jeudi 15 juin 2017

Miss Harriett (1884)

Je continue d'explorer l’œuvre de Maupassant au hasard de mes trouvailles en bouquinerie. Presque un an après ma dernière lecture de l'auteur, j'ai enfin lu Miss Harriett, un recueil paru en 1884 qui somnolait dans ma PAL depuis un certain temps (genre deux ans?).


Miss Harriett (1883)
Une nouvelle triste et une chute un peu glauque dans la campagne normande. L'intro est typique de Maupassant: un narrateur anonyme pose un contexte (une promenade en calèche) et laisse rapidement la parole au véritable narrateur, qui raconte une histoire aux personnes présentes (les autres passagers de la calèche). Le ton est donné dès ses premiers mots: "Ce ne sera pas gai, mesdames; je vais vous raconter le plus lamentable amour de ma vie. Je souhaite à mes amis de n'en point inspirer de semblable."

L'Héritage (1884)
La nouvelle la plus longue du recueil (quasiment 100 pages) est très représentative de son époque avec ses petits employés qui attendent un héritage, son personnage féminin au mariage arrangé, son dîner de présentation et ses promenades en bord de Seine... Elle est aussi la plus cynique puisque tous les personnages sont très volages et hypocrites. C'était très sympa et je me suis demandée jusqu'au bout si cet héritage allait finir par tomber!

Denis (1883)
Là, je n'ai pas trop compris lol! C'est une histoire un peu bizarre entre un domestique et son maître. Je ne sais pas trop ce qu'il faut en tirer. Je pense que c'est du "Maupassant à la chaîne" pour publier dans les journaux.

L'Âne (1883)
Ici, c'est du Maupassant cruel et terrible, certainement le genre de texte qui rebute certains lecteurs. Je me suis sentie vraiment très mal, même si je savais d'emblée, rien qu'au titre, que ça ne finirait pas bien. C'est dans le genre de Coco, une nouvelle terrifiante de cruauté.

Idylle (1884)
Une nouvelle un peu barrée sur une idylle entre deux inconnus voyageant côte à côte dans un train. L'homme est un Italien partant chercher du travail en France; la femme est une nourrice qui n'a pas donné le lait depuis un ou deux jours et dont les seins sont douloureux. C'était vraiment chelou. Lol.

La Ficelle (1883)
Un texte qui fait son boulot mais n'a pas de charme particulier (peut-être un nouvel exemple de "Maupassant à la chaîne"). Elle reste dans le ton de l'écrivain avec son personnage naïf qui essaye désespérément de clamer son innocence, mais n'est pas mémorable.

Garçon, un bock!... (1884)
Même commentaire que pour la nouvelle précédente. L'homme qui commande bock sur bock est cependant l'inverse du Normand de La Ficelle puisqu'il est complètement désabusé après avoir vu, une fois, le côté sombre de la vie. Ça parle du choc quand on découvre la vérité sur ses parents et que celle-ci n'est pas très belle.

Le Baptême (1884)
Un texte sobre sur un baptême campagnard. Comme souvent chez Maupassant, tout tient dans la chute, que j'ai trouvé extrêmement émouvante.

Regret (1883)
L'histoire d'une occasion manquée dont on se rend compte trop tard, tellement trop tard... Je me suis un peu reconnue dans ce personnage qui contemple tristement sa vie "tout à fait ratée" et surtout dans cette remarque: "Combien de gens ratent leur vie par nonchalance." D'autant plus que j'ai laissé passer une occasion importante ces jours-là et que je pense que je n'en aurai pas d'autre (ou pas de sitôt). Mais bon on fait comme on peut au moment où il faut choisir...

Mon oncle Jules (1883)
Un texte triste, classique de Maupassant. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour le narrateur et son oncle Jules.

En voyage (1883)
Une histoire d'amour improbable et condamnée. Un texte touchant et efficace mais pas mémorable. Je ne sais pas trop ce qu'il fallait comprendre avec la réplique tronquée de la fin.

La Mère Sauvage (1884)
Située en pleine guerre franco-prusse, cette nouvelle rappelle bien sûr Boule de Suif, même si l'histoire n'a rien à voir, la Mère Sauvage étant une vieille femme française à qui on a "distribué" plusieurs soldats prussiens. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'elle reçoive une lettre la prévenant de la mort de son fils soldat.

Ce recueil est intéressant puisqu'il permet de voir plusieurs facettes de Maupassant et de son "pessimisme cosmique": la cruauté absolue de L'Âne, l'intéressement petit-bourgeois de L'Héritage, le regret existentiel de Regret et Le Baptême.... Certains textes ne sont clairement pas majeurs dans son œuvre, mais l'ensemble vaut le coup si vous aimez l'auteur. Si vous ne le connaissez pas, par contre, je conseille toujours de lire Le Horla...

6 commentaires:

  1. Je me demande si je n'ai pas lu L'âne quand j'étais au collège (j'avais lu Le papa de Simon et je me demande si c'était pas la 2e nouvelle du bouquin...). Faudra que je lise Le Horla un jour quand même...

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    1. Hihi moi aussi j'ai lu Le Papa de Simon au collège :) (Et il n'y avait pas L'Âne dans mon livre, mais il y a tellement d'éditions que ça ne veut rien dire.) Et oui il faut que tu lises le Horla :)

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  2. Le Horla <3 Un des rares livres que je conserve au fil des ans !

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  3. Je plussoie pour le Horla, j'ai adoré ce texte. Et plus lu de Maupassant depuis très longtemps hélas.

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    1. Il est génial! :) Ha Maupassant a l'avantage d'écrire des nouvelles très courtes, ça peut se caser assez facilement dans unplanning de lecture chargé!

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