dimanche 23 novembre 2014

Nouveaux Contes à Ninon (1874)

Un recueil de nouvelles qui vient conforter l'adoration qu'on porte à un écrivain, c'est toujours agréable, surtout quand on ne lit plus guère l'écrivain en question parce que les seuls livres qui vous manquent -- les quatre Évangiles -- coûtent une fortune.

J'avais déjà lu plusieurs de ces textes dans d'autres recueils et je n'ai donc pas eu de grosses surprises dans ces Nouveaux Contes à Ninon. Mais il est intéressant de lire ces contes dans l'ordre qu'avait choisi Zola lui-même. Ils forment un tout cohérent où l'on retrouve certains thèmes qui seront repris plus en profondeur dans les romans à venir (en 1874, Zola n'avait publié que ses œuvres de jeunesse et les quatre premiers tomes des Rougon-Macquart). Un condensé de Zola en quelque sorte.


Le recueil commence en douceur avec l'introduction À Ninon et les nouvelles Un bain et Les Fraises. Ces textes ne sont pas particulièrement marquants, mais joliment écrits et légèrement piquants.

Vient ensuite Le Grand Michu, que j'aime beaucoup: cette histoire de collégiens en révolte est une métaphore de bien des révolutions échouées et elle en a l'amertume. On retrouve le Zola lucide, qui voit les travers de ses contemporains et les dénonce. Le Jeûne et Les Épaules de la marquise sont des critiques acerbes de la haute société du Second Empire, riche et égoïste à l'extrême. On y devine La Curée et Son excellence Eugène Rougon. Ils vous révoltent, mais de manière modérée et un peu triste, comme face à un mal plus fort que nous et impossible à déloger...

Mon voisin Jacques est un texte plutôt triste sur une profession très mal vue. Pas de message politique, juste quelque chose de très humain.

Le Paradis des chats et Lili reviennent à la critique, le premier des masses dociles et le deuxième de l'éducation des petites filles. Ils sont vraiment intéressants car ils restent complètement d'actualité aujourd'hui. Le lecteur ne peut que se demander ce qu'il ferait à la place du chat de la première, tandis que les petites filles d'aujourd'hui sont élevées sensiblement dans les mêmes lignes que celles de la deuxième, ce qui est terriblement inquiétant et décourageant. (C'est souvent le cas chez Zola, ce sentiment de découragement profond: cent, cent vingt ou cent quarante ans sont passés depuis la publication de ses livres et la situation n'a pas changé, la société occidentale n'a pas évolué... À quoi bon qu'il ait dénoncé et qu'il se soit battu et que d'autres l'aient fait après lui?)

La Légende du petit manteau bleu de l'amour et Le Forgeron sont plus anecdotiques, mais jolis. Ils ne m'ont pas marquée mais je les ai lus avec plaisir.

Le Chômage et Le Petit village sont les deux textes les plus percutants, deux petites pépites zoliennes vraiment terrifiantes. Le Chômage parle justement du chômage, de ce qu'ils se passe lorsque l'usine ferme faute de commande et que les ouvriers, arrivés le matin comme à l'accoutumée, apprennent qu'ils ne travailleront pas aujourd'hui, ni demain, ni... "C'est vingt, c'est trente familles qui ne mangeront pas la semaine suivante." On souffre avec eux et on a envie de pleurer pour eux. Ici, on pense, contrairement à  plus haut, que la société change et qu'on est bien content de cotiser à Pôle Emploi.... Le Petit village est un texte très poétique sur un joli village coupé du monde, replié sur lui-même depuis toujours, qui ne deviendra célèbre que lorsque la folie des combats en aura fait un lieu de mort et d'agonie. On y voit venir les horreurs de La Débâcle...

Souvenirs, nouvelle plus longue divisée en chapitres, regroupe des souvenirs divers: fiacres filant vers les gares, processions religieuses, chats... J'ai adoré la partie sur les chats. D'autres m'ont plu et d'autres pas, ce qui est souvent ma conclusion sur les recueils en général... Soulignons tout de même que la partie sur les fleurs annonce La Faute de l'abbé Mouret.

Enfin, Les Quatre journées de Jean Goujon est très prévisible dans son découpage mais touchante jusqu'à ce qu'elle devienne soudain parfaitement angoissante. J'en suis donc restée marquée. Et j'y ai vu quelques accents du Docteur Pascal à cause du désir d'enfant.

Après la déconvenue des Contes à Ninon, j'ai retrouvé mon cher Zola avec plaisir. Ces Nouveaux Contes sont vraiment une bonne manière de se frotter à Zola si on ne le connaît pas et qu'on a envie de commencer doucement. On y retrouve les thèmes sociaux qui l'ont fait passer à la postérité, ainsi qu'une plume bien représentative (même si pour lire le meilleur de cet écrivain il faut vraiment mettre le nez dans ses romans).

Zola me manque trop en fait. Il faut vraiment que j'achète les Évangiles.

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