mardi 27 septembre 2022

🎶 Я свободен (2003) 🎵

Aujourd'hui, petit interlude musical! Je n'ai pas de chronique sous la main car mes lectures n'avancent pas, alors je dépoussière la catégorie "Rock 'n' Roll" de ce blog (blog dont le nom pourrait laisser supposer que la musique y sera présente en masse, alors que bon, pas du tout... ^^).

En ces temps malheureux de guerre en Ukraine et, au moment où j'écris ces lignes, mercredi 21 septembre, de mobilisation partielle en Russie, je vous propose d'écouter un morceau de rock que j'adore, "Я свободен" de Kipelov, ex-chanteur du groupe Aria.

J'ai découvert cette chanson dans le podcast The Slow Russian Language. Dans l'épisode 80 (qui n'est pas dispo sur le site, mais que vous pouvez retrouver dans Podcast Addict et probablement n'importe quelle autre appli de podcast), Daria traduit le texte en anglais et explique le vocabulaire. J'ai recopié les paroles à la main, écouté le podcast plusieurs fois et fait de mon mieux pour chanter en rythme. À l'époque, les paroles étaient disponibles sur Deezer et défilaient en mode karaoké, ce qui m'a beaucoup aidée; aujourd'hui, hélas, elles ne sont plus synchroniquées.

En resortant la feuille sur laquelle j'avais écrit au printemps dernier, j'ai eu le plaisir de constater que j'ai rencontré certains mots et certaines structures dans mes cours depuis et que les paroles sont un peu moins hermétiques; je suis ravie.

La chanson, le genre de balade à chanter à tue-tête en concert, parle d'un amour malheureux, dont la chanteur finit toutefois par se libérer; c'est pour cela qu'il est "свободен" (prononcez "svabodène"), ce qui signifie "libre". (C'est un adjectif court, qu'on n'utilise qu'en attribut du sujet; dans les autres cas, on utilise l'adjectif long, свободый; et c'est au masculin, vu que c'est un homme qui chante.)

Depuis que j'ai écouté ce morceau, Deezer me propose plein de chansons rock et punk russes. Je passe les morceaux de punk, mais je profite avec plaisir du reste, même si je ne comprends pas un mot. De temps en temps, je comprends quelque chose et j'exulte. 💞


Je précise que je ne connais rien aux éventuelles positions politiques de Kipelov en particulier et du groupe Aria en général. C'est de la musique que j'aime, c'est une langue que j'aime et je rêve vaguement du jour où je pourrai envisager d'aller en Russie. J'espère que vous pourrez apprécier aussi, musicalement, même si vous n'avez pas l'habitude d'entendre chanter en russe et que, au début, ça fait un peu bizarre d'entendre chanter dans une nouvelle langue. Bonne écoute! 💞🤘🎸

jeudi 22 septembre 2022

L'altrui mestiere (1985)

Chronique express!

Primo Levi, connu dans le monde entier pour le merveilleux et incontournable Si c'est un homme, a mené une carrière d'écrivain assez prolifique, que je connais encore trop peu mais que je m'attache à explorer dès que l'occasion se présente. Ce recueil, paru en 1985 chez son éditeur de toujours, Einaudi, réunit une cinquantaine de textes publiés dans la presse entre 1976 et 1984, essentiellement dans La Stampa, un quotidien turinois (détail qui a son importance, l'auteur étant turinois également).

Primo Levi y aborde des sujets divers et variés: la littérature, la motivation de l'écriture, son expérience à bord d'un navire posant des câbles entre l'Italie et la Tunisie, la peur irrationnelle de certains animaux (il était arachnophobe 🕷🕷), des points linguistiques de la langue italienne, la chimie (il était chimiste de formation et de profession), la traduction... Un panorama large et riche, à l'image de cet écrivain que je considère non seulement comme un grand auteur mais aussi comme un grand homme de manière plus générale. J'ai retrouvé la netteté de vision qui caractérise Si c'est un homme: une profonde lucidité, qu'on qualifie facilement de scientifique, couplée à des nuances infinies. Rien n'est figé chez Levi, rien n'est asséné: il s'interroge et élabore des réponses partielles. Il réfute aussi, quand sa raison le lui dicte, des affirmations erronées, mais toujours avec respect et modestie, et toujours en y opposant une réalité plurielle.

C'est tout à fait ce que je recherche dans mes lectures et j'ai donc savouré ce recueil avec grand bonheur. D'un certain point de vue, sa démarche me rappelle celle de Lisbeï dans Chroniques du Pays des Mères; j'ai oublié d'en parler dans mon billet, mais Lisbeï écrit dans son journal de manière riche et nuancée et je lui ai envié cette capacité.

Je manque de temps pour élaborer, mais je vous recommande chaudement cet ouvrage, tout comme n'importe quel autre de l'auteur; tout ce que j'ai lu de lui m'a semblé bon. C'était un géant de la littérature italienne et européenne en particulier, et de la littérature mondiale en général. D'après Wikipédia, ce recueil est disponible en français dans l'Asymétrie et la vie, dans une traduction de Nathalie Bauer.

Livres de l'auteur déjà chroniqués sur ce blog
La chiave a stella (La Clé à molette) (1978)
Se non ora, quando? (Maintenant ou jamais) (1982)

samedi 17 septembre 2022

Astéroïdes, la traque céleste (2017)

Chronique express!

En 2016, Carrie Nugent, géophysicienne et chasseuse d’astéroïdes, a donné un TED Talk sur les Aventures d’une chasseuse d’astéroïdes, qu’elle a complété l'année suivante par ce TED Book publié en France par UGA Éditions. Elle y (ré)explique ce qu’est un astéroïde et détaille les outils dont nous disposons pour observer ces corps célestes, depuis les premières découvertes jusqu’à aujourd’hui. Une recherche qui repose énormément sur la collaboration internationale, qui permet d’observer le même objet à différents moments (selon où il fait nuit), et qu’elle compare à l’observation d’une échographie: repérer un astéroïde sur un cliché de l’espace, c’est comme repérer un tout petit embryon sur une échographie! 🤣 Elle aborde aussi les dégâts liés à un impact et les éventuels moyens d’éviter ledit impact. En gros, on a intérêt à bien surveiller les géocroiseurs (les astéroïdes passant près de la Terre) pour savoir plusieurs décennies à l’avance si l’un d’entre eux risque de nous percuter, histoire d’avoir le temps de le dévier…

L’ouvrage ne manque pas d’humour et se lit tout seul. Je ne sais pas comment écrit l’autrice en anglais, évidemment, mais la version française coule de source, ce qui ne m’a pas étonnée vu que la traduction a été réalisée par Monique Laoudi, consœur émérite spécialisée en vulgarisation scientifique et dont je savais déjà qu’elle travaille très bien.

"Quotidiennement, 90 tonnes environ de poussières et de petites roches parviennent jusqu’au sol [terrestre]. Ce poids peut sembler élevé à l'échelle humaine, mais il ne représente que 0,000000000000000001 % de la masse terrestre. Ou encore, moins de 1 % de la consommation journalière mondiale de café. Plutôt négligeable, scientifiquement parlant."

Je conclurai en signalant que le nom de la traductrice est indiqué en couverture, ce qui est rare et formidable! Bravo UGA!

lundi 12 septembre 2022

Fournaise (2016)

Le recueil Fournaise comprend douze nouvelles de Livia Llewellyn, autrice américaine d’horreur, publiées dans diverses revues et réunies en 2016. Le recueil est toutefois plus long dans sa version américaine, Furnace; Dystopia Workshop en propose ici une sélection, traduite de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel, à qui je tire mon chapeau.

Avec sa langue riche et son univers retors, malsain et fortement sexualisé, Livia Llewellyn avait a priori tout pour me séduire. Hélas, ma lecture a été laborieuse et insatisfaisante. Sur le plan du style, c’est beau, certes; c’est recherché, c’est travaillé. Mais ça m'a surtout paru pompeux et grandiloquent, avec de temps à autre des mots improbables, qui semblent jetés là pour montrer que l’autrice les connaît. Quant à la progression des récits, je l’ai trouvée floue et lente. En gros, je n’ai pas compris grand-chose à la plupart des nouvelles et j’ai dû relire de nombreux paragraphes deux fois pour essayer de m’expliquer pourquoi le personnage avait agi de telle manière ou ce qu’il lui était arrivé.

"Tu n'as entendu parler de ces faubourgs qu’en apprenant à énoncer les questions comme si elles étaient flocons tombant des cieux – questions que tu ne peux contrôler et dont, du reste, tu ne te soucies pas. Questions de celles qui trouvent enfin leur réponse dans le passage du temps: par le truchement d’ongles ébréchés creusant la surface jaunie du plan d’un métro depuis longtemps aboli, de mots tirés des veines du sang qui coule d’une plaie en pleine floraison, de grognements entendus de l’autre côté de la porte de la salle de bain, en écho à des nombres, à des noms."

Extrait de Panopticon – si vous avez compris de quelles questions on parle, merci de m’éclairer 😅 C’est la deuxième partie du premier paragraphe de la nouvelle, donc on n’a guère de contexte pour l’instant.

Entendons-nous: je pense que Livia LLewellyn laisse beaucoup de choses en suspens exprès. Ce n’est pas le genre d’histoire avec une réponse claire, où l’on vous dit nettement "un tel est mort et oui, la créature qu’il a vue était un monstre" ou "un tel a survécu et non, la créature qu’il a vue n’était qu’une hallucination". Néanmoins, j’ai trouvé qu’on manquait de clarté… Avec ses phrases déstructurées, L’amour n’aura point d’empire m’a même paru pratiquement illisible (ça a dû être un vrai défi à traduire, d’ailleurs, d’où mon estime pour la consœur qui s’en est chargée!).

J’ai aussi été gênée par une forte composante sexuelle très crue, parfois en décalage avec le ton du reste du texte (tout est très recherché et, soudain, une "bite" apparaît) et parfois très violente (Dernier été dans la pureté et la lumière démarrait bien avec son journal intime d’adolescente confrontée à une tradition familiale extrêmement étrange, puis il a fallu que [attention, divulgâcheur obscène susceptible de choquer les lecteurs sensibles] ladite adolescente soit, en compagnie de nombreuses autres femmes, violée par une créature inhumaine sous les yeux des hommes de la famille, qui savourent le spectacle du viol collectif en se masturbant [fin du divulgâcheur obscène susceptible de choquer les lecteurs sensibles] 👀).

J’ai bien aimé Stabilimentum, avec ses araignées qui reviennent inlassablement dans la salle de bain d’une locataire désemparée, et j’ai apprécié À toi le droit de commencer, qui fait référence à Dracula (mais qui m’a tout de même semblée bien vaine une fois la dernière ligne lue). J’ai aussi apprécié certains éléments de Allochton, qui parle du lent pétage de plombs d’une femme au foyer dans des États-Unis de carte postale des années trente, et j’ai bien réussi à suivre l’intrigue de Cinereus même si je n’ai pas bien compris ce que ce texte avait à nous dire. Pour le reste, c’est plutôt raté…

Je suis un peu déçue de moi-même vis-à-vis de ce recueil, car, en soi, si vous me dites "langue riche + horreur dérangeante + mystère", j’adhère totalement. Il faut croire que Livia Llewellyn est allée trop loin pour moi!

Je remercie chaleureusement Xavier de la librairie Scylla, qui m’a proposé de m’envoyer ce recueil. Même si la rencontre n’a pas été satisfaisante, c’était génial de le découvrir et le livre est un petit bijou avec son papier épais et sa superbe couverture de Stéphaner Perger! (Cela dit, à l’image des textes, je ne comprends pas ce que cette couverture est censée représenter 😂 – une flamme, certes, mais avec une forme suffisamment anormale pour qu’on soit censé y voir autre chose, non? Ou bien je me pose trop de questions?)

mercredi 7 septembre 2022

Chroniques du Pays des Mères (1992)

Difficile de parler d’un roman qui a fait couler autant d’encre que Chroniques du Pays des Mères d’Elisabeth Vonarburg! J’en attendais énormément, tout en étant très intimidée. Après un faux départ (probablement dû en bonne partie à la préface de Jeanne A Débats, qui a confirmé que nous sommes incompatibles), j’ai replongé dans la lecture lors d’un moment plus tranquille et le voyage a été à la hauteur…

Une couverture superbe d'Aurélien Police.

❗ Attention, cette chronique contient un énorme divulgâcheur
sur ce roman et celui d'une autre écrivaine!! ❗

L’histoire commence en 476 A.G. (Après Garde), dans une garderie de Béthély. Lisbeï, âgée de cinq ans, prend sous son aile la petite Tula, tout récemment arrivée. Dès qu’elle la voit, c’est une évidence, comme si elle la reconnaissait. Lisbeï a une sorte de don, une capacité à percevoir les émotions des autres, un peu comme une aura, et cela se manifeste très fortement envers Tula. Mieux encore, c’est réciproque; Tula aussi voit "la lumière".

Unies de manière quasiment magnétique dans la garderie, Lisbeï et Tula seront malheureusement séparées par la vie. Lisbeï, plus âgée, quitte la garderie avec les autres petites filles de son âge. Les deux amies continueront de se retrouver en cachette, mais cela sera de plus en plus difficile avec le temps. D’autant que les deux enfantes sont en réalité sœurs: elles sont toutes deux les filles de Selva, la Capte de Béthély, ce qui implique certaines responsabilités.

La relation entre les deux sœurs constitue le cœur de la première partie du roman. En parallèle, toutefois, Elisabeth Vonarburg profite du regard de plus en plus aiguisé de Lisbeï, qui découvre son univers en grandissant, pour dépeindre la vie à Béthély et, de manière plus générale, au Pays des Mères, une société matriarcale organisée autour de la procréation. Les hommes sont peu nombreux, alors l’immense majorité des grossesses sont obtenues par insémination artificielle, en sélectionnant avec soin les lignées pour favoriser la survie des enfantes (avec des résultats pourtant peu favorables : énormément d’enfantes meurent en bas âge, à tel point que le fait de les isoler à la garderie permet de ne pas trop s’y attacher et de ne pas trop souffrir lors de leur décès…). Les hommes et les femmes fertiles sont tenus de faire le Service, c’est-à-dire de donner leur sperme ou de se prêter à l’insémination pendant un certain nombre d’années. Cette organisation est vitale pour la survie de l’espèce, bien sûr, mais elle donne lieu à des situations très douloureuses: hommes qui attendent d’être expédiés dans un autre pays pour y faire leur Service, femmes qui sont obligées de tenter un nombre minimum de grossesses même si les premières se soldent par des fausses couches ou des accouchements douloureux… On sent bien la souffrance des deux sexes et certains passages m’ont rappelé les Fils de l’homme de P. D. James et la Servante écarlate de Margaret Atwood. Ces trois romans illustrent à la perfection à quel point une société fondée sur la procréation pour sa propre survie broie totalement ses membres…

Malgré ce contexte douloureux, Chroniques du Pays des Mères est un livre merveilleux et doux, qui irradie d’espoir. Parce que Lisbeï est un esprit affûté, toujours à la recherche d’une vérité qu’elle devine de plus en plus nuancée et insaisissable, et que la société dans son ensemble favorise la recherche, le débat, la nuance et la coopération plutôt que la concurrence. On pourrait y voir un cliché sur la société menée par les femmes qui est plus pacifique que celle menée par les hommes, mais l’impression est plutôt que l’humanité a su évoluer après des périodes très violentes et instables (le Déclin, qui est visiblement la chute de notre civilisation, a laissé la place aux Harems puis aux Ruches, deux systèmes dont on ne sait pas grand-chose mais qui semblent avoir été belliqueux dans leur fonctionnement). La naissance du Pays des Mères est intimement liée à Garde, qui a prêché la Parole d’Elli, sorte de déesse universelle. C’est d’ailleurs pour cela que les années sont comptées "Après Garde".

Avec sa soif de connaissance, Lisbeï va secouer le Pays des Mères en faisant des découvertes qui dérangent beaucoup les conservatrices, appelées les Judites, mais qui dérangent un peu tout le monde en vérité. Après le coup d’éclat initial, on voit les choses décanter, un peu comme dans notre société (à un moment, vous vous rendez compte que tout le monde, réacs compris, se fout éperdument de ce qui faisait hurler les réacs d’autrefois…).

Chroniques du Pays des Mères est aussi exceptionnel par ses personnages, toutes très différentes et finement caractérisées. C’est vraiment une merveille : Antoné, Mooreï, Kélys, Guiséia, Toller… Elles sont toutes très différents et merveilleusement complémentaires, et c’est un plaisir immense de les rencontrer. Elles s’imbriquent à la perfection dans cet univers au féminin. Vous avez peut-être remarqué que j’ai parlé d’"enfantes" et que j’ai utilisé le féminin pluriel au sens générique dans ce paragraphe. C’est parce que tous les noms sont féminisés dans la langue du Pays des Mères, un procédé à la fois permanent et étrangement discret – comme quoi on s’habitue parfaitement aux changements, quand on a l’esprit ouvert. En revanche… ça a dû être tellement compliqué à répercuter dans les traductions, ce truc!! En anglais, où le masculin et le féminin sont pratiquement absents, tout le travail sur la langue a dû passer à la trappe… En russe, où il y a aussi du neutre au singulier et où le pluriel est juste pluriel (ni masculin ni féminin), ça a dû être ardu… (Chroniques du Pays des Mères existe-t-il en russe, d’ailleurs?)

[Dvulgâcheur]
Dans ce contexte, c’est avec un désarroi total et un effroi grandissant que j’ai lu le dernier chapitre, dans lequel on apprend que tous ces gens sont en fait manipulés par une humaine à la vie bien plus longue que la leur, qui leur fournit les informations qui vont bien, les influence et LES REPRODUIT ENTRE EUX pour obtenir je ne sais quel humain elle veut. Ça m’a rappelé la trilogie des sorcières d’Anne Rice, dans lequel on finit par apprendre que le grand-oncle (qui est en fait le frère, le père, le grand-père, l’oncle, le grand-père à la fois) a préparé le terrain pour obtenir une sorcière ultrapuissante en couchant avec sa sœur, puis sa fille, puis sa petite-fille… Ça m’a totalement dégoûtée et ça m’a semblé remettre en question tout le message hyper positif du roman. Lisbeï croyait lutter pour la vérité, alors que l’une des personnes qui l’aidaient le plus lui cachait ladite vérité? Elle croyait avoir un don spécial, né d’une nouvelle mutation, alors que cette personne tierce a manipulé son génome exprès? GLOUPS!

Heureusement, ces quelques pages sont très minoritaires au regard de l’épaisseur du volume et n’ont pas terni mon expérience de lecture. Passée la surprise, j’ai tout de suite eu envie de reprendre le roman au début, pour encore mieux apprécier cette histoire et cet univers… Un chef d'œuvre!

En deux mots (ou plutôt trois ^^): merci, Tigger Lilly!

Avec ses 784 pages, cette édition Folio me permet de participer au Challenge Pavé de l’été de Brize. Ce sera sûrement ma seule participation – à moins d’un cataclysme m’empêchant de travailler (mais pas de lire! 😂), il est impossible que je lise et chronique un deuxième pavé d’ici le 23 septembre –, mais c’était vraiment cool de pouvoir m’inscrire cette année!

Allez donc voir ailleurs si ces chroniques y sont!
L'avis de Shaya
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

vendredi 2 septembre 2022

La gamelle d'août 2022

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé. En ce mois synonyme pour moi de frénésie pré-départ, puis de vacances longtemps attendues, je n'ai pas mis les pieds au cinéma. En revanche, les rubriques "Petit écran" et "Du côté des séries" revivent après des mois de vide total... 🤗

Un méchant d'exception, mon acteur fétiche et les deux meilleurs mammifères sont présents. Je me demande où sont passés les dinosaures??

Sur petit écran

Le Roi Lion de Roger Allers et Rob Minkoff (1994)


Le Roi Lion est le genre de film qui semble impossible à expliquer par des raisons rationnelles. Les planètes se sont alignées, ou bien les dieux de l’un ou l’autre panthéon existant ont béni le projet. Les personnages, les voix (John Malkovich!!!!!), les dessins, les paysages, l’animation, la manière de filmer, le montage, la musique, les chansons, tout relève du chef d’œuvre. Et Scar est le meilleur méchant. Le méchant qui parvient à ses fins. Le méchant qui regarde son frère dans les yeux et qui l’envoie à la mort en sachant très bien ce qu’il fait et en adorant ça (et en enchaînant sur une manipulation particulièrement abjecte, puisqu'il fait croire à Simba que c'est lui qui a tué Mufasa). "Long live the king!"

Tom Cruise. Corps et âme de Regis Brochier (2019)


Un documentaire sur mon acteur fétiche, la star d’Hollywood qui court plus vite que son ombre. 💖 J’ai beaucoup aimé suivre sa carrière, notamment ses débuts que je connais mal. Sans surprise, cet homme était déjà irrésistible à dix-huit ou vingt ans. 😄 Quelques interviews où il parle de scientologie font, en revanche, froid dans le dos… J’ai aussi beaucoup aimé voir Anne Rice déclarer d’un air navré qu’elle ne le voyait pas du tout jouer Lestat, ahah. Toutefois, le ton dramatique, voire apocalyptique, du documentaire m’a déplu, avec ces intonations à la "Et là… C’est le drame…" que je ne m’attendais pas à trouver chez Arte. À voir sur Arte.fr jusqu’au 16 septembre.

Inside the Mind of a Cat (Notre langue aux chats) d'Andy Mitchell (2022)


Un documentaire divertissant, attendrissant et enthousiasmant sur les chats. Il y a des chats partout. Des chats tout le temps. Les rares fois où on ne voit pas de chat à l'écran, c'est qu'on voit un humain qui parle de chats, donc ça va. Mention spéciale à la chatte ukrainienne qui rampe le long d'une corde horizontale, la tête en bas. 🤯 À voir sur Netflix.

Sur grand écran

Rien.

Du côté des séries

Love Death + Robots - saison 3 (2022)
Une troisième saison toujours bluffante sur le plan visuel, mais nettement moins prenante que la première, qui reste ma préférée pour l'instant. Aucun épisode ne m'a durablement marquée, même si l'avant-dernier épisode, In Vaulted Halls Entombed, était éminemment lovecraftien (y compris dans sa fin on ne peut plus désespérée 😄).

Et le reste


J'ai lu un vieux numéro de Livres Hebdo, toujours dans l'idée de venir à but de cette pile que j'ai laissée accumuler. Niveau équestre, je n'ai pas pu lire le Cheval Magazine de septembre, car je suis rentrée de vacances trop tard, mais j'ai lu le numéro d'avril de Il mio cavallo, une revue italienne tout aussi intéressante. Enfin, j'ai lu le Mad Movies Classic sur la saga de l'Anneau. Comme d'habitude, une lecture passionnante, hyper pointue, pleine de détails techniques fascinants sur la génèse du projet et la réalisation des effets spéciaux. J'ai totalement revécu cette première trilogie que j'adore et, bien que je trouve la revue bien généreuse avec le Hobbit, j'ai limite envie de revoir la deuxième. ^^

dimanche 28 août 2022

La ridícula idea de no volver a verte (2013)

Chronique express!


Comme le nom et la couverture de cet ouvrage ne l'indiquent pas le moins du monde, La ridícula idea de no volver a verte de Rosa Montero, écrivaine et journaliste espagnole, est une biographie de Marie Curie. Une biographie en pointillés, entrelacée avec les réflexions de l'autrice sur la condition des femmes et sa propre vie, car Marie Curie et Rosa Montero ont ceci en commun d'avoir perdu leur mari prématurément. On parlera donc beaucoup du deuil, notamment de la manière dont on revit les dernières heures d'insouciance avant l'annonce de la mort ou de la maladie (insouciance qui n'est insouciance qu'avec le recul: sur le coup, c'est juste la vie de tous les jours. Le jour où Pierre Curie est mort, sa dernière conversation avec sa femme Marie a porté sur le salaire de leur servante et a été tendue, quasiment une dispute). Pour ce faire, Rosa Montero a lu plusieurs biographies reconnues sur Marie Curie, ainsi que le journal que celle-ci a tenu après la mort de Pierre Curie.

Bien sûr, cette biographie est extrêmement intéressante. Marie Curie, de son nom polonais Maria Skłodowska, a eu une vie vraiment hors du commun, de sa jeunesse en Pologne à carrière scientifique en France! Toutefois, j'ai eu un peu de mal avec cet essai, qui se trouve à mi-chemin entre la biographie (de Curie) et l'autobiographie (de Montero) et est émaillé de hashtags dont je n'ai pas compris l'utilité (#HacerLoQueSeDebe, #HonrarALosPadres, #CulpaDeLaMujer, etc.). Je suppose que l'idée était de mettre en relief certains thèmes récurrents, mais j'ai trouvé ça artificiel et, pour être honnête, quelque peu ridicule. Peut-être que les hashtags semblaient plus modernes il y a dix ans... ^^ Je dirais donc que cet ouvrage est à réserver aux personnes ayant un intérêt fort pour l'une ou l'autre de ces deux femmes. Si vous voulez découvrir Rosa Montero, mieux vaut lire les enquêtes de Bruna Husky. :)

Allez donc voir ailleurs si cette idée ridicule y est!
L'avis de Marilyne

mardi 23 août 2022

Le cannabis, quelle histoire! (2021)

Dans cet ouvrage court et synthétique, Joël Bockaert, un biologiste français et directeur de recherche au CNRS, passe en revue nos connaissances sur le cannabis, la plante de tous les fantasmes et tous les interdits.

Le chanvre, de son nom scientifique Cannabis sativa, est présent aux côtés de l'humanité depuis très longtemps, soit pour la grande résistance de ses fibres, soit pour ses propriétés psychotropes et antidouleur, qui ont été utilisées dans bien des religions et des traitements. Aujourd'hui, le débat tourne autour de son usage médical et de la légalisation de son usage récréatif. Plusieurs pays ont déjà autorisé des médicaments à base de cannabis, qui sont en vente tout à fait légalement de manière plus ou moins encadrée (prescription d'un médecin agréé ou vente en hôpital ou en pharmacie). D'autres l'interdisent toujours totalement, comme la France.

Sur la forme, cet ouvrage n'est pas rédigé avec une grande élégance. Il y a pas mal d'anacoluthes, d'erreurs de ponctuation et même des erreurs d'orthographe ("il [...] décrits" page 45 🙄). Mais le contenu est, bien entendu, très intéressant. Déjà, le cannabis peut tuer; c'est rare, mais ça arrive. Je l'ignorais. (Par contre, l'auteur n'explique pas comment sont mortes les personnes concernées, ce qui aurait pu être bon à savoir.) D'autre part, ses effets dépendent directement du taux de tétrahydrocannabinol (THC), qui augmente constamment dans les variétés destinées à la consommation récréative, mais aussi du taux de cannabidiol (le célèbre CBD en vente partout) (j'en ai moi-même acheté une boîte l'année dernière, mais ça n'a eu aucun effet sur mes insomnies 🙃); le CBD n'est pas psychotrope et sa présence semble atténuer l'effet du THC. Dans les variétés destinées à l'usage récréatif, on essaye d'augmenter le THC et de réduire le CBD, ce qui n'est pas bon pour l'utilisateur final. En revanche, le cannabis est beaucoup moins addictif que l'alcool et la nicotine, ahah. Il s'accompagne toutefois du problème des produits de synthèse, qui ont des effets analogues mais ne sont pas régulés et sont parfois dangereux pour la santé. Et, bien sûr, tout un aspect lié au trafic illicite entre également en jeu, vu que le cannabis récréatif est interdit dans de nombreux pays.

Il y a beaucoup plus que cela dans cet ouvrage, mais voilà ce que j'en ai retenu dans les grandes lignes. J'ai lu une bande dessinée sur le cannabis il y a quelques années, mais j'avais évidemment tout oublié, donc c'était super intéressant de tout redécouvrir. Ah, il y a aussi un chapitre dédié aux perspectives économiques du cannabis et, vu que la tendance est plutôt à la légalisation à l'échelle mondiale, il semble y avoir beaucoup d'argent à se faire dans le secteur. Si vous voulez diversifier vos sources de revenus, ça peut être une piste. 💰

Pourquoi ce livre?
Parce que UGA Éditions, la maison d'édition de l'université Grenoble-Alpes, a lancé une collection de vulgarisation scientifique très sympathique, Histoires de sciences, dont cet ouvrage est le premier.

jeudi 18 août 2022

Interview with the Vampire (1976)

Un soir, alors que j’observais avec désolation ma bibliothèque, cherchant désespérément un livre en anglais facile à lire, j’ai sorti Entretien avec un vampire, qui m’était revenu en tête avec insistance à cause d’un projet professionnel, la relecture d’un roman se déroulant à la Nouvelle-Orléans. J’ai voulu relire quelques pages, histoire de voir ce que je pensais, dans la deuxième moitié de ma trentaine, de ce roman qui a tant marqué mon adolescence et que j’ai relu avec autant de plaisir à dix-huit ans puis à vingt-cinq ans.

“I see…” said the vampire thoughtfully, and slowly he walked across the room towards the window.
Et les premières pages se sont révélées si riches, si précises et si parfaites que j’ai continué à lire. La magie a opéré de nouveau. Je vais tenter de poser par écrit ce qui, selon moi, fait d’Entretien avec un vampire un chef d’œuvre de la littérature anglophone.

❗ Supposant que l’intrigue du roman est bien connue en raison du succès de l’adaptation de Neil Jordan en 1994, ce billet sera empli de divulgâcheurs. ❗

Ce que je trouve le plus stupéfiant chez Anne Rice, c’est la richesse de son style. C’est difficile à décrire. Tout déborde chez elle, tout est riche, luxuriant. Les phrases ressemblent aux fleurs de la Nouvelle Orléans – telles qu’elle les décrit, en tout cas. Vous sentez l’air qui embaume, vous vous enfoncez dans un fauteuil en velours. Il n’y a rien d’ampoulé, pas de phrases à rallonge; au contraire, c’est parfois très simple, mais ça véhicule des tonnes de choses. Anne Rice touche à une précision incroyable dans la description de ce qui ne peut pas être décrit, ou si difficilement: la beauté surnaturelle des vampires, les regards et les gestes qui en disent plus que mille mots, les questionnements moraux, voire métaphysiques, qu’on ne comprend pas soi-même. Et les époques historiques: la Nouvelle Orléans de la fin du XVIIIe et de la première moitié du XIXe, puis le Paris du Second Empire. Deux villes qui flamboient différemment mais flamboient quand même, animées par une vie riche et incessante pleine de lumières et d’odeurs.

“But how much tape do you have with you?” asked the vampire, turning now so the boy could see his profile. “Enough for the story of a life?”

Les personnages, ensuite: comme l’écriture, ils sont incroyablement complexes, pleins de replis et de sous-couches qu’on n’aperçoit que brièvement. Louis, le narrateur, est le plus attentif à cette richesse qui l’entoure; plein de doutes, de culpabilité à cause de la mort de son frère et de son mode d’alimentation meurtrier, il erre à la recherche d’un réconfort auquel il ne croit pas réellement, que celui-ci soit divin ou démoniaque. Claudia est juste stupéfiante. Transformée en vampire à l’âge de cinq ans environ, elle n’a aucun souvenir de sa vie humaine: elle est le vampire ultime, dénué de tout lien avec les humains qu’elle tue. Son drame, c’est évidemment d’habiter, avec un esprit acéré et hors du commun, un petit corps d’enfant qui ne peut survivre seul. Claudia est franchement flippante, quand on l’imagine vraiment comme une enfant de cinq ans. Je pense que ce n’est pas par hasard si on l’a considérablement vieillie dans le film, en en faisant une pré-ado… Et Armand, enfin: le vampire tout en retenue, prêt à tout pour parvenir à ses fins, un vampire qui ne s’abreuve pas seulement de sang. Lestat, si magistralement campé par Tom Cruise dans le film, est lui moins nuancé; on sent bien qu’il y a un vécu derrière son arrogance et ses sautes d’humeur, mais il ne révèle rien de son passé et Louis ne le tient pas grande estime.

“Of course, Lestat didn’t understand this himself. I came to understand it. Lestat understood nothing.”

Lorsque Lestat transforme Louis en vampire, c’est pour s’approprier sa maison et son argent. Lorsqu’il transforme Claudia en vampire, c’est pour retenir Louis, qui, après plusieurs années de cohabitation difficile, est prêt à lui tourner le dos. Il m’est apparu très clairement, cette fois-ci, que le trio Louis-Lestat-Claudia est un couple d’hommes avec un enfant. Je m’explique: j’avais évidemment, précédemment, vu le potentiel érotique homosexuel des couples de vampires d’Anne Rice, qui sont neuf fois sur dix des couples d’hommes. Quand j’avais quatorze-quinze ans, les deux années où j’ai lu plusieurs bouquins de cette écrivaine et regardé de multiples fois le film, c’était ce que je trouvais le plus excitant. Le plus érotique, justement. Mais je n’avais jamais réellement vu ce trio comme une famille avec deux parents de même sexe.

Je ne pense pas qu’il faille y voir un message LGBT, à vrai dire. J’ai l’impression qu’Anne Rice écrivait pour porter ses réflexions sur les sentiments et le sens de la vie plutôt que pour exprimer un message d’égalité ou de défense des droits civiques. Toutefois, je pense aussi, et depuis longtemps, qu’elle avait largement dépassé les clivages de genre et écrivait avec une liberté totale sur la question des relations amoureuses et sexuelles. Dans un de ses romans, Blackwood Farm, elle met même en scène un vampire hermaphrodite. J’ai honte de dire que, lorsque j’ai lu ce roman pour la première fois, en 2011 ou 2012, j’y ai vu un élément scabreux et ridicule à la fois, et un indice que, décidément, Anne Rice s’était perdue en route avec ses Chroniques des vampires. Aujourd’hui, je suis stupéfiée de voir tant d’avant-gardisme. Même en cette époque où les combats LGBT+ sont sur toutes les lèvres, je n’ai jamais entendu parler des hermaphrodites – j'apprends d'ailleurs seulement à l'occasion de la rédaction de ce billet qu'on parle plutôt de personnes intersexuées. Il y aussi énormément de fluidité du genre chez elle, dans le sens homme vers femme, tous ses personnages masculins ayant globalement une beauté correspondant à ce que l’Occident considère comme féminin.

Quant à l’amour de Louis et Claudia, il dépasse tout. Louis est le père de Claudia et il l’aime comme sa fille et son amoureuse à la fois. Il aime la femme dans le corps de l’enfant. Et cet amour est d’autant plus singulier que Claudia est, comme je l’ai dit, une créature totalement inhumaine, plus vampire que n’importe quel vampire – et donc ce que Louis hait le plus en lui-même.

“[…] I love him”, I said. 

“No doubt you do,” she mused. “But then, you could love even me.”

(Putain. J’en reviens pas, Claudia qui dit à Louis: oui, ça ne m’étonne pas que tu puisses aimer Armand, parce que même moi, tu peux m’aimer. Je suis 🤯)

Je suis étonnée et attristée qu’Anne Rice ne ressorte pas plus que ça en cette époque de profondes réflexions sur le genre, où la question de la non binarité est entrée dans les grands débats de société. Elle était tellement en avance sur son temps qu’elle est encore en avance sur notre temps, quarante-six ans après la publication de son premier roman!!

Enfin, j’adore, dans Entretien avec un vampire, l’absence d’explication religieuse à l’existence des vampires. Dans Dracula, ce monument victorien, et même dans Buffy un siècle plus tard, le fait que les armes consacrées par la chrétienté soient efficaces contre les vampires confère une légitimité à cette religion, impliquent qu’elle a un pouvoir. (A-t-on jamais su si la Tueuse pouvait repousser un vampire en lui balançant un objet sacré du bouddhisme ou de n’importe quelle autre religion? C’est une vraie question. Je ne crois pas…) Ici, il n’y a point de ça. Louis, qui cherche désespérément sa place de tueur sur Terre, est aussi ignorant que nous des questions de l’au-delà. Étant né catholique, il cherche une réponse dans le catholicisme, en réfléchissant en termes de Dieu, du Démon et de la damnation. Mais sa recherche reste aussi stérile que celle de n’importe quel humain. Il ne dispose d’aucune preuve de l’existence du divin en particulier ou du surnaturel en général, si ce n’est… sa propre existence, entretenue de nuit en nuit et de décennie en décennie par la mort d’innombrables humains. Attention, je ne crois pas que cela signifie, pour autant, qu’Anne Rice s’exprime contre l’existence du divin, qu’elle déclare haut et fort que le divin n’existe pas. Au contraire, je crois qu’elle y a cru toute sa vie, même quand elle a déclaré sortir du christianisme. Mais le mystère demeure entier pour le vampire et, chez Louis, c’est une terrible source de désespoir.

S’il y a une critique à faire à ce roman, c’est, pour moi, la passivité extrême de Louis. Lorsque Lestat donne son sang à boire à Claudia, il est difficile de concevoir que Louis ne se doute de rien et n’intervienne pas. Mais c’est une broutille dans un roman d’une extrême richesse, et Louis lui-même reviendra sur cette passivité à la fin.

Un chef d’œuvre. Je n’ai pas d’autre mot.

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
Mon exemplaire d'Entretien avec un vampire est celui que j'ai fait signer à Anne Rice lorsqu'elle est venue en France en 2013. Un livre précieux.

samedi 13 août 2022

Jusque dans nos bras (2010)

Dans ce récit à la première personne, Alice Zeniter met en scène une jeune femme française d’origine algérienne qui accepte d’épouser son meilleur ami, qui est malien, afin qu’il puisse, à terme, obtenir la nationalité française.

J’ai été très surprise en découvrant le sujet. Le premier chapitre, que j’ai lu bien avant d’attaquer le roman, parle plutôt de la génération de la narratrice, Alice ("Je suis de la génération qui vivra plus mal que ses parents, je suis de la génération qui n’est pas née avec Internet mais a grandi avec lui…"). En fait, toutes ces pensées lui viennent en tête alors qu’elle approche de la mairie, le grand jour. Le roman retrace sa vie depuis la maternelle, notamment grâce à sa relation avec son meilleur ami et au rôle tenu par le racisme, de près ou de loin.

Le style ne m’a pas toujours convaincue à 100%. On est dans la tête de la narratrice, avec un langage qui va très vite, empli de virgules plutôt que de points et très "jeune", ce qui ne rend pas toujours bien à l’écrit, à mon avis. Mais le résultat est quand même là. Après trois semaines de galère lecturesque, où j’ai même galéré à lire Becky Chambers alors que j’adore cette autrice et où j’ai abandonné coup sur coup deux romans que j’avais pourtant hâte de lire, j’ai été prise tout de suite et j’ai lu quasiment tout le livre en l’espace de deux ou trois heures dans les transports en commun. Il fait moins de 200 pages, certes, mais parfois je traîne 200 pages pendant une semaine, alors c’est la preuve que c’était efficace!

Je me suis beaucoup retrouvée dans le parcours de la narratrice. Par que j’aie contracté un mariage blanc ou que j’aie été victime de racisme, mais on respire ici un enthousiasme et une impétuosité d’adolescent et de jeune adulte phénoménales, qui m’ont rappelé mes propres jeunes années, et ce sous un jour plus positif que d’habitude. Il y a une espèce de mouvement en avant impossible à endiguer. Et des amitiés super fortes. C’est vraiment beau. Alice et son meilleur ami, Mad, se connaissent depuis la maternelle et partagent tout, c’est dingue et c’est beau! Quand il a besoin d’elle, il est évident qu’elle accepte. Je ne dis pas que les mariages blancs sont une chose bonne ou souhaitable dans l’absolu, mais, ici, ça semble la chose à faire, même si c’est risqué et complètement insensé. Un vrai hommage à l’amitié!

L’autre fil rouge, c’est évidemment le racisme, dont souffre Mad en raison de sa peau noire et qui marquera aussi toute la vie d’Alice: elle n’est pas visée, elle, mais son père est algérien ou d’origine algérienne et elle a donc, elle aussi, un rapport avec un pays autre que la France. Et cela joue. À l’adolescence, elle s’approprie cette "algéritude" volontairement, presque artificiellement, et ces origines ressortent lorsqu’elle annonce cette histoire de mariage à ses parents. Mais elle a la nationalité française et a toujours vécu en France, alors ce n’est pas prégnant comme pour Mad…

La narratrice ayant juste un an de moins que moi (comme l’autrice), beaucoup d’évènements qui ont marqué ses jeunes années ont aussi marqué les miennes, comme les attentats du 11-Septembre et l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles de 2002 (j’étais en Première durant l’année scolaire 2001-2002, je vous raconte pas la prise de conscience politique…). Ce roman m’a aussi fait redécouvrir des éléments de la deuxième moitié des années 2010 que j’avais oubliés, tels que:
- l
e fichier EDVIGE,
Brice Hortefeux, 🙃
le ministère de l’Immigration et de l’IDENTITÉ NATIONALE. 🤮🤮🤮🤮🤮🤮🤮🤮🤮🤮

Bon. Franchement, je n’avais pas besoin de me souvenir de tout ça. Mais cette décennie-là éclaire quand même vachement bien la décennie suivante. 🙄

À un moment, Mad explose contre le personnel administratif de la Préfecture où il se rend pour son titre de séjour; tous les employés seraient odieux, méprisants et déterminés à le faire tourner en bourrique. C’est peut-être la seule fausse note du bouquin, un côté "tout le monde il est méchant". Mais qui sait, je donnerai peut-être raison à Mad dans un avenir pas si lointain, vu que je suis censée m’atteler au grand chantier d’obtention de la nationalité française dans l’idée de voter aux présidentielles de 2027. On me traitera peut-être comme une crotte de Méditerranéenne et je me dirai que Mad n’avait pas tort, en fait. 💩👀

Bref, une belle lecture pleine de souvenirs et de belles relations humaines. Merci, Shaya!

lundi 8 août 2022

A Closed and Common Orbit (2016)

Chronique express!

Les lecteurs assidus de ce blog savent que j’ai aimé Becky Chambers d’amour dès que je l’ai rencontrée avec The Long Way to a Small, Angry Planet. J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai retrouvé tout ce que j’ai aimé chez elle dans ce roman, son deuxième: une intrigue toute douce, centrée sur les relations humaines et les parcours personnels, avec bien peu d’action. Enfin, je parle de relations "humaines", mais, en réalité, cette histoire est principalement celle de Sidra, une intelligence artificielle consciente installée dans un androïde et contrainte de commencer une nouvelle vie loin du vaisseau dans lequel elle est née. Heureusement pour elle, elle bénéficie de l’aide de Pepper, une humaine pas comme les autres. Le roman alterne entre les chapitres consacrés au présent de Sidra et ceux consacrés au passé de Pepper, qui a vécu une enfance plus que difficile.

Ces va-et-vient entre présent et passé sont très efficaces pour stimuler l’intérêt. Autant le passé de Sidra est plutôt tranquille, autant le passé de Pepper est plein de dangers et suscite suspense, impatience et empathie. Mais l’un comme l’autre parlent d’intelligences artificielles super avancées, conscientes et capables de sentiments, et posent plein de questions fascinantes. Ci-dessus, par exemple, je vous ai dit que Sidra était "née" à bord d’un vaisseau, mais peut-on franchement dire cela d’un programme qu’on a installé dans un système informatique de bord? La question se pose, évidemment, et me donne le vertige, personnellement. En parallèle, on découvre ou retrouve d’autres espèces non humaines, dont les Aandrisks, que je visualise toujours comme Earl Sinclair et qui me font donc bien marrer (si vous ne savez pas encore qui est Earl Sinclair, qu’est-ce que vous attendez pour cliquer??), et les Aeluons, qui incarnent la fluidité de genre à l’état pur. Becky Chambers est très douée pour créer des espèces extraterrestres avec des caractéristiques physiques, des coutumes et des psychologies différentes des nôtres, c’est très agréable. Le tout avec cet optimisme confiant et simple. Je suis conquise.

mercredi 3 août 2022

La gamelle de juillet 2022 🎶

Comme d’habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé, qui se sont caractérisées par une certaine musicalité.

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Bodyguard de Mick Jackson (1992) 🎶

Quel bonheur, que les cinémas UGC repassent de vieux films! Redécouvrir Bodyguard, que je n’avais vu qu’une fois et il y a fort, fort longtemps, a été un plaisir, et le cinéma était le lieu idéal; chez moi, avec mon téléphone à portée de main, j’aurais probablement décroché à un moment donné, du fait que l’intrigue amoureuse, centrale, n’est pas le type d’élément scénaristique qui m’intéresse le plus. Dans le noir, au calme, j’ai pu en profiter pleinement. J’ai trouvé que le film transmettait bien une certaine tension dans les scènes en public, quand on comprend à quel point la foule et l’agencement des lieux clos deviennent un enfer pour un garde du corps. On sent qu’il est impossible de tout surveiller et que le danger peut surgir de partout. Niveau acteurs, Kevin Costner n’est pas forcément super séduisant, mais il dégage quelque chose d’assez hypnotique; quant à Whitney Houston, elle est superbe ET dégage quelque chose d’assez hypnotique.

J’ai parfois l’impression que la mise en scène des personnages féminins a régressé depuis les années quatre-vingt-dix. Ici, comme d’autres fois, j’ai trouvé le personnage féminin très libre et indépendant. Elle a un enfant dont on ne connaît pas le père (et on se fout éperdument de savoir qui est le père, ce n’est même pas mentionné), elle dit en face au perso de Kevin Costner "But I can’t fuck you?" quand il la quitte, elle flirte avec un autre mec et le fout dehors quand elle décide de ne finalement pas coucher avec lui… Et même quand elle présente les Oscars, on ne voit pas ses seins. Je trouve que bien des actrices pourraient en prendre de la graine, car les remises de prix c’est souvent un Grand Défilé de Nichons, quand même.

Enfin bon bref, un film certes pas inoubliable, mais qui a ses bons côtés et qui ne manque pas de modernité. Et à la fin, vous inspirez un bon coup et vous chantez "And IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII willlll aaaaaaaaaaalllllwaaaaaaayyyyyyyyyzzzzzzz looooooooooooooooooooovvve youuuuuuuuuuuuuuuuuuu". 🤩🎶 Que demander de plus?

Elvis de Baz Luhrmann (2022) 🎶
Biopic musical longuet, ce film m’a beaucoup plus captivée durant sa première partie, qui retrace l’ascension d’Elvis Presley, que durant sa deuxième partie, qui montre la dégradation de ses relations avec son imprésario et sa lente déchéance. La musique est plutôt prenante au début, y compris dans des genres que je n’écoute pas (le blues? Je n’en sais rien…), et j’aime beaucoup les rares chansons que de connais d’Elvis Presley (Heartbreak Hotel!!! 🤩), mais à la fin, j’avais hâte que ça se termine, car je m’ennuyais. Disons que j’ai trouvé Baz Luhrmann nettement plus inspiré dans Moulin Rouge!. 😄 Il est toutefois très intéressant de voir Tom Hanks dans un rôle de méchant, lui qui me semble toujours jouer le type bien et chiant à mourir, et j'ignorais totalement qu'il y avait eu une composante raciale dans le scandale entourant les débuts d'Elvis. Et ouvrez grand les yeux si vous voyez ce film, car vous pourriez bien apercevoir des photos des personnages de Star Trek. 😍

Thor: Love and Thunder de Taika Waititi (2022) 🎶⚡
Un quatrième opus poussif, qui force le trait jusqu’à la caricature – tout du long, je me suis cru dans un pastiche des côtés les plus ridicules des films Thor et non dans un film Thor à proprement parler. Après les bandes-son des années quatre-vingt destinées à faire "authentique" et "cool" dans les Gardiens de la Galaxie, on dégaine maintenant les années quatre-vingt-dix... Et ça n'a pas l'air plus authentique, même ces bons vieux Guns 'n' Roses ne m'ont pas motivée. 😄 J’ai rigolé à certains trucs, j’ai été contente de retrouver certains personnages, mais j’espère qu’ils réussiront à trouver un second souffle pour la suite… Quant à Russel Crowe, je ne comprends pas qu’il soit allé jouer un personnage si grossièrement ridicule, ça me dépasse. 😄

Du côté des séries

Toujours rien. 🤯

Et le reste

J’ai eu beaucoup de mal à lire des livres, mais j’ai réussi à avancer considérablement dans les revues. J’ai d’abord lu le Cheval Mag de juillet, que je n’avais pu lire fin juin, puis un vieux numéro de Courrier International (numéro 1613, du 30 septembre au 6 octobre 2021) dont la une était consacrée à la rivalité entre la Chine et les États-Unis. Quand je l’ai vu dans l’entrée de mon immeuble, sur le comptoir où l’on peut déposer les livres à donner, je me suis dit que l’actualité va bien vite et que la Russie a envoyé la Chine aux oubliettes pour bien des gens… (Dont moi, hein.) En vacances, j’ai lu un hors-série de Première consacré à Matrix, ce qui donne, bien entendu, fortement envie de replonger dans ce film mythique et de (re)découvrir ses suites. Sur l’ensemble du mois, j’ai aussi lu trois anciens numéros de Livres Hebdo. Je ne lis qu’une partie des nombreuses chroniques de sorties, ce qui me permet de gagner beaucoup de temps, mais je suis quand même heureuse d’en avoir sorti trois de la pile d’environ dix mille anciens numéros que j’ai laissée s’accumuler. Et enfin, en fin de mois, j’ai lu le Cheval Magazine d’août. 🤗

Et vous, mes petits lecteurs, comment ça se passe cet été?

vendredi 29 juillet 2022

Égarer la tristesse (2019)

À Paris, Élise, âgée de 31 ans, élève seule son bébé, dont le père est mort alors qu’elle était enceinte. Sa vie est bien réglée et centrée sur son enfant, avec peu de contacts sociaux. Mais soudain, la dame âgée qui habite à l’étage au-dessus du sien lui donne les clés de sa résidence secondaire à Pornic pour qu'elle s'y installe. Sans trop savoir pourquoi, Élise accepte sa proposition et décide de "délocaliser sa tristesse" au bord de la mer. Quelle n’est pas sa surprise lorsque le petit-fils de sa voisine débarque à son tour, aussi ébahi qu’elle…

Bon, je suis quelque peu combattue à propos de ce bouquin, c’est assez étrange. 😄

D’un côté, j’ai été très surprise par l’histoire. Je suis Marion McGuinness sur Twitter, où j’apprécie son ton mordant – caustique me semble l’adjectif approprié. Je m’attendais donc à quelque chose de bien cynique et je suis restée bouche bée en lisant la quatrième de couverture, qui m’a annoncé un feel good book avec une histoire d’amour visible à mille kilomètres. Le style, quant à lui, est léger et simple; c’est un roman qui se lit très facilement. J’imaginais quelque chose de grinçant et drôle; ce n’est pas du tout le cas.

D’un autre côté, j’ai été rebutée par la présence centrale du bébé; Élise est constamment en train de porter son fils "sur sa hanche", de le "poser" quelque part ou de le serrer contre elle. Elle allaite et adore cela. Elle calme ses angoisses, la nuit, en le regardant dormir. Hmmm. Pas du tout ma came… Bon, je conçois bien que quand vous vivez seule (ou seul) avec un bébé, vous devez le gérer constamment (et, oui, que vous devez le poser quelque part en rentrant chez vous ^^). Et celui-ci n’est même pas chiant, d’ailleurs. Mais bon. Pas ma came.

D’un autre côté encore, l’histoire a très bien marché sur moi. J’ai lu le roman en trois soirs, ce qui est très rare. Certes, il est facile à lire, comme je l’ai dit, mais j’étais vraiment contente d’y revenir. Je me suis attachée à Élise et Clément, son colocataire involontaire, et mon cœur d’artichaut a attendu avec espoir et enthousiasme qu’ils se rapprochent. 😍 J’ai aussi apprécié que l’histoire se passe à Pornic, ville que je connais dans la vraie vie. Mais surtout, j’ai pleuré pendant les cinquante dernières pages. Je n’ai pas compté avec précision, mais ça doit être ça. Toute la fin m’a fait pleurer. Ça parle de la mort et de la séparation, et de la manière dont on regarde en arrière – autant de thèmes que je gère très mal.

Quant au titre, je le trouve très réussi et évocateur…

Et puis, c'est une histoire d'amour toute simple dans laquelle un gars normal et sympa tombe amoureux d'une femme élevant seule un bébé de moins d'un an et trouve normal qu'elle ait son bébé avec elle. Moi, je n'ai pas spécialement envie de lire des histoires avec des bébés, mais ça fait partie de la vie et c'est super chouette de voir un gars qui trouve ça tout naturel. Un mec bien, quoi.

Bref, voilà. Ce livre n’est pas censé être pour moi, mais il m’a touchée. Je suis d’ailleurs étonnée qu’il n’ait pas fait un carton. Entre le contexte contemporain et quotidien, le côté "gens normaux" des protagonistes, la thématique amoureuse et familiale et le style facile à lire (mais précis en même temps), j’aurais tendance à penser qu’il a tout pour plaire au plus grand nombre.

Pourquoi ce livre?
Parce que j’ai rencontré l’autrice au festival du livre de Paris. D’ailleurs, elle m’a promis des chats dans la dédicace et j’ai été déçue; il y a effectivement des chats dans ce roman, mais ils n’y jouent guère de rôle. Scandale! 😸

dimanche 24 juillet 2022

Ursula K. Le Guin. De l'autre côté des mots (2021)

Peu d’écrivains suscitent en moi un intérêt tel que je lis des livres sur eux: seulement J.R.R. Tolkien, Émile Zola et Anne Rice, je crois. S’y ajoute maintenant Ursula K. Le Guin, car notre Vert nationale a participé à cette super monographie publiée par Actu SF et dirigée par David Meulemans. J’ai donc franchi le pas et je me suis attaquée à ces 430 pages grand format, divisées en 31 interventions sur les sujets les plus variés: ses romans, sa vie, le tao, son travail de traduction… Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Le Guin, en somme.

Tous les textes ne m’ont pas autant parlé les uns que les autres, bien entendu. Celui de Florence Klein sur Lavinia, par exemple, m’a surtout rappelé à quel point je connais mal les mythologies antiques. Celui de Jeanne A. Debats m’a confortée dans l’idée que cette autrice ne fait pas du tout pour moi. J’ai trouvé plusieurs fois qu’on qualifie facilement Le Guin de féministe, alors que, pour ce que j’ai pu en voir dans la Main gauche de la nuit, elle n’était pas dans une démarche féministe (au sens de: se voyant comme une démarche, militante, engagée, destinée à faire passer un message). M'enfin, ça ne fait qu'un bouquin, ce n'est pas grand-chose pour fonder mon opinion.

Dans l’ensemble, toutefois, cette monographie est passionnante et brosse le portrait d’une femme hors du commun, avec une intelligence très fine et une multitude d’intérêts. J’ai l’impression qu’elle a tout fait dans sa vie, c’est impressionnant. Elle devait donc également avoir une capacité de travail non négligeable, d’autant que je crois savoir qu’elle avait plusieurs enfants (mais combien? La monographie n’en parle pas et Wiki non plus!) et que c’est majoritairement elle qui s’est occupée d’eux. Pour tout vous dire, ma lecture m’a évoqué l’exposition de la BNF sur Tolkien en 2019, dont il ressortait clairement que Tolkien était totalement hors du commun, une intelligence de géant. Eh bien voilà, Le Guin aussi, elle est du même calibre. L’humanité sort des cerveaux comme ça une fois sur un million. 🤯

Ma seule critique sérieuse concernant cette monographie porte sur l'absence de présentation des auteurs et autrices. Quelques lignes auraient été utiles pour savoir de qui il s'agit. Certains sont célèbres, comme Jeanne A. Debats, mais dans l'ensemble je ne connaissais personne.

En attendant que la BNF nous sorte une exposition à tomber sur Le Guin, je suis ravie d’avoir acheté le Bifrost qui lui est consacré. J’espère donc retrouver Madame Gros Cerveau dans l’année. Et puis, un jour, ce serait bien que je lise un autre de ses bouquins, quand même.

Livres de l’autrice déjà chroniqués sur le blog
The Left Hand of Darkness (1969)
Le Langage de la nuit (1973-1977)

mardi 19 juillet 2022

La Mort de la Terre (1888, 1912 et 1925) + Til A' the Seas (1935)

J'ai adoré J.H. Rosny aîné dans le roman préhistorique et je l’ai apprécié dans le roman fantasy. Qu’en a-t-il été en SF? Je vous dis tout!

❗ Attention, ce billet contient nombre de divulgâcheurs! 

Une femme nue, c'est toujours pertinent, quel que soit le sujet... 😶

La Mort de la Terre est un recueil de trois nouvelles totalement indépendantes, mais néanmoins savamment réunies.

Les Navigateurs de l’infini (1925)

Trois astronautes français débarquent sur Mars. Ils sont les premiers hommes à atteindre la Planète rouge. Ils inspectent soigneusement les lieux et ont le plaisir d’y découvrir LA VIE! 🤩 Y compris une forme de vie consciente, les tripèdes. La rédaction et le ton sont merveilleusement désuets, c’est formidable, et j’ai énormément apprécié que l’auteur nous donne à voir des extraterrestres très différents de nous. Tellement différents, pour être honnête, que je suis incapable de les décrire. Les tripèdes ont trois jambes et de très beaux yeux, c’est tout ce que je peux vous dire. C’est une vraie histoire de découverte de la différence dans des relations pacifiques entre espèces conscientes (avec une autre espèce, par contre, la situation est plus belliqueuse). On est à l’extrême opposé d’une créature telle que l’alien de Ridley Scott, dénuée de toute personnalité individuelle et réduite à sa dangerosité.

Le Cataclysme (1888)

"Au plateau Tornadres, depuis quelques semaines, la nature palpitait, équivoque, angoissante, tout son délicat organisme végétal parcouru d’électricités intermittentes, de signes symboliques d’un grand évènement matériel. Les bêtes libres […] prirent un parti extraordinaire, propre à épouvanter : elles émigrèrent, elles s’enfoncèrent aux vals de l’Iaraze."

Ainsi commence cette description d’une calamité mystérieuse, qui s’abat inexorablement sur un plateau où vivent, entre autres, Sévère et Luce, spectateurs apeurés et impuissants. J’ai trouvé ce texte brillant. Malgré sa brièveté, il arrive à nous faire aimer le protagoniste et à nous faire éprouver toutes ses angoisses. Et le mystère demeure jusqu’au bout.

La Mort de la Terre (1910)

Le texte qui donne son titre au recueil est le plus long et le plus abouti dans la description du contexte et le suivi du protagoniste. Nous sommes dans un futur lointain et l’être humain, sur Terre, est cantonné à quelques oasis isolées. Le reste de la planète, bouleversé par les cataclysmes et asséché, est devenu inhabitable pour nous et est colonisé par les ferromagnéteux, une nouvelle espèce que je suis incapable de décrire (je les visualise comme des lichens 🤨🤔) et qui prospère sur les fers autrefois utilisés par l’humain. Nous suivons les éventures de Targ, un homme qui quitte son oasis pour prêter secours à une autre, où il aura la chance de découvrir une nappe phréatique insoupçonnée. Mais inexorablement, sans cesse, les éléments s’allient contre l’être humain et celui-ci recule, jusqu’à une fin sans concession qui fait forcément quelque chose.

Notons que l’euthanasie est parfaitement admise et même nécessaire dans cette société. En cas de difficulté, des personnes sont mises à mort (de manière douce) pour permettre la survie du groupe. Dingue.

Ce dernier texte m’a énormément rappelé la nouvelle Till A’ the Seas de Lovecraft, que j’ai relue dans la foulée. L’histoire est foncièrement la même, celle du dernier homme sur Terre. Mais le traitement est radicalement différent, car Lovecraft ne nous donne à voir ce dernier homme que lorsqu’il est déjà seul et quitte son lieu de vie après la mort de la seule autre habitante, une femme très âgée. Son périple est plus douloureux à cause du manque d’eau, et sa fin, tragique évidemment, est aussi horriblement ironique: ayant enfin trouvé un puits dans un petit village peuplé de squelettes, il se penche pour prendre de l’eau, tombe dedans, tape la tête et meurt dans l’eau stagnante et boueuse. 👀

Chez Rosny aîné, la volonté de survivre de Targ et la présence de ses proches confèrent au récit, jusqu’au dernier moment, quelque chose d’humain et d’émotionnel. Ici, c’est tout l’inverse. La disparition de l’humanité n’a pas plus de valeur que son existence…

"All the teeming billions; the slow aeons; the empires and civilizations of mankind were summed up in this poor twisted form—and how titanically meaningless it all had been!"
(Votre propre joie de vivre vous dégoûte? Lisez Lovecraft, vous déprimerez vite fait bien fait...😅)

J’ai lu une autre histoire sur la fin de l’humanité, The Last Man de Mary Shelley, mais j’en garde un souvenir épouvantable, j’avais trouvé ça horriblement chiant, donc je ne suis pas allée le relire. Il est intéressant, en tout cas, de voir comment le thème a été traité au fil des années de bien des manières.

Allez donc voir ailleurs si cette mort y est!
L'avis de Vert