dimanche 4 janvier 2015

Les Dents de la mer (1974)

Difficile de juger d'une œuvre quand on ne la découvre pas vraiment. Le roman Les Dents de la mer de Peter Benchley m'a semblé assez sombre et perturbant, mais aurais-je pensé la même chose si je l'avais lu sans voir d'abord l'adaptation de Spielberg?


L'histoire est la même à peu de choses près: plusieurs baigneurs d'une paisible station balnéaire de la côte est des États-Unis s'étant fait avaler tout crus par un requin gigantesque, la ville est au bord de la ruine et tente d'étouffer l'affaire, tandis que le chef de la police, tout à fait dépassé par les évènements, décide de partir à la chasse au requin malgré sa peur de l'eau.

Le livre ne fait pas vraiment peur. La tension est beaucoup plus palpable dans le film, notamment à cause de la musique et des effets de "sursaut" liés à l'apparition soudaine de quelque chose. Mais c'est un roman assez dur. Pas mal de choses m'ont surprise: la tristesse de la relation entre le policier et sa femme; le personnage de sa femme, présenté avec une lucidité implacable, et son adultère désespéré; la dureté de l'ichtyologue, surtout [spoiler] pendant sa relation sexuelle; et deux éléments sanglants et franchement dégueulasses pendant la chasse au requin, comme [spoiler] le fœtus de bélouga utilisé comme appât.

Il m'a semblé que le livre rendait bien l'idée de l'implacabilité du "destin" et faisait un parallèle pertinent entre le requin-requin et le requin-homme. Spielberg a adouci le côté social et adulte du livre pour en faire un film moins dérangeant et je ne m'attendais donc pas à cet aspect-là. En plus, la chasse au requin occupe seulement 70 pages sur 300: les trois quarts de l'intrigue se passent en ville.

Jaws n'est pas une lecture indispensable, peut-être même une "lecture de plage" (voyez la bonne blague...) du fait du style assez simple. Mais c'est néanmoins un livre intéressant. Et il montre bien que la littérature américaine sait être très efficace. Notons d'ailleurs un procédé que j'ai trouvé très bon: quand on suit les actions du requin loin des hommes, l'auteur parle du poisson. "The great fish moved silently through the night water, propelled by short sweeps of its crescent tail." Une forme de "déshumanisation" réussie, car on n'attache pas du tout les mêmes clichés aux poissons en général et aux requins en particulier et que ça le rend encore plus mystérieux, plus froid et éloigné de nous...

La réplique à retenir:
"At this point, if someone came in here and said he was Superman and he could piss that shark away from here, I'd say fine and dandy. I'd even hold his dick for him."

6 commentaires:

  1. Est-ce bien raisonnable de lire des histoires d'attaque de requin lorsqu'on est près de la mer ? xD
    Je ne savais même pas que Jaws était un livre à la base. Bon après l'histoire d'un requin qui attaque systématiquement les hommes, on en est un peu sorti maintenant, il suffit de voir Océan la scène où un plongeur nage paisiblement aux côtés d'un Grand Blanc ! Ce ne sont pas les monstres sanguinaires qu'on a voulu faire croire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui ce serait drôle XD
      Selon Wiki, Peter Benchley a déclaré qu'il ne réécrirait pas ce livre à cause de toutes les nouvelles connaissances qu'on a sur les requins et du fait que le livre a contribué à la phobie du requin. Je crois qu'il s'est même engagé en leur défense.
      Mais le temps du livre ou du film, c'est un adversaire très efficace!

      Supprimer
  2. Moi non plus je ne savais que c'était un roman au départ. C'est toujours intéressant de connaître la source d'une oeuvre, même si son adaptation à phagocyté toute la lumière sur elle...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que je le savais de manière passive, dans le sens que je l'ai vu écrit pendant les titres du film quand je l'ai vu au cinéma cet été, mais je ne l'aurais sûrement jamais lu si je n'étais pas tombé sur cet exemplaire d'occasion.
      Ce qui est étonnant, c'est la vitesse à laquelle le film a été réalisé: il y a un an ou un an et demi d'écart entre les deux. Ça me semble impossible aujourd'hui. Ça a peut-être renforcé l'effet de phagocytage!

      Supprimer
  3. Je ne savais pas non plus que ça venait d'un livre. Rendre le film moins dérangeant que le livre, Spielberg a fait ça avec Jurassic Park aussi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui tout à fait, même si ici c'est plus tempéré, en fait "dérangeant" était un peu fort comme mot, après coup je me suis dit que c'était plutôt "cru"... Enfin tu vois quoi. Le requin ne te fait pas réfléchir à l'éthique scientifique comme Jurassic Park...
      Contente de t'avoir fait découvrir l'existence du livre :)

      Supprimer

Exprime-toi, petit lecteur !