mardi 3 novembre 2026

Le Chevalier de Maison-Rouge (1845-1846)

Peu après la difficile lecture de Chroniques de la Régence, je suis tombée sur un autre livre d'Alexandre Dumas dans je ne sais plus quelle boîte à livres: Le Chevalier de Maison-Rouge. Cette fois, ça a été une merveilleuse réussite, une aventure haletante et réjouissante comme Dumas (et Maquet, j'imagine... 👀) savait si bien les écrire.

Une très jolie édition de la collection Biblio-luxe
des Presses de la Renaissance. 

L'histoire est principalement celle de Maurice Lindsay, un républicain convaincu, qui croise par hasard le chemin d'une belle jeune femme. Bien sûr, les deux tombent amoureux à peu près au premier regard, mais la belle est déjà mariée. Et puis, nous sommes à Paris début 1793 et l'ambiance est pour le moins tendue: la République est en place, mais ses différents courants se déchirent et ne tombent d'accord que pour voir des conspirations partout et faire la chasse aux royalistes. Ayez le malheur de vouvoyer quelqu'un ou de l'appeler "Madame" ou "Monsieur" au lieu de "citoyenne" ou "citoyen" et vous pourriez bien avoir la tête coupée. 👀 La Terreur n'est pas loin...

Pendant ce temps-là, Marie-Antoinette, deux de ses enfants et Madame Elizabeth végètent à la prison du Temple, sous la surveillance attentive de leurs gardes. Mais la rumeur veut qu'un mystérieux aristocrate, le Chevalier de Maison-Rouge, soit arrivé à Paris pour tenter de la libérer...

Et voilà. Un amour impossible, 
une évasion encore plus impossible, un côté assez rigolo (notamment dans l'incapacité totale de Maurice à voir ce qui se trame sous son nez 😂), des personnages plus grands que nature, des complots d'une complexité inouïe (les œillets!), un contexte politique explosif, de belles valeurs clamées avec noblesse: je me suis régalée!!! Figurez-vous que, à un moment, je lisais à toute vitesse en pensant "mais il va y arriver, à la faire évader?!?". Ce Chevalier de Maison-Rouge, je l'aurais suivi très loin, si j'avais été là! J'ai aussi apprécié la figure de Marie-Antoinette, très digne dans son malheur et si éloignée de la pimbêche écervelée qu'on m'a présentée dans mes jeunes années... Je ne sais pas si Dumas ressentait une forme de nostalgie de l'Ancien Régime, mais il montre ici que maltraiter des gens, c'est mal, même quand ils représentent un ordre que l'on ne soutient pas.

Enfin, j'ai aussi beaucoup apprécié un autre personnage, Lorin, qui cite sans cesse des vers et qui a, jusqu'au bout, un panache unique.

C'est vraiment le mot "panache" qui résume le mieux ce roman. Même en plein désespoir, même au bord de l'échafaud, on se bat et on s'exprime avec panache!! Et pourtant, le contexte politique fait froid dans le dos et la fin est sanglante. Dumas est vraiment dual dans son œuvre: très léger et divertissant d'un côté, et très cruel d'un autre...