jeudi 16 avril 2026

Poil de Carotte (1894)

Chronique express!

Stupéfaction totale en lisant Poil de Carotte de Jules Renard, que j'ai trouvé dans l'entrée de mon immeuble: je croyais qu'il s'agissait d'un roman pour enfants sur un petit garçon turbulent mais amusant, et je me suis retrouvée avec une succession d'actes de maltraitance! 😱😱

Au fil de chapitres extrêmement courts, qui ne font souvent qu'une page, on voit en effet le quotidien épouvantable d'un enfant brimé par toute sa famille. Certaines piques peuvent prêter à sourire, mais d'autres situations sont simplement horribles. Par exemple, on l'oblige à achever les oiseaux ramenés vivants de la chasse même s'il ne le veut pas le faire (et ceux-ci se débattent pour ne pas mourir, évidemment), ou bien sa mère l'enferme sans pot de chambre la nuit et il n'a d'autre solution que de faire ses besoins par terre (et, le lendemain, elle l'affiche devant tout le monde en plaçant un pot de chambre sous le lit au dernier moment et en le traitant de malpropre 😱😱). Parfois, Poil de Carotte est lui aussi sournois ou affreux, mais on comprend mieux qu'il se comporte ainsi après de telles expériences... La notice bibliographique présente en fin d'ouvrage affirme que Jules Renard s'est inspiré de sa propre enfance. Sympa! 😵‍💫

Sur la forme, j'ai été étonnée aussi: outre que les chapitres sont minuscules, le récit prend parfois la forme de didascalies de théâtre avant de repasser au dialogue classique au sein d'une même conversation. C'est très étrange.

Fun fact: cette édition de 1996 était publiée par les éditions Carrefour (comme le supermarché, oui oui) et coûtait dix francs. Un vrai voyage dans le temps.

samedi 11 avril 2026

Les BD du premier trimestre 2026

Du point de vue graphique, 2026 a mal commencé: pas la moindre bande dessinée en janvier, ni en février. En mars, heureusement, j'ai réussi à lire quelques mangas.

J'espère lire plus de choses au deuxième trimestre. (Mais n'est-ce pas ce que nous disons toutes et tous, tout le temps? 😉)

Tokyo, ces jours-ci de Taiyô Matsumoto, traduit du japonais par Thibaud Desbief (2024-2025)

Une série complète en trois tomes qui suit un éditeur de manga après qu'il a démissionné de sa maison d'édition, ainsi que plusieurs autres éditeurs et plusieurs auteurs avec lesquels il interagit. C'est un aperçu intéressant du monde du manga, mais j'ai trouvé le dessin très moche et je n'ai pas tout suivi aux problèmes et aux pensées des personnages. Baroona en dit du bien, quoique brièvement.
Éditeur: Kana

Cats and Dragon de Amara (scénario), Izumi Sazaki (dessin) et Mai Okuma (character design), tomes 1 et 2, traduits du japonais par Aurélie Lafosse-Marin (2018)

Merci, Baroona, de m'avoir informée de l'existence de cette série qui réunit deux de mes animaux préférés dans un univers de fantasy médiévalisante très à mon goût! C'est mégamignon et je me suis régalée. Et dire que mon libraire personnel ne m'avait rien dit... 😱😱 Il y a douze tomes au Japon et le troisième sortira en France en mai. Je suis joie!
Éditeur: Doki Doki

lundi 6 avril 2026

La gamelle de mars 2026

Le mois de février m'a semblé passer à une vitesse particulièrement vertigineuse, et, dans mon bilan mensuel, je me suis longuement plainte, en gros, de "n'avoir eu le temps de rien".

En mars, les choses m'ont semblé plus normales. En fait, je "n'ai eu le temps de rien" non plus, mais ça m'a semblé la vie d'adulte habituelle. Et pourtant, j'ai fait encore moins de choses: de nouveau, je ne suis allée au cinéma qu'une fois (et pour un film que je n'ai que peu apprécié, en plus!), et, outre Cheval Magazine, j'ai lu une seule et unique revue, alors que j'en avais lu trois en février.

Qui sait pourquoi, les deux mois ne me dépriment pas de la même façon. 🤷‍♀️

Sur petit écran

Toujours rien.

Sur grand écran

Is This Thing On? de Bradley Cooper (2025)

L'histoire d'un homme qui se met à faire du stand up alors qu'il navigue en pleine séparation n'a, en soi, rien pour m'attirer particulièrement. Mais ce film compte Laura Dern au casting, et j'adore Laura Dern. (Pour Jurassic Park, évidemment. Je suis un gros cliché, je sais.) Donc, j'ai fait l'effort.

Je n'ai pas du tout aimé la manière dont l'histoire est filmée, et je me suis sentie très éloignée des problèmes des personnages, qui sont parents et vivent avec une aisance financière immensément supérieure à la mienne. Mais pour en tirer tout de même du positif, je trouve qu'il saisit assez bien une forme de spontanéité imparfaite du monde. Pour qu'un couple rompe, il n'y a pas forcément besoin de grands discours; quelques phrases prononcées dans la salle de bain, en se regardant dans le miroir au lieu qu'en face à face, peuvent suffire. Et les bons moments entre amis ou amants, parfois, c'est juste mettre la table du petit déjeuner en fredonnant la même chanson. À noter également: le film met en scène l'extraordinaire Ciaran Hinds, que je n'avais pas vu depuis des lustres. 💞💞

Et le reste

J'ai récupéré pas mal de vieux numéros de La Croix Hebdo auprès d'une amie et j'ai lu celui des 11-12 decembre 2021, qui consacrait son dossier au lancement du télescope James Webb. Comme toujours, c'était très intéressant, très bien rédigé et très réconfortant tant ils mettent l'accent sur la culture, le savoir et le lien humain. 🥹

Tout à la fin du mois, j'ai lu mon Cheval Magazine habituel, qui était augmenté du programme officiel du Printemps des sports équestres. Les interviews se répètent un peu, à dire que c'est un rendez-vous incontournable de la quête d'excellence, mais ça donne envie. Diable, si j'avais du temps libre et/ou un pognon de fou (car le pognon, ça donne du temps libre...), j'irais passer une semaine tranquille à regarder du dressage à Fontainebleau!

mercredi 1 avril 2026

Noon. La première ou dernière (2023)

Il y a quelques mois, le roman Noon du Soleil noir de L. L. Kloetzer m'a mise dans un état second proche de l'hystérie et a donné lieu à de touchantes propositions de cadeaux, puisque pas moins de trois personnes m'ont proposé de m'offrir un ou plusieurs tomes de cette trilogie. 🤩🤩🤩 Me revoici aujourd'hui avec le deuxième tome, qui m'a été offert par notre Vert nationale.

BON BEIN SANS SURPRISES J’AI ADORÉ C’ÉTAIT TROP BIEN.

Voilà.

Pour développer tout de même un chouïa plus, je vous dirai plusieurs choses.

Déjà, j'adore ces histoires parce que c'est du sword and sorcery dans la plus pure définition du terme: il y a des épées, ici celle de Yors, garde du corps de son état, et il y a de la sorcellerie, ici celle de Noon. Moi, j'adore le sword and sorcery et ça me rend totalement zinzin, même si j'en ai lu très peu – seulement les histoires de Conan pour les grands classiques et, si on les classe dans cette catégorie, les romans des Drenaï de David Gemmell.

J'adore le monde du soleil noir dans lequel se balade Noon et j'adore le système de magie, qui est patator sans en faire trop et qui obéit à plein de règles internes plutôt subtiles.

En plus, j'adore le ton du roman. C'est Yors qui raconte, à la première personne, et il a pas mal de gouaille et d'humour, ainsi qu'un super rythme. C'est très vivant. En temps normal, je déteste les récits au présent. Ici, je ne me suis rendu compte que c'était au présent que vers la page 300 du deuxième tome. C'est dire si j'étais prise dedans au point de ne me rendre compte de rien. Il y a bien quelques structures de phrase que je trouve bancales de temps à autre, mais je pardonne tellement je m'éclate. Et ça aussi, c'est dire.

Enfin, ce tome tourne autour d'une course de chevaux, et les chevaux et leurs cavaliers sont des super stars. 😎😎😎😎😎😎

Pour le petit bémol, je dirais tout de même que ce tome tourne pas mal autour des intrigues politiques dans la cité de la Toge noire et que j'ai eu du mal à m'y retrouver, principalement parce que je ne retenais pas qui était qui – et ce malgré la petite liste de personnages classés par factions au début de l'ouvrage. Je suis d'ailleurs bien incapable de vous dire pourquoi le roman s'appelle La Première ou dernière, ni quelles étaient les motivations de la personne à l'origine de tous les ennuis de nos personnages (disparition d'un cheval en pleine course, mort suspecte de son cavalier, début d'épidémie, actions obscures de puissances magiques qu'on ne devrait JAMAIS faire intervenir 👀👀👀). Mais bon, je me suis éclatée pendant ma lecture et c'est le plus important!

Stupéfaction au moment où j'ai lu la présentation du troisième tome, que j'ai en ma possession grâce à notre Xapur national: l'intrigue ne correspond pas du tout à celle à laquelle on s'attend en lisant les derniers paragraphes de ce roman-ci! J'espère que ça veut dire qu'il y en aura un quatrième, même si le troisième est actuellement décrit comme le "dernier". 😱

Le petit truc en plus que je ne veux pas oublier: les romans qui m'ont été offerts contenaient tous le marque-page assorti et ce sont tous trois des merveilles, parce que les illustrations de Nicolas Fructus des couvertures et des pages sont des merveilles. Je suis joie, je suis bonheur, je suis hystérie collective. 🥹🥹🥹🥹

Allez donc voir ailleurs si cette chèvre aux cornes dissemblables y est!
L'avis de Lorhkan
L'avis de Xapur

vendredi 27 mars 2026

"On ne peut plus rien dire..." Liberté d’expression : le grand détournement (2025)

Chronique express!

En général, j'estime que les gens qui se plaignent que "on ne peut plus rien dire" aimeraient surtout pouvoir dire des horreurs en toute tranquillité. D'un autre côté, je trouve aussi que le tribunal du Net est implacable et je m'autocensure régulièrement sur ce blog par peur des reproches... Du coup, j'ai emprunté ce petit livre de Thomas Hochmann, professeur de droit public et chercheur, avec une grande curiosité!

Je n'ai pas trouvé cette lecture très marquante, car c'est une critique très ciblée de l'extrême droite. Je m'attendais à quelque chose de plus général, notamment à une partie historique sur la mise en place des lois qui encadrent la liberté d'expression en France: quand sont-elles apparues, quelle était la volonté du législateur, quel est le code applicable. Pas un cours de droit, tout de même, mais plus de bases. Néanmoins, j'y ai appris des choses intéressantes, et souvent assez flippantes, comme le fait que les tribunaux ont progressivement tendance à ne juger comme racistes ou discriminatoires que les propos qui s'en prennent à l'intégralité d'une ethnie ou d'une communauté, alors que le droit prévoit bien qu'il suffit de critiquer une simple personne pour son appartenance à une ethnie ou une communauté. Il y a aussi des subtilités sur la provocation à la haine: tenir des propos qui incitent à avoir une mauvaise opinion de quelqu'un versus tenir des propos qui incitent carrément à taper ce quelqu'un. Bref, le droit, c'est tout un sujet, et la liberté d'expression est une belle chose. C'est vraiment dramatique que l'extrême-droite en fasse une arme en sa faveur avec tant d'efficacité...

Ce petit livre à 5€ est édité par la maison Anamosa, et j'ai la chance d'avoir accès à quelques-uns de ses livres en ce moment. Il y a donc des chances pour que vous voyez repasser des ouvrages très politiques prochainement!

dimanche 22 mars 2026

La Peste (1947)

En décembre dernier, j'ai relu L'Étranger et La Chute d'Albert Camus. Et puis, comme mes commentateurs l'avaient prédit, j'ai cédé à la tentation: j'ai relu La Peste. J'en avais très peur, car ce livre a été un séisme dans ma vie de lectrice, en la lointaine année 2009: j'ai lu certains passages dans un état second et il m'a marquée durablement. Et, bien sûr, on risque de ne pas retrouver les mêmes émotions la deuxième fois.

Commençons donc par là: non, La Peste ne m'a pas électrifiée comme la première fois. Déjà, je savais à quoi m'attendre. Mais surtout, il s'est écoulé quinze ans. J'ai vieilli et j'ai perdu pas mal de mon appétit d'autrefois pour les grands principes et pour un certain jusqu'auboutisme moral. Enfin, je l'ai lu dans les conditions déplorables de mon quotidien, c'est-à-dire au rythme de dix ou quinze pages par jour pendant plusieurs jours d'affilée, le tout en m'endormant cinq fois dessus, c'est-à-dire toutes les deux ou trois pages. La catastrophe. Ce n'est que sur le dernier tiers que j'ai pu faire de véritables sessions de lecture.

J'ai aussi eu quelques petites difficultés à interpréter certains implicites, par exemple quand les personnages se regardent sans échanger de paroles du tout ou sans dire clairement ce qui se joue entre eux. Mais cet élément est vraiment mineur.

Malgré ces bémols, je suis contente de l'avoir relu et j'y ai trouvé pas mal de matière à réflexion (ce qui signifie bien sûr que ce billet va être interminable!!!), de beaux principes qui me parlent encore, et une sorte d'espoir et de résolutions tristes qui, à défaut de m'envoyer dans la stratosphère, m'ont transmis un peu de courage pour persévérer dans certains mes choix.

L'histoire est contée par un narrateur anonyme, qui décrit comment la peste fait son arrivée à Oran, en Algérie, et comment la ville y réagit. Tout commence lorsque le docteur Rieux, le personnage le plus présent, voit un rat dans son immeuble.

"Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite. La présence de ce rat mort lui avait paru seulement bizarre tandis que, pour le concierge, elle constituait un scandale. La position de ce dernier était d’ailleurs catégorique : il n’y avait pas de rats dans la maison. Le docteur eut beau l’assurer qu’il y en avait un sur le palier du premier étage, et probablement mort, la conviction de M. Michel restait entière. Il n’y avait pas de rats dans la maison, il fallait donc qu’on eût apporté celui-ci du dehors. Bref, il s’agissait d’une farce."
Ce paragraphe, qui ouvre le récit après l'introduction du narrateur, donne déjà pas mal le ton. Face à un constat factuel ("il y a un rat"), le concierge nie la présence du rat. Puis, s'il l'accepte, il en rejette la faute ailleurs. Au fil des pages, des centaines de rats meurent dans les rues d'Oran et il n'est plus possible de nier. Le pauvre concierge sera le premier, parmi les patients de Rieux, à mourir de la peste, écartelé par les bubons, comme déchiré de l'intérieur.

Je n'ai pas demandé à Internet de me montrer les symptômes de la peste, mais, telle que Camus la décrit, c'est une maladie épouvantable. D'ailleurs, petite mise en garde: le roman contient la description de la mort d'un enfant qui est très douloureuse à lire quand on ne fréquente pas d'enfant et qui doit frôler l'intolérable quand on en connaît ou qu'on en a.

Et donc, peu à peu, Oran prend conscience du danger et applique des mesures pour enrayer la propagation de la maladie.
"Les médecins se consultèrent et Richard finit par dire:
— Il faut donc que nous prenions la responsabilité d'agir comme si la maladie était une peste.
La formule fut chaleureusement approuvée :
— C'est aussi votre avis, mon cher confrère? demanda Richard.
— La formule m'est indifférente, dit Rieux. Disons seulement que nous ne devons pas agir comme si la moitié de la ville ne risquait pas d'être tuée, car alors elle le serait."
Puis, sur une décision des autorités supérieures, Oran est carrément bouclée. L'essentiel du roman est donc une sorte de huis-clos géant, à l'échelle d'une ville. Évidemment, quand on a connu l'année 2020, ça résonne fortement avec la pandémie de COVID. Il y a la prise de conscience progressive, le désespoir des proches des malades, les demandes de passe-droit, la réorganisation de la société autour de la maladie, etc. Il y a toutefois une différence de taille avec ce que nous avons connu: Camus ne met en scène ni complotisme, ni refus des mesures sanitaires.

Outre la situation générale, le narrateur décrit les actions d'un petit groupe de personnages, au premier rang desquels Rieux, que j'ai identifié comme le double de l'auteur. Chacun réagit à sa manière, bien sûr, et l'un d'entre eux est même tout à fait enchanté que la ville soit coupée du monde. Mais, dans l'ensemble, ils vont tous descendre dans la lutte contre la peste. Et c'est cela que je trouve si beau, si encourageant, et si tragique: des gens qui se battent contre quelque chose de plus grand qu'eux par principe, parce qu'ils estiment que cette lutte est le comportement à adopter, quels que soient les risques pour eux-mêmes et quelles que soient leurs chances de gagner. Et même si, une fois qu'on a vu la peste, on ne PEUT PAS revenir en arrière et redevenir ce qu'on était avant.

Compte tenu du parcours de Camus pendant la Deuxième Guerre mondiale, on imagine tout de suite une analogie avec la résistance contre l'occupation nazie. En tant que lectrice d'imaginaire, je pourrais faire le parallèle avec Druss la légende, qui va se battre à Dros Delnoch même s'il n'y a aucune chance que Dros Delnoch tienne le coup face à l'invasion nadir, ou avec Frodo, qui revient du Mordor mais sans jamais pouvoir en guérir véritablement. Toutes proportions gardées, ça résonne aussi avec mes combats personnels, comme placer mon argent d'une manière non néfaste, réduire mon utilisation des services des GAFAM et – le plus important, bien sûr – arrêter la consommation de chair animale.

Même si je ne suis pas montée dans l'extase totale cette fois, je trouve ce roman extrêmement puissant, et j'ai tendance à penser qu'Albert Camus a mérité son Nobel de littérature juste pour ça.

Pour la petite histoire, il y a une pétite référence à L'Étranger:
"Grand avait même assisté à une scène curieuse chez la marchande de tabacs. Au milieu d'une conversation animée, celle-ci avait parlé d'une arrestation récente qui avait fait du bruit à Alger. Il s'agissait d'un jeune employé de commerce qui avait tué un Arabe sur une plage."
Je vous laisse avec un passage très long, mais que je vous invite à lire avec une attention particulière, voire à voix haute. C'est celui-ci qui a représente un cataclysme dans ma vie de lectrice, en 2009.
"Mais on ne félicite pas un instituteur d'enseigner que deux et deux font quatre. On le félicitera peut-être d'avoir choisi ce beau métier. Disons donc qu'il était louable que Tarrou et d'autres eussent choisi de démontrer que deux et deux faisaient quatre plutôt que le contraire, mais disons aussi que cette bonne volonté leur était commune avec l'instituteur, avec tous ceux qui ont le même cœur que l'instituteur et qui, pour l'honneur de l'homme, sont plus nombreux qu'on ne pense, c'est du moins la conviction du narrateur. Celui-ci aperçoit très bien d'ailleurs l'objection qu'on pourrait lui faire et qui est que ces hommes risquaient leur vie. Mais il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort. L'instituteur le sait bien. Et la question n'est pas de savoir quelle est la récompense ou la punition qui attend ce raisonnement. La question est de savoir si deux et deux, oui ou non, font quatre. Pour ceux de nos concitoyens qui risquaient alors leur vie, ils avaient à décider si, oui ou non, ils étaient dans la peste et si, oui ou non, il fallait lutter contre elle."
Même aujourd'hui, alors que j'ai lu ce passage trois mille fois au fil des ans car je l'avais noté dans mon cahier de citations à l'époque, j'y trouve une puissance incroyable. Je vous remets des bouts et je vous incite de nouveau à les lire à voix haute:
"Mais il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort."
"Et la question n'est pas de savoir quelle est la récompense ou la punition qui attend ce raisonnement. La question est de savoir si deux et deux, oui ou non, font quatre."
La question est de savoir si, oui ou non, il faut barrer le chemin aux Nadir. La question est de savoir si, oui ou non, il faut tenter de jeter l'Anneau dans le feu. La question est... chacun a la sienne.

Un autre passage qui m'a beaucoup marquée cette fois, et que je n'avais bizarrement pas noté à l'époque, est celui-ci:
"Si on en croyait le chroniqueur de la grande peste de Marseille, sur les quatre-vingt-un religieux du couvent de la Mercy, quatre seulement survécurent à la fièvre. Et sur ces quatre, trois s’enfuirent. Ainsi parlaient les chroniqueurs et ce n’était pas leur métier d’en dire plus. Mais en lisant ceci, toute la pensée du père Paneloux allait à celui qui était resté seul, malgré soixante-dix-sept cadavres, et malgré surtout l’exemple de ses trois frères. Et le père, frappant du poing sur le rebord de la chaire, s’écria : « Mes frères, il faut être celui qui reste ! »"
Putain. "Être celui qui reste", quand tout le monde est mort ou a fui. "Être celui qui reste." Putain...

mardi 17 mars 2026

La gamelle de février 2026

Février est passé à une vitesse particulièrement vertigineuse.

Déja, j'étais tombée dans un trou noir personnel en janvier, car la Reloue a été malade, et ça a débordé sur février. 😾 Ensuite, je suis tombée dans un trou noir professionnel. Après sept mois de disette, j'ai enfin un roman à traduire. Le problème, c'est que, quand j'ai un roman, j'ai tout de suite trop de boulot, car je n'ose pas arrêter entièrement mes activités hors édition. Ensuite, je suis tombée dans un nouveau trou noir personnel, une délocalisation temporaire en Bretagne pour que mon copain profite d'une semaine de congés au calme.

J'ai raté deux semaines d'équitation à cause de problèmes de santé de mon enseignant et de ce séjour en Bretagne. J'ai lu seulement trois livres, dont deux faciles à lire et un microscopique. Je n'ai pas lu de BD, ce qui était déjà le cas en janvier et signifie donc que je n'en ai lu aucune depuis le début de l'année. Je suis allée au cinéma une seule fois (mais, au moins, pour une séance mémorable!). Mon fil YouTube est passé de un à deux mois de retard. En fin de mois, j'ai peu à peu réalisé qu'il était temps de mettre Instagram de côté.

En bref: malgré les éléments de réponse listés dans le premier paragraphe, je ne m'explique pas bien comment le mois a pu passer sans que je puisse rien afficher au compteur à part les revues. 🤷‍♀️🤷‍♀️

Sur petit écran

Rien.

Sur grand écran

Moulin Rouge! de Baz Luhrmann (2001) ✨✨💖💖💫💫🌟🌟🪶🪶💘💘💞💞💕💕❤️🖤❤️❤️🎶🎶🎶🎶🎶

Holàlà!! Mais holàlà!! Mais holàlà!! Par un concours de circonstances (j'ai reçu une invitation et mon cours d'équitation de ce jour-là a été annulé), j'ai pu aller à une soirée Moulin Rouge! spéciale, organisée le 13 février, veille de la Saint-Valentin. Le hall du cinéma était décoré en rouge et noir, un écran géant diffusait des images du film et le clip de Lady Marmelade, il y avait des ballons partout et des pétales de rose dans l'escalier menant à la salle, un véritable moulin rouge servait de roue de la fortune pour que des spectateurs gagnent des cadeaux, le personnel du cinéma portait des plumes pour les femmes et des paillettes pour les hommes, on nous a donné des goodies, et il y a eu une séance karaoké avant et après le film!!! C'était complètement dingo!!! J'ai eu l'immense plaisir de chanter "Myyyyyyyyyyy gift is my sooong" avec des tas d'autres gens!!! Puis le film, que je voyais pourtant au cinéma pour la quatrième fois en moins de cinq ans, m'a encore fait monter dans la stratosphère la plus totale. 🥹🥹 En temps normal, je suis plutôt du genre cynique, comme le personnage de Nicole Kidman; mais le temps du film, putain, je passe du côté du personnage d'Ewan McGregor et J'Y CROIS, je crois en la vérité, je crois en la beauté, je crois en la liberté, JE CROIS EN L'AMOUR, et je serais bien prête à me casser pour vivre la vie de bohème, moi aussi!!! Et puis la stupéfaction face au fait que ce film ait pu voir le jour ne diminue pas, tellement il est unique en son genre, excessif en tout, coloré, frénétique, décalé, fou!!!
Mon avis de 2021, mon avis de 2022, mon avis de 2025.

Du côté des séries

Toujours rien.

Et le reste

 

J'ai relu un vieux numéro de Translittérature, la merveilleuse revue de l'Association des traducteurs littéraires de France: le 60, daté de l'automne 2021 et consacré au manga. Une pépite, comme toujours. ❤️ J'ai également lu La Croix L'Hebdo du 30 janvier, qui consacrait son dossier à Madame de Sévigné, dont on fêtait, début février, le bicentanaire de la naissance. J'avais totalement oublié que j'avais détesté ses Lettres, mais le dossier était intéressant, et la revue dans son ensemble est un vrai oreiller de douceur et de nuance – à tel point que, comme je crois l'avoir déjà dit par ici, j'en viens presque à me dire que les journalistes de La Croix sont trop gentils. 🤭🤭

En fin de mois, par un véritable miracle, j'ai profité de deux allers-retours à Paris deux jours consécutifs pour lire mon Cheval Magazine habituel, qui proposait notamment une super interview de Daniel Laprous, directeur d'une société britannique de chevaux de cinéma qui nous informe que Tom Hiddleston monte très bien à cheval (CET HOMME EST DÉCIDÉMENT PARFAIT), et un dossier fort intéressant sur les défis de la filière cheval face au changement climatique.

jeudi 12 mars 2026

La Panthère des neiges (2019)

Chronique express!

Un passage devant une boîte à livres, un roman très connu d'un auteur que j'ai repéré depuis longtemps... Je n'ai pas hésité, et j'ai pris cette Panthère des neiges de Sylvain Tesson, dont j'avais entendu dire beaucoup de bien, notamment à propos de Dans les forêts de Sibérie.

Hélas, le livre m'a profondément ennuyée. Le voyage au Tibet est beau, les paysages sont lunaires, la faune est intéressante et superbe, l'affût interminable pour prendre une photo est un processus qui me fascine grandement... Rester immobile pendant des heures dans un environnement glacé dans l'espoir qu'un animal passe par là, ça a quelque chose de sublime, et ça me parle! Mais j'ai trouvé l'écriture tellement plate, malgré des tentatives de lui donner du cachet, et le propos sur la beauté du monde tellement convenu que je me suis ennuyée du début à la fin. Même les critiques des ravages faits par l'humanité m'ont semblé convenus, alors que j'en suis friande.
 J'en retiendrai surtout que tout ceci m'a donné envie de revoir La Vie rêvée de Walter Mitty... 💞

Je fois toutefois ajouter que rien, dans cet ouvrage, ne me semble justifier un boycott de l'auteur. Deux ou trois remarques sur la seule membre féminine de l'expédition et l'usage du substantif "l'homme" pour parler de l'humanité donnent plutôt l'impression qu'on a affaire à quelqu'un de droite, mais la chose n'est pas un crime en soi et aucun propos ne m'a choquée.

Allez donc voir ailleurs si cette panthère y est!
Je vous renvoie vers l'avis de Grominou, qui est beaucoup plus enthousiaste que moi et qui vous en dira plus sur les atouts de ce livre.