lundi 30 août 2021

Michel Strogoff (1876)

Chronique express!

Comme toujours, c’est un immense plaisir de lire Jules Verne, qui mélange à merveille aventure, humour et informations scientifiques. Dans Michel Strogoff, ce dernier élément s’exprime essentiellement par des données géographiques. En effet, Michel Strogoff, courrier du tsar, est chargé de transporter une précieuse missive depuis Moscou jusqu’à Irkoutsk, ville de Sibérie orientale, afin de prévenir le frère du tsar des manigances d’un traître, un Russe qui soutient l’invasion tartare menaçant l’empire. Bien entendu, le chemin de Michel Strogoff, déjà pénible en temps normal, sera semé d’embûches à cause de ladite invasion et des hordes tartares qui rôdent dans la campagne. Mais Michel Strogoff est un homme de fer, déterminé à arriver coûte que coûte, et il rencontrera en route plusieurs personnages qui sauront l’aider: Nadia, qui cherche elle aussi à gagner Irkoutsk, et Alcide Jolivet et Harry Blunt, journalistes respectivement français et anglais. Deux personnages hauts en couleur qui apportent une touche d’humour très sympathique.

Des aventures à fond de train à travers la Russie: évidemment, j’ai adoré, et je recommande. Lisez Verne, c’est vraiment génial!

mercredi 25 août 2021

D'un cheval l'autre (2020)

Chronique express!

Bartabas, fondateur de la troupe de théâtre équestre Zingaro, propose dans Un cheval l’autre une sorte d’autobiographie, cheval après cheval. Chaque chapitre est consacré à un épisode dans la vie d’un de ses chevaux, que ce soit la rencontre, un instant partagé, une maladie ou une séparation. Mis bout à bout, tous ces moments permettent de suivre ses débuts à cheval et sa carrière.

Bien entendu, il est impossible de ne pas rêver à ses descriptions de dressage et de spectacles; n’importe quel cavalier bave devant ses chevaux. Et je me suis retrouvée, de manière plus personnelle, dans une sorte d’aisance et de plénitude ressentie en présence des chevaux plus que des humains, comme si ces animaux donnaient du sens à la vie. J’ai aussi été émue par un chapitre très douloureux sur la fin de Zingaro, le célèbre étalon frison qui a fait la renommée de la troupe. Par contre – et cela, je pense, n’étonnera pas les gens qui ont déjà vu le personnage en interview... – Bartabas a un égo GIGANTESQUE, un truc juste hallucinant, et s’exprime avec une certaine pomposité qui m’a profondément déplu. En plus, je l’ai souvent trouvé anthropomorphique dans son propos, ce que je trouve fort surprenant chez un professionnel du cheval. En bref: je dirais que c’est un livre à lire pour les chevaux, pas pour l’homme… 😅

vendredi 20 août 2021

La Langue de Trump (2019)

Chronique express!

En 2016, Bérengère Viennot, journaliste et traductrice, a été confrontée de près à une sacrée difficulté: traduire Donald Trump, nouvellement élu à la présidence des États-Unis. Après un rappel fort concis et clair sur ce qu’est une traduction – nous restituons un message, pas des mots –, elle explique dans ce court essai comment elle a dû faire évoluer sa pratique dans le cas de Trump.

En général, en effet, le traducteur est censé "réparer" le discours du locuteur d’origine si celui-ci commet des erreurs. Par exemple, si vous traduisez un roman dans lequel un personnage habillé en vert est soudain en bleu, vous rétablissez la couleur verte de sa tenue (à moins que ce changement de couleur ne soit délibéré, bien sûr). Autre exemple: si vous traduisez quelqu’un qui n’a pas beaucoup de vocabulaire, vous trouvez des synonymes pour éviter les répétitions.

Or, chez Trump… Eh bien, sa manière de s’exprimer fait partie intégrante du personnage et de son message, donc, vous devez vous exprimer comme lui. À partir de là, Bérengère Viennot aborde plusieurs points caractéristiques de la communication de Trump: les phrases sans queue ni tête, la déformation de la réalité, l’usage massif de Twitter, l’égo, la haine des journaux… C’est passionnant et ça se lit tout seul, c’est vraiment à mettre entre toutes les mains – même si, bon, quand elle cite Trump pendant plus de quatre lignes, ça donne un peu mal à la tête d’essayer de comprendre ce qu’il raconte. Ça manque un peu de complotisme, mais l’essai est paru en janvier 2019, donc bien avant le délire de Trump sur la prétendue fraude électorale qui lui aurait coûté sa réélection.

Bref: un document d’actualité à lire sans hésiter, et en serrant les doigts pour que le délire ne recommence pas en 2024. 🙃🙃

dimanche 15 août 2021

L'Argent (1890)

Dix-huitième tome des Rougon-Macquart: après les locomotives de la Bête humaine, place à la finance et à la Bourse de l’Argent!


L’intrigue
Saccard, le spéculateur qui faisait fortune dans la Curée en achetant des immeubles parisiens durant les grands travaux haussmanniens, rôde à la Bourse de Paris. Il est au plus bas et ne rencontre guère d’aide parmi les joueurs et spéculateurs, mais est toujours aussi déterminé à brasser les millions. Avec l’ingénieur Hamelin et sa sœur Caroline, naît alors un projet d’ampleur: fédérer les paquebots de Méditerranée et exploiter des mines en Orient sous le chapeau d’une banque, l’Universelle. Hamelin pourra travailler sur le terrain, tandis que Saccard se chargera de la création de la banque et de son entrée en bourse.

Le monde de la finance
Le roman commence à deux pas de la Bourse de Paris, institution qui y jouera un rôle essentiel. Zola nous plonge dans les arcanes de la création d’entreprise et de la capitalisation boursière. L’Universelle est constituée avec un capital de vingt-cinq millions de francs, à raison de cinquante mille actions valant cinq cents francs chacune. Bien sûr, l’objectif est ensuite de faire monter la cote de ces actions à la Bourse. Dès le début, l’affaire est louche: le comité d’administration est créé en faisant circuler un mensonge sur l’éventuel soutien d’Eugène Rougon, ministre de l’Empereur et frère de Saccard, les actions ne sont pas créées/achetées de manière bien légale (elles ne sont pas "souscrites", mais je ne sais plus ce que ça veut dire… 😅) et Saccard se jette dans le combat à la hausse par tous les moyens, essentiellement en achetant des actions lui-même, sous des prête-noms, ce qui est évidemment illégal. Les concepts financiers ne sont pas des plus clairs et le lexique présent dans cette édition du Livre de poche est très utile, même si, parfois, je ne l’ai pas compris non plus. 😅 En tout cas, Zola s’est bien documenté, comme toujours, et c’est assez prenant de plonger dans la Bourse du temps du papier.

Le prix de l’argent
Bien sûr, toutes ces magouilles ont un coût, et ce ne sont pas ceux qui prennent les risques qui vont le payer. Saccard obtient la confiance de nombreux petits investisseurs, d’une part parce qu’il fait beaucoup de publicité, d’autre part parce qu’il rachète des journaux et leur fait publier, évidemment, des articles élogieux (l’indépendance de la presse, ce thème toujours d’actualité…) et enfin parce qu’il fait courir des rumeurs discrètes sur le véritable but de l’Universelle, une banque proche des milieux catholiques qui aurait vocation à soutenir le Pape grâce aux investissements des catholiques du monde entier. Parmi ces investisseurs, je me souvenais des Beauvilliers, une comtesse âgée et sa fille, qui maintiennent un luxe de façade en se privant du moindre confort: pourvu de recevoir avec classe deux fois par mois, elles mangent des pommes de terre le reste du temps. Leur ruine sera totale et RIEN ne leur sera épargné. Elles sont peut-être parmi les personnages les plus poignants de Zola…

Un antisémite de base
L’épopée de cette banque catholique se fait en opposition à la finance juive, incarnée par Gundermann, le roi de la Bourse de Paris. Saccard est un antisémite de base, convaincu que les Juifs sont retors, qu’ils contrôlent tout et que ce sont des voleurs, et il prononce plusieurs tirades contre eux. Ce n’est pas le plus marquant dans ce roman, mais c’est intéressant de le citer car cela fait écho à l’engagement futur de Zola en faveur de Dreyfus; on comprend très bien que Zola ne partage pas l’avis de Saccard et que celui-ci est en pleine théorie du complot. (Ah, si Zola avait connu le début des années 2020, quel roman n’aurait-il pas écrit sur le complotisme… 😅)

Mme Caroline, un personnage lumineux
Face aux magouilles de Saccard et à la fin catastrophique que l’on voit arriver, le lecteur peut trouver un peu de réconfort auprès de Mme Caroline, la sœur de l’ingénieur Hamelin, et, dans une moindre mesure, auprès de celui-ci. Elle est un beau personnage droit dans ses bottes, plein de compassion pour autrui et de bon sens, et l’on s’attache beaucoup à elle malgré ses choix malheureux. Son frère est très positif aussi, mais on le voit beaucoup moins, vu qu’il part en Orient. Caroline, présente à Paris tout au long de l’intrigue, a un rôle plus important et c’est son point de vue qui nous guide dans certains chapitres. La sœur et le frère sont très différents, mais ils font preuve d’une belle entente qui fait chaud au cœur. L’idée me vient soudain qu’on pourrait les rapprocher de Hubert et Hubertine dans le Rêve, un couple très soudé.

Pour finir : Zola ne serait pas Zola sans appétits sexuels…
Bien sûr, l’Argent parle essentiellement de soif d’argent (ah, ah!), mais il contient la dose réglementaire de sexe avec une scène INCROYABLE impliquant la baronne Sandorf et Saccard, surpris en petite tenue par l’amant attitré de Madame, et les suites d’un viol issu d’un lointain passé et en entraînant un autre, triste à mourir. Comme toujours, Zola osait tout dire, c’est épatant dans un roman d’un siècle très puritain!

Allez donc voir ailleurs si cet argent y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Tigger Lilly

mardi 10 août 2021

The Sundial (1958)

Après We Have Always Lived in the Castle, j'avais très envie de poursuivre ma découverte de Shirley Jackson. C'est chose faite avec The Sundial, le Cadran solaire, un roman très étrange...


La splendide maison Halloran abrite une famille très aisée et très particulière. La maîtresse des lieux est Mrs Halloran. Elle règne sur les finances et les habitants. Son mari, Richard Halloran, est en fauteuil roulant et semble avoir perdu l'esprit. Il y a ensuite la tante Fanny, la sœur de Richard, veille fille aigrie contre sa belle-sœur. Il y a aussi la jeune Mrs Halloran, Maryjane, qui a épousé feu Lionel, le fils de Mrs Halloran et de Richard, et qui accuse la mère de celui-ci de l'avoir poussé dans les escaliers. Citons enfin Fancy, la fille de la jeune Mrs Halloran, et Miss Ogilvie et Essex, deux domestiques au statut plutôt élevé.

Tout ce petit monde se déteste et s'envoie des piques avec le plus grand flegme, jusqu'au jour où la tante Fanny se perd dans le jardin et aperçoit, dans un brouillard qu'elle est la seule à voir, le fantôme de son père, décédé depuis des lustres. Celui-ci lui annonce la fin du monde, mais lui garantit qu'il protègera tous ceux qui se trouvent dans la maison Halloran et qu'ils hériteront du monde d'après...

Il est difficile de décrire ce roman. En deux mots, c'est Downton Abbey à la sauce complotiste. Quand la tante Fanny décrit l'apparition et la mise en garde de son père, tout le monde la croit (avec plus ou moins de conviction, tout de même), y compris des personnages qui arrivent là après les faits. Commencent alors des préparations pour affronter la fin du monde et survivre au lendemain de sa destruction: la tante Fanny commande toutes sortes de provisions et d'équipements, Mrs Halloran met en place des règles à respecter. C'est très bizarre. En revanche, c'est toujours très drôle; la manière dont les personnages enchaînent les monologues croisés, sans jamais prêter attention à ce que disent les autres, le ton poliment cassant de Mrs Halloran, les inquiétudes très comme il faut de Mrs. Ogilvie... C'est un vrai régal, et Shirley Jackson était une excellente dialoguiste! Les deux ou trois passages étranges, essentiellement les apparitions de feu Mr Halloran, sont également très réussis.

Malgré le plaisir de la lecture, je tire toutefois une certaine perplexité de ce roman, d'autant plus que la fin, relativement ouverte, ne répond pas à la question principale: elle est vraie, cette prophétie, ou pas? Le monde va-t-il oui ou non prendre fin par une nuit d'apocalypse? Nos riches bourgeois attendent...

jeudi 5 août 2021

La gamelle de juillet 2021

Comme tous les mois, retour sur les activités culturelles du mois précédent!

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Black Widow de Cate Shortland (2019)

Enfin, le retour des films à grand spectacle sur grand écran! Dommage que celui-ci manque d'envergure et ait du mal à trouver son ton: entre le comique lourd du père et les émotions que je n'ai pas pu partager par manque d'attachement à une famille à peine rencontrée, je n'ai pas été très convaincue. Et puis il y a beaucoup d'explosions, mais bon, tout le monde n'est pas Michael Bay. Reste une Scarlett Johansshon très convaincante, elle, comme toujours, et la satisfaction de voir une deuxième super-héroïne Marvel avoir droit à son film.

Cruella de Craig Gillespie (2021)

Un divertissement sympathique, plus prenant que le début, qui laisse présager d'un film très familial, ne le laisse craindre. Emma Stone (actrice que je n'aime pas du tout, pourtant) incarne très bien le personnage et Emma Thomson est formidable. Pour les amateurs de mode, il y a aussi de très belles tenues. Précisons toutefois qu le meilleur personnage du film est... un chihuaha. 😅

Du côté des séries

Loki – saison 2 (2021)

J'aurai donc détesté jusqu'au bout cette série que j'attendais avec tout l'amour du monde. Je suis désespérée. Entre l'élément temporel, le Loki-bouffon, un Tom Hiddleston qui n'est pas exploité ne serait-ce qu'à 30 % de ses capacités, l'histoire d'amour d'une mièvrerie extraordinaire en soi et parfaitement navrante pour ce personnage-là et l'antagoniste de fin que j'ai juste eu envie d'étrangler, je n'ai jamais autant exprimé mon mécontentement devant un produit Marvel. 😅 Et je ne pouvais même pas me consoler en reluquant Loki parce que 1/ ils lui ont collé des cheveux encore plus huileux qu'avant, ce qui ne lui va pas, et 2/ parce qu'il était toujours habillé en humain alors que je le trouve sexy en Asgardien. Voilà. Le drame. Il me faudrait une cure de Thor 2 pour m'en remettre. Une dernière chose: le meilleur personnage de la série est un alligator. 👀🐊

Et le reste

Outre mon Cheval Magazine adoré, j'ai lu Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, une lecture de qualité sur des traductions et des traducteurs extraordinaires.

samedi 31 juillet 2021

Jamaica Inn (1936)

Enthousiasmée par ma lecture de Rebecca, je n'ai pas hésité à poursuivre ma découverte de Daphne du Maurier avec Jamaica Inn.

L'intrigue se passe en Cornouailles durant les années 1800-1810. Après la mort de sa mère, Mary Yellan n'a d'autre choix que d'aller vivre chez sa tante, qu'elle n'a pas vue depuis des années. Malheureusement, la déception est grande: cette femme autrefois enjouée n'est plus que le reflet de ce qu'elle a été et vit clairement dans la terreur de son mari, le terrible Joss Merlyn, tyrannique propriétaire de l'auberge de la Jamaïque. Mary ne tarde pas à comprendre que ce commerce cache de sordides affaires. Mais que faire et comment venir en aide à sa tante en ce lieu perdu dans les landes, loin de tout village et déserté par les habitants de la région, qui en connaissent la réputation?

Bien qu'il ne soit, d'emblée, pas à la hauteur du chef d'œuvre qu'est Rebecca, Jamaica Inn m'a happée et passionnée. J'ai adoré le décor des Cornouailles, les landes battues par les vents, l'auberge noire et silencieuse, les tors déserts. J'ai aussi aimé l'ambiance mystérieuse, l'énigme des activités de Joss Merlyn, et même ce personnage haut en couleurs et détestable. Daphne du Maurier a très clairement choisi d'écrire un roman d'inspiration gothique comme le XIXe en raffolait, et c'est réussi! Mary fait une protagoniste attachante, qui impressionne par sa volonté et sa réflexion, même si elle se jette dans la gueule du loup plusieurs fois – sciemment ou pas.

Là où le bât blesse, toutefois, c'est dans la résolution de l'énigme. Moi qui ne devine jamais rien, j'avais tout compris à la moitié du livre. 😜 Je dirais donc qu'il s'agit d'un roman à lire pour le plaisir du décor venteux, de l'ambiance bröntesque et bien sûr de la belle plume de du Maurier, et pas pour mener l'enquête. Si vous ne connaissez pas encore Daphne du Maurier, ne commencez pas par ici. Si vous la connaissez déjà, lisez-le en sachant à quoi vous attendre.

lundi 26 juillet 2021

Marouflages (2009) + L'Opéra de Shaya (2014)

Après le Miroir aux éperluettes et Espaces insécables, j'ai poursuivi ma découverte de Sylvie Lainé avec deux autres recueils, que je réunis en un seul et même billet pour des raisons pratiques.

Ça y est: je suis conquise!

Marouflages (2009)

Les Yeux d'Elsa (2005)
Voilà un texte très efficace, lourd de sens, très fin dans son déroulé et sa rédaction, et tout simplement marquant. Le protagoniste gagne sa vie en recueillant les dauphins blessés, qui s'engagent à travailler pour les humains en échange de soins. Ces dauphins, bien sûr, ne sont pas des dauphins comme les autres, mais sont génétiquement modifiés pour ressembler à l'être humain et pouvoir parler. Un jour, notre protagoniste recueille Elsa, une dauphine encore moins comme les autres. Un grand texte.

Le prix du billet (2007)
Cette nouvelle n'est pas à la hauteur des Yeux d'Elsa, mais est néanmoins efficace. On y suit une femme qui attend un homme dans une gare et qui est accostée par une autre femme, que cet homme a envoyée à sa place. Une belle réussite dans le quiproquo et les faux-semblants, qui étudie un thème déjà apparu dans les précédents recueils que j'ai lus: le poids des choix et la manière dont on mène sa vie.

Fidèle à ton pas balancé (2009)
Avec ce texte au titre magnifique, je suis quelque peu retombée dans la perplexité éprouvée devant les deux recueils précédents. C'est bien écrit, ça se lit tout seul, je suis intéressée... Mais... C'est quoi le message? Il fallait que je comprenne quoi? 🙄

L'Opéra de Shaya (2014)

L'Opéra de Shaya (2014)
En compagnie de So-Ann, qui a du mal à trouver sa place sur les mondes qu'elle visite, on découvre Shaya, une planète luxuriante dont les habitants peuvent évoluer en fonction des êtres différents d'eux, comme un être humain. So-Ann a deux ans devant elle avec pour seule mission d'imprégner les différents êtres vivants qu'elle rencontre. Ce texte est une très belle découverte d'un monde tout à fait différent du nôtre, avec une thématique de rencontre de l'autre fort intéressante. J'apprécie vraiment de découvrir des êtres radicalement différents des humains, et sans affrontement par-dessus le marché! On est très loin des aliens insectoïdes uniquement destinés à faire la guerre. Tout ça rappelle un peu la découverte de Pandora dans Avatar... Mais avec une fin plus glaçante.

Grenade au bord du ciel (2013)
Un texte moins marquant sur la découverte d'un astéroïde présentant une drôle de structure similaire à celle d'une grenade. Un groupe de scientifiques va y découvrir quelque chose de très étrange. Reste à décider ce qu'il convient d'en faire...

Petits arrangements intra-galactiques (2012)
Récit d'un homme tombé en panne dans l'espace et contraint de se poser sur une planète qu'il ne connaît pas, ce texte est plein de verve et très drôle. En plus, ça parle de nourriture. J'ai beaucoup aimé.

Un amour de sable (2014)
Deux intelligences s'étudient l'une l'autre, mais sont tellement différentes qu'elles ne peuvent aucunement se comprendre. Hélas, elles sont tellement différentes qu'elles ne peuvent même pas comprendre qu'elles ne peuvent pas se comprendre. Un texte très réussi.

Et voilà, mes lectures de Sylvie Lainé sont terminées. Malgré une certaine perplexité de ma part face à de nombreux textes, essentiellement dans les deux premiers recueils, je dois dire que je suis tout à fait conquise par sa plume et ses récits. Je recommande!

Allez donc voir ailleurs si cette Sylvie y est!
L'avis de Lorhkan sur l'Opéra de Shaya
L'avis de Shaya sur Marouflages
L'avis de Tigger Lilly sur l'Opéra de Shaya
L'avis de Vert sur Marouflages et sur l'Opéra de Shaya

mercredi 21 juillet 2021

Je suis vivant et vous êtes morts (1993)

Chronique express!

Comme les habitués de ce blog l'ont sans aucun doute déjà constaté, j'adore Emmanuel Carrère, écrivain aussi brillant et passionnant que névrosé et lucide. Bien décidée à lire tout ce qu'il a publié, je me suis cette fois-ci penchée sur Je suis vivant et vous êtes morts, sa biographie de Philip K. Dick. Bien que je ne connaisse que modérément l'œuvre de cet écrivain, il m'a bien retourné le cerveau quand je l'ai lu. La rencontre entre le roi des névroses et le roi des faux-semblants était très prometteuse. Qu'en a-t-il été?

J'avais vu juste: cette lecture est haute en couleurs! D'une part, Carrère s'exprime avec sa verve habituelle, ce qui rend tout très dynamique et amusant. D'autre part, Dick était sérieusement barré, à tel point qu'il est difficile de décrire ses délires: théories du complot, fausses réalités, acide... Il vivait vraiment en dehors de la réalité consensuelle. Ses romans ne semblent être finalement qu'un avant-goût de ce qu'il se passait dans sa tête. Je me suis beaucoup marrée au début. On découvre aussi un homme fort peu agréable avec ses multiples compagnes successives. Et puis, j'ai un peu perdu le fil par manque de temps, et j'ai trouvé le dernier quart plus difficile à suivre. Peut-être que cette biographie aurait gagné à être un peu plus condensée. Quoi qu'il en soit, je la recommande sans hésiter, que vous appréciiez Dick ou pas. C'est vraiment quelque chose!

"[On] se disait, partagé entre le fou rire et l'inquiétude, que c'était bien du Phil Dick, cinglé comme ses livres et comme ses livres toujours passionnant."

Livres de Philip K. Dick déjà chroniqués sur ce blog

Livres d'Emmanuel Carrière déjà chroniqués sur ce blog

vendredi 16 juillet 2021

Hors-série Une Heure-lumière 2020

Chronique express!

Il est certainement superflu de présenter la collection Une Heure-lumière du Bélial', qui réunit des textes courts. Tous les ans, la maison propose un hors-série gratuit pour l'achat de deux livres. Découvrons ensemble l'édition 2020.

Les interviews
C'est ma profession qui est à l'honneur, puisque le Bélial' interroge les traductrices et traducteurs qui ont travaillé sur les vingt-six premiers tomes de la collection. Ce n'est pas tous les jours que les éditeurs nous donnent la parole, voire reconnaissent notre existence, donc c'est bien. Les entretiens sont fort intéressants et font découvrir et des méthodes et des ressentis très divers. C'est bien.

La nouvelle
Retour à n'dau de Kij Johnson, traduite de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel, met en scène une guérisseuse de chevaux dans un monde de steppes, que son peuple parcourt en continu de manière à toujours conserver son ombre à la bonne longueur. C'est n'dau, le lieu où on est sensé être, à la bonne distance du jour brûlant et de la nuit glaciale. Puis des étrangers font irruption, apportant la mort, et la guérisseuse est arrachée à tout ce qu'elle connaît. Le texte raconte ce chamboulement total de sa vie et la difficile reconstruction qui s'ensuit. Je ne peux pas dire que tout cela m'ait emballée outre-mesure, malgré la présence de chevaux; comme la Quête onirique de Vellit Boe, j'ai trouvé ce texte plaisant, mais il ne laissera pas de trace. Néanmoins, c'est un joli texte bien construit et l'autrice sait ce qu'elle fait.

Allez donc voir ailleurs si ce hors-série y est!
L'avis du Chien critique
L'avis de Lorhkan
L'avis de Vert
L'avis de Xapur

dimanche 11 juillet 2021

Freud. La guérison par l'esprit (1931)

Chronique express!

En 1931, Stefan Zweig publie un essai intitulé la Guérison par l'esprit, dans lequel il détaille les travaux de Franz-Anton Mesmer, Mary Baker-Eddy (fondatrice de la Science chrétienne 👀) et Sigmund Freud. Une manière de revenir sur trois méthodes qui obtiennent des résultats puissants en exploitant l'esprit humain. Cette édition de la Petite biblio Fayot reprend la partie consacrée à Freud, qu'elle complète par un article intitulé "Sur Malaise de la civilisation" et par le discours que Zweig a prononcé à l'enterrement de Freud.

En gros, il s'agit d'un résumé des travaux et du parcours de Freud. Zweig part de la situation de la morale et des mœurs, notamment sexuelles, au début du XIXe siècle (un chapitre d'une actualité incroyable), puis explique comment Freud a commencé à soupçonner le rôle du sexe, du plaisir et du refoulement dans les névroses qu'il traitait. C'est très bien écrit (ou mieux: c'est très bien traduit) et je pense que c'est une excellente porte d'entrée pour qui voudrait découvrir les notions freudiennes facilement. Pour ma part, ça a été  un très bon rafraîchissement – trois ans après avoir lu Cinq leçons sur la psychanalyse, je dois en effet avouer que j'avais tout oublié. Tout ça ne donne pas une image franchement exaltante de l'humanité, mais c'est justement ce que j'appréciais chez Freud quand j'étais ado: ce jusqu'au boutisme, cette volonté de voir et dire la vérité même si elle n'est pas flatteuse.

Le seul défaut que je vois à cet ouvrage est que Zweig est clairement un admirateur pleinement acquis à la cause de Freud, qu'il décrit comme un chercheur rigoureux et un bourreau de travail. Pour aller plus loin, il serait intéressant de lire un ouvrage plus critique. Je ne pense pas le faire, moi, mais il me semble indispensable de le préciser.

Pourquoi ce livre?
Parce qu'il a été traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, brillant directeur de l'École de traduction littéraire du Centre national du livre.

Autres livres de Stefan Zweig déjà chroniqués sur ce blog
Une histoire au crépuscule et Petite nouvelle d'été (1906)
Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme (1927)
Marie-Antoinette (1932)

Autres livres traduits par Olivier Mannoni déjà chroniqués sur ce blog
Schluss? de Walter Kempowski
Une Histoire au crépuscule et Petite nouvelle d'été de Stefan Zweig
Dictature 2. Quand la Chine espionne son peuple (et demain le monde) de Kai Strittmatter

mardi 6 juillet 2021

Les BD du deuxième trimestre 2021

Une fois de plus, retour sur les bandes dessinées du trimestre!

Message de service: ce billet ne contient pas de BD sur les chats, mais pas d'inquiétude: je n'ai pas été kidnappée. 😜

Sous terre de Mathieu Burnat (avec Marc-André Selosse comme conseiller scientifique) (2021)


Fatigué de régner sur le monde souterrain, Hadès organise un concours pour trouver son successeur. Les participants doivent explorer son royaume, le sol, et découvrir des éléments qui leur permettent de gagner des cartes. Ce contexte sert de prétexte à la présentation du sol, de ses habitants, de son rôle et de son fonctionnement, ainsi, hélas, que de sa dégradation sous l’effet de l’agriculture industrielle. Cette bande dessinée est une excellente source d’information et j’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur cet élément méconnu, mais vital, des écosystèmes terrestres. À la fin, un glossaire permet de récapituler les notions abordées. De la bonne vulgarisation à mettre entre toutes les mains.
Éditeur: Dargaud

Jamie Delano présente Hellblazer. Volume 1 de Jamie Delano (et de multiples dessinateurs), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse (2020)


Ce premier volume des histoires de Constantine scénarisées par Jamie Delano reprend le recueil Péchés originels, qui réunit les épisodes 1 à 9 de Hellblazer (1987-1988), et le recueil le Diable par la queue, qui réunit les épisodes 10 à 13 (1988-1989). J’ai déjà lu ces deux volumes, respectivement dans le premier et le deuxième volume de l’intégrale Jamie Delano publiée par Panini, dont je vous parlais le trimestre dernier. Toutefois, ils sont ici séparés par deux numéros de Swamp Thing, le 76 et le 77. Et c’est une excellente idée. En effet, ces deux numéros reprennent l’intrigue exactement là où s’arrête le numéro 9 de Hellblazer et nous mènent juste avant l’épisode 10. Si vous ne les lisez pas, vous n’avez pas l’histoire complète… Du coup, je comprends mieux une certaine perplexité de ma part face à l’épisode 10 lorsque j’ai lu l’intégrale Panini!
Même si je n’ai pas relu l’intégralité des deux recueils, les feuilleter m’a permis de me remettre l’histoire en tête et d’en tirer beaucoup plus de satisfaction. J’ai mieux cerné l’intrigue globale, qui a effectivement un certain corps quand on en prend connaissance en une fois, plutôt qu’en découpant la lecture comme je l’avais fait en mars.
Un regret, toutefois: Panini avait retouché les pages de titre de chaque numéro pour y insérer le nom du traducteur, qui figurait ainsi aux côtés du scénariste, du dessinateur, de l’encreur, etc. au début de chaque histoire. (Donc, dix fois par volume, oui, oui.) Chez Urban, il faut aller le chercher dans l’ours du livre, en tout petit et tout à la fin. 💔
Éditeur: Urban Comics

Sous les arbres. Tome 3 : Un chouette été de Dav (2021)


Après l’automne et l’hiver, le monde entier attendait avec impatience le printemps… Et pour une raison inexplicable, c’est l’été qui est arrivé. 🤣 Apparemment, le dérèglement climatique influence aussi le monde de l’édition. Quoi qu’il en soit, ce troisième tome est fidèle aux précédents et tout aussi adorable avec son vieil hibou agacé par deux petits écureuils et une petite souris qui jouent à la balle dans la mare en bas de chez lui. C’est à tomber de mignonnerie, je suis vraiment gaga. Mon préféré reste toutefois l’hiver, pour l’instant.
Une critique, toutefois: ça me laisse toujours perplexe, ces univers où il n’y a AUCUN personnage féminin… 🤷‍♀️
Éditeur: les éditions de la Gouttière

Jamie Delano présente Hellblazer. Volume 2 de Jamie Delano (et de multiples dessinateurs), traduit de l’anglais par Philippe Touboul et Jérémy Manesse (2022)


Ce deuxième volume des histoires de John Constantine scénarisées par Jamie Delano commence par Maudit Saint, le Hellblazer Annual numéro 1 (1989), et les deux numéros de The Horrorist (1995-1996), que j’ai déjà lus dans le deuxième volume de l’intégrale Panini. Puis on passe à la Fabrique de la peur, recueil réunissant les épisodes 14 à 22 d’Hellblazer (1988-1989). On a ici une histoire complète tournant autour d’un complot pour renverser le gouvernement grâce à l'invocation d'un démon particulièrement néfaste. Je n’ai pas compris la fin, à part que c’est la puissance primitive de la femme qui défait le mal. On termine le volume avec les numéros 23 et 24 (1989): le premier parle d’un personnage qui ne fait plus bien la différence entre le monde réel et le monde de la littérature, à tel point qu’il rencontre des personnages de roman, et le deuxième tourne autour d’un tueur en série.
Je ne peux pas dire que je sois très emballée par cette lecture; j’ai toujours du mal à lire les comics, et là, je trouve souvent les dessins hideux, et la multiplication des dessinateurs fait que j’ai du mal (ou plutôt: encore plus de mal que d’habitude…) à reconnaître les personnages d’un épisode à l’autre. Mais je persévère parce que j’aime bien l’ambiance punk, les textes un peu torturés et l’existence des démons.

Jamie Delano présente Hellblazer. Volume 3 de Jamie Delano (et de multiples dessinateurs), traduit de l’anglais par Philippe Touboul (2022)


Ce deuxième volume des histoires de John Constantine scénarisées par Jamie Delano comprend les numéros 28 à 40 de Hellblazer (1990-1991), puis le numéro 84 (1994), puis les quatre numéros de Hellblazer Special: Mauvais sang (2000), puis le numéro 250 de Hellblazer (2009). Les numéros 28, 29 et 30 complètent l’histoire du tueur en série qui avait commencé avec le numéro 24, compris dans le deuxième volume de cette intégrale. (Vous vous demandez où sont passés les numéros 25 à 27? Eh bien, moi aussi! 👀 Visiblement, ce n’est pas Jamie Delano qui les a scénarisés. En tout cas, on n’a pas besoin d’eux pour suivre l’histoire du tueur en série appelé le Père de famille.) J’ai bien aimé le numéro 31, dans lequel on apprend que Constantine a essayé de tuer son père à l’aide de la magie noire quand il était adolescent, le numéro 37, qui parle de masculinité toxique, et la série Mauvais sang, qui propose un thriller sur la famille royale britannique avec un ton et des dessins beaucoup moins torturés que le reste, voire pas torturés du tout. Sinon, j’ai toujours autant de mal avec les dessins en général, et les changements de dessinateur à chaque numéro, et je suis souvent restée perplexe ou j’ai été agacée par la capacité de Constantine à geindre sur son sort. Je continuerai néanmoins à lire Hellblazer, car on m’assure que les épisodes scénarisés par Azzarello sont supérieurs à ceux scénarisés par Delano. On en reparle dans trois mois!

jeudi 1 juillet 2021

La gamelle de juin 2021

Juin 2021: enfin, le retour au cinéma! 😃🤩

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Adieu les cons d'Albert Dupontel (2020)
Un film sympathique et drôle, mais poussif dans certains traits d'humour et facile à oublier. J'ai beau avoir vu peu de films de Dupontel, je l'ai connu plus inspiré.

Nomadland de Chloé Zhao (2020)
Frances McDormand est excellente, comme d'habitude, dans ce film qui parle de réalités sociales et économiques difficiles, de destins cabossés, de liberté et d'entraide. De quoi réfléchir à ses propres relations et ses propres choix. J'ai cru plusieurs fois, à tort, que le film était terminé, ce qui m'a donné au final l'impression bizarre qu'il était interminable, mais je recommande, même si je n'en resterai pas marquée de façon indélébile.

Basic Instinct de Paul Verhoeven (1992)

Une séance UGC Culte tout à fait torride (ok, ok, tout le monde l'a déjà faite, je sais). Sharon Stone est juste incroyable dans ce film; elle dégage un érotisme démesuré juste en étant là, entièrement habillée. Et elle joue dix personnages en un, Catherine Tramell étant tour à tour en pleine possession de ses moyens, joyeuse comme une enfant, désespérée, glaciale... Dingue. J'ai vu ce film quand j'étais ado et je réalise que je n'avais rien compris. Je pense, aujourd'hui, que c'est bien Catherine qui a tué, et que sa relation avec Nick tient sur le fait qu'il a, lui aussi, tué (et ça, que le gars était un tueur à répétition, m'avait totalement échappé à l'époque). Le film sexualise énormément les deux personnages féminins, mais montre aussi tout un tas d'hommes dominés par leur désir (la scène de l'interrogatoire: ils se décomposent tous sur place) et par une femme ultrapuissante (forte de son sex appeal, de son sang-froid, de son énorme cerveau et de sa fortune évaluée à cent-dix millions de dollars, rien que ça), ce qui me laisse penser que le réalisateur a une vision plus maline qu'un simple "oh, regardez, des nichons". Il y a aussi une scène de viol, et je n'avais pas compris que c'était un viol; Nick et Beth couchent ensemble, mais le premier, frustré, se défoule sur la deuxième, et leur rapport dégénère en moins d'une minute et devient horrible. La musique, enfin, joue beaucoup pour créer une ambiance sinistre. Bref, une vraie réussite, mais à réserver à un public aguerri, tant pour les scènes érotiques détaillées que pour quelques coups de pic à glace bien sanglants.

Un espion ordinaire de Dominic Cooke (2020)
Un bon film d'espionnage sur un commercial britannique qui a véhiculé des documents entre l'URSS et le Royaume-Uni. Les acteurs sont convaincants et, du peu que je peux en juger, les personnages russes parlent du vrai russe entre eux, ce qui est rarissime. Et puis, voir les gens se réunir pour suivre les discours de Kennedy pendant la crise des missiles de Cuba, ça permet de vachement relativiser l'angoisse que vous avez vécue en attendant l'annonce des résultats de la présidentielle américaine de novembre 2020, hein. 🤣

Du côté des séries

Loki – saison 1 (2021)

J'attendais avec grande impatience la série mettant en scène mon personnage préféré du MCU, l'excellent Loki incarné par Tom Hiddleston. Pas de bol, cette série repose essentiellement sur un truc que je déteste, à savoir le temps: linéarités temporelles multiples, voyage dans le temps, manipulation du temps. Merde. En plus, je trouve pour l'instant Loki assez tourné en ridicule. Je m'accroche et on en reparle le mois prochain.

Et le reste

Outre mon Cheval Magazine adoré, j'ai lu le numéro de février de Science & Vie, qui consacrait un dossier à la façon dont les dinosaures ont tiré parti de graves crises écologiques (ou plutôt: la façon dont de graves crises écologiques ont favorisé l'essor des dinosaures). Intéressant, bien sûr, mais j'ai retrouvé tout ce que je n'aime pas dans la manière dont les articles sont rédigés (un certain sensationnalisme, l'affirmation permanente que tel ou tel truc est une avancée majeure...). J'espère que Epsiloon, mensuel lancé en juin par de nombreux journalistes ayant claqué la porte de S&V, sera de meilleure facture.


samedi 26 juin 2021

L'Hiver de la sorcière (2019)

Après l'Ours et le rossignol et la Fille dans la tour, place au dernier tome de la trilogie d'une nuit d'hiver de Katherine Arden! 😍

L'histoire reprend au lendemain de la fin du tome deux. Moscou est en piteux état, et, bien sûr, je ne peux pas vous dire pourquoi, sinon je vous révèle la fin du tome deux. Disons simplement cela, qu'elle est en piteux état, et que Vassia, notre protagoniste, y est grandement pour quelque chose. Elle a agi au mieux, évidemment, elle n'a pas mis Moscou dans cet état exprès. Mais c'est quand même un peu sa faute. Et même si personne ne le sait, quoi de plus pratique que d'avoir une sorcière en ville pour réunir la population mécontente et bouleversée? Rien, évidemment. Surtout pour l'odieux moine Konstantin. Eh oui, il est toujours là et il est toujours détestable, même s'il évolue dans ce roman...

Bref, Vassia finit en mauvaise posture, mais elle réussit à se libérer grâce à ses pouvoirs magiques, qu'elle découvre à peine, et s'enfuit dans la Minuit, une sorte de contrée magique, accessible à ceux qui savent qu'elle est là et invisible aux autres, où l'on peut voguer à travers toutes les minuits du monde. Elle pourra reprendre des forces à l'abri, découvrir la vérité sur ses origines et se mettre en quête du roi de l'hiver, Morozko...

Entre monde magique et Rus' réelle, Vassia rencontre de nouveaux personnages, tisse des alliances, prend des décisions difficiles et, toujours, est prête à payer de sa personne s'il le faut. C'est une véritable héroïne, au sens le plus noble du terme: la personne qui est prête à se sacrifier ou à prendre des risques pour elle-même, qui continue à aller de l'avant même quand elle n'a plus de forces. Alors, elle peut être un peu agaçante par moments, avec son côté tétu, mais c'est très léger, et en fait ça contribue en fait à en faire un être humain normal, juste une personne avec ses failles et ses sentiments et ses peurs et ses doutes et ses amours. Son frère Sasha, le moine guerrier, est également présent et est, lui aussi, très nuancé. Au final, comme je l'ai dit plus haut, même Konstantin évolue. Et même l'Ours, le borgne qui donne son nom au premier tome, se révèle plus subtil qu'on ne le croyait. Une chose est certaine: Katherine Arden sait créer ses personnages...

Des personnages riches, une magie subtile et puissante à la fois, un univers féérique à tomber, des chevaux sublimes, un message résolument positif... Et la cerise sur le gâteau: une fin dotée d'un souffle épique non négligeable... Et le tout, toujours porté par une belle traduction de Jacques Collin, qui a vraiment su trouver un ton qui colle à l'univers, avec une rédaction simple et soignée à la fois, dans laquelle les mots russes s'insèrent le plus naturellement du monde... Mais quel beau voyage, mes amis! Un vrai plaisir de lecture!

Allez donc voir ailleurs si cet hiver y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Lhisbei
L'avis de Vert
L'avis de Yuyine

lundi 21 juin 2021

Espaces insécables (2008)

Après le Miroir aux éperluettes, je poursuis ma découverte de Sylvie Lainé avec ce deuxième recueil, qui est sorti en 2008 et réunit six textes parus entre 1985 et 2008. Comme pour le précédent, ce n'est pas encore le coup de foudre, car j'ai l'impression de passer à côté de beaucoup de choses. Les textes sont soignés, ça se sent, et Sylvie Lainé a des choses à dire; mais il me semble qu'il y a presque autant d'implicite que de propos clairement formulés et que cet implicite reste très flou pour moi. Mais voyons cela de plus près...

Carte blanche (1985) nous fait découvrir un vaisseau où la vie est régulée, dans une certaine mesure, par des cartes: chaque habitant reçoit des cartes qui lui indiquent quelles actions entreprendre. Par exemple, si vous avez la carte Duel, vous devez vous battre – libre à vous de choisir avec qui et par quel moyen. C'est très intéressant et il y a des répliques toutes faites dignes d'un slogan politique, mais je n'ai pas bien cerné la motivation du personnage. Ce texte a reçu le prix Septième continent en 1986.

Le chemin de la rencontre (1985) suit les recherches d'un homme sur une planète peuplée d'étranges êtres qui vivent en symbiose avec des créatures s'exprimant par l'odeur, où il essaye de retrouver sa coéquipière, disparue depuis peu. Je n'ai pas du tout compris la question de la dernière phrase, du coup je pense que j'ai raté quelque chose...

Partenaires (1985): Bon, là, je n'ai vraiment rien pigé, à part la référence aux Trois Mousquetaires.

Le Passe-Plaisir (1986) nous fait voyager en l'an 1100, époque à laquelle l'humanité consomme librement des passe-plaisirs, des dispositifs permettant d'associer le plaisir (pas forcément au sens sexuel) à des objets donnés. Vous pouvez ainsi vous découvrir une passion pour les araignées, par exemple. On est en compagnie d'un couple: une femme de l'époque et un homme provenant du passé, qui n'adhère pas du tout à ce concept. C'est très intéressant; comme dans Carte blanche, la construction d'univers est très réussie pour un texte si bref. Mais là aussi, la fin m'a laissée perplexe...

Définissez: priorités (2000) met en scène deux scientifiques qui échangent par écrit. Il y a tout un truc sur la télépathie et la musique que je suis incapable de vous décrire, mais le vrai propos du texte est ailleurs ([divulgâcheur] c'est une histoire d'amour brisé avant même de naître [fin du divulgâcheur]). C'est très bon.

Subversion 2.0 (2008) est une histoire de double très réussie qui m'a beaucoup parlé.

Le thème de ce recueil est le choix: comment agir face à telle situation, à qui s'allier, comment mener sa vie. Même si je n'ai pas tout capté aux quatre premiers textes, je reconnais à Sylvie Laine une vraie maîtrise de son art. Et les deux derniers textes, eux, m'ont emballée. Je poursuivrai donc ma lecture avec entrain, puisqu'il me reste deux recueils à lire.

Allez donc voir ailleurs si ces espaces y sont!
L'avis de Vert

mercredi 16 juin 2021

Mon évasion (2008)

Il y a quelques mois, la rediffusion d'un épisode du podcast le Book Club consacré à l'autrice et illustratrice Diglee a ravivé mon intérêt pour Benoîte Groult, écrivaine venue au féminisme assez tard dans sa vie, à la cinquantaine passée. J'ai donc souhaité lire Mon évasion, son autobiographie, et j'ai eu la chance d'être en bonne compagnie, puisque cette lecture s'est faite avec Shaya! 🤩

Elle a le prénom... Elle a le nom...
Et elle a le staïleuh!! 🤩

Mon évasion est, comme je le disais, une autobiographie. Benoîte Groult retrace donc sa vie, depuis son enfance et son adolescence à Paris, avec des parents plutôt "éclairés", jusqu'à ses différents mariages et son œuvre littéraire. C'est très intéressant car 1/ elle est extrêmement lucide dans sa description des rapports de force homme-femme et 2/ elle n'a pas sa langue dans sa poche. L'âge y est pour quelque chose; ce livre est sorti quand elle avait 88 ans, ce qui donne sûrement un peu de recul sur les choses de la vie. Comme elle le dit dans sa préface, elle a écrit "avec la franchise et l'insouciance que seul l'âge peut conférer".

Dans sa jeunesse, elle a bien senti une différence de traitement entre hommes et femmes, mais sans l'exprimer et sans l'intellectualiser énormément. On sent plutôt un ressenti obscur et imprécis, qu'elle exprime avec beaucoup de lucidité mais grâce au recul du temps. Néanmoins, elle a mené sa vie en bonne partie comme elle l'entendait, par exemple en divorçant à une époque où la chose était beaucoup plus rare qu'aujourd'hui. Quand elle s'est mise à l'écriture, elle a d'abord écrit à quatre mains avec sa sœur, puis elle s'est embarquée dans un essai féministe, Ainsi soit-elle (que ce serait vachement bien que je lise aussi...).

Certains chapitres centrés sur des périodes très précises, comme un séjour de ses petites-filles durant des vacances scolaires, sont moins intéressants et nets dans leur objectif, mais ils sont largement compensés par les autres chapitres sur sa vie et, surtout, par deux chapitres reprenant un long entretien avec la journaliste Josyane Savigneau. Là, c'est du beau niveau, la pensée est acérée, NUANCÉE et COMPLEXE, un truc que je trouve de plus en plus précieux à l'ère des réseaux sociaux et de leurs phrases-choc destinées à faire réagir sous le coup de l'émotion. Même les questions de la journaliste sont longues et articulées, c'est formidable.

Un seul regret pour ce bouquin: lorsqu'elle évoque son passage dans une émission de Bernard Pivot, qui ne s'est pas bien passé pour elle, Benoîte Groult dit que "Cavanna et Jean Vautrin [...] n'étaient pas venus pour me défendre". Je me fous totalement de Jean Vautrin, dont j'ignorais l'existence et que j'ai dû wikipédier pour savoir de qui il s'agit, mais j'adore Cavanna et cette petite phrase m'a attristée. Je ne veux pas chercher cette émission sur le net parce que je ne veux pas voir un écrivain que j'adore, et qui parle à tout va de fraternité entre humains dans ses bouquins, avoir un comportement déplacé/inique/moqueur/quesaisje face à une écrivaine féministe et un présentateur qui la met en difficulté. 💔

Allez donc voir ailleurs si cette Benoîte y est!
L'avis de Shaya

vendredi 11 juin 2021

The Horror at Red Hook (1927) + The Call of Cthulhu (1928)

De temps en temps, il est bon de revenir aux sources et de relire des textes fondateurs – soit de la littérature de manière générale, soit de ma petite personne en particulier. Comme ma pile à lire contient fort peu de livres en anglais depuis le début de l'année, je me suis offert le plaisir de relire du Lovecraft...

The Horror at Red Hook (1927)

J'avais déjà lu ce texte il y a plusieurs années, vu qu'il est présent dans un des recueils que j'ai lus, mais je n'en avais aucun souvenir. Je l'ai relu exclusivement pour des raisons politiques, à savoir que la nouvelle la Ballade de Black Tom de Victor Lavalle, publiée par le Bélial' dans la collection Une Heure-lumière, retourne le racisme que Lovecraft exprime ici. (Je n'ai pas lu le texte en question, mais tous les blogueurs qui l'ont chroniqué en ont parlé.) Je voulais voir si c'était vraiment si raciste que ça et si ça justifiait d'en écrire une autre version.

Dans le texte de Lovecraft, on accompagne Thomas F. Malone, un policier new-yorkais qui enquête sur les agissements d'un certain Robert Suydam. Ce dernier n'a pas forcément commis de crime bien identifié, mais il semble toucher à des pratiques occultes fortement douteuses importées d'Europe par des immigrés tout aussi douteux.

The Horror at Red Hook se lit bien et les chapitres mettent en place l'intrigue de manière progressive, avec cette enquête qui touche du bout du doigt des pratiques abominables (enlèvements, messes noires, usage de sang humain...). Hélas, on est un peu dans ce qui fait la limite de Lovecraft: on ne voit pas grand-chose, puisque quiconque VOIT ne veut surtout rien DIRE, donc on reste un peu sur sa faim... Je me suis donc pas étonnée d'avoir complètement oublié ce texte au fil des ans!

Côté racisme, eh bien oui, Lovecraft ne tient pas en haute estime les immigrés du quartier de Red Hook. Quand je disais "des immigrés tout aussi douteux" ci-dessus, ça voulait dire "des gens pas blancs": des noirs, des arabes, des kurdes, des gens de lieux indéfinis en Asie centrale... Ils ont des mines patibulaires et ils adorent le diable. Bon, moi je suis du clan "à l'époque, les trois quarts des gens pensaient ça" (une idée confortée par ma lecture de l'Orda, un bouquin sur l'émigration italienne), donc je ne serais pas allée réécrire le même texte du point de vue d'un noir, mais soit, toutes les raisons sont bonnes pour écrire une lovecrafterie, et je suis maintenant curieuse de voir ce qu'en a fait Victor Lavalle.

The Call of Cthulhu (1928)

Dans la foulée, j'ai relu LE texte le plus célèbre de Lovecraft. J'ai découvert au passage que j'ai dû le lire plus de fois que je ne le pensais, car je retrouvais des souvenirs de lecture assez frais au fur et à mesure, alors que je pensais ne l'avoir lu que deux fois. Bref, pas sûre qu'il y aura une énième relecture à l'avenir.

Cthulhu est super bien construit et c'est, je pense, ce qui fait sa force. On a un narrateur à la première personne, qui nous plonge d'abord dans les papiers de feu son grand-oncle, puis on remonte dans le temps, vingt ans plus tôt, pour découvrir le récit de l'inspecteur Legrasse, puis on lit le récit d'un certain marin qui a "vu des choses"... Ce procédé qui, en soi, a déjà été fait des tas de fois (coucou Maupassant et ton narrateur qui raconte l'histoire d'un autre narrateur qui raconte une histoire!), est super utile ici car il permet de faire deviner les ramifications immenses de ce culte tentaculaire (ah, ah! 🦑🐙), que l'on retrouve aussi bien au cœur du bayou aux États-Unis qu'au Groenland. Plus que les tentacules, c'est la présence insoupçonnée de choses gigantesques pendant des laps de temps complètement différents de l'échelle humaine qui fait tout le sel de Lovecraft. Et de ce point de vue, l'Appel de Cthulhu est juste exemplaire. En plus, il est raconté à la première personne, la première phrase est cultissime et la fin ([divulgâcheur] le narrateur qui annonce qu'il va forcément crever maintenant qu'il A VU [fin du divulgâcheur]) est tout à fait classique chez cet auteur. Bref, si vous devez lire un seul texte de Lovecraft dans votre vie, lisez celui-ci.

Un retour en terres lovecraftiennes fort agréable, en définitive.

dimanche 6 juin 2021

La Bête humaine (1890)

En voiture! Le dix-septième tome des Rougon-Macquart est prêt pour le départ! Embarquez à bord de la Bête humaine et découvrez les pires pulsions meurtrières de l'humanité...


L'intrigue
Roubaud, sous-chef de gare au Havre, pète complètement les plombs en apprenant que sa femme Séverine a été abusée depuis ses quinze ans par un riche bourgeois très influent au sein de la société ferroviaire de l'Ouest, le président Grandmorin. Après avoir roué Séverine de coups, Roubaud l'oblige à écrire à Grandmorin afin d'appâter celui-ci dans le train au bord duquel ils comptent quitter Paris pour rentrer au Havre. Ce même soir, Jacques Lantier erre comme une âme en peine le long de la voie ferrée allant de Paris au Havre, désespéré par les pulsions meurtrières qui s'éveillent en lui dès qu'il approche d'une femme. Et quand un train passe en coup de vent, il aperçoit, un bref instant, un homme qui en égorge un autre.

Meurtre à destination du Havre
Après avoir lu les deux premiers chapitres du roman, le lecteur n'a pas besoin de beaucoup réfléchir pour comprendre que c'est Roubaud qui a égorgé Grandmorin. Ce qui est intéressant, c'est comment la vérité va éclater (ou pas) et comment les personnages vont interagir entre eux. L'enquête est confiée au juge d'instruction Denizet, qui y voit l'opportunité tant attendue de faire évoluer sa carrière. Dès le début, toutefois, Zola nous laisse douter de l'efficacité de ses recherches: le président Grandmorin ayant été un monsieur très influent et ayant eu pas mal d'histoires douteuses avec des mineures, Denizet est prié de trouver le coupable mais surtout de le faire valider par les autorités parisiennes avant de l'arrêter, de peur d'éclabousser toute la bonne société. 🤣
Fatalement, les Roubaud rencontrent Jacques au cours de l'enquête et, même si celui-ci se déclare incapable de donner une description nette du meurtrier, ils ont extrêmement peur qu'il les dénonce. Pour l'amadouer, Roubaud n'hésite pas à envoyer sa femme en émissaire.

Adultère sur toute la ligne
Évidemment, Séverine prend son rôle très à cœur et finit par tomber dans les bras de Jacques, celui-ci étant tombé amoureux en deux temps trois mouvements, bien plus vite qu'elle. Par chance, en effet, il peut la toucher sans avoir envie de la tuer, elle! Ça colle donc parfaitement bien entre eux, d'autant que le ménage Roudaud part totalement en vrille après le meurtre; Roubaud passe son temps à jouer, laissant Séverine libre de vivre sa vie. En plus de celle-ci, il y a deux autres histoires d'adultère dans le roman: Pecqueux, le chauffeur de Jacques à bord de la Lison, a une femme à Paris et une au Havre, que son frère assomme de coups à chaque fois qu'il lui surprend un amant; et une des femmes habitant la gare du Havre espionne une voisine pour découvrir sa liaison. (En vain, héhéhé.)

Nous sommes tous des meurtriers
Mais beaucoup plus que d'adultère, ce roman parle de meurtre. Zola propose une densité de meurtriers assez déroutante. Je pense qu'on a tous plus ou moins envie de tuer quelqu'un à un moment donné dans sa vie, mais là, tout le monde passe à l'acte. Roubaud tue dès le début sous le coup de la colère. Au chapitre 2, Phasie, la tante de Jacques, annonce à son neveu que son mari l'empoisonne à petit feu. Plus loin, on verra d'autres personnes passer à l'acte, mais je ne dis rien pour ne pas vous gâcher votre plaisir... Il y a tout un délire sur la pulsion de meurtre, transmise de génération en génération depuis des temps immémoriaux; c'est cela, la bête humaine que Jacques sent enfler en lui. Il est aussi très intéressant de voir combien les personnages qui veulent tuer se trouvent des excuses pour le faire et s'arrangent exactement comme ils le veulent avec leur conscience. 👀

La Lison
La Bête humaine est très connu en raison des passages ferroviaires et de la Lison, la locomotive que conduisent Jacques et Pecqueux. Il faut attendre un peu, la Lison ne faisant son apparition qu'au chapitre 5, mais ça en vaut la peine! Tous les passages sur les trains et les gares sont très beaux et, évidemment, bien documentés. Il faut aussi citer toute la personnification de la Lison, qui, loin d'être une simple machine, a une véritable âme et est sans cesse comparée à une femme ou bien à un cheval, à tel point qu'elle a droit à une scène d'agonie pratiquement émouvante lors d'un accident ferroviaire spectaculaire.

Une ironie mordante
Comme d'habitude, Zola ne fait pas dans le monochrome et ne se contente pas de causer meurtre et trains; il glisse aussi beaucoup d'ironie dans ses pages, notamment grâce au chapitre 11, un immense foutage de gueule du juge d'instruction Denizet, qui a monté tout un échafaudage de pure logique pour inculper le meurtrier de Grandmorin... et qui a tout faux!! C'est juste beau.

Une fin à toute vapeur
Les deux ou trois dernières pages m'ont semblé particulièrement spectaculaires, avec un train fou qui traverse les gares et la campagne en traînant derrière lui des soldats qui ne se doutent de rien. Une image inoubliable de la folie de la guerre qui engloutira le Second Empire...

Allez donc voir ailleurs si cette bête y est!
L'avis de Tigger Lilly, ma camarade de relecture

mardi 1 juin 2021

La gamelle de mai 2021

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois dernier.

Point info pour moi-même (pour m'en souvenir le mois prochain): je laisse tomber la recherche d'images, je ne trouve jamais ce que je veux et tout s'enregistre sous des formats improbables que je ne peux pas exploiter ici... 😕

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Rien. Les cinémas ont rouvert. Mais je n'y suis pas encore allée. La faute aux vacances, au travail, à la flemme, à la programmation...

Du côté des séries

Carnival Row de René Eschevarria et Travis Beacham – saison 1 – 2019

Alors eux... 😍

Une belle découverte pour cette série que j'ai regardée essentiellement parce que Orlando Bloom (🤩🤩). Je ne pense pas qu'elle soit au niveau des mastodontes du format, comme Game of Thrones ou, dans ce que je connais, l'exceptionnelle première saison de True Detective; mais si vous survivez à l'histoire d'amour mièvre et trop rapide pour être crédible de l'épisode 3, c'est un beau moment! L'univers du Burgue, ville humaine où se sont réfugiées de nombreuses créatures féériques après une défaite militaire, est extrêmement bien rendu; il s'agit essentiellement d'une ville victorienne, mais avec son fonctionnement politique, sa religion, ses règles, etc. C'est une très belle création d'univers et, pour une fois, ce n'est pas une adaptation mais une création originale! Les costumes et les ambiances sont également très beaux, et les personnages prennent progressivement du relief, jusqu'à vous laisser sur une fin plutôt haletante qui donne fortement envie de savoir ce qu'il adviendra de Carnival Row, le quartier des peuples féériques, dans la deuxième saison. Ajoutez à cela que les femmes, malgré qu'elles évoluent dans une société qui ne leur semble pas favorable, sont maîtresses de leur destin, qu'Orlando Bloom est toujours aussi séduisant, que plein de personnages humains et non humains sont joués par des acteurs noirs sans que la chose n'ait la moindre importance et qu'on retrouve Indira Varma, que je n'ai pas revue depuis Rome, et vous comprendrez que je recommande chaudement.

Love Death + Robots – saison 2 – 2021

Deux ans après une première saison très réussie, cette deuxième saison m'a laissée sur ma faim. Bien sûr, il est impossible de trouver tous les épisodes aussi bons les uns que les autres quand on change totalement d'histoire, d'univers et de dessin d'un épisode à l'autre, mais là, bon, je n'ai pas sauté au plafond. En même temps, la première saison avait mis la barre très haut... Mes épisodes préférés: l'aspirateur tueur et l'histoire de Noël. Celui que je n'ai pas du tout aimé: les baleines extraterrestres, même si, en fait, les baleines étaient superbes.
PS: Il n'y a pas de chat et ça, c'est nul.

Et le reste

Outre mon Cheval Magazine habituel, j'ai lu un ancien numéro de la revue Books, qui allie chroniques de livres, dossier thématique et extraits traduits, et, surtout, j'ai lu le Bifrost numéro 102, dont le dossier est consacré à Arthur C. Clarke. Ce fut une lecture fort agréable, comme toujours, même si j'ai eu l'impression d'avoir lu chez eux des dossiers plus fouillés et que je n'adhère pas à 100% à l'idée de choisir la nouvelle l'Étoile pour faire découvrir l'auteur au public. Quelques chroniques m'ont paru virulentes (en même temps, quand on voit qui les a rédigées...) et les femmes sont toujours aussi rares: une traduction signée Michelle Charrier et quelques chroniques signées Stéphanie Chaptal et Karine Gobled. Ça m'énerve tellement venant d'un éditeur qui se positionne du côté progressiste de l'échiquier politique, ça m'énerve, ça m'énerve... 🤷‍♀️