lundi 29 octobre 2018

The Tenant of Wildfell Hall (1848)

Des sœurs Brontë, dont la réputation littéraire n'est plus à faire, j'ai lu Jane Eyre (que j'adore) et Villette (que je n'ai pas trop aimé) de Charlotte, ainsi que Wuthering Heights (que je n'ai pas du tout aimé) d'Emily. Avec The Tenant of Wildfell Hall, qui traînait dans ma pile à lire depuis deux ans, je me suis penchée sur Anne et j'ai adoré!


L'intrigue: La bonne société d'un coin de campagne anglaise est en ébullition à l'annonce que Wildfell Hall, une grande maison délabrée abandonnée depuis des années, est à nouveau occupée. La locataire, Mrs Graham, est une jeune veuve accompagnée de son petit garçon et d'une servante. Un peu froide en société, discrète, elle semble vouloir vivre en solitude et se consacrer à ses tableaux. Mais elle attire fatalement l'attention, notamment celle du narrateur, qui se rend progressivement compte que le flirt qui l'occupait jusque là est bien fade à côté de cette femme intelligente. Puis des rumeurs scandaleuses commencent à circuler sur Mrs Graham et sur ses relations avec le propriétaire de Wildfell Hall...

La première partie se compose des lettres envoyées par le narrateur à un ami et décrit l'arrivée de la mystérieuse Mrs Graham. On y voit comment elle noue des liens avec la société du coin et avec le narrateur et comment celui-ci s'intéresse de plus en plus à elle, avant de devenir violemment jaloux. J'ai d'ailleurs eu quelques réserves à ce stade, tout à la fin de cette partie, le narrateur commençant à faire n'importe quoi parce qu'il ne peut pas contrôler ses émotions [divulgâcheur: par exemple, il frappe et blesse le propriétaire de Wildfell Hall parce qu'il s'est persuadé qu'il est l'amant de Mrs Graham]. La deuxième partie est composée par le journal intime de l'héroïne; on y découvre tout son passé et comment elle s'est retrouvée à Wildhell Hall. Enfin, la troisième partie reprend les lettres du narrateur après la découverte de la vérité et constitue la résolution de l'intrigue.

J'ai adoré ce roman pour plusieurs raisons. Tout d'abord, en ce mois d'octobre terriblement estival, j'ai adoré m'évader dans la campagne et la lande anglaises, où il fait décidément plus frais et où le climat me convient beaucoup mieux; on se presse autour de la cheminée et c'est ça la vraie vie quoi (à l'image de la couverture), pas se balader en t-shirt alors qu'Halloween arrive. J'aime aussi beaucoup la société policée de ces romans anglais du XIXe, qui est beaucoup plus campagnarde et mignonne que celle des romans français de la même époque, qui se déroulent souvent à Paris. (Bon, sauf Madame Bovary, ok.) J'aime aussi beaucoup la rédaction de l'époque, très élégante et fine, qui exprime à la perfection la psychologie des personnages et tout ce que transmettent les regards, les intonations...

Au-delà de ça, toutefois, c'est bien le traitement du personnage féminin qui est enthousiasmant ici. Mrs Graham, Helen Huntingdon de son vrai nom, est tellement moderne, tellement forte de caractère! C'est jubilatoire d'avoir affaire à une femme intelligente, déterminée, pleine de ressources, morale, droite dans ses bottes. Comme je le disais dans mon biller sur Jane Eyre, elle est plus moderne que bien des personnages féminins des films actuels, c'est fou! J'admire surtout son approche active de la vie, sa manière de toujours faire de son mieux dans le respect de tous et d'essayer malgré ses malheurs (nombreux et révoltants) d'aider ceux qui ne veulent pas d'aide (et qui ne méritent tellement pas la sienne). Toute cette démarche est étroitement liée à la religion, ce qui ne me parle pas, et elle contrôle tellement ses émotions qu'elle ressemble parfois à un bloc de glace, mais quelle force de caractère!

Si je ne pense pas qu'on puisse parler de féminisme pendant les années 1840, The Tenant of Wildfell Hall fait toutefois partie de ces livres qui dénoncent la condition de la femme et surtout qui montrent que la femme est un être humain comme les autres. Face à son mari débauché, Helen est un modèle de rationalité et de contrôle de soi et c'est sur ses épaules que repose le ménage (mais bien sûr monsieur passe son temps à la critiquer, hein...). Au final, elle prendra une décision extrêmement difficile et risquée, allant à l'encontre de toutes les règles de bienséance de l'époque, pourvu de sauver son enfant d'un environnement malsain. Anne Brontë montre bien les conséquences d'une telle décision: Helen doit cacher la vérité à ses voisins de peur d'être complètement rejetée. Une figure qui force l'admiration et fait réfléchir.

Au final, les normes de l'époque ne sont pas ébranlées: l'histoire d'amour se résout positivement grâce au destin [divulgâcheur: c'est parce que son horrible mari débauché meurt et qu'elle se retrouve veuve que Helen peut refaire sa vie avec le narrateur], la religion reste centrale et le mot divorce n'est prononcé qu'une fois, à propos d'un homme qui quitte sa femme adultère. Mais le roman n'en reste pas moins très fort et très prenant et d'une modernité absolue.

The Tenant of Wildfell Hall me semble beaucoup moins connu que Jane Eyre ou Les Hauts de Hurlevent. Dans le premier cas, je pense que c'est justifié, Jane Eyre étant encore plus fort, mais je recommande sans hésiter de lire Wildfell plutôt que Hurlevent, ne serait-ce que pour avoir affaire à des personnages qui veulent avancer dans leur vie plutôt qu'à des gens exécrables! 😄

Allez donc voir ailleurs si Wildfell Hall y est!
L'avis de Victoria de Mango & Salt

6 commentaires:

  1. Ahhhh que c'est plaisant de te lire à propos de ce roman ! Il est dans ma PAL depuis quelques mois ; il me fait terriblement envie ! Par contre, que lis-je ?! Tu n'as pas aimé Wuthering heigts ?! WHAT ??? Je l'ai tellement préféré à Jane Eyre, pour ma part !
    PS : Tu dois être content du passage soudain à l'hiver là ? Au moins, on aura un halloween décent et enneigé ! (Du mois, ici, il y a 10 cm dans le jardin!)

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    1. @Lili: Haaa pas possible, préférer Wuthering Heigts à Jane Eyre! O_O Je vais aller voir si tu as chroniqué tout ça pour comprendre ^^ Mais j'ai hâte de lire ton avis sur celui-ci, ça devrait te plaire!
      Oui je me sens beaucoup mieux depuis quelques jours, même si j'ai froid :p

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  2. Moi aussi j'ai préféré Jane Eyre (bien que ce soit un peu sirupeux dans les péripéties sur la fin) aux Hauts de Hurlevent (qu'est-ce que c'est sinistre). Celui-là a l'air intéressant aussi ^^

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    1. @Vert: Oui sinistre est bien le mot ^^ Je pense que tu apprécierais Wildfell Hall :)

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  3. Réponses
    1. @Tigger Lilly: Je pense que ça t'intéresserait :)

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