Après Dessous Cocanha, un petit livre de SF parlant d'inégalités avec une touche d'espoir, je me suis penchée sur le premier roman d'Elisa Beiram, Le Premier Jour de paix.
Illustration (trop belle!) de Thomas Dambreville 😍😍
Ici, point d'île merveilleuse, mais un homme qui construit un mausolée au bord de la mer et qui compte les habitants de moins en moins nombreux de son village. Dans cette première partie, on devine que le monde tel que nous le connaissons s'est complètement effondré et que la situation est très difficile, tant dans le vaste monde que dans ce village complètement isolé et ravagé par la violence. Pourtant, des "émissaires" se déplacent pour résoudre les conflits de manière pacifique, comme nous le verrons dans la deuxième partie.
Le Premier Jour de paix m'a légèrement déstabilisée, car chacune des trois parties met en scène un personnage différent, ce que je n'avais pas compris en lisant la quatrième de couverture (et que j'avais oublié depuis que j'avais lu la chronique de Baroona, qui le dit très clairement 🙃). En outre, les liens entre ces trois personnages sont ténus – même si, au final, tout se rejoint. Ce qui est intéressant, c'est la double évolution que l'autrice nous présente: des exodes de masse et un réchauffement climatique épouvantable, mais qui ont finalement débouché sur des sociétés organisées différemment de la nôtre. C'est vraiment un pendule qui va de choses super anxiogènes à d'autres très encourageantes. Et on suit des personnages qui font de leur mieux pour œuvrer dans le bon sens, ce que j'adore.
Depuis plusieurs années, et de manière de plus en plus marquée, je suis exaspérée par les dystopies mettant en scène la catastrophe politique et environnementale avec un manque d'imagination désolant et, au contraire, ce que je soupçonne d'être une forte dose d'autosatisfaction. Tandis que je suis, dans le même temps, de plus en plus convaincue que la véritable originalité, la véritable vision, et la véritable preuve que l'on voit plus loin que le bout de son nez se trouvent chez les gens qui savent nous montrer un futur soit nuancé, comme ici, soit carrément désirable, comme Star Trek, Becky Chambers et Céline Minard...
Mon seul regret, c'est que j'ai lu ce roman, pourtant très court, de manière très découpée et que j'ai donc eu du mal à faire les liens. C'est seulement en revenant en arrière et en relisant des chapitres entiers (que j'avais, évidemment, intégralement oubliés en quelques jours) que j'ai mieux cerné le tout.
Anecdote rigolote: dans la bibliographie qu'elle propose en fin d'ouvrage, l'autrice cite "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" : En finir avec une sentence de mort de Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens, qui lui "a été conseillé par le libraire de l'Atalante (merci Mathieu!)" et qu'elle qualifie de "indispensable". Je me suis sentie à la pointe de la pensée intellectuelle, gauchiste, altermondialiste, antifasciste ou que sais-je. 😍😍
