En mai, Lloyd Cherry a reçu dans son podcast l'autrice Julia Colin, qui venait parler de sa dernière parution, Passer la brume. L'histoire m'a interpellée, car j'avais lu, à peine deux jours plus tôt, la chronique de Baroona de 11 h 02 le vent se lève de Sacha Bertrand et que les deux romans ont une situation de départ très similaire à celle de La brume l'emportera de Stéphane Arnier. L'autrice, de son côté, était suffisamment intéressante pour que je me penche sur son roman. Mon réseau de médiathèques n'ayant pas Passer la brume, je me suis rabattue sur son premier roman, Avant la forêt.
Couverture de Elena Vieillard.
Eh bien, c'est pas mal du tout, pour un premier roman. Je suis assez admirative.
L'histoire est celle d'Élie, un jeune garçon qui arrive dans une vallée isolée des Pyrénées avec sa famille. La société telle que nous la connaissons s'est en grande partie effondrée, et l'une des réussites du roman est justement de réussir à en présenter une évolution plausible et très complète, qui affecte tous les pans de la vie. L'ordre et le confort moderne sont sérieusement remis en question. Ce n'est pas non plus un monde ravagé par la guerre nucléaire, mais, bon, on préfère LARGEMENT ne pas y vivre.
Lorque la famille d'Élie arrive dans la vallée, elle a déjà fait Paris-Marseille (en grande partie à pied) et Marseille-Pyrénées (entièrement à pied) et elle espère trouver là un lieu de vie plus favorable à l'épanouissement de Calme, la presque-sœur d'Élie, qui a perdu ses parents à Lyon. La maison dans laquelle ils s'installent est en ruine, mais la vallée est bien organisée et en paix, ce qui est un avantage très intéressant. Élie rejoint la Milice, le groupe de jeunes du village qui assure toutes sortes de travaux d'intérêt général, tandis que Calme passe de plus en plus de temps dans la forêt.
C'est l'éloignement progressif entre eux que le roman raconte, et c'est très réussi.
Il y a donc le contexte quasiment post-apo du monde extérieur, qui est suffisamment plausible pour être un peu inquiétant, et cette opposition entre deux choix de mode de vie. Élie et Calme ont chacun leurs arguments, et on peut les comprendre tous deux, même si Calme est parfois exaspérante. Élie garde toujours son amour de presque-frère protecteur, mais on comprend aussi qu'il se rapproche des autres membres de la milice. Et il y a un petit quelque chose d'inquiétant dans la forêt également, même si on n'est pas du tout dans un roman de terreur.
J'ai certes trouvé quelques défauts à cette histoire, notamment la récurrence des regards qui expriment toutes sortes de sentiments – ahlàlà, s'il suffisait de regarder quelqu'un pour qu'il comprenne à la fois votre désespoir et votre colère! Dans le même temps, il y a, paradoxalement, un certain manque de communication. Comme souvent, plusieurs problèmes auraient pu être évités si les gens avaient parlé. Mais bon, c'est un truc assez classique. Enfin, je trouve les parents d'Élie peu présents et en retrait. D'un côté, on voit bien qu'ils sont à la fois épuisés et dépassés par les évènements, et le mécanisme par lequel l'enfant devient progressivement un pilier – voire le pilier – de la famille parce qu'il est davantage en phase avec son temps que ses parents est bien décrit. Mais, bon, on peut s'étonner qu'ils ne s'étonnent pas davantage, eux, que Calme disparaisse dans la forêt durant des heures, puis des jours.
Ces défauts, toutefois, ne ternissent que peu l'ensemble et j'ai dévoré les 375 pages du roman en trois jours, ce qui est quand même assez rare. J'ai apprécié la fin, qui n'est pas un happy end naïf, et je suis convaincue par l'autrice. Passer la brume étant, depuis, arrivé dans le catalogue de ma médiathèque, je le lirai bientôt! 😊

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