes qui prennent le pouvoir et font régner la terreur, de hiboux qui errent dans le monde à la recherche de la Terre Promise (oui oui...) après qu'ils aient été chassés de leur terre, de hiboux qui décapitent d'autres hiboux et ainsi de suite. À fuir à tout prix.

-The Pursuit of Happiness de Douglas Kennedy, une grosse erreur: j'ai rarement lu une histoire aussi ennuyeuse racontée dans un style aussi insignifiant. L'auteur croit sérieusement que l'on peut rédiger des paragraphes et des chapitres entiers avec une succession de phrases de ce type: "Je me fis du café. Je posai la tasse sur la table. J'ouvris la machine à écrire. Je bus une gorgée de café. Je posai la tasse. Je tapai quelques mots. Je bus une gorgée de café." L'auteur m'a été conseillée par une amie et je suis peut-être tombée sur son plus mauvais livre, mais je ne suis pas prête de lui donner une deuxième chance!

-La Sombra del Viento de Carlos Ruiz Zafón (L'Ombre du Vent en français), lecture en espagnol qui m'a occupée pendant trois semaines et qui m'a considérablement tenue en haleine, en plus d'avoir compliqué quelques-unes de mes nuits de sommeil. L'histoire d'un jeune garçon qui lit un jour le livre d'un énigmatique auteur et décide d'en apprendre plus sur lui, alors même que cela semble déranger beaucoup de monde et qu'un mystérieux individu au visage ravagé par le feu rachète tous les livres de cet auteur afin de les brûler... Je rédigerai peut-être un billet plus détaillé sur ce livre qui m'a beaucoup plu et beaucoup intriguée.

-Le Tigri di Mompracem d'Emilio Salgari, la première aventure de Sandokan, l'incontournable pirate malaisien de la littérature italienne. Le style a mal vieilli et l'histoire est remplie de clichés, mais, comme toujours avec Salgari, on passe un très bon moment!

-Anansi Boys de Neil Gaiman, histoire de donner une deuxième chance à l'un des auteurs préférés de l'Homme. Le recueil de nouvelles Smoke and mirrors ne m'avait pas passionnée. Je crois bien, d'ailleurs, que je l'avais rendu  à la bibliothèque sans le finir, à la belle époque où j'habitais à Dublin et ne risquais donc pas de manquer de livres intéressants à lire en anglais. Anansi Boys ne m'a pas passionnée non plus: je crois que je ne comprends pas bien l'humour de Neil Gaiman ou que je ne l'accroche pas, tout simplement. Je trouve son écriture très statique et plate en quelque sorte. Toutefois, j'ai réussi à le finir ce livre-ci et j'en suis contente, car les 150 dernières pages sont bien meilleures que les 200 premières. L'histoire d'un "pauvre mec" timide et maladroit qui découvre à la mort de son père que celui-ci était... un dieu!... et qu'il a un frère qui a hérité de tous les pouvoirs divins de Papa. Au fait, Papa est une sorte de dieu-araignée qui s'appelle Anansi, d'où le titre.

Le mois ne vole pas très haut, avouons-le: pas le moindre classique, pas le moindre livre intello et deux grosses déceptions (je ne risque pas d'oublier les hiboux violeurs de sitôt!). Mais j'ai tout de même passé de très bons moments avec mes livres d'aventures qui ne cassent pas trois pattes à un canard...

Par contre, vu le temps qu'il me faut pour rédiger quelques lignes sur chaque livre et me relire trois ou quatre fois, je doute fermement de faire un tel bilan tous les mois; disons qu'il s'agit d'un billet d'inauguration exceptionnel. :)