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samedi 17 février 2024

Les Prénoms épicènes (2018)

Chronique express!

Attablée dans un café, Dominique est abordée par un parfait inconnu, un certain Claude, visiblement tombé sous le charme. Ils se fréquentent et ne tardent pas à se marier et à quitter leur province pour Paris, où Claude est chargé du développement de sa société. Le mariage se révèle vite très creux, mais Dominique se console grâce à sa fille, nommée Épicène. Épicène constitue l'élément le plus remarquable de ce roman (fort court, comme toujours chez Amélie Nothomb): elle est ultralucide dès son plus jeune âge et ultra-intelligente, et elle voit son père pour l'enfoiré qu'il est et le déteste. Je l'ai donc adorée. 😊 L'intrigue est en réalité axée sur autre chose, dont je ne parlerai pas ici pour ne rien divulgâcher (petit reproche: la réponse à l'énigme étant dans les trois premières pages, je trouve que le roman est trop facile à deviner, mais peut-être que l'autrice ne voulait aucunement en faire un roman à mystère ou à suspense, en fait, et que ça lui allait très bien comme ça), mais c'est bien cette charmante Épicène qui m'a marquée. J'aime bien Amélie Nothomb pour l'espèce de cruauté mordante et gentille à la fois (oui, c'est paradoxal, je sais!) avec laquelle elle observe le monde, ainsi que pour sa verve littéraire et ses dialogues délicieux. Tout est réuni ici pour en faire un Nothomb qui ne brille certes pas autant que Hygiène de l'assassin, mais qui se défend fort bien dans sa bibliographie!

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mardi 16 mai 2023

Cosmétique de l'ennemi (2001)

Chronique express!

Déjà accablé par l'annonce du retard de son avion, Jérôme Angust frôle la crise de nerfs quand un parfait inconnu vient s'asseoir à côté de lui en salle d'attente et commence à lui parler. L'homme est poli, mais il est étrange, et il lui raconte des événements de plus en plus personnels et dérangeants. Les deux hommes vont échanger avec plus ou moins d'assurance (pour l'inconnu) ou d'exaspération et de colère (pour Jérôme) pendant 130 pages, dans le genre de dialogue brillant dont Amélie Nothomb semble avoir le secret. Comme dans Hygiène de l'assassin, tout est ciselé à la perfection: le style est facile à lire mais néanmoins recherché, le ton des répliques est familier mais précis, cassant et poli en même temps... Et l'identification marche particulièrement bien, puisqu'on a tous connu ce genre de situation où on n'arrive pas à se débarrasser de quelqu'un qui nous emmmmeeeeerde. Un régal à lire d'une traite, en une heure à peine, pour ne rien perdre de sa verve. Mais attention, [divulgâcheur] ce texte parle de viol, et ce pendant de nombreuses pages, donc il peut s'avérer angoissant [fin du divulgâcheur].

mercredi 22 mars 2023

Biographie de la faim (2004)

Chronique express!

J’ai voulu relire Biographie de la faim d’Amélie Nothomb en partie parce que je voulais lire quelque chose de court, dont je ne perdrais pas le fil en m’endormant dessus durant des jours, et en partie parce qu’il me semblait qu’il parlait d’anorexie-boulimie. Si j’ai effectivement pu le lire rapidement, j’ai été plutôt déçue du contenu. La faim dont il est question ici, c’est en effet Amélie Nothomb en personne, car elle s’identifie à sa faim – faim de nourriture, de sucré en particulier, mais aussi de tout ce qui existe. Petite enfance au Japon, enfance et adolescence dans divers pays, relations avec sa sœur et ses parents, anecdotes improbables, le tout avec le franc-parler bien caractéristique de l'autrice: j’ai passé un bon moment, en soi, mais l’anorexie n’est guère présente qu’à la fin, et à peine, et la boulimie n’est pas présente du tout. Déception, donc. Et l’ensemble m’a semblé assez vain au final, comme une pose que l’autrice voudrait prendre sur son passé, à grand renfort de comportements étranges, comme le fait de boire de l’alcool fort dès l’enfance. On est loin de l’écriture brillante de Hygiène de l’assassin, qui m’a enthousiasmée lors de ma relecture il y a deux ans...

lundi 23 novembre 2020

Hygiène de l'assassin (1992)

C'est quand vous avez besoin d'un livre répondant à des critères physiques précis que vous vous rendez compte que votre bibliothèque, aussi bien remplie soit-elle, est désespérément insatisfaisante. Ayant besoin d'un livre facile à transporter, ne craignant pas les dégâts et rapide à lire pour m'occuper deux-trois heures à l'occasion d'un trajet en train, j'ai cherché en vain le candidat idéal, puis j'ai fini par décider de relire Hygiène de l'assassin, le roman qui a révélé Amélie Nothomb il y a quasiment trente ans. (L'avantage des grands formats Albin Michel, c'est qu'ils sont bien résistants!)

Comme lors de ma première lecture, je ne peux que crier au génie: Amélie Nothomb a frappé très, très fort avec ce roman qui repose essentiellement sur le dialogue.

Durant la première partie du roman, on assiste à quatre interviews ou tentatives d'interviews d'un célèbre écrivain, Prétextat Tach, prix Nobel de littérature condamné à une mort prochaine par un cancer rarissime au nom allemand imprononçable. Le dialogue est prédominant dans cette partie, mais il y a également des paragraphes de narration à la troisième personne. Prétextat Tach se joue des journalistes et les renvoie la queue entre les pattes. Arrive ensuite la cinquième journaliste, une femme qui ne va pas se laisser faire, et là le dialogue est ininterrompu jusqu'au bref retour de la narration à la dernière page.

Ce dialogue est brillantissime: à la fois vivant et spontané, mais fort agréable à lire – n'oublions pas que le langage parlé ne passe pas tel quel à l'écrit dans la plupart des cas – et très clair à comprendre, y compris dans tout ce qu'il a de pernicieux. Car Prétextat Tach est très doué pour manipuler le langage et faire dire à ses interlocuteurs ce qu'ils n'ont pas dit, tandis que ceux-ci s'enfoncent dans les idées reçues ou se placent sur la défensive. Ça se dévore, c'est drôle, c'est cruel, c'est une réussite totale.

"Ça m'étonnerait. On jurerait du Prétextat Tach. Il y eut un temps où je connaissais mes œuvres par cœur... Hélas, on a l'âge de sa mémoire, n'est-ce pas? Et non de ses artères, comme disent les imbéciles. Voyons, «chemin de croix digestif», où ai-je donc écrit ça?"

Les personnages, leurs propos et les faits évoqués sont tous hors de l'ordinaire, un trait qui deviendra caractéristique de Nothomb. Personne n'est normal ou banal chez cette écrivaine. Prétextat Tach est bourru, misanthrope, misogyne, enfermé chez lui depuis des années, obèse, invalide, laid, méchant, sadique et sournois. Son physique et son mental sont aussi étonnants l'un que l'autre. Quant à ses habitudes alimentaires...

"Mais le soir, je mange assez léger. Je me contente de choses froides, telles que des rillettes, du gras figé, du lard cru, l'huile d'une boîte de sardines – les sardines, je n'aime pas tellement, mais elles parfument l'huile: je jette les sardines, je garde le jus, je le bois nature. Juste ciel, qu'avez-vous? [...] Avec ça, je bois un bouillon très gras que je prépare à l'avance: je fais bouillir pendant des heures des couennes, des pieds de porc, des croupions de poulet, des os à moelle avec une carotte. J'ajoute une louche de saindoux, j'enlève la carotte et je laisse refroidir durant vingt-quatre heures."

Avec la cinquième journaliste, on passe à une véritable joute verbale assez jubilatoire. Avec le recul post-#MeToo, j'ai même réalisé qu'Amélie Nothomb aborde ici des aspects fondamentaux des rapports hommes-femmes à travers le passé de Prétextat Tach, mais je ne peux rien dire de plus de peur de divulgâcher des éléments qu'il est bien plus agréable de découvrir au fil de la lecture.

"— Le jury du prix Nobel avait dû attraper une solide insolation, le jour où il vous a élu.
— Pour une fois, nous sommes d'accord. Ce prix Nobel est un sommet dans l'histoire des malentendus. M'attribuer, à moi, le prix Nobel de littérature, équivaut à donner le prix Nobel de la paix à Saddam Hussein.
— Ne vous vantez pas. Saddam est plus célèbre que vous.
— Normal, on ne me lit pas. Si on me lisait, je serais plus nocif et donc plus célèbre que lui."

Un roman à lire si ce n'est pas déjà fait (et à relire, quelques années plus tard, pour le savourer différemment). J'entends souvent dire qu'Amélie Nothomb a perdu de sa verve au fil des ans, mais ça m'a donné très, très envie de replonger...

dimanche 21 mai 2017

Maigret et l'indicateur (1971)

Chronique express!


Maigret est un de ces inspecteurs célèbres que je connais de nom mais n'ai jamais lu ou regardé. C'est chose faite avec ce vieux poche imprimé en 1986 (il est à peine plus jeune que moi!) jauni et odorant, récupéré grâce à une amie qui faisait du vide dans la maison familiale. C'était une lecture sympathique et facile mais pas forcément mémorable. L'enquête est assez superficielle. Un cadavre apparaît, un indicateur dénonce le coupable, Maigret cherche des preuves en fumant sa pipe. C'est l’atmosphère datée qui est intéressante, ce Paris des années soixante rempli de bistrots où les gens parlent parfois en argot. On sent que la société a changé depuis. Un exemple: aujourd'hui, plus personne ne dit que quelqu'un "a de l'instruction"... On dira qu'il "a fait des études" ou "de bonnes études". Le sexisme ambiant fait quant à lui trembler! Figurez-vous que Maigret demande à une serveuse, dont le patron a été tué, si ça ne la gêne pas trop d'avoir une patronne et pas un patron maintenant que la veuve veut reprendre le restaurant... et que la serveuse répond que ça ne fait jamais plaisir! LOL! Enfin ça ne m'empêchera pas de relire du Maigret ou du Simenon en général si l'occasion se représente, d'autant plus que ça se lit très très vite: 189 pages écrites assez gros pour ce roman.

vendredi 27 mai 2016

Femmes pirates. Les Écumeuses des mers (2015)

Chronique express!


À part Mary Read et Anne Bonny, on ne connaît guère de femmes pirates. Et pourtant, il y en a eues... En Europe, aux Caraïbes, en Asie... Un peu partout quoi! Marie-Ève Sténuit se penche sur une dizaine de ces figures méconnues et propose un petit livre très plaisant, bien rédigé et documenté. Elle raconte leurs histoires sur le ton de la narration avant de revenir sur les sources historiques ou d'adopter un ton plus factuel. Le seul petit reproche que je pourrais lui faire, c'est d'être un peu trop court... J'aurais bien doublé le nombre de pages pour continuer l'aventure!

"Il y eut donc des femmes à tous les échelons de la hiérarchie pirate et dans la course, à des postes pour lesquels la langue française n'a pas prévu de féminin: pirate, corsaire, matelot, capitaine, amiral, armateur n'ont qu'un seul genre." 

Pourquoi ce livre?
Parce que l'un des chroniqueurs de l'émission belge Livrés à domicile en a dit beaucoup de bien et a interviewé l'auteur à la Foire du Livre de Bruxelles. Je me suis dit que ça ferait un joli cadeau de la Saint Valentin pour mon Homme qui aime bien les pirates. :)

Le petit plus que vous devez absolument savoir
La couverture est superbe, c'est un très beau livre qui vaut ses 16€ malgré sa petite taille. La photo de ce billet ne lui rend vraiment pas honneur. Ça donne envie de découvrir plus de livres des Éditions du Trésor!

vendredi 22 août 2014

Tuer le père (2011)

Chronique express!


Tuer le père est le huitième livre d'Amélie Nothomb que je lis et le premier à me décevoir. Cette longue nouvelle (que seul un éditeur peu scrupuleux peut présenter comme un court roman) m'a en effet semblé très simple et très basique. Pas que j'aie deviné la fin, que je n'ai pas du tout vue venir (comme à mon accoutumée, je crois). Mais parce que je n'y ai pas retrouvé le petit ton mordant de Nothomb, qui, de manière ironique et jouissive, me semblait jusque là dénoncer pas mal de travers de l'être humain et vivre dans un univers parallèle à la fois comique et terriblement cruel. L'histoire de Joe, jeune garçon bien décidé à devenir magicien et fou amoureux de la compagne de son mentor, ne m'a donc pas plus captivée que cela. En même temps, le livre demandant moins d'une heure de lecture, on peut lui donner sa chance si on apprécie l'auteur; mais pour une première rencontre, mieux vaut privilégier Hygiène de l'assassin.

Amélie Nothomb, Tuer le père
Éditions Le Livre de poche, 144 pages (écrites en gros, avec 10 pages de présentation de ses autres oeuvres....), 5,90€

mercredi 30 octobre 2013

La Guerre du feu (1911)

Chronique express!


Si le Belge Joseph-Henri Rosny aîné a écrit – à en croire la petite biographie de mon exemplaire Folio – 140 volumes, c'est La Guerre du feu qui a le plus marqué les esprits et l'a fait passer à la postérité. Et je comprends bien pourquoi: j'ai adoré. Pour l'écriture avant tout. Voilà en effet un écrivain pouvant presque rivaliser avec Zola du point de vue richesse et virtuosité de l'écriture... Et bien sûr pour le contenu: l'expédition de trois Oulhamr partis reconquérir le Feu, tué par des ennemis de leur peuple. Plonger dans un monde où les lions géants, les tigres et les aurochs s'affrontent dans des combats colossaux et où les mammouths, véritables seigneurs de la Terre, défilent d'un pas majestueux, c'est juste merveilleux!! Et j'ai aussi adoré les petites étincelles de progrès, les réflexions du jeune héros sur les chiens et sa (re)découverte du Feu auprès des Hommes-sans-Épaules. Un livre qui donne vraiment envie de plonger dans le roman préhistorique!

"Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. Fous de souffrance et de fatigue, tout leur semblait vain devant la calamité suprême: le Feu était mort. Ils l'élevaient dans trois cages, depuis l'origine de la horde; quatre femmes et deux guerriers le nourrissaient nuit et jour. [...] Il était mort! L'ennemi avait détruit deux cages; dans la troisième, pendant la fuite, on l'avait vu défaillir, pâlir et décroître. Si faible, il ne pouvait mordre aux herbes du marécage; il palpitait comme une bête malade. À la fin, ce fut un insecte rougeâtre, que le vent meurtrissait à chaque souffle... Il s'était évanoui... Et les Oulhamr fuyaient, dépouillés, dans la nuit d'automne."

J.-H. Rosny aîné, La Guerre du feu
Éditions Folio, 4,40€, 288 pages

samedi 25 août 2012

Robert des noms propres (2002)

"Au cours de théâtre, le professeur décida que Plectrude et un de ses camarades joueraient une scène de La Cantatrice chauve. Ce texte intrigua si profondément la jeune fille qu'elle se procura les oeuvres complètes d'Ionesco. Ce fut une révélation: elle connut enfin cette fièvre qui pousse à lire des nuits entières.
Elle avait souvent essayé de lire, mais les livres lui tombaient des mains. Sans doute chaque être a-t-il, dans l'univers de l'écrit, une oeuvre qui le transformera en lecteur, à supposer que le destin favorise leur rencontre. Ce que Platon dit de la moitié amoureuse, cet autre qui circule quelque part et qu'il convient de trouver, sauf à demeurer incomplet jusqu'au jour du trépas, est encore plus vrai pour les livres."

Amélie Nothomb
Robert des noms propres