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jeudi 23 octobre 2025

La Maison Tellier (1881)

Lorsque j'ai lu Toine et La Petite Roque, plus tôt cette année, je me suis penchée sur la bibliographie de Guy de Maupassant pour faire le point sur ce que j'avais déjà et ce qui me manquait, et je me suis rendu compte que je ne possédais pas le recueil La Maison Tellier. Ou, pour être exacte: j'avais un recueil de ce nom, mais il ne contenait pas l'intégralité des textes du recueil d'origine, tandis qu'il contenait d'autres textes qui n'en faisaient pas partie. 😱😱 J'ai fait une attaque. Puis, j'ai fait du tri, j'ai évacué deux ou trois recueils montés par des éditeurs modernes et j'ai racheté une édition correspondant à La Maison Tellier d'origine.

Et donc voilà, c'est parti pour quelques dizaines de pages en compagnie du grand Guy! La majorité des nouvelles avaient été publiées dans la presse avant la parution en recueil, tandis que trois étaient inédites.

La Maison Tellier (inédit)
Ce texte, qui donne son nom au recueil, est assez plaisant et rigolo. On est en Normandie, dans une petite ville, et la Maison Tellier, qui est une maison close, est fréquentée par des hommes très bien. Mais un soir, gros désarroi: la Maison Tellier est fermée "pour cause de première communion". Derrière le ton léger, Maupassant parle en fait de tas de choses malheureuses: l'exploitation des femmes, l'hypocrisie sociale, les destins brisés. Il y a une scène super triste dans l'église. Je l'avais forcément déjà lu, mais je n'en gardais aucun souvenir.

Sur l'eau (1876)
Grand classique de Maupassant, ce texte fait partie de ceux que j'ai lus en quatrième et qui ont marqué mon parcours de lectrice. J'y ai redécouvert, et conscientisé, le mot "épouvante". Il est magnifique et hyper efficace.

Histoire d'une fille de ferme (1881)
Une histoire désespérante sur la condition féminine. Vraiment, je pense que Maupassant, en parallèle d'une misogynie crasse, avait bien cerné combien les femmes partaient perdantes dans son monde.

En famille (1881)
Alors, ça, il fallait vraiment être Maupassant pour l'imaginer et surtout pour intituler l'histoire ainsi. 😂😂 Le début est pas mal désespérant à cause du parcours de raté du personnage principal (voir l'extrait ci-dessous), mais ensuite, quand on comprend (et on comprend bien avant lui 👀), ça devient assez drôle.

"C’étaient de grosses dames aux toilettes farces, de ces bourgeoises de banlieue qui remplacent la distinction dont elles manquent par une dignité intempestive ; des messieurs las du bureau, la figure jaunie, la taille tournée, une épaule un peu remontée par les longs travaux courbés sur les tables. Leurs faces inquiètes et tristes disaient encore les soucis domestiques, les incessants besoins d’argent, les anciennes espérances définitivement déçues ; car tous appartenaient à cette armée de pauvres diables râpés qui végètent économiquement dans une chétive maison de plâtre, avec une plate-bande pour jardin, au milieu de cette campagne à dépotoirs qui borde Paris."
Le Papa de Simon (1879)
Un autre texte que j'ai lu en quatrième et qui m'a marquée, quoique de manière très différente. Un bonbon de réconfort dans un monde de brutes. ❤️❤️❤️❤️

Une partie de campagne (1881)
Un autre grand classique de Maupassant, que je n'ai pas lu en quatrième pour le coup, mais que j'ai dû lire dans trois recueils différents au gré de mes trouvailles en bouquinerie. Je redoutais de le relire car je l'avais associé au viol, mais, en fait, ce n'est pas ça. C'est même triste, dans le genre "rencontres avortées". Comme souvent, Maupassant se moque des petits bourgeois de Paris...

Au printemps (inédit)
Un texte incisif et cruel, et surtout bien misogyne! Mais ça se lit avec plaisir.

La Femme de Paul (inédit)
Je crois que c'est la première fois que je rencontre des lesbiennes chez Maupassant. Je n'ai pas de certitude totale, mais le ton m'a semblé plutôt positif envers ces femmes. Le personnage principal, Paul, déteste l'homosexualité et il le dit, mais il m'a semblé que la voix narratrice s'incarnait plutôt dans les propos de sa femme, qui est plus large d'esprit. Bien sûr, tout cela finit remarquablement mal. C'est sympa, les guinguettes en bord de Seine, mais il peut s'y passer bien des drames. 👀

Et voilà, du Maupassant très constant dans sa qualité, comme d'habitude!

lundi 30 juin 2025

La Petite Roque (1886)

Les lecteurs réguliers de ce blog le savent, je suis une grande amatrice de Guy de Maupassant, que je lis toujours avec le même plaisir et le même émerveillement. Ce nouveau recueil, paru la même année que Toine, a confirmé, pour la trente-six millième fois, combien j'aime cet auteur et combien je le trouve uniformément bon.

Ce volume regroupe dix nouvelles, toutes issues de sa veine réaliste. La femme, l'adultère et le sexe y sont un peu moins prégnants que dans les deux derniers recueils que j'ai lu.

La petite Roque: on démarre fort avec le viol et le meurtre d'une enfant de douze ou treize ans, la petite Roque qui donne son nom au texte et au recueil. Horrible, évidemment. Bien que réaliste, il s'agit presque d'une histoire de hantise.

L'épave: changement complet de décor ici, puisque l'histoire se passe à bord de l'épave d'un navire échoué au large de la Vendée. L'histoire est assez simple; c'est vraiment le lieu qui fait le charme du texte.

L'ermite: une histoire très gloups-gloups, qui m'a rappelé le film Old Boy.

Mademoiselle Perle: un très beau texte sur un amour impossible, avec des personnages foncièrement gentils et un passage presque surnaturel où l'on entend un chien hurler pendant une nuit enneigée. Je me suis souvenue l'avoir lu lors de ma toute première rencontre avec Maupassant, au collège. Je l'ai lu, cette fois, le jour où j'ai réservé ma nouvelle voiture.

Rosalie Prudent: le témoignagne affreux d'une femme jugée pour infanticide. Ça fait froid dans le dos et me semble confirmer que Maupassant avait bien compris combien les femmes partaient perdantes dans sa société.

Sur les chats: un texte contrasté, qui commence par une scène d'une cruauté épouvantable et se termine par une nuit nettement plus sympathique. C'est peut-être un peu paresseux pour le génie de Maupassant, d'autant qu'il y cite deux fois des vers de Beaudelaire, ce qui fait pas mal pour un texte de seulement sept pages. Il me semble qu'il a écrit un autre texte du même genre, mais qui pousse plus loin l'élément de la visite nocturne d'un chat. Mais enfin, c'est quand même très bien, vu qu'on y parle de chats. 😼😼

Madame Parisse: ah, là, on retrouve la femme aimée et l'adultère, une constante chez Maupassant. C'est un texte assez rigolo, somme toute.

Julie Romain: un texte nettement plus triste, où le narrateur raconte sa rencontre avec une actrice autrefois célèbre, qui vit à présent seule et recluse. Le temps qui passe, mes amis, le temps qui passe... 💔

Le père Amable: l'histoire d'un paysan radin et méfiant, furieux de voir son fils se marier avec une femme qui a eu un enfant hors mariage. Je sentais venir la catastrophe, bien sûr, mais la catastrophe finale n'a pas été celle que j'imaginais. Merci, Guy, pour cette dernière phrase qui clot le recueil sur une petite note bien sombre et un peu dégueu. 😅😅

Et voilà. Du grand art, comme d'habitude. Maupassant était un génie.

Le petit truc en plus que je ne veux pas oublier: cette édition du livre de poche, qui semble dater de 1968, m'a coûté 90 centimes en bouquinerie et a visiblement appartenu à quelqu'un qui l'a utilisé comme support d'étude, car il y avait quelques pages annotées. C'était très mignon.

jeudi 1 mai 2025

Toine (1886)

Il y a des tas de choses que je trouve formidables chez Guy de Maupassant, mais je vais en souligner deux en particulier pour commencer ce billet:

Premièrement, le gars a été tellement prolifique que je n'ai toujours pas fini son œuvre alors que je le lis depuis l'année scolaire 1998-1999.

Deuxièmement, je n'ai jamais rien lu de mauvais sous sa plume. Le gars était uniformément brillant.

Cette année, j'ai deux recueils de nouvelles à lire: Toine et La Petite Roque, tous deux parus en 1886.

Toine réunit dix-huit nouvelles:

Toine (1885)
L'Ami Patience (1883)
La Dot (1884)
L'Homme-fille (1884)
La Moustache (1884)
Le Lit 29 (1884)
Le Protecteur (1884)
Bombard (1884)
La Chevelure (1884)
Le Père Mongilet (1885)
L'Armoire (1884)
La Chambre 11 (1884)
Les Prisonniers (1884)
Nos Anglais (1885)
Le Moyen de Roger (1885)
La Confession (1884)
La Mère aux monstres (1883)
La Confession de Théodule Sabot (1884)

Toutes étaient précédemment parues dans Gil Blas, sauf La Confession de Théodule Sabot qui était parue dans Le Figaro.

Bien sûr, ça a été un vrai régal.

Certains textes sont plutôt drôles, comme Toine avec son gros bonhomme cloué au lit avec ses œufs de poule, ou Les Prisonniers avec sa brave paysanne qui ne se laisse pas démonter par l'arrivée chez elle d'un petit contingent de soldats prussiens. D'autres sont tragiques, par exemple La Dot, Le Lit 29, L'Armoire, La Confession et La Mère aux monstres.

Évidemment, la femme est très présente: elle est objet de désir et souvent victime d'une société impitoyable. De ce point de vue, La Mère aux monstres est d'une modernité épouvantable. Maupassant était plutôt d'une mysoginie crasse dans la vie, mais, en lisant certains de ses textes, j'ai quand même le sentiment qu'il avait bien pigé que les femmes partaient perdantes dans la société de son temps. Citons toutefois que, à l'inverse, c'est l'épouse qui cloue spectaculairement le bec à son mari dans Bombard, ce qui m'a bien fait rigoler. (Note pour moi-même: ce texte m'a tellement rappelé La Fenêtre du recueil Le Rosier de Madame Husson que je suis étonnée que les notes de cette éditon Folio n'évoquent pas le parallèle...)

D'autres textes parlent des mœurs du temps, comme L'Homme-Fille et La Moustache, et la sexualité est évidemment présente à peu près partout.

La Chevelure
, enfin, est un classique de Maupassant qui pourrait presque relever du fantastique, tant il peut s'interpréter comme une histoire de hantise (même si l'explication rationnelle avancée par le corps médical relève de la sexualité la plus dégueu qu'on puisse imaginer).

Bref, c'était super. Quel génie, ce Guy. Et quelle langue parfaite! Sérieux, le XIXe, c'était quelque chose.

"La solitude m’emplit d’une angoisse horrible, la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. Il me semble alors que je suis seul sur la terre, affreusement seul, mais entouré de dangers vagues, de choses inconnues et terribles ; et la cloison qui me sépare de mon voisin, de mon voisin que je ne connais pas, m’éloigne de lui autant que des étoiles aperçues par ma fenêtre. Une sorte de fièvre m’envahit, une fièvre d’impatience et de crainte ; et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste ce silence de la chambre où l’on vit seul ! Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque, on tressaille jusqu’au cœur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis."
(Extrait de La Confession)
Et vive l'imparfait du subjonctif, bien sûr!! 💞💞
"C’est à peine si on apercevait de temps en temps un homme qu’on devinât lavé, parfaitement lavé, et dont tout l’habillement eût un air d’ensemble."
(Extrait de L'Armoire)

"Elle parlait vite, les yeux baissés, d’un air hypocrite, pareille à une bête féroce qui a peur. Elle adoucissait le ton âpre de sa voix, et on s’étonnait que ces paroles larmoyantes et filées en fausset sortissent de ce grand corps osseux, trop fort, aux angles grossiers, qui semblait fait pour les gestes véhéments et pour hurler à la façon des loups."
(Extrait de La Mère aux monstres)

dimanche 29 décembre 2024

Mademoiselle Fifi (1982)

Chronique express!

Ce qui est formidable avec certains auteurs très prolifiques, c'est qu'il semble impossible de venir à bout de leur production. Cela fait vingt-cinq ans que je lis Guy de Maupassant avec entrain, et il m'arrive encore de tomber sur un bouquin de lui que je n'ai pas lu! Ici, Mademoiselle Fifi, un recueil de dix-huit nouvelles de sa veine réaliste précédemment publiées individuellement dans des journaux (essentiellement Gil Blas, selon Wikipédia). On y parle beaucoup de femmes, évidemment: des femmes qui en savent long (la réplique finale de La Rouille 😂), des femmes adultères, des femmes déçues, des femmes victimes du sort (Madame Baptiste 💔). Certains personnages font preuve d'une mysoginie crasse et on peut même lire certains textes comme des exemples de masculinité toxique (Fou ? et son narrateur qui tue un cheval par jalousie...). On y parle aussi, indirectement, de la guerre franco-prusse de 1870 et de petites gens, et évidemment d'arnaques ou de rapacité. Du Maupassant tout ce qu'il y a de plus classique, en somme. Aucun texte ne fait partie de ses chefs d'œuvre et ne passe dans la catégorie "très bon", mais aucun n'est ne serait-ce que "moyen": c'est uniformément bon. Ce mec était un génie.

mardi 15 octobre 2024

Maupassant (1989)

Chronique express!

Henri Troyat était écrivain, mais je le connais uniquement en tant que biographe: j'ai lu, il y a fort longtemps, sa biographie d'Alexandre Dumas, puis, il y a longtemps aussi mais quand même moins, celle d'Émile Zola. Adorant Guy de Maupassant, je n'ai pas hésité une seconde à acheter cette biographie-ci lorsque je l'ai trouvée d'occasion. Je connaissais déjà assez bien la vie de Maupassant dans les grandes lignes, car je l'ai étudié à l'école et j'ai lu un assez grand nombre de ses livres, mais j'ai bien sûr approfondi considérablement le sujet en passant un peu plus de 300 pages en sa compagnie. C'était très intéressant, car Maupassant a eu une vie hors de l'ordinaire: un mode de vie débridé avec beaucoup de femmes, une carrière littéraire express mais flamboyante au contact de très grands noms du XIXe siècle (Flaubert d'abord, qui l'a beaucoup aidé, puis Zola évidemment, et Edmond de Goncourt qui ne s'est guère privé de le démollir dans son journal), puis une mort particulièrement tragique. Né en en 1850, il a publié à partir de 1879 et a réussi à sortir six romans et quinze (!) recueils de nouvelles avant de sombrer dans la folie au début des années 1890. (Et quelle folie: le dernier chapitre est horrible et serre le cœur. Maupassant se croyait persécuté, piétinait des insectes qu'il était le seul à voir, léchait les murs de sa cellule, se retenait d'uriner parce que l'urine "est faite de bijoux"...) Henri Troyat évoque aussi sa vie sexuelle hyperactive. Je savais que Maupassant était un coureur de jupons, mais, apparemment, il couchait vraiment tout le temps, partout, avec des femmes de toutes les catégories sociales possibles. Sa folie a d'ailleurs été provoquée par la syphillis, une MST. Et sinon, j'ai découvert qu'il bataillait sec avec ses éditeurs pour se faire payer, et bien payer, et vite payer. De nos jours, il serait à la Ligue des auteurs professionnels!

Je vous laisse sur un extrait d'une lettre de Flaubert qui rend bien l'idée de l'activité sexuelle de Maupassant. Le 27 juillet 1877, Gustave Flaubert indique à Ivan Tourgueniev:

"Aucune nouvelle des amis, sauf le jeune Guy. Il m'a écrit récemment qu'en trois jours il avait tiré dix-neuf coups! C'est beau! mais j'ai peur qu'il ne finisse par s'en aller en sperme."

Je.

Je.

"J'ai peur qu'il ne finisse par s'en aller en sperme."

Les mots me manquent. Le dix-neuvième, ce siècle pudibond. 😂😂😂

lundi 18 mars 2024

Le Rosier de Madame Husson (1888)

Exception faite de la nouvelle Le Tic, que j'ai lue pour la millième fois dans un recueil thématique sur les vampires fin 2020, je n'avais pas lu Guy de Maupassant depuis 2019, lorsque j'avais lu Notre Cœur. Quatre ans et demi sans Maupassant! Drame! Catastrophe! Affreusité!

Par chance, je suis tombée en bouquinerie sur ce recueil de nouvelles qui ne me disait rien, et je l'ai bien sûr acheté. Sorti en 1888, Le Rosier de Madame Husson réunit quatorze textes écrits de 1883 à 1888, qui étaient parus dans la presse individuellement. Le thème de la femme (séduction, adultère, amour, prostitution ou entretien) me semble en être le fil rouge.

Édition Garnier Flammarion de 1976.

Le Rosier de Madame Husson (1887)
Le texte qui donne son nom au recueil ne parle aucunement d'horticulture. 😂 Madame Husson est, à la base, à la recherche d'une rosière, c'est-à-dire d'une jeune fille symbolisant la vertu féminine. Hélas, personne ne satisfait ses exigences dans sa ville, Gisors... Alors, elle décide de nommer un rosier, Isidore, un jeune garçon à la moralité irréprochable. Bien sûr, tout ça va mal finir, et de manière très amusante.

Un échec (1885)
Une tentative de séduction qui se termine en tentative de viol. Charmant. Heureusement que c'est un échec, comme l'indique le titre.

Enragée ? (1883)
Une femme écrit à une amie pour lui faire part de son difficile voyage de noces. Ce texte a quelque chose d'assez drôle, car la pauvre ne comprend pas ce qu'il lui arrive et se fait tout un film sur le fait qu'elle a la rage; mais en réalité, c'est un portrait assez affreux de la découverte du sexe par quelqu'un qui ne sait même pas que le sexe existe. Le thème était déjà abordé dans Notre Cœur et bien sûr dans Une Vie.

Le Modèle (1883)
L'histoire d'un peintre et de la femme qu'il a aimée et prise pour modèle. Je pense avoir déjà lu ce texte ailleurs, mais je ne sais pas où. C'est cruel...

La Baronne (1887)
Une histoire de vente d'antiquités. Très amusante.

Une vente (1884)
Le jugement de deux hommes accusés d'avoir essayé de tuer la femme de l'un d'eux en la noyant dans un tonneau. Les ravages de l'alcool!! 🤣🤣

L'Assassin (1887)
La plaidoirie d'un avocat défendant un homme qui a tué son patron. Et pourquoi? Parce qu'il était un homme trop vertueux, en quelque sorte!

La Martine (1883)
Une triste histoire à la campagne. Un homme simple et, a priori, pas mauvais, tombe amoureux d'une jeune femme qui lui rend son amour. Hélas, on la marie à un autre...

Une soirée (1887)
Un soldat en permission se rend chez sa sœur à Vannes, dans l'espoir de lui soutirer de l'argent. Hélas, rien ne va se passer comme il l'espérait.

La Confession (1884)
Lol lol lol. Un homme très vertueux, tiraillé de remords, confesse avoir trompé sa femme. Mais à qui ne se confesse-t-il pas... 🤣

Divorce (1888)
Un notaire trouve sa future épouse dans les petites annonces d'un journal. En fait, les annonces de rencontre existaient déjà au XIXe!

La Revanche (1884)
Une pièce de théâtre durant laquelle un homme parle de son ex-femme, dont il a divorcé. Et voilà que ladite ex-femme passe par là... Le contenu sexuel est vachement explicite et pose question pour un lecteur moderne! 🤮

L'Odyssée d'une fille (1883)
Le texte le plus poignant du recueil, dans lequel un narrateur anonyme relate l'histoire désolante que lui a racontée une prostituée l'ayant abordé pour lui proposer ses services. C'est Pretty Woman mais en affreux, et sans happy end.

La Fenêtre (1883)
Un homme fort amoureux accepte de se rendre chez la femme qu'il aime, qui souhaite le connaître mieux avant d'accepter – ou non – ses avances. Sauf que la frustration s'installe, alors il couche avec la domestique...

Bien qu'il ne contienne aucun texte majeur – sauf peut-être L'Odyssée d'une fille, qui brosse un portrait effroyable du destin d'une femme dans un monde d'hommes –, j'ai lu ce recueil avec grand plaisir, parce que Maupassant était bon même quand il n'était pas à son meilleur. Quel grand écrivain!

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
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lundi 28 décembre 2020

Histoires de vampires (recueil)

Probablement en réaction à la disparition de l'automne et de l'hiver, mes deux saisons préférées, j'ai envie de lire du fantastique en ce moment. C'est une sorte de lecture doudou qui me rappelle mon adolescence. J'ai donc resorti de la biliothèque un recueil d'histoires de vampires offert par une amie il y a fort longtemps, et déjà lu deux fois – mais totalement oublié depuis.

Histoires de vampires, éditeur Maxi-Livres, collection Maxi Poche, 2005, 2€ (à l'époque!)

Alexandre Dumas: Histoire de la Dame pâle (1849)
Un récit à la première personne qui sent bon le XIXe. Une Polonaise raconte comment deux frères se sont affrontés pour son amour au cœur des Carpates (cinquante ans avant Dracula, l'Europe de l'Est est déjà la patrie du vampire). On est loin de ce que Dumas a fait de mieux, mais c'est très agréable.

Charles Baudelaire: "Le Vampire" (1867)
Un des textes les plus célèbres des Fleurs du Mal. Déjà lu mille fois, mais toujours très beau.

Prosper Mérimée: Lokis (1868)
Cette nouvelle est un peu hors-sujet, puisqu'elle ne parle pas d'un vampire mais d'un ours-garou. Le schéma, en revanche, est très classique: un savant rejoint le château isolé d'un comte lithuanien et ne tarde pas à se rendre compte que celui-ci tient des propos bizarres. Rien de très mémorable, mais c'est plaisant.

Charles Nodier: Smarra ou les Démons de la nuit (1822)
Alors là, je n'ai absolument rien compris. C'est un texte très lyrique et plein de références à la mythologie (grecque, essentiellement), je ne sais pas du tout ce qu'il s'y passe.

Guy de Maupassant: Le Tic (1884)
Une nouvelle typique de Maupassant, qui, rappelons-le, est le roi de la nouvelle. Je l'ai déjà lue x fois, mais elle est très sympathique. L'auteur a un don incroyable pour poser son atmopshère et ses personnages en deux paragraphes, c'est dingue.

Aloysius Bertrand: Gaspard de la Nuit (1842)
Une série de visions indépendantes qui, si je comprends bien, racontent autant de rêves. C'est joliment écrit et j'ai étudié un des textes, "Le Rêve", quand j'étais au lycée. Nostalgie, quand tu nous tiens.

Le recueil contient également plusieurs textes très courts et extrêmement factuels de Charles Nodier (La Nonne sanglante, Le Vampire Arnold-Paul, Vampires de Hongrie et Tante Mélanchton) à l'intérêt limité, si ce n'est pour y retrouver les grandes caractéristiques du mythe (le cadavre encore frais dans son cercueil des semaines après la mort, les épidémies de mort, la destruction par décapitation et incinération...). Seul le dernier, Facéties sur les vampires, est amusant dans son ironie.

Enfin, le recueil comprend également Le Horla de Guy de Maupassant, que je n'ai pas relu car je l'ai déjà lu au moins quinze fois, et La Morte amoureuse de Théophile Gautier, que je n'ai pas relu car je l'ai déjà lu au moins cinq fois et que je l'ai justement relu il y a quinze jours.

Dans l'ensemble, les textes de ce recueil ne sont pas inoubliables ou très marquants (sauf Le Horla – lisez Le Horla si ce n'est pas déjà fait), mais il est très intéressant de voir combien le mythe du vampire était déjà balisé au XIXe. Et il a atteint l'objectif que je lui demandais, c'est-à-dire m'emmener dans des châteaux isolés au fin fond des Carpates, loin de tout, où des ombres rôdent entre les vieilles pierres la nuit...

mardi 3 septembre 2019

Notre cœur (1890)

Notre cœur est le dernier roman de Guy de Maupassant, qui est mort trois ans après sa publication. L'écrivain normand s'y intéresse à André Mariolle, un riche oisif un peu blasé de la vie et terrifié à l'idée d'être un raté, et à Michèle de Burne, une femme du monde qui bénéficie, après son veuvage, d'une certaine indépendance. Comme la plupart des membres de son cercle, André Mariolle tombe rapidement amoureux de cette femme jolie, coquette, sûre d'elle et de son charme, joyeuse et fine. Mais Mme de Burne a toujours éconduit tous ses prétendants; elle aime être aimée mais n'aime pas, elle. Jusqu'à ce que l'adoration de Mariolles n'attire un peu plus son attention.


On le sait, Maupassant n'est jamais très gai. Ce roman ne déroge pas à la règle: malgré la passion de Mariolle, son amour reste malheureux, car il sent bien que Mme de Burne ne l'aime pas de la même manière. Elle l'aime bien, mais elle ne l'aime pas. Voyez-vous la différence? Ce qui est désespérant, c'est que le jeune homme va se consoler en trouvant, à son tour, une maîtresse qui l'aime plus qu'il ne l'aime... 😡😭 Enfin, je ne m'attendais pas à une fin heureuse avec cet écrivain, donc je n'ai guère été surprise par cette conclusion assez amère.

Stylistiquement, ce roman n'est pas le chef d'œuvre de Maupassant, que je trouve plus brillant quand il pose des ambiances brumeuses et mystérieuses (comme dans Au bord de l'eau ou La Chevelure) ou quand il décrit des faits particulièrement révoltants (comme dans Coco, L'Âne ou Boule de Suif). Bien sûr, il se lit agréablement, parce que Maupassant savait écrire. Il a cette atmosphère élégante et policée du XIXe que j'adore et il regorge de remarques désabusées et cyniques qui m'ont parlé. À noter également, des propos très misogynes de la part de certains personnages, mais aussi une courte remarque très juste sur le choc d'une femme confrontée à la sexualité lors de son mariage alors qu'elle ne sait pas de quoi il s'agit (ce qui n'est pas sans rappeler l'horrible nuit de noces de Une vie). Décidément, Maupassant avait beau avoir de gros problèmes avec les femmes, il avait le bon sens de comprendre que leur éducation et leur place dans la société ne les aidaient pas...
"Ils arrivaient infailliblement à cette conclusion qu’une jeune fille élevée dans le rêve des tendresses futures et dans l’attente d’un mystère inquiétant, deviné indécent et gentiment impur, mais distingué, devait demeurer bouleversée quand la révélation des exigences du mariage lui était faite par un rustre."
Cette édition France Loisirs, que j'ai achetée d'occasion, contient aussi les premières pages de L'Âme étrangère, roman que Maupassant n'a pas terminé à cause de sa maladie et de sa mort. Un début intéressant, mais bien trop court pour savoir si le roman aurait été prenant dans son ensemble.

lundi 18 juin 2018

Les Soirées de Médan (1880)

Le recueil Les Soirées de Médan réunit six textes sur la guerre franco-prusse de 1870. J'en ai beaucoup entendu parler au cours de mes lectures sur Zola et il a tenu une place très importante dans le parcours de Maupassant. Je remercie chaleureusement les amis qui m'ont donné cet exemplaire récupéré dans la bibliothèque familiale! 💓


L'attaque du moulin d'Émile Zola
J'avais déjà lu ce texte dans l'un ou l'autre de mes recueils de nouvelles de Zola. L'écrivain y décrit une bataille menée autour ou dans un moulin (oui, bon, vous l'aurez deviné grâce au titre), d'abord occupé par des soldats français qui essayent à tout prix de retarder l'avancée des Prussiens, puis par les Prussiens victorieux. Le véritable intérêt du texte réside dans la manière dont cette bataille bouleverse la vie des trois habitants du moulin, un vieux monsieur taciturne, sa fille et le futur époux de celle-ci. C'est loin d'être le meilleur texte de Zola, y compris dans le format court, et le personnage féminin est très irritant, mais ça reste intéressant.

Boule de suif de Guy de Maupassant
Ce n'est pas par hasard si ce recueil a lancé Maupassant: Boule de suif est vraiment un bon texte, et le meilleur des six textes proposés ici. Je l'avais déjà lu aussi, mais il garde toute sa puissance même quand on connait l'histoire. Maupassant montre l'horreur de l'hypocrisie et de la manipulation bourgeoises et mesquines avec ce groupe de civils fuyant Rouen occupée par les Prussiens. Parmi eux, une prostituée, Boule de suif. On finit le texte la gorge serrée, profondément dégouté par l'humanité.

Sac au dos de J. K. Huysmans
Un texte au style étonnamment moderne sur un jeune soldat qui ne verra jamais les combats à cause de la dysenterie et qui est balloté d'hôpital en hospice. L'intrigue n'est pas forcément passionnante mais il est étonnant de rencontrer un tel texte au XIXe. Le narrateur parle tantôt au passé, tantôt au présent, et emploie pas mal d'argot. Ça m'a vite rappelé Céline. "Nous étions bien une pelletée de cinquante hommes dans la boîte qui nous roulait." "Mon tour arrive enfin: on m'examine des pieds à la tête, on me pèse sur le ventre qui est tendu et gonflé comme un ballon, et, à l'unanimité des voix, le conseil m'accorde un congé de convalescence de soixante jours. [...] Je ne sens plus ce fer rouge qui me brûle les entrailles, je saute comme un cabri!"

La saignée d'Henry Céard
Retour à une rédaction très dix-neuvième pour cette nouvelle sur une courtisane liée au général défendant Paris assiégée par les Prussiens. Suite à une dispute, elle part à Versailles occupée, mais les choses ne se passeront pas comme elle le veut. La nouvelle se termine sur une note sanglante particulièrement déprimante. C'est un texte de qualité bien que pas hyper mémorable.

L'affaire du grand 7 de Léon Hennique
Je n'ai pas bien compris la fin de cette nouvelle qui décrit un mouvement de foule et de folie meurtrière parmi un groupe de soldats. C'est certainement le texte que j'ai le moins aimé du recueil.

Après la bataille de Paul Alexis
Un prêtre ayant rejoint l'armée et blessé au pied erre le long d'une route, où il rencontre une jeune femme qui ramène le cadavre de son mari au pays. J'ai bien aimé ce texte plus humain et positif que les autres. On parcourt rapidement les passés respectifs des deux personnages et on s'attache inévitablement à eux. La fin est assez prévisible (quoique je me préparais à une catastrophe généralisée au cas où Alexis serait du même genre que Maupassant) mais c'est un bon texte. À noter qu'il parle de désir sexuel, y compris du point de vue féminin.

Et vous, chers lecteurs, connaissiez-vous ce recueil? À part Zola et Maupassant, connaissez-vous les autres écrivains? Leurs noms me disaient quelque chose, ayant dû les croiser dans mes lectures sur Zola, mais je serais bien incapable de citer leurs œuvres...

jeudi 15 juin 2017

Miss Harriett (1884)

Je continue d'explorer l’œuvre de Maupassant au hasard de mes trouvailles en bouquinerie. Presque un an après ma dernière lecture de l'auteur, j'ai enfin lu Miss Harriett, un recueil paru en 1884 qui somnolait dans ma PAL depuis un certain temps (genre deux ans?).


Miss Harriett (1883)
Une nouvelle triste et une chute un peu glauque dans la campagne normande. L'intro est typique de Maupassant: un narrateur anonyme pose un contexte (une promenade en calèche) et laisse rapidement la parole au véritable narrateur, qui raconte une histoire aux personnes présentes (les autres passagers de la calèche). Le ton est donné dès ses premiers mots: "Ce ne sera pas gai, mesdames; je vais vous raconter le plus lamentable amour de ma vie. Je souhaite à mes amis de n'en point inspirer de semblable."

L'Héritage (1884)
La nouvelle la plus longue du recueil (quasiment 100 pages) est très représentative de son époque avec ses petits employés qui attendent un héritage, son personnage féminin au mariage arrangé, son dîner de présentation et ses promenades en bord de Seine... Elle est aussi la plus cynique puisque tous les personnages sont très volages et hypocrites. C'était très sympa et je me suis demandée jusqu'au bout si cet héritage allait finir par tomber!

Denis (1883)
Là, je n'ai pas trop compris lol! C'est une histoire un peu bizarre entre un domestique et son maître. Je ne sais pas trop ce qu'il faut en tirer. Je pense que c'est du "Maupassant à la chaîne" pour publier dans les journaux.

L'Âne (1883)
Ici, c'est du Maupassant cruel et terrible, certainement le genre de texte qui rebute certains lecteurs. Je me suis sentie vraiment très mal, même si je savais d'emblée, rien qu'au titre, que ça ne finirait pas bien. C'est dans le genre de Coco, une nouvelle terrifiante de cruauté.

Idylle (1884)
Une nouvelle un peu barrée sur une idylle entre deux inconnus voyageant côte à côte dans un train. L'homme est un Italien partant chercher du travail en France; la femme est une nourrice qui n'a pas donné le lait depuis un ou deux jours et dont les seins sont douloureux. C'était vraiment chelou. Lol.

La Ficelle (1883)
Un texte qui fait son boulot mais n'a pas de charme particulier (peut-être un nouvel exemple de "Maupassant à la chaîne"). Elle reste dans le ton de l'écrivain avec son personnage naïf qui essaye désespérément de clamer son innocence, mais n'est pas mémorable.

Garçon, un bock!... (1884)
Même commentaire que pour la nouvelle précédente. L'homme qui commande bock sur bock est cependant l'inverse du Normand de La Ficelle puisqu'il est complètement désabusé après avoir vu, une fois, le côté sombre de la vie. Ça parle du choc quand on découvre la vérité sur ses parents et que celle-ci n'est pas très belle.

Le Baptême (1884)
Un texte sobre sur un baptême campagnard. Comme souvent chez Maupassant, tout tient dans la chute, que j'ai trouvé extrêmement émouvante.

Regret (1883)
L'histoire d'une occasion manquée dont on se rend compte trop tard, tellement trop tard... Je me suis un peu reconnue dans ce personnage qui contemple tristement sa vie "tout à fait ratée" et surtout dans cette remarque: "Combien de gens ratent leur vie par nonchalance." D'autant plus que j'ai laissé passer une occasion importante ces jours-là et que je pense que je n'en aurai pas d'autre (ou pas de sitôt). Mais bon on fait comme on peut au moment où il faut choisir...

Mon oncle Jules (1883)
Un texte triste, classique de Maupassant. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour le narrateur et son oncle Jules.

En voyage (1883)
Une histoire d'amour improbable et condamnée. Un texte touchant et efficace mais pas mémorable. Je ne sais pas trop ce qu'il fallait comprendre avec la réplique tronquée de la fin.

La Mère Sauvage (1884)
Située en pleine guerre franco-prusse, cette nouvelle rappelle bien sûr Boule de Suif, même si l'histoire n'a rien à voir, la Mère Sauvage étant une vieille femme française à qui on a "distribué" plusieurs soldats prussiens. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'elle reçoive une lettre la prévenant de la mort de son fils soldat.

Ce recueil est intéressant puisqu'il permet de voir plusieurs facettes de Maupassant et de son "pessimisme cosmique": la cruauté absolue de L'Âne, l'intéressement petit-bourgeois de L'Héritage, le regret existentiel de Regret et Le Baptême.... Certains textes ne sont clairement pas majeurs dans son œuvre, mais l'ensemble vaut le coup si vous aimez l'auteur. Si vous ne le connaissez pas, par contre, je conseille toujours de lire Le Horla...

vendredi 3 juin 2016

Fort comme la mort (1889)

Chronique express!


C'est toujours un plaisir de retrouver Maupassant, qui reste un de mes écrivains préférés et une valeur sûre (même si je redécouvre en relisant ma chronique de l'année dernière que j'avais trouvé Mont-Oriol un peu en-deçà de ses autres œuvres). Fort comme la mort est une de ses dernières œuvres, publiée quatre ans avant son décès. C'est un portrait assez sombre d'un couple, un peintre et une comtesse amants depuis de nombreuses années et progressivement confrontés à leur vieillissement. S'ils savent bien que le temps passe, ils en prennent tout particulièrement conscience lors de l'entrée dans le monde de la fille de la comtesse, portrait vivant de sa mère telle qu'elle était quand elle avait commencé à fréquenter le peintre. L'évolution de l'histoire est assez évidente et j'ai craint qu'elle ne soit particulièrement glauque, mais Maupassant a soigneusement évité le malsain et produit un livre super triste sur le malheur du temps qui passe (même si l'obsession des personnages pour leur jeunesse est tellement extrême qu'elle en devient peu compréhensible. Je crois qu'on peut vieillir plus sereinement!), avec sa plume habituelle qui en fait un plaisir de lecture absolu.

Deux passages que je ne veux pas oublier:

"[...] ils passèrent devant une jeune femme assise sur une chaise, un livre ouvert sur les genoux, les yeux levés devant elle, l'âme envolée dans une songerie.
Elle ne bougeait pas plus qu'une figure de cire. Laide, humble, vêtue en fille modeste qui ne songe point à plaire, une institutrice peut-être, elle était partie pour le Rêve, emportée par une phrase ou par un mot qui avait ensorcelé son cœur. Elle continuait, sans doute, selon la poussée de ses espérances, l'aventure commencée dans le livre.
Bertin s'arrêta surpris:
'C'est beau," dit-il, 'de s'en aller comme ça.'
Ils avaient passé devant elle. Ils retournèrent et revirent encore sans qu'elle les aperçût, tant elle suivait de toute son attention le vol lointain de sa pensée."

"Ah! les tristes choses! les tristes choses! La pauvre femme! Du fond de ce tiroir, du fond de son passé, toutes ces réminiscences montaient comme une vapeur: ce n'était plus que la vapeur impalpable d'une réalité tarie. Il en souffrait pourtant et pleurait sur ces lettres, comme on pleure sur les morts parce qu'ils ne sont plus."
 
Autres livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
Contes fantastiques (1875-1890)
 
Clair de lune (1883)
Mont-Oriol (1887)
La Main gauche (1889)

mercredi 22 juillet 2015

Mont-Oriol (1887)

Chronique express!


Au détour de mes trouvailles chez Gibert, je continue de creuser la biographie de Maupassant, un de mes écrivains préférés. Je dois dire que je n'ai pas vraiment retrouvé le Maupassant que j'aime dans Mont-Oriol, avec son élégance typique du XIXe, son lyrisme et sa noirceur cosmique... Stylistiquement, ce roman m'a semblé vraiment en-dessous de ses autres œuvres. Mais il est très intéressant parce qu'il présente la construction d'une ville d'eau via un vaste et subtil enchaînement de magouilles et d'ententes à demi-mot. La source découverte sur les terres des Oriol n'est peut-être pas bien miraculeuse, mais qu'importe si l'on peut convaincre des médecins en vue d'en dire le plus grand bien? En parallèle, une intrigue amoureuse se noue entre deux personnages situés au cœur de la machination, un vrai amour absolu qui occupe nos héros corps et âme et dont on devine d'emblée qu'il est voué à l'échec (sinon ce ne serait pas du Maupassant). En bref, un roman intéressant, certes plaisant à lire car c'est tout de même très bien écrit, mais pas le chef d’œuvre de l'auteur.

Lisez plutôt...
Contes fantastiques (1875-1890)
Clair de lune (1883)
La Main gauche (1889)

jeudi 12 février 2015

La Main gauche (1889)

Chronique express!


La Main gauche est un recueil de douze nouvelles de Maupassant, l'avant-dernier publié du vivant de l'auteur. Le thème principal en est l'infidélité, qui est présente dès le titre: la "main gauche", c'était la maîtresse... Seules deux nouvelles, Boitelle et L'Endormeuse, parlent d'autre chose. Boitelle est un très beau et triste texte que j'avais lu il y a longtemps; une histoire de racisme qui serre le cœur mais fait néanmoins constater que les choses évoluent. L'Endormeuse est quant à elle une sorte d'anticipation terrifiante dont je vous ai déjà parlé. Un texte réellement pessimiste et atrocement lucide, typique de Maupassant, qui fait bien plus dresser mes cheveux sur ma tête que ses nouvelles fantastiques. Il m'a semblé encore plus visionnaire après que j'aie vu Soleil vert il y a deux semaines. À retenir aussi: Hautot père et fils, L'Ordonnance (un texte un peu plus indulgent envers les femmes, dont Maupassant avait décidément une bien piètre opinion), Duchoux et Le Rendez-vous. Comme toujours, je trouve que Maupassant est un très grand Écrivain, un vrai géant de la langue française: un incontournable.

D'autres recueils de Maupassant sur ce blog
Contes fantastiques (1875-1890)

lundi 8 décembre 2014

Contes fantastiques (1875-1890)

Maupassant est probablement mon écrivain français préféré après Zola. Le fait que j'aie étudié deux fois ses œuvres pendant ma scolarité (en quatrième et à la fac) y est peut-être pour quelque chose, mais c'est surtout son écriture parfaite et incisive, sa maîtrise unique du format de la nouvelle et sa vision du fantastique qui me séduisent.

Le fantastique de Maupassant, en effet, ne met pas en scène de créatures surnaturelles ou de magie à proprement parler, mais "juste" du ressenti et de l'inexpliqué. Une différence primordiale qui amène, en plus de la fascination pour ces choses mystérieuses, la petite inquiétude refoulée que j'aime tant. Parce qu’on ne sait jamais où l’on est exactement, face à quelque chose de tout à fait anormal ou une hallucination, une idée sortie de notre tête; et qu'on ne sait pas vraiment laquelle des deux solutions est préférable. Il est très, très facile de s’identifier au ressenti du narrateur; ici, tous les textes sont à la première personne et, pour une fois, je trouve que c’est un vrai atout pour plonger immédiatement dans le récit. Et avec Maupassant, on sait que la folie n’est jamais loin.


Le recueil Contes fantastiques réunit trente-quatre nouvelles publiées par Maupassant entre 1875 et 1890. Comme toujours, mon idée est qu’il ne faut pas lire les recueils trop vite, de peur de se lasser: même si Maupassant est le roi du format en question, je pense qu’on frôlerait l'indigestion en lisant les trente-quatre d’affilée! Pour ma part, en prenant le temps de savourer mes lectures, je lis du Maupassant tous les ans avec le même bonheur.

Quelques mots sur les textes les plus marquants.

La main d’écorché: Déjà lue au moins dix fois, mais toujours aussi savoureuse. Courte et efficace, cette nouvelle est vraiment *le* texte à lire si on redoute un peu d’aborder Maupassant. Je rêve complètement de m'acheter une main "affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée", moi aussi.

Sur l’eau: L’histoire d’un canotier qui arrête sa barque, une nuit, pour profiter du paysage. Cette nouvelle est vraiment remarquable pour son atmosphère hors du temps/coupée du monde et glaçante. Lue au moins dix fois aussi, je l’adore.

La légende du mont Saint-Michel: Un texte amusant sur la manière dont le Diable et Saint Michel se sont partagé les terres autour du célèbre mont.

La mère aux monstres: L’histoire bien triste d’une femme qui accouche d’enfants plus difformes les uns que les autres, pour une raison épouvantable.

Apparition: Un autre grand, grand classique qui fait toujours son petit effet. Si un ami vous demande un jour d’aller récupérer des papiers dans sa demeure au fond des bois, soyez prudents. En fait, n'y allez pas.

Sur les chats: Un petit interlude sur ces sympathiques bestioles dans un cadre mystérieux qui fait rêver. À lire absolument.

Le Horla: Une nouvelle qui a fait l’histoire. Encore une que j’ai déjà lue dix fois et dont je ne me lasse tellement, tellement pas! J’adore. Le format du journal intime est vraiment adapté, en outre, pour voir la progression dans la vie de cet homme qui sent un jour une présence dans sa demeure au bord de la Seine. Notons que ce recueil propose la version connue de ce texte, mais aussi une première version écrite quelques années plus tôt. La comparaison est très intéressante.

L’endormeuse: Une nouvelle tout à fait différente des autres. C’est une apologie du suicide. Je l’ai lue en pleine insomnie, vers cinq heures du matin, un jour (enfin, une nuit) où ça n’allait pas fort, et j’en suis sortie assez bouleversée. Mais c’est justement (aussi) pour cela que j’aime Maupassant: il n’avait pas peur de voir l’épouvantable réalité pour ce qu’elle est. Et de dire que, oui, parfois il vaut mieux en finir. "Comme je les ai compris, ceux qui, faibles, harcelés par la malchance, ayant perdu les êtres aimés, réveillés du rêve d'une récompense tardive, de l'illusion d'une autre existence où Dieu serait juste enfin, après avoir été féroce, et désabusés des mirages du bonheur, en ont assez et veulent finir ce drame sans trêve ou cette honteuse comédie."

On le sait et l'extrait ci-dessus le prouve avec brio, les textes de Maupassant ne sont jamais très gais. Contes fantastiques n'est donc pas une lecture légère, mais c'est très certainement une lecture à faire! Si vous aimez les bonnes plumes et les mystères, n'hésitez pas.

jeudi 17 octobre 2013

Clair de lune (1883)

Impression désagréable que le temps vole sans que je n'arrive à faire quoi que ce soit: rythme de lecture pitoyable, ralentissement cinématographique, sommeil tout puissant qui m'assomme horriblement tôt le soir. Quelque chose d'important que je ne peux vraiment pas renvoyer semble toujours se présenter lorsque j'arrive enfin au moment où je croyais pouvoir me poser... Espérons que ça ne durera pas trop longtemps et reprenons tout de suite les bonnes habitudes avec une petite chronique express.


Clair de lune est un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant plutôt tournées vers le réalisme (et pas vers le fantastique). Je considère Maupassant comme le roi absolu de la nouvelle, un genre qu'il maîtrise vraiment parfaitement, et je n'ai pas été déçue par ce recueil (bien qu'il m'ait semblé par moments un tout petit peu moins percutant que d'autres). Sa plume est superbe et sa vision désabusée et sordide du monde correspond assez à la mienne. Dans une grande variété de situations sociales, il met en évidence toute la bassesse de l'être humain et ses instincts les plus bas, ou bien il aborde les thèmes de l'étrange et de l'épouvante, des grands favoris de mes lectures. Moralement, on ne tombe pas ici au plus bas, mais il n'y a pas non plus de figure positive pour nous détendre ou nous redonner la foi (bien que La Légende du Mont-Saint-Michel soit très amusante). La nouvelle la plus célèbre, Apparition, est un grand classique de Maupassant. Les autres nouvelles sont moins connues mais tout aussi belles: Clair de lune, La Reine Hortense, Une veuve, La nuit... Comme Zola, Maupassant reste pour moi une valeur sûre de la littérature française et c'est toujours un plaisir de le retrouver.

Guy de Maupassant, Clair de lune et autres nouvelles
Éditions Folio, 6€, 242 pages