jeudi 12 octobre 2017

Night Shift (1978)

Après La Tour sombre, qui m'a occupée de janvier à août, j'ai décidé de continuer à lire un livre de Stephen King par mois jusqu'à la fin de l'année. En partie parce que je n'en ai pas tout à fait terminé avec La Tour sombre et en partie parce que tous ses bouquins sont plus ou moins liés. En septembre, j'ai lu Night Shift, une relecture synonyme de retour à Jerusalem's Lot.

Foreword
Une introduction très intéressante sur la littérature d'horreur/de terreur/fantastique et son rôle pour le lecteur en termes de catharsis de la peur plus ou moins refoulée.

Jerusalem's Lot (1978)
Bien entendu, cette nouvelle est liée à Salem's Lot, le roman, et c'est pour elle que j'ai relu ce recueil. Je l'ai trouvée brillante; c'est un pastiche/hommage lovecraftien extrêmement réussi. Un ressenti beaucoup plus positif que la première fois que je l'ai lue, donc. Il s'agit des lettres d'un homme qui a récupéré la vieille maison de lointains membres de sa famille dans le Maine, qui entend des rats courir dans les murs et qui découvre un village abandonné dans la forêt, Jerusalem's Lot... Nous sommes en 1850 et on remonte donc dans le passé du célèbre village. J'ai plutôt bien flippé, un soir où j'étais seule à la maison. 💀

Graveyard Shift (1970)
Une nouvelle d'horreur efficace sur une équipe d'employés qui nettoient le sous-sol du bâtiment où ils travaillent et y croisent des rats énormes et répugnants. Impossible de ne pas penser aux Rats de James Herbert; d'ailleurs elle aurait bien accompagné mes autres lectures sur les rats de l'année dernière, avec Lovecraft et Howard!

Night Surf (1969)
Un texte très court sur un petit groupe de survivants parcourant une région décimée par une grippe (tiens tiens tiens, ça rappelle Le Fléau tout ça....). Pas d'intérêt particulier à mes yeux, j'ai été vraiment étonnée, en arrivant à la fin, que ça se termine aussi vite.

I Am the Doorway (1971)
Un texte classique oscillant entre la folie ou la paranoïa du narrateur, un ancien astronaute, et la terrible éventualité que les yeux qu'il a vu apparaître sur ses doigts soient bien réels. Pas inoubliable, mais efficace.

The Mangler (1972)
Nouveau texte d'horreur. Je m'en souvenais car j'y avais vu (et j'y ai vu à nouveau cette fois-ci) un thème récurrent, la personnification du mal à travers la malveillance et la "diabolisation" d'un objet commun. Ici, c'est une presseuse industrielle, qui a un beau jour pressé non pas un drap mais une ouvrière...

The Boogeyman (1973)
Mon texte préféré du recueil, qui m'avait bien traumatisée lors de ma première lecture! Un homme raconte à son psy (psychiatre je pense, vu qu'il l'appelle Dr) comment ses trois enfants sont morts dans leur chambre dans des circonstances étranges, la porte du placard étant bizarrement ouverte alors qu'elle avait été refermée avant que l'adulte ne quitte la pièce. HAHAHA. De quoi regarder tous les placards de travers... Mais ce texte brasse assez large, on y parle aussi de la violence en général et au sein du couple, de la difficulté d'être parent, de sexisme. Une vraie réussite.

Gray Matter (1973)
Un texte moins remarquable et assez classique sur un homme que personne n'a vu depuis qu'il a bu une bière avariée des mois auparavant.

Battleground (1972)
Un tueur à gages venant de tuer un vendeur de jouets reçoit une boîte de petits soldats de la part de la mère du défunt et bientôt, c'est la guerre dans son appartement! Un texte sympathique mais mineur, qui est surtout intéressant parce qu'on accepte tout de suite l'élément fantastique, sans explications ni détails, ce qui prouve bien l'efficacité de la chose.

Trucks (1973)
Quelques personnes se sont réfugiées dans une station-service. Leurs voitures gisent renversées dehors et des camions malveillants patrouillent... Cette histoire est plutôt réussie et m'avait marquée. C'est un de ces cas où Stephen King rend effrayant ou dangereux un objet du quotidien ou quelconque. Et ça pose de sérieuses questions, imaginer un monde où les camions se rebellent contre l'humanité... Une remarque grinçante toutefois: le texte est super sexiste, la seule femme du groupe étant clairement celle qu'il faut ménager et qui perd le contrôle de ses émotions...

Sometimes They Come Back (1974)
Un texte plus angoissant, qui joue sur la méchanceté inhérente à certaines personnes et la manière à la fois discrète et arrogante dont elle s'exprime. Ici, un professeur de lycée a du mal à gérer quelques élèves hargneux qui semblent tous droits sortis d'un drame qu'il a vécu quinze ans plus tôt. Mais on ne peut pas rester adolescent pendant quinze ans, n'est-ce pas? La nouvelle se termine avec une apparition bien flippante. J'ai beaucoup aimé.

Strawberry Spring (1975)
Un texte poétique et suggestif (mais secondaire) sur un drôle de printemps arrivé après un hiver glacial et accompagné d'un épais brouillard nocturne... ainsi que de quelques meurtres.

The Ledge (1977)
Une nouvelle qui relève plutôt du thriller. Un homme qui a choisi pour maîtresse la femme d'un truand est contraint de faire le tour de l'immeuble de ce dernier sur la corniche, au 43e étage. Je ne l'ai pas trouvé formidable – je me désintéresse vite s'il n'y a pas de fantastique – mais c'est efficace, ça se tient et... il y a des pigeons très déterminés. 😀

The Lawnmover Man (1975)
Un texte secondaire sur une drôle d'entreprise de tonte de pelouse. On est à nouveau dans la démonisation d'un objet ou une activité du quotidien. C'est sympa mais pas mémorable.

Quitters, Inc (1978)
Un texte relevant plutôt du thriller, comme The Ledge, sur un homme qui s'adresse à une société bien mystérieuse pour arrêter de fumer. La méthode est infaillible mais... pragmatique. J'ai été légèrement choquée par le sens du sacrifice de l'épouse du narrateur, je me suis demandée si c'était héroïque ou une vision totalement sexiste du personnage.

I Know What You Need (1976)
Seul texte dans lequel Stephen King se met dans la peau d'une femme, une étudiante qui rencontre un jeune homme un peu bizarre, timide, extrêmement attentionné, qui semble toujours savoir ce dont elle a vraiment envie. Mais tout n'est pas si rose, bien sûr... On ne sait pas trop si la chute est fantastique ou pas mais la nouvelle est bien efficace de par son réalisme et pose de vraies questions sur ce qu'est un couple.

Children of the Corn (1977)
Je crois que cette nouvelle est l'une des plus connues de King, peut-être à cause du film qui en a été tiré. Elle est assez flippante à cause de l'isolement absolu du lieu où elle se passe. On se dit vite que tout est possible à des dizaines de kilomètres de la civilisation, au milieu d'immenses étendues de champs de maïs... Et puis tout commence avec une "simple" situation de tension dans un couple en voiture, le passage dans l'anormal est progressif et très réussi.

The Last Rung on the Ladder (1978)
Un texte beaucoup plus humain et personnel dans lequel un homme se remémore un accident dont sa sœur a été victime. Ils étaient encore des enfants et grimpaient à l'échelle de la grange pour se jeter dans un tas de paille. Mais un jour, l'échelle a lâché... C'était très triste et très éloigné du reste du recueil. C'est le côté plus humain et sentimental de Stephen King.

The Man Who Loved Flowers (1977)
Voyant un charmant jeune homme acheter des fleurs pour sa bien-aimée par une belle journée de printemps, j'ai cru que ce texte allait suivre le précédent et j'ai limite sorti les mouchoirs. La fin n'était pas du tout ce que j'attendais et m'a surprise et déçue. Je l'ai trouvée un peu sordide, en fait... Par contre, la première partie évoque un New York fringant et détendu, peuplé de gens contents qu'il fasse beau, et cette ambiance urbaine m'a tellement rappelé La Tour sombre que je m'attendais vraiment à voir arriver Eddie et Susannah.

One For the Road (1977)
Cette nouvelle se déroule tout près de Jerusalem's Lot, quelques années après le roman, et est l'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu relire ce recueil. Un blizzard paralyse le Maine et un touriste fait irruption dans un bar du coin en demandant de l'aide pour aller chercher sa femme et sa fille, qui sont restées dans la voiture à quelques miles de là pendant qu'il partait à pied. Il fait nuit et on n'y voit goutte, le froid est terrible et la neige efface la moindre trace. Mais surtout, les gens du coin ont peur de Jerusalem's Lot et de ce qu'il s'y est passé – ainsi que de ce qu'il semble y rester malgré le grand incendie qui l'a ravagée... Si ce texte est jubilatoire parce qu'il fournit quelques informations sur le Lot, il n'est pas inquiétant et mémorable. Je ne suis pas sure que King soit très à l'aise avec la figure du vampire moderne. (Par ailleurs Entretien avec un vampire était sorti l'année précédente, je me suis demandée s'il fallait y voir une référence avec cette petite fille à couettes qui veut faire des bisous aux gens...)

The Woman in the Room (1978)
Un texte poignant qui m'a fait "bader" et m'a ramenée de nombreuses années en arrière, me plongeant dans l'atmosphère vide et terrifiante des hôpitaux, surtout quand on y va pour rendre visite à des gens très malades: ces gens qui ne bougent plus et qui attendent. Un homme vient voir à sa mère atteinte d'un cancer. Il a quelques pilules avec lui, des calmants. Les lui donnera-t-il? Ne les lui donnera-t-il pas? La femme dérive, épuisée et presque complètement paralysée, avec à peine l'énergie d'échanger quelques mots avec son fils. C'est aussi la difficulté de chaque geste qui m'a brisé le cœur: avoir besoin d'aide pour boire, avoir perdu le contrôle de sa vessie et de son intestin. Et le fils souffre, ses pilules à la main... Putain j'espère que l'euthanasie sera légale dans trente ans quand j'aurai la soixantaine....


Il y a cinq ans, je n'avais pas trouvé ce recueil vraiment fou-fou. Je l'ai beaucoup plus apprécié cette fois-ci, même s'il est vrai qu'il y a quelque chose d'un peu uniforme dans ces textes et que la chute, parfois, est un petit peu redondante, ce qui, à mes yeux, réduit l'effet de surprise ou d'horreur au lieu de l'augmenter. Mais la lecture reste très plaisante.

À bientôt pour la lecture d'octobre...

5 commentaires:

  1. C'est quel recueil en français celui-ci ?

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    1. C'est Danse macabre! :) Tu l'as lu?

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    2. Oui mais je ne me souviens que de la nouvelle Night Surf a priori, qui m'avait aussi fait tiquer sur Le Fléau à l'époque.

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  2. C'est un gros bouquin ou c'est des courtes nouvelles (vu le nombre) ?

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    1. Un peu des deux. Les nouvelles sont courtes mais la taille reste raisonnable. min édition doit faire sur les 350 pages écrites plutôt petit.

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