dimanche 28 mars 2021

The Collected Stories of Arthur C. Clarke (2001)

Cet hiver, je me suis attaquée à un gros pavé qui attendait dans ma pile à lire depuis fin 2018: l'intégrale des nouvelles d'Arthur C. Clarke publiée en 2001 par Gollancz, The Collected Stories. Pas moins de cent nouvelles et de 966 pages écrites dans une petite police. Je m'étais donné deux mois pour le lire, j'en ai mis quatre et demi. 😃

Bien entendu, commenter un tel pavé dignement exigerait d'écrire un autre pavé et le présent billet n'est donc pas du tout exhaustif. En outre, le fait de lire les textes sur une période aussi longue rend difficile d'en avoir une vraie vision d'ensemble.

Les nouvelles réunies ont été publiées entre 1937 et 1999, même si on constate un ralentissement considérable à partir des années 1970: seulement quatre textes durant les années 70, trois durant les années 80 et trois durant les années 90. L'énorme majorité des nouvelles a donc été publiée entre les années 30 et 60 – en plein âge d'or de la science-fiction, si je ne m'abuse. Chaque texte est précédé de quelques courtes lignes rédigées par l'auteur, ce qui permet d'en savoir un peu plus sur sa création ou son destin.

Tout commence avec Travel by Wire!, publié en 1937 dans Amateur Science Fiction Stories. Une histoire de téléportation qui ouvre très bien le bal puisqu'elle est franchement drôle avec ses techniciens qui se brouillent avec les biologistes dont il ont volé le hamster. 😂 J'ai l'impression que la chose est peu connue, mais Clarke fait toujours preuve d'un certain humour dans ses textes, et ce recueil n'est pas en reste.

"It was quite a party; the highlight, I think, was Commander Krasnin trying to do a Cossak dance in a space suit."
Venture to the Moon (1956)

Une bonne dizaine de textes provient du recueil Tales from the White Hart (1957), un ensemble de récits faits dans un pub, le White Hart, par Harry Purvis, un beau parleur qui tisse à merveille la réalité, la science et la fiction: "Tiens, sers-moi une bière, je vais vous raconter comment j'ai participé à la plus grande découverte militaire du siècle". Ils sont tous fort sympathiques, même si celui qui me reste le plus en tête est The Defenestration of Ermintrude Inch (1957), à cause de son titre fort explicite. (Avec un nom pareil, on dirait un personnage d'Amélie Nothomb, ah, ah!) Si vous avez l'occasion de lire ce recueil, n'hésitez pas. Je crois que c'est de là que provient un texte avec une chute très amusante, mais dont je ne retrouve pas le titre: [divulgâcheur] cette terrible cargaison qui fait fuir un chauffeur de camion à toutes jambes et qui évoque la menace nucléaire s'avère être en réalité... un essaim d'abeilles! [Fin du divulgâcheur]

"Yes – swordplay. Here was a civilisation which had atomic power, death rays, spaceships, television and suchlike modern conveniences, but when it came to a fight between Captain Zoom and the evil Emperor Klugg, the clock went back a couple of centuries."
Armaments Race (1954), une nouvelle qui parle du tournage d'une série – où l'on constate que Clarke avait vu venir la Guerre des étoiles avec ses vaisseaux de la taille d'une planète, ses technologies futuristes et... ses sabres laser!

Une chose qui me marque toujours chez Clarke, c'est sa capacité à exprimer le temps géologique et astronomique, à transmettre la sensation vertigineuse de ces laps de temps se calculant à une échelle tout à fait différente de celle d'une vie humaine, que ce soit pour un homme plongé dans un sommeil artificiel ou pour des êtres très différents de nous parcourant l'univers à la recherche de créatures sentientes. Un texte m'a semblé particulièrement brillant, Nightfall (1947): trois pages sur la ville de Shakespeare et une belle réussite. Clarke présente aussi notre bonne vieille Terre dans un futur éloigné, quand elle a énormément changé, à tel point qu'une civilisation extraterrestre pourrait prendre un dessin animé de Mickey pour un documentaire...

Autre caractéristique bien connue des textes de Clarke: l'émerveillement suscité par l'espace. Il y en a à revendre dans ce recueil, c'est juste dingue. Colonisation de la Lune, par exemple avec une coopération quelque peu espiègle entre Russes, Américains et Anglais, de Mars ou de planètes éloignées... Si vous aimez voyager, c'est un régal.

"For life called to life across the gulfs of space. Everything that grew or moved upon the face of any planet was a portent, a promise that Man was not alone in this universe of blazing suns and swirling nebulae. If as yet he had found no companions with whom he could speak, that was only to be expected, for the light-years and the ages still stretched before him, waiting to be explored. Meanwhile, he must guard and cherish the life he found, whether it be upon Earth or Mars or Venus."
Before Eden (1961)

"There had, after all, been a lunar civilisation – and I was the first to find it. That I had come perhaps a hundred million years too late did not distress me; it was enough to have come at all."
The Sentinel (1951)

Humour, sciences, exploration spatiale... Et fort peu d'émotion. Seuls quelques textes se détachent sur le plan émotionnel: The Songs of Distant Earth (1958), qui tourne en partie sur une histoire d'amour tristoune, et un texte dont je n'ai pas noté le titre, mais qui se termine sur une bouffée d'émotion avec le vagissement du premier bébé humain né sur la Lune. Oui, vous avez bien lu. Les scientifiques se sont installés sur la Lune, leurs familles les ont suivis, et puis, un jour, une femme a accouché... Ça, c'est le genre de truc qui me retourne le cerveau et me met une claque en même temps, ça me fait totalement voir le monde autrement.

Je ne peux pas chroniquer ce recueil sans parler des textes les plus connus de l'auteur: The Sentinel (1951) et Encounter in the Dawn (1953), qui ont donné vie à 2001 des années plus tard, The Nine Billions Names of God (1953) et sa chute toute simple mais extraordinaire, The Songs of Distant Earth (1958), que j'ai déjà cité et qui a donné un roman, A Meeting with Medusa (1971), qui m'a pas mal déçue – peut-être parce que je l'ai lu un soir où j'étais fatiguée et que je me suis endormie dessus environ vingt fois, ce qui m'a obligée à le relire le lendemain –, et Guardian Angel (1950), qui est plus tard devenue la première moitié du roman Childhood's End, que je lirai un jour et que je comparerai avec la chanson d'Iron Maiden. On voit ici que l'œuvre de Clarke se fait écho à elle-même: certains thèmes reviennent dans plusieurs textes, ou bien un texte donne naissance à un autre...

Je tiens à mentionner un texte inattendu, A Walk in the Dark (1950),  qui est foncièrement une nouvelle d'horreur ou de terreur: sur une planète éloignée, un homme rejoint son camp après la tombée de la nuit, mais l'éclairage dont il dispose tombe en panne et il se souvient brusquement des rumeurs sur l'existence de créatures autochtones ne sortant que dans l'obscurité... Bien que fort peu effrayante, elle fonctionne totalement sur le ressort du "truc qu'on ne voit pas mais dont on sait qu'il est là" et je n'attendais pas du tout ça de Clarke.

Comme dans tout recueil de nouvelles, le niveau n'est pas tout à fait constant et les cent textes réunis ici ne sont pas tous marquants. Dans certains cas, je suis bien en peine de me souvenir de ce qu'il s'y passe. Mais aucun ne m'est tombé des mains ou ne m'a semblé mauvais.

Encore une chose que je voulais mentionner: Clarke présente régulièrement des civilisations humaines plus évoluées que la nôtre, non seulement sur le plan technologique, mais aussi sur le plan politique ou relationnel. Ainsi, on croisera dans je-ne-sais-plus-quel-texte un personnage qui rappelle à son interlocuteur que, au XXIe siècle, il existait encore des États et des guerres. Ça me fait le même effet que Star Trek quand on y voit un couple d'hommes et que c'est un non-sujet tellement tous les personnages s'en foutent. J'aime cet optimisme, cette manière de montrer ce qui est souhaitable plutôt que de foncer dans le catastrophisme pour montrer combien on a conscience du monde qui nous entoure. Globalement, l'avenir que nous dépeint Clarke est tout à fait souhaitable, et ça donne de l'espoir.

Un bémol, toutefois: pour quelqu'un d'aussi visionnaire sur le plan technique et sociétal, Clarke a complètement raté l'existence des femmes. 99% de ses personnages sont des hommes, et les trois seules femmes qui me restent en tête sont l'amoureuse triste de Songs of Distant Earth, la bavarde impénitente de The Defenestration of Ermintrude Inch et la petite fille protagoniste de Holiday on the Moon (1951), un texte écrit à la demande d'une "charming lady-editor" et pour un magazine "for young ladies"... 😅

Bon, et maintenant, j'attends le Bifrost consacré à l'auteur de pied ferme!

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog
Il y en a plusieurs, alors suivez le tag!

mardi 23 mars 2021

La Fille dans la tour (2018)

Enthousiasmée par l'Ours et le rossignol, je n'ai pas tardé à me procurer sa suite, la Fille dans la tour, afin de retrouver Vassia, jeune fille russe du XIVe siècle, dans la jolie trilogie de Katherine Arden, traduite en français par Jacques Collin pour Lunes d'encre.


J'ai replongé avec grand plaisir dans la Rus' médiévale. Vassia a quitté son village avec Soloveï, son merveilleux cheval pensant, et parcourt la forêt avec lui au cœur de l'hiver. Mais elle ne tarde pas à rencontrer des ennuis, puis des brigands qui mettent la campagne à feu et à sang, jusqu'à ce qu'elle tombe par hasard sur son frère Sasha, moine guerrier qui accompagne le grand-prince de Moscou, Dimitri, dans une expédition punitive contre ces mêmes brigands. Commence alors un jeu délicat, puisque Vassia s'est déguisée en garçon pour pouvoir agir à sa guise et que personne ne doit découvrir qu'elle est, en réalité, une fille.

Tous les ingrédients qui faisaient le charme du premier sont réunis ici: l'héroïne indépendante et généreuse, la Russie médiévale en proie au gel, les créatures magiques du monde d'avant qui faiblissent face à la progression du christianisme, les dieux ou démons qu'on entrevoit à la lisière du monde humain. Katherine Arden accorde toutefois un rôle beaucoup plus important à Sasha, le moine bon et humain qui est aussi un redoutable guerrier, et introduit un personnage qui, je suppose, prendra beaucoup d'importance par la suite, Maria, la nièce de Vassia et Sasha. Soloveï est très présent, ce qui est bien, évidemment, vu que c'est un cheval, et deux juments tiennent des rôles secondaires. On retrouve aussi Konstantin, le prêtre extrémiste du premier tome, même si, bon, on s'en serait bien passé.

L'intrigue semble d'abord liée aux relations entre la Rus' et les Tatars, mais implique, évidemment, de la magie ou de la sorcellerie. On peut trouver quelques redites dans ce tome, comme le fait que Konstantin se met de nouveau au service d'un être surnaturel qui le manipule (en plus d'être obscurantiste, le gars est con, c'est formidable) et l'apparition fugace de morts-vivants, et on pourrait critiquer le recours à certains stratagèmes pour faire avancer l'intrigue, comme les personnages qui ne disent jamais ce qu'ils ont sur le bout de la langue alors que ça leur éviterait bien des ennuis ultérieurs, mais ça ne gâche en rien le plaisir de lecture. Avec son folklore riche et varié et sa magie aussi discrète que puissante, Katherine Arden propose de belles aventures dépaysantes et encourageantes, où les personnages positifs ne renoncent pas à leurs valeurs malgré des difficultés réelles. Et comme Jacques Collin propose une version française aussi fluide que discrètement élégante, ça se lit tout seul. Vivement la suite!

Allez donc voir ailleurs si cette fille y est!
L'avis de Vert

jeudi 18 mars 2021

The Turn of the Screw (1898)

Chronique express!


The Turn of the Screw (Le Tour d'écrou) de Henry James est souvent cité dans les articles ou ouvrages parlant de fantastique, plus précisément dans le genre de la maison hantée. Le Bifrost sur Shirley Jackson m'ayant rappelé que c'est justement le fantastique que j'aime, j'ai profité d'un passage chez Gibert pour acheter ce roman. Une maison isolée dans la campagne anglaise, des enfants angéliques, une réputation de géant, ça semblait bien parti...

Eh bien, c'est raté. J'ai trouvé ce roman pénible à lire. J'avais vraiment du mal à déchiffrer certains phrases. En général, j'adore l'anglais du XIXe. Là, j'ai galéré. Clairement, l'utilisation de la ponctuation ne me convenait pas, par exemple quand des propositions s'enchaînaient sans aucune virgule, ce qui m'amenait à lire d'une traite une série de mots qui formaient en fait deux unités distinctes. Avec les phrasal verbs anglais (les verbes constitués d'un verbe suivi d'une particule, comme to go up ou to nod off), c'est particulièrement problématique, puisque vous risquez de coller la mauvaise particule au mauvais verbe. En outre, les dialogues sont très répétitifs – on dirait Dumas quand il tirait à la ligne en faisant répéter au personnage numéro 2 ce que le personnage numéro 1 venait de dire – et emplis de sous-entendus qui m'ont totalement échappé. Apparemment, les victoriens se prenaient la tête sur des choses qui me laissent parfaitement indifférente.

Pour vous donner tout de même une idée de l'intrigue, c'est l'histoire d'une gouvernante qui accepte un poste à Bly, une grande maison de campagne. Les deux enfants dont elle doit s'occuper sont adorables et angéliques et elle noue une belle amitié avec l'intendante de la maison. Puis elle voit un inconnu sur la terrasse et découvre que l'homme dont elle fait la description est un ancien domestique décédé...

samedi 13 mars 2021

La Tempête des échos (2019)

Après les Fiancés de l'hiver, les Disparus du Clardelune et la Mémoire de Babel, place au quatrième et dernier tome de la Passe-Miroir, la Tempête des échos.

Dans l'ensemble, je suis déçue, comme je le craignais. Toutefois, je pense que je relirai toute cette saga un jour et que j'apprécierai ce tome différemment. Je vous en dis plus avec force divulgâcheurs. Poursuivez votre lecture à vos risques et périls.

Ma déception tient essentiellement au fait que, pendant les trois quarts du bouquin, je n'ai pas vraiment compris ce qu'il se passait. Je comprenais bien les actions des personnages, mais je ne comprenais pas leur recherche et toutes les implications qu'ils semblaient voir dans les évènements. On sait déjà, au début de ce bouquin, qu'une certain Eulalie Dilleux, dite Dieu, est responsable de la création des esprits de famille et de la destruction du monde tel que nous le connaissons. Nous savons aussi qu'il y aurait un Autre mystérieux, tout aussi puissant, si ce n'est plus. Ophélie et Thorn essayent d'en savoir plus en enquêtant sur le phénomène des échos et sur une institution secrète de Babel, qui serait consacrée à la recherche de la Corne d'abondance.

Plus leur enquête progresse, plus la réalité est complexe et moins j'avais l'impression de comprendre ce que sont les échos, ce qu'est la Corne d'abondance, ce qu'est le monde de l'envers où Ophélie finit, comment l'Autre avait pu s'éveiller à la conscience et venir dans le monde "réel"... En outre, à un moment, vers les deux tiers du livre, on se fait balader de lieu en lieu et de méchant en méchant, chaque antagoniste se révélant en fait un simple maillon de la chaîne, et j'ai trouvé cela artificiel. Il y avait aussi une nette volonté de faire réapparaître des personnages oubliés, comme le Chevalier, que j'ai également trouvée artificielle.

Du coup, quand Dabos redresse tout cela dans le final avec un coup de poker considérable ([divulgâcheur gigantesque] celui qu'on a pris pour Dilleux jusqu'à maintenant est en fait l'Autre, tandis que l'inoffensive Elizabeth est en fait Dilleux [fin du divulgâcheur gigantesque]), j'ai eu du mal à prendre ce coup de poker au sérieux. Il y a quelque chose de génial à avoir fait marcher le lecteur comme ça, mais j'étais trop déroutée pour y croire totalement. C'est pour cela que je pense que j'apprécierai beaucoup plus cette fin lorsque je lirai la saga une deuxième fois (car je relirai la Passe-Miroir un jour, j'en suis certaine); je prêterai plus attention à certains évènements et l'ensemble paraîtra certainement plus logique. Même si, bon, le monde de l'envers et le personnage de Seconde qui prédit l'avenir, ça ne prendra certainement jamais sur moi, vu que je déteste les histoires de mondes parallèles et de destins tout écrits.

Côté positif, on retrouve ici la plume extraordinaire de clarté, d'humour et de rythme de Dabos, qui est décidément très douée. Même quand je ne pigeais rien à ce qu'étaient les échos et à ce qu'ils faisaient, j'ai adoré le style de ce bouquin, qui est une réussite totale. Et puis Dabos a osé faire une fin qui n'est pas franchement un happy end. Déjà, on voit la moitié des personnages mourir au fil du bouquin; ensuite, même s'ils sont ressuscités à la fin, on en perd pour de bon deux que j'aimais beaucoup. Quant à Ophélie et Thorn, ils prennent cher, il n'y a pas d'autre manière de le dire. Le roman se clôt sur un message résolu en faveur de la lutte, aussi longue et désespérée soit-elle, et c'est un beau message qui va très bien à Ophélie. Derrière sa maladresse et ses airs effacés, elle a toujours fait preuve d'une force de caractère extraordinaire qui me fait amèrement regretter de ne pas avoir pu l'avoir pour rôle modèle quand j'étais enfant ou adolescente.

En résumé, j'ai adoré cette saga, même si ce quatrième tome m'a perdue et si le premier, avec la découverte de la Citacielle, est celui qui m'a le plus marquée et enchantée. Si vous vous lancez, pensez à enchaîner les tomes rapidement, ou tout du moins le troisième et le quatrième, qui forment presque un seul et même roman.

Allez donc voir ailleurs si cette tempête y est!
L'avis de Vert

lundi 8 mars 2021

La gamelle de février 2021

Mars étant arrivé, tournons le regard en arrière et observons le mois de février.

Sur petit écran

Hercule de Ron Clements et John Musker (1997)


Bien que je l'aie regardé il y a moins de deux ans (ici), j'ai préféré revoir Hercule avant de relire la traduction d'un ami liée à ce film. C'est un dessin animé fort drôle et sympathique, avec un méchant extraordinaire. Par contre, je n'aime pas le style des dessins et j'ai du mal avec les Muses qui chantent du gospel quelques siècles avant notre ère... 😂

Sur grand écran

Toujours rien, hélas.

Du côté des séries

Miss Marple – saison 2 (1986-1987)
Maintenant que je me suis habituée à la nature totalement ringarde de cette série, je passe d'excellents moments avec Miss Marple. J'éclate même de rire à cause du contraste entre son apparence totalement inoffensive et sa manière déterminée d'aller au bout de son enquête. Même quand elle semble planer totalement, Miss Marple ne lâche rien.

Et le reste

J'ai lu deux numéros de La Croix l'Hebdo que m'a donnés une amie abonnée. Les deux seules personnes que je connais qui lisent La Croix sont catholiques, mais je recommande ce quotidien et cet hebdo à tous, croyants et non, catholiques et non, car c'est un journal solide et sérieux. Ici, je retiens tout particulièrement l'interview d'Esther Duflo, prix Nobel d'économie, qui exprime avec précision et clarté ses idées et défend des valeurs que je partage, c'était un vrai bol d'air frais de la lire. Il n'y a pratiquement pas de religion dans l'Hebdo (dans ces deux numéros, en tout cas) et, si cela ne vous intéresse pas, vous pouvez passer très facilement.

Et puis, bien sûr, j'ai lu mon Cheval Mag adoré, le numéro de mars.

mercredi 3 mars 2021

Jurassic Park (1990)

Avec une pile à lire pratiquement inexistante de dix misérables volumes au 1er janvier, 2021 semble devoir être l'année des relectures, ainsi que celle des dinosaures. Après le Monde perdu d'Arthur Conan Doyle et Histoires de dinosaures de Ray Bradburry, j'ai relu Jurassic Park de Michael Crichton, un livre qui a marqué l'histoire via son adaptation cinématographique...


Bon, franchement, je trouve que Crichton a excellement bien réussi son coup avec ce bouquin. C'est un page turner ultra efficace, mais avec un vrai fond scientifique et une réflexion intellectuelle/éthique sur les évènements. La quatrième de couverture de mon édition Arrow parle de techno-thriller et c'est tout à fait ça – le roman se dévore à la vitesse d'une enquête policière mais parle constamment de technologie.

Commençons par le début, le prologue. Ces trois pages constituent un bel exemple de passage de la réalité à la fiction. Crichton commence par attirer notre attention sur les possibilités du génie génétique et sur l'absence de règlementation en la matière. On sent qu'il s'est documenté et qu'il sait de quoi il parle; on pourrait lire un reportage tout à fait sérieux. Et puis voilà qu'il part sur InGen en expliquant que, vu ce contexte qu'il vient de décrire, il n'y a rien d'étonnant à ce que personne n'ait jamais entendu parler de cette petite entreprise américaine. Il me semble impossible de ne pas être ferré avec ça. 😁

La première partie s'attache ensuite à mettre en lumière quelques évènements étranges survenant au Costa Rica, comme les blessures d'un ouvrier ou la mort d'un bébé mordu par un lézard. On sent que quelque chose cloche, mais les personnages n'ont qu'une bribe d'information chacun et ne peuvent pas reconstruire la vérité. Puis entrent en scène les protagonistes, comme l'avocat Gennaro (plus jeune, plus sportif, plus courageux et plus sympathique que dans le film), le paléontologue Grant, la paléobotaniste Sattler et le mathématicien Malcolm, et tout le monde se retrouve sur Isla Nublar pour un week-end d'enquête indépendante qui ne va, évidemment, pas se passer comme prévu à cause de ce petit connard d'informaticien vendu à la concurrence...

Jurassic Park est un page turner. Crichton sait très, très bien découper ses parties et ses chapitres pour garder l'intérêt de son lecteur et faire monter la tension. Dans le chapitre qui parle de l'effet Malcolm, c'est tout particulièrement flagrant, vous voyez tellement venir la catastrophe – et l'auteur vous a bien eu, car il n'y a pas de catastrophe à ce moment-là. Ah ah. Un peu de répit avant la prochaine.

Le fait que le roman se lise tout seul ne signifie pas du tout qu'il n'a pas de fond ou qu'il ne s'y passe rien. Au contraire. Il y a beaucoup d'actions, des plus triviales (un personnage change de lieu ou se sert d'un ordinateur) aux plus spectaculaires (les hadrosaures prennent la fuite face au tyrannosaure) et leur enchaînement exact a une importance primordiale. Chaque minute compte. Et Crichton fait des tas de parenthèses scientifiques et techniques. On sent qu'il s'est documenté en paléontologie, en biologie, en mathématiques, en éthologie (étude du comportement des animaux), en informatique et en génétique. Chaque phase du roman est accompagné d'un solide contexte scientifique. Ce qui me bluffe le plus à chaque fois, c'est qu'il a créé des lignes de code informatique et te sort même la version et le copyright du système informatique... 😁 Parfois, on sent un peu trop la parenthèse explicative, par exemple lorsque Malcolm, blessé et sonné par la douleur et la morphine, se lance dans de beaux monologues sur la planète. Mais ça passe toujours bien et c'est là que le roman dépasse le simple roman d'aventures: il y a une vraie réflexion sur le rapport au vivant, le bien-fondé éthique des expérimentations génétiques et l'intime conviction des créateurs de Jurassic Park qu'ils peuvent parfaitement contrôler des animaux disparus depuis au moins 65 millions d'années avec de super ordinateurs et vingt salariés.

Enfin, il y a aussi beaucoup d'humour. Les répliques cinglantes de Malcolm, évidemment, mais pas que.

Grant shook his head. “It's been discussed, in the field. Many people imagined it was coming. But not so soon.”
“Story of our species.” Malcolm said, laughing. "Everybody knows it's coming, but not so soon."
“When Ellie shook hands, Gennaro said in surprise, “You’re a woman.” “These things happen,” she said, and Grant thought: She doesn’t like him, either.”
Moralité: si ce n'est pas déjà fait, lisez Jurassic Park, d'autant qu'il me semble encore remarquablement d'actualité en dépit de ses trente-et-un ans d'âge! Sachez seulement que Hammond est odieux, contrairement au personnage du film qui, malgré son aveuglément, est sympathique, et Lex est insupportable.

Pour finir, je pose là quelques trucs qui m'ont fait tiquer, histoire de ne pas les oublier, mais n'allez pas croire qu'ils ternissent le plaisir de lecture.

1/ Crichton s'est bien documenté sur les dinosaures, qu'il présente comme des animaux très dynamiques, plus proches des oiseaux que des reptiles. Puis Grant et les enfants traversent la volière des ptérosaures, et là, c'est le drame: la narration à la troisième personne qualifie ces animaux de "dinosaures volants" puis d'"oiseaux". Non non non. Les ptérosaures n'étaient ni l'un ni l'autre. C'étaient des ptérosaures. Leur lignée s'est séparée de celle qui donnerait un jour les dinosaures et ils ont évolué tout à fait indépendamment. C'est une erreur courante chez le grand public mais ça m'étonne chez le monsieur...

2/ Je ne m'explique pas pourquoi les personnages parlent de l'enclos des sauropodes (les dinosaures herbivores à long cou et longue queue) alors que cet enclos abrite, outre lesdits sauropodes, aussi des tricératops et des hadrosaures (qui ne sont pas des sauropodes).

3/ Le tyrannosaure me semble bien insistant quand il suit le pneumatique de Grant et des enfants le long de la rivière. Il vient de manger un hadrosaure (d'ailleurs, il dort quand nos héros tombent sur lui 😂), il n'a pas de raison particulière de suivre de nouvelles proies. D'ailleurs, il ne s'intéresse pas aux dilophosaures qu'il croise sur la rive.

4/ Je ne m'explique pas comment les vélociraptors ont pu commencer à se reproduire en liberté dans le parc. Ces animaux étant super dangereux et ayant fait au moins un mort avant les évènements du roman, ils sont parqués dans un enclos séparé et ne sont pas relâchés dans une partie de l'île comme les autres dinosaures. À quel moment un minimum de deux individus s'est-il enfui? Cela me rappelle aussi que je n'ai pas bien suivi les protections des différents enclos; il nous est dit à plusieurs reprises que les enclos sont séparés de la route des visiteurs par des clôtures électrifiées et des fossés, mais au final, le tyrannosaure n'a qu'une clôture.

Ne laissez pas ces quatre points vous décourager. Si vous en avez envie, plongez dans Jurassic Park de ce pas, c'est un excellent bouquin. Michael Crichton était un sacré écrivain!

Allez donc voir ailleurs si ce parc y est!
L'avis de Tigger Lilly

Livre de l'auteur déjà chroniqué sur ce blog
The Great Train Robbery (Un Train d'or pour la Crimée) (1975)