lundi 14 septembre 2026

Verdun (1938)

Nous retrouvons aujourd'hui notre brave Jules Romains, écrivain de génie, pour le quinzième tome de la saga des Hommes de bonne volonté.

Couverture:
Poilu avec son barda de Saubidet Tito

Et pour ce quinzième tome, tout est dans le titre. Verdun. Un nom qui est entré dans l'histoire et un enjeu colossal dans la guerre entre l'Allemagne et la France. L'Allemagne attaque avec des moyens massifs. Les poilus déjà sur place résistent comme ils peuvent, puis l'armée française converge vers cette ville qu'on ne voit finalement que peu dans le roman, car nous sommes plutôt aux environs, en arrière ligne ou sur le front.

Le roman s'ouvre par le récit, quasiment heure par heure, du premier jour de bombardement, ainsi que par les déboires de quelques personnages pris au piège dans une tranchée assez avancée. Uniquement des personnages que, sauf erreur de ma part, on n'avait encore jamais rencontrés, ce qui m'a préservée de l'inquiétude qui m'accompagne depuis le début de la série: voir mourir ici des personnages que j'adore. On voit la force du bombardement, la difficulté de communiquer avec les supérieurs car tous les fils de téléphone sont coupés, la réticence des hauts gradés à reconnaître l'ampleur de l'attaque.

On passe ensuite un bon bout de temps avec mon Jerphanion adoré, qui monte justement vers Verdun une fois que l'armée français a réagi. Puis on fait un détour par Paris, d'abord avec Haverkamp (le directeur de l'établissement thermal que nous avons vu naître dans Les Superbes), qui accumule une petite fortune en fabriquant des chaussures pour l'armée, puis de nouveau avec Jerphanion, qui retrouve son cher Jallez lors d'une permission.

Les conversations de Jerphanion et Jallez, mes amis, c'est vraiment quelque chose de hors du commun : d'intellectuel, de fin, de nuancé, d'humain et de pudique. 💞💞💞💞 Les chapitres "Les misères, les orgueils et les mépris du guerrier" et "Comment Verdun arrive à tenir" sont des merveilles de... de résignation lucide? Je ne sais pas. De quelque chose de triste et tragique sur l'être humain, mais qui donne quand même un reflet de lumière à une forme de résistance et de camaraderie.

Dernier personnage que l'on retrouve à Paris: Maillecotin, qui tourne des obus.

Et puis, retour à Verdun avec Wazemmes et le père Jeanne, que je ne m'attendais pas du tout à retrouver là. J'ai fait une attaque en le voyant se rendre au chevet d'un soldat gravement blessé, car je m'attendais à découvrir Louis Bastide, le petit garçon qui jouait avec son cerceau dans le tome 1. Mais non. Point de Louis Bastide. Mais des questions de foi sans réponse, oui.

"L'abbé ne répondit pas tout de suite. La question était de celles qui pouvaient le troubler. [...] Lui non plus n'imaginait pas facilement le Christ mêlé à la conduite de cette affaire-là... le Jésus de l'Évangile ne découvrant pas d'autre méthode pour ramener les hommes au bien que de les faire se massacrer mutuellement. [...]
— Mais alors, monsieur l'abbé, quelle consolation nous reste-t-il?
— Je me le suis parfois demandé, mon enfant... ceci pour vous prouver que je ne vous parle pas du bout des lèvres... Notre consolation, c'est de penser que le Christ déteste sûrement la guerre autant que nous.
— Vous croyez ?
— Sûrement.
— Il n'est pas content, vous croyez, qu'on bénisse des canons, des drapeaux?... qu'on chante des Te Deum?...
— Je crois plutôt que cela l'impatiente un peu et qu'il ne sera vraiment content que le jour de la paix."
Comme nous le savons, c'est Pétain qui a été chargé de Verdun, et j'étais très curieuse de voir comment il serait présenté. D'une part, évidemment, parce que nous savons aujourd'hui – ce que Jules Romains ne pouvait pas savoir en 1938 – que Pétain est entré dans l'histoire pour d'autres raisons, et en partie parce que Benoîte Groult en parle dans le Journal à quatre mains qu'elle a écrit avec sa sœur Flora:
"J'ai eu le temps de lire la moitié du Verdun de Jules Romains, pour voir sous quel jour y était décrit Pétain."
Eh bien, Pétain y est décrit sous un jour très positif. Il a conscience de l'étendue du problème, il donne des ordres rapides et adaptés, il reprend la situation logistique en main, et les poilus l'adorent. Dans les deux courtes scènes où on le voit en direct, il est poli et semble sincèrement peiné pour les "petits" de classe 16 qui se font massacrer à la fin, dans une scène très prenante avec un officier qui n'aurait pas eu à pâlir à côté de Druss la légende, et la mort d'un personnage que je ne m'attendais aucunement à voir mourir ici. (Je ne vous dis pas qui c'est, mais je suis scotchée!! Je me demande même si Jules Romains ne nous fait pas marcher!!)

Bref, ce Verdun était un vrai régal, comme d'habitude, et réunit quelques-unes des qualités que j'apprécie le plus en littérature: les personnages fouillés et multifacettes, une rédaction soignée, un sens des valeurs morales couplé à une grande lucidité sur les travers de l'être humain. Heureusement que cette série est si longue que, après quinze romans, je suis encore loin de la fin. 💞💞

1 commentaire:

  1. Mais il y avait un vrai suspense sur le traitement de Pétain ? Je ne m'y connais pas assez mais dans mon esprit il faisait plutôt l'unanimité avant la deuxième guerre, non ?

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