Le mois dernier, Brize publiait son avis sur L'Étranger d'Albert Camus, qu'elle avait relu après avoir vu l'adaptation cinématographique de François Ozon. Moi, je n'ai pas vu le film, mais son billet m'a rappelé l'existence du livre, et je l'ai pris avec moi pour un trajet en train. J'avais besoin de quelque chose d'assez petit, et j'ai une certaine envie de lire ou relire les auteurs qui étaient dans le cercle de Simone de Beauvoir depuis que je me suis penchée sur cette autrice.
C'est ce roman qui s'ouvre sur les célèbres mots "Aujourd'hui, maman est morte". La première fois que je l'ai lu, ça a été une espèce de révélation, car je ne savais pas que ça venait de là. Mais cette fois, je m'en souvenais, ahah. Je me souvenais aussi qu'on peut résumer le roman de manière très rapide en disant que [divulgâcheur] c'est l'histoire d'un mec qui est condamné pour meurtre pas tant parce qu'il a commis ce meurtre, mais parce qu'il n'a pas pleuré à l'enterrement de sa mère [fin du divulgâcheur], et c'est bien exact.
Mais il y a d'autres aspects, évidemment, au premier rang desquels ce narrateur très factuel et détaché, qui décrit ses actions, tantôt au présent et tantôt au passé, sans manifester d'émotions et sans proposer d'explications. Il me semble impossible de ressentir de l'empathie pour lui. Par moments, son inertie m'a même donné un peu envie de le secouer. Mais il y a aussi quelque chose de très simple et humain dans son récit.
Par ailleurs, le roman parle aussi d'une sorte d'engrenage par lequel des faits indépendants les uns des autres peuvent résonner d'une manière disproprotionnée, au point d'influencer un destin, et d'une certaine mise en scène du procès, qui est déjà répugnante dans le contexte des années quarante, mais qui a dû largement empirer depuis à cause des médias modernes (la télévision d'abord, puis les smartphones et les réseaux). "On la forçait à dire le contraire de ce qu'elle pensait", comme dit la pauvre Marie...
Bref, une relecture très intéressante pour ma culture générale, mais pas très enthousiasmante non plus, en raison de ce narrateur glacial. Je comprends, toutefois, que ce roman ait mis Camus sur le radar de Beauvoir et Sartre, comme Beauvoir l'évoque dans La Force de l'âge.
"À la fin de septembre, Sartre écrivit pour Les Cahiers du Sud un article sur un roman que la critique tenait pour un événement : L'Étranger d'Albert Camus. Nous en avions lu quelques lignes, les premières, dans une chronique de Comœdia et nous avions été tout de suite intéressés ; le ton du récit, l'attitude de l'Étranger, son refus des conventions sentimentales nous plaisaient. Dans son étude, Sartre ne loua pas le roman sans réserve, mais il lui accordait beaucoup d'importance. Il y avait longtemps qu'aucun nouvel auteur français ne nous avait si vivement touchés."

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