dimanche 5 novembre 2017

Le Ventre de Paris (1873)

Après La Fortune des Rougon et La Curée, Tigger Lilly et moi avons continué notre relecture des Rougon-Macquart d'Émile Zola avec Le Ventre de Paris, le roman des Halles à l'époque où elles étaient le marché central de Paris.


Plus d'un mois après avoir terminé ma lecture, mes souvenirs se sont largement estompés, mais j'ai heureusement nos échanges de mail pour me rafraîchir la mémoire!

L'intrigue
On suit le parcours de Florent, évadé du bagne qui revient à Paris en 1858 après des années d'absence. Il a été déporté alors qu'il n'avait pas participé à l'insurrection de 1851 contre le coup d'État de Bonaparte et est donc extrêmement remonté contre le Second Empire. Il retrouve son frère Quenu, qui tient une charcuterie prospère avec sa femme Lisa, fille d'Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan et sœur de Gervaise, célèbre héroïne de L'Assomoir. Idéaliste et naïf, la tête pleine d'idées sur la liberté, Florent peine à trouver sa place dans cette société consacrée tout entière à l'engraissement et se tourne assez rapidement vers un petit groupe de contestataires qui se réunit dans le café à côté de la charcuterie.

Les personnages
Florent est donc le personnage principal, mais le roman met aussi beaucoup en avant Lisa, une figure de "brave femme" à la moralité parfois un peu arrangeante: c'est le genre de personne fondamentalement honnête, qui n'irait jamais voler mais qui sait fermer les yeux si son bien-être est menacé ou perturbé. Fondamentalement, ce qu'elle veut, c'est qu'on la laisse tenir un commerce prospère. (Je me suis pas mal reconnue dans ce personnage, mon objectif dans la vie étant depuis des années de gagner de l'argent pour monter à cheval, dans l'indifférence pratiquement absolue des problèmes de la société et du monde.) Elle a aussi un sacré caractère et est clairement la cheffe du foyer, Quenu étant un peu bête et mou (gentil aussi, hein, fondamentalement, mais peu porté à voir plus loin que le bout de son nez).
Par ailleurs, on a toute une galerie de personnages qui gravitent autour de la famille. Certains sont abjects, comme l'horrible mademoiselle Saget qui précipitera la chute de Florent, d'autres sont variables, comme la belle Normande. Claude Lantier est un artiste qui plane un peu, madame François est le seul personnage réellement positif (c'est-à-dire bon, bienveillant et lucide à la fois; Florent est certes bon et bienveillant mais il est tellement incapable de voir ce qu'il se passe autour de lui que je ne peux pas le considérer réellement comme positif).

Les gros et les maigres
À quelques rares exceptions près, ces personnages se répartissent dans deux catégories, les gros et les maigres. Bien sûr, on peut être maigre physiquement et appartenir à la catégorie des gros, c'est plutôt une histoire d'appétit et de relation aux autres. Cette notion est liée à celle de...

...la bouffe!
Le marché des Halles est un immense étalage de bouffe, un édifice de verre et d'acier qui abrite des montagnes de victuailles dans des pavillons dédiés (la halle au blé, la halle de la poissonnerie...). Les tas de navets s'effondrent, les fromages puent, les animaux en cage pullulent, les poissons étincèlent.... Il y en a PARTOUT, à tel point qu'on frôle l'indigestion en lisant, et tout le monde mange et se gave dans une allégorie de la soif de richesses du Second Empire, déjà montrée du doigt avec l'or de La Curée.
"Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de céleris, de poireaux, semblaient rouler lentement et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille."
Les Halles sont vivantes et font partie intégrante de l'intrigue; c'est un univers à part avec ses propres règles.

Une fin quelque peu désolante
Le roman se termine sur une fin moins sanglante que La Fortune des Rougon et moins abrupte que La Curée, mais il n'en est pas moins désolant et révoltant puisqu'il met en scène, une fois de plus, la victoire des méchants ou des pas-très-sympas... [Attention divulgâcheur] Florent a été largement manipulé par certains de ses "camarades" et la police l'a utilisé comme instrument bien pratique pour détourner l'attention du public d'une loi fort impopulaire que le gouvernement avait du mal à faire passer. Il repart au bagne et la vie reprend son cours habituel, comme si de rien n'était, entre les étals de nourriture des Halles... [Fin du divulgâcheur] Mais cela ne signifie pas que le roman n'est pas bon; c'est un excellent Zola qui mériterait d'être plus connu.

Le petit truc à retenir en plus
Zola est un écrivain d'une modernité étonnante; il vivait déjà dans le même monde largement urbain et industrialisé que nous et ses réflexions sociales sont d'une actualité absolue. J'adore! 😍

Prochaine étape: La Conquête de Plassans.

Allez donc voir ailleurs si ce ventre y est!
L'avis de la petite marchande de prose
L'avis de Tigger Lilly

4 commentaires:

  1. Bien résumé toute la richesse de ce roman.
    Il va falloir que j'écrive ma chronique maintenant :p

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    1. Est-ce que l'effervescence des Utopiales t'a remise dans le bain du blog? :)

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  2. Je me décide à m'exprimer, ayant découvert le blog, il y a peu. Je n'ai pas la chance de lire en VO, je dois donc beaucoup aux traducteurs :). C'est plaisant de croiser des classiques parfois sur les blogs. Nous nous retrouvons aussi pour les chroniques cinéma.

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    1. Bienvenue Marilyne et merci pour ton mot! :) Je suis ravie de voir ces petits points en commun. Je vais venir explorer plus longuement chez toi demain. :)

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