vendredi 20 mai 2022

Saurian. A Field Guide to Hell Creek (2018) 🦖🌳

Il y a quelques mois, Valéoraptor attirait mon attention sur un livre sur les dinosaures un peu particulier: Saurian. A Field Guide to Hell Creek de Tom Parker, Chris Masna et RJ Palmer. Le projet principal est un jeu vidéo du même nom, développé par Urvogel Games, et cet ouvrage est sorti en complément. Vu son avis enthousiaste, j’ai acheté le livre à mon tour.

Eh bien, il avait raison. Saurian est une vraie merveille. C’est véritablement un guide et il porte donc bien son nom: il présente de nombreuses espèces de la faune et de la flore de Hell Creek, une formation rocheuse située aux États-Unis, plus précisément dans le Montana, le Wyoming et les deux Dakota, et très célèbre dans le monde de la paléontologie pour les nombreux fossiles de dinosaures qui y ont été retrouvés. L’époque étudiée date d’il y a 66 millions d’années, quand vivaient quelques-uns des dinosaures les plus célèbres. Comme l’inégalable Tyrannosaurus rex, représenté en couverture.

Chaque espèce a une page présentant succinctement son habitat (car la région n’est pas uniforme et possède aussi bien des zones marécageuses que des parties plus sèches, des plaines que des plateaux…), sa morphologie au fil de sa vie, ses habitudes alimentaires et sociales… Pour les arbres, par exemple, on a des croquis de l’arbre adulte, de ses feuilles et de ses fruits. Un vrai livre de biologie, en quelque sorte. Sauf que toutes les espèces ont disparu depuis des lustres. 😍

Edmontosaurus. 💖

Le clou du spectacle, bien sûr, c’est la partie sur les dinosaures. Une vraie merveille. Une merveille tellement merveilleuse que… je me suis penchée sur le jeu vidéo.

Bon, heureusement, je ne connais vraiment rien aux jeux vidéo et je doute de me mettre à la chose un jour (d’une part parce qu’il y aurait sûrement une période difficile pour comprendre comment ça marche, et d’autre part parce que, si je dépassais cette période et j’accrochais le jeu, je n’aurais plus de vie), mais celui-ci est quand même très tentant, puisqu’on y incarne un dinosaure. C’est un jeu de survie, je crois. Vous choisissez quelle espèce vous voulez être, puis vous éclosez et vous devez survivre dans l’environnement de Hell Creek jusqu’à l’âge adulte.

En gros, vous pouvez jouer à être un dinosaure.

Je répète: vous pouvez jouer à être un dinosaure. 👀

C’est merveilleux.

En plus, les visuels sont pas mal du tout et il y a une vraie démarche scientifique derrière. Je vous invite à jeter un œil à la FAQ pour vous faire une idée.

Le jeu est déjà disponible sur Steam, dans une version non définitive, et le développement poursuit sa route.

Il va sans dire que je veux impérativement traduire Saurian, dans sa version livresque, en français. C’est mon nouvel objectif de vie pro et perso. J’ai contacté l’éditeur anglais, Titan Books, qui m’a dit que les droits sont libres pour la France. Il faut donc que je trouve un éditeur français motivé pour les acheter et financer toute la production de la version française (dont mes droits d’auteur, que je suis bien sûr prête à revoir à la baisse pour soutenir le projet 😇). J’ai déjà contacté trois éditeurs, mais vos avis m’intéressent: qui, à votre avis, peut vendre un beau livre en grand format sur un habitat naturel disparu?

Pour finir, le récit d’un achat compliqué:

L’année dernière, j’ai supprimé mon compte Amazon. Les raisons sont multiples, mais, en gros, ça fait partie de ma vie post-COVID: agir (encore) plus en adéquation avec mes valeurs. Je n’avais pas commandé chez eux depuis 2018, mais le simple fait d’avoir encore un compte "au cas où" me gênait. Donc, je l’ai supprimé. Mais bien sûr, cela complique l’achat de livres en anglais. (Je précise que je possède aussi un compte The Book Depository, sur lequel je n’ai pas passé de commande depuis au moins cinq ans – car The Book Depository, c’est Amazon aussi –, mais que je n’ai toujours pas supprimé car il faut d’abord que je recopie tous les titres de ma liste d’envies quelque part pour ne pas les oublier. 😅)

N'ayant pas trouvé Saurian sur des sites de vente en ligne français, par exemple celui de la Fnac ou de Shakespeare and Company à Paris, j’ai décidé de commander directement auprès de l’éditeur anglais, Titan Books, qui passe par le site des boutiques Forbiden Planet, les deux entreprises étant liées. Entre le prix du bouquin, les frais de port et le taux de change livre sterling > euro, qui a probablement joué en ma défaveur, j’ai payé ce bouquin… 54€.

La vache.

Quand le bouquin est arrivé en France, j’ai dû ajouter à cela 7 ou 8 € de frais de douane (je ne sais plus exactement), ce qui a fait monter le prix à 61 ou 62€.

Fuck le Brexit.

Saurian est sans aucun doute le livre qui m’a coûté le plus cher de toute ma vie.

Heureusement qu’il a tenu ses promesses et qu’il est vraiment beau. 💓

Il se trouve que je suis à une période de ma vie où l’argent n’est plus un problème, malgré des périodes tendues ponctuelles, et que j’ai donc pu payer cette somme sans difficultés particulières. (J’aimerais bien remonter dans le temps et le dire à la fille qui se désolait en 2016 et 2017...) Et il se trouve aussi que je préfère donner plus d’argent à des entreprises que j’estime plutôt que d’économiser en recourant aux services d’une entreprise que je n’estime pas, y compris si cela implique de m’acheter moins de choses au final. Mais bon, là, ça a été un sacré prix à payer pour éviter la multinationale. 😅

dimanche 15 mai 2022

La Péninsule aux vingt-quatre saisons (2014)

Qu’est-ce que je l’ai attendu, ce roman de Mayumi Inaba! Chroniqué en 2018 par Marilyne, puis en 2019 par la Petite marchande de prose, il restait éternellement disponible uniquement en grand format quand je le demandais en librairie. En avril 2022, enfin, je l’ai vu sur une table chez Gibert: il était sorti en poche!

Une illustration superbe de Flora Waycott.

Et ça été la déception. Ahah.

Ce récit d’une année passée à la campagne, dans une péninsule du Japon distante de plusieurs heures de Tôkyô, avait tout pour me plaire: isolement loin de la ville et de la foule, protagoniste d’âge mûr (la cinquantaine ou plus, étant donné qu’elle mentionne qu’elle est ménopausée) et sans enfant, présence d’un chat, observation tranquille de la nature et de son évolution au fil des saisons… Tout ce dont je fantasme, en bonne banlieusarde entourée d’immeubles.

Mais la sauce n’a pas pris. Le style ne m’a pas semblé transcendant dans l’absolu et le texte français est saupoudré d’anacoluthes et de petits problèmes de structure qui m’ont gênée (hmm, les éditions Picquier... En même temps, ils écrivent un nombre en chiffres dans le titre, j'aurais dû me douter de quelque chose... 🤯). Et comme dans Vingt ans avec mon chat, la narratrice (voix de l’autrice ou "simple" doublon?) m’a semblé fort peu dégourdie. Pas qu’elle ait quelque chose de spécifique à faire, car il n’y a guère d’action ici (et ceci n’est pas une critique: je suis réceptive aux livres où il ne se passe rien). Mais elle reste parfois bouche bée ou éberluée (je n’ai pas noté le terme exact) devant des choses qui me semblent mériter peu d’importance… 🤔 Et comble du malheur, on ne voit pratiquement jamais le chat. 😾

Alors, ce n’a pas non plus été l’agonie, entendons-nous bien, mais je suis restée à distance de ce récit, ne me retrouvant réellement que dans le besoin, passé et passé par la narratrice, de vivre dans la grande ville qu’est Tôkyô afin d’être noyée dans la foule, le bruit et l’agitation. Moi aussi, j’ai tendance à me noyer dans le bruit ambiant pour ne pas entendre le silence…

Une chose positive que je veux retenir: j’ai lu la première moitié de ce roman dans le train de Munich à Paris. Un trajet long. Beaucoup plus long qu’un vol en avion. D’abord trois heures dans un train régional, puis un peu moins de trois heures dans un TGV. Un trajet que j’ai fait en train par choix, en partie parce que j’ai développé une sorte de peur-haine irrationnelle de l’avion (ça, c’est la mauvaise raison), en partie parce que le train pollue beaucoup moins et en partie parce que j’aspire à PRENDRE ce temps que je n’ai pas, à aller LENTEMENT, à REGARDER où je suis quand j’y suis. À vivre ma vie post-COVID telle qu’elle m’est apparue avec une certaine clarté en 2020. Évidemment, la sensation de fin du monde, qui incitait à tout changer, et les bonnes résolutions du confinement, qui étaient intimement liées à ce moment de pause forcée et presque hors du temps, ont buté sur la réalité de la vie contemporaine. Mais je peux agir sur certains points, et voyager en train en est un.

Comme à peu près tous les romans japonais que j’ai lus, la Péninsule aux vingt-quatre saisons a été traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Allez donc voir ailleurs si cette péninsule y est!
L'avis de Marilyne
L'avis de la Petite marchande de prose

mardi 10 mai 2022

Hangsaman (1951)

Après We Have Always Lived in the Castle et The Sundial, j’ai acheté Hangsaman de Shirley Jackson, une autrice que j’apprécie beaucoup malgré le côté bizarre et difficile à appréhender de ce que j’ai lu d’elle jusqu’à présent. Hélas, je n’ai pas passé un très bon moment cette fois-ci…

Certes, il y a quelque chose de mystérieux dans l’air, avec le personnage de Natalie Waite, une Américaine qui, à l’âge de dix-sept ans, quitte la maison familiale pour étudier dans une université réservée aux femmes. Constamment en décalage avec son entourage, elle s’imagine des dialogues fictifs dans sa tête, qui résonnent parfois étrangement avec ceux auxquels elle participe dans le monde réel – ou ne participe pas vraiment, d’ailleurs, vu qu’elle est très passive. Certes, il y a aussi, justement, des dialogues brillants, ou plutôt des monologues entrecroisés brillants (vous savez, quand les gens parlent chacun de leur côté sans répondre à ce que dit la personne en face… 😅), ce que j’avais déjà constaté dans The Sundial. Sur ce point, c’est indéniable, Shirley Jackson était très douée. Enfin, certes, il y a aussi une critique vive d’un certain modèle du rêve américain, avec deux figures de femmes mariées qui souffrent dans une existence horriblement creuse et ne savent pas comment s’en sortir.

Toutefois, Natalie est horriblement passive pour mes goûts, et plus le roman avance, plus elle plane, ce qui m’a donné une certaine envie de la secouer pour lui remettre les idées à leur place. Et je ne me suis pas du tout intéressée aux autres personnages, tous plus futiles et creux les uns que les autres, exception faite peut-être du père, qui est mieux caractérisé (futile et creux aussi, en fait, mais d’une manière plus consistante – au moins, on comprend que c’est tout à fait délibéré et il n’est pas interchangeable🤪). Et puis, la seule fois qu’il y a un peu d’action… [divulgâcheur] eh bien, c’est un viol. On ne voit rien, mais on comprend très bien, et j’en ai eu les cheveux dressés sur la tête [fin du divulgâcheur]. Bref, voilà. Un roman planant qui n’a pas su me convaincre. À tenter, néanmoins, si le thème vous parle. Je compte toutefois continuer avec Shirley Jackson. 😉

PS : Vous vous demandez d’où sort ce titre? D’après ce que j’ai compris, c’est le nom anglais de la carte du pendu au tarot…

Allez donc voir ailleurs si d'autres ont plus apprécié ce pendu que moi!
L'avis de Charlotte Parlotte
L'avis de Gromovar

jeudi 5 mai 2022

La gamelle d'avril 2022

Un peu comme le mois de décembre, le mois d'avril a été englouti par un trou noir. Entre deux week-ends chez des amis ailleurs qu'en France (les Pays-Bas et l'Allemagne, enfin!!), deux sorties professionnelles et plusieurs jours de tourisme à Paris, je n'ai pas du tout eu de temps à consacrer aux écrans. La lecture s'est maintenue par miracle, au rythme faiblard qui me caractérise depuis des années, mais cette gamelle est probablement la moins bien fournie de l'histoire du blog. 😅 Mais je vous offre une citation croustillante, alors ne partez pas! 🤩

Sur petit écran

Rien. Bon, ça, ça ne change pas...

Sur grand écran

Rien non plus. Ça, c'est la cata. J'ai raté Morbius, dont on m'a dit le plus grand mal mais que je voulais voir quand même, me disant que, au pire, je pouvais contempler Jared Leto pendant deux heures. Enfer et damnation.

Du côté des séries

Rien non plus. Ça aussi, c'est la cata. Mon visionnage de la Roue du temps a échoué lamentablement sur le double écueil du manque total d'enthousiasme de mon homme et de notre manque de temps à tous les deux. Il faudrait que je reprenne au début, car je n'ai déjà plus de souvenir distinct des quatre épisodes que nous avons péniblement réussi à voir en un mois et demi, et je regarderai probablement seule, Monsieur n'étant pas du tout motivé pour s'y remettre.

Et le reste


J'ai lu le dernier Translittérature, la merveilleuse revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, et le Canard Enchaîné du 20 avril, acheté un jour où je suis allée à Paris et suis partie de chez moi en oubliant d'emporter un livre à lire dans le train (...). Il y a beaucoup d'infos locales qui ne m'intéressent pas dans ce journal, mais je rejoins les journalistes sur leur antilepénisme assumé et j'apprécie leur ton mordant. Une citation de Nicolas Sarkozy m'a même fait éclater de rire:
"Je l'avais dit, [Valérie Pécresse] n'est pas sympathique. Ça ne date pas d'hier. Il faut être sympathique pour avoir une chance d'être choisi par les Français. En plus, Valérie sait ce qu'elle me doit et, pourtant, elle n'a retenu de moi que le Kärcher. Je vaux quand même mieux qu'un Kärcher."
Je ne sais pas ce qui me fait rire le plus – Sarkozy qui critique le manque de sympathie de qui que ce soit ou sa remarque sur le Kärcher en mode "chaton" – mais je ris, je ris. 🤣🤣🤣🤣

En fin de mois, je n'ai même pas lu mon Cheval Magazine habituel, car j'ai beaucoup circulé en train et j'ai préféré ne pas l'emmener, de peur de l'abîmer. Ce sera double dose en mai. 😉

Et vous, mes chers lecteurs?
Avril a-t-il été un mois comme les autres,
un trou noir ou une belle occasion de renouveau printanier?

samedi 30 avril 2022

Shining in the Dark (2017)

Chronique express!

Une couverture de toute beauté réalisée par Zariel.

À l’occasion des vingt ans de Lilja’s Library, un site sur Stephen King, son responsable, Hans-Åke Lilja, a publié un recueil de douze textes: un écrit par Stephen King lui-même et onze qui lui rendent hommage ou ont un lien avec son œuvre. Ainsi, le Cœur révélateur d’Edgar Allan Poe, proposé ici dans sa traduction de Baudelaire, est utile pour comprendre le texte de King, le Compresseur bleu, traduit de l’anglais par Éric Holstein. Hélas, comme le laissaient présager les chroniques de Tigger Lilly et Xapur, le tout n’est pas bien qualitatif. Seuls trois textes m’ont un minimum marquée: le Roman de l’Holocauste de Stewart O’Nan, traduit par Éric Holstein, qui montre le décalage entre l’image d’un écrivain et son for intérieur, l’Amour d’une mère de Brian James Freeman, traduit par Annaïg Houesnard, qui évoque la nouvelle The Woman in the Room de Stephen King (dans le recueil Night Shift), et le Manuel du Gardien de John Ajvide Lindqvist, traduit par Éric Holstein, qui m’a amusée parce que mon copain joue à de nombreux jeux de rôles.

Les deux traducteurs sont cités dans le sommaire, en gros caractères, c’est vraiment chouette. En revanche, on apprend dans l’intro que le texte de Lindqvist a été écrit en suédois et traduit en anglais par Marlaine Delargy. Toute la question qui se pose est donc: Éric Holstein traduit-il aussi du suédois, ou a-t-il traduit la traduction de Marlaine Delargy? J’aurais bien aimé savoir. Et s’il a traduit la version anglaise, pourquoi l’éditeur français, ActuSF, n’a-t-il pas cherché un traducteur suédois>français? 🤓

Un grand merci à Xapur pour cette lecture! 😃😃

Allez donc voir ailleurs si ces phalènes y sont! 🦋
L’avis de Tigger Lilly
L’avis de Xapur

lundi 25 avril 2022

TysT (2022)

Les éditions Scylla, dont j’ai déjà lu Il faudrait pour grandir effacer la frontière, Roche-nuée et Bienvenue à Sturkeyville, organisent actuellement un nouveau financement participatif afin de publier TysT, un court roman de luvan. J’ai eu la chance de lire ce texte avec un peu d’avance…


L’intrigue

Euh bein, l’intrigue n’est pas facile à présenter, justement. J’ai même dû lire deux fois le premier chapitre pour bien le cerner (et, pour tout vous dire, je l’ai lu une troisième fois avant de m’embarquer dans cette chronique 😅). La narratrice est une humaine, a priori, mais éveillée: elle peut passer de notre monde, le pays dormant, à un autre, le pays vif. Pour cela, il lui faut trois objets, des soga, et un nœud, un lieu chargé symboliquement pour elle, où elle a vécu quelque chose d’important. Une fois arrivée en pays vif, elle accepte d’accomplir une quête en compagnie d’un corbeau, Courroux Clapet Dhorst, et d’une hort, Bibi Ziggurat Tremeneur. Qu’est-ce qu’une hort, me demandez-vous? Eh bien, je ne sais pas. Mais c’est poilu… 👀

Le style

Ce que je viens d’écrire est beaucoup plus factuel et rationnel que le texte de luvan, qui est hautement onirique et plein d’implicites et de brumes. Étant donné que je ne lis qu’au moment du coucher et que j’ai tendance à m’endormir toutes les dix minutes, le fait que rien ne soit expliqué ne m’a pas aidée. Mais je ne pense pas qu’il faille vraiment comprendre ce récit et cet univers. Il s’agit plutôt d’un texte à prendre comme il est, par lequel il faut se laisser porter, en vue de se laisser aller à rentrer dedans. En soi, le style est superbe, riche et évocateur, ce qui colle parfaitement au pays vif et à l’atmosphère de ces réalités parallèles, qui se mêlent malgré tout.
"Je suis en pays vif. Je suis en pays dormant. J’existe simultanément ici et là.
Les éveillées ne quittent jamais l’ici quand elles gagnent le là."
C’est une ambiance tout à fait appropriée pour la Bretagne, où se situe une partie de l’action: une Bretagne brumeuse, pleine de légendes et de chansons. Pour tout vous dire, c’est, un peu comme Vert-de-Lierre de Louise le Bars (mais en beaucoup plus abouti), le genre de texte que j’aurais aimé, moi, écrire à un moment donné de ma vie, notamment quand j’étais émerveillée par les Brumes d’Avalon de Zimmer Bradley et la minisérie Merlin de 1998. 💔

luvan évoque aussi un avenir peu reluisant pour l’humanité, avec la mention de la troisième guerre et de la fermeture des frontières, mais on n’en saura presque rien. La narratrice, âgée d’une cinquantaine d’années au début du roman, a consacré sa vie à la musique et ne semble pas s’être penchée sur les tourments du monde. Il y a, en revanche, des passages poignants sur sa relation avec sa sœur, cette dernière étant partie vivre à l’autre bout de la planète longtemps auparavant.

Le roman s’accompagne d’une playlist, d’un jeu de rôle d’écriture solo créé par Melville Tilh-Pluñvenn (je n’ai pas essayé de jouer, mais j’essaierai peut-être quand j’aurai la version papier), de superbes illustrations intérieures réalisées par Stéphane Perger, de cartes et de symboles dessinés par Arnaud S. Maniak et d’une postface de Laurence Jonard.

Moralité: maintenant que je connais la fin, je devrais lire ce roman une deuxième fois, afin de mieux en savourer le style sans autant essayer de raccrocher les wagons entre deux endormissements. 😅 Je suis certaine, de toute façon, que c’est un texte qu’on peut lire plusieurs fois, en explorant sa richesse plus à fond à chaque fois!

Allez donc voir ailleurs si TysT y est!
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert

mercredi 20 avril 2022

To Be Taught, If Fortunate (2019)

Chronique express!


Ayant adoré The Long Way to a Small Angry Planet de Becky Chambers, j’avais très envie de continuer avec cette autrice merveilleuse, qui avait proposé un premier roman si doux à lire. J’ai donc sauté sur To Be Taught, If Fortunate quand je l’ai vu en librairie (béni soit l’American Book Centre d’Amsterdam d’avoir du Becky Chambers en rayon, et même plusieurs bouquins de Becky Chambers en rayon 💖).

Et quel plaisir. D’une part, ce livre est très court, et j’ai donc pu le lire en un temps raisonnable (cinq jours?), ce qui m’a évité de perdre totalement le fil comme je le fais d’habitude. Il se divise en quatre parties, chacune présentant l’exploration d’une planète par une équipe de scientifiques humains, qui ont quitté la Terre au XXIIe siècle. On découvre ainsi quatre mondes différents, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et on partage le plaisir des chercheurs espérant trouver des formes de vie, puis les cataloguant. Et quand les choses se passent mal, on peine avec eux – même si, Becky Chambers oblige, le scénario du pire ne tourne pas non plus à l’horreur. (C’est comme chez Arthur C. Clarke: vous pouvez lire tranquille, a priori personne ne finira découpé en morceaux. Quel soulagement. Quel bonheur.) De manière plus générale, j’adore la vision de la science présentée ici: la science comme facteur de progrès et de connaissance, portée par une volonté partagée de gens différents les uns des autres. La fin m’a carrément donné la chair de poule. Et le titre, extrait d’un message de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations Unies, est un programme d’humilité et de foi en la science à lui tout seul. Cette édition Hodder se termine, en outre, par un échange de questions-réponses entre Becky Chambers et sa mère, Nikki Chambers, qui est prof d’astrobiologie. Formidable.

En écrivant cette chronique, je réalise qu’on peut clairement dire que Becky Chambers est la digne héritière d’Arthur C. Clarke. Je suis joie. 😍

vendredi 15 avril 2022

Le Docteur Pascal (1893)

Depuis quatre ans, je relis les Rougon-Macquart avec Tigger Lilly, et parfois d’autres intrépides lecteurs. Quatre ans de grands moments et de scènes grandioses, avec quelques passages moins convaincants, mais toujours dans l’extase zolienne.

En ce début d’année, a sonné l’heure du dernier tome, le Docteur Pascal, paru en 1893 et lu également en compagnie de Baroona.


Et hélas, le baisser de rideaux n’a pas été à la hauteur du spectacle…

L’intrigue

Le docteur Pascal vit à Plassans, le fief des Rougon, en compagnie de sa nièce Clotilde, la fille de Saccard (vous savez, le gars qui spéculait à mort sur l’immobilier parisien dans la Curée et sur la naïveté des catholiques dans l'Argent). Il coule de longues et belles journées à étudier l’hérédité, notamment dans sa famille de fous furieux, les Rougon-Macquart, et à soigner ses patients par des injections improbables de matière cérébrale (…).
Hélas, sa relation avec Clotilde tourne au vinaigre sous l’influence de Félicité, la féroce matriarche Rougon. Et puis, l’esprit de Pascal se détraque avec l’âge. Pascal et Clotilde se disputent. Pascal s’épuise au travail. Pascal déprime. Puis Pascal comprend qu’il est, en fait, amoureux de Clotilde…

Des considérations philosophiques floues

Évacuons d’emblée un des problèmes de ce roman: les recherches parfois délirantes de Pascal et ses conversations floues avec Clotilde. Pascal a beau être un médecin super motivé, je ne le laisserais jamais m’injecter quoi que ce soit. 👀 Il y a pas de mal de pages sur ses réflexions sur l’hérédité ou la médecine et ce n’est pas bien intéressant. Ses échanges avec Clotilde sont quant à eux flous. Il y a toute une scène capitale où ils affrontent leurs points de vue – lui est athée, elle est croyante – et c’était tellement flou que je ne comprenais pas bien qu’ils s’estiment en opposition.

Des nichons à gogo et l’exaltation de la femme jeune regénérant l’homme vieux

Passons maintenant au deuxième problème: la relation entre Clotilde et Pascal. Précisons d’emblée que ladite relation n’a rien d’un viol. Clotilde a vingt-cinq ans au moment du roman et est donc une adulte, il n’y a pas de manipulation d’une enfant. Et pour une rare fois vu l’époque, elle est informée sur le sexe, car elle a toujours lu les bouquins de médecine de Pascal, il n’y donc pas non plus d’exploitation de l’ignorance. Et l’attirance est réciproque. Mais néanmoins. NÉANMOINS. Pascal a élevé Clotilde pendant des années et lui a tout appris. Elle l’appelle "Maître" comme si elle était à l’école. Pascal a cinquante-neuf ans. Clotilde en a vingt-cinq. En chiffres: 59 et 25. Ils sont trente-quatre ans d’écart. En chiffres: 34. Et ils sont oncle-nièce. Clotilde est la fille du frère de Pascal. Quelle bonne idée, de coucher ensemble! 🤯🤯🤯

Au-delà de la différence d’âge, c’est le traitement du corps de Clotilde qui m’a renversé le cerveau. Clotilde est jeune. Donc, Clotilde est mince et pleine de vie. Elle a une taille fine, des jambes musclées, et surtout, SURTOUT, elle a des nichons bien fermes et bien sexy. C’est important que le lecteur le sache. Et comme elle est jeune et pleine de vie et équipée de nichons bien fermes, Pascal revit! Pascal retrouve sa propre jeunesse! Exaltation suprême: à la fin du roman, Pascal apprend qu’il l’a mise enceinte!

Au-delà du traitement du corps de Clotilde, c’est le parallèle avec la vie de Zola et les dédicaces du bouquin qui m’ont renversé le cerveau. Car Zola a, lui aussi, couché avec une femme beaucoup plus jeune que lui, sa lingère Jeanne Rozerot, et eu des enfants très tard. Impossible de ne pas croire qu’il parle de lui en parlant de Pascal. Et Zola, avec une finesse hors pair, a dédié ce roman….. à sa femme, Alexandrine. Sa femme qui a été cocue pendant vingt ou quinze ans. "Regarde, ma chérie, je t’ai dédié ce roman dans lequel j’explique ce que c’est bien de coucher avec une fille qui a la moitié de mon âge et des seins bien fermes." Et il a écrit à ses enfants qu’ils sauraient, en le lisant, "combien [il avait] adoré leur mère". Ou ses seins, donc.

La vie qui va

Comme la fin de Germinal et certains passages de la Faute de l’abbé Mouret, le Docteur Pascal encense la vie: la vie qui continue à l’infini, qu’on le veuille ou non, et apporte toujours de nouvelles promesses. C’est un message qui me parle, de manière générale. Ici, toutefois, il est réduit à la virilité retrouvée de l’homme mûr qui se croyait impuissant et enterré et à la procréation. Clotilde tient d’ailleurs à expliquer que le sexe, c’est pour enfanter, sinon ça n’a pas de sens. Mon cerveau a continué de se renverser.

Quelques bons souvenirs, tout de même

Je râle, je râle, mais il y a quand même quelques éléments qui surnagent dans ce roman. D’une part, un chapitre est dédié à l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, ce que je trouve exaltant: on retrouve toute la famille qu’on connait depuis vingt romans, c’est beau.
"Et c’était Saccard encore, à quelques années de là, qui mettait en branle l’énorme pressoir à millions de la Banque Universelle, Saccard jamais vaincu, Saccard grandi, haussé jusqu’à l’intelligence et à la bravoure de grand financier, comprenant le rôle farouche et civilisateur de l’argent, livrant, gagnant et perdant des batailles en Bourse, comme Napoléon à Austerlitz et à Waterloo, engloutissant sous le désastre un monde de gens pitoyables..."
Il y a aussi quelques personnages de grand relief, comme le détestable oncle Macquart, qui connaîtra une mort à sa hauteur (🔥👀), la spectaculaire Félicité, plus grande que nature que jamais, et le pauvre petit Charles, qui mourra d’une triste mort. (Oui, deux des éléments positifs de ce roman sont des décès, prouvant une fois de plus que Zola excelle dans le domaine. 👀) Je retiendrai aussi les promenades de Pascal et Clotilde dans la ville de Plassans, car, malgré ce que je reproche à leur relation, ils s’aiment sincèrement et marchent joliment ensemble, dans le triomphe et l’insouciance du bonheur comme dans la peine et l’anxiété du malheur.

Et voilà. Une fin de saga en demi-teinte, et même franchement décevante, donc. Je n’arrive pas à croire que j’avais oublié les détails de cette histoire tellement c’est renversant. 🙃

Allez donc voir ailleurs si ces nichons y sont!
L'avis de Baroona
L'avis de Tigger Lilly

dimanche 10 avril 2022

Les étoiles qui meurent dans le ciel (2020)

Allongé dans le jardin de ses grands-parents, Jacques regarde les étoiles. Un jour, il en voit une s’éteindre. Elle est morte. C’est le choc. À partir de là, il oriente toutes ses études vers l’étude des étoiles, jusqu’à se lancer dans une thèse sur les effets du mouvement sur le vieillissement des astres. Un millionnaire philanthrope s’empare de son sujet et de son projet de machine en annonçant à tous qu’ils vont "arrêter le temps". Direction une zone désolée de la Russie pour construire une machine inédite…

J’ai adoré les Étoiles qui meurent dans le ciel de Benjamin Lesage, roman que j’ai dévoré. C’est super humain, avec plein de sentiments et de ressentis subtils, expliqués avec une grande précision et simplicité. Tous les personnages sont posés efficacement, en quelques paragraphes, mais semblent très réels à la fois.

"Monsieur Troupont a eu une vie bien remplie et, par habitude, il vit pour la remplir un peu plus encore. Son passé, aussi glorieux qu’il puisse être, lui importe bien moins que le futur qui s’élance à toute allure devant lui et dont il peine à suivre les méandres. Il se tient au courant des avancées de ce monde qui tourne décidément trop vite grâce à son fidèle Hippolyte, son majordome, qui se prénomme en réalité Bernard."
J’avais une petite inquiétude à cause de "l’opposition des militants écologistes" mentionnée en quatrième de couverture, mais lesdits militants, ou plutôt la militante que l’on suit de près, ne sont pas du tout présentés comme des réactionnaires anti-progrès. Ils forment le seul élément doux-amer du roman, avec leur volonté de se battre contre des moulins à vent qui peut parfois s’étioler face aux difficultés sans cesse répétées…Entretemps, Google m'a appris que l'auteur vit dans un éco-hameau, alors je m'étais vraiment inquiétée pour rien. 😉

Si vous lisez ce blog avec une très grande attention, vous vous souvenez peut-être que j’ai râlé deux fois contre les histoires écrites au présent durant les derniers mois: une fois à propos de The Stars are Legion de Kameron Hurley et une fois à propos du recueil Vampires Never Get Old. Ici, c’est le contre-exemple: le roman est au présent, et c'est très bien! J’irais même plus loin: ça implique le lecteur, ça donne au récit quelque chose d’universel. Comme quoi tout dépend de l'auteur... 

En bref: une belle réussite pour une lecture qui saura ravie aussi bien les jeunes lecteurs que des adultes.

Éditions Courtes et Longues.

Pourquoi ce livre?
Parce que j’ai rencontré l’auteur au salon du livre de Boulogne-Billancourt et qu’il est sympa. 😊

mardi 5 avril 2022

Les BD du premier trimestre 2022

Comme d'habitude, retour sur les BD et comics lus durant le trimestre écoulé.

Dark Avengers de Michael B. Bendis (scénario) et de multiples dessinateurs, traduit de l’anglais par Jérémy Manesse et Khaled Tadil (2009)

J’ai lu avec un certain plaisir cette série de seize épisodes mettant en scène une équipe de superméchants dirigés par Norman Osborn, alias le Bouffon Vert. Après l’invasion de la Terre par les Skrulls, le S.H.I.E.L.D. a été démantelé et ses leaders sont passés dans la clandestinité. C’est le H.A.M.M.E.R., présidé par Norman Osborn, qui est responsable de la paix sur Terre. Quant aux Avengers, ils ont été remplacés par les Dark Avengers: Venom (qui se fait passer pour Spiderman), Arès (qui remplace Thor), Moonstone (qui se fait passer pour Ms. Marvel), Bullseye (un méchant de Daredevil qui se fait passer pour Hawkeye), Noh-Varr (un Kree qui se fait passer pour Captain Marvel), Daken (le fils de Wolverine, qui se fait passer pour son père) et Sentry (l’équivalent Marvel de Superman). Le problème de cette série, c’est qu’elle est un "tie-in", une série en soutien d’une ou plusieurs autres séries, et qu’elle ne se suffit donc pas à elle-même. Par exemple, les épisodes 7 et 8 voient débarquer les X-Men en pleine action sans aucune explication, car il s’est passé des tas de trucs dans d'autres comics. C’est déroutant. Je suis contente de l’avoir lue car j’aime bien certains de ces méchants et le personnage de Victoria Hand, la directrice adjointe du H.A.M.M.E.R. (et puis, j’en avais besoin pour le boulot, donc…), mais décidément, il faut beaucoup de volonté pour prendre les comics Marvel en cours de route…
Mise à jour: j’ai ensuite lu les séries Utopia, traduite de l’anglais par Nicole Duclos, et Siege, traduite de l’anglais par Jérémy Manesse, ce qui m’a permis d’avoir l’histoire complète. Pour savoir dans quel ordre lire Siege, vous pouvez demander l’aide de l’ami Xapur. 🤪
Éditeur: Panini (en kiosque)

La Ligue des chats contre l’humain écolo de Bénédicte Moret (2022)

Une bande dessinée amusante sur Pascal, un chat bien déterminé à empêcher son humaine de le nourrir de croquettes bio, et Michel, lui aussi un chat, peu réceptif à ses enseignements et plans machiavéliques. J’ai bien rigolé, mais le concept du chat en guerre contre son humain commence à me sembler un peu éculé, et le titre m’avait laissée entendre des actions "écolo" de plus grande envergure. Or, pour l’instant, la seule action écolo de l’humain, c’est justement des croquettes bio…
Éditeur: Le Lombard

Warren Ellis présente Hellblazer de Warren Ellis et de multiples dessinateurs, traduit de l’anglais par Philippe Touboul (2015)

Après Garth Ennis, place à Warren Ellis, qui a scénarisé onze épisodes de Hellblazer en 1998 et 1999. Les numéros 134 à 139 forment une histoire complète, "Hanté", que j’ai trouvé très réussie et dans laquelle John Constantine enquête sur le meurtre (particulièrement macabre et répugnant 🤢) d’une de ses ex. Les numéros 140 à 143 sont tous indépendants et m’ont paru plus anecdotiques, sauf la deuxième partie du 142, qui montre toutes les ex de Constantine (dont celle dont j’ai déjà parlé) et déborde de mélancolie. Enfin, cette intégrale contient l’épisode intitulé "Tire", qui parle de tueries à l’arme à feu dans les écoles américaines et que DC a refusé de publier car le massacre de Columbine s’est produit juste avant la date de sortie prévue… C’est d’ailleurs ce désaccord entre scénariste et maison qui a mis fin à leur collaboration. Un épisode éclairé, qui contient tout le débat sur les armes à feu. Enfin, l’introduction est rédigée par Philippe Touboul, traducteur français de Hellblazer, et retrace l’histoire éditoriale du personnage, ce qui est très intéressant. (Faut-il rappeler que les traducteurs sont extrêmement bien placés pour parler des œuvres qu’ils traduisent?) Tout ceci confirme que j’adore Hellblazer – mais ça, je l’avais déjà compris.
Éditeur: Urban Comics

Hellblazer, épisodes 146 à 174, par Brian Azzarello (scénario) et de multiples dessinateurs (2000-2002)

J’attendais beaucoup des épisodes de Hellblazer scénarisés par Azzarello car les GG Comics en ont dit du bien lors de leur épisode dédié, mais j’ai été plutôt déçue. Les épisodes 146 à 150 sont dessinés par Richard Corben et j’ai détesté: les visages sont difformes et caricaturaux, ça m’a complètement sortie du truc. En plus, je n’ai pas reconnu John Constantine, qui a l’air super puissant sans faire de rituel magique, alors que jusque là, il était plutôt dans la simple évocation de démons, il n’avait pas l’air capable de rendre tout le monde dingue ou de faire passer un homme pour une femme. Et cet arc se passe en prison, avec un mec qui dit dès la première planche "toutes mes dents qui sautent… parce que comme ça, ça glisse mieux", ce que j’ai interprété comme une référence à la fellation (forcée, bien sûr: un mec puissant dans la prison en prend un autre comme objet sexuel). Je n'ai aucun problème avec les possessions démoniaques et les carnages, mais alors ce truc, ça m’a dégoûtée et terrifiée.
Les épisodes suivants sont dessinés dans la plupart des cas par Marcello Frusin, si j’ai bien compris, et c’est beaucoup mieux. Mais Constantine est méchant et moqueur envers les faibles, et il a un sourire carnassier que je ne lui ai jamais vu. Constantine n’est pas quelqu’un de bien, on le sait depuis le début: il est lâche, il sacrifie des gens s’il le faut, et il est désabusé. Mais il y avait aussi une souffrance partagée avec les gens écrasés par le système. Je n’ai pas du tout retrouvé ça ici. Ajoutez à cela que je crois n’avoir pas compris l’intrigue globale liée au suicide de son pote Lucky (Constantine est vraiment mort, à la fin? Il a couché avec le gars riche ou pas? Pourquoi Lucky s’est suicidé, juste pour que sa femme ait l’argent de l’assurance-vie? Comment sa femme l’a-t-elle convaincu de le faire?).
J’ai lu les épisodes 146 à 163 dans l’édition française de TOTH, traduite de l’anglais par Jean-Marc Lainé, et les épisodes 164 à 174 dans l’édition américaine de Vertigo.

Sous les arbres. Tome 4: Le premier printemps de Dan (2022)

Après l’automne et l’hiver, puis l’été, est enfin arrivé le printemps. Et il a fait fort, avec un papa sanglier et son bébé marcassin mignon à mourir (plus que bébé Yoda!) qui aimeraient faire un bouquet de fleurs mais n’y arrivent pas à cause des éternuements du petit. C’est TROP mignon, c’est MERVEILLEUX, et en fait c’est trop triste et j’ai pleuré à la fin. Cette série est extraordinaire dans sa simplicité, je recommande de l’acheter sans hésitation à tous les enfants! Ma seule réserve, comme je l’ai déjà dit, c’est que c’est encore un univers où les femmes existent à peine… C’est chaud de voir qu’on conçoit encore des œuvres comme ça pendant les années 2020…
Éditeur: les éditions de la Gouttière 

Mes Hommes de lettres de Catherine Meurisse (2008)

Une brève histoire de la littérature française en bande dessinée, avec plein d’humour dans les mises en situation des écrivains et de leurs personnages. La partie sur Zola m’a bien fait marrer. La préface est dispensable, mais elle est signée François Cavanna, alors elle est bien quand même. 😉
Éditeur: Sarbacane

jeudi 31 mars 2022

La gamelle de mars 2022

Comme d'habitude, retour sur le mois précédent. Qu’ai-je vu ou lu, à part des bouquins et des BD?

Sur grand écran

The Batman de Matt Reeves (2022)
C’était long (2 h 50, je crois) et, en plus, ça n’en finissait pas. Ça se prenait au sérieux. C’était viriliste et misogyne. Il y avait une amourette cliché et inutile. J’ai détesté la partie catastrophe naturelle à la fin. Malgré tout, j’ai adhéré. J’ai adoré la lenteur délibérée, les zones de nuit qui sont vraiment des zones de noir où on ne voit rien, la musique, l’ambiance crépusculaire d’une Gotham en main à la pègre. Ce film est truffé de faiblesses, c’est certain, et je suis sérieuse quand je dis qu’il est viriliste et misogyne; j’ai la flemme d’écrire ça en longueur mais c’est le parfait exemple de l’univers du Mâle. À côté de moi, mon mec a agonisé tellement il a trouvé ça nul. Mais, moi, j’ai été prise dedans. DC a osé aller au bout de son idée et a enfin un peu de crédibilité technique, loin de la gadoue numérique de Batman v. Superman et de League of Justice. Et Robert Pattinson est super. Il ne parle pas beaucoup, il est tout le temps masqué ou presque (d’ailleurs, c’est quand on le voit en Bruce Wayne, sans masque, que ça ne va pas!), mais il dégage un truc de malades.
Et il y a des chats. "I have a thing with strays." 😉

Kill Bill Vol. 2 de Quentin Tarantino (2004)
Un deuxième volume formidable, aussi mythique que le premier. Les mots me manquent pour décrire mon enthousiasme. Uma Thurman est toujours aussi excellente et David Carradine crève l’écran. La moitié des poses et des répliques sont culte. Les combats et les personnages sont géniaux. La scène de l’enterrement prend aux tripes. Celle d’Uma Thurman commandant un café en sortant du cimetière est à mourir de rire. Bravo, Quentin!

Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki (1997)


Un chef d’œuvre que j’ai adoré redécouvrir au cinéma. Les images et la musique sont superbes et le propos est extrêmement riche: rapport à l’environnement avant tout, mais aussi pacifisme, émancipation féminine, rapports humains en général, place de chacun dans la société ou le groupe. Une merveille. Un seul bémol pour moi : je n’aime pas du tout le dieu-cerf, ce qui fait qu’il y a un creux pour moi vers la fin, quand il est plus présent. Mais ce dessin animé est une merveille quand même. Et Yakuru, le simili-bouquetin, est ex-tra-or-di-nair-re.

Ambulance de Michael Bay (2022)
Comme pour Kill Bill Vol. 2, les mots me manquent – mais en mal. L’expérience que l’on vit en voyant ce film est indescriptible. La caméra ne tient pas en place une seule seconde et les images sont illisibles. Dans bien des scènes, je n’ai rien compris aux déplacements des personnages dans l’espace, c’était une catastrophe. L’humour était parfois improbable (les flamants roses 👀) et certains éléments étaient tellement ÉNORMES que j’en ris encore (Mesdames et Messieurs, l’infirmière referme l’aorte d’un blessé avec une pince à cheveux!! UNE PINCE À CHEVEUX, s’il vous plaît! Putain! Vous les imaginez, les scénaristes qui ont dit "et si on refermait une aorte avec une pince à cheveux?" et Michael Bay qui a répondu "ouaaiiiiis refermons une aorte avec une pince à cheveux!!!" 🤣🤣🤣🤣).
Bon.
Je décide donc de vous parler de ce qui est positif dans ce film. Car il y a du positif, à part le fait qu’on rigole bien avec des amis. Premièrement, Cam, le personnage d’Eiza González, n’est pas sexualisé. C’est une femme belle et canon, mais bon, sa sexualisation se limite à du gloss sur ses lèvres et des manches courtes à son t-shirt, ce qui n’est pas de la sexualisation, à mes yeux. Du jamais vu chez Michael Bay, à mon avis. Elle n’est pas "filmée en kit", comme le faisait très justement remarquer quelqu’un dans un super podcast sur Transformers que j’ai écouté récemment (voir plus bas). Deuxièmement, le deuxième personnage féminin du film est grosse. Du jamais vu aussi chez Michael Bay, à mon avis. Bon, il n’y a toujours que deux ou trois femmes, perdues dans une planète d’hommes, mais je trouve que c’est mieux que quand les femmes en question sont mannequins et filmées comme des actrices de film érotique. Troisièmement, un des personnages masculins est homosexuel et embrasse vite fait son compagnon à l’écran.
Le monde change, mes petits. Le monde change.

Du côté des séries

Je regarde très, très lentement la Roue du temps. Trois épisodes en cinq semaines, ce n’est pas gagné…

Le podcast du mois

J’ai découvert le podcast Deux heures de perdues et j’ai écouté leur épisode sur Transformers de Michael Bay. Le premier Transformers, celui de 2007. Je n’ai jamais autant ri en écoutant un podcast. J’ai dû m’arrêter de marcher dans la forêt pour me plier en deux de rire. J’en reviens pas. C’est de là que vient la réflexion très pertinente sur la femme "filmée en kit": la caméra filme tour à tour les lèvres de Megan Fox, son nombril, ses seins, ses fesses…. J’adore cette expression, je vais tâcher de la réutiliser. Je devrais leur écrire pour les supplier de faire les Transformers suivants. Et de faire Ambulance. Je m’esclaffe par anticipation.

Et le reste

J’ai lu deux anciens numéros de Livres Hebdo, le Monde Diplomatique de mars et mon Cheval Mag habituel.


samedi 26 mars 2022

The Hidden Girl and Other Stories (2020)

Il y a quelques années (euh… cinq ans… Je n’en reviens pas que ça fasse si longtemps…), j’ai lu et apprécié The Paper Menagerie and Other Stories, un recueil de nouvelles de Ken Liu. Je me suis donc penchée avec grand intérêt sur The Hidden Girl and Other Stories, qui a l’air de correspondre vaguement au recueil français Jardins de poussière, paru en 2020 et encensé par plusieurs blogueurs.


Trois thèmes majeurs se dégagent de ce recueil: les relations parents-enfants, la transmission et la numérisation de la conscience. Voyons ça de plus près...

Ghost Days: une histoire de transmission entre la culture humaine et de nouveaux humains qui n’ont pas grand-chose en commun avec leurs ancêtres. Grâce à un objet issu de la culture chinoise, on recoupe trois époques différentes, deux sur Terre et une ailleurs.

Maxwell’s Demon: une histoire en pleine Deuxième Guerre mondiale, avec un lien entre des théories physiques et un élément fantastique chinois.

The Reborn: une histoire sur l’identité en mode enquête, voire thriller. On en tirerait facilement un film à gros budget…

Bon, ça ne démarrait pas fort pour moi avec ces trois textes: ils sont pertinents, oui, mais ne m’ont pas emballée.

Thoughts and Prayers: là, Ken Liu fait très fort, avec un texte coup de poing sur les trolls en ligne et le deuil familial. Marquant.

Byzanthine Empathy: là aussi, très bon texte percutant, qui donne à réfléchir sur l’évolution des secours humanitaires. J’ai trouvé ça excellent alors même que ça parle de cryptomonnaies, un sujet auquel je ne comprends rien.

The Gods Will not Be Chained: avec The Gods Will Not be Slain et The Gods Have Not Died in Vain, ce texte forme un triptyque sur Maddie, une jeune fille dont le père est mort et a été ressuscité de force sous forme de conscience numérique. C’est très humain, avec une belle mise en scène de l’amour familial, mais c’est aussi brillant dans l’exploration de la conscience numérique et… l’usage des émojis comme langage. 😃👀 Trop fort, ce Ken Liu. Il aurait toutefois mieux valu pour moi ne pas lire ces textes au moment où la Russie envahissait l’Ukraine et où on parlait de menace nucléaire, car la fiction résonnait un peu trop avec l’actualité.

Staying Behind: un texte post-Singularité, la Singularité étant l’apparition du premier homme à la conscience dématérialisée. La nouvelle explore plusieurs époques et suit plusieurs personnages et je me suis emmêlée les pinceaux dans qui était qui, donc je n’en ai pas bien profité.

Real Artists: une jeune femme passe l’entretien de sa vie pour travailler pour le studio cinématographique qui a créé les plus beaux films qu’elle a jamais vus. Sauf que le processus créatif n’est pas celui qu’elle croit. Bien qu’il m’ait plu sur le coup et qu’il soit probablement prophétique, ce texte ne m’a pas marquée.

Altogether Elsewhere, Vast Herds of Reindeer: un texte sur le départ, le post-humanisme et la transmission. Il est emblématique de ce recueil.

Memories of my Mother: un texte très humain sur une relation mère-fille très particulière. Je suis étonnée de ne pas avoir sangloté.

Dispatches from the Cradle: The Hermit–Forty-Eight Hours in the Sea of Massachusetts: Peu de souvenirs pour moi, si ce n’est que ça rentre dans la catégorie "évolution de l’humanité sur plusieurs siècles"... Et que Ken Liu a le chic pour les titres improbables!

Grey Rabbit, Crimson Mare, Coal Leopard: un interlude de fantasy fort plaisant!! Cette nouvelle m’a paru un peu moins maîtrisée que les autres, mais elle a un souffle épique franchement magique, prouvant ainsi, à l'instar de Watership Down, que le lapin est un animal à fort potentiel littéraire !! 🐰🐰🐰😍🐰🐰😍🐰😍🐰🐰😍🐰🐰🐰

A Chase Beyond the Storms: ce texte est extrait de The Veiled Throne, le troisième tome de la série (trilogie?) de la dynastie des Dents-de-Lion. J’ai eu du mal à raccrocher les wagons, évidemment, mais ça donne plutôt envie. Je crains toutefois que cette série ne soit assez exigeante…

The Hidden Girl: un nouveau texte plutôt de fantasy sur une fille enlevée (et cachée !) pour en faire une tueuse. Ça ne m’a pas marquée…

Seven Birthdays: j’avais déjà lu ce texte dans sa version française traduite par Pierre-Paul Durastanti (j'en ai dit deux mots ici) et je n’avais pas trop aimé. Je n’ai pas plus aimé cette fois-ci. En fait, je n’y comprends pas grand-chose…

The Message: une aventure père-fille sur une planète éloignée. J’ai compris le message avant les protagonistes, ce qui n’est pas bon signe, mais c’était pas mal du tout. Je pense qu’Arthur C. Clarke ne l’aurait pas renié.

Cutting: le recueil se clôt par un texte très court qui va à l’essentiel, et ce n’est probablement pas un hasard. Élaguer, élaguer, et ne garder que ce qui est chargé de sens…

Alors, cette deuxième rencontre avec Ken Liu est-elle une une réussite pour moi?

Oui. Ken Liu sait ce qu’il fait et a beaucoup de choses à dire. Il compte sur l’intelligence de son lecteur pour l’accompagner dans l’exploration des ramifications potentielles des techniques et des pratiques d’aujourd’hui. En revanche, je dois dire qu’il me manque un petit truc pour être transportée et adhérer à ses textes comme je le fais, disons, avec Tolkien, Zola ou Clarke. De l’humour, de la folie, je ne saurais le dire; quelque chose qui me fasse réagir avec mes émotions plutôt qu’avec mon cerveau. Pourtant, il y a de l’émotion dans ces textes. Mais peut-être manque-t-elle un peu de vie pour me faire réagir… Et les relations parents-enfants sont très présentes, ce qui n’est pas ma tasse de thé; dans The Message, j’ai carrément levé les yeux au ciel tellement j’ai trouvé culcul certaines réflexions du père pris de tendresse pour sa fille.

Enfin, ne laissez pas mes ronchonnements vous décourager: lisez Ken Liu, c’est très bien!

lundi 21 mars 2022

Le chien du forgeron (2021) 🐶

Cuchulainn est un héros de la mythologie celtique irlandaise. Dans le Chien du forgeron, Camille Leboulanger retrace son parcours grâce au récit d’un barde. On est probablement dans une taverne, le conteur demandant régulièrement qu’on lui remplisse son verre. Il n’y a plus qu’à se laisser porter par l’histoire…

Setanta est le fils du seigneur Sualtam et de Dechtire, la sœur du roi Conchobar. Il grandit dans la demeure de son père et sa mère lui transmet, en quelque sorte par anticipation, le récit de sa propre grandeur. Il deviendra un guerrier mythique. Lorsqu’il part enfin pour la cour du roi Conchobar, à l’adolescence, Setanta, pris d’une crise de rage meurtrière, tue le chien du forgeron Chulainn. Pour le punir, le roi le condamne à remplacer ledit chien pendant quelques jours. C’est ainsi que Setanta est surnommé Cuchulainn, le chien du forgeron…

Le ton de ce roman est super bien trouvé. Il y a un peu d’oralité, de manière à rappeler qu’il s’agit du récit d’un barde. Mais dans l’ensemble, c’est très élégant et précis dans ses descriptions, avec un joli ton à l’ancienne qui fait voyager dans le temps. On découvre une société celtique très intéressante, celle du premier âge du fer, avec sa structure sociale et ses mythes. On suit les aventures de Cuchulainn dans son pays natal, notamment avec la razzia des vaches de Cooley, et en Écosse, où il rend visite à la guerrière Scáthach. Comme dans les récits du roi Arthur, j’ai ressenti une certaine nostalgie mêlée d’angoisse, car bon, on comprend assez rapidement que tout ça ne peut pas bien se terminer…

Archétype du héros viril et du guerrier invincible, Cuchulainn est en effet porté par un égo démesuré – qui lui est, certes, insufflé par sa mère à l’origine, mais qui trouve un terreau très fertile dans son esprit d’enfant. Camille Leboulanger montre comment les évènements individuels et le système dans son ensemble poussent ce garçon dans une certaine direction et on voit en quelque sorte un monstre se construire sous nos yeux. Cela m’amène à la seule chose qui a un peu terni ma lecture, à savoir que cette virilité conquérante passe par le viol, et que quand j’ai compris que ça allait mal se passer pour les femmes, j’ai balisé un peu. Aucun viol n’est décrit et le récit est très pudique sur l’acte même, mais vous avez le temps de voir venir la catastrophe et d’en ressentir un certain malaise…

Sur ce point, et dans la figure d’Emer la blonde que j’ai tout de suite visualisée comme le personnage de Jodie Comer dans ce film, ce roman m’a beaucoup évoqué le Dernier duel de Ridley Scott. La volonté de montrer comment on en arrive à un certain point et de nommer un chat un chat est la même; le degré, en revanche, est différent, car le Dernier duel est autrement plus violent. Ici, je le répète, on ne voit aucun viol en direct.

En bref, ce roman est une réussite sur tous les plans: style de l’écriture, aventure, contexte mythologique et historique qui envoie du rêve, propos antiviriliste. Je lirai d’autres romans de l’auteur sans aucune hésitation s’ils croisent mon chemin et je garderai un œil sur les éditions Argyll, qui ont fait un très bon choix!

Je vous laisse avec la version Manau de l'histoire... 😉

Allez donc voir ailleurs si ce chien y est! 🐶
L'avis de Lorhkan

mercredi 16 mars 2022

The Geek Feminist Revolution (2016)

J’ai rencontré Kameron Hurley avec The Stars Are Legion, un roman de space opera que j’ai adoré il y a quelques mois. Au même moment, on m’a aussi offert ce recueil, qui réunit des articles que l’autrice a publiés sur son blog et des textes écrits spécifiquement pour l’ouvrage. Contrairement à ce que le titre semble indiquer, elle n’y parle pas que de féminisme. Tour d’horizon.

Première partie: Level Up

Cette partie parle de l’écriture (de jeux, de romans et de marketing) et est assez générale.

Deuxième partie: Geek

Là, on entre dans le vif du sujet: dix à quinze textes abordant essentiellement la vision de la femme dans la SF et certains médias. Ça commence fort mal avec la première saison de True Detective, qui se fait étriller, et à juste titre – je n’en ai pas parlé dans ma chronique del’époque, et évidemment je le regrette, mais la vision de la femme est navrante dans cette saison. Toutefois, je ne suis pas d’accord avec Kameron Hurley, qui affirme que cette série est misogyne et ne remet pas en cause le comportement de ses personnages; je crois, moi, que Martin est montré pour le connard qu’il est.

Elle parle aussi de Die Hard (et j’espère retenir l’image de la pin up même si je n’ai jamais vu ce film!) et de Mad Max Fury Road (en bien!). J’ai oublié les détails des autres textes car ils ne sont pas centrés sur une œuvre en particulier.

Troisième partie: Let’s Get Personal

Cette partie me semble plus axée sur la manière de se positionner vis-à-vis de ses propres écrits et du public. Il y a par exemple un article sur le fait de répondre (ou pas) aux critiques en ligne. Elle parle aussi du fait qu’elle est grosse et du système de santé américain (un cauchemar dystopique!).

Quatrième partie: Revolution

Cette partie parle de racisme et de progrès face aux réactionnaires et se termine par "We Have Always Fought", un texte qui a gagné le Hugo du "Best Related Work" en 2014. C’est ce dernier texte qui justifie le lama en couverture. Je n’en pouvais plus de l’attendre, ce lama. 🙈

Tout ça est très intéressant et se lit tout seul, mais, globalement, j’ai été déçue et je n’en ai pas retenu grand-chose de marquant. Je vous explique pourquoi.

Sur le style: Kameron Hurley sait très bien construire ses billets, avec phrases accrocheuses et anecdotes personnelles. Ça m’a immédiatement gavée. J’ai eu l’impression qu’elle faisait du marketing sur moi, vous voyez ? Et la manière dont elle parle de ses lectures et de ses propres écrits me semble relever de la fausse modestie: une sorte de name-dropping personnel pour montrer qu’on est vraiment génial mais sans le dire parce qu’on est tellement génial qu’on ne se vante pas, hein.

Sur le contenu: je crois que ce recueil a déjà vieilli. Dans la postface, l’autrice qualifie son recueil de "fairly timely" (l’enfer à traduire: ça veut dire qu’il sort au bon moment, qu'il est dans l'air du temps) et explique qu’il a fallu travailler vite. Six ans plus tard, on a énormément parlé de féminisme et les choses me semblent déjà avoir évolué. En tout cas, moi, je n’ai pas appris grand-chose de nouveau en le lisant, à part le coup de la pin up et l’image de la fille dont on n’a pas peur en couverture de beaucoup de bit-lit (chose que j’avais déjà identifiée, mais sans mettre de mots précis dessus). J’ai tardé quatre ou cinq jours à écrire cette chronique et je n’ai AUCUN souvenir de la moitié des textes en lisant le sommaire… 🙄

Un exemple de cette temporalité: Kameron Hurley parle beaucoup du mouvement des Sad Puppies, ce qui est logique vu que c’était l’époque, mais maintenant, en 2022, qui s’occupe encore des Sad Puppies? J’ai l’impression que Internet et les réseaux sociaux ont accéléré la polémique: ça flambe pendant un temps, tout le monde tweete furieusement pour ou contre, et puis après on oublie parce qu’on tweete furieusement sur autre chose. Paradoxalement, je me suis plus sentie impliquée dans Ainsi soit-elle de Benoîte Groult, qui a été publié… il y a quarante-cinq ans.

J’ai aussi émis quelques réserves sur certaines questions, que je m’abstiens d’aborder ici car elles sont très explosives. Je suis ouverte à la conversation en privé si ça vous intéresse.

Au final, à qui est destiné ce recueil? Je ne sais pas trop. Mon côté négatif me pousse à croire que l’autrice s’adresse soit à des gens acquis à sa cause, anti-domination masculine notamment, voire militants, qui la conforteront dans ses positions et la féliciteront de s'exprimer, ou bien à des débutants complets, qui pourront, effectivement, en apprendre beaucoup sur une certaine image de la femme. Si on est entre les deux, comme je crois l’être, l’ensemble est terne et sent l'autosatisfaction. Si vous l’avez lu, je serais vraiment ravie de lire votre avis: n’hésitez pas à laisser un commentaire! 😊