Ayant de nouveau besoin d'un format court peu après avoir lu L'Étranger d'Albert Camus, j'ai décidé de relire un autre roman de cet auteur, La Chute. Le livre était rangé dans ma bibliothèque, ce qui signifie que je l'avais lu précédemment, mais je n'en avais – et je n'en ai, encore aujourd'hui – aucun souvenir. Au cas où j'aurais douté de mon rangement, il y avait des post-it pour marquer des passages, donc c'était doublement sûr, je l'avais lu.
La chose ne m'étonne pas trop, maintenant que je l'ai (re)lu.
L'ouvrage est le monologue d'un narrateur mystérieux. Ayant abordé un inconnu dans un bar d'Amsterdam, il lui fait part de nombreuses réflexions et lui raconte des événements de sa vie. Il se présente sous le nom de Jean-Baptiste Clamence, mais il dit pratiquement tout aussi vite que ce n'est pas son véritable nom.
Le roman m'a rappelé deux autres ouvrages. D'une part, l'incipit, une question qui nous fait comprendre qu'un personnage s'adresse à un autre et qu'il ne le connaît pas, m'a tout de suite fait penser à Au cœur des Méchas de Denis Colombi.
"Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d’être importun ? Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l’estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement. Il ne parle, en effet, que le hollandais. À moins que vous ne m’autorisiez à plaider votre cause, il ne devinera pas que vous désirez du genièvre."D'autre part, le discours à la fois nébuleux et empli d'assurance du personnage m'a rappelé Cosmétique de l'ennemi d'Amélie Nothomb, dont le malheureux protagoniste essaye désespérément de se débarrasser d'un relou qui lui tient la jambe à l'aéroport. Ici, chez Camus, on ne connait presque rien de la réaction de l'interlocuteur du narrateur; de temps en temps, ce dernier rebondit sur un commentaire ou une question, mais le roman est bel et bien un monologue. En revanche, on sent assez vite que le narrateur a une idée derrière la tête et qu'il y a quelque chose de louche dans son attitude.
Mais bon, à part ça, je ne tire à peu près rien de ce roman, et je comprends que j'aie oublié jusqu'à son existence. Le narrateur parle, parle, parle, et jamais il ne m'a intéressée ou secouée. J'ai bien cru comprendre, dans la scène du pont et dans la conclusion, que le roman aborde le thème de la liberté individuelle, une thématique que j'associe à Camus à cause de La Peste, mais purée qu'est-ce que c'était inintéressant et nébuleux, comme démonstration.
N'ayant déjà pas été transportée par L'Étranger, j'en viens à redouter d'être déçue si je venais à relire La Peste, qui a constitué un véritable séisme dans mon parcours de lectrice. D'un autre côté, L'Étranger et La Chute ne m'ont pas du tout marquée comme La Peste lors de leur première lecture, ce qui peut me laisser espérer que le ressenti serait différent à la relecture aussi. Nous verrons si je franchis le pas!

"et je n'en ai, encore aujourd'hui – aucun souvenir" : attends, c'est ai inintéressant que tu l'as déjà totalement oublié quelques jours après ? 🙊
RépondreSupprimerJe mets une pièce sur le fait que tu liras "La Peste" en 2026. Et une autre sur le fait que tu apprécieras. Merci de ne pas lire ce commentaire pour ne pas être influencée - comment ça, trop tard ?