mercredi 26 novembre 2014

Dinotopia: A Land Apart from Time (1992)

Dinotopia, j'en rêvais depuis longtemps. Plus précisément depuis que j'ai découvert que la série télé était en fait l'adaptation de livres illustrés apparemment superbes. Et vous savez ce qui est cool dans la vie, c'est que parfois on a la bonne surprise de voir que oui, une œuvre qui semblait géniale l'est réellement, et que les dessins de Dinotopia ne sont pas beaux seulement sur les couvertures, mais tout du long!

Dinotopia: A Land Apart from Time de James Gurney est un livre illustré qui reprend une structure classique, celle du journal intime, avec l'avantage et la particularité qu'il s'agit ici d'un carnet contenant de nombreux croquis. Retrouvé à notre époque dans la section manuscrits d'une université, il a été rédigé en 1862-63 par Arthur Denison, un scientifique ayant fait naufrage quelque part dans l'Atlantique avec son fils Arthur. Les deux hommes gagnent la terre ferme sur une île dont ils ne tarderont pas à rencontrer les habitants: des êtres humains et des dinosaures vivant côte à côte...



Ressentir une œuvre est toujours quelque chose de subjectif, mais cela me semble encore plus le cas quand il s’agit de dessins. Gardez donc à l’esprit que j’ai trouvé les dessins de Dinotopia superbes et qu’ils approchent assez près de mon idéal. Très soignés, ils sont très lumineux et aérés, facile à embrasser d’un coup d’œil mais aussi plein de petits détails quand on y regarde de plus près.


Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est l’émerveillement total que j’ai ressenti pendant ma lecture, quand on découvre les dinosaures et les villes de l’île au même rythme que nos deux explorateurs. Évidemment, je suis friande de tout ce qui tourne autour des dinosaures, mais il y a vraiment ici une grâce, une attention qui rendent le tout très crédible et attachant. Ce monde est un peu à l’image du dessin de James Gurney (enfin, d’Arthur Denison…^^): un univers complexe, avec des traditions anciennes, des lieux très différents, des personnages bien caractérisés, mais présentés avec une simplicité et une progressivité qui permettent de bien s’approprier chaque élément et de le sa-vou-rer.


Dinotopia est typiquement le livre que je regrette de ne pas avoir découvert quand j'étais enfant: s’il me fait rêver comme ça à (presque) trente ans, qu’est-ce que je n’aurai pas ressenti si je l’avais lu quand j’en avais sept ou huit…


Le seul bémol concerne la fin, qui n’en est pas vraiment une puisqu’on ne sait pas ce qu’Arthur a découvert là où il est allé, mais il y a d’autres tomes que je ne manquerai pas de lire pour tout savoir.

En bref, je pense que Dinotopia est un livre parfait pour les petits et les grands qui ont su rester petits dans leur tête, une petite touche de douceur pas bête du tout qui ouvre en grand les portes de l’imaginaire. La seule comparaison qui me vient à l’esprit, c’est le brillant petit livre de Maurice Sendak, Max et les maximonstres

Quant à la série télévisée, je pense faire l’impasse dessus car elle me semble avoir fort mal vieilli, mais la présence de David Thewlis, que j’aime d’amour depuis qu’il a joué Einon dans Cœur de Dragon, pourrait me faire changer d’avis…


Attention, la superbe édition que m'a offerte l'Homme ne présente pas de réelle valeur ajoutée pour le novice: il y a certes une intro intéressante et surtout un afterword de James Gurney passionnant, mais si elle coûte si cher, c'est parce qu'il s'agit d'une édition limitée et signée par l'auteur. À réserver aux fans, donc, ou aux gens comme l'Homme qui ne font pas les choses à moitié.

dimanche 23 novembre 2014

Nouveaux Contes à Ninon (1874)

Un recueil de nouvelles qui vient conforter l'adoration qu'on porte à un écrivain, c'est toujours agréable, surtout quand on ne lit plus guère l'écrivain en question parce que les seuls livres qui vous manquent -- les quatre Évangiles -- coûtent une fortune.

J'avais déjà lu plusieurs de ces textes dans d'autres recueils et je n'ai donc pas eu de grosses surprises dans ces Nouveaux Contes à Ninon. Mais il est intéressant de lire ces contes dans l'ordre qu'avait choisi Zola lui-même. Ils forment un tout cohérent où l'on retrouve certains thèmes qui seront repris plus en profondeur dans les romans à venir (en 1874, Zola n'avait publié que ses œuvres de jeunesse et les quatre premiers tomes des Rougon-Macquart). Un condensé de Zola en quelque sorte.


Le recueil commence en douceur avec l'introduction À Ninon et les nouvelles Un bain et Les Fraises. Ces textes ne sont pas particulièrement marquants, mais joliment écrits et légèrement piquants.

Vient ensuite Le Grand Michu, que j'aime beaucoup: cette histoire de collégiens en révolte est une métaphore de bien des révolutions échouées et elle en a l'amertume. On retrouve le Zola lucide, qui voit les travers de ses contemporains et les dénonce. Le Jeûne et Les Épaules de la marquise sont des critiques acerbes de la haute société du Second Empire, riche et égoïste à l'extrême. On y devine La Curée et Son excellence Eugène Rougon. Ils vous révoltent, mais de manière modérée et un peu triste, comme face à un mal plus fort que nous et impossible à déloger...

Mon voisin Jacques est un texte plutôt triste sur une profession très mal vue. Pas de message politique, juste quelque chose de très humain.

Le Paradis des chats et Lili reviennent à la critique, le premier des masses dociles et le deuxième de l'éducation des petites filles. Ils sont vraiment intéressants car ils restent complètement d'actualité aujourd'hui. Le lecteur ne peut que se demander ce qu'il ferait à la place du chat de la première, tandis que les petites filles d'aujourd'hui sont élevées sensiblement dans les mêmes lignes que celles de la deuxième, ce qui est terriblement inquiétant et décourageant. (C'est souvent le cas chez Zola, ce sentiment de découragement profond: cent, cent vingt ou cent quarante ans sont passés depuis la publication de ses livres et la situation n'a pas changé, la société occidentale n'a pas évolué... À quoi bon qu'il ait dénoncé et qu'il se soit battu et que d'autres l'aient fait après lui?)

La Légende du petit manteau bleu de l'amour et Le Forgeron sont plus anecdotiques, mais jolis. Ils ne m'ont pas marquée mais je les ai lus avec plaisir.

Le Chômage et Le Petit village sont les deux textes les plus percutants, deux petites pépites zoliennes vraiment terrifiantes. Le Chômage parle justement du chômage, de ce qu'ils se passe lorsque l'usine ferme faute de commande et que les ouvriers, arrivés le matin comme à l'accoutumée, apprennent qu'ils ne travailleront pas aujourd'hui, ni demain, ni... "C'est vingt, c'est trente familles qui ne mangeront pas la semaine suivante." On souffre avec eux et on a envie de pleurer pour eux. Ici, on pense, contrairement à  plus haut, que la société change et qu'on est bien content de cotiser à Pôle Emploi.... Le Petit village est un texte très poétique sur un joli village coupé du monde, replié sur lui-même depuis toujours, qui ne deviendra célèbre que lorsque la folie des combats en aura fait un lieu de mort et d'agonie. On y voit venir les horreurs de La Débâcle...

Souvenirs, nouvelle plus longue divisée en chapitres, regroupe des souvenirs divers: fiacres filant vers les gares, processions religieuses, chats... J'ai adoré la partie sur les chats. D'autres m'ont plu et d'autres pas, ce qui est souvent ma conclusion sur les recueils en général... Soulignons tout de même que la partie sur les fleurs annonce La Faute de l'abbé Mouret.

Enfin, Les Quatre journées de Jean Goujon est très prévisible dans son découpage mais touchante jusqu'à ce qu'elle devienne soudain parfaitement angoissante. J'en suis donc restée marquée. Et j'y ai vu quelques accents du Docteur Pascal à cause du désir d'enfant.

Après la déconvenue des Contes à Ninon, j'ai retrouvé mon cher Zola avec plaisir. Ces Nouveaux Contes sont vraiment une bonne manière de se frotter à Zola si on ne le connaît pas et qu'on a envie de commencer doucement. On y retrouve les thèmes sociaux qui l'ont fait passer à la postérité, ainsi qu'une plume bien représentative (même si pour lire le meilleur de cet écrivain il faut vraiment mettre le nez dans ses romans).

Zola me manque trop en fait. Il faut vraiment que j'achète les Évangiles.

jeudi 20 novembre 2014

UGC Culte: Le bon, la brute et le truand (1966)

Chronique express


Je ne sais pas par où commencer cette chronique tellement il y a de choses à retenir de Le bon, la brute et le truand. L'aspect visuel évidemment: les grands espaces, les très gros plans, la lenteur délibérée et assumée de Sergio Leone. La musique: les airs ultra connus d'Ennio Morricone. Je n'avais jamais vu ce film et le découvrir sur grand écran, c'est juste parfait. Sa réputation le précède et je n'ai pas été déçue. Mais il y a aussi tout ce à quoi je ne m'attendais pas: une très grande modernité dans la mise en scène (ne serait-ce que pour les surnoms des trois personnages principaux qui apparaissent en arrêt sur image sur leurs visages respectifs, un procédé très utilisé aujourd'hui!); l'humour permanent; le propos lucide sur la guerre (avec des scènes très émouvantes, notamment la bataille pour ce pont qui ne sert à rien) et la fièvre de l'or (quel moment de folie, le ugly qui court dans le cimetière sur cette musique de dingues!); et un Clint Eastwood au top, tellement bourru et lumineux à la fois, super élégant sous la crasse et juste trop sexy. Ajoutons quelques chevaux superbes et on tient un vrai chef d’œuvre, un film à voir et à revoir!


Une mention spéciale pour la vidéo de présentation, dans laquelle un journaliste replace le film dans le contexte de l'époque. Je n'avais pas bénéficié d'une telle introduction lors de mes précédentes séances de l'UGC Culte et c'est très intéressant. Hâte d'aller voir les films de décembre: Tout sur ma mère, La Couleur pourpre et Psychose.

lundi 17 novembre 2014

Le cheval illustré de A à Z (2004)

Chronique express!


J'ai retrouvé ce vieil album en faisant du rangement dans ma bibliothèque. J'avais totalement oublié son existence, ce qui est vraiment injuste pour ce petit condensé d'humour assez brillant. De A comme "À cheval" à Z comme "Zingaro", Homéric donne des définitions décalées et mordantes des mots du monde du cheval. Les dessins de Riff (impossible d'en savoir plus sur ce/cette dessinateur/dessinatrice) sont très drôles et viennent vraiment en complément des définitions. Pour ne pas trop spoiler -- il y a à peine 47 pages --, je vous laisse avec une définition que j'adore et un dessin qui me fait éclater de rire à chaque fois.



Un album à ne pas limiter aux amateurs! :)

Homéric et Riff, Le cheval illustré de A à Z
Soleil Productions, 47 pages, 11,95€

vendredi 14 novembre 2014

Vague à l'âme au Botswana (2001)

Chronique express!


Je continue avec enthousiasme les aventures de Precious Ramotswe, première femme détective du Botswana, avec ce troisième livre d'Alexander McCall Smith. La recette est la même que dans les tomes précédents et elle marche tout aussi bien: la sympathique Precious mêne l'enquête entre deux tasses de bush tea tout en philosophant sur les valeurs traditionnelles du Botswana et les relations humaines. Tout ceci est merveilleusement désuet et touchant: une vraie Miss Marple en quelque sorte, mais plus moderne et plus traditionnelle à la fois... La petite touche d'humour est bien la même, en revanche. Une seule enquête, menée pour le compte d'un homme politique influent, occupe Precious ici, mais elle a beaucoup à faire avec la gestion de son entreprise et de sa vie personnelle. Pendant ce temps, c'est son assistante Mma Makutsi qui s'occupe de la question de morale qui donne au roman son titre d'origine, Morality for Beatiful Girls. D'ailleurs, Mma Makutsi est un autre personnage vraiment formidable à qui va toute ma sympathie. J'adhère totalement à l'image de ces femmes déterminées, discrètement féministes, qui se battent au quotidien dans un monde très majoritairement masculin. Un bijou léger, amusant, distrayant, mais tellement humain au final: un vrai régal.

Déjà chroniqués sur ce blog
Mma Ramotswe détective (The No. 1 Ladies' Detective Agency)
Les Larmes de la girafe (Tears of the Girafe)

mardi 11 novembre 2014

L'Origine de la violence (2009)

Après Il est de retour et Fury, je reste dans le domaine de la deuxième Guerre mondiale avec L'Origine de la violence, le livre qui a permis à Fabrice Humbert de rencontrer le succès. Fabrice Humbert, je vous l’ai déjà dit, est l’écrivain français contemporain que j’estime le plus, avec Emmanuel Carrère et, maintenant que j’y pense, Annie Ernaux.


Dans ce roman, le narrateur, professeur dans un lycée franco-allemand (comme l’auteur!), accompagne ses élèves en visite à Buchenwald. Devant une photographie d’époque, il croit reconnaître son père dans les traits d’un prisonnier du camp. Une telle chose est bien sûr impossible, son père étant bien plus jeune, mais la ressemblance est tellement frappante qu’il commence à faire des recherches sur ce prisonnier. Il s’avèrera que l’homme fait bien partie de sa famille: David Wagner, juif déporté, est le grand secret de famille des Fabre.

Le roman s’articule en deux parties. La première concerne les recherches du narrateur et l’histoire de David Wagner, l’accent étant beaucoup mis sur les responsables de Buchenwald et leurs activités abjectes. La deuxième porte plutôt sur les conséquences de cette découverte dans la vie du narrateur et ses relations avec son père et son grand-père, ainsi que sur son choix d’écrire un livre sur cette histoire. (Les parallèles entre le narrateur et l’auteur sont nombreux; je me demande dans quelle mesure Fabrice Humbert y a mis de l’autobiographique.)

Il n’est pas facile de parler de ce livre. D’ailleurs, je trouve que les deux paragraphes précédents ne résument pas du tout la profondeur de l’œuvre et en sont complètement indignes… Fabrice Humbert aborde vraiment beaucoup de choses ici: le rapport avec l’héritage de nos parents et celui de l’histoire, la violence qui est en nous et menace toujours d’exploser, le rapport au mal, la complexité des destins, le sadisme collectif des nazis, la subtilité des relations sentimentales et familiales… Et comme toujours il le fait avec une lucidité vraiment terrible, comme Zola qui décortique les motivations intimes de ses personnages. Personne ne sort de cette étude sous un jour positif. Cette lucidité est portée par un style vraiment réussi, très clair et dur à la fois. Tout le monde n’est pas capable d’insérer autant d’informations dans une phrase tout en restant clair, ni de rendre des mots simples aussi lapidaires, aussi désespérants au sens de destructeurs d’espoir.

"Une fois qu’elles vous ont serré, ces mains ne s’écartent jamais. La peur ne vous abandonnera jamais, pas plus que la violence. Vous demeurerez toujours l’enfant terrifié – et donc l’adulte blessé, agressé, violent. Vous aurez beau ensevelir la peur, l’entourer d’un corps de marbre et d’acier, elle ne vous quittera pas. Le mal est sans remède."

L’Origine de la violence est cependant moins terrifiant que Avant la chute ou La Fortune de Sila, très certainement parce que les camps de concentration restent un fait du passé, tandis que les deux autres romans dépeignent le monde contemporain. En outre, on entend toujours beaucoup parler d’Auschwitz, on a plus ou moins tous lu Si c’est un homme et on a vu des films sur le sujet: à force de souligner combien les camps d’extermination sont une horreur, on s’est quelque peu habitué à la violence de la chose et l’impact n’est plus le même. D’ailleurs, quand Fabrice Humbert décrit l’arrivée de David Wagner à Buchenwald, son passage à la douche et le désarroi des prisonniers, j’y ai vu une redite par rapport à Si c’est un homme. (Par ailleurs, Primo Levi est cité assez longuement à un moment donné, mais là c’est bien une citation et pas une redite, voyez-vous la différence ?)

Il n'en reste pas moins que c'est une lecture importante et juste. À réserver cependant, comme les autres livres de l'auteur, à des lecteurs "prêts à sortir de leur zone de confort".

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
Mon avis sur Avant la chute, lu dans le cadre du comité de lecture de ma médiathèque (il y a déjà deux ans...)

Fabrice Humbert, L'Origine de la violence
Éditions Le Livre de Poche, 352 pages, 7,10€
Prix Renaudot poche 2010

samedi 8 novembre 2014

Il est de retour (2012)

Il est de retour!! Croyez-y!! On ne sait pas comment, mais il est de retour et il est bien décidé à reprendre son œuvre là où il l'a laissée.

Mais de qui s'agit-il?

De personne d'autre que d'Hitler.

Et oui. Imaginez Adolf se réveillant en 2011 dans un terrain vague de Berlin. Après avoir constaté que la ville n'est plus en ruines, et que les habitants ne semblent pas du tout prêts à partir au front défendre la pure race aryenne de l'envahisseur bolchevique, Hitler, que tout le monde prend pour un comique très bien préparé, reprend son rôle de Führer, mais cette fois-ci à la télévision et sur YouTube. De quiproquo en quiproquo, il atteint la notoriété malgré les critiques de ceux qui pensent que ses interventions ne sont pas du tout drôles. Tout le monde est un peu étonné qu'il ne retire jamais le masque et "joue" le rôle d'Hitler vraiment tout le temps, mais ses collaborateurs y voient surtout une façon inédite de faire de l'audimat. Et puis Hitler est mort depuis 66 ans, il s'agit forcément de quelqu'un qui imite sa façon de parler et ses idées...


Timur Vermes a réussi un très beau coup avec ce livre au pitch étonnant. Parce que ce roman est vraiment (cyniquement et horriblement) drôle. Le choc culturel entre le Hitler de 1945 et l'Allemagne de 2011 donne des passages vraiment croustillants. Imaginez ses réflexions la première fois qu'il regarde la télévision: entre les émissions culinaires avec des présentatrices nunuches s'extasiant sur les conseils du chef et une émission sur une mère qui ne s'entend pas avec sa fille, puis les coupures pub permanentes et les résumés qui s'ensuivent pour tout réexpliquer au spectateur, Hitler se fait sérieusement du souci pour la santé mentale de son bien-aimé peuple allemand. Il m'a un peu fait penser à la tête de Mercredi au camp de vacances dans Les Valeurs de la famille Addams.

En plus, Hitler ne mâche pas ses pensées et, dans sa tête, ça vanne dur. J'ai éclaté de rire pas mal de fois. Je n'ai pas noté tous ces passages mais franchement, certaines répliques valent leur pesant d'or.

"L'hiver 1946 avait dû être peu réjouissant dans l'ensemble. En y regardant de près, je n'y vois rien de déprimant : selon le vieil idéal d'éducation des Spartiates, une impitoyable dureté produit des enfants et des peuples forts et endurcis. Le souvenir d'un hiver de disette restant gravé en lettres de feu dans la mémoire d'une nation, celle-ci y réfléchira à deux fois avant de perdre une autre guerre mondiale."

"- Mais je ne vois pas ce qu'on pourrait nous reprocher : n'a-t-on pas dit que Hitler était responsable de la mort de six millions de juifs ? Qui d'autre sinon lui ?
- N'allez pas dire ça à Himmler, lançai-je avec un petit sourire gourmand."

Au final, Il est de retour n'est pas non plus un livre-coup de poing, d'autant plus qu'il ne s'y passe pas des masses de choses et qu'il semble donc un tantinet long. Mais nous mettre dans la tête de ce Hitler bien plus lucide que ses nouveaux contemporains et intimement convaincu du bien-fondé de sa mission, c'est nous faire adopter un point de vue nouveau. Cette tactique très réussie  nous amène discrètement jusqu'à la toute fin, et là le sourire se fige un peu.

Une satire à découvrir, donc. (Pensez bien à utiliser le glossaire de fin, sinon vous risquez de ne pas comprendre les nombreuses références à des personnages de l'histoire allemande.) À mon humble avis tout ceci n'est pas du tout une "banalisation du mal" comme cela a été dit ailleurs et on ne risque pas de se convertir au nazisme; il s'agit bien d'une satire, c'est-à-dire d'un discours qui attaque en se moquant. Satire de la société moderne avant tout, mais aussi description du potentiel de séduction d'un personnage complètement hors du commun; et si on est pris au piège d'un personnage de papier, que ferions-nous donc dans la vraie vie?

Allez donc voir ailleurs si ce Führer y est!

Timur Vermes, Il est de retour
(traduction française de Pierre Deshusses)
Éditions Belfond, 410 pages, 19,33€

PS: Quelques heures après avoir rédigé cet avis, je suis allée voir Fury au cinéma. C'est un film très réussi, saisissant et dur, qui montre avec une lucidité terrible les combats dans l'Allemagne agonisante d'avril 1945. Soudain, je me suis dit que tout ceci n'était pas drôle du tout et je me suis sentie coupable et un peu honteuse d'avoir bien rigolé sur ce livre. À méditer...

mercredi 5 novembre 2014

Le cheval en cent poèmes (2011)

Chronique express!


Dans ce beau recueil, Jean-Joseph Julaud propose cent textes sur le cheval accompagnés de photos en noir et blanc. Contrairement à ce que le titre laisse entendre, il ne s'agit pas forcément de poèmes au sens propre, puisqu'on y lit aussi de la prose. Les sources sont très diverses: il y a du Victor Hugo aussi bien que des haïkus. Je n'ai pas tout aimé (100% de réussite, ç'aurait été trop beau!), mais j'ai savouré cette lecture le soir, bien au chaud sous ma couette, avec grand plaisir. J'aime voir le cheval à travers les yeux des autres. Chaque auteur souligne un aspect qui le touche et semble amener le lecteur à redécouvrir une fois de plus cet animal si étonnant. Un petit pincement au cœur, néanmoins, de voir que le cheval a été souvent pris comme symbole de la misère animale...

Les photos, très bien choisies, apportent beaucoup et sont aussi importantes que les textes: le livre pourrait très bien s'appeler Le cheval en 100 poèmes et cent photos. Un bel objet à offrir sans retenue aux passionnés.



Jean-Joseph Julaud, Le cheval en cent poèmes
Éditions Omnibus, 215 pages, 12€

mercredi 29 octobre 2014

L'Étalon noir (1941)

Comme beaucoup de passionné(e)s d'équitation, j'ai dévoré la série de L'Étalon noir quand j'étais une jeune pré-adolescente pleine de rêves de chevaux. Je sais qu'il me manquait un livre ou deux et que je trouvais cela très frustrant, mais j'en garde le souvenir de longues heures de lecture émerveillée. À l'époque mes lectures m'accompagnaient de manière beaucoup plus permanente et insistante que maintenant et je rêvais de Black bien après avoir refermé les livres...


À l'âge adulte, en revanche, la relecture du premier tome m'avait beaucoup refroidie: je l'avais trouvé terriblement simpliste dans son propos et cliché dans son écriture.

Il est étonnant de voir à quel point le ressenti face à un livre ou un film dépend du contexte: car cette fois-ci, cinq ans plus tard, j'ai très sincèrement aimé L'Étalon noir. Alors, évidemment, le fait que je l'aie lu il y a cinq ans alors que je faisais crise d'angoisse sur crise d'angoisse et que ma vie équestre était dans une terrible impasse, tandis que je profite aujourd'hui d'une réelle activité de cavalière (modeste sous tous les aspects mais néanmoins existante et sensiblement saine), a certainement eu une influence: si je continue de rêver les yeux ouverts devant les photos et les vidéos des autres (qui montent mieux que moi, sortent en concours, ont leur cheval....), je ne me sens plus coupée et bannie de ce monde. Donc, je ne ressens plus une terrible frustration qui empoisonne le moindre contact et me donne envie d'aller me terrer sous la couette pendant une éternité ou deux...

Le fait d'avoir lu Walter Farley en VO a certainement aussi joué: un texte relativement simple, destiné à une jeune public, me semble encore plus simplet en français qu'en anglais, langue qui arrive plus facilement à dire plein de choses en peu de mots. Mais surtout cette édition de Random House est juste trop jolie: grand format à couverture rigide et illustrations d'origine lui donnent un petit air rétro absolument délicieux et nous plongent dans l'atmosphère de l'époque, quand Alec rentrait à New York depuis l'Inde par bateau et qu'il fallait attendre pendant des mois la réponse à une lettre envoyée au Jockey Club!


Alors, bien sûr, le fantasme de l'amitié jeune garçon-cheval indomptable est justement un fantasme, et le récit est truffé de coïncidences fortuites vite agaçantes (la palme revenant à la présence sur l'île déserte de cette algue comestible dont le professeur de biologie d'Alec avait justement parlé en cours! Quelle chance dis donc!) Mais le fond reste fascinant. Parce qu'on rêve tous de tomber sur un cheval plus exceptionnel que les autres et de construire avec lui cette relation unique. Et que les galopades à bride abattue à couper le souffle vous donnent des frissons rien qu'à les lire...

Un retour en arrière très bienvenu, donc, et la sensation d'avoir retrouvé un peu de ce que j'étais. Comme quoi même la cinquième ou sixième lecture d'un livre que je connaissais par cœur peut encore m'apprendre quelque chose sur moi-même! \o/

"Y'know, Alec, horses are kind of like the sea, you'll find out--once you get used to 'em and start to love 'em, you can't ever give them up." (Henry Dailey)

jeudi 23 octobre 2014

Le Pays sous le ciel (2006)

Plus à la ramasse que jamais, j'ai enfin fini ce soir un livre que je traîne depuis l'impressionnante éternité que sont cinq semaines de lecture: Todo bajo el cielo de Matilde Asensi. Pas que ce roman d'aventures soit mauvais; il a exactement les mêmes défauts et qualités que Le Salon d'ambre dont je vous ai déjà parlé et il constitue une agréable et dépaysante lecture qui ne marque pas mais fait passer un bon moment.


L'histoire: Elvira, peintre espagnole mariée à un Français, doit quitter Paris pour se rendre à Shangaï, où sont mari est mort et où l'attendent des affaires de succession à régler. Elle emmène avec elle sa nièce Fernanda, une adolescente peu amène dont elle a bien malgré elle la garde. Mais quelle ne sera pas sa surprise, au terme d'un voyage en bateau éprouvant, de découvrir que feu son mari n'a laissé derrière lui que des dettes et n'a pas été tué par des cambrioleurs mais par la mafia locale -- dont il n'a pas pu se défendre parce qu'il était drogué à l'opium cette nuit-là -- et qu'en plus, il aurait caché chez lui un précieux objet permettant de retrouver le luxueux mausolée du Premier Empereur chinois! En proie au plus grand désarroi et à des crises de nerfs récurrentes, Elvira se retrouve embarquée dans une chasse au trésor en compagnie de sa nièce, d'un jeune Chinois, d'un Irlandais très porté sur l'alcool et d'un vieux antiquaire chinois. À leurs trousses, tous ceux qui veulent trouver le trésor du Premier Empereur avant eux.

Vous voyez déjà quelques points communs avec l'intrigue du Salon d'Ambre, principalement le fait que le héros est une héroïne racontant sa propre histoire et le principe de la chasse au trésor. Trésor qui sera à nouveau enterré dans un lieu oublié de tous et où les héros devront résoudre des énigmes ou des pièges plus ou moins complexes pour avancer dans leur parcours. Du coup, j'ai deviné la fin à la moitié du livre. Il n'empêche que c'est une lecture sympa et que le petit humour assassin dont fait preuve Elvira est assez jouissif, notamment quand elle contredit mentalement ses interlocuteurs en soulignant leurs failles et travers ou quand elle manque d'étranger sa nièce et le jeune Chinois qui les accompagne.

Le principal problème de ce live, c'est sa densité: 525 pages réparties en à peine cinq chapitres, avec peu de dialogues et de gros paragraphes. Le style n'étant pas particulièrement brillant, c'est un peu décourageant; la longueur de certains passages peu utiles est vraiment étonnante par rapport à la rapidité avec laquelle sont traités d'autres plus importants. Ajoutez-y la lenteur avec laquelle je lis l'espagnol (et encore, je lis actuellement à un train étonnant par rapport à il y a encore deux ans...) et vous savez pourquoi il m'a fallu plus de cinq semaines pour en venir à bout! Le fait que je ne connaisse rien à l'histoire chinoise et confonde facilement les noms chinois n'a pas aidé non plus, même s'il faut souligner que Matilde Asensi a fait un très gros travail de recherche et de vulgarisation pour que le lecteur occidental ne soit pas totalement submergé par le choc culturel.

Outre l'humour, je veux vraiment souligner dans les points positifs la présence de personnages féminins "forts", c'est-à-dire dignes d'intérêt, rationnels et dotés d'une personnalité propre. Elvira et Fernanda ont beau être des occidentales de bonne famille habituées à un certain standing, elles vont vite évoluer et s'adapter pour sauver leurs vies et elles ont un vrai rôle à jouer dans leur petite équipe d'aventuriers. Un aspect agréable en cette époque de fifilles et de nunuches!

En bref, une lecture facile, prenante et amusante à lire pour s'évader ou se changer les idées, sans prétentions littéraires et sans effet durable (mais qui a justement le mérite de ne pas prétendre en avoir). À découvrir à l'occasion.

Et maintenant, je reprends mes lectures en main et me consacre enfin à autre chose! :)

dimanche 12 octobre 2014

Galops (2013)

Chronique express!


Parfois la magie n'opère pas: après un Perspectives cavalières enchanteur, Jérôme Garcin m'a laissée indifférente avec ce Galops - Perspectives cavalières II. Il y a certes de beaux chevaux et des cavaliers émérites dans ce petit recueil, mais globalement j'en ai plutôt ressenti un côté "m'as-tu-vu" et grand bourgeois. Je vous l'avais déjà dit à propos de La Chute de cheval: Jérôme Garcin et moi ne fréquentons pas les mêmes cercles. Il rend hommage à des peintres, des écrivains et des acteurs que je ne connais que de nom (à part Flaubert -- mais la présence de chevaux dans Emma Bovary et Trois Contes étant plus que marginale, je ne peux pas me prononcer sur sa passion des chevaux), et j'ai l'impression qu'il veut surtout montrer qu'il les connaît et qu'ils sont vraiment très intelligents. En bref, cela sent le petit cercle d'éditeurs et d'intellectuels parisiens bien fermé et auto-référentiel. Je n'en retiendrai que le petit texte sur Kamel Boudra, un journaliste d'Equidia pour lequel j'ai beaucoup de sympathie, et celui sur les femmes, avenir du cheval. Dommage, cependant, si nous sommes l'avenir du cheval, que nous soyons si peu nombreuses dans ces pages...

Jérôme Garcin, Galops
Éditions Folio, 192 pages, 6,20€

vendredi 10 octobre 2014

Contes à Ninon (1864)

Chronique express!


Une fois n'est pas coutume, il arrive que même votre écrivain préféré préféré vous laisse tomber. Voilà mon ressenti sur ce Contes à Ninon, le tout premier livre d'Émile Zola, publié quand l'auteur avait 24 ans. Il s'agit d'un recueil de nouvelles, ou plutôt de contes comme le titre l'indique, et je ne peux en dire qu'une chose: à l'exception de Soeur-des-Pauvres, que je crois avoir déjà lue ailleurs, je suis complètement passée à côté de ces textes. Mauvais timing et manque de temps y sont pour beaucoup: depuis environ trois semaines, je lis à peine et j'ai un mal fou à me concentrer quand j'ai un peu de temps devant moi. Mais ce Zola un peu mièvre, très tourné vers l'amour, ne m'a pas tout simplement pas beaucoup plu. Et il m'a même complètement perdue avec Les Aventures du grand Sidoine et du petit Médéric, une sorte de Candide dont je n'ai pas du tout compris l'objectif. À relire dans quelques années à un moment plus propice pour en tirer ce qui en vaut la peine -- car je suis sûre que Zola avait quelque chose à dire même à ses débuts...

J'ai en revanche bon espoir pour les Nouveaux contes à Ninon, dont je connais déjà plusieurs textes et qui est plus tardif et plus proche de "mon" Zola.

mercredi 1 octobre 2014

Il est arrivé!

Avec beaucoup de retard, voici enfin un petit mot sur mon œuvre de cette année: le célèbre catalogue de mon bien-aimé employeur!


Si ma traduction a été moins créative cette année, je trouve en revanche que le cru 2015 est encore meilleur que le cru 2014. Peut-être que, n'étant plus dans le stade de la découverte du processus de production, j'ai pu consacrer plus de réflexion à l'intention des pages et mieux comprendre le savoir-faire en matière d'aménagement qui s'en dégageait. Quoi qu'il en soit, j'aime cette édition encore plus que l'autre, qui restera néanmoins très importante pour moi du fait qu'elle a, il faut le dire, changé ma vie. Professionnellement avant tout, mais pas que.

Voilà donc ce que je vous conseille de ne pas louper cette année! :)

- Commençons par le commencement: la couverture que je trouve sublime. Pensez bien à déplier le catalogue pour voir le recto et le verso ensemble, car il s'agit d'une seule et même pièce. Avec une vue imprenable.

- Le verbe "prélasser" que j'ai réussi à caser page 11.

- La petite fille irrésistible de la page 12.

- Sur la version numérique ou l'appli : la vidéo bonus de la page 21, qui représente assez bien ma conception de l'amour. À regarder jusqu'au bout pour voir le petit geste qui donne son sens au reste.

- L'utilisation rigolote d'une expression familière page 39.

- Les trois derniers mots de la page 63... Mon chef d’œuvre! <3

- Le bonhomme-meuble des pages 56 et 57, Monsieur Ivar. :)

- Toujours sur la version numérique ou l'appli: la belle vidéo de la page 59. En plus, j'ai casé l'adjectif "intrépide" en bas à droite de cette page!

- La vidéo de la page 73 qui donne juste trop envie d'acheter ce lit.

- Les idées récup/bricolage des pages 134 et 135.

- La cuisine "fait main" des pages 144 et 145.

- L'astuce de la page 172. Je l'ai appliquée chez moi et depuis l'Homme et moi faisons couette à part: le bonheur point de vue température!

- La suspension "étoile de la mort" page 276.

- Et tant d'autres petites choses qui m'ont amusée ou surprise mais qu'il serait trop long d'énumérer ici... :)

En revanche, vous pouvez ignorer l'abominable faute de la page 314, je ne sais pas comment cette page a pu partir à l'impression comme ça!! (Inutile de la chercher dans la version numérique, on l'a corrigée.... La dématérialisation a ses avantages!)

Des semaines de production très intenses et des moments de stress, mais le résultat en vaut carrément la peine. Vivement l'édition 2016!