Trois femmes, trois générations: Mao, la lycéenne qui se demande quelle orientation choisir; Yûko, sa mère, qui a divorcé malgré l'opposition de ses parents et qui travaille dur; et Chie, la grand-mère, qui se consacre au kintsugi, la réparation des objets de céramique ébréchés ou brisés à l'aide de laque et de poudre d'or. Lorsque Mao commence à assister sa grand-mère, elle découvre un artisanat de précision, qui demande un soin et un temps considérables – et elle en apprend également plus sur sa grand-mère, qui avait d'abord souhaité devenir artisane laqueuse. Ensemble, elles décident même de repartir dans la ville de son enfance...
La Maison du kintsugi de Sanae Hosho me semble être un roman japonais feel-good assez typique, comme il en sort des multitudes depuis plusieurs années. Sauf que, ici, il n'y a pas de chats, de livres ou de nourriture, mais des objets ébréchés, voire en morceaux, qu'il s'agit de recomposer avec un soin méticuleux. Des objets qui ont, en général, une valeur sentimentale plus que monétaire. Dans tous les cas, Chie consacre des semaines de travail à chacun, pour les polir comme il faut, les recomposer de la bonne manière, trouver la bonne couleur de laque, etc. Le roman comporte de véritables éléments techniques, étant donné que Chie présente le métier à sa petite fille, mais tout est expliqué très simplement, et le domaine du kintsugi et de la laque en général est absolument fascinant.
J'écoute depuis un peu moins d'un an le podcast À fleur de nez, créé par le parfumeur Fragonard. Dans un épisode sorti fin 2024 que j'ai écouté en juin de cette année, environ un mois avant de lire le présent roman, Charlotte Urbain, la présentatrice, reçoit Baptiste Loiseau, maître de chai pour la maison de cognac Louis XIII. Et celui-ci dit:
"le temps est notre matière première".
Bien sûr, ça m'a fait monter dans la stratosphère. Si je buvais de l'alcool (et si j'avais un paquet d'argent), j'aurais presque pu m'acheter une bouteille de leur cognac juste pour ça. Tout ce que j'aime, ça repose sur le temps: un bon livre, un bon film, le dressage d'un cheval, l'apprentissage d'un cavalier, un mouvement de yoga, la traduction, l'apprentissage d'une langue (et les parfums Fragonard, tiens!). Les artisans qui créent avec du temps, ça m'attire. Mettre six mois à réparer une tasse, ça me parle. J'ai plein de mugs ébréchés ou fêlés que je garde en souvenir, et les confier à quelqu'un pour qu'il en prenne soin, je trouve presque ça émouvant.
En parallèle, le roman aborde quelques sujets de société, notamment la place de la femme et les possibilités limitées qui s'offrent à elle. Si Chie, qui voulait être laqueuse, n'a pas poursuivi dans cette voie, c'est parce qu'on lui a dit très clairement, quand elle était petite, que c'était un travail d'hommes. D'où son repli sur le kintsugi, qui n'est d'ailleurs pas son métier, au début, mais un loisir qui vient en complément de l'éducation de ses enfants et qui l'aide à tenir dans un mariage difficile. On parle aussi des incompréhensions entre humains, des non dits et du temps qui passe... Mais avec une certaine acceptation et une certaine sérénité, au final. Une vision un peu douce-amère de la vie...
Et pourquoi ce livre, me demandez-vous? Mais parce qu'il a été traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon et qu'elle m'a donné l'un de ses exemplaires. Merci. 🙏💞 J'en profite pour féliciter l'éditeur français, Calmann-Lévy, qui cite le nom de la traductrice en couverture et lui consacre une courte biographie en quatrième de couverture, à la suite de celle de l'autrice. 🙏🙏🙏
Autres traductions de la traductrice déjà chroniquées sur le blog
La Saveur du printemps de Kevin Panetta et Savanna Ganucheau
Le Café du temps retrouvé de Toshikazu Kawaguchi
Cascabel, enquêtrice-gentleman de Joe Heap

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Exprime-toi, petit lecteur !