Affichage des articles dont le libellé est Jérôme Garcin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jérôme Garcin. Afficher tous les articles

mardi 28 juin 2016

Bartabas, roman (2005)

Chronique express!


Au fil de mes lectures, Jérôme Garcin m'a un peu agacée avec son style grandiloquent et son équitation un peu snob, mais il n'en reste pas moins un écrivain qui parle de chevaux et je continue donc d'acheter ses livres si je les rencontre d'occasion. Celui-ci vient, si je ne me trompe pas, d'une bouquinerie lyonnaise absolument merveilleuse. C'est une biographie romancée et fragmentaire de Bartabas, le célèbre artiste équestre de Zingaro. Si j'admire – forcément – l'artiste, j'ai depuis longtemps une piètre opinion de l'homme, que j'ai vu parler à d'autres cavaliers comme à des chiens dans des bouts de reportage, avec une attitude virilement méprisante qui condense une bonne partie de ce que je n'aime pas dans le monde du cheval. L'œuvre de Jérôme Garcin n'a pas tellement fait évoluer mon opinion; j'ai vraiment l'impression que Bartabas a une très haute opinion de lui-même et j'ai du mal à croire, comme le dit l'auteur, que c'est en réalité un grand timide! Il n'empêche que découvrir son parcours a été très intéressant, même si, à son habitude, Garcin parle aussi beaucoup de lui. C'est un peu comme lire Limonov de Carrère, une biographie qui vous en apprend autant sur son auteur que sur son sujet. On y croise bien entendu des chevaux superbes et, malgré le style grandiloquent précité qui me fait croire à une certaine "pose" d'intellectuel parisien, des passages authentiques et émouvants qui débordent d'amour du cheval. Par exemple, le chapitre "Je me souviens" est un très bel hommage aux chevaux qui ont fait Zingaro. Une lecture que je recommande donc aux cavaliers et amateurs de spectacle équestre!

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur ce blog

dimanche 12 octobre 2014

Galops (2013)

Chronique express!


Parfois la magie n'opère pas: après un Perspectives cavalières enchanteur, Jérôme Garcin m'a laissée indifférente avec ce Galops - Perspectives cavalières II. Il y a certes de beaux chevaux et des cavaliers émérites dans ce petit recueil, mais globalement j'en ai plutôt ressenti un côté "m'as-tu-vu" et grand bourgeois. Je vous l'avais déjà dit à propos de La Chute de cheval: Jérôme Garcin et moi ne fréquentons pas les mêmes cercles. Il rend hommage à des peintres, des écrivains et des acteurs que je ne connais que de nom (à part Flaubert -- mais la présence de chevaux dans Emma Bovary et Trois Contes étant plus que marginale, je ne peux pas me prononcer sur sa passion des chevaux), et j'ai l'impression qu'il veut surtout montrer qu'il les connaît et qu'ils sont vraiment très intelligents. En bref, cela sent le petit cercle d'éditeurs et d'intellectuels parisiens bien fermé et auto-référentiel. Je n'en retiendrai que le petit texte sur Kamel Boudra, un journaliste d'Equidia pour lequel j'ai beaucoup de sympathie, et celui sur les femmes, avenir du cheval. Dommage, cependant, si nous sommes l'avenir du cheval, que nous soyons si peu nombreuses dans ces pages...

Jérôme Garcin, Galops
Éditions Folio, 192 pages, 6,20€

lundi 29 septembre 2014

Perspectives cavalières (2003)

Chronique express!


Après L'Écuyer mirobolant et La Chute de cheval, voilà le livre de Jérôme Garcin qui m'a le plus touchée et le plus parlé. Perspectives cavalières est un recueil de courts textes sur des emblèmes, des maîtres ou des caractéristiques du monde équestre, une suite de considérations sur la place du cheval dans la vie de l'auteur et de l'humanité en général. On voyage un peu: si on est le plus souvent en Normandie, on se promène aussi en Angleterre et en Orient. On y rencontre des chevaux de tout type et des cavaliers passionnés, rigoureux, amoureux... Un cavalier qui monte sans jambes et un célèbre cavalier devenu piéton. "Je fais mien ce regard émerveillé et dissident d'avant la science. Les chevaux, je les monte comme je les rêve, ils ne touchent pas terre, ils échappent aux lois de la gravitation et au règne animal." Tout le livre est à l'image de cette phrase de l'introduction. C'est un bel hommage à cet animal qui donne du sens et de la beauté à nos vies, à son élégance et sa capacité à nous faire vivre dans l'éphémère de la sensation. À lire de préférence après avoir monté, quand malgré une bonne douche vous reconnaissez encore l'odeur de votre monture sur le bout de vos doigts...

Jérôme Garcin, Perspectives cavalières
Éditions Folio, 148 pages, 5€

samedi 1 mars 2014

La Chute de cheval (1998)

Après avoir lu L'écuyer mirobolant, j'étais bien décidée à explorer la bibliographie de Jérôme Garcin, écrivain et cavalier. Malheureusement, cette Chute de cheval m'a légèrement déçue.


Avant tout pour un problème stylistique: Jérôme Garcin en fait un peu trop. Il rallonge ses phrases à l'infini et antépose bien trop souvent ses adjectifs à ses substantifs. Un processus joli mais lassant quand on commence à se dire que l'écrivain aime un peu trop se regarder écrire (de même que certains aiment s'écouter parler). S'agissant d'un premier roman, on peut cependant mettre ce défaut sur le compte de l'inexpérience.

Ensuite parce que je me suis sentie un peu éloignée de cette équitations d'écuyers et d'hommes. Certes, il parle aussi des boxes à faire, du crottin sur les bottes, de la sueur et du sable, mais, d'une manière générale, il navigue dans des sphères équestres autrement plus nobles que les miennes... Son milieu social assez huppé a renforcé ce décalage, tout comme l'absence presque totale de figures féminines (je crois qu'il cite une fois sa fille et consacre un paragraphe à sa femme; quant à ses chevaux, je crois qu'il ne cite que des mâles). Quand vous montez surtout des juments dans un club où la dirigeante, cinq des six enseignants et 80% des adhérents sont des femmes, l'univers de Jérôme Garcin paraît assez éloigné.

Mais attention! Je suis très contente d'avoir lu ce livre. Il ne m'a pas autant plu que L'écuyer mirobolant, mais il m'a touchée. Déjà parce que je m'abreuve de chevaux du matin au soir depuis que je remonte et que je ressens le besoin permanent de lire, voir, parler et penser cheval. Quand je l'ai fini, je l'ai refermé à regret, attristée de ne pas pouvoir passer plus de temps avec ces chevaux superbes. J'ai aimé y rencontrer Jean-Louis Gouraud, dont je lis avec intérêt la rubrique dans Cheval Mag (et qui sera de passage au Salon du livre de Paris le mois prochain). J'ai aimé voir que Jérôme Garcin est revenu à l'équitation après vingt ans d'arrêt (vingt ans!!) -- arrêt motivé par le fait que son père est mort en tombant de cheval (d'où le titre) -- et que les chevaux ont pris une place prépondérante dans sa vie, qu'il a d'ailleurs construite avec une femme ayant elle aussi retrouvé sa passion après une longue séparation. "On ne renonce jamais aux chevaux, vous savez": la phrase emblématique de Danse avec lui aurait bien sa place ici.

J'ai aussi aimé qu'il souligne les petites choses qui font le bonheur des cavaliers: caresser le nez tout doux, partir en balade avec un ami, poser les jambes sur les quartiers de selle en fin de séance... Enfin, le livre se conclut par une "Hypothèse d'hippothèque", petite bibliographie d'ouvrages sur les chevaux comprenant aussi bien des traités de haute école que le très populaire Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Un bon point de départ, je pense, pour qui souhaite faire des lectures de qualité sur le sujet. Pour ma part, je pense que ma prochaine lecture équestre sera Corpus Equi, dont j'attends avec impatience la sortie en poche, mais je garde cette Hypothèse sous la main pour plus tard avec grand intérêt.

mercredi 7 mars 2012

L'écuyer mirobolant (2010)


Dans L'écuyer mirobolant, Jérôme Garcin retrace la vie d'Étienne Beudant, militaire français devenu une sorte de maître à penser en équitation. Cavalier émérite né en 1863, il passe par Saumur avant d'être envoyé en Algérie, où il "reprend en main" tous les chevaux qui passent.


"Le plus souvent, à force de persévérance, d'équanimité, d'intelligence et de finesse, Étienne faisait des miracles. Il métamorphosait des carnes éteintes en athlètes brillants, les chevaux de bois en modèles de souplesse, les peureux en crâneurs, allongeait les brévilignes, élargissait les trapus, étendait les encolures trop courtes, rectifiait et musclait les dos creux, les poitrails mous, les épaules fatiguées, les jarrets compromis, retapait les plus faibles en les engraissant avec du fenugrec, finissait par obtenir, de juments destinées à mourir d'épuisement dans les brancards et à mourir au couteau, des changements de pied au temps, des pirouettes, des appuyers, parfois même un joli passage ou un piaffer royal."

Cet extrait est un bon exemple du style de Jérôme Garcin, qui arrive à faire de longues phrases remplies d'expressions équestres sans jamais s'y perdre. J'ai trouvé très agréable de le lire. Cependant, un non-initié pourra peut-être se noyer dans les figures et les défauts d'aplombs...

J'ai trouvé cette lecture assez triste, car l'histoire se passe en grande partie pendant les années vingt, trente et quarante, lorsque Étienne Beudant, infirme et abandonné par sa famille, vit seul dans les Landes avec quelques chevaux de propriétaire. La dernière jument qu'il a entièrement dressée, Vallerine, est partie à Paris sous la selle d'un autre cavalier, et Étienne ne montera plus après son départ. J'ai trouvé cette renonciation forcée à l'équitation très triste, décourageante, injuste. Mais le ton reste plutôt optimiste. À partir de là, Étienne Beudant s'est consacré plus que jamais à l'écriture, aussi bien pour répondre aux nombreuses lettres qu'il recevait que pour écrire ses propres livres (notamment Extérieur et haute école en 1923 et Mains sans jambes en 1945). (Ce dernier titre est une expression que tout cavalier a entendue plus d'une fois dans la bouche de son enseignant! ^^)

Le côté mélancolique de l'histoire ne m'a pas empêchée de beaucoup apprécier ce livre. Il est plein de considérations sur le dressage léger et aérien des chevaux et sur leur beauté, sans être sectaire (Étienne Beudant, par exemple, montait aussi les petits chevaux maghrébins que les Français considéraient comme "bons à riens"). Il déborde, en quelque sorte, d'amour du cheval.

Extrait de la quatrième de couverture de l'édition de poche de Folio, que ma librairie a exposé en pleine vue exprès pour me faire craquer: "Monter n'était plus alors une activité physique, c'était une pensée pure, un acte de foi."