samedi 28 octobre 2017

Le Journal d'Hélène Berr (2008)

Difficile de parler du Journal d'Hélène Berr, que j'ai lu avant de partir en long week-end et de changer complètement d'air. Cette lecture s'est révélée brillante, pleine de sensibilité, d'une lucidité absolue, profondément humaine et très littéraire. Je la recommande chaudement et pense même qu'elle est supérieure au Journal d'Anne Frank car l'auteure était plus âgée au moment de la rédaction et m'a semblé faire preuve d'une plus grande maturité.


Qui était Hélène Berr?
Hélène Berr était une Parisienne juive (ou bien une Juive parisienne selon comment on voit les choses) qui a commencé, en avril 1942, à l'âge de 21 ans, à tenir un journal intime. Elle était étudiante en lettres et vivait avec ses parents. Elle a été déportée en 1944 et est morte en 1945 à Bergen-Belsen.

De quoi parle son Journal?
De sa vie quotidienne, de sa famille, de ses sorties et de ses études, puis, de plus en plus, des privations et des horreurs subies par la communauté juive de Paris. Le témoignage est remarquable parce qu'Hélène Berr avait une conscience aigüe des injustices subies et de l'étendue de la souffrance autour d'elle, même si ses proches n'ont pas été touchés tout de suite. On se demande vraiment, en la lisant, comment on peut encore se demander "si les gens savaient"; certes, elle ne parle pas de zyklon B, mais les Juifs qui n'avaient pas encore été arrêtés étaient pleinement conscients des terribles conditions de leur captivité et de la déportation (en wagons à bestiaux, avec trois seaux pour les besoins intestinaux de soixante personnes). Énormément d'informations ont par exemple circulé sur la rafle du Vélodrome d'Hiver et sur le camp de Drancy, où le père d'Hélène Berr a d'ailleurs été interné plusieurs mois.

En quoi est-il remarquable?
Parce qu'il est superbement bien écrit, avec un contraste douloureux entre la plume très fine d'Hélène Berr, ses ambitions de jeune femme, ses études littéraires qui lui laissent entrevoir des possibilités de réflexion formidables et la réalité, les enfants juifs à cacher, l'humiliation quotidienne de l'étoile jaune et des places réservées dans les transport, la peur permanente pour tous ceux qu'elle aime.
Je copie ici une citation très marquante et d'une justesse poignante:
"C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune."
Par ailleurs, j'ai aussi été marquée par certains passages plus personnels, notamment par celui sur la mort de sa grand-mère, qui m'a fait pleurer et penser à ma propre grand-mère, à tel point que j'ai envisagé d'aller au cimetière – chose qui ne m'était jamais passée par la tête jusque là...

Y-a-t-il des réserves?
Ma seule réserve concerne la difficulté de se repérer dans les personnes citées. Forcément, quand on écrit un journal intime, on peut utiliser des surnoms et des initiales, mais le lecteur ne connaissant pas la famille et les amis d'Hélène Berr a un peu de mal à situer tout le monde. Les notes de bas de page sont d'ailleurs très étranges, fournissant parfois des informations inutiles mais oubliant totalement d'expliciter certaines identités...
Par ailleurs, la préface de Patrick Modiano ne sert à rien et la postface "Une vie confisquée" de Mariette Job n'est pas très limpide, mais ça Hélène Berr n'y est pour rien. 😉

Pourquoi ce livre?
Parce que j'ai visité le Mémorial de la Shoah à Paris en novembre 2009 et qu'il y avait une vitrine ou un poster sur Hélène Berr. Le livre a passé huit longues années dans ma liste d'envies Amazon avant que je ne le trouve d'occasion au camion-bouquinerie de Pornic en juillet 2017. Comme quoi il ne faut jamais désespérer. Quelle belle et triste rencontre après toutes ces années... 💗


Une autre citation que je ne veux pas oublier
"Sa mère et son père sont déportés, elle était en nourrice, on est venus l'arrêter! Elle a passé un mois au camp de Poitiers.
Les gendarmes qui ont obéi à des ordres leur enjoignant d'aller arrêter un bébé de 2 ans, en nourrice, pour l'interner. Mais c'est la preuve la plus navrante de l'état d'abrutissement, de la perte totale de conscience morale où nous sommes tombés. C'est cela qui est désespérant."

mardi 24 octobre 2017

Pour que la philosophie descende du ciel (2017)

Remarque préliminaire: Manquant de temps pour rédiger une chronique digne de ce nom sur deux belles lectures récentes, Le Ventre de Paris d'Émile Zola et le Journal d'Hélène Berr, je triche un peu avec l'ordre de publication et mets en ligne cet article plus tôt que je ne le devrais. (Plus précisément, c'est Blogger qui mettra ce billet en ligne pendant que je serai à Dublin en train, je l'espère, de me changer les idées! 💚)

Comme je vous l'ai déjà dit, j'ai emprunté, en septembre, pas mal de livres à la médiathèque suite à une rencontre portant sur la philosophie. Deux ou trois d'entre eux me sont tombés des mains au bout de deux pages tellement ils étaient nombrilistes derrière une façade de "volonté de rendre la philosophie plus accessible" et je les ai rendus sans aller plus loin; Pour que la philosophie descende du ciel d'Alexandre Lacroix est le seul que j'aie pu lire en entier.


Il s'agit d'un recueil d'articles publiés dans Philosophie Magazine et partant d'une situation réelle ou d'une pensée de l'auteur pour généraliser et s'élever un peu plus haut, dans le monde des idées. Une lecture facile et certes intéressante, mais finalement très peu philosophique au sens où je l'entends (ou au sens où je crois m'en souvenir); on a plutôt affaire à des réflexions générales personnelles, voire – à nouveau – nombrilistes, qui ne choqueraient pas forcément dans les hebdomadaires que je feuillette parfois dans les centres médicaux, comme Le Point. Le premier chapitre, qui parle de La Route de Cormac McCarthy, m'a même fait hurler à cause de la manière dont il réfute l'argument anti-parentalité "À quoi bon avoir des enfants dans ce monde de brutes?" (qui ne commence en réalité par "à quoi bon" que pour les gens qui ne veulent pas y répondre, la vraie question étant "de quel droit avoir des enfants dans ce monde de brutes?", c'est-à-dire "de quel droit créer un être humain pour le catapulter dans ce monde atroce?" ou "qui suis-je pour décider qu'un autre être humain vivra et souffrira?").

Bon, je m'égare, je voulais faire une chronique express à la base, pas râler. J'ai trouvé dans ce livre quelques réflexions intéressantes, notamment dans un chapitre extrêmement éclairant sur le travail (retenir la différence entre le travail de l'animal laborens et l’œuvre de l'homo faber), et il se lit de toute manière tellement vite et facilement qu'il vaut la peine de le lire s'il vous intéresse. Mais bon ce n'était pas non plus foufou. Il faudrait vraiment que je mette le nez dans quelques recommandations de mon ancien prof de philo si je veux redécouvrir la philo un jour...

Je note toutefois un passage sur Zola, tiré d'un article disponible ici:
"L’un des charmes du cycle des Rougon-Macquart, sous-titré « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », tient à ce qu’Émile Zola l’a commencé un an après la chute de Napoléon III, en 1871, et qu’il a mis vingt ans à le terminer. Il a ainsi retravaillé le matériau du passé alors qu’il était en cours de refroidissement. Il a tenté, en tant qu’écrivain, de forger selon son style et sa fantaisie ce métal en fusion. Il a aiguisé sa vision au cœur d’une luminosité ambiguë, entre chien et loup. C’est d’ailleurs ce que tentent tous les grands romanciers réalistes – de Balzac à Yu Hua en passant par Dos Passos ; ils veulent modeler le temps historique avant qu’il ne se fige."

vendredi 20 octobre 2017

Sir Nigel (1906)

Je suis tombée sur cet exemplaire de Sir Nigel d'Arthur Conan Doyle dans une bouquinerie d'Angers. Entre l'auteur et le chevalier en couverture, je n'ai pas hésité une seconde même si je n'en avais jamais entendu parler.


Ce roman "historique", la préquelle de La Compagnie blanche – que je ne connais pas plus mais que je lirai sûrement quand j'en aurai l'occasion –, est romantique, amusant et léger; on croirait lire du Walter Scott ou du Dumas. Nous sommes en 1349. La peste noire a ravagé l'Angleterre et la guerre de Cent Ans contre la France a commencé. Sir Nigel est un jeune noble anglais désargenté et un peu idéaliste, voire très naïf, qui est bien décidé à se tailler un nom et à faire honneur à ses ancêtres par les armes. Mais sa situation matérielle est difficile, l'abbaye d'à côté volant depuis des années les terres de sa famille. Heureusement, il se trouve un formidable cheval de guerre (indomptable, bien sûr) un peu par hasard, puis le roi Edward III en personne lui rend visite. Ayant aussi réussi à se procurer une armure, Nigel part guerroyer à Calais aux côtés du roi, de son fils le Prince noir et de John Chandos. Il enchaînera ainsi les aventures et les combats et accomplira trois gestes en l'honneur de sa dame qui l'attend en Angleterre.

Les forêts sont truffées de brigands, le danger rôde partout, les épées s'entrechoquent et la gloire des combats est à portée de main dans ce roman: quels moments formidables! Quel dépaysement que de plonger en plein dans ce Moyen Âge complètement fantasmé, certes, mais assumé en tant que fantasme. Je n'ai vraiment pas boudé mon plaisir, d'autant plus que le ton de Doyle est plein d'humour. Nigel est certes un grand enfant naïf, mais il est courageux et permet de rentrer en plein dans cet univers si éloigné de nous. Imaginez que le roi d'Angleterre, Edward, parle français, allemand, latin et même un peu d'anglais. Et oui, car la cour d'Angleterre, à l'époque, c'était les Plantagênet et tout le monde parlait français, ou mieux encore normand; l'anglais n'existait pas vraiment encore et était réservé aux classes populaires...

Un exemple de l'humour du livre: Tout le monde n'a qu'une idée en tête, accomplir des gestes et gagner l'honneur sur le champ de bataille. Les rois d'Angleterre et de France signent une trêve? Qu'à cela ne tienne! Les chevaliers français et anglais trouveront bien à se disputer pour ensuite régler une question d'honneur – car une question d'honneur entre deux petits groupes de chevaliers, ce n'est pas la guerre, n'est-ce pas? :D Toute la scène où les hommes se mettent d'accord entre eux sur cette dispute est d'un savoureux!

En deux mots, une plongée passionnante dans l'histoire de France et d'Angleterre et encore une formidable trouvaille de bouquinerie, même si le livre n'est pas  tout à fait exempt de défauts et présente quelques difficultés de lecture à cause de tournures et de mots vieillots. 😍 À lire comme on lit ou regarde du Robin des Bois et de l'Ivanhoé...

lundi 16 octobre 2017

Super Philo (2007)

Chronique express!


Fin septembre, je suis passée à la médiathèque à l'occasion d'un échange autour de livres sur la philosophie. Je suis repartie les bras chargés de livres que je n'ai pas (encore?) lus. Mon Homme m'a alors parlé de cette bande dessinée qui présente quelques philosophes de manière assez humoristique, en revenant sur leur vie et sur leurs principales idées, leur apport à l'histoire de la philosophie. Une lecture qui rafraîchit bien la mémoire, les cours de philo de la terminale étant très, très loin malheureusement. J'ai particulièrement apprécié de découvrir Bodhidarma (boudhisme) et Ayn Rand (objectivisme) dont j'ignorais jusqu'à l'existence (j'ignorais aussi l'existence de Joseph Campbell mais j'ai déjà oublié de qui il s'agit, donc ça m'a visiblement moins passionnée). Dans un premier temps, j'ai cru qu'il s'agissait d'une grosse blague, la première page mettant en scène Platon en lutteur... Mais il s'avère en fait que Platon a réellement fait de la lutte (😁😁), et l'ouvrage m'a semblé tout à fait sérieux dans sa démarche de résumé et de vulgarisation. Je n'ai par contre pas du tout aimé le dessin, ce qui est toujours problématique en bande dessinée, et le côté "super héros" des philosophes.



jeudi 12 octobre 2017

Night Shift (1978)

Après La Tour sombre, qui m'a occupée de janvier à août, j'ai décidé de continuer à lire un livre de Stephen King par mois jusqu'à la fin de l'année. En partie parce que je n'en ai pas tout à fait terminé avec La Tour sombre et en partie parce que tous ses bouquins sont plus ou moins liés. En septembre, j'ai lu Night Shift, une relecture synonyme de retour à Jerusalem's Lot.
 

Foreword
Une introduction très intéressante sur la littérature d'horreur/de terreur/fantastique et son rôle pour le lecteur en termes de catharsis de la peur plus ou moins refoulée.

Jerusalem's Lot (1978)
Bien entendu, cette nouvelle est liée à Salem's Lot, le roman, et c'est pour elle que j'ai relu ce recueil. Je l'ai trouvée brillante; c'est un pastiche/hommage lovecraftien extrêmement réussi. Un ressenti beaucoup plus positif que la première fois que je l'ai lue, donc. Il s'agit des lettres d'un homme qui a récupéré la vieille maison de lointains membres de sa famille dans le Maine, qui entend des rats courir dans les murs et qui découvre un village abandonné dans la forêt, Jerusalem's Lot... Nous sommes en 1850 et on remonte donc dans le passé du célèbre village. J'ai plutôt bien flippé, un soir où j'étais seule à la maison. 💀

Graveyard Shift (1970)
Une nouvelle d'horreur efficace sur une équipe d'employés qui nettoient le sous-sol du bâtiment où ils travaillent et y croisent des rats énormes et répugnants. Impossible de ne pas penser aux Rats de James Herbert; d'ailleurs elle aurait bien accompagné mes autres lectures sur les rats de l'année dernière, avec Lovecraft et Howard!

Night Surf (1969)
Un texte très court sur un petit groupe de survivants parcourant une région décimée par une grippe (tiens tiens tiens, ça rappelle Le Fléau tout ça....). Pas d'intérêt particulier à mes yeux, j'ai été vraiment étonnée, en arrivant à la fin, que ça se termine aussi vite.

I Am the Doorway (1971)
Un texte classique oscillant entre la folie ou la paranoïa du narrateur, un ancien astronaute, et la terrible éventualité que les yeux qu'il a vu apparaître sur ses doigts soient bien réels. Pas inoubliable, mais efficace.

The Mangler (1972)
Nouveau texte d'horreur. Je m'en souvenais car j'y avais vu (et j'y ai vu à nouveau cette fois-ci) un thème récurrent, la personnification du mal à travers la malveillance et la "diabolisation" d'un objet commun. Ici, c'est une presseuse industrielle, qui a un beau jour pressé non pas un drap mais une ouvrière...

The Boogeyman (1973)
Mon texte préféré du recueil, qui m'avait bien traumatisée lors de ma première lecture! Un homme raconte à son psy (psychiatre je pense, vu qu'il l'appelle Dr) comment ses trois enfants sont morts dans leur chambre dans des circonstances étranges, la porte du placard étant bizarrement ouverte alors qu'elle avait été refermée avant que l'adulte ne quitte la pièce. HAHAHA. De quoi regarder tous les placards de travers... Mais ce texte brasse assez large, on y parle aussi de la violence en général et au sein du couple, de la difficulté d'être parent, de sexisme. Une vraie réussite.

Gray Matter (1973)
Un texte moins remarquable et assez classique sur un homme que personne n'a vu depuis qu'il a bu une bière avariée des mois auparavant.

Battleground (1972)
Un tueur à gages venant de tuer un vendeur de jouets reçoit une boîte de petits soldats de la part de la mère du défunt et bientôt, c'est la guerre dans son appartement! Un texte sympathique mais mineur, qui est surtout intéressant parce qu'on accepte tout de suite l'élément fantastique, sans explications ni détails, ce qui prouve bien l'efficacité de la chose.

Trucks (1973)
Quelques personnes se sont réfugiées dans une station-service. Leurs voitures gisent renversées dehors et des camions malveillants patrouillent... Cette histoire est plutôt réussie et m'avait marquée. C'est un de ces cas où Stephen King rend effrayant ou dangereux un objet du quotidien ou quelconque. Et ça pose de sérieuses questions, imaginer un monde où les camions se rebellent contre l'humanité... Une remarque grinçante toutefois: le texte est super sexiste, la seule femme du groupe étant clairement celle qu'il faut ménager et qui perd le contrôle de ses émotions...

Sometimes They Come Back (1974)
Un texte plus angoissant, qui joue sur la méchanceté inhérente à certaines personnes et la manière à la fois discrète et arrogante dont elle s'exprime. Ici, un professeur de lycée a du mal à gérer quelques élèves hargneux qui semblent tous droits sortis d'un drame qu'il a vécu quinze ans plus tôt. Mais on ne peut pas rester adolescent pendant quinze ans, n'est-ce pas? La nouvelle se termine avec une apparition bien flippante. J'ai beaucoup aimé.

Strawberry Spring (1975)
Un texte poétique et suggestif (mais secondaire) sur un drôle de printemps arrivé après un hiver glacial et accompagné d'un épais brouillard nocturne... ainsi que de quelques meurtres.

The Ledge (1977)
Une nouvelle qui relève plutôt du thriller. Un homme qui a choisi pour maîtresse la femme d'un truand est contraint de faire le tour de l'immeuble de ce dernier sur la corniche, au 43e étage. Je ne l'ai pas trouvé formidable – je me désintéresse vite s'il n'y a pas de fantastique – mais c'est efficace, ça se tient et... il y a des pigeons très déterminés. 😀

The Lawnmover Man (1975)
Un texte secondaire sur une drôle d'entreprise de tonte de pelouse. On est à nouveau dans la démonisation d'un objet ou une activité du quotidien. C'est sympa mais pas mémorable.

Quitters, Inc (1978)
Un texte relevant plutôt du thriller, comme The Ledge, sur un homme qui s'adresse à une société bien mystérieuse pour arrêter de fumer. La méthode est infaillible mais... pragmatique. J'ai été légèrement choquée par le sens du sacrifice de l'épouse du narrateur, je me suis demandée si c'était héroïque ou une vision totalement sexiste du personnage.

I Know What You Need (1976)
Seul texte dans lequel Stephen King se met dans la peau d'une femme, une étudiante qui rencontre un jeune homme un peu bizarre, timide, extrêmement attentionné, qui semble toujours savoir ce dont elle a vraiment envie. Mais tout n'est pas si rose, bien sûr... On ne sait pas trop si la chute est fantastique ou pas mais la nouvelle est bien efficace de par son réalisme et pose de vraies questions sur ce qu'est un couple.

Children of the Corn (1977)
Je crois que cette nouvelle est l'une des plus connues de King, peut-être à cause du film qui en a été tiré. Elle est assez flippante à cause de l'isolement absolu du lieu où elle se passe. On se dit vite que tout est possible à des dizaines de kilomètres de la civilisation, au milieu d'immenses étendues de champs de maïs... Et puis tout commence avec une "simple" situation de tension dans un couple en voiture, le passage dans l'anormal est progressif et très réussi.

The Last Rung on the Ladder (1978)
Un texte beaucoup plus humain et personnel dans lequel un homme se remémore un accident dont sa sœur a été victime. Ils étaient encore des enfants et grimpaient à l'échelle de la grange pour se jeter dans un tas de paille. Mais un jour, l'échelle a lâché... C'était très triste et très éloigné du reste du recueil. C'est le côté plus humain et sentimental de Stephen King.

The Man Who Loved Flowers (1977)
Voyant un charmant jeune homme acheter des fleurs pour sa bien-aimée par une belle journée de printemps, j'ai cru que ce texte allait suivre le précédent et j'ai limite sorti les mouchoirs. La fin n'était pas du tout ce que j'attendais et m'a surprise et déçue. Je l'ai trouvée un peu sordide, en fait... Par contre, la première partie évoque un New York fringant et détendu, peuplé de gens contents qu'il fasse beau, et cette ambiance urbaine m'a tellement rappelé La Tour sombre que je m'attendais vraiment à voir arriver Eddie et Susannah.

One For the Road (1977)
Cette nouvelle se déroule tout près de Jerusalem's Lot, quelques années après le roman, et est l'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu relire ce recueil. Un blizzard paralyse le Maine et un touriste fait irruption dans un bar du coin en demandant de l'aide pour aller chercher sa femme et sa fille, qui sont restées dans la voiture à quelques miles de là pendant qu'il partait à pied. Il fait nuit et on n'y voit goutte, le froid est terrible et la neige efface la moindre trace. Mais surtout, les gens du coin ont peur de Jerusalem's Lot et de ce qu'il s'y est passé – ainsi que de ce qu'il semble y rester malgré le grand incendie qui l'a ravagée... Si ce texte est jubilatoire parce qu'il fournit quelques informations sur le Lot, il n'est pas inquiétant et mémorable. Je ne suis pas sure que King soit très à l'aise avec la figure du vampire moderne. (Par ailleurs Entretien avec un vampire était sorti l'année précédente, je me suis demandée s'il fallait y voir une référence avec cette petite fille à couettes qui veut faire des bisous aux gens...)

The Woman in the Room (1978)
Un texte poignant qui m'a fait "bader" et m'a ramenée de nombreuses années en arrière, me plongeant dans l'atmosphère vide et terrifiante des hôpitaux, surtout quand on y va pour rendre visite à des gens très malades: ces gens qui ne bougent plus et qui attendent. Un homme vient voir à sa mère atteinte d'un cancer. Il a quelques pilules avec lui, des calmants. Les lui donnera-t-il? Ne les lui donnera-t-il pas? La femme dérive, épuisée et presque complètement paralysée, avec à peine l'énergie d'échanger quelques mots avec son fils. C'est aussi la difficulté de chaque geste qui m'a brisé le cœur: avoir besoin d'aide pour boire, avoir perdu le contrôle de sa vessie et de son intestin. Et le fils souffre, ses pilules à la main... Putain j'espère que l'euthanasie sera légale dans trente ans quand j'aurai la soixantaine....


Il y a cinq ans, je n'avais pas trouvé ce recueil vraiment fou-fou. Je l'ai beaucoup plus apprécié cette fois-ci, même s'il est vrai qu'il y a quelque chose d'un peu uniforme dans ces textes et que la chute, parfois, est un petit peu redondante, ce qui, à mes yeux, réduit l'effet de surprise ou d'horreur au lieu de l'augmenter. Mais la lecture reste très plaisante.

À bientôt pour la lecture d'octobre...

dimanche 8 octobre 2017

Le cheval (1885) suivi de Albert (1858)

Un Folio à 2€ avec un cheval en couverture... Plus la possibilité de tenter du Tolstoï pas cher... J'ai pris!


Le cheval (1885)
Un vieux cheval fatigué, embêté au quotidien par les poulains du troupeau, raconte sa vie. Né dans un prestigieux élevage, il était dans sa jeunesse incroyablement rapide, mais la couleur de sa robe pie l'a éloigné de la reproduction et en a fait une sorte de paria aux yeux des hommes. Le temps passant et sa santé déclinant, il a enchaîné les mauvais maîtres jusqu'à rejoindre ce troupeau.
Ce texte est une sortie de Black Beauty sinistre (pas que Black Beauty soit si gentillet que ça en réalité, mais au moins ça se termine bien!). J'ai été vraiment déprimée par le manque de chance de pauvre pie et j'ai été décontenancée par la rédaction, j'ai souvent eu l'impression de ne pas comprendre des choses. Et puis tout ceci se termine fort mal puisque l’équarrisseur vient tuer et dépecer ce pauvre vieux cheval et que son ancien maître, qui ne l'a pas reconnu, meurt, seul et ruiné, après avoir été une charge pour tous ses proches pendant des années. Charmant.

Albert (1858)
Je ne sais pas quoi vous dire sur ce texte. Le narrateur rencontre un violoniste brillant mais complètement à côté de la plaque et le ramène chez lui pour l'aider à le lancer. Mais le musicien pleurniche tout le temps et est vraiment à côté de la plaque. Finalement, il repart chez la femme qui le logeait au début. Voilà.

Vu ce premier contact avec Tolstoï, ce n'est pas demain la veille que j'essaierai de lire ses romans les plus célèbres, qui sont bien épais et donc chronophages! Outre le pessimisme absolu de ces deux textes – pessimisme que je peux lire sans problèmes en temps normal mais qui n'est pas non plus forcément ce dont j'ai besoin au quotidien –, j'ai été vraiment perplexe face à la rédaction, aux nombreuses répétitions de certaines questions et au côté "sans queue ni tête" de l'enchaînement des paragraphes... Le fossé culturel avec la Russie du XIXe est-il trop profond? Suis-je tombée sur des textes peu aboutis? Si vous connaissez Tolstoï, je suis très curieuse d'en savoir plus sur votre expérience de lecture!

PS: Aujourd'hui, dimanche 8 octobre 2017, j'ai 32 ans! Je n'ai pas du tout l'impression d'avoir cet âge qui me semblait si adulte chez mes amis, mais depuis deux-trois mois je me dis au moins que c'est cool la trentaine! 😁

mercredi 4 octobre 2017

La gamelle de septembre 2017

Après un mois d'août serein et calme, et donc bien rempli culturellement, septembre a marqué le retour à la normale: fleimme monstre et temps de rien... 😜 Le fait que j'aie largement boudé le cinéma a toutefois dégagé du temps pour tenter quelques séries, ce qui est bien rare.

Sur petit écran

Thor: The Dark World [Thor: Le monde des ténèbres] d'Alan Taylor (2013)


Petite révision avant la sortie prochaine de Thor 3. Ce Thor 2, que je n'avais pas revu depuis sa sortie au cinéma, est très sympa parce qu'il a beaucoup d'humour et qu'il accorde une bonne place à Loki, le personnage le plus génial et réussi de l'univers Marvel. J'aime aussi particulièrement la façon dont il mélange une ambiance moyenâgeuse de fantasy à des technologies de science-fiction (des elfes dans des vaisseaux spatiaux quoi ^^).

Matrix des Wachowski (1999)


Un vrai plaisir. Je n'ai pas vu le film en entier car je suis arrivée en cours de route alors qu'il passait à la télé. Je trouve qu'il ne vieillit pas vraiment, ni du point de vue des thèmes ni du point de vue visuel. Et quelle classe ma parole, quelle classe.

Sur grand écran

The Hitman's Bodyguard [Hitman And Bodyguard] de Patrick Hugues (2017)


Comédie d'action sympathique. On oublie tout dans les deux jours mais on rigole bien sur le coup.

Sweet Virginia de Jamie M. Dagg (2017)


Drame/thriller vu en avant-première au festival de Deauville. Très bien maîtrisé, il est un peu inquiétant et exploite d'excellents acteurs. Mais tout est extrêmement lent. C'est un vrai Film d'Auteur quoi. On y suit plusieurs personnages liés par un triple meurtre: le tueur à gages qui a commis le meurtre, la femme qui l'a payé, le gérant du motel où il loge et la maîtresse de celui-ci, veuve de l'un des morts. Mention spéciale pour Christopher Abbott, qui joue le tueur à gages: l'acteur, qui était présent, a l'air très sympathique et un peu timide et réussit à jouer un personnage super inquiétant qui respire la violence!

American Made [Barry Seal: American Traffic] de Doug Liman (2017)


Quelle déception! Le mode cruisette était bien activé, d'autant plus que je suis arrivée au cinéma d'une humeur massacrante et que je comptais vraiment sur Tom Cruise pour me sauver – mais non. Je me suis ennuyée, j'ai détesté la manière dont le film est filmé avec la caméra qui bouge, je n'ai pas aimé les personnages et j'ai trouvé Tom Cruise plat: il a deux-trois jeux pour tout le film et n'est pas du tout exploité. En plus il avait souvent des perruques ou des teintures qui le rajeunissent certes mais font surtout "papy ne veut pas vieillir" – gloups.

Du côté des séries

Scrubs - saison 9 - 2009
Et voilà, Scrubs c'est fini. Nous avons passé plus d'un an en compagnie de nos médecins préférés, de leurs peines de cœur et de leurs névroses plus ou moins hilarantes. Cette dernière saison centrée sur une nouvelle génération d'étudiants en médecine restait bien dans l'esprit de la série. Il est certes dommage de ne pas retrouver tous les personnages (Carla manque cruellement à l'appel) dans tous les épisodes, mais c'est toujours Scrubs et c'est toujours bien. En revanche, le dernier épisode ne ressemble aucunement à un dernier épisode, contrairement au dernier de la saison 8, et on reste donc un peu étonné/sur sa faim en arrivant au bout. Un jour, je m'attellerai peut-être à un billet dédié pour expliquer pourquoi Scrubs est si géniale et m'a autant expliqué la vie...

The Musketeers - saison 1 - 2014
Ayant terminé Scrubs, l'Homme et moi avons recherché une autre série à regarder ensemble. (Il en regarde énormément dans les transports, mais je ne regarde qu'une série à la fois par manque de temps.) Nous avons fouillé dans ce que nous avions déjà à disposition et avons tenté cette adaptation du célèbre roman d'Alexandre Dumas. Le premier épisode ne m'a toutefois pas convaincue suffisamment pour regarder la série. C'est un peu trop propret et "léger" (bon, je sais, le roman est très léger à la base, mais bon vous voyez, ça manque un peu de crédibilité et de conviction, comme si c'était une série pour ados). Disons que je pourrais regarder si j'avais énormément de temps à consacrer aux séries, mais comme ce n'est pas le cas...

Les Chroniques de Shanara - saison 1 - 2016
LOL! Là pour le coup c'était vraiment une série pour ados! Du pur post-Twilight! J'ai tellement rigolé! Mais pas assez pour regarder la série, on s'est arrêtés au premier épisode... 😂

Mr Robot - saison 1 - 2015


Le troisième essai a été le bon. L'épisode pilote de Mr Robot m'a convaincue et m'a plu avec son ambiance très cohérente, son personnage désabusé, ses femmes déterminées, sa thématique d'actualité et son ton réaliste et quelque peu pessimiste. Rami Malek, l'acteur principal, est très convaincant en jeune névrosé qui a de grosses difficultés à interagir avec les autres humains. Et puis il y a Christian Slater que j'aime d'amour – et dont je veux voir toute la filmographie – et qui est enfin de retour dans une série qui marche, c'est formidable. Je fonde de grands espoirs sur son personnage d'anarchiste. Christian Slater a un côté canaille voire cruel qui peut lui permettre de jouer un bon méchant – et bizarrement je n'ai aucune confiance en ce Mr Robot prétendumént idéaliste.
Le deuxième et le troisième épisodes ont confirmé ce ressenti positif.

Star Trek Discovery - saison 1 - 2017


Forcément, j'ai été obligée de regarder parce que mon Homme s'est rué dessus. Les deux premiers épisodes sont convaincants et m'ont donné envie de continuer, d'autant plus que le deuxième ne s'est pas du tout terminé comme je le pensais... J'espère toutefois qu'il y aura plus d'exploration par la suite.
Et le reste

J'ai lu le Cheval Mag d'octobre et le hors-série du Point consacré à Beaudelaire, une lecture intéressante mais toutefois un peu trop sérieuse et pompeuse pour mes goûts (sans compter qu'elle fournissait beaucoup d'informations sur un grand nombre de contemporains de Beaudelaire dont je n'ai jamais entendu parler, ce qui ne m'a pas passionnée). Je relirai sûrement quelques uns de ses poèmes à l'occasion mais je n'ai pas eu envie de me pencher de plus près sur l'auteur...


Et voilà. Octobre commence donc avec deux rendez-vous sériels, Star Trek le lundi et Mr Robot quand on a le temps, et c'est coooool!

samedi 30 septembre 2017

Toute l'histoire de France (2011)

Chronique express!


Un livre prêté par une amie. Toute l'histoire de France en 280 pages, c'est dense! Un sacré voyage super intéressant, mais à la fois trop et pas assez détaillé: trop parce que la masse d'informations est considérable et qu'il est impossible de tout retenir, et pas assez parce qu'il faut, forcément, aller vite, alors on a l'impression de ne rien approfondir. Malheureusement, ce livre n'est pas du tout servi par sa rédaction, que j'ai trouvée lourde et bancale et qui m'a vite gavée. Heureusement l'auteur semble savoir de quoi il parle et nous permet de redécouvrir les lointains souvenirs des cours d'histoire du collège et du lycée. Je retiendrai surtout son intéressant point de vue sur la victoire de Charles Martel en 732 (pas du tout une victoire de la civilisation contre les barbares puisque les Arabes de l'époque étaient plus avancés que les Européens) et la différence entre la conquête et la colonisation d'un pays. En revanche, il s'agit d'un ancien prêtre et il met très positivement l'accent sur la religion chrétienne, ce qui peut laisser sceptique. Ha et j'ai été étonnée que la construction européenne soit à peine abordée à la fin... Mais c'était vraiment intéressant et il me semble nécessaire de lire ce genre d'ouvrage à l'âge adulte, on a la mémoire trop courte vis-à-vis de l'histoire. 😕

mardi 26 septembre 2017

Narrative of the Life of Frederick Douglass, an American Slave (1845)

Chronique express!


J'ai découvert en lisant l'introduction (fort ennuyeuse) de cette édition Penguin Classics, rédigée par un certain Houston A. Baker Jr., que la "slave narrative" constitue un véritable genre de la littérature américaine. Des centaines d'esclaves ont en effet publié leurs mémoires! Ici, c'est Frederick Douglass qui se confie dans un récit très sobre et détaché, essentiellement factuel, qui révolte par le témoignage de quelques horreurs mais ne fait vraiment pas dans le pathos. Frederick Douglass est né esclave au Maryland en 1818. Son père aurait été blanc (et donc libre), mais sa mère, noire, était esclave et il l'a donc été aussi, c'était la loi. Promis au difficile travail des champs de coton, il a finalement été envoyé travailler à Baltimore, dans une famille dont la maîtresse lui a appris à lire. Un tournant essentiel, dit-il: c'est l'apprentissage de la lecture qui lui a le plus permis, à terme, de gagner sa liberté. Dans un monde où les esclaves étaient tous analphabètes, tout comme pas mal de Blancs, ce n'est guère étonnant! À l'âge de vingt ans environ, il a réussi à fuir vers le Nord, où il a pu travailler librement. Il a témoigné de son passé d'esclave et est devenu un orateur célèbre de la cause abolitionniste, s'exprimant aux États-Unis et même en Europe, et il a écrit trois livres si je ne trompe pas. Celui-ci, le premier, se lit très facilement et vite et apprend des choses intéressantes sur l'esclavage aux États-Unis; ce n'est pas un livre coup de poing mais je suis très contente d'avoir croisé sa route (surtout à 1€ un jour où ma librairie vidait des stocks de bouquins en anglais...).

vendredi 22 septembre 2017

Le Pont de la rivière Kwaï (1957)

Chronique express!

Il y a quelques années, j'ai lu et beaucoup apprécié La Planète des singes de Pierre Boulle. Quid du Pont de la rivière Kwaï, son deuxième roman le plus célèbre?


C'était vraiment super; c'est un livre d'une fluidité incroyable qui se lit tout seul, avec un très léger humour et des passages techniques pas du tout rébarbatifs (j'ai beaucoup pensé à Jules Verne!). On y suit d'une part le colonel Nicholson, un officier britannique prisonnier des Japonais qui dirige les travaux de ses hommes pour construire, justement, un pont sur la rivière Kwaï et qui met un point d'honneur à montrer à ces sauvages d'Asiatiques que le soldat anglais est plus efficace qu'eux (le livre est truffé de considérations déplaisantes sur les "primitifs" asiatiques, ça pique les yeux), et d'autre part un commando britannique envoyé sur place afin de détruire ledit pont lors du passage de la première locomotive. (Nous sommes en pleine Deuxième Guerre mondiale.) C'était vraiment passionnant et de plus en plus prenant au fur et à mesure que le pont approche de son inauguration... Et puis la fin m'a étonnée et frustrée – je suis sure qu'elle a été changée dans le film, ce n'est pas possible – mais n'a pas pour autant gâché le livre, que je recommande chaudement. Il me resterait justement à voir le film, maintenant...

Le petit truc en plus que vous avez absolument besoin de savoir
En lisant ce livre, je n'ai pas arrêté de penser à l'épisode de Top Gear sur la Birmanie et à l'accent britannique du présentateur qui dit "We're going to build a bridge on the river Kwai". 😆

lundi 18 septembre 2017

700!

Ceci est le sept-centième message de ce blog! Je trouve que c'est un chiffre très respectable pour un petit blog sans prétention particulière – c'est limite si on voit les 1000 billets à l'horizon. On continue notre bonhomme de chemin malgré le manque de temps pour lire et notre très modeste succès (ha, quand je vois les blogueurs qui se plaignent de n'avoir que 200 abonnés ou 3000 vues... LOL!). Comme je le dis chaque année à la date anniversaire, ce blog a fait profondément évoluer ma pratique de la lecture et est devenu un aspect vraiment indispensable de ma vie. Je ne peux tout simplement plus me passer de rédiger mes avis ici. Merci aux copains blogueurs qui font vivre ce blog et aux amis de la vraie vie qui n'oublient pas son existence!



💖

jeudi 14 septembre 2017

La Providence du reclus (2012)

La Providence du reclus est un recueil numérique de nouvelles de Timothey Rey paru chez Actu SF. Je l'ai lu sur mon ordinateur, ce qui n'est pas optimal, mais c'était très sympa!


La Providence du reclus (2009)
Un pastiche de Lovecraft assez brillant. Exception faite du style, qui ne reprend pas les archaïsmes et la déferlante d'adverbes de Lovecraft, ce texte pourrait vraiment être une nouvelle de Lovecraft: récit à la première personne, petite enquête sur une rumeur locale, cris nocturnes et révélation finale... C'est l'histoire d'un homme qui, de nos jours, retrace la visite de Lovecraft en personne à Annecy (oui!) pendant les années trente. Vraiment très savoureux.

Naseaux fumants (2012)
Ce deuxième texte se passe plus haut dans la montagne, dans des chalets éparpillés sous la neige. Un petit garçon qui rentre chez lui avec ses parents à la tombée de la nuit croit distinguer des formes sombres tapies derrière les arbres. Puis il entend gratter au mur pendant son sommeil...

Trente-six, dix-neuf (2012)
Cette nouvelle est nettement plus longue que les autres et a donc plus de temps pour poser son décor: un village dans la montagne, des habitants âgés qui parlent un peu le patois, des légendes un peu inquiétantes et un doctorant qui pose des questions sur ces légendes dans le cadre de sa recherche. Sauf qu'il croit entrevoir des choses bizarres chez une habitante puis dans une grotte et qu'il n'est plus très sûr de sa santé mentale, avant de foncer tout simplement en plein cauchemar (littéralement et métaphoriquement ^^).

Le plaisir de ces textes ne réside pas forcément dans leurs chutes, qu'on devine funestes, mais bien dans le cheminement des personnages confrontés à des choses inquiétantes. Pas assez pour empêcher de dormir, hein, mais bien assez pour ricaner devant son écran en se disant, que NON, jamais on ne serait assez bête pour aller visiter une grotte déserte ou un appartement abandonné, HAHAHA, que va-t-il arriver à ce pauvre narrateur inconscient?
 
Allez donc voir ailleurs si ce reclus y est!
L'avis de Vert

De Timothée Rey, j'ai déjà lu...
"Gros-Oeuf et Petit-Oeuf" (2006) + "Les Griffes du Grogneur" (2014)
Les Souffles ne laissent pas de traces

dimanche 10 septembre 2017

Villette (1853)

Charlotte Brontë est très connue pour Jane Eyre, un roman de 1847 racontant le parcours d'une jeune enseignante cherchant à vivre librement et dignement sa vie de femme seule et pauvre. C'est un livre "discrètement féministe", dans le sens qu'il ne revendique pas, politiquement, de combat pour les droits des femmes, mais pose une héroïne qui ne se pose pas en "satellite" d'un ou plusieurs hommes. J'aime beaucoup Jane Eyre, comme je vous l'ai dit la dernière fois que je l'ai lu, et j'ai donc sauté sur cet exemplaire de seconde main de Villette. Un roman beaucoup moins connu, Jane Eyre éclipsant largement le reste de l’œuvre de son auteure – avant de le croiser, j'aurais été bien incapable de citer un autre de ses livres.


Villette ne m'a pas semblé à la hauteur de son célèbre prédécesseur, principalement parce que je l'ai trouvé un peu indigeste. Il faut dire qu'il ne se passe pas grand-chose au long de ses 500 pages et qu'il y a beaucoup de considérations philosophiques et religieuses sur les belles notions de la Raison, l'Espoir ou le Sentiment (avec des majuscules) prononcées d'un ton très lyrique qui me tombe quelque peu des mains. L'héroïne, Lucy Snowe, est aussi beaucoup moins attachante que Jane Eyre, qui n'est certes pas une personnalité des plus gaies mais reste très tonique à côté de Lucy.

L'histoire commence en Angleterre, avec Lucy Snowe, une jeune femme frappée par des malheurs imprécisés, qui se voit contrainte de gagner sa vie. Elle assiste d'abord une vieille dame infirme, mais, après le décès de celle-ci, elle se retrouve à nouveau sur le pavé, avec des ressources financières très limitées et aucun proche vers qui se tourner. Elle embarque sur un coup de tête vers le continent et décroche un poste de bonne d'enfants puis d'enseignante d'anglais dans un pensionnat pour filles de Villette, capitale du royaume (fictif) de Labassecour. Elle y rencontrera des personnalités particulières, comme la directrice qui fouille dans ses affaires la nuit ou l'enseignant de littérature au caractère changeant, ainsi que, dans des coïncidences improbables typiques des romans de l'époque, des personnes issues de son passé.

Séparée des autres et de leur amitié par sa condition sociale, qui régit minutieusement la vie et les échanges de tout ce petit monde, mais surtout par sa propre conviction qu'elle vivra toujours seule, Lucy économise pour ouvrir un jour sa propre école et obtenir l'indépendance financière. J'ai bien sûr beaucoup aimé cet aspect-là du roman – à côté des femmes oisives et riches qu'elle fréquente, Lucy est un véritable modèle de volonté et d'acharnement –, mais j'ai vraiment eu du mal à comprendre d'où venait cette conviction intime qu'elle serait toujours seule. Il m'a semblé qu'elle se coupait elle-même les possibilités de tisser des liens en cachant systématiquement ses émotions et en partant du principe que ses amis allaient l'oublier du jour au lendemain. Y-a-t-il eu une déception amoureuse dans son passé? A-t-elle perdu sa famille? Le roman ne le dit pas et il faut faire avec cette personnalité glaciale.

Par ailleurs, le contexte du roman est délicieux; la vie de cette école aux horaires bien réglés, le quotidien des Bretton qui prennent le thé au coin du feu, font incroyablement rêver d'une époque où tout semblait "plus simple" et "mieux réglé" qu'aujourd'hui. J'adore cette ambiance XIXe et ses personnages hautement moraux – ho, il y a des personnages négatifs ici, certes, des jeunes élèves écervelées et frivoles (Ginevra est un petit bijou!) et même des hommes odieux, dans la rue, envers une femme seule, mais d'une manière générale on est bien loin du monde actuel qui me terrifie considérablement (à cause du chômage ou de la montée de l'extrémisme religieux par exemple) et qui me semble élever sur un piédestal le paraître. Chez Charlotte Brontë, on valorise l'intelligence et la bienveillance des gens, pas juste leur tenue...

...Même si, comme je l'ai déjà dit, la classe sociale joue énormément. Il est même très triste de voir Lucy soulagée d'avoir l'opportunité d'expliquer à quelqu'un de noble qu'elle travaille: elle était très gênée que cette personne puisse la croire de la même classe qu'elle et donc la considérer comme son égale – ce qu'elle n'est pas puisqu'elle n'a pas de revenus familiaux et doit gagner son pain. Un silence embarrassé envahit le salon et je crois qu'une jeune femme finit même par lui dire combien elle est désolée pour elle...

Au-delà du personnage principal, une femme seule qui enseigne pour gagner sa vie, les points communs avec Jane Eye m'ont semblé nombreux: la jeune beauté sotte dont j'ai déjà parlé, le personnage masculin au caractère exécrable qui se révèle progressivement plus humain, l'histoire d'amour basée sur le tempérament et l'intellect de l'héroïne... Il y a même une petite fille orpheline de mère et une entrée d'argent inattendue à la fin, c'est dire!

Pour créer le royaume de Labassecour, Charlotte Brontë s'est apparemment inspirée de Bruxelles, où elle a étudié avec sa sœur Emily. Ce royaume fictif est francophone et l'auteure a utilisé plein de noms amusants, comme les villes de Bonne-Maman et Boue-Marine, le prince hériter le duc de Dindonneau, le docteur Pilule. Je ne sais pas si c'était moqueur ou juste comique mais c'est assez amusant et complètement en contraste avec le ton très grave du récit. Par contre, le choc culturel entre Lucy, protestante, et les élèves et le personnel catholiques de son école est violent; lecteurs catholiques, lisez ce livre à vos risques et périls.

La fin m'a considérablement déprimée. C'est un vrai coup dur après un peu de guimauve qui était franchement bien méritée. L'introduction de mon édition indique que Charlotte Brontë s'est racontée dans ce livre et qu'elle souffrait énormément de la solitude après le décès de la moitié (voire des trois quarts) des membres de sa famille et l'échec de son propre projet d'école... Un goût amer pour un femme de lettres brillante à la plume bien aiguisée.

mercredi 6 septembre 2017

L'Aiguille creuse (1909)

Chronique express!


Ayant adoré Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur, je n'ai pas hésité à acheter L'Aiguille creuse lorsque j'en ai croisé un exemplaire d'occasion. C'est le plus célèbre roman de Lupin et c'était génial. L'histoire commence par un vol de tableaux puis dévie vers la recherche de l'Aiguille creuse, le mystérieux camp de base du célèbre cambrioleur. Lupin apparaît assez peu (il est la figure de l'ombre dont on ne connaît jamais la prochaine action) et l'histoire est racontée du point de vue d'Isidore Beautrelet, jeune élève de rhétorique qui vient assister à l'enquête du château d'Ambrumésy et la résout en deux temps trois mouvements, s'embarquant ainsi dans une lutte acharnée contre Lupin. Deux énormes cerveaux s'affrontent dans ces aventures enlevées, racontées avec beaucoup d'humour, qui croisent enquête policière et histoire secrète et trouvent leur résolution en Normandie (youpi!). Le ton change radicalement dans les toutes dernières pages, qui relèvent presque du bain de sang, mais c'est vraiment une lecture extrêmement sympathique (quoique le personnage de Lupin, malgré son brillant, est un peu énervant avec son égo démesuré... J'ai préféré Beautrelet!).

"Sans l'Aiguille creuse, Lupin est incompréhensible, c'est un mythe, un personnage de roman, sans rapport avec la réalité. Maître du secret, et de quel secret! c'est un homme comme les autres, tout simplement, mais qui sait manier de façon supérieure l'arme extraordinaire dont le destin l'a doté."

Autres livres de l'auteur déjà chroniqués sur ce blog